vendredi 28 avril 2017

L'Ennui des jours paisibles


Voilà
quelque chose qui transpire l'ennui des jours tranquilles. Je veux dire de ces jours où l'on ne savait pas encore, où l'on ne réalisait pas que la paix était précaire, et l'ennui un luxe dont on n'avait pas conscience. A quel point les choses pourraient empirer, et la situation politique, économique, écologique se transformer, on ne l'imaginait pas. On n'imaginait rien d'ailleurs, on s'accommodait de la vie difficile et des menus plaisirs qu'elle pouvait apporter. On écoutait de la musique au casque, on jouait aux "angry birds" sur son smartphone. Sans vraiment s'en apercevoir on passait des heures sur facebook, en conversations vaines et futiles où s'entretenait la croyance illusoire d'appartenir à une communauté, sans pour autant atténuer le sentiment de solitude. Le monde était fini, réduit à la surface lisse et toujours un peu sale de l'écran. On aspirait confusément à ce que quelque chose d'intense et de nouveau se produise qui ferait oublier toute cette fatigue et cette lassitude. On attendait, sans que rien jamais ne vienne, sinon le sentiment grandissant pour de plus en plus de gens que tout était joué et que dans ce monde ils n'y avait plus guère à espérer d'autre que cet hypnotique présent avec ses distractions factices abrutissantes et intersticielles et de pauvres vacances quand il était encore possible de s'en offrir (linked with the wekend in black and white)

mercredi 26 avril 2017

Le Parc de la Villa Borghese


Voilà,
cette fontaine dans le parc de la Villa Borghese, où nous nous sommes, ma fille et moi, un moment reposés pour y faire une petite sieste, j'y repense quelquefois, comme à d'autres. Lieux où nous n'avons fait que passer, mais qui nous ayant un instant saisis, donnent à éprouver une fugitive sensation d'éternité.

lundi 24 avril 2017

Aventures dans les îles


Voilà,
j'ai du mal à faire le lien entre la silhouette de cet enfant qui porte en ceinture une cartouchière de l'armée, et ce que je suis à présent. C'est le même corps, la même personne. Est ce pour autant la même identité. C'est à cette époque, nous vivions alors à Châlons sur Marne, devenu plus tard Châlons-en-Champagne, que les parents avaient d'abord loué avant de l'acheter un poste de télévision Grammont, derrière lequel se trouvait un boîtier où il fallait mettre des pièces. Comme ils travaillaient tous les deux, je passais les jeudi seul. Je regardais à midi, en mangeant ce que ma mère m'avait préparé et qu'il fallait juste réchauffer, la séquence du jeune spectateur qui retransmettait des extraits de films et ensuite dans ls programme jeunesse de l'après midi "Aventures dans les îles" et "Ivanhoe" avec Roger Moore. Je me souviens aussi d'une série qui s'appelait "les hommes volants" ("The sky diver" en anglais) et qu'un des personnages s'appelait Ken Curtis (longtemps j'ai cru que c'était Ted Curtiss). Sans doute est-ce pour cela qu'à l'époque je me suis inventé un héros, une sorte de double imaginaire qui s'appelait Jim Curtiss et qui m'a longtemps accompagné. Mais pour en revenir à "Aventures dans les îles", ces paysages me fascinaient et les aventures du capitaine Troy constituaient un moment que je ne voulais en aucun cas manquer. C'est comme ça que j'ai appris l'existence des requins-mangeurs-d'hommes. Je ne peux écouter la musique du générique sans en être encore aujourd'hui bouleversé. 



dimanche 23 avril 2017

samedi 22 avril 2017

A ce jour à cette heure


Voilà,
à ce jour et à cette heure 
l'impression de me changer un peu plus en une ombre 
de ce que j'avais autrefois espéré devenir
(linked with the weekend in black and white)

mercredi 12 avril 2017

Beau Blaireau

Paris, Carrefour Vavin Notre-Dame des Champs
Voilà,
c'est une photo prise début Avril à Paris, au premier jour vraiment chaud de l'année. Un type se selfie (on peut bien s'autoriser l'usage du verbe selfier, tout le monde comprendra) devant une belle américaine des années cinquante évoquant celles que conduit Belmondo dans le Paris de "À Bout de Souffle" de Jean-Luc Godard. Il passe cinq bonnes minutes à trouver son cadre avec sa perche. Moi je traîne sans grande envie ni but précis, juste parce qu'il faut bien marcher et sortir. Cette rencontre entre deux objets si emblématiques de deux époques bien différentes – une vie tient entre l'apparition de chacun d'eux – m'amuse et me distrait. Et puis l'homme à la perche a vraiment ce qu'on appelait dans le courant des années quatre-vingts un "tronche de blaireau". J'écris ça du milieu de la nuit, quand, après vous avoir réveillé, les fantômes se rappellent à vos douleurs.

dimanche 9 avril 2017

Les Pensées confuses


Voilà,
parfois les pensées passent, confuses. Je voudrais formuler, ne serait-ce que pour moi ce que  je comprends, perçois, imagine du monde tel qu'il m'apparaît. Préciser les raisons pour lesquelles, j'agis ou n'agis pas en telle ou telle circonstance, transcrire ce qu'il m'arrive d'éprouver à certains moments. Mais les mots virevoltent, insaisissables comme ces papillons que l'on tentait d'attraper enfant, ou bien s'enchâssent les uns les autres. Tant de choses à peines projetées demeurent à jamais dissipées. Où vont elles les idées qui se perdent ? Et les rêves qu'on oublie ? Existe-t-il un Ailleurs, un univers parallèle où toutes les idées ici perdues finissent par se retrouver et prendre forme ? Il me semble que ma vie durant, je n'aurais fait qu'entrevoir des possibilités et que je serais resté au seuil d'une vaste maison dont je n'ai pas su faire ma demeure. Plus le temps passe et plus je me sens submergé par ce que je n'ai pas pu transcrire, exprimer, transformer de mon raport au réel ou à la réalité, on m'a expliqué plusieurs fois la différence je n'ai jamais en fait bien rėussi à comprendre ou à retenir cette subtilité. C'est un des problèmes, auxquels je me suis souvent trouvé confronté. : je perçois bel et bien la complexité, mais je ne suis pas suffisamment outillé pour en rendre compte. La raison pour laquelle sans doute j'ai recours aux images par nature superficielles puisqu'elles ne rendent compte que de la surface des choses, et dans lesquelles je trouve cependant quelque mystère quand elles restituent des ombres et des reflets.

vendredi 7 avril 2017

Bien des années après


Voilà,
ils vivent dans la crasse et la négligence d'eux-mêmes. Leur maison est un désordre qui confine au chaos. Finalement la saleté de leur pensée est là tout entière dans l'environnement qu'ils se sont fabriqué. Ils ont transformé leur milieu naturel en poubelle. La jolie maisonnette qu'ils avaient autrefois acquise, ils l'ont simplement souillée comme ils ont souillé tout ce qu'ils touchent et aussi tout ce qu'ils ont engendré. Ils détestent les noirs les arabes les romanichels tout ce qui n'est pas comme eux mais l'idée qu'ils se font des noirs des arabes et des romanichels ils l'incarnent au centuple. C'est cela qui les rend abjects et répugnants, c'est cette tranquille certitude d'être clairvoyants alors que tout en eux n'est que haine et aveuglement. Cette croyance prétentieuse cette fierté déplacée qu'ils incarnent n'est que la révélation obscène de leur bêtise. Toute leur vie ils ont prôné l'ordre, le maintien de l'ordre, affirmé fièrement leur appartenance à l'armée, leur unique famille, et leur allégeance au drapeau. C'est vrai que l'armée les a pris en charge, et leur a assuré l'ordre qu'ils étaient incapable de maintenir en eux.
Manger à leur table est une épreuve au regard de la pièce répugnante qui tient lieu de cuisine. La poussière se mêle à la graisse. Bafouées, les règles de l'hygiène la plus élémentaire. Tout est sens dessus-dessous, sur la table crasseuse. La viande du chien à côté des épluchures de légumes. Tout est coupé avec le même couteau. Et quand on nettoie c'est avec des éponges si repoussantes que vous êtes aussitôt saisi par une pressante envie de vomir. A quarante ans le cadet continue de prendre régulièrement ses repas avec eux. Il mange à l'oeil et porte son linge a laver. Si tant est que laver ait un sens en ces parages. A table le père et le cadet s'invectivent en écoutant les nouvelles de la télé pendant que la mère fait le va-et-vient entre la cuisine et la salle à manger. C'est un rituel immuable. Chacun y trouve son compte. Pour la mère, ce fils célibataire qui n'aura pas de postérité reste sous sa tutelle. Tant qu'elle le nourrit il demeure sa chose, et ainsi sa vie a un sens. Quant au père il a encore quelqu'un sur qui asseoir son autorité. Cela distrait ces vieux parents de l'ennui et de l'agacement réciproques qu'ils éprouvent quand ils se retrouvent seuls en tête à tête. Ah oui, il y a aussi dans cette maison un ordinateur que personne ne sait vraiment faire marcher. Il est à espérer qu'il y ait moins de virus en circulation entre ces murs que dans le disque dur de la machine. L'aîné ne vient que très rarement. Il regarde cela avec consternation. C'est donc de cela qu'il vient. Il y a en lui, peut-être l'effrayante possibilité de devenir tôt ou tard de la sorte. Ça l'inquiète et le dégoûte à la fois. Cette angoisse et cette honte, et certaines images le poursuivront jusque dans son sommeil, demeurant encore présentes bien des années après. (linked with The weekend in black and white)

jeudi 6 avril 2017

Surprises



Voilà
pourquoi j'aime la vie : pour des journées comme celle d'hier où il y a eu de bonnes surprises. Ainsi la présence de Gao Bo et de son commissaire d'exposition à la Maison Européenne de la Photographie où je venais découvrir cet artiste que je ne connaissais pas. Ce fut donc une visite guidée dans ses pas et ses paroles et la découverte d'une œuvre puissante et essentielle. Par instants, alors qu'il nous parlait il m'est arrivé de croiser son regard, le regard d'un authentique génie. Il faut que je laisse infuser toutes les émotions éprouvées durant ce parcours avant d'en reparler, si toutefois j'en suis capable. Et puis le soir dans le train il y eut cette apparition, absurde et dérisoire, mais qu'il eût été dommage de laisser passer. J'ai discrètement fait plusieurs photos avant d'obtenir un cadrage satisfaisant. Est ce pour cette raison que cette nuit j'ai rêvé que je passais, en dépit de mon arachnophobie et sans même être effrayé du danger que je courais, un temps fou à tenter, sans pour autant parvenir à être satisfait du résultat, de cadrer dans un vaste appartement bourgeois meublé très sobrement, une mygale grosse comme un poing.
J'écris à présent cela en entendant à la radio la bande originale du film "Barry Lyndon" de Stanley Kubrick, qui m'émerveille toujours autant, mais qui me rend un peu nostalgique de cette époque où, dans la force de la vie, bien plus de choses qu'à présent m'étonnaient ; tout était découverte et me semblait riche de possibles. L'ennui même avait plus de consistance. Alors qu'aujourd'hui avec un corps souvent empêché qui cependant frémit des mêmes impatiences, il me faut composer, négocier, pactiser. Désormais je me dois à la vigilance car parfois le danger peut, simplement parce que mon temps de réaction est devenu plus long, surgir où il n'existait pas auparavant. Je ne cours plus après un bus, je renonce à passer au feu orange. Je commence à considérer certains escaliers avec circonspection. Et j'en passe. S'accommoder d'une multitude de menus inconvénients apparus peu à peu sans que je ne le réalise exige une forme de sagesse nouvelle où l'acceptation  — à ne pas confondre cependant avec la résignation — tient une grande part. Moi qui n'ai jamais pris le temps de devenir adulte, me voilà sommé de songer à la vieillesse et d'admettre non sans un certain vague à l'âme que dorénavant il y aura plus de dernières que de première fois. Aussi toute heureuse surprise est bienvenue, et des bonheurs les plus simples je fais mon miel.

mercredi 5 avril 2017

La Beauté


Voilà,
"La beauté est le nom qu'on donne à ce qui n'existe pas,
que je donne aux choses en échange du plaisir qu'elles me donnent.
Elle ne signifie rien"
                                                                             (Fernando Pessoa)

mardi 4 avril 2017

Un Air de Printemps au Jardin du Luxembourg


Voilà,
un air de printemps au jardin du Luxembourg qui me rappelle ce temps ou je le traversais en fredonnant "love her madly" des Doors.. j'avais 16 ans... C'est près du grand bassin que nous nous donnions rendez-vous avec Agnès, au premier temps de notre amour, lorsque nous habitions encore chez nos parents. Quelqu'un a dit que toute photo lutte contre le passage du temps. Je ne sais pas quel temps je préserve avec celle-ci. Celui de ma fille, sans doute, qui va sur ses 16 ans et retrouve désormais ses copains dans ce même jardin, alors que moi, je n'y marche plus d'un pas aussi allègre qu'autrefois.

dimanche 2 avril 2017

La Déception

Esplanade de Vincennes, Avril 2012
Voilà,
je regarde des photos de la période précédant la dernière élection présidentielle. Je m'étais rendu à quelques meetings de droite et de gauche pour y faire des images. Bien sûr je m'étais plus reconnu dans ceux qui s'étaient rassemblés à Vincennes que dans la bourgeoisie concentrée place de la Concorde. A Vincennes, ceux qui voteraient à gauche manifestaient une espérance nouvelle. Ils escomptaient de ceux à qui ils destinaient leurs suffrages qu'en retour on les prendrait en considération. Certains espéraient ce moment depuis dix-sept ans. Ils y croyaient. Même si j'avais du mal à adhérer à leur enthousiasme — c'est un problème croire n'est pas mon fort — je me reconnaissais dans leurs façons d'être, de se vêtir, dans leurs regards et parfois leurs sourires. Je me sentais quoiqu'à la marge, appartenir à leur communauté, du moins en partager la plupart des valeurs. J'étais comme eux, je faisais partie de ce qu'on nommait autrefois le peuple. Ceux qui n'ont pas de privilèges, qui sont obligés de veiller à ne pas s'endetter, qui sont contraints à la frugalité, à la prudence, et doivent supporter beaucoup de contrariétés. Sur l'image l'écran indique que la foule est nombreuse. Elle attend quelque chose du futur qui vient, elle est persuadée que les choses vont bouger, que le rapport de force avec le patronat va se rééquilibrer. (Je crois me souvenir qu'il y avait des choses comme cela qui se disaient). 
Il y avait aussi cette envie d'en finir avec un président agité, vindicatif et méprisant, vulgaire et affligé d'une mentalité de petit parvenu. Les gens aspiraient à être gouvernés par quelqu'un qui les comprendrait, proche d'eux. Alors ce petit homme replet, sans grand charme ni charisme, un peu bobet avec son air de notable de province et son nom de pays étranger, mais bon, pas vraiment antipathique malgré tout, ce n'était pas brillant mais ça pouvait bien faire l'affaire. Pour ma part, en proie à une crise d'optimisme totalement délirante, je supputais que peut-être il trouverait dans sa nouvelle fonction, un élan nouveau, une capacité à se hausser et à gagner en densité. Au lieu de quoi on eut juste droit à un nigaud satisfait de prouver à son ex-femme qu'il était capable de faire mieux qu'elle. Et puis très vite il fut clair que cet homme en accédant à la plus haute fonction avait aussi atteint son seuil d'incompétence En même temps que son absence d'audace et de courage, son incapacité à s'affirmer, se dévoilèrent aussi sa lâcheté, ses reniements, sa mollesse, sa bêtise. Son aspect tantôt Bouvard tantôt Pécuchet achevèrent peu à peu de le rendre ridicule. A peine au pouvoir il se préoccupait déjà de sa possible réélection en se livrant à de mesquins calculs de boutiquier, comptant sur la montėe en puissance de l'extrême droite. Une vision politique relevant de la myopie. Nulle perspective. Tout à court terme. La sortie sera misérable et vouée sinon à l'opprobre du moins au dédain, à la moquerie voire au mépris. Aujourd'hui ce peuple déçu et abandonné se désagrège pour se constituer en fractions partisanes. Chacune d'entre elles alimente, en s'efforçant de croire en un miracle, les ambitions aveugles de leaders peu soucieux au fond, des citoyens qui les soutiennent, préférant la division à l'union. On se crispe sur des certitudes sans lendemain. Certains prennent des postures radicales, mais ce ne sont que des postures. De toute façon, ces leaders politiques, quand les choses tourneront mal dans ce pays, auront les moyens de le quitter pour se parer du prestige des exilés. Ils veulent se mesurer à l'Histoire et se payent de mots. L'homme des foules, lui c'est au quotidien qu'il s'affronte, et les mots souvent lui manquent pour exprimer son désarroi. Parfois il redoute le pire. Il se dit que ce n'est pas possible. Pas ici. Mais il n'en est plus tout à fait certain. 

samedi 1 avril 2017

Pesanteur


Voilà,
un instant, j'ai été cette enfant. Un instant j'ai ressenti cette pesanteur du dimanche matin, quand vous êtes obligée d'accompagner les parents qui ont décidé de retrouver leurs amis sur la péniche alors qu'il aurait été tellement préférable de paresser dans son lit ou d'aller chez une copine. Ils parlent entre eux d'histoires de grandes personnes, ils prononcent tous ces noms qu'on entend souvent à la télévision, parfois ils parlent de la présidentielle, ils en parlent beaucoup, de l'avenir aussi ils disent c'est effrayant ou alors on verra bien, ou bien encore on n'y peut rien, parfois ils semblent s'énerver, certains disent que de toute façon on est baisés et comme ils le disent ça n'a pas l'air bien d'être baisé alors autant sortir, de toute façon on n'existe pas pour eux, c'est bien la peine d'être là, dehors il y a de gros oiseaux comme ceux qu'on voit en bord de mer, et des pigeons des cygnes aussi et des passants qui se promènent en famille et qui ont l'air tranquille. Et l'on se dit que ça serait bien d'être quelqu'un d'autre et d'avoir une autre vie.