Affichage des articles dont le libellé est Black and White. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Black and White. Afficher tous les articles

jeudi 15 octobre 2026

La Vague



 Métro parisien Station Plaisance (1982)
 
Voilà
toutes les paroles qui manquent ou se déchirent dans le silence la confusion des pensées incohérentes des peurs anciennes quelque chose a été arraché autrefois ne restent que les terreurs qui ne peuvent se dire qu'il est si douloureux de nommer parfois il lui semble qu'elle ne parviendra jamais à échapper à l'effroi qui l'envahit si souvent pourtant son rire il y a son rire si délicieux réconfortant même pour qui ne sait pas oui son rire première publication 20/07/2013 à 20:17

vendredi 9 octobre 2026

Reflets sur la tour Kupka


Voilà,
confronté à cette absurde géométrie de lieux sans âmes, les mots qui viennent sont comme une poignée de cendre qu'éparpille un vent rude et froid. On se prend à rêver de grappes juteuses accrochées à la treille d'un jour baigné de soleil et l'on continue de voyager en soi porté par le flot ample et tendre des rêves anciens où l'air frémit encore du vol espiègle d'une libellule. (première publication 25/11/2013 à 00:02

vendredi 2 octobre 2026

Dans un bref éclat de lumière


Voilà,
prise en Septembre 2016, du côté de La Défense, cette photo ne raconte rien d’autre que le passage, l’idée de passage. Une vie s’inscrit dans un bref éclat de lumière, on vient de l’ombre on y retourne entre les deux on trimballe son petit bagage. La plupart du temps ça n’est pas grand chose.

jeudi 1 octobre 2026

Au Bord du Lac


Voilà,
Le jour déclinait et, traînant dans cette banlieue bourgeoise où tu n'étais venu qu'en de rares occasions, tu te mis soudain à rêvasser de tropiques, de mangroves et d'un ailleurs improbable où il ferait mieux vivre. Et "Soul Samba", l'album de Ike Quebec réécouté le matin même, et dont les airs ne t'avaient pas quitté depuis, t'avait alors paru un disque qui, oui vraiment, demeurait toujours aussi plaisant à entendre. première publication 3/11/2017 à 04:47

vendredi 18 septembre 2026

Musique et misère


Voilà
d'après leurs instruments je peux supposer qu'ils viennent des Balkans et imaginer que c'est pour fuir la guerre en ex-Yougoslavie qu'ils ont fini par échouer là, au pied du centre Georges Pompidou, juste en face de la fontaine de Tinguely et Niki de Saint Phalle. Peut-être leur village a-t-il été détruit, leur famille décimée. Ou bien ont-ils commis des choses horribles – dénoncé des voisins par exemple –, de sorte qu'il leur est impossible désormais de retourner au pays. Je ne sais pas ; je ne peux qu’imaginer. Ils sont là, ils sont vieux, ils grattent leur crincrin et ce qu'on entend est aussi moche et triste que ce que l'on voit. Je ne peux rien pour eux, que leur filer un billet en échange de cette photo parce qu'au fond bien sûr, j'ai un peu mauvaise conscience de figer ainsi leur détresse. J'ai essayé de leur parler mais on ne se comprenait pas, c'était impossible. Ce que je lis dans leur yeux c'est qu'ils savent qu'ils ne seront pas enterrés dans la terre qui les a vu naître et que leur place n'est plus nulle part. Ce que je crois deviner, c'est à la fois, la résignation et l'incompréhension. La musique en plus, et le chien pour la compagnie. Derrière eux il y a un musée qui ressemble à un bâtiment industriel dont certaines œuvres peuvent apaiser questionner ou stimuler ceux qui s'y rendent. Une fontaine animée de figures grotesques et colorées leur fait face. Il est possible qu'elle leur apporte un peu de joie. Mais de ce qu'ils ont vu eux, de ce qu'ils ont ressenti, rien ne subsistera.
première publication 9/8/2012 à 18:42

vendredi 7 août 2026

Elisabeth


Voilà,
ça me revient, la première rencontre avec Elisabeth, ce fut dans la salle de ce qui s'appelait alors l'ARC, sous le Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, en Avril 81, pour la création de la pièce « Société1 » sur une partition de Luc Ferrari que mettait en scène Didier Flamand. C'était un spectacle assez barjo. Nous n’étions pas une grosse distribution pour un spectacle de Didier. À peine huit sur le plateau. Il y avait cinq comédiens plus ou moins musiciens de la bande à Didier, deux musiciens de la compagnie de Georges Aperghis qui co produisait l’entreprise et Elisabeth qui ne connaissait aucun autre comédien et qui débarquait là avec sa clarinette. Elle avait, quelques années auparavant travaillé assez longtemps avec le Grand Magicien Circus de Jérôme Savary. Elle s’est immédiatement intégrée à notre équipe avec son charme et sa fantaisie et ce fut un bonheur de l’avoir parmi nous. Très vite elle s’est prise d’affection pour Agnès et moi. Ces répétitions et ce spectacle demeurent dans ma mémoire comme un des meilleurs moments de ma vie professionnelle.

Ça me revient l’appartement du 60 rue Caulaincourt (une des plus belles rues de Paris qui constitue une vaste boucle ombragée sur les contreforts de Montmartre) qu’elle partageait avec son époux et ses enfants.

ça me revient à la naissance de ma fille, Élisabeth lui avait offert un petit chien en peluche. Il est toujours là.
 
ça me revient, quand je jouais à Béziers au début des années 90, il y avait encore dans les loges l'affiche du film "Le boucher, la star et l'Orpheline" de Jérôme Savary, et sur le dessin de l'affiche on reconnaissait bien Elisabeth que j’avais alors perdue de vue.
 
ça me revient, Elisabeth et Agnès s'aimaient beaucoup. Il existe une photo où elles sont toutes les deux vêtues en alsaciennes. Je l'avais prise lors d'un essayage costume dans la salle de répétition du JTN rue des fossés-St Paul dans le marais.
 
ça me revient Elisabeth n'avait jamais perdu son accent norvégien
 
ça me revient la photo ci-dessus fut prise lors d'une répétition de "prends bien garde aux Zeppelins" en Octobre 1981. J'interprétais, dans un des tableaux du spectacle, un photographe lors d'une réception d'ambassade, et un soir, j'avais utilisé un vrai appareil pour faire des photos de mes camarades en situation.
 
ça me revient Elisabeth m'appelait parfois Arnito en roulant le R et en prolongeant la voyelle sur le i ça donnait arrrniiito
 
ça me revient Elisabeth conduisant sa Rancho verte
 
ça me revient, lors de Société 1, nous avions du mal, les membres de la troupe à nous séparer après les répétitions, et nous prolongions la soirée au Grand Corona, près du pont de l'Alma. Nous étions aussi allé y boire un verre un fin d'près midi, et je me souviens qu'on y avait entendu "Sunny afternoon" des Kinks et c'était tout à fait de circonstances

ça me revient Maxime Ferrier le mari d'Elisabeth l'appelait souvent Mortensen, et pour beaucoup de ses relations elle était Mortensen
 
ça me revient Elisabeth avait, dans sa jeunesse, suivi des cours chez Jacques Lecoq 

ça me revient, il y a quelques années j'avais mis en relation Elisabeth et Sophie qui allait à Oslo pour un événement autour de Jon Fosse où des compagnies françaises avaient été invitées. Je crois qu'Elisabeth s'était proposée comme traductrice en certaines circonstances
 
ça me revient nos conversations à propos de l'écrivain Kjell Askildsen, dont elle était la seule parmi mes amis à connaître l'œuvre
 
ça me revient, comme Elisabeth, au début où nous nous connaissions nous racontait à Agnès et moi comme c'était bien d'avoir des enfants.
 
ça me revient, Elisabeth comme la plupart des norvégiens de Paris, se procurait à la période des fêtes du saumon de Norvège grâce à une association dont le siège se trouve je crois au Vésinet

ça me revient, alors que nous nous étions perdus de vue depuis des années, un jour une femme m'a sollicité pour une lecture de textes de Nicolas Vatimbella, et lorsqu'elle m'a dit qu'elle attendait la réponse d'une comédienne norvégienne qui jouait de la clarinette j'ai tout de suite pensé que c'était Mortensen, et lorsque j'en eu la confirmation je n'avais plus qu'une hâte : la revoir 
 
ça me revient, après s’être installée en Norvège, Élisabeth revenait souvent à Paris pour visiter sa fille et son petit fils et chaque fois elle me prévenait et nous nous retrouvions toujours au même bar "au pause-café" 41 rue de Charonne.

Elisabeth connaissait bien Isabelle Nanty, elle aussi ayant de la famille norvégienne, et avec qui j’ai tourné il y a fort longtemps.
 
ça me revient Elisabeth me parlant de sa sœur avec qui les relations ne semblaient pas faciles
 
ça me revient le père d'Elisabeth avait habité en Suisse et avait été un musicien de jazz
 
ça me revient après être retournée en Norvège, Elisabeth travaillait comme clown dans les hôpitaux d'Oslo
 
ca me revient Elisabeth était amie avec Luca, un metteur en scène italien qui m'a mis en scène en 1989, et j'ignorais à l'époque qu'ils se connaissaient 

ça me revient c'est Claire Denis qui avait recommandé Elisabeth à Didier, car Claire avait aussi travaillé avec le Grand Magic Circus de Jérôme Savary
 
ça me revient la fête surprise organisée par sa fille pour ses 75 ans. Nous nous sommes vus l'année suivante, et peu après une maladie neuro-dégénérescente a rapidement détérioré sa santé. Elle a quitté ce monde le premier jour d’Août. Depuis la tristesse ne me quitte pas

Ça me revient mais il y a tant de choses qui m’échappent
shared with the weekend in black and white - weekend street

mardi 14 juillet 2026

Regarder passer le défilé

 

Voilà,
ce quatorze juillet 1983 je m'étais tout de même bien régalé. J'avais fait une pellicule entière. J'aimais bien le principe de la série. J'en ai beaucoup publié des photos de ce jour-là sur ce blog. Celle-ci n'était pas encore apparue. J'aime beaucoup la tronche du type avec son programme à la main. Ce qui me réjouissait c'était les différents axes de regards. Ceux qui voient venir, ceux qui voient ce qui est passé, les suspicieux qui se méfient du photographe mais qui ne quitteraient leur place pour rien au monde de peur de la perdre. C'est fou tout de même cette fascination des gens pour les défilés militaires.
Si tu tapes, chère lectrice cher lecteur, sur la rubrique "spectateurs", eh bien oui, tu retrouveras parmi d'autres, toutes les photos de cette mémorable matinée. Et si tu cliques sur ce lien tu verras comme j'étais joli garçon (mais je ne le savais pas à l'époque et cela n'a qu'un relatif intérêt aujourd'hui). Je venais de passer un mois en Algérie, sur les traces de mon enfance, j'avais un peu d'argent devant moi, j'étais aimé, je savais que bientôt je partirais en Provence pour finir l'été, l'âge que j'ai aujourd'hui me paraissait une échéance improbable. Bref j'étais jeune, pas forcément insouciant, mais quand même assez souvent désinvolte. Aujourd'hui le monde brûle, et malgré les faits, l'on ne parvient pas tout à fait à se rendre à cette idée. La langue japonaise possède un mot pour exprimer ce que je ressens : yaruzenai : comprendre tout ce qui ne va pas, mais ne pas pouvoir faire grand-chose pour améliorer la situation, et garder ce sentiment à l’intérieur de soi. Enfin plus vraiment puisque je viens de l’écrire sur cette page.

mardi 16 juin 2026

Le tombeau d'un saint homme

Voilà,
parfois au Pakistan sur le bord d'une route, des drapeaux plantés en terre signalent qu'un dirigeant politique (tant de l'époque précédant l'indépendance que de celle qui lui a succédé), ou un chef religieux ou un pirs — "saint" selon la tradition musulmane —, repose dans un mausolée voisin désigné sous le terme de marabout. Les gens viennent s'y recueillir en disposant sur sa sépulture des pétales de roses. Il arrive aussi que des vasques remplies de sel soient disposées à l'entrée. Les pèlerins s'en imprègnent alors les mains avant de se signer.

vendredi 29 mai 2026

Vieille traction

Voilà,
au lendemain de mon anniversaire je constate mon âge avec la même perplexité que celle qui fut la mienne en mai 2008, place St Germain-des-prés devant cette installation. Moi aussi d'une certaine façon j'ai l'impression d'être sens-dessus-dessous comme cette vieille traction-Avant Citroën. Cela me semble incompréhensible d'en être là. Comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre.

vendredi 10 avril 2026

Pas être à sa place

 
 
Voilà,
dans son dictionnaire des obscure sorrows John Kœnig appelle monachopsie "le sentiment subtil mais persistant de ne pas être à sa place, d'être aussi mal adapté à son environnement qu'un phoque sur une plage, lourdaud et maladroit, blotti en compagnie d'autres inadaptés, rêvant d'une vie dans son habitat naturel, d'un endroit où l'on serait chez soi avec fluidité, brio et sans effort." J’ignore par quelle association d’idées j’en suis venu à penser à cela, à Marseille, sous l'immeuble construit par Le Corbusier appelé "La Cité radieuse" et que les gens du coin ont longtemps surnommé "la maison du fada"

vendredi 3 avril 2026

Comme une prière


 
Voilà,
en Janvier 2012, j'ai pris, au Père-Lachaise, cette photo d'un employé du cimetière durant sa pause. Bien que dans une attitude de prière, il était évidemment en train de consulter son téléphone portable. C'est étrange comme cette manie nous rapproche de la position fœtale. Cela dit, je suis pour ma part assez mal placé pour critiquer, car je passe pas mal de temps à chercher des informations, et il m'arrive même de noter des choses sur ce petit appareil, ou d'en recopier certaines, puisque souvent des informations lues, s'évanouissent et se perdent dans la logosphère sans qu'il soit ensuite possible de les retrouver. Par exemple, hier, alors que j'étais dans le métro, et dans une posture guère différente de celle du protagoniste de ma photo, j'ai noté cet article de Marie Bardiaux-Vaïente très intéressant et instructif et que je livre in-extenso bien qu'il soit assez long. 
 
Je vais écrire un des statuts les plus difficiles en 18 ans de présence sur Facebook, que j'ai eu à écrire. Je coupe les coms, car trop d'enjeux et de sujets connexes que je ne veux pas avoir à subir. Je m'exprime ici avant tout comme historienne spécialiste de ce sujet (ma thèse de doctorat est en ligne et accessible pour qui voudrait saisir plus loin les mécanismes).
"Celui qui aide à conserver la vie d’un homme a le même mérite que s’il avait aidé à conserver le monde entier, et que celui qui laisse détruire une vie quelconque en est responsable comme s’il avait contribué à la perte de tout le genre humain ; qu’un sanhédrin qui prononce une condamnation à mort tous les sept ans, ou même, suivant un docteur, tous les soixante-dix ans, est réputé sanguinaire […] Si nous avions fait partie du sanhédrin, nous n’aurions jamais prononcé une sentence capitale." {Rabbi Akiba et Rabbi Tarphon. (Dans Talmud, « Traité de Maccoth », Chap. I, § 8)}.
En 1978, Joseph Kaplan, Grand Rabbin de France, condamne la peine de mort dans un article du journal Le Monde. De même, le 30 mars 1979, devant le Comité d’étude parlementaire sur la peine de mort réuni sous la présidence du député Pierre Bas, Joseph Kaplan rappelle que le respect de la vie et de la dignité humaine est proclamé dès les premières pages de la Bible, puisque « l’Homme a été créé à l’image de Dieu » :  "Le Grand Rabbin de France souligne que depuis vingt siècles, la conscience juive a condamné la peine de mort, faisant remarquer que si la peine capitale figure dans les textes bibliques, les rabbins, dès le début de notre ère, se sont efforcés de la rendre inapplicable, cherchant, par la critique des témoignages, toutes les raisons possibles pour l’écarter. Il n’en demeure pas moins, a ajouté Monsieur Kaplan devant les Parlementaires, que la société a besoin d’être protégée contre les criminels. Mais si elle a le devoir de punir les coupables, elle a également l’obligation de préserver les innocents de l’erreur judiciaire."{Agence télégraphique juive, bulletin quotidien d’informations, 30 mars 1979.}
Dans l’ouvrage de Jean Toulat, "La Peine de mort en question" publié en 1977, on trouve un passage sur la conception du judaïsme vis à vis de la peine de mort : "Notre position sur la peine capitale […] est un grand aspect de notre conception du respect de la vie humaine, qui doit être absolu. C’est Dieu qui donne la vie. Aucune autorité humaine ne peut se permettre d’en disposer." 
Dès le Ier siècle, la question de la peine de mort s’est posée dans le judaïsme. La peine de mort existe dans la Bible. Les rabbins du Talmud ont tendu à la rendre inapplicable. Les conditions de constat d’un homicide ont tout d’abord été multipliées : les témoignages sont passés au crible et invalidés à la moindre contradiction. La sentence ne devait être rendue que le lendemain et ainsi toute la nuit, les 23 juges tentaient de trouver toute raison d’éviter la peine capitale. "En fait il y a vingt siècles que la conscience juive prend position contre la peine de mort."
Le grand Rabbin Sirat fait une déclaration reproduite par l’AFP en 1981 : "Pour nous la peine de mort doit être vue comme ce qu’elle est : un homicide. Elle relève donc d’un interdit qu’aucun être humain ne peut enfreindre. On trouve dans le Talmud cette remarque d’un rabbin illustre : ″On ne doit nommer membre d’un tribunal qu’un homme capable de trouver de la pureté à un insecte″. Le même Talmud qualifie de sanguinaire le tribunal qui prononce une seule condamnation à mort en soixante-dix ans."
L’État d’Israël est abolitionniste pour les crimes ordinaires (dits de droit commun) depuis 1954. Depuis la proclamation de l’État d’Israël en 1948, la peine de mort a été appliquée 2 fois : en 1948 contre Meir Tobiansky, un officier de l'armée israélienne, accusé de trahison fusillé cette année-là mais réhabilité par la suite, et la très célèbre et médiatique application de la peine capitale en 1962, lorsqu’Adolph Eichmann est exécuté sur la base de la loi de 1950 sur la peine de mort pour les nazis et pour les collaborateurs de nazis.
{Cf à ce propos notre ouvrage : L'enfer est vide et tous les démons sont ici (Malo Kerfriden  au dessin) : https://www.glenat.com/glenat-bd/lenfer-est-vide-tous-les-demons-sont-ici-9782344040041/
Les cinq autres délits capitaux relevant du droit militaire comprennent une sentence discrétionnaire, et sont le génocide, l’homicide de personnes persécutées commis pendant le régime nazi, les actes de trahison sur la base de la loi militaire et de la loi pénale commis en temps d’hostilité, l’emploi et le port illégal d’armes. L’extradition vers Israël n’a vu de condamnation à mort que dans des cas exceptionnels, comme pour Ivan Demjanjuk, un citoyen ukrainien extradé par les États-Unis et condamné à mort en 1988 par un tribunal spécial à Jérusalem, parce que reconnu par quelques survivants comme étant "Ivan le Terrible", un garde nazi du camp de concentration de Treblinka en Pologne. La décision a été annulée en 1993 par la Cour suprême après qu’il a été prouvé qu’il y avait eu confusion sur la personne. 
Israël a ratifié : le Pacte international sur les droits civils et politiques en 1991 ; la Convention sur les Droits de l’Enfant en 1991 ; la Convention contre la Torture et les traitements et punitions cruels, inhumains ou dégradants en 1991 et signé le Statut de la Cour Pénale Internationale, qui interdit le recours à la peine de mort, en 2000. Israël a voté en faveur de la Résolution des Nations unies, du 18 décembre 2008, pour un moratoire mondial sur les exécutions.
Hier, alors que nous étions nombreuses et nombreux à suivre les derniers déploiements de ce qui se tramait depuis plusieurs mois face à une loi qui va à l'encontre de tout ce que le judaïsme préconise depuis ses origines, et par ailleurs de tout ce qui représente le progrès de l'humanité, soit l'abolition de la peine de mort, hier, alors que nous fêtions les 98 ans de la naissance de Robert Badinter, la Knesset a adopté en 3e lecture, par 62 voix contre 48, une loi rétrograde, inique, raciste, immorale, inconstitutionnelle et qui contrevient aux traités internationaux signés par Israël. Il n'est pas acceptable de valider cette loi particulièrement délétère, il n'est pas acceptable de penser qu'elle pourrait être juste et justifiée.
Il est nécessaire de la réprouver pour ce qu'elle est : la seule loi sur la peine de mort au monde qui utilise le critère de l'origine ethnique/la nationalité/l'appartenance à un peuple, une loi qui discrimine de facto, une loi d'apartheid face à la justice et à l'assassinat légal, pour décider à qui elle s'appliquerait ou non. Il n'est pas possible d'accepter la décision prise hier à la Knesset.
Selon le texte : "quiconque cause intentionnellement ou par indifférence la mort d’un citoyen israélien pour des motifs de racisme ou d’hostilité envers une communauté, et dans le but de nuire à l’Etat d’Israël et à la renaissance du peuple juif dans son pays, sera passible de la peine de mort ». La loi instaure la peine capitale pour les hommes et les femmes reconnus coupables de meurtres commis au nom du refus de « l’existence d’Israël". Les Juifs n’y sont donc, de fait, pas soumis, notamment les colons auteurs d’actes de terreur contre les Palestiniens en Cisjordanie occupée. C'est aussi un point qui relève donc de la possibilité d'exécution extra judiciaires dans un territoire sur lequel l'Etat d'Israël n'a aucune souveraineté.  Je parle ici comme historienne, certes, mais aussi...
Comme activiste contre l'antisémitisme et militante antiraciste,
Comme défenseuse des droits humains,
Et enfin et surtout, je parle ici comme militante pour l'abolition universelle de la peine de mort. Il est de notre devoir de nous révolter avec force contre ce qui relève d'une aberration morale, juridique, humaine. La peine de mort n'est jamais une solution. Défendre l'abolition universelle est la seule voie possible. 
 
Il est vraiment étrange et par bien des aspects inquiétant, ce retournement de l'Histoire. Le peuple qui eut à subir des lois raciales voilà un peu moins d'un siècle, avec les résultats que l'on sait, en vient à son tour — et avec la même célérité, le même aveuglement et la même adhésion populaire — à en adopter de semblables. On assiste ainsi à la chute éthique d'un pays qui, en légalisant l'arbitraire à l'encontre de la population palestinienne, s'enfonce un peu plus dans la violence et la discrimination. Voir la figure de proue du suprémacisme juif Ben G'vir — celui-la même qui dans sa jeunesse appelait au meurtre de Shimon Pérès — ,  trinquer une kippa sur la tête (en hébreu en trinquant on s'exclame leh’ayim" ce qui signifie "à la vie") et célébrer une loi qui légalise la mise à mort des Palestiniens a quelque chose de vraiment répugnant. En perdant ainsi son âme il est possible que cette nation, si elle ne se ressaisit pas, ne finisse à plus ou moins brève échéance par s’autodétruire complètement.
J'écris cela depuis un pays où d'ici une quinzaine de jours sera soumis au Parlement un projet de loi qui pourrait amener les juges à opérer un amalgame entre antisémitisme et antisionisme, et faire taire ainsi toute critique contre Israël.

jeudi 2 avril 2026

Une autre version du mythe

 
 
Voilà
donc une version du mythe digne d’intérêt même si la plupart des historiens et des traducteurs s’accordent à la considérer comme apocryphe. Colportée croit-on, depuis Thèbes ou l’Épire, on en a trouvé quelques traces jusqu’à J’baïl sise dans la gloire passée de l’ancienne Byblos. Elle raconte qu’Apollon, dieu des clartés exactes et des prophéties impeccables, fut condamné à une tâche dont l’humilité défie toute théologie sérieuse : arroser un arbre.
Cet arbre, on le sait, était Daphné.
Il existe des interprétations où la métamorphose illustre le triomphe de la pudeur ; d’autres où elle constitue une fuite élégante hors du désir. Il n'en est guère, toutefois, qui éclairent ce détail tardif et sans doute essentiel : le petit arrosoir.
Apollon, désormais, chaque matin traverse une forêt qui ne lui doit rien. Il remplit son récipient dans un modeste ruisseau — il y a quelque ironie à ce que le dieu qui a tant étanché sa soif aux plus secrètes sources, dépende d’une eau sans légende — ; puis il s’approche du laurier.
Il verse. Verse. Verse.
Parfois, par distraction, par mégarde, et peut-être aussi avec le vague espoir que la parole puisse encore atteindre ce qui s’est retiré dans la fixité végétale, il parle. Daphné, quant à elle, persiste obstinément dans le silence, chose que les oracles n’avaient pas prévue.
Certains exégètes mineurs ont considéré ce rituel comme une punition. D’autres, plus subtils ou plus acharnés, ont reconnu là, sinon une manifestation de sagesse du moins une forme de connaissance sur le point d'être acquise ; Apollon apprend enfin ce que les dieux ignorent depuis toujours : la répétition.
Quant à l’arrosoir, les commentaires divergent. Une hypothèse mentionne (elle a ma préférence) qu’il n’était, à l'origine, destiné à personne,  — ni au dieu ni à l’arbre — mais qu'en secret, implorant la chaste et fière Artémis il réclama d’être rempli chaque jour afin d'épargner au monde de plus amples malheurs.
C’est ainsi qu’il devint le premier objet contribuant à ce que depuis l'on nomme la force des choses

vendredi 27 février 2026

Attendre


Voilà,
le philosophe Nicolas Grimaldi est mort ce mois-ci. Il avait écrit quelque part "L’attente est constitutive de la conscience. Or toute attente porte en elle le sens de ce qui ne laisserait plus rien à attendre : l’infini, l’éternité, la perfection, la plénitude". La conscience, se révélant comme la pure attente de l’intuition à venir, il entrevoyait cependant le piège qu'elle peut se faire à elle-même : "vivre dans l’illusion que ce qui est important n’est pas encore commencé". et il ajoutait "quoi qu’un homme ait poursuivi et quoi qu’il ait attendu, rien ne le contente, puisque infinis sont les possibles ouverts à son attente. Alors de deux choses l’une : on n’attend plus rien de la vie, ce qui est une façon de la faire mourir, ou bien on en "attend tout", ce qui exige la médiation de l’imaginaire." 
Pour ma part, je ne sais plus trop où j'en suis de cette question. Mais sur les quais de métro, je laisse vagabonder la pensée qui va comme l'écrivait Montaigne "à sauts et à gambades". C'est ma façon à moi de tromper l'attente. 

vendredi 20 février 2026

Résignation


 
Voilà,
j'ai pris cette photo en février 2012, non loin de la section chinoise du troisième arrondissement, à l'angle de la rue Beaubourg et du passage des Ménétriers alors que l'on fêtait l'avènement de l'année du Dragon. D'ailleurs dans le reflet de la vitre on peut deviner la procession. L'attitude de cet homme assoupi — fatigue, accablement, découragement ou peut-être, en guise de défi, suprême indifférence à son propre sort — m'a ému. 
Peu à peu le corps qui n'a plus été touché depuis si longtemps, devient un champ de bataille saccagé par trop de douleurs. La rue chaque jour plus hostile et confuse, n'offre d'autre répit qu'un porche crasseux ou un bout de trottoir. Face à l'incompréhension de ceux qui ne vous regardent même plus, accablé par la fatigue d'une perpétuelle errance, on sombre dans le sommeil. On vient à espérer qu'il nous fera glisser doucement vers la mort qui lui ressemble, et qui nous allègerait du poids de toute cette misère.
Qu'est il devenu celui qui faisait la manche avec si peu de conviction ?

jeudi 12 février 2026

Vacanciers

 
Voilà,
à vingt ans on regarde la mer sur un inconfortable rocher, on fait des projets, une vie passe et pour peu qu'on l'ait traversée sans trop d'encombre, on finit — si l'on est encore en relativement bon état — par emporter ses pliants avec soi pour paisiblement contempler le fleuve et la ville au loin. Je me souviens très bien de cette fin d’après-midi de Juillet sur l’île de la Barthelasse face à la cité des Papes. Les vieux, les familles et les fumeurs de joints se promenaient ou pique-niquaient sur les berges du Rhône. La température tombait doucement sans pour autant atteindre la fraîcheur. Je n'étais déjà plus tout à fait là, songeant à mon retour sur Paris.

vendredi 30 janvier 2026

Carrés cercles et lignes

 
Voilà, 
En septembre 2018, je faisais encore des formations en entreprise. Je me souviens qu'à cette époque il y en avait une que j'aimais particulièrement, et où je me rendais avec bonheur et très décontracté car ce n'était pas moi qui avait le lead, mais un autre animateur. C'était une formation s'adressant à des banquiers chargés de l'inspection et de l'audit. Pour ma part j'étais chargé de jouer le mauvais rôle dans des mises en situation correspondant à celles qu'ils rencontraient dans l'exercice de leur fonction. C'était très sympa je n'avais aucune autre de responsabilité que celle de jouer toutes sortes de personnages — ce que je sais faire assez bien —, et les mettre en difficulté. Les participants appréciaient ma contribution, et moi je m'amusais beaucoup. C'est sûrement après une de ces journées que j'ai pris cette photo sous la Grande Arche de la Défense. 
Je ne veux pas pourrir l’ambiance, mais à l’époque, l'horloge de l'apocalypse, qui symbolise depuis 1947 l'imminence d'un cataclysme planétaire, était à 23:58. Je parle de ça parce que depuis le mardi 27 Janvier on s’est rapproché de minuit. Le Bulletin of the Atomic Scientists l'a réglé à 23:58:35, soit quatre secondes de plus qu'il y a un an. On s’approche, on s’approche…Ainsi vont les choses dans le meilleur des des mondes possibles (j’en bégaye…)

vendredi 9 janvier 2026

Entre quatre murs

 
Voilà,
au fond ça me va de passer la journée comme ça, entre mes quatre murs, sans qu'il ne soit nécessaire de parler à quiconque, en écoutant des émissions à la radio sur Bernard Hermann, les ballets suédois, ou l'œuvre de Camille Saint Saëns. Par ces temps difficiles, c'est bien d'avoir un abri où se retrancher. Et puis dehors il fait bien froid. Pourquoi faudrait-il sortir ?
Être là, juste là. M'occuper à des tâches plus ou moins nécessaires que je la plupart du temps je commence et dont je remets à plus tard l'achèvement. Vivre sans plan ni projet. Dans le déni de ce qui me guette. Lire des poèmes de Benjamin Fondane, des vieux romans de Simenon. Griffonner quelques croquis. Dormir quand j'ai sommeil. Me réveiller au milieu de la nuit. N'avoir de compte à rendre à personne. Savourer le présent tant que c'est possible. Se contenter de ce peu qui est encore la vie. Tant que le corps le permet.

mardi 18 novembre 2025

Là encore


 Voilà
désormais je ne suis plus certain du retour
des saisons je regarde les gens et les lieux
étonné bien souvent je n'en crois pas mes yeux
je suis là encore et je marche dans le jour 

Publications les plus consultėes cette année