mardi 5 août 2014

Joies post-modernes


Voilà,
un jour il y a eu ça
cette image paradoxale de la communication 
"je suis en compagnie de ceux qui m'accompagnent mais j'ai aussi besoin d'être avec ceux qui sont loin"
l'ère du vide : rester à tout prix connecté
joignable, identifiable.
Les joies de l'homme post-moderne.
Il est à craindre que par la force des choses je ne sois guère différent.
Difficile d'échapper à l'aliénation 

samedi 2 août 2014

Un Siècle

Piscine Joséphine Baker, Été 2012
 
Voilà,
"2 Août 14. La Russie déclare la guerre à l'Allemagne. Après-midi piscine" Franz Kafka, in Journal. J'aimerais pour ma part pouvoir m'en tenir à cette apparente désinvolture, à cette indifférence feinte, ou à cette distance je ne sais. Mais nous vivons dans un monde qui a bien changé. Difficile d'échapper aux images de massacre et à la toute puissance de l'actualité quand sur les réseaux sociaux, à la télévision dans les journaux, on parle tant de ça plutôt que des marronniers habituels de l'été. Oui on en parle quand même. Je trouve aussi des courriers dans ma boîte-mail, comme celui-ci, accompagné de ce commentaire d'une amie : "Tristement affligeant, Je vous communique le témoignage de Salma, enseignante de Français à Gaza. Bel été à vous et profitons de la chance que nous avons de vivre en paix". Je ne connais pas cette femme, j'ai même eu un doute sur la véracité de ce courrier (il y a tant de hoaxes et de désinformation de part et d'autre) mais cette lettre me bouleverse et je la tiens pour un témoignage vraisemblable :
Chers amis,
Je suis désolée de vous dire, «  Je n'ai plus d'espoir ».
Oui, je n’ai plus d’espoir :
Quand on arrive au point de donner le nombre de morts sans donner leurs noms alors qu’on a décidé de ne pas le faire au début de l’offensive, je n’ai plus d’espoir !
Quand on passe notre vie entre la radio et les sites internet d’information, quand l’électricité vient nous rendre visite bien sûr, là, je n’ai plus d’espoir ! 
Quand l’armée «  la plus morale au monde » bombarde partout dans la bande de Gaza et qu’on ne sait plus si les frappes sont près ou loin de chez nous,  je n’ai plus d’espoir !
Quand cette armée bombarde les hôpitaux, les écoles et les mosquées, je n’ai plus d’espoir !
Quand l’armée israélienne bombarde tout, les gens même les paramédicaux, les pierres, les terres, les animaux et les arbres,  je n’ai plus d’espoir !
Quand mon fils ne peut pas dormir plus de 4h, parce qu’il a peur de nous perdre (il croit bien qu’en gardant les yeux ouverts, il nous protège et nous garde.), je n’ai plus d’espoir !
Quand mon fils m’embrasse et me demande de le prendre entre mes bras et de bien le serrer une dizaine de fois par jour, je n’ai plus d’espoir !
Quand je cours vers le téléphone pour avoir des nouvelles des autres, sciemment, mes parents lorsqu’il y a un/ des bombardement/s près de chez eux, je n’ai plus d’espoir !
Quand le mois de Ramadan, le mois le plus joyeux et généreux de l’année, devient le mois le plus morne, je n’ai plus d’espoir !
Quand mon fils a peur qu’une roquette tombe dans sa chambre et détruise tous ses jouets, je n’ai plus d’espoir !
Quand il sait qu’une de ses meilleures amies a perdu son papa et qu’à cause des bombardements il ne peut pas sortir lui dire, «  on est tristes pour toi, on est tous, autour de toi, ne t’inquiète pas ! », je n’ai plus d’espoir !
Quand j’imagine que les musulmans, partout dans le monde, vont fêter la fête de l’Aïd normalement sans penser à ce qui nous arrive,  je n’ai plus d’espoir !
Quand on perd un de nos proches lors d’un bombardement et qu’on se dit, «  heureusement, on en a perdu un, il y a d’autres familles qui  en ont perdu beaucoup plus !! » Oui, je n’ai plus d’espoir !
Quand nos cœurs pleurent plus que nos yeux, je n’ai plus d’espoir !
Quand on croit fort à l’idée que les morts ont plus de chances parce qu’ils ne vont plus souffrir, je n’ai plus d’espoir !
Quand on parle de la mort comme si c’était un choix et que chacun dit, «  Je n’ai pas peur de la mort, mais ce qui me fait peur, c’est de perdre tous les membres de la famille et de survivre, je veux mourir avec les autres ! », je n’ai plus d’espoir !
Quand on sait que l’armée israélienne bombarde un quartier tout près des frontières et qu’on a peur qu’un nouveau génocide arrive, je n’ai plus d’espoir !
Quand le père Moussallam dit, « S'ils détruisent vos mosquée, appelez à la prière dans nos églises. » et que les barbares ne bombardent pas seulement les mosquées, mais aussi les églises, je n’ai plus d’espoir !
Quand les criminels tuent la beauté de ma ville et l’innocence de nos enfants et qu’ils disent que c’est le droit à la défense, je n’ai plus d’espoir !
Quand on est dans un pays occupé depuis 68 ans, mais qu’on n’a pas le droit de résister, d’exister, je n’ai plus d’espoir !
Quand ce monde parle de la liberté, de la démocratie et de la fraternité et qu’il les interdit aux autres, je n’ai plus d’espoir !
Quand les pays arabes (nos frères !!!!) nous jettent au feu et vont à la mosquée pour prier et s’approcher de Dieu qui n’accepte pas ce qu’ils font, je n’ai plus d’espoir !
Quand on attend une bonne nouvelle, l’arrêt de tous ces massacres, mais que ces nouvelles deviennent des rêves, je n’ai plus d’espoir !
Quand l’odeur de la mort se rapproche de nous, je n’ai plus d’espoir !
Chers amis,
Je suis très désolée, malgré votre soutien concret et moral, vos manifestations, vos messages très doux et vos sentiments, je n’ai plus d’espoir !

Salma AHMED ELAMASSIE
      A GAZA                                                                                          le 25 juillet 2014


Oui, il se passe des choses horribles sur cette bande de Gaza large de 10 km et longue de 40, là-bas en Palestine, cette terre promise où Kafka à la fin de sa vie rêvait d'aller pour y ouvrir un restaurant avec Dora Diamant. Je pense à tous ces enfants qui ont eu le malheur de naître là, d'appartenir à un peuple aussi méprisé par le monde arabe que le sont les roms dans les pays européens.... J'ai autrefois vécu en zone de guerre - mais moi c'était "peanuts", ridicule à côté de ce qu'ils endurent - et je sais ce que ça laisse comme cicatrices. Je n'ose imaginer ce que sera la suite de leur vie. Des hommes et des femmes brisées, cassése qui sans doute ne pourront, pour la plupart, trouver de force que dans la haine et le désir de vengeance. Voilà ce que le cynisme et la bêtise de ces dirigeants fanatiques de l'État d'Israël invoquant une fois de plus la Shoah pour justifier ce qu'il faut bien appeler des crimes de guerre, va provoquer : le conflit sans possibilité de négociation pour des dizaines et des dizaines d'années encore. Leur comportement aveugle et le sentiment d'impunité dont ils semblent jouir attisent non seulement les braises d'un antisémitisme toujours latent partout dans le monde, mais sont aussi en train de faire exploser la société israélienne qui se reconnaît de moins en moins dans cet état, où une poignée d'extrémistes religieux et d'ultranationalistes font la pluie et le beau temps à la Knesset. Je ne sais ce qu'il sera advenu quand ces lignes paraîtront. Peut-être une autre catastrophe aura-t-elle, au cœur de l'été, chassé celle-ci. Oui, c'est l'été en Europe et on cherche à oublier les soucis, à se couper du monde pour ne pas voir. On voudrait être futile comme en ce temps où l'on proclamait la fin de l'histoire. Aujourd'hui pourtant, même les plus optimistes parmi ceux qui croient au modèle dans lequel nous vivons, commencent à pressentir que les choses ne vont pas à aller en s'arrangeant et que l'horizon du pire est notre plus  vraisemblable perspective. Oui le monde change. Le chaos devient sa forme de stabilité. Mais bon, en attendant, on prend le soleil. 

jeudi 31 juillet 2014

Lapin câlin


Voilà,
juste une envie de collage (ça fait longtemps que je n'en ai pas fait) et d'image futile
Méfie-toi lapin câlin, le chasseur n'est pas loin

lundi 28 juillet 2014

Ce Visage aperçu


Voilà,
je ne sais pas si j'ai volé ce portrait ou s'il m'a été offert. Il y avait tant de tristesse d'accablement et de dignité sur ce visage aperçu dans un train de banlieue. Cette femme me semblait si terriblement perdue ici. Je me suis demandé comment elle avait pu se retrouver là. Peut-être mariée jeune au bled et ramenée sans bien comprendre ce qui lui arrivait par un époux qui travaillait en France. Un destin vraisemblablement qu'elle n'avait pas choisi. Était-elle parvenue à bien élever ses enfants dans ce pays où toujours elle et les siens seraient quoi qu'il arrive, irrémédiablement étrangers ? Peut-être avait elle un garçon en prison auquel elle avait du rendre visite dans la journée, peut-être une fille menant une vie inquiétante pour elle. L'homme à ses côtés ne lui adressait pas la parole et semblait tout autant harassé par l'existence. Je pensais à tout ce qu'elle avait pu subir d'opprobre, de mépris, d'humiliations dans la rue, les administrations, les magasins, chez elle aussi peut-être, à la peur qui devait l'accompagner trop souvent, aux fins de mois difficiles, à la résignation tenant dans une expression "Inch'Allah, c'est comme ça Dieu l'a voulu". Y avait-il eu un peu de place pour le bonheur dans sa vie, et que pouvait elle bien encore espérer de son séjour ici ? 

samedi 26 juillet 2014

Le Flot ininterrompu

 
Voilà,
ce qui rend tout cela insupportable m'explique Jean-Benoît Ribier c'est l'obscénité de ce flot ininterrompu de nouvelles, les unes intimes les autres extimes. Tout ce mélange exacerbe un sentiment d'absurdité d'exaspération de découragement même, face aux échos du siècle naissant. Ces informations reçues, sans relation les unes aux autres, plongent au cœur de l'incohérence, induisent cette sensation panique de bête prise au piège, empêtrée dans les rêts d'un filet dont elle ne peut se défaire. Et puis il y a tous ces noms ces prénoms Eva a besoin d'aide car elle ne parvient pas à supprimer deux adresses IP dans le cache DNS, Aurélien nous apprend que des amis palestiniens viennent de lui annoncer la mort sous les bombardement de membres de leurs famille à Gaza, Stéphanie fête son retour à Paris par une angine magistrale et dit-elle "toussote à l'aveugle entre les piles de cartons qui obstruent des fenêtres mais elle est très contente d'être de retour", Flore trouve que le snack de Blagnac c'est tout de même quelque chose, Gilles songe qu'il serait temps de prendre une mutuelle, Emilio veut savoir qui est à Paris le premier août, Coralie encourage à donner son sang, Luc trouve que la bouffe à Djakarta est dégueulasse, un message des économistes attérés annonce que le sixième cycle de négociation du TAFTA (traité transatlantique) est sur le poinrt de s'achever sans davantage d'informations substantielles de la part des parties négociantes, Mona continue son incessante autopromotion narcissique pour les courts-métrages où elle apparaît, Erwan annonce qu'il va écrire sur Radiohead (le groupe), Marine nous envoie areuh areuh des photos de son bébé, Pierre incite à regarder un documentaire sur la fraude fiscale, Jean-Guilhem continue de poster des vidéos de cantatrices inconnues, Francis regrette que Mélanchon prenne sa retraite, Alex publie la photo d'une tres belle femme pour annoncer son décès soudain, et il y a toujours des gens assez sots pour cliquer "j'aime". Anne cherche un plan Corse entre le 9 et le 15 août car elle rame sur les réseaux, (c'est con parce que Astou nous informe qu'une chambre double à Londres dans une maison en zone 2 est disponible du 6 au 26 pour 100 £ la semaine tous frais compris). Des tas de personnes que je connais à peine aiment les photos d'individus que je ne connais guère plus, des clichés de photos de street art qui se fondent dans le paysage, sont partagées, d'autres nouvelles aussi telles que la croissance de 4,13 % pour le marché du livre au Brésil, un article de revue à propos des plasticiens qui cherchent un statut, et Souad nous montre sa valise presque pleine pour les vacances, Claude-Bernard appelle à signer une pétition de soutien pour la protection internationale du peuple palestinien, pendant qu'Aletaia poste des photos d'une manifestation de soutien aux chrétiens d'Irak, Damien depuis New-York honore la dignité des Pays-Bas face au terrorisme et à la barbarie, David nous dit qu'il s'en va chaque soir, tel un enfant qui s'émerveille devant les beautés de la nature, compter les vers luisants dans son jardin, et moi j'ai juste envie de pleurer parce que je ne parviens même plus à comprendre où je suis ni cette sensation de solitude et d'abandon, ni cette peur et cette incapacité de quitter la prison que je me suis contruite ouais t'aurais pas un plan là, j'ai envie d'herbe, de la bonne tu sais pas où je pourrais en trouver ?
- ben non, pourquoi tu me demandes ça à moi ?

jeudi 24 juillet 2014

Samedi, fin d'après-midi, l'été


Voilà,
Cette impression de vide de tristesse et d'abandon qui vous étreint quand le jour décline sur ces petites bourgades autrefois prospères et respectables, devenues inactives et peuplées de modestes retraités ... On a alors la sensation de traverser une ville fantôme et les vestiges d'un monde aboli. Ce paysage me semble illustrer l'effrayante formule d'Hubert Lucot : « la vie humaine n'est plus rentable, il va falloir trouver autre chose».

mercredi 23 juillet 2014

Boucles d'oreille


Voilà,
nu près de ce corps splendide, il se sentait si vrai, si riche d'étonnements, comme l'enfant qui s'émerveille du monde semblant venir à lui et qui va de découvertes en découvertes. Il ne s'expliquait pas le miracle si soudain de cette rencontre qu'aucun signe préalable n'avait annoncé. C'était donc cela la chance ? Depuis longtemps il avait renoncé à croire. Pourtant là, devant cette présence si rayonnante en dépit des épreuves passées, devant ce courage cette énergie cette vitalité qui le renvoyaient à la faiblesse de son propre caractère, à son manque d'audace et de combativité à cette lâche résignation dont il s'accommodait si souvent, préférant rêver son existence que vivre sa vie, là devant ce sourire si désarmant de fraîcheur, il tanguait comme un frêle esquif secoué par la houle, redoutant que ce bonheur tellement imprévu ne le fasse chavirer. Ne pas confondre béatitude et bonheur lui rappelait la petite voix de la conscience (c'est bien la conscience que ça s'appelle ou est-ce que je confonds avec autre chose ?), surtout ne pas s'emballer, mais c'était trop tard. Une énigmatique félicité le submergeait. Édouard Montils craignait de tomber amoureux, mais déjà il avait trébuché. Ces boucles d'oreilles sur la table, qu'elle avait oubliées en repartant, signifiaient elles qu'elle avait envie de revenir ?

dimanche 20 juillet 2014

Petit monstre

Graffiti sur un mur d'Avignon (Été 2013)
Voilà,
pour une période indéterminée je ne vais plus y être. Je veux dire je n'y serai plus tout à fait au présent, dans l'actualité (même si l'actualité n'est pas ce qui m'intéresse le plus, mais). D'ailleurs ce billet que tu parcours, ami(e) lecteur (trice) est lui aussi écrit depuis un bon moment. Je vais donc disparaître. J'espère cependant que je ne vais pas vraiment disparaître, ça serait dommage car dans ce cas là je me manquerais beaucoup à moi-même. Oh ça ne changerait pas grand chose à la marche du monde ou au chaos ambiant - tout dépend du point de vue qu'on a sur l'affaire - ça j'en suis sûr. Je sais que je ne suis guère nécessaire - si ce n'est à une petite personne qui n'a pas fini de grandir -. C'est juste qu'il faut que je prenne du recul, que je me retranche du cocotier de l'espèce numérique et du marigot des réseaux sociaux. Cependant pour les semaines à venir, j'ai en quelque sorte pris de l'avance et disséminé quelques images inédites, certaines commentées, d'autres non, ainsi que des publications déjà parues qui méritent à mon avis un peu plus d'attention qu'elles n'en ont déjà recueilli. Oui je vais même en programmer d'autres pour les mois et même les années à venir, en disséminer dans le futur. Après tout une photo ce n'est jamais que ça, qu'une fraction de seconde de futur antérieur.... Disparaître donc sans pour autant se faire complètement oublier. Alors finalement, à bientôt. Quoiqu'il en soit.

jeudi 17 juillet 2014

Un an jour pour jour

Voilà,
je n'arrive pas à imaginer que j'ai pris cette photo il y a un an an jour pour jour. Cela me semble loin et près à la fois. Cette année écoulée je ne l'ai pas vue filer. Je garde de ce séjour passé à Avignon, un souvenir heureux, en dépit de la foule et de la laideur de certains endroits de la ville à cause de ce fouillis d'affiches en tout genres recouvrant les murs, les panneaux indicateurs etc... afin de promouvoir des spectacles. Mais j'aimais bien quand même les fêtes le soir au jardin du verger, retrouver des gens perdus de vue depuis longtemps, rejoindre S. après ses représentations, traîner avec elle dans les rues, regagner la chambre trop chaude... Dans la journée la Fondation Lambert pouvait être un havre de calme et de fraîcheur. 

mercredi 16 juillet 2014

Un Genre de Venus de Boticelli


Voilà,
quand ça bourrichonne 
quand trop de questions de doutes d'incertitudes
quand les peurs les anticipations scabreuses l'effroi des prémonitions imaginées
quand le ventre crampe et que c'est le petit garçon abandonné qui appelle alors
il faudrait juste s'en tenir aux petites choses 
oui 
dessins approximatifs noyaux de fruits étuis à lunettes papiers pliés clés sur la table livres ouverts objets posés
menus détails trucs qu'on garde sans trop savoir pourquoi
assemblages bidouillés avec des fantômes d'enfance et qui prennent la poussière
que nous sommes paraît-il
et où nous retournerons paraît-il
Aujourd'hui
dans la lumière du matin je l'ai regardée différemment ma Vénus à moi
shared with  SITAR 

mardi 15 juillet 2014

Trop de solitude nuit


Voilà,
"si seulement j'avais la certitude que cela ressemble à cette image, je tenterais bien le passage". Idée stupide qui parfois me traverse l'esprit me fait aussitôt honte et que je voudrais chasser de ma tête. Je ne demande rien. Parfois des idées viennent, sombres malgré l'illusion de la couleur. Elles viennent, je ne vais pas les chercher, elles me rendent visite puis s'en vont. Mais elles sont passées. Difficile parfois d'être futile  - mais (il semblerait que je commence à radoter) je crois l'avoir déjà souvent écrit ici -Au principe de Wittgenstein, "ce dont on ne peut parler il faut le taire" je devrais ajouter "et ce dont on parle trop aussi". Mais entre le dire et le faire... Est-ce précisément parce que "écrire" n'est pas "parler" ? Je n'ai pas l'impression de parler quand j'écris. J'écris certaines choses, simplement pour les oublier. Pour ne pas les garder uniquement pour moi. Des gens me lisent. Et parfois cela fait écho. Ils comprennent. Sont sur la même corde sensible. Trouvent les mots justes pour l'exprimer. Leur attention rassure. J'en ai besoin vraisemblablement. Avant j'avais peur de cette possibilité. La possibilité d'être lu. Je craignais la mésinterprétation. Maintenant je la redoute moins. À ce détail près : je ne suis pas aussi triste en général que ce qui s'écrit là parfois. Le lirais-je, d'ailleurs cela pourrait peut-être même passer assez drôle. Pas désopilant, je le concède mais en tout cas pas sinistre non plus. Mais bon, cela serait dès lors parlé, et non plus écrit et par la même condamné à un nécessaire silence. Décidément on n'en sort pas.
(shared with art for fun friday -

lundi 14 juillet 2014

Il pleuvait ce jour là


Voilà,
aujourd'hui, si je devais être une image, je crois que c'est à cela que je ressemblerais. Je l'ai prise il y a deux ans, le 14 juillet 2012, c'était à Vincennes, un samedi ou un dimanche. Il serait facile de vérifier. J'étais allé voir un concert de jazz gratuit au parc floral de Vincennes. Mais c'était nul, et en plus il s'était de nouveau mis à pleuvoir. Une de ces pluie longue et ininterrompue. Je crois me souvenir d'une météo particulièrement pourrie ce printemps et cet été là. Vérifions : je confirme. Du coup, avec Ariane L. que j'avais retrouvée là-bas et que me semble-t-il je n'ai pas revue depuis, on est allé dans l'un des chalets-buvette du parc prendre un verre On a bavardé. Une de ces conversations faussement enjouée où l'on tourne autour du pot sans vraiment se dire les choses. 

samedi 12 juillet 2014

Chercher des lagagnons

Biscarrosse, 1964 ou 1965
Voilà,
donc c'est arrivé ce matin. Un moment tout de même que je m'étais fait à cette idée. Peut-être m'y étais je préparé depuis fort longtemps. De toute façon, pour ce qui était de lui et de moi, c'était mort depuis bien des années. Muré depuis toujours dans ses certitudes, dans ces valeurs qui font gerber, et que partagent aujourd'hui de plus en plus de gens, il n'avait jamais laissé de place pour le dialogue, pour l'écoute pour l'attention. Vers quatorze quinze ans j'avais déjà pressenti que, si je ne prenais pas du champ, cette présence serait toxique. J'ai mis de la distance entre lui et moi. Plus tard j'ai songé que je m'étais peut-être trompé, que j'étais trop intransigeant. J'ai trouvé des excuses. J'ai essayé d'avoir des échanges. Et puis j'ai fini par renoncer. Ça n'en valait pas la peine. Les quelques bons et trop lointains souvenirs ne méritaient pas tous ces efforts. Le problème aujourd'hui, est que tout ce que j'ai tenté de fuir et qui était là au cœur de ma vie dès les premières années, me submerge tous les jours dans l'actualité. L'arrogance, la bêtise des exploités inconscients de leur aliénation et qui servent et défendent ceux qui les trompent, le repli frileux et identitaire, le racisme ordinaire, le machisme, le pouvoir du fort sur le faible, du flic qui matraque celle qui proteste pacifiquement, j'en passe et des plus obscènes, tout ça me ramène à lui à tout ce que j'ai pu entendre et au bout d'un moment n'ai plus voulu entendre. Souvent, quand il m'est arrivé de côtoyer des gens plus ou moins de sa génération comme Dominique, Philippe, Roland, Ambrogio et tant d'autres qui essaient d'ajouter un peu de beauté au monde qui en manque si cruellement, j'étais renvoyé à tout ce qui m'a manqué et aussi à tout ce qui m'a souillé. Enfin voilà, il n'est plus. Cadavre à présent et bientôt cendres. Ne restent que les regrets et quelques images. Celle-ci par exemple, datant d'une époque où je ne me rendais pas encore compte et dont je n'ai aucun souvenir mais qui demeure comme la trace d'un fragile et fugace moment de paix. Chercher des lagagnons quand la mer se retire.

vendredi 11 juillet 2014

Publicités peintes


Voilà,
ce matin je voudrais bien me dire que je pars comme tous ces journalistes si contents de leur bonheur vendredi dernier qui, depuis l'entre-soi de leur studio, annonçaient à l'antenne qu'ils y allaient enfin, eux, en vacances. De moins en moins de français ont les moyens d'en prendre, mais ils sont ravis de nous tenir au courant. Je crois que, tout comme les politiques, ils ne savent plus depuis bien longtemps comment vivent vraiment ceux qui les écoutent. Il y a longtemps qu'ils ne vont plus sur le terrain. Ou bien pensent-ils que leurs auditeurs sont tous des bourgeois éclairés ? Enfin c'est une autre histoire. Quoiqu'il en soit, revenir dans cette ville, dans cette rue, passer devant cette façade, j'aimerais bien. Même si d'après ce qu'on m'en raconte l'ambiance y est ces jours-ci plutôt morose et parfois même délétère... (Linked to https://sami-colourfulworld.blogspot.com/)

mercredi 9 juillet 2014

La Défaite du Brésil


Voilà,
un événement c'est une rupture dans l'ordre de l'intelligible. J'ai déjà utilisé cette formule dans un contexte autrement plus grave et toujours aussi présent malgré le silence assourdissant des médias. Alors, comme la futilité contribue à nous délivrer de la conscience du Néant auquel nous sommes voués à retourner, je vais évoquer un événement sportif. Bien sûr un événement sportif est forcément de moindre ampleur, qu'un krash boursier ou acte de guerre, comme celle qui recommence entre Israéliens et Palestiniens, mais il est d'une nature singulière, surtout lorsqu'il s'agit de football qui suscite tant de passions, aussi bien partagées par les adultes que par les enfants. Ce petit garçon en larmes qui au bout d'un quart d'heure de jeu, comprend non seulement que son équipe ne gagnera pas, mais pressent déjà qu'un drame collectif est en train de se dérouler a quelque chose de pathétique. Ce chagrin, toute sa vie il s'en souviendra. Ce chagrin là, va irrémédiablement changer son rapport au monde. D'ailleurs lui-même est déjà devenu une icône. Il est le témoin de l'inimaginable. Le spectateur d'un naufrage sportif sans précédent. D'ailleurs pour ma part, j'ai été incapable de regarder ça. Le vieil enfant qui survit en moi a, au bout de trente minutes lâché l'affaire, pris la fuite, s'est réfugié dans le sommeil. Sans doute étais-je, pour d'autres raisons trop épuisé, mais je ne voulais pas être spectateur de ça : tout à coup le Brésil ne savait plus jouer au football. C'est un peu comme si les Supremes s'étaient soudain mises à chanter comme les Shaggs (ce n'est peu dire). Je crains de ne jamais revoir de mon vivant la Séléçao championne du monde. Je me souviens d'un autre Brésil, celui de 1970, (j'avais 14 ans, c'était la dernière coupe du monde où jouait Pelé), de l'enchantement ressenti alors, devant cette équipe métisse (c'était alors la seule) et sa façon si singulière de bouger sur un terrain, de cette fluidité, de ce style qui donnait une dimension presque chorégraphique à ce jeu qui tout de même il faut bien l'avouer est très con. Je me rappelle encore des noms : Gerson, Tostao, Jairzinho, Rivelino, et leur goal Felix... Oui, parfois des choses adviennent qui nous rappellent que tout peut changer comme ça d'un coup, du tout au tout... Et d'autres aussi qui nous interpellent plus brutalement. Il est des régions où les enfants n'ont même pas le droit à l'enfance.

lundi 7 juillet 2014

Sourire moche


Voilà,
ce qui te réveille en souriant dans la nuit c'est une peur indistincte et confuse
ce qui déchire ton sommeil c'est le ricanement de la bêtise 
et l'arrogance des forces obscures à l'œuvre dans un monde perfidement privé d'âme.
"la vie (te) fait mal, à petits bruits à petites gorgées, par les interstices"
écrivait Pessoa.

shared with  friday face off - Rain'sTADD  -

jeudi 3 juillet 2014

Buvette au bois


Voilà,
trop de pensées se bousculent auxquelles les mots n'ont pas accès. Égaré, accablé sous le poids d'une tristesse sans objet. Affleure le souvenir d'un dimanche paisible. D'une longue balade en vélo dans le bois. Et aussi l'étrange sensation éprouvée là, et heureusement partagée à proximité de cette buvette. Un silence inquiétant presque irréel dans la chaleur lourde d'un été précoce. Ce moment qui, secrètement revendiquait son statut d'image. C'était bon alors de n'être pas tout à fait seul.

dimanche 29 juin 2014

La Découverte du soir

Place Henri Mondor (Juin 2014)

Voilà,
tandis que tu fais une chose ou l’autre
quelqu’un est en train de mourir

tandis que tu brosses tes souliers
tandis que tu cèdes à la haine
tandis que tu écris une lettre prolixe
à ton amour unique ou non unique

et même si tu pouvais parvenir à ne rien faire
quelqu’un serait en train de mourir
essayant en vain de rassembler tous les coins
essayant en vain de ne pas regarder fixement le mur

et même si tu étais en train de mourir
quelqu’un de plus serait en train de mourir
en dépit de ton désir légitime
de mourir un bref instant en exclusivité

c’est pourquoi si l’on t’interroge sur le monde 
réponds simplement quelqu'un est en train de mourir

Longtemps j'ai cru que c'était un poème zen. En fait jusqu'à maintenant. En tapant les premières lignes sur un moteur de recherche pour en trouver l'hypothétique auteur chinois ou japonais, je viens de découvrir que c'est un poème de Roberto Juarroz datant de 1958. Je me souviens très bien dans quelles circonstances j'ai eu connaissance de ces vers. C'était en 1985 au Théâtre de la Tempête. Deux sœurs l'une qu'on surnommait Billie et l'autre prénommée Ghislaine tenaient le bar. C'étaient des filles vraiment sympathiques. Je crois que c'est Billie qui m'a montré ce texte qu'elle avait photocopié, et que j'ai recopié à la main, un soir, après une représentation du spectacle "Rêves de Kafka". Un jour je me suis décidé à le mettre dans mon ordinateur. Il m'est arrivé de lire de temps à autre et par hasard des textes de cet auteur, et à chaque fois je trouvais ça vraiment bien. Cette fois c'est sûr je vais considérer cette œuvre plus attentivement.

samedi 28 juin 2014

Notre affaire est de passer


Voilà,
quelque chose se brouille dans la mémoire se déforme se distord c'était alors un paysage familier le café "Le village" est encore là et "le bar des pipos" aussi mais le chinois où j'ai pour la première fois mangé des pâtisseries au glutamate a disparu la forme des voitures a changé je suis là je suis moi aussi encore là j'arpentais ces rues le soir dans mon lit j'écoutais cette cassette dont j'ai depuis reconstitué la playlist et il y avait "When?" ce morceau terriblement angoissant de Jimmy Castor Bunch des visions me venaient de ces imprécations nocturnes et j'imaginais que je serai un autre homme que celui que je suis devenu accablé de fatigue mais à présent le monde s'efface doucement pas simplement celui que j'ai connu mais celui dans lequel je vais encore au gré du hasard oui il disparaît peu à peu sans doute parce que je ne le comprends plus que je n'ai plus envie de faire l'effort de le comprendre oui il s'effrite se disloque pareil à cette idée de l'Europe qui était alors dans l'air et moi aussi je disparais m'efface doucement de ce monde gouverné par des somnambules qui nous mènent au désastre ou bien est-ce le monde qui m'efface car il n'y a guère plus de place pour les gens de mon espèce bof ce n'est pas si grave après tout seules importent les sensations éprouvées les émotions ressenties je parle des bonnes évidemment je pourrais me dire comme Machado "Il n'y a pas de chemin, rien que des sillages sur la mer. Tout passe tout demeure, et notre affaire est de passer, de passer en traçant, des chemins sur la mer" ouais mais vu d'ici putain quand même la marée est bien basse 

mardi 24 juin 2014

Touristes au pied de la tour Eiffel


Voilà,
c'est la photo du jour 
je ne suis pas complètement satisfait du cadre
mais elle me plaît bien quand même 
juste pour le cycliste et la petite fille
il fallait faire vite
shared with  art journal journey

lundi 23 juin 2014

Exposition Martial Raysse


Voilà,
il y a la silhouette de ce type vu à plusieurs reprises photographiant des toiles pendant sa visite. J'émets des hypothèses : regarde-t-il sur l'écran de son appareil numérique les photos qu'il a accumulées au cours de l'expo ? Ou plus simplement celles qu'il vient tout juste de prendre ? Peut-être est-il seulement en train de lire ses SMS ou consulter sa messagerie... Et puis il y a ces personnages enfermés dans la toile qui, surgis de la vision d'un poète, se tiennent là au bord d'un autre monde... Et encore ce grand vide entre la peinture, l'homme de dos et moi qui suis là par hasard. Je ne sais pas, tout à coup l'instant exige de ne pas sombrer dans l'oubli. Je déclenche. (Linked with the weekend in black and white

jeudi 19 juin 2014

La vision d'un idiot


Voilà,
ce détail, il fallait vraiment l'apercevoir. Il était bien caché à peine visible. Au ras du sol. Mais il m'est apparu tout à fait digne d'intérêt et de considération. Oui, j'ai pensé qu'il devait prendre tout le cadre, que ça méritait bien plus qu'une furtive attention. Un jour je ne m'intéresserai plus qu'à ça, je crois. Aux menues choses, aux broutilles, aux bagatelles, aux anomalies. Je ne raisonnerai plus. Je ne dirai plus rien qui veuille avoir du sens. Je ne dirai plus rien. Je suis trop fatigué. Je ne supporte plus toutes les conneries que j'entends de la bouche d'hommes et de femmes qui ont des grandes responsabilités nationales ou bien aspirent à en avoir et qui sont d'une inculture crasse, d'une sottise à bouffer du foin. Parfois cela me donne des envies de meurtre. Alors tant pis si l'on me regarde comme un idiot. Si l'on pense que j'en suis un. Je préfère mon idiotie à leur connerie. Mon idiotie cherche à trouver de la beauté là où ordinairement on ne la distingue pas. Leur connerie souille et avilit tout ce qu'elle touche. Parce qu'il y a souvent beaucoup de méchanceté dans la connerie. (shared with try it on tuesday challenge -

mercredi 18 juin 2014

Un graffiti qui résiste


Voilà,
un graffiti resté gravé dans une impasse du quinzième arrondissement. Je ne sais pas de quand il date. Je l'avais photographié il y a quatre ans. J'ignore s'il y est encore.

samedi 14 juin 2014

Tout fait signe rien ne fait sens


Voilà,
ces visages effacés, ces bouts de corps, ces inscriptions vouées à disparaître sous d'autres images, ces agencements hasardeux de traces de fragments, ne sont pas simplement pour moi des constructions graphiques, non,  ils me racontent aussi quelque chose de ce monde, de la misère de ce monde où rien n'est pérenne, où un slogan chasse l'autre, où  comme disait Baudrillard "tout fait signe et rien ne fait sens". Ces compositions éphémères et aléatoires rappellent aussi que nos fragiles existences sont pour la plupart à l'image de ces bribes. Du monde on ne perçoit que des éclats. On ne retient que des bouts, et c'est en lambeaux déjà qu'on s'obstine à y durer dans le vain espoir d'en comprendre quelque chose.

mercredi 11 juin 2014

L'écho


Voilà,
"j'ai crié dans la nuit que la vie est méchante et l'écho m'a répondu chante" 
(Baudelaire)

lundi 9 juin 2014

La force des choses


Voilà,
malgré la vue qui baisse, ou peut-être justement à cause de cela
ce qu'on se refuse à voir, un jour on le perçoit.
 Clairement. Nettement.
Et l'on en n'est pas pour autant plus léger ni plus heureux

mercredi 4 juin 2014

Une sculpture monumentale de très mauvais goût


Voilà,
c'est con d'avoir une si grosse bite et même pas toutes sa tête et pas de bras non plus 
pas pouvoir se la tenir pour pisser ni se faire une petite branlette

lundi 2 juin 2014

L'avenir radieux


Voilà
donc le job c'est ça. Mettre un costume, se rendre dans le quartier d'affaires. Y rencontrer régulièrement des inconnus dans des salles impersonnelles et climatisées. Payer de sa personne pour obtenir leur confiance un jour ou deux et d'une certaine façon, veiller sur eux, les accompagner sur un chemin qu'ils ne pratiquent plus depuis longtemps, le chemin qui conduit vers l'autre. Les encourager à retrouver un peu de tact dans les relations professionnelles qu'ils entretiennent avec leurs subordonnés, d'ailleurs appelés "collaborateurs", pour leur donner l'illusion d'être ainsi associés aux tâches qu'ils ont mission d'exécuter. Les conseiller afin qu'ils se rendent plus pertinents dans la transmission de messages imposés par leur hiérarchie et dont bien souvent le sens et la nécessité leur échappent. Ce n'est pas qu'ils soient stupides. Au contraire, pour la plupart, ils comprennent que le dispositif de la vaste et tentaculaire organisation qui les salarie a quelque chose d'absurde et d'incohérent. Le simple fait de sa perpétuelle réorganisation est d'ailleurs pour eux un symptôme dont ils n'hésitent pas à parler à demi-mots. Nombre d'agents restent d'ailleurs en attente de réponse sur les choix stratégiques de leur société. Segmentée en entités concurrentes à l'intérieur d'une même enseigne, l'Entreprise, au fur et à mesure que se révèle l'incapacité de ses dirigeants à rassembler les talents, mobiliser les énergies et les compétences sur un projet fédérateur, suscite un sentiment d'insécurité croissant dans sa population. Le déficit de communication le manque de transversalité, les surcharges de travail, l'absence de reconnaissance génèrent des souffrances psychologiques chez les salariés tributaires de ce que ces derniers appellent des "décisions politiques" sur lesquelles, selon eux, ils n'ont aucune prise. Tout est managé selon des normes de résultats, des indicateurs et des chiffres qui sont la plupart du temps truqués. C'est que chacun a peur de sauter s'il rend compte, à son échelle de la réalité de la situation. Aussi l'information, en interne, ne remonte pas, ou difficilement. D'où un malaise croissant. Par l'intermédiaire de prestataires externes l'Entreprise organise donc des formations comportementales aux titres martiaux où il est question d'affirmer ses positons, de communiquer pour convaincre, d'optimiser son potentiel. Là on dispense aux collaborateurs, l'art d'être assertif c'est à dire d'être patient envers ses subordonnés et poliment soumis à ses supérieurs. Ces formations pourtant commandées et validées par la Direction des Ressources Humaines, sont néanmoins en parfaite contradiction avec la logique et la pratique managériale des hauts-responsables de l'Entreprise. Aussi le job finalement se résume à requinquer un peu - afin qu'ils ne soient pas prématurément usés -  ces cadres qui disposent de trop peu de temps pour avoir ne serait-ce que l'opportunité de penser. Il faut à la fois former, mettre en forme, formater tous ces salariés entrevus et dont les visages s'effacent généralement aussitôt la session achevée. Romain Gramon est formateur. C'est son métier, c'est pour ça qu'on le rétribue. Il fait le job. 

dimanche 1 juin 2014

Un dimanche solitaire


Voilà,
c'était il y a quelques semaines un dimanche, je me souviens. Après m'être promené en vélo une partie de l'après-midi depuis les Invalides jusqu'au quai de Javel, j'avais eu l'envie de visiter le musée de la manufacture de Sèvres où je n'étais encore jamais venu. Une exposition sur Picasso et la céramique s'y tenait et j'avais aimé déambuler dans ce lieu nouveau pour moi. Une fois de plus j'avais pensé à Gérard Tiry, me demandant s'il connaissait cet endroit. A un moment saisi par une vive sensation de solitude (l n'y avait personne auprès de moi avec qui partager) j'avais éprouvé le besoin de partir. Ensuite, un peu maussade je m'étais attardé sur les bords de Seine au niveau de Meudon, face à l'île Seguin où désormais il ne reste plus rien des anciennes usines Renault. Ce type en train de téléphoner (désormais il y a toujours quelqu'un en train de téléphoner où que l'œil se porte). avait attiré mon attention et je n'avais pas immédiatement vu les canards apparaître au premier plan.

vendredi 30 mai 2014

Du côté de chez Caillebotte


Voilà
Comme on n'avait pas pu s'y rendre la veille on est allé à Yerres le lendemain
j'ai gardé mon imperméable
il n'a pas plu mais moi j'étais plus vieux oui d'un an plus vieux
c'était bien d'être là ensemble pour l'anniversaire
au bout d'un moment comme il faisait frais le "mastic" a changé d'épaules

dimanche 25 mai 2014

Météorologie


Voilà,
sous ces latitudes il songe comme on dit qu'en d'autres lieux il pleut il neige ou qu'il fait soleil. Les choses y sont mouvantes fugitives comme une odeur qui se laisse à peine saisir, un reflet un instant serti dans une éphémère transparence, une réminiscence évanouie aussitôt qu'apparue. C'est que tout est possible à Entrelande, autant qu'improbable. Ainsi, quelque part entre marge et lisière, une femme un peu mutine en chemise de pluie sous son manteau de fou-rire attend peut-être qu'un autre - qui te ressemble vaguement sans être vraiment toi - lui offre un bouquet de violettes ou une barquette de fraises. Mais pour le moment tu ne sais plus qui tu es. En tout cas pas l'homme au pied de l'escalier ni celui qui grimpe sur l'échelle. Oui, il songe car dans le ciel de tes yeux ou dans celui d'Entrelande brille un grand sommeil. Non loin, quelqu'un sifflote une chanson d'un autre siècle. Et c'est très bien comme ça. (Linked with weekend reflections)

mardi 20 mai 2014

Un peu plus qu'une ombre un peu moins


Voilà,
on croit n'apercevoir qu'une ombre, c'est une angoisse qui affleure. Devant tous ces livres qu'une vue déficiente rend désormais difficiles à consulter, l'idée s'insinue, qu'un jour on ne sera rien d'autre qu'une absence dont le contour finira bien par disparaître lui aussi. Consentir à l'inéluctable probabilité d'un temps où on ne sera plus parmi les choses ne va pas de soi. On a encore du mal à s'y résoudre. Et bien que la nécessité de l'envisager calmement, et de s'y préparer ne fasse aucun doute, le simple fait d'y songer suscite la crainte d'être déjà sur le point d'abdiquer. Comme si cette forme de démence qui nous entretient dans une illusion d'éternité, comme si cette aveuglante procrastination face à la perspective de notre propre néant était un signe de santé et de vitalité. C'est étrange cette obstination à vouloir durer, demeurer. Et une voix (c'est la conscience ou bien cet autre truc là, qu'on appelle le for intérieur ?) une voix une petite voix aigrelette nous murmure et répète comme une antienne "s'y être si peu attardé et si souvent cependant y avoir trouvé le temps long" 

dimanche 18 mai 2014

Un bouquet


Voilà,
depuis le 8 mai, anniversaire de la victoire de 1945, les murs de Paris fleurissent. De modestes bouquets ont été accrochés sous des plaques auxquelles ordinairement on ne prête guère attention. Un nom une date y sont gravés. Ils nous rappellent qu'en tel endroit quelqu'un est tombé sous les balles de l'occupant d'alors. Parfois le regard induit d'étranges associations. La liberté pour laquelle des gens (souvent jeunes) ont payé de leur vie parait aujourd'hui se résumer à cette silhouette aguicheuse. La Marchandise exige d'être consommée. Désormais c'est à elle qu'on se doit de rendre hommage. Il suffit d'y mettre le prix.

jeudi 15 mai 2014

A l'abandon


Voilà,
un jour je me suis retrouvé là, dans cette gare fantôme, gigantesque, perdue dans la montagne. Des gens avaient eu des grands projets pour cet endroit. Et finalement rien ne s'est passé comme prévu. L'Histoire a balayé des rêves d'ingénieurs, d'architectes, de planificateurs. Des rêves de grandeur. Ne restent désormais que des ruines et des épaves, sur lesquels des promoteurs immobiliers et des spéculateurs ont envisagé d'autres projets. Peut-être se sont ils réalisés depuis. Je n'ai pas trop suivi l'affaire comme on dit aujourd'hui. Pas plus que je n'ai pas pris la mesure du temps qui s'est écoulé entre le moment où cette photo a été prise et celui où j'écris ces lignes. Une chose est sûre : les gares abandonnées ont quelque chose d'effrayant pour moi. Elles me rappellent ces destinations vers lesquelles, en un temps pas si lointain, convergeaient, traversant toute l'Europe, des convois remplis d'hommes destinés à l'abattoir. 

mardi 13 mai 2014

Espiègle nuage


Voilà
ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent les gens je m'en fous. Si ça me plaît à moi de traîner, de rien foutre, d'aller de ci de là, de dormir la nuit sur un banc quand j'en trouve. Ou ailleurs. Hein ! en quoi ça les regarde. Je traîne. Et alors ? J'aime ça traîner. La nuit je traîne le jour je traîne. J'ai toujours mon cabas avec moi. C'est bien rare qu'il n'y ait pas quelques trucs à ramasser. Des trucs et des machins, et des bidules aussi. Là j'ai trouvé des bouts de fil électrique. Je ne sais pas à quoi ça peut me servir, mais on ne sait jamais. J'embarque. C'est toujours quand on ne les a pas qu'on a besoin des trucs. Ou des machins. Ou des bidules. Je crèverai pas sans rien. J'en aurais plein les poches. j'aurais des choses. Bientôt je serai comme ce mur. Je me fondrais dans ce mur. On ne verra pas la différence. De toute façon je fais déjà partie du paysage. Attention je ne ramasse pas n'importe quoi. A chaque chose, à chaque débris, correspond une idée. Oui j'ai encore des idées. il y en a que ça fait bien chier. Mais c'est comme ça. La bête rumine encore. Je n'ai pas dit mon dernier mot. D'ailleurs je les emmerde. Je crache par terre. Que ça leur plaise ou non. Et si ça me gratte, je me gratte. Un jour j'en pousserai un sous une bagnole il comprendra que moi faut pas me chercher, aussi vrai que je m'appelle Robert Ribier. J'avais un chien avant. Il est sale il a les yeux jaunes qu'ils ont dit. Ils l'ont piqué. Et moi j'ai gueulé vous me piquez pas. Ce qui leur faudrait à tous ces nazes c'est une bonne guerre. Regarde moi ces conneries. Ils ont collé une grimace là-haut. C'est les pompiers qui font ça ils ont des grandes échelles. Bah oui il n'y a que les pompiers pour faire des conneries comme ça c'est sûr. Ah ouais tu dis que c'est un nuage pas une grimace. D'accord, va pour le nuage. Pour ce que ça change. 

dimanche 11 mai 2014

Comme une idée qui prend forme


Voilà,
ce que j'écrivais il y a quatre ans (ici, ou bien  ou encore là) je le maintiens encore aujourd'hui. Et si j'y reviens c'est que ces publications n'ont pas eu alors beaucoup d'écho, leur diffusion était encore trop confidentielle. Quoiqu'il en soit, je me rappelle - même si cela pouvait à l'époque sembler quelque peu obsessionnel - combien l'apparition de ces images m'a apaisé et contribué à ce que je ne sois pas totalement privé de moi-même. Elles ont donné une forme à ma solitude et à ma détresse. Elles furent comme un talisman et m'ont aidé à traverser ces jours mauvais. Et quand j'étais en proie aux idées sombres, elles ont permis donner un contour à ce qui demeurait vague et confus. Hegel aurait parait-il déclaré que l'oeuvre d'art concrétise et incarne ce qui est abstrait. Je n'irai pas jusqu'à dire que ces images sont des œuvres, mais elles relèvent néanmoins d'une intention plus ou moins consciente et voisine de celle qu'exprimait le philosophe. Je crois me souvenir que cela a peut-être commencé dans une chambre d'hôtel à Nancy, mais je n'en suis plus tout à fait certain. Durant les mois qui ont suivi je suis resté fasciné par ce que je découvrais : l'image numérique émancipée de la lumière, simple surface optique composée de pixels, n'est en fait constituée que d'un ensemble d'informations ; par une suite d'approximations successives il est possible de la transformer de la triturer jusqu'à trouver des chemins vers sa part obscure ; les voies sont infinies ; ainsi l'image a sa vie propre ; elle peut se déplacer arbitrairement à l'intérieur d'elle-même et générer des formes aléatoires, des représentations abstraites. Ce qui me fascinait (mais je l'ai déjà dit je crois), c'était ce sentiment enfantin et régressif que l'image m'obéissait au doigt et à l'œil. Et puis c'était toujours là, à portée de main sur l'IPhone, comme un médicament que l'on prend dès que l'on se sent mal, comme une pompe à morphine à l'hôpital. Quand je sentais monter l'angoisse je me saisissais de l'appareil et j'intervenais comme le faisait Henri Michaux lorsqu'il s'ennuyait à Honfleur. Cela pouvait se passer dans le métro, une chambre d'hôtel, à la terrasse d'un café, dans mon lit pour donner un sens à une insomnie, à chacun de ces moments où la pensée s'égare et menace de vous faire chavirer. Je pouvais plier les images, les froisser, les chiffonner, les retourner sur elles même, les essorer, leur faire violence. À présent, je suis en mesure de considérer tout cela avec moins d'affects. Mais j'ai encore envie de quelque chose de nouveau. De formes pures et saisissantes. Intenses. 

vendredi 9 mai 2014

Traversé


Voilà,
parfois la nuit te disperse vers d'autres lieux, le matin me réveille où je ne suis pas
des mondes m'ont traversé, des spectres frôlé ton corps
et c'est en vain qu'entre songe et chimère on cherche à s'affranchir de l'informe fardeau du jour qui point.

mardi 6 mai 2014

Encore les mains, encore


Voilà,
Les mains n'aiment guère le repos. Surtout quand le reste du corps est contraint à une relative immobilité. Ainsi dans le métro il est rare qu'elles restent longtemps sans bouger. Sans que le besoin ne se manifeste de saisir quelque chose d'entrer en contact avec quelque chose. La vie moderne est ainsi faite que désormais il y a toujours un téléphone portable dont s'emparer. Persévérantes et obstinées, ainsi sont les mains. Je tiendrai coûte que coûte, tel est leur credo. Lorsqu'aucun objet ne se trouve à portée, alors les mains s'appellent s'agrippent s'étreignent. L'une dans l'autre encastrées, les voici qui s'abandonnent à leur rassurante harmonie. Bien sûr il en est toujours une plus volage plus dégourdie peut-être, plus émancipée et voyageuse que l'autre. Mais de façon générale les mains finissent toujours par se retrouver. Souvent je les regarde. Que ferions nous sans elles ? Ce sont elles nos meilleures amies. Pourtant nous sommes si habituées à elles que nous avons fini par les oublier.

dimanche 4 mai 2014

Entre Paupière et Regard


Voilà,
j'étais songe et matière, nuage et rivière, un cristal dans son ambre préservé, le promeneur sur la grève cheminant paisible aux premières lueurs. Mais j'étais aussi la pierre impassible sur le bord du chemin, le chant de la mésange, le bruissement du vent dans les hauts peupliers. Sans inquiétude, sans mesure ni limite, abandonné au doux vertige d'une étreinte bienveillante, flottant dans un énigmatique félicité, je passais de l'enchantement au mystère. Entre paupière et regard, émergeaient des formes changeantes. Et dans la chambre des murmures, la nuit docile faisait un grand remous de saisons mêlées.  

jeudi 1 mai 2014

À ce point tout de même


Voilà,
j'étais plutôt circonspect à l'époque. J'ai toujours pressenti dans les enthousiasmes populaires les lendemains qui déchantent. Très tôt j'ai fais mienne cette formule de Bob Dylan "Don't follow leaders", et je m'y suis tenu. Il fallait se débarrasser d'un crétin egomane et hystérique. Mais bon un con chasse l'autre. Arrive avec son style. L'incompétence demeure. Le mépris des citoyens aussi. Je ne pensais quand même pas que ce serait à ce point. Même si très vite j'ai eu des doutes. Et si ce qu'il se passe aujourd'hui n'était que la confirmation de ce que je redoutais ?

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