samedi 26 juillet 2014

Le Flot ininterrompu

Sculpture de Gloria Friedman, Prison Ste Anne, Avignon 2014
Voilà,
ce qui rend tout cela insupportable m'explique Jean-Benoît Ribier c'est l'obscénité de ce flot ininterrompu de nouvelles, les unes intimes les autres extimes. Tout ce mélange exacerbe un sentiment d'absurdité d'exaspération de découragement même, face aux échos du siècle naissant. Ces informations reçues, sans relation les unes aux autres, plongent au cœur de l'incohérence, induisent cette sensation panique de bête prise au piège, empêtrée dans les rêts d'un filet dont elle ne peut se défaire. Et puis il y a tous ces noms ces prénoms Eva a besoin d'aide car elle ne parvient pas à supprimer deux adresses IP dans le cache DNS, Aurélien nous apprend que des amis palestiniens viennent de lui annoncer la mort sous les bombardement de membres de leurs famille à Gaza, Stéphanie fête son retour à Paris par une angine magistrale et dit-elle "toussote à l'aveugle entre les piles de cartons qui obstruent des fenêtres mais elle est très contente d'être de retour", Flore trouve que le snack de Blagnac c'est tout de même quelque chose, Gilles songe qu'il serait temps de prendre une mutuelle, Emilio veut savoir qui est à Paris le premier août, Coralie encourage à donner son sang, Luc trouve que la bouffe à Djakarta est dégueulasse, un message des économistes attérés annonce que le sixième cycle de négociation du TAFTA (traité transatlantique) est sur le poinrt de s'achever sans davantage d'informations substantielles de la part des parties négociantes, Mona continue son incessante autopromotion narcissique pour les courts-métrages où elle apparaît, Erwan annonce qu'il va écrire sur Radiohead (le groupe), Marine nous envoie areuh areuh des photos de son bébé, Pierre incite à regarder un documentaire sur la fraude fiscale, Jean-Guilhem continue de poster des vidéos de cantatrices inconnues, Francis regrette que Mélanchon prenne sa retraite, Alex publie la photo d'une tres belle femme pour annoncer son décès soudain, et il y a toujours des gens assez sots pour cliquer "j'aime". Anne cherche un plan Corse entre le 9 et le 15 août car elle rame sur les réseaux, (c'est con parce que Astou nous informe qu'une chambre double à Londres dans une maison en zone 2 est disponible du 6 au 26 pour 100 £ la semaine tous frais compris). Des tas de personnes que je connais à peine aiment les photos d'individus que je ne connais guère plus, des clichés de photos de street art qui se fondent dans le paysage, sont partagées, d'autres nouvelles aussi telles que la croissance de 4,13 % pour le marché du livre au Brésil, un article de revue à propos des plasticiens qui cherchent un statut, et Souad nous montre sa valise presque pleine pour les vacances, Claude-Bernard appelle à signer une pétition de soutien pour la protection internationale du peuple palestinien, pendant qu'Aletaia poste des photos d'une manifestation de soutien aux chrétiens d'Irak, Damien depuis New-York honore la dignité des Pays-Bas face au terrorisme et à la barbarie, David nous dit qu'il s'en va chaque soir, tel un enfant qui s'émerveille devant les beautés de la nature, compter les vers luisants dans son jardin, et moi j'ai juste envie de pleurer parce que je ne parviens même plus à comprendre où je suis ni cette sensation de solitude et d'abandon, ni cette peur et cette incapacité de quitter la prison que je me suis contruite ouais t'aurais pas un plan là, j'ai envie d'herbe, de la bonne tu sais pas où je pourrais en trouver ?
- ben non, pourquoi tu me demandes ça à moi ?

2 commentaires:

  1. la sensation panique de bête prise au piège : oui c'est tout à fait cela.
    mais étrangement lire les écrits sur les blogs "littéraires", bien que cela coupe de la vraie vie, ça m'aide à ne pas me noyer (je me demande jusqu'à quand, la lassitude viendra aussi ?)

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  2. Étourdie à la lecture de ce tourbillon!...fermer la porte, yeux et oreilles, se retrouver à marcher seul, à faire le vide.
    Lire de la poésie m'aide, quoique la vie que je mène, entourée de nature, soit pour beaucoup dans mon équilibre.
    Amicalement.

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