samedi 25 juin 2011

Nescao


 
Voilà
quand j'étais enfant, je croyais que la femme sur la boîte de Nescao était ma mère. J'adorais cette boîte, cette simple image m'évoquait un monde paisible auquel je n'avais pas accès. Un monde sans attentats, sans embuscades, sans sourires kabyles, sans fellagahs, sans routes coupées,  sans prises d'armes, sans sonnerie aux morts. J'habitais aux confins de la steppe et non loin du désert, dans une région en guerre, j'avais la nostalgie de pays que je ne connaissais pas, et déjà du goût pour les chansons mélancoliques et nostalgiques...

vendredi 24 juin 2011

Un Perron

La Rochelle, 2011

Voilà

j'ai presque de l'affection, pour ces petites fleurs charmantes et obstinées qui poussent entre les pierres, sur les perrons, sur le bitume, avec des insolences de mauvaise herbe....

jeudi 23 juin 2011

Sous-bois

Pastorale d'été
Voilà




impossible de photographier deux enfants de dos dans un sous-bois avançant vers la lumière sans bien sûr songer à cette image d'Eugene Smith, intitulée le Jardin d'Eden... Mais je me rappelle aussi d'un film allemand de Christoph Hochhäusler intitulé "le bois lacté" adaptation contemporaine du conte Hansel und Gretel, et d'une longue errance dans une forêt tour à tour hostile et accueillante.

mercredi 22 juin 2011

la dame au vieux chien


Voilà
je l'ai entendue parler avec d'autres personnes âgées qui promenaient leur chien sur le bord de mer. Son toutou à elle ne peut presque plus marcher. Il fait de l'arthrose à ce qu'elle dit. "C'est le dernier voyage que je lui offre. Ça lui change de l'air de Marseille". Elle raconte ça sur le ton de la plaisanterie mais je sens bien que sa voix retient un sanglot. Je songe à ma grand-mère, à son vieux chien Dody à qui elle parlait souvent et qui était tout pour elle. Cette solitude m'effraie. je la vois qui repart portant son vieux compagnon qu'elle tient comme un petit enfant. Le soir pendant la fête de la musique je la croiserai de nouveau promenant toujours son lourd fardeau au creux ses bras. 

dimanche 19 juin 2011

Comme une impasse


Voilà
comme pétrifié soudain. En même temps ne peut dissimuler son étonnement. Absurde ce qui lui arrive il le dit c'est absurde je ne me souviens plus du nom de la personne à qui je viens rendre visite. Ah c'est embêtant dit la réceptionniste derrière le comptoir.
- C'est un cancer je crois.
- Vous croyez ou vous êtes sûr.
- Je crois.
- De toute façon c'est pas ça qui va nous aider, ici des cancers il y en a beaucoup et son prénom vous vous en souvenez son prénom hein ?
- Non (pourquoi elle parle si fort, je ne suis pas sourd j'ai juste un problème de... ).
- Même pas ?
- Non ça va me revenir son nom son prénom tout ça je l'ai sur le bout de la langue.
- Oui, d'accord mais bon en attendant je vais faire passer les personnes après vous.
- Bien sûr excusez moi.
- Pas de souci
Comment ça, pas de souci, la conne. La conne derrière son comptoir, la conne avec sa coiffure et sa voix de conne et qui a l'air si sûre d'elle et le regarde l'œil narquois, c'est ça qu'il pense, la conne, putain comment ça pas de souci je ne me souviens plus du nom de mon copain qui crève, j'ai tous les détails sa mère est comédienne, sa sœur est comédienne je peux dessiner son visage dans ma mémoire je le rencontrerais dans la rue pas de problème je le reconnaîtrais et là ça ne vient pas elle me dit pas de soucis cette piche mais ici il n'y a que des gens avec des soucis qui viennent voir des amis des parents malades des gens qui eux-mêmes peut-être ne se sentent pas très bien c'est un hôpital merde pas de soucis....
- Alors vous avez trouvé non toujours pas.
Si elle croit qu'elle va l'aider avec ses questions qui contiennent leur réponse. Et le temps se dilate, la panique grandit, il voudrait pleurer, sensation d'être égaré dans une impasse, ça arrive de plus en plus souvent, il sort de chez lui et à peine les étages descendus remonte pour vérifier que tout est bien éteint, ou bien commence une action et passe à autre chose, ne finit jamais rien, remet toujours tout au lendemain, se fatigue trop vite, oublie où il vient de poser les objets, les clés les lunettes, c'est quoi déjà le nom ah oui ça y est c'est bon c'est bon jusqu'à la prochaine fois mais pourquoi je suis venu là au fait ?

vendredi 17 juin 2011

La nouvelle donne


the last time
Voilà
elle savait bien qu'il était en train de veiller un enfant malade, mais c'était plus fort qu'elle, impossible de s'en empêcher, elle le harcelait de SMS où reproches et récriminations alternaient, mêlées à de délirantes et peu crédibles déclarations d'amour. Ou bien - ah comme il trouvait ridicule cette voix de fillette qu'elle n'était plus depuis longtemps -, elle minaudait plaintes et jérémiades sur sa messagerie au point de la saturer. Elle demandait si ça allait pour ajouter d'un même élan qu'elle n'avait plus de forces, qu'elle faisait une analyse pour résoudre seule ses problèmes mais qu'elle n'arrivait pas à partager avec lui, elle se répandait alors en menaces en ultimatums plein de fiel s'il ne la rappelait pas aussitôt. Et lui, regardait inquiet le visage blême et trempé de fièvre de ce petit être qu'il chérissait plus que tout au monde et qui venait tout juste de sombrer dans un sommeil lourd et abrupt. Le fait d'être contraint en la circonstance, de songer à cette femme, le dégoûtait autant qu'il lui faisait honte. Et puis entendre cette voix prononcer le nom de son enfant qu'elle ne connaissait pas, l'irritait particulièrement. De plus en plus il envisageait la possibilité qu'elle soit vraiment folle. Mais en dépit de ses réticences, il ressentait une certaine jubilation à entretenir un lien avec elle ; il éprouvait à son endroit un peu plus d'attirance que de répulsion. Sans doute s'en voulait-il de cela ; et peut-être aussi du cruel et secret désir de l'anéantir mêlé d'un besoin inavouable d'en être humilié.

mercredi 15 juin 2011

Les formes

 

Voilà,
il me faut périodiquement revenir aux formes abstraites d'où est exclue toute fiction, toute idée de fiction, d'interprétation, d'intention manifeste, si ce n'est celle de se perdre se réfugier, se reposer aussi dans le jeu des combinaisons fortuites et le change de ces formes. Ainsi puis-je de la sorte me tenir un temps à la périphérie du langage, à distance, en-deçà du dicible, au-delà du visible, sans nécessité de nommer ni de raconter, pour ainsi dire dans la paix des formes
Je retrouve cette phrase de Paul Klee. Je la fais mienne :
"Autrefois on représentait ce qu'on pouvait voir sur terre ce qu'on aimait ou aurait aimé voir. Aujourd'hui hui la relativité du visible est devenue une évidence et l'on s'accorde a n'y voir qu'un simple exemple particulier dans la totalité de l'univers qu'habitent d'innombrables vérités latentes. L'accidentel tend à passer au rang d'essence"
Ces images sont a ma pensée comme ce qu'on nommait autrefois des charmes. Lorsqu'elles viennent à moi elles m'apaisent, quand je les regarde elles me sidèrent. Tout à la fois étrangères et familières, elles m'appartiennent autant qu'elles me possèdent.

samedi 11 juin 2011

Dormir pour oublier (4)


Voilà
dans ce cauchemar quotidien dont il sait qu'il ne sortira jamais, le sommeil est son unique et dernier refuge. Là seulement il peut rejoindre son être pur, loin de la crasse et de la vermine. Et dans ces profondeurs où il s'enfonce et qui parfois le ramènent à un temps où il ne faisait qu'un avec le monde, il arrive que surgissent aussi, des terreurs d'enfance restées en embuscade dans quelque maquis de la mémoire. Mais l'effroi qui le saisissait alors, en cette lointaine époque où un lit des draps et des couvertures lui semblaient aussi naturels que de boire et respirer lui paraît presque doux. Ce qui autrefois le terrorisait dans le noir, la flamme fulgurante jaillissant de nulle part et qui dévore vifs les corps immobiles de White, Grissom et Shaffee coincés au sommet de la fusée dans leur minuscule habitacle, accident auquel, il avait pensé plusieurs nuits d'affilée après qu'il ait eu lieu, se réveillant épouvanté comme si cela venait de lui arriver à lui, il y songe à présent certes, mais ce qui s'insinue et le fait tressaillir dans ce matin pluvieux de printemps, c'est tout autre chose, c'est le souvenir de cette chanson "the days of Pearly Spencer" et sa montée de violons qui ne cesse de tourner en boucle dans sa tête. Et il se sent devenir la forêt humide où il jouait autrefois, ses mousses et ses fougères, ses odeurs de résine, la fourmi sur l'écorce, l'aiguille de pin acide qu'on mâchouille, et il voudrait tant que ça dure.... que ça dure et ne finisse jamais ce temps où l'on était si près de décrocher la lune....

mardi 7 juin 2011

Fukushima n'a jamais eu lieu


Voilà
"la construction d'un présent où la mode elle même, de l'habillement aux chanteurs, s'est immobilisée, qui veut oublier le passé et qui ne donne plus l'impression de croire à un avenir, est obtenue par l'incessant passage circulaire de l'information, revenant à tout instant sur une liste très succincte de mêmes vétilles, annoncées passionnément comme d'importantes nouvelles ; alors que ne passent que rarement et par brèves saccades, les nouvelles véritablement importantes sur ce qui change effectivement. Elles concernent toujours la condamnation que ce monde semble avoir prononcée contre son existence, les étapes de son auto-destruction programmée." (Guy Debord - Commentaire sur la société du spectacle)

dimanche 5 juin 2011

La belle au banc dormant


Voilà,
elle était là, très fatiguée sans doute, si enfantine dans son sommeil un peu boudeur, si confiante, si abandonnée que j'ai craint un instant de la trahir, de lui voler quelque chose, elle que je ne connaissais pas. Mais il y avait tant de grâce et de beauté dans ce doux repos offert au regard des promeneurs, qu'il était impossible de ne pas désirer en garder l'image. Et je sais désormais, que chaque fois que je repasserai par là, je songerai avec infiniment de tendresse à la dormeuse du jardin du Luxembourg, la belle au banc dormant.
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samedi 4 juin 2011

L'exaspération


Voilà
quelques mois auparavant Ariane Cinsault avait non seulement été attirée par cet homme (pour elle doublement objet de  fantasme) mais avait aussi ressenti un peu plus que de l'affection pour lui, jusqu'à imaginer, ah ce qu'on peut tout de même parfois s'échauffer, de possibles prolongements à cette relation naissante. Mais le sentiment qu'elle avait commencé à éprouver, s'était - comme ces embryons qui cessent de se développer - peu à peu résorbé, en dépit du désir qu'il manifestait de construire (bien qu'il eût tendance à en définir unilatéralement les modalités) une histoire commune. Elle n'était pas alors parvenue à se formuler précisément la raison de ce détachement. C'était un ensemble confus de causes parfois contradictoires. Quelque chose pourtant l'embarrassait, qu'elle mettait plutôt sur le compte de son propre manque de souplesse et de son incapacité à se délier d'une absence qui lui pesait encore, et qu'elle n'évoquait jamais. Mais il y avait quand même une anomalie. Malgré l'intérêt qu'elle y portait, la forme qu'il donnait à son discours devenu dominant ces dernières années, suscitait chez elle beaucoup de réticence ; voilà, il semblait n'adopter qu'une seule grille de lecture si bien que son interprétation des faits, même les plus anodins, avait quelque chose de systématique, sommaire et réducteur qui confinait au cliché ; très vite, dans l'échange était-il devenu prévisible, tout comme en d'autres circonstances, d'ailleurs. Ainsi une sorte d'indifférence avait fini par la gagner. Son désagrément à lui s'était mué en lassitude. Suite à un événement, où l'espace d'un instant elle avait entrevu sa propre fin, elle s'était durant quelques semaines coupée du monde ;  ils avaient fini par s'éloigner l'un de l'autre, échangeant néanmoins de temps en temps quelques mails ou coups de téléphone. Des mois passèrent ainsi. Et puis un jour, au cours d'un clavardage a priori anodin, sans même y avoir été sollicité et sans avoir préalablement posé beaucoup de questions sur le sujet, il crut bon d'émettre un avis, presque un jugement, concernant son attitude à elle au regard de faits qu'elle avait eu le tort sans doute d'évoquer sommairement, et dont il ne connaissait ni la complexité ni les enjeux multiples, et qui de toute façon ne le concernaient en rien. Il en tira des conclusions si hâtives si peu fondées et d'une stupidité telle qu'elle trouva cela non seulement indécent, mais aussi vulgaire et grossier. C'était comme une sorte d'offense à l'intelligence. Elle connaissait en la matière ses propres limites, mais quand elle éprouvait le besoin de les repousser, elle n'hésitait pas à recourir aux connaissances où à l'expérience de quelqu'un d'autre ; ses amis de façon générale ne manquaient pas de talent. Elle savait choisir l'interlocuteur ou l'interlocutrice capable de donner une réponse ou d'affûter les questions nécessaires à la résolution du problème. Oui elle était capable de cela : de choisir, et de penser aussi, et de poser des actes après réflexion. Cette arrogance à s'imposer de la sorte, à faire coûte que coûte valoir son point de vue, cette boursouflure de l'égo travesti en savoir, l'avait, sans qu'elle s'autorise pour autant à le lui dire, exaspérée au plus haut point. Mais sans doute ne s'agissait-il pas que de cela, et d'une certaine façon, c'était ce qui la décevait le plus et la chagrinait. Sa réflexion avait été d'une telle indigence, qu'il y avait forcément autre chose : une certaine mauvaise foi, et qui sait, sous le couvert d'une attention faussement bienveillante, l'intention de blesser ou peut-être même de faire mal. "Tout ça parce que je l'ai laissé me basculer sur son divan" maugréa-t-elle en allumant une cigarette. Et aussitôt elle s'aperçut qu'elle venait de parler toute seule a voix haute. Lui revint ensuite à l'esprit un proverbe malgache  "Les paroles retentissent plus loin que le fusil". Puis elle remarqua une mite qui volait dans l'appartement. Ah non il ne manquait plus que ça.

vendredi 3 juin 2011

Pensionnat

Voilà
depuis longtemps la nuit est tombée sur ce qui pourrait être un pensionnat de jeunes filles mais où, il existe aussi quelques chambres pour des hôtes masculins. Après avoir traversé le parc, pénétré dans le bâtiment et s'être résolu à gravir malgré l'obscurité le grand escalier de bois aux marches grinçantes, à la rampe incertaine, il réalise soudain qu'il n'a pas la clé de sa chambre, et qu'à cette heure tardive, plus matinale que nocturne, mieux vaudrait sans doute ne pas appeler la réception située à l'étage, car n'irait on pas alors penser qu'il souhaite accéder au dortoir des jeunes filles afin pourquoi pas d'y commettre quelque coït frauduleux. Comme il s'apprête à ressortir songeant que bon il va bien falloir se résigner à passer la fin de la nuit dehors, il croise une grande jeune fille aux cheveux châtains étrangement coiffée d'un chapeau rose pâle et tout juste vêtue d'une chemise de nuit blanche qui s'arrête au dessus des genoux. Vaguement troublé il n'en veut rien laisser paraître. Il s'excuse expliquant qu'il a oublié sa clé et se désole de cette situation qu'il qualifie d'ailleurs d'absurde et ambiguë. Elle semble comprendre son embarras, le rassure précisant que l'intendante est réveillée et qu'elle va la prévenir. Elle l'invite donc à l'accompagner vers un petit comptoir où se tient une dame sans âge au visage lisse et impassible qui l'écoute bredouiller un récit confus sans toutefois faire la moindre réflexion. Elle répond juste "cela ne pose aucun problème". Lui ne voudrait pas que l'on se méprenne sur ses intentions, qu'on imagine qu'il puisse être un rôdeur par exemple. Mais non, la dame l'accompagne jusqu'à la porte de sa chambre située sous les toits. Peut-être a-t-il laissé sa clé dans son ancien pantalon, dit il pour se justifier et en repartant la porte s'est refermée derrière lui, voilà ça doit être ça. Non non répond la dame de l'hôtel, c'est ma faute, c'est moi qui n'ai pas vérifié si votre clé était au crochet, mais nous avons des doubles, tenez dit-elle avant de s'éclipser d'un pas vif. 
Une fois dans la chambre, il avise ses habits entassés sur le sol trouvant que cela fait tout de même un peu désordre tout ça. Mais trop épuisé il s'assoupit aussitôt, se réveillant de temps à autre pour constater sans plus s'en étonner qu'à chaque fois des gens près de son lit sont occupés à parler de littérature et plus particulièrement de poésie. Il y a là, entre autres, un poète qui s'appelle René Petra Gubbio. D'après ce qu'il comprend par bribes celui-ci vit ordinairement à Pau, mais se réjouit d'une invitation prochaine pour un festival de poésie dans une ville étrangère. C'est très intéressant songe le dormeur, mais ce qui le hante toutefois c'est le visage de cette si jolie pensionnaire croisée dans l'escalier. Il se branlerait bien un petit coup, mais au moment de saisir son sexe déjà turgescent il se ravise songeant que cela ne serait peut-être pas du meilleur effet auprès de ces éminents littérateurs.
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mardi 31 mai 2011

Pensif


Voilà,
"...I think that somebody's near
I'm sure that someone is following me
Why did you throw the Jack of Hearts away
Why did you throw the Jack of Hearts away
It was the only card in the deck That I had left to play
And I'll say it again I need a brand new friend..."
                                             (Jim Morrison)

samedi 28 mai 2011

Nightmare


Voilà
Le rêve m'a déporté aux abords d'une maison qui aurait pu être familière, mais qui dans la réalité, se trouve désormais réduite, autant que ses occupants, à l'état de souvenir. Jeune peut-être, en tout cas sûrement sous l'emprise d'une drogue puissante, qui multiplie les états de conscience et rend la perception de l'événement d'autant plus confuse, je me sens en totale perdition, égaré dans une obscurité toujours plus vertigineuse, croyant cependant que la maison est dans les parages, mais persuadé que cette proximité la rend encore moins accessible. Pris au piège d'un agencement inextricable de temporalités aussi furtives que changeantes où la maison n'est qu'une succession d'idées dans un champs d'hypothèses non résolues, tour à tour ruine à l'abandon sous une nuit de cendres, râle porté par la ténèbre, horloge éventrée, tas de coquilles d'huîtres, regard de chien en agonie, impact soudain de la balle qu'on ne voit pas venir, et tant d'autres choses encore, incongrues saugrenues et aussi énigmatiques que le mystère de la masse manquante ou le boson de Higgs, seul en tout cas, irrémédiablement seul et plus perdu que jamais, je dois continuer, sans repère, m'appuyant sur l'ombre, et toujours reconfigurant l'espace à la limite de la chute. Chaque pas augmente mon effroi, le moindre arrêt avive ma terreur. Et soudain, comme happé par une force invisible, me voilà dans le vestibule où se tient ma parentèle (mais dans quel état je n'en dirai pas plus). Tout tremblant, sûr d'avoir échappé au gouffre et aussi à la noyade dans la mare voisine, pas convaincu cependant d'être tout à fait sorti d'affaire, doutant de la véracité du moment présent mais sauf toutefois, sauf, j'ouvre un œil, puis l'autre et me rendors aussitôt. Pour une fois je n'ai pas laissé la radio allumée.
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vendredi 27 mai 2011

Embarras


Voilà
son embarras devant la femme saoule qui, ne tarissait pas d'éloges sur ce qu'il avait été autrefois, parlant trop fort dans ce lieu public, d'où il aurait voulu s'effacer disparaître s'évanouir pour devenir l'un des fantômes de ce temps qu'elle évoquait avec une indécente nostalgie.
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jeudi 26 mai 2011

Le légionnaire Mauwel


Voilà
je me souviens du légionnaire Mauwel. Plus exactement je me souviens de la fascination du géniteur pour le légionnaire Mauwel. Mais je crois cependant qu'à ce moment là, je partageais cette fascination car je trouvais très beau le légionnaire Mauwel. Le légionnaire Mauwel avait une prestance, une présence qui manquait au géniteur. Le légionnaire Mauwel était un vrai guerrier. Le géniteur n'était qu'un soldat. Du légionnaire Mauwel se dégageait une puissance, une densité de fauve. Et dans les bras du légionnaire Mauwel, car il m'a pris dans ses bras le légionnaire Mauwel, on se sentait en sécurité, comme invulnérable. Le légionnaire Mauwel, du moins c'est ce que prétendait le Géniteur, avait toujours fait la guerre. Il ne connaissait que ça. Il avait du être aux jeunesses nazi, puis engagé plus ou moins volontairement dans la Wehrmacht et envoyé, vers l'âge de seize ans sur quelque front déjà perdu. C'est l'usage de sacrifier la jeunesse d'un pays, quand la défaite est proche et que le dictateur ne veut s'y résoudre. Lui et moi avions ça en commun d'être né sur le sol d'Allemagne. Ce n'est pas rien la terre sur laquelle on a fait ses premiers pas. A la défaite comme tant d'autres de sa génération il s'est engagé dans la légion étrangère. Peut être que Mauwel n'était pas son vrai nom, mais il est devenu le légionnaire Mauwel. Un jour le légionnaire Mauwel est venu manger à la maison. Je m'en souviens, car il a enlevé son ceinturon celui où il y avait son pistolet. Il n'était pas loin bien sûr,  mais par politesse, du moins me l'a-t-on expliqué plus tard, le légionnaire Mauwel ne mangeait pas armé lorsqu'il était invité. Je me souviens qu'il y avait du couscous et que pour faire comme le légionnaire Mauwel j'ai accepté d'y ajouter un peu d'harissa, et que je n'aurais pas du, si bien qu'ensuite je n'ai pas goûté de couscous pendant dix ans.... Le géniteur aimait raconter ce fait d'armes que lui avait rapporté le légionnaire Mauwel. Il fallait reprendre une position que tenaient les fellagahs. Ils étaient sur un piton rocheux et canardaient la section du légionnaire Mauwel. A un moment les fells ont arrêté de tirer. Le légionnaire Mauwel a tout de suite compris que lui et sa section étaient dans un angle mort et qu'ils pouvaient monter tout droit. C'est ainsi qu'il a conclu son assaut et repris la position.
Est ce le légionnaire Mauwel qui a fait rallumer pour moi la crêche animée que les légionnaires avait construite dans leur caserne. Je me souviens d'un âne grandeur nature tournant autour d'un puits, du bœuf dont la tête bougeait toute seule, de l'enfant jésus, et de quelques légionnaires en rangs serrés chantant pour moi seul un cantique de Noël en allemand. Je ne sais pas... Qu'est il devenu ? Mort sans doute aujourd'hui, au combat peut-être... Pas sûr... A-t-il été mercenaire au Katanga, trafiquant d'armes ou de diamants, a-t-il fini sa vie sur quelque île enchanteresse après avoir vendu ses services pour de peu louables causes? Est il mort misérable dans une paillote pendant que la pluie frappait le toit de tôle, son âme s'évanouissant dans l'odeur de la latérite humide ? A-t-il torturé en Argentine, disparu sans laisser de traces, peu importe, je ne saurai jamais le légionnaire Mauwel est un fantôme dans ma mémoire...
J'ai une photo de lui. Je l'ai trouvée il y a longtemps dans une boîte à biscuits, au Quartier Général du bruit et de la bêtise. Le légionnaire Mauwel dort sur le capot d'un véhicule de combat.
Un jour je parlerai du légionnaire Anglicker. Le légionnaire Anglicker était gros et suisse.

dimanche 15 mai 2011

Dimanche matin


Voilà
Bonheurs d'enfance.... Plaisir solitaire de la lecture... Insouciance des grasses matinées... moi aussi autrefois j'aimais les planches de "Modeste et Pompon" dans le journal de Tintin...

lundi 9 mai 2011

Marché aux fleurs



Voilà
marcher solitaire dans la nuit tiède. Ne croiser que de rares promeneurs. Une fois encore passer la Seine, en se disant que vraiment cette ville est très belle, et le fleuve vu du pont au double, calme et rassurant. Puis traverser l'Ile de la Cité rejoindre le marché aux fleurs. Il y a des lieux comme ça, qui semblent n'avoir jamais changé, et conservent une inexplicable magie. Ce cadre, pourtant peu spectaculaire, je pourrais le prendre à différents moments du jour, sous différentes lumières. Dans cet endroit désert à cette heure, il y a l'invisible trace de tous mes passages. Oui, je suis dans cette image. Définitivement.
Première parution 9/5/2011 11:44

samedi 7 mai 2011

Une photo

Voilà
il y a cette adolescente amputée assise sur son lit et qui rit à gorge déployée face au photographe. On est dans un pays dévasté qui ne se reconstruira jamais et ce rire est la vie même, la vie triomphante en dépit des épreuves et des deuils. Lui, aimerait bien savoir ce qui s'est tissé entre ces deux êtres et comment ce miracle d'un instant a pu advenir.

vendredi 6 mai 2011

La Conversation



Voilà
un jour, on n'est plus celui qui rit au spectacle d'une chute, mais l'homme qui tombe. Et ce changement de perspective, ce renversement des rôles n'est pas sans conséquence. On éprouve une grande tendresse pour l'Auguste, mais aussi une admiration sans borne pour l'Acrobate, au point qu'on se prend à rêver qu'il vous accorde un peu d'attention et vous dispense quelques conseils. Et parfois même il arrive qu'on implore le pardon auprès de sa mère pour, en d'autres temps, s'être rangé au côté des rieurs. 

mercredi 4 mai 2011

Vallée de Swat

Abida
Voilà
à la lumière des événements récents qui alimentent l'Actualité et nous font un temps oublier qu'à Fukushima rien n'est résolu et que les réacteurs de la centrale nucléaire continuent sans doute de fuir et de contaminer la mer proche et l'atmosphère, je repense à ce séjour au Pakistan, où sans doute je ne retournerai jamais plus, à ces scènes ordinaires de la vie quotidienne, à ces silhouettes croisées au bord des routes dans la vaste vallée de Swat, si prospère et si paisible, dont j'appris bien des années plus tard qu'elle avait été surnommée la Suisse du Pakistan et en effet, me promenant dans les montagnes j'avais alors éprouvé les mêmes sensations que dans les alpages, respiré de semblables odeurs de bouse et d'herbe grasse, avec ce léger détail qui faisait la différence : les bergers pashtounes qui se promenaient étaient tous armés de kalachnikov (contrefaçon locale sans doute fabriquée artisanalement à la forge ) et ma marche à moi était plus lente en raison de l'altitude et du manque d'air.  A cette époque, là-bas les Talibans ne s'étaient pas encore implantés pour y imposer la charia et il semblait que rien ne pouvait altérer la tranquillité de cette région plutôt agricole si loin de l'agitation désordonnée, de la brutalité, de la précipitation permanente, et du chaos de Rawalpindi.
J'éprouvais une sorte de malaise durant ce voyage. Car ici comme en tant d'endroits du monde, l'homme blanc qu'il soit américain ou européen n'est pas aimé, souvent même détesté pour tous les méfaits et parfois les crimes qui ont été commis au nom de la Civilisation Occidentale. Où que nous allions, il était clair que nous n'étions pas vraiment les bienvenus, qu'une suspicion pesait a priori sur nous, même si l'accueil était cordial, le rituel de l'hospitalité respecté (thé, parfois repas), et les apparence sauves. En discutant avec un antiquaire local à Madyan, chez qui nous étions allés acheter quelques boîtes à épices ainsi que des coffres et des tabourets sculptés, l'homme avait fait part de son amertume aux amis que j'accompagnais et qui avaient déjà été en affaire avec lui. Il s'était plaint du fait qu'un gros client venu acquérir de nombreux meubles (qui sans doute seraient vendus en Europe avec un bon bénéfice) l'avait, malgré sa promesse de le régler en liquide, payé avec un chèque qu'il était obligé d'aller encaisser à Peshawar, ce qui allait lui prendre deux jours. Il avait alors regretté ce temps où la cour était pleine de gens qui passaient là, et en l'interrogeant j'avais alors compris de son anglais plutôt hasardeux, que ce qu'il regrettait c'était l'époque des routards et des hippies des années soixante dix. Peut-être alors, était il plus facile de nouer des liens. Il ne comprenait pas pourquoi le monde avait si vite changé, et semblait penser que c'était notre faute à nous les Blancs forcément riches, qui étions devenus si pressés, si peu enclins à accorder du temps ne serait-ce que pour parler marchander, et ainsi créer une apparence d'échange. Au bout d'une heure passée dans sa boutique, nous avions du marquer le signal du départ après une brève négociation de principe et il avait alors semblé déçu comme si, nous aussi, avions manqué d'égard pour lui. (Linked with the weekend in black and white

lundi 2 mai 2011

Furtive



Voilà
parfois je rêve d'images qui ne diraient rien d'autre que l'incertain, le furtif, le presque-rien et le je-ne-sais-quoi chers à Jankélévitch. Des images évanescentes comme des idées, énigmatiques aussi comme un parfum respiré au passage d'une femme, qui persiste encore un moment après qu'elle a disparu et laisse un peu vague cependant, suggérant de confuses et lointaines réminiscences, si troublantes qu'on ne peut être en mesure de dire s'il s'agit vraiment de cela ou - qui sait ?- de quelque chose de plus mystérieux encore, d'un temps dérobé où l'on était à peine palpable, invisible pourquoi pas, esprit de peu de matière, tremblement vibration pollen poussière molécule dissipée dans les grandes respirations de la nature ou le froissement des lisières....

samedi 30 avril 2011

Défilé du 14 juillet 83

Va pour l'ambiance
Voilà
Parmi mes vieux négatifs, celui-ci retrouvé. Je ne m'en souvenais même pas. Plus de vingt ans après je trouve que cette photo tient toujours, elle me plaît encore. J'avais pas mal voyagé le mois précédent, et j'étais content de me retrouver à Paris pour le 14 juillet. J'adore photographier les gens qui regardent le défilé. Je me demande ce qui peut à ce point les intéresser. Je les ai toujours eu en horreur moi, les défilés, dès mon plus jeune âge. Pourtant,  j'étais à la bonne école, aux premières loges, mais bon je n'ai jamais eu la fibre soldatesque, et les fanfares militaires ça m'a toujours gonflé. Pourtant ça marche, ça marche encore le prestige de l'uniforme toutes ces affaires là, le nationalisme, les calicots, le drapeau, ça marche oui au pas, la servitude volontaire a encore de beaux jours devant elle... (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 28 avril 2011

Quand même encore un peu


Voilà,
je parcours toutes ces pages écrites sur ce blog ... je ne sais trop à quoi rime tout cela... peu importe au fond... rien n'a vraiment de sens et quant à moi c'est clair j'ai fort peu de goût pour l'ordre et la cohérence ...  et puis par les temps qui courent et qui trébuchent mieux vaut se mithridatiser au chaos...   les impressions s'accumulent donc... se contredisent parfois... se superposent.... c'est ainsi... d'ailleurs est-ce parce que je vis à bribes abattues ah ah elle est bien bonne celle là bribes abattues je désopile que j'ai du goût pour les brouillons pour les esquisses... pour les formes qui émergent et celles qui disparaissent... pour ce qui subsiste de l'éphémère et du transitoire... pour les fragments pour les déchets pour les épaves de toutes sorte.... pour ce qui bégaye aussi et qui ressasse.... pour l'anomalie... je pose la question mais je connais la réponse... bien sûr que je la connais je marche avec des manières de spectre déjà... peu à peu je me quitte... allez hop au combat... il faut quand même encore un peu résister.... un peu quand même encore...

mercredi 27 avril 2011

Correspondance 1


Voilà
puisque j'ai précédemment écrit que j'allais faire la liste des personnes associées à des livres allons y .... alors il y a André Engel qui me dit au début des années 80 dans un café de Montparnasse, il faut absolument lire "Dune", j'achète la trilogie en livre de poche... c'est le printemps.... je lis ça de façon ininterrompue... je coupe le répondeur pour ne pas être dérangé... je me réveille la nuit pour connaître la suite... c'est un de mes plus beaux souvenirs de lecture.... "Les années de chien" de Gunther Grass... j'ai mis du temps pour le parcourir... à la fin je ne voulais plus le quitter ... et  "les chronique de l'oiseau à ressort" de Haruki Murakami, c'est Marie-Amélie ça...  il y en tant d'autres que je ne connaissais pas qu'elle m'a fait découvrir... "Magnus" de Sylvie Germain, c'est Nirina, qui me l'a prêté... quand on s'est connus on venait de finir le même livre "Personne" de Gwenaelle Aubry, qui n'avait pas encore été primé... " La conspiration des imbéciles" c'est Ariane P. (Linda me l'a emprunté et ne l'a jamais rendu)...  "Ecoute moi" de Margaret Mazzantini c'est Alibert, et aussi "Les rêves de mon père" qu'il a tenu à m'offrir à la FNAC de Lyon... "Centurie" de Manganelli, c'est Thierry Bédart et "la résolution du théorème de Fermat" de Simon Singh, mon ami Jean-Marie Verdi ("tu verras ça se lit comme un roman d'aventures")... "Les hauteurs béantes" Denis Freyd, et "Cent ans de Solitude" C'est Margarita Mladenova et Ivan Dobtchev.... il y en a d'autres ça me reviendra... à une prochaine correspondance... 

vendredi 22 avril 2011

Au premier jour de 'Hol Hamoed


Voilà
hier après-midi, jardin d'acclimatation avec ma fille. Je n'avais pas songé que c'était le troisième jour de Pessah et j'ignorais qu'il y a une importante communauté Loubavitch à Neuilly. Ils étaient nombreux de sortie, en famille. Il y avait aussi beaucoup d'Antillais, de gens de nos départements et territoires ultra-marins, car dans ce parc où, de la fin du dix-neuvième jusqu'au années 1930 on parquait des indigènes de nos colonies pour les exhiber au public, se tient ces jours-ci, une manifestation intitulée "un jardin en outre-mer". Il y avait aussi quelques femmes d'origine arabe les cheveux couverts, promenant leurs enfants. Toutes les contradictions de l'identité française et de l'intégration se promenaient là dans ce parc d'attractions. Les signes religieux étaient omniprésents. La forte affluence des antillais, réunionnais de Paris venus visiter les stands de l'exposition et assister au concerts qui se donnent là témoignaient aussi du métissage culturel de la métropole bien que les députés de couleur ou d'origine arabe des circonscriptions de la France continentale se comptent sur les doigts de la main à l'assemblée nationale. J'ai repensé à l'histoire des trois rabbins : Trois rabbins prennent un taxi conduit par un noir. Ils sortent d'une conférence où un penseur très brillant à disserté sur le Livre et les a beaucoup impressionnés. Le plus vieux des trois rabbins dit au deux autres "Après ce que j'ai entendu là, qui est si intelligent et si subtil, j'ai vraiment l'impression d'être moins que rien". Les deux autres protestent. L'un dit "Comment ! si un grand rabbin comme toi pense qu'après ça il est moins que rien, que devrais-je dire ? Dans ce cas là moi, je suis moins que moins que rien". Alors le troisième à son tour s'exclame " Quoi ! si deux rabbins aussi instruits que vous disent qu'ils sont moins que rien, et moins que moins que rien, que suis-je alors ? Je suis moins que moins que moins que moins que rien !". A ce moment-là, le chauffeur de taxi intervient : "Si trois grands rabbins comme vous disent qu'il sont moins que rien, moins que moins que rien, moins que moins que moins que moins que rien, alors qu'est ce que je devrais dire moi, qui suis un pauvre chauffeur de taxi noir et exploité, qui a vraiment du mal à joindre les deux bouts et peine à nourrir sa famille, je suis moins que moins que moins que moins que moins que moins que moins que moins que moins que moins que rien !!!! A ce moment là, le plus vieux des rabbins se tourne vers les deux autres et dit "Pour qui il se prend celui-là ?".
A part ça, il faisait très beau, malgré l'attente on a pu faire des tours de manèges, et ma fille adore les montagnes russes. La prochaine fois c'est sûr on fera la rivière enchantée...

jeudi 21 avril 2011

L'Esprit du lieu



Voilà
les rivages sont propices à la rêverie et à la méditation. Je me souviens de la lumière de ce petit matin, après une nuit inconfortable. Faute d'avoir pu, la veille trouver un hôtel, nous avions du nous résoudre à dormir dans la voiture garée au bord de l'eau. Le soleil nous avait réveillés. J'étais allé faire quelques pas, pour me dégourdir les jambes. Le regard tourné vers l'ouest ("the west is the best / get here and we'll do the rest"), j'avais alors longuement contemplé le paysage qui se déployait là devant moi, dans cette clarté particulière. Il paraissait immuable, inspirant une joie calme et sereine ainsi qu'un sentiment étrange de plénitude de douceur et de légèreté. Comme si le temps s'était aboli dans le doux clapotis des vaguelettes s'échouant à proximité. Là aux confins de l'Estuaire où se dressent les carrelets si caractéristiques de la région, je m'étais alors senti vraiment au monde, soudain sans tension, sans appréhension, présent en toute chose, intensément présent, offert au vent à la splendeur de la lumière, au parfum de la brise marine et des algues. Et, plus rien n'avait eu d'importance alors, sinon ce désir infini d'éparpillement et d'abandon, là où les eaux se mêlent....
première publication 21/04/2011 à 10:45 

mercredi 20 avril 2011

Le Moulin


Voilà
J'aurais voulu être écrivain. Mon rêve d'écrivain qui est aussi un rêve d'enfance, il est là tout entier dans cette image. Un lieu existe où il serait possible de se retrancher de l'agitation de ses contemporains : cet ancien moulin au bord de la rivière, non loin d'une petite ville tranquille. Je me dis qu'il ferait bon vieillir dans cette tour solitaire, y demeurer parmi les livres et les images, et y rêver mille vies dans la paisible proximité des vaches au pâturage, en prêtant parfois de loin en loin, une oreille à la rumeur confuse des voix de ce monde. (Linked with the weekend in black and white)

mardi 19 avril 2011

Vevey, Mai 90


Voilà
Vevey, mai 90. c'était l'époque de "Good Thing". Le printemps avait tardé celle année là. Aux premiers beaux jours, il fit tout à coup très chaud. Au bord du lac, où j’étais venu passer un week-end, j'ai essayé d'imaginer ce qu'aurait pu être une enfance sur ce rivage, et quel tour aurait bien pu prendre ma vie si j'avais grandi ici. J'ai aussi pensé à Charlie Chaplin et à Paulette Godard. Tous deux vécurent des années dans cette région où ils avaient choisi de finir leur existence, sans jamais manifester le désir ou le besoin de se revoir, alors qu'ils n'étaient séparés que de quelques kilomètres à peine.

lundi 18 avril 2011

Insomnie


Insomnie

Voilà
les questions les doutes les remords les secrets repentirs, réclamant leur heure, l'arrachaient du sommeil au cœur de la nuit. Guy-Pierre Mauziac était comme pétrifié devant ce qui demeurait — à jamais sans doute — irrésolu, effrayé aussi par l'ampleur de ce qu'il projetait d'accomplir au regard du peu de temps et des maigres forces dont il disposait. Il ne pouvait cependant se résoudre à s'avouer vaincu, comme ces vieux dictateurs déclinants, cramponnés à l'idée qu'ils se font de leur propre puissance qui, tout au refus d'admettre que leur temps est passé, s'obstinent à croire que la chance est encore avec eux. Pourtant l'affaire se précisait et les dénégations n'y pourraient rien changer.  Dans les exhalaisons fétides d'un corps que ses abandons assimilaient déjà au cadavre, il s'inquiétait de ne pas être capable d'une sortie honnête et digne. La mort ne l'effrayait pas mais il craignait de mal mourir. Il lui était si souvent arrivé de manquer d'élégance en certaines circonstances de sa vie qu'il redoutait de ne pas être à la hauteur de l'événement...

samedi 16 avril 2011

Cornue et cornuelle


Voilà,
dans le Limousin et dans le Périgord, la cornue est un pain au lait brioché sucré, dont la taille peut aller de 15 à 80cm. Un côté du pain porte des cornes. La symbolique païenne rattachée aux fêtes priapiques célébrant le début du printemps est celle du sexe masculin, la symbolique chrétienne celle de la Sainte Trinité. La tradition de la cornue se perpétue depuis plus de huit siècles. En effet, une chronique datant de 1175 rapporte que l’abbé Hysembert fit distribuer, le second dimanche de Pâques, de ces gâteaux cornus à tous les frères de l’abbaye de Saint-Martial, à Limoges…
Traditionnellement préparée pour les Rameaux, le dimanche précédant Pâques, il était d’usage que le parrain l’offre à son filleul, pour favoriser sa virilité !  D'ailleurs on l'appelle aussi "Pine des rameaux". En 1750, l’évêque de Limoges, Monseigneur Jean-Gilles de Coëtlosquet, aurait demandé aux pâtissiers d’en « moraliser » l’aspect. La coutume limousine de la cornue est à rapprocher de celle de la cornuelle (cornue « femelle » de forme triangulaire percée d’un trou central, en pâte sablée et décorée de grains d’anis enrobés) dans le département de la Charente voisin. (In Wikipedia)
 C'est donc à la boulangerie de Mussidan, la découverte du jour. Quant au bonheur du jour c'est ma fille qui me dit au petit déjeuner "merci de m'avoir donné la vie". J'espère qu'elle ne me le reprochera pas un jour, quand elle comprendra mieux le monde dans lequel il lui est donné de vivre. Les derniers communiqués du CRIIRAD n'incitent guère à l'optimisme.
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vendredi 15 avril 2011

Jardiland

  
Kaya 
  
 
Voilà
Des plants de chanvre dans un sac bleu. Hall Pasteur de la gare Montparnasse.

lundi 11 avril 2011

Un secret

 Voilà
penché sur sa poelle, déconcerté, tenant hagard, abasourdi, dans sa main droite un bocal de citron confit au gingembre il songeait à l'objet primordial perdu. Plus grommelant que parlant d'ailleurs (car il avait abusé de ce rhum un peu rustique qu'on lui avait offert, quelques semaines auparavant), bref à moitié bourré, conscient de la nécessité de rassembler ses idées, il tentait à nouveau de se constituer en sujet signifiant et pour cela causait tout seul à voix haute.  L'omelette semblait dissimuler un secret. Péniblement il s'efforçait de le déchiffrer avant qu'elle ne s'envole. Mais une question tournait en rond dans sa tête :  "il reviendra là quand ?"

dimanche 10 avril 2011

Patrouille



Voilà
dans l'œil mort du civil gisant à terre, frémissaient encore les mirages d'un autre monde. Des insectes aux ailes froissées palpitaient sous la lumière chancelante. Quelqu'un dans la pièce à côté implorait — sans grande conviction — qu'on l'épargnât. Une voix frêle et contrefaite, presque enfantine répondit par un juron. II y eut une détonation sourde. Nous n'avions pas voulu ça, non pas vraiment. Mais cet adieu éclaté dans la chair était le tribut que semblait parfois exiger Notre Cause. Peut-être nous étions-nous engagés un peu trop à la légère. "Ça c'est du bout touchant" remarqua celui qu'on surnommait le Triton. Puis il y eut un long silence. Et tout le temps qu'il dura, vaguement songeur, la tête légèrement penchée en avant, avec l'index et le pouce de sa main gauche, le Triton le passa à se tripoter le lobe de l'oreille droite qu'il avait —je le remarquai alors — plutôt gras. première publication 10/04/2011 à 02:23

samedi 9 avril 2011

Narcisse et Goldmund



Voilà,
croiser quelqu'un en train de lire un livre qui en son temps laissa une empreinte... vivre à l'époque de la peste.... quelque chose à voir avec l'élévation l'art et le meurtre... ne m'en souviens plus très bien finalement... peut-être suis je passé à côté de ce qu'il signifiait pour n'en retenir que ce qui flattait alors l'idée que j'avais de moi... Catherine Goffinet qui nous avait dit que c'était son livre préféré... Agnès l'avait beaucoup aimé... je crois que c'est elle qui l'a d'abord lu mais pas sûr... l'ai prêté il y a deux trois ans à la baby-sitter qui ne me l'a jamais rendu... pas grave trop de bouquins à la maison... tant qui attendent dans la bibliothèque d'être enfin lus... n'aurais peut-être bientôt plus ni le loisir  ni l'envie...  les gens associés à des livres... oui je vais en faire la liste... mais plus tard... ciel bleu dehors... qu'il bleuisse...  c'est joli comme ça... et puis ça donne une bonne lumière dedans... parfois j'arrive une fraction de seconde à imaginer l'ordre ici.... l'ordre que ça devrait être...  une semaine au moins il faudrait pour que ça prenne forme... et ne rien faire que ça... juste une question de détermination.... d'engagement...  l'engagement c'est ce qui manque le plus de nos jours... j'en suis assez content de celle-là.... j'arrive encore à me faire marrer tout seul...  toujours ça de pris... elle est devenu quoi Catherine avec sa maladie... ça a commencé tôt pour elle... tous ses voyages avec les marionnettes... au moins jeune elle aura voyagé... rien qu'en répondant à une annonce sur fip... elle a fait le tour du monde... est ce que ça sert vraiment à quelque chose de faire le tour du monde... à part faire envie à ceux qui restent... la carte postale d'Australie... ah oui ça oui l'Australie...  j'irai sans doute jamais dommage... je l'ai toujours quelque part la carte... je sais où... peux même la retrouver tout de suite... pas si en désordre que ça donc...  la carte postale avec les trois koalas... des listes oui je vais faire des listes...

vendredi 8 avril 2011

De l'amour fou à l'amour flou


Voilà
cette façon qu'elle avait eue un jour après de longs et tendres préliminaires de les extraire du lit et de l'entrainer vers le piano contre lequel elle s'était aussitôt appuyée se pliant en deux les jambes tendues, Fabien Arinarnoa s'en souvient encore, parfois. C'est là qu'il avait découvert combien son corps était souple. Elle avait voulu qu'il la prenne ainsi et lui, avait immédiatement songé que, ce qui l'excitait peut-être elle, à ce moment précis, c'était la possibilité par cette perspective inversée d'observer d'en bas une queue la pénétrer. Sans doute alors importait-il peu que ce fùt la sienne ou celle d'un autre. Seule comptait pour elle la vision crue du spectacle de ce qui était en train d'advenir à la jointure de ses cuisses. Quant à lui, cette sensation d'être en l'occurrence réduit dans son regard à un simple morceau de viande, à une bite qui pouvait être celle de n'importe qui d'autre, aussi bien un inconnu fantasmé qu'un amant précédent qui lui aurait laissé quelques bons souvenirs, tout cela l'excitait plutôt.... C'était au début de cette liaison, qui très vite devint une histoire si dense, si riche en émotions. Il lui arrive encore de se demander si de nouveau il partagera autant de bonheurs et d'intimité avec une autre. Louise Cardinal était si inventive, si généreuse et attentive. De ces femmes qui trouvent leur plaisir dans la satisfaction du plaisir de l'autre, qui donnent autant qu'elles exigent et non de celles qui crispées sur la recherche de leur orgasme se dispensent de toute attention et imagination à l'égard de leur amant, pensant vraisemblablement qu'être nue près de lui est une faveur suffisante pour mériter son hommage. C'était si doux d'être dans ses bras de s'abandonner en elle, d'être nu près d'elle et de se caresser l'un l'autre longtemps longtemps juste pour le plaisir de la caresse. Car il y avait aussi ces moments d'infinie tendresse, de baisers langoureux, où le monde se réduisait à cette proximité, à cet autre corps qui lui paraissait toujours avoir été à ses côtés. Il s'éprouvait alors sans âge, ou plutôt avec tous les âges de sa vie à la fois, il était à sa place, dans ses bras. ll l'aimait il ressentait un amour incroyable pour elle dont l'intelligence, la pensée subtile, la curiosité intellectuelle jamais rassasiée, la culture le fascinaient, même si parfois il éprouvait quelque réticence au langage universitaire dont il lui semblait qu'elle abusait parfois. Seul, un détail lui échappait. Fabien Arinarnoa ne parvenait pas à réaliser que tant d'années les séparaient. Que la destinée ne les eût pas rendus un peu plus contemporains, lui paraissait terriblement injuste. Il pressentait obscurément qu'un jour viendrait où...

mardi 5 avril 2011

Daltonien



Voilà
aujourd'hui, grâce à un article de Rue 89, j'ai retrouvé le test d'Ishihara sur le net et par là même découvert son nom que j'ignorais jusqu'à présent. C'est - citation wikipédia - un recueil de 38 planches utilisé pour dépister les anomalies de la vision des couleurs. Il permet de détecter toutes les déficiences dyschromatiques sauf la tritanopie (incapacité à identifier le violet) et la trianomalie (diminution de la sensibilité à la couleur bleue), d’ailleurs très rares, fin de citation. J'arrive tout de même à identifier quelques planches, à l'exception  des planches 10 à 13 qui paraît-il sont basées sur une confusion bleu vert - orangé, qui  me sont parfaitement impénétrables. Je l'ai aussitôt fait et me suis rendu compte que je n'étais pas aussi daltonien que ça, finalement. Je me souviens que la première fois où l'on m'a donné à lire ces planches (j'étais alors enfant), j'ai trouvé ça tellement absurde, que j'ai aussitôt pensé que c'était un test d'intelligence. Mais ma fille qui a fait le test avec moi, m'a suggéré de  prendre du recul. Et là j'ai  réalisé que je n'étais daltonien que de près.
J'ai aussi retrouvé le principe du test de Farnsworth D15 constitué de 15 jetons de plastique noir comportant une pastille de couleur qu'il faut classer dans un ordre qui varie progressivement du bleuâtre au rougeâtre (paraît-il). J'aimerais bien le refaire celui là.





















dimanche 3 avril 2011

San Sebastian peut-être ou Fontarrabie


Voilà
bien sûr c'est une photo d'un autre siècle, mais elle paraît vraiment très vieille... Je crois que c'est à San Sebastian en juin 1982, ou peut-être Fontarabie, lorsque j'étais allé passer quelques jours dans la maison de Pierre à Hendaye. il y avait plein d'anglais dans les parages à cause de la coupe du monde de football en Espagne... j'ai retrouvé ça aujourd'hui en scanant de vieux films. Ces deux enfants semblent seuls aux monde, comme si la ville n'appartenait qu'à eux. Ils ont l'air tellement sérieux. Je me souviens de cette pub qui passait à l'époque à la télévision. (shared with the weekend in black and white)

vendredi 1 avril 2011

La boulangerie de Souzay


Voilà
mon grand père me donnait l’argent j’allais chercher le pain et avec la monnaie je m’achetais des guimauves aux couleurs pastel en forme de serpent (c'est là que j'ai découvert les guimauves). C’est aussi dans cette boulangerie que, quelques années plus tard - j'étais presque adolescent -  je me suis acheté une tirelire rouge en métal, pleine de friandises, ayant l'aspect d’un coffre de pirate, et que je possède encore. C'est ma fille qui à présent y met ses petites pièces ....
linked with the weekend in black and white

Encore le Musée


Voilà
peut-être l'ai je déjà dit, mais j'aime cette sensation de temps suspendu que procure la déambulation dans les musées. Le spectacle des corps immobiles, absorbés dans la contemplation, l'observation, le questionnement, l'incrédulité, la sidération, la curiosité, l'incompréhension et tant d'autres états. Cette relation entre les corps et les œuvres qui captivent et capturent tout à la fois, me fascine. Et puis, les musées sont aussi pour moi des lieux de partage, d'une densité particulière où passe du désir et s'opèrent de secrets échanges entre des êtres de passage et la matière que, par leur imagination leur volonté et parfois même aussi par leur folie ou leur désespoir des artistes ont façonnée.

Publications les plus consultėes cette année