mercredi 4 mai 2011

Vallée de Swat

Abida
Voilà
à la lumière des événements récents qui alimentent l'Actualité et nous font un temps oublier qu'à Fukushima rien n'est résolu et que les réacteurs de la centrale nucléaire continuent sans doute de fuir et de contaminer la mer proche et l'atmosphère, je repense à ce séjour au Pakistan, où sans doute je ne retournerai jamais plus, à ces scènes ordinaires de la vie quotidienne, à ces silhouettes croisées au bord des routes dans la vaste vallée de Swat, si prospère et si paisible, dont j'appris bien des années plus tard qu'elle avait été surnommée la Suisse du Pakistan et en effet, me promenant dans les montagnes j'avais alors éprouvé les mêmes sensations que dans les alpages, respiré de semblables odeurs de bouse et d'herbe grasse, avec ce léger détail qui faisait la différence : les bergers pashtounes qui se promenaient étaient tous armés de kalachnikov (contrefaçon locale sans doute fabriquée artisanalement à la forge ) et ma marche à moi était plus lente en raison de l'altitude et du manque d'air.  A cette époque, là-bas les Talibans ne s'étaient pas encore implantés pour y imposer la charia et il semblait que rien ne pouvait altérer la tranquillité de cette région plutôt agricole si loin de l'agitation désordonnée, de la brutalité, de la précipitation permanente, et du chaos de Rawalpindi.
J'éprouvais une sorte de malaise durant ce voyage. Car ici comme en tant d'endroits du monde, l'homme blanc qu'il soit américain ou européen n'est pas aimé, souvent même détesté pour tous les méfaits et parfois les crimes qui ont été commis au nom de la Civilisation Occidentale. Où que nous allions, il était clair que nous n'étions pas vraiment les bienvenus, qu'une suspicion pesait a priori sur nous, même si l'accueil était cordial, le rituel de l'hospitalité respecté (thé, parfois repas), et les apparence sauves. En discutant avec un antiquaire local à Madyan, chez qui nous étions allés acheter quelques boîtes à épices ainsi que des coffres et des tabourets sculptés, l'homme avait fait part de son amertume aux amis que j'accompagnais et qui avaient déjà été en affaire avec lui. Il s'était plaint du fait qu'un gros client venu acquérir de nombreux meubles (qui sans doute seraient vendus en Europe avec un bon bénéfice) l'avait, malgré sa promesse de le régler en liquide, payé avec un chèque qu'il était obligé d'aller encaisser à Peshawar, ce qui allait lui prendre deux jours. Il avait alors regretté ce temps où la cour était pleine de gens qui passaient là, et en l'interrogeant j'avais alors compris de son anglais plutôt hasardeux, que ce qu'il regrettait c'était l'époque des routards et des hippies des années soixante dix. Peut-être alors, était il plus facile de nouer des liens. Il ne comprenait pas pourquoi le monde avait si vite changé, et semblait penser que c'était notre faute à nous les Blancs forcément riches, qui étions devenus si pressés, ne serait-ce que pour parler et prendre le temps de négocier un prix, et ainsi créer une apparence d'échange. Au bout d'une heure passée dans sa boutique, nous avions du marquer le signal du départ  après une brève négociation de principe et il avait alors semblé déçu comme si, nous aussi, avions manqué d'égards pour lui. 

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