dimanche 30 mars 2014

L'Énigme


Voilà,
je n'ai pas de mots pour cette image, pourtant elle me raconte quelque chose 
oui mais quelque chose qui m'échappe
shared with friday face off

vendredi 28 mars 2014

L'Écran tactile de mes nuits grises


Voilà
l'élaboration de ce genre d'image me paraît ce que j'ai trouvé de plus efficace au cours de ces dernières années pour tenir à distance ou plus précisément afin d'occuper - aménager disons - ce que faute de mieux je nomme l'inquiétude, ou l'intranquillité, comme dirait Pessoa. Et lorsqu'elle se métamorphose en peur, c'est un de mes moyens pour l'exorciser, elle qui si souvent m'épuise et m'éreinte. Cette force insidieuse qui cherche à m'anéantir et à quoi je dois farouchement m'opposer pour ne pas perdre la raison, je la combats avec les outils de mon temps. Je la tords je l'essore la triture la presse la déchire l'écraplatis. Je la coinche et la surinule, je la forquète la griffe la racagne l'étire la presse la malaxe, puis je la michaude un bon coup, la bréchique la queniche par le travers la valdingue et la tribusque dans un sens puis dans l'autre  - mais attention hein ! - tout ça proprement, avec tact sur le minuscule écran lisse de mes nuits grises. Je le fais d'une manière tout à fait régressive, comme l'enfant qui peint avec ses doigts (possibilité qui d'ailleurs ne m'a jamais été donnée quand je l'étais), mais sans me salir. A la fin je me sens calme, reposé. Ça remplace avantageusement une petite branlette. C'est que passé un certain âge on n'a plus trop envie de se tirer l'élastique tout seul. On a besoin d'assistance. Et de sollicitude. Bien sûr j'ai la sensation parfois que folie me guette, mais j'essaie de me rassurer en me disant que c'est le monde autour qui est vraiment dément. Et puis l'important comme en toute chose est de ne pas céder - j'aime beaucoup le caractère définitif de cette phrase, quelle épiphanie ! -, c'est dingue parfois comme on peut être inspiré ; moi aussi somme toute je peux pondre des slogans à la con ; je deviens peut-être enfin un vrai communiquant, d'ici peu j'arriverais à faire illusion sur moi-même. L'important comme en toute chose est de ne pas céder ça pourrait faire une belle épitaphe après tout. Au risque d'être pris au sérieux. Mais d'ici-là peut-être serai-je visité par la grâce, comme le fut Claudel au pied de son pilier, on peut toujours rêver non ? Comme on peut toujours espérer que le point d'ironie fasse enfin son apparition sur les claviers... 

mercredi 26 mars 2014

Ce train ou un autre


Voilà,
ce train ou un autre peu importe car il n'est désormais de voyage qu'intérieur. Oui le paysage défile par la fenêtre, mais c'est tout autre chose qui traverse la pensée, un vieux chagrin d'enfant qui fatigue un corps usé, une étreinte fugitive et inattendue qui rassure, un sourire dessiné sur le givre. Continuer donc, puisqu'il le faut, sur un chemin qui n'est pas le sien, en dépit de la fatigue, de l'indifférence grandissante aux choses, en dépit des mots qui ne viennent pas tout à fait comme il faut, des étourdissement répétés, de l'œil qui ne voit plus vraiment et n'aperçoit qu'à grand peine.

lundi 24 mars 2014

Ik-men-ha-kaf


Voilà,
ce matin j'ai repensé aux chats adespotes d'Hammamet. Et aussi à cette autre histoire de félins du même Rodolfo Wilcock déjà évoqué précédemment. Celle-ci s'appelle donc Ik-men-ha-kaf : "Les yeux d'émail fixent le mystère de l'au-delà comme si c'était une souris, et il est bien possible que ce le soit. Il vécut il y a trois mille ans ; il s'appelait Ik-men-ha-kaf, ce qui veut dire quelque chose comme l'éclair ou la foudre, mais en ces temps-là comme maintenant personne n'usait du nom entier pour s'adresser à un chat ou lui deman­der une faveur, si bien qu'on l'appelait Ik, et plus souvent Ik-ik, qui est foudre en abrégé. Il habitait à Abydos, une maison aux toits bas, mais même ce toit lui semblait encore trop élevé, gaspillage inu­tile pour un labyrinthe aussi simple, si élémentaire qu'après deux ou trois tours il en connaissait toutes les entrées et toutes les sorties.  Ik-ik avait été apporté de Thèbes à l'âge de trois mois, et les premiers jours en vérité il ne parvenait pas à distinguer les entrées des sorties, il devait s'arrêter sur le seuil pour étudier les trajets les plus appro­priés ; jusqu'au jour où il arriva à la conclusion qu'entrées et sorties concidaient, qu'il s'agissait d'une distinction purement académique. A partir de ce jour il passa de nombreuses heures dehors, parfois il poussait jusqu'au Nil et retournait avec un poisson pourri, la tête levée pour ne pas le faire traîner dans le sable et la boue. Une nuit, de la rive, il vit passer une barque lumineuse avec une grosse vache dessus qui portait la lune entre ses cornes ; elle était très brillante, cela il le vit, mais ce fait rentrait dans l'ordre pour lui étranger des choses du fleuve, et il n'y fit pas attention. Malgré ce toit ridiculement distant du sol, il accepta cette maison pour sienne ; mais pendant de nombreuses années, et même jusqu'à sa mort, il dut la partager avec un nombre variable d'êtres humains, qui peut-être étaient toujours les mêmes, ou paraissaient les mêmes. Ceux qui le connais­saient l'appelaient Ik-ik, ceux qui ne le connais­saient pas l'appelaient “ Mjw ”, ou Miaou, qui est le mot égyptien pour chat ; les uns disaient qu'il était blanc avec des taches noires, les autres qu'il était noir avec des taches blanches. De quelque nom qu'on se servît pour l'appeler, Ik ne vint jamais. Il mourut héroïquement, comme on dit, d'un abcès à la queue provoqué par la morsure d'un autre chat ; longtemps avant de mourir il perdit la connaissance et tant qu'il l'eut perdue il crut qu'il s'agissait d'un malaise passager, et il en était peut-être ainsi. Il s'était réfugié près de l'entrée d'un sépulcre brisé ; ses serviteurs le retrouvèrent et le firent embaumer.
L’embaumeur, comme c'était l'usage ces années­-là, lui confectionna avec les bandelettes un petit corps humain, avec ses deux pieds ou plutôt son unique pied ou piédestal d'argile ; tel était l'usage à Abydos, doublement blâmé à Thèbes : parce que les chats n'ont ni un pied ni deux mais bien quatre pattes, que l'on enveloppe avec le corps, et parce qu'au cimetière des chats les momies ne reposent pas dressées mais couchées comme tous les mortels. Les longues bandes étroites de lin qui emmaillotent son petit cadavre, de couleurs point trop vives convenant à un chat âgé, apparaissent entrecroisées selon le plus élégant dessin géomé­trique pour chats ; autour du cou la bandelette se resserre en un étroit collier laissant libre la tête impeccable. Le visage est plein, le nez souligné d'un trait savant, les oreilles dressées et atten­tives ; le regard est prêt à bondir dans les millé­naires. Sur une plaquette de plomb, son nom en démotique “ Ik-men-ha-kaf Mjw. ” 

dimanche 23 mars 2014

Matin pâle


Voilà,
au moins Retourdecampagne et Retourdemanœuvres, peuvent-ils, malgré leurs différences, se parler de façon intelligible, fraternellement, avec tendresse et amitié. Et c'est comme s'ils suivaient ce chemin côte à côte dans la pâle clarté du matin qui dissipe les songes ténébreux d'une nuit griffée de questions. (Linked with our world tuesday)

samedi 22 mars 2014

Dormir pour oublier (15)


Voilà,
"Plus la désocialisation ou la maladie mentale sont fortes, plus le territoire se rétrécit et a tendance à se confondre avec l'enveloppe corporelle de l'individu. Au fil du temps les espaces fréquentés se restreignent et les endroits investis deviennent un moule du corps". D. Zeneidi-Henry in "Les SDF et la ville géographie du savoir-vivre"

jeudi 20 mars 2014

Happy birthday Vera Lynn

Voilà,
j'aime bien cette photo des petites anglaises et de leur copain, que j'ai prise sur l'esplanade de Chaillot il y a trois ans. Je la mets aujourd'hui en ligne parce que c'est l'anniversaire de Vera Lynn qui va avoir 97 ans. C'est une gloire nationale de l'autre côté du channel car pendant la seconde guerre mondiale, elle animait une émission destinée à remonter le moral des troupes britanniques. Sa chanson la plus célèbre est aussi au générique de fin de "Docteur Folamour" de Stanley Kubrick. Même si les anglais m'agacent lorsqu'ils jouent au Rugby, je ne peux m'empêcher d'aimer ce peuple (malgré Margaret Thatcher) à la fois pour sa tradition d'excentricité et pour l'attitude héroïque qui a été la sienne au début des années quarante. Et puis aussi pour les Beatles, les Stones, les Kinks, Chrissie Hynde qui est si spéciale et Mary Quant.

mardi 18 mars 2014

Arrivé trop tôt

Voilà,
arrivé un peu plus tôt que prévu, je vais traîner au CNIT qui fut le premier bâtiment construit à la Défense. A huit heures y passe la foule des cadres et employés qui vont travailler dans le quartier d'affaires. J'étais venu ici pour la première fois il y a longtemps, lorsque le CNIT était encore un hall d'exposition. Oui c'était vers 1969 ou 70 et se tenait là le salon nautique, et aussi le salon du jouet. J'étais enfant et j'imaginais que plus tard j'aurais peut-être un bateau à moi. Eh bien non. Dans les années 2000 l'espace intérieur a été réaménagé, et j'aime bien m'y retrouver parfois. Cet endroit me fascine je ne sais trop pourquoi. Peut-être à cause de cet hôtel dont les fenêtres donnent sur l'intérieur du bâtiment. C'est peut-être ça l'illustration du "cauchemar climatisé" dont parlait Henry Miller. Une architecture de prison pour le confort de cadres supérieurs et d'hommes d'affaires. Je constate d'ailleurs qu'on n'y trouve plus ces étranges fauteuils rouges que j'avais photographiés il y a quelques mois.

lundi 17 mars 2014

Nostalgie du clair obscur


Voilà,
"comment l’homme devient-il tragique ? Et qu’y gagne t-il ? On voit bien ce qu’il y perd : l’aisance, l’oubli, de doux malaises, de fades plaisirs, une tendre inconstance, une nausée presque heureuse, pas de vérité et pas de mensonge mais l’illusion de l’une et de l’autre, une vie mystifiée qui n’est pas une vie. Tout de même une vie d’apparences qu’on fait tout pour ne pas perdre. Mais l’homme tragique est celui pour qui l’existence s’est soudain transformée : de clair obscur elle est devenue à la fois exigence d’absolue clarté et rencontre d’épaisses ténèbres, appel à une parole vraie et épreuve d’un espace infiniment silencieux, enfin présence d’un monde incapable de justice et n’offrant que la décision de compromis, quand c’est l’absolu – et l’absolu seul – qu’il faut, monde inhabitable où il est nécessaire de demeurer. Pour l’homme tragique, tout s’est en un instant durci, tout est affrontement d’incompatibilité". Maurice Blanchot

samedi 15 mars 2014

Les ombres de la cinémathèque


Voilà,
dans le petit matin, longtemps elle marche dans un parc inachevé. Elle finit par trouver, à proximité d'un homme indifférent qui lit son journal, un banc sur lequel elle s'assied. Et elle pleure. Beaucoup. Encore et encore. Sans savoir exactement pourquoi. Si sa voiture avait démarré, peut-être ce jour aurait-il été semblable à tous les précédents. Non loin, les ombres de la cinémathèque glissent, indécises, dans le mirage d'une nuit américaine. 

vendredi 14 mars 2014

Un rêve d'air pur

 
Voilà, 
depuis deux jours le forsythia sur le balcon commence à fleurir. Pour moi, ses petites fleurs jaunes sont vraiment le signe que le printemps arrive. Et cette année il est particulièrement précoce. Le figuier du Mont St Michel, que m'ont offert Toune et Inès en mai 2006 bourgeonne aussi et fait ses feuilles. Mais jamais il ne m'a paru aussi difficile de respirer dans cette ville, pourtant si belle en cette saison mais très polluée depuis quelques jours. Ce matin j'ai repensé à l'air si pur tout en haut de la vallée de Swat. J'y avais alors éprouvé l'étrange sensation d'être en plusieurs lieux à la fois. Les odeurs m'évoquaient des paysages suisses, et je songeais qu'à mon retour en Europe il faudrait que j'aille plus souvent à la montagne. Bien sûr lorsqu'il m'était arrivé de croiser par hasard un berger pachtoune, enturbanné avec sa kalachnikov en bandoulière, j'avais alors réalisé l'absurdité de ma rêverie et la pensée de la paisible Suisse aussitôt s'était dissipée. Pourtant quand au détour d'un sentier m'était apparue cette modeste mosquée de bois si émouvante dans sa simplicité, je n'avais pu m'empêcher de l'associer au souvenir des chapelles de montagnes aperçues quelques années auparavant. Enfin tout ça c'était il y a fort longtemps. Nul doute que là-bas aussi les choses ont bien changé. Il est vraisemblable qu'on n'y vit plus aussi sereinement qu'alors. Mais où peut-on vivre sereinement aujourd'hui lorsque partout ce qui reste d'équilibre et d'harmonie est devenu si précaire et semble céder à une grande hâte de chaos ? Au fait, les abeilles butinent-elles encore dans ces hautes vallées ?  première publication 14/3/2014 à 10:55) 

mercredi 12 mars 2014

Le chat d'Irina


Voilà
J'ai bien vu lorsque j'ai répondu à sa demande qu'Irina était très déçue par mon dessin de chat. Heureusement, l'ordinateur n'était pas loin, et j'ai pensé à ceux de Siné, et pour remonter dans son estime je me suis empressé d'en recopier un à la main sur une feuille. Je crois que j'ai sauvé la face. Ensuite Irina l'a peint et décoré à sa façon et je le trouve vraiment très joli comme ça. Avec sa guirlande sur le museau c'est presque un chat peint de Noël.

lundi 10 mars 2014

Charlie et les ménines


Voilà,
quand je n'ai pas d'idée je me venge sur les chefs-d'œuvre. Je sais, c'est assez misérable et très mesquin. On n'est hélas pas toujours comme on souhaiterait l'être.
Au moins, ça occupe l'esprit, ça fait diversion

dimanche 9 mars 2014

Plus léger


Voilà,
ce n'est pas grand chose, juste des fleurettes sur un fraisier, mais bon cela suffit à redonner un peu le moral quand la joie s'est absentée,
quand il n'est de jour où l'intranquillité ne jette son ombre 
Allez ! écouter "greetings from L.A." de Tim Buckley et faire un peu de jardinage de balcon
comme si de rien n'était
comme si au monde les couleurs étaient toujours les mêmes
balancer quelques images à l'avance
on verra bien
et prendre chaque jour comme il vient 

vendredi 7 mars 2014

La Cabane du Gemmeur


Voilà,
c'est là, juste là que j'aimerais être. Près de la cabane du gemmeur. Ou dedans. Ou peut-être au temps de ce premier étonnement. Aux temps des rêves suscités par la cabane. La première que j'ai vue — ce n'était pas celle-là — fermée, impénétrable, mais une autre tout aussi semblable. J'ai tourné autour d'elle. Je regardais l'intérieur par les carreaux sales. Outils entreposés, et tous les petits pots destinés à recueillir la résine. Mais aussi table et vaisselle. Et c'était tout à fait irréel pour le regard d'un enfant. Je n'avais pas lu de contes, mais j'avais entendu parler de cabanes au fond des bois. Et du danger aussi, souvent tapi en de tels endroits. La crainte d'être surpris (il faudrait que je parle un jour du père Robineau qui vivait dans la forêt). Oui, ça aussi c'est un de ces lieux poignants, comme celui-ci ou celui là ou cet autre encore. Comme le cabanon du Clos ou celui des Avals rebâtis par Gérard. Le printemps revient. La nature me manque. Je pense à ce poème de Théophile Gautier que l'on apprenait forcément là-bas à l'école :

On ne voit en passant par les Landes désertes,
Vrai Sahara français, poudré de sable blanc,
Surgir de l'herbe sèche et des flaques d'eaux vertes
D'autre arbre que le pin et sa plaie au flanc

Car, pour lui dérober ses larmes de résine,
L'homme, avare bourreau de la création,
Qui ne vit qu'aux dépens de ce qu'il assassine,
Dans son tronc douloureux ouvre un large sillon !

Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,
Le pin verse son baume et sa sève qui bout,
Et se tient toujours droit sur le bord de la route,
Comme un soldat blessé qui veut mourir debout.

Le poète est ainsi dans les Landes du monde ;
Lorsqu'il est sans blessure, il garde son trésor.
Il faut qu'il ait au cœur une entaille profonde
Pour épancher ses vers, divines larmes d'or !

Pour ma part, j'ai toujours trouvé la fin du poème un peu pompeuse et la métaphore plutôt lourde, mais j'aime particulièrement le dernier vers de la première strophe et la deuxième strophe dans son entier. La forêt landaise a été pour moi quelque chose de particulièrement émouvant, de l'ordre d'une révélation, et la nuit parfois je rêve que je m'y promène comme aux premiers jours de ma vie là-bas... 

jeudi 6 mars 2014

Monsieur Ramirez et sa femme se donnent du bon temps


Voilà,
les enregistrements pirates de conversations de l'ex-président et de son entourage réalisés par son ancien conseiller politique aux sympathies avérées avec l'extrême droite (il a été rédacteur du torchon fasciste "Minute") et que le "Canard enchaîné" et le site atlantico.fr portent à notre connaissance, donnent un éclairage cru, sur la vulgarité et le cynisme de ces gens qui étaient précédemment au pouvoir. Si l'on n' a pas lieu de se réjouir de qui nous gouverne aujourd'hui, ils nous rappellent cependant que c'est bien de ça dont nous voulions nous débarrasser. Mépris, tendance au népotisme (sa tentative pour placer à la tête du centre d'affaire de la Défense son fils Jean dont l'indigence intellectuelle n'est plus à démontrer, en fut la preuve), prévarication, prise illégale d'intérêts, leur vision de la démocratie fait penser à celle des potentats africains ou des dictateurs d'Europe de l'Est. La désinvolture avec laquelle sont traitées les affaires de l'état, l'incompétence des conseillers, la brutalité des jugements, le peu de considération du travail des ministres, tout cela laisse songeur. On imagine sans peine ces deux là prendre, pour peu qu'on leur en eût donné les moyens, le pli du couple Marcos qui sévissait dans les années soixante-dix et quatre-vingts aux Philippines. C'est bizarre, j'ai aussi souvent pensé en voyant Monsieur et madame Ramirez, à ce couple formé par un autre Nicolas (roumain lui) et à sa femme. Je me souviens qu'au spectacle pathétique et misérable de leur fin, je n'avais rien ressenti. Cette exécution sommaire bien sûr fabriquait du silence et visait sans doute à protéger les comploteurs qui vraisemblablement avaient léché leurs gamelles, mais au fond cela était à la mesure de ce qu'ils avaient suscité. Oups! je dois chasser ces vilaines pensées qui me traversent l'esprit. Ce ne sont que des impressions fugitives et confuses... Allez, santé Monsieur et madame Ramirez! Méfiez vous tout de même de vos amis, il est fort probable qu'ils vous ressemblent....

lundi 3 mars 2014

The happy show (mon cul)


Voilà,
en fait je suis tombé dans le panneau. Je suis allé voir cette exposition intitulé "the happy show" du designer Stefan Sagmeister (soit dit en passant je n'aimerais pas être autrichien et avoir de telles initiales). J'y ai même entraîné ma fille, ainsi que S. et ses enfants. J'en suis sorti particulièrement agacé. Mais bon, réduire le bonheur à un show, déjà, j'aurais dû me douter qu'il y avait une embrouille. Tout ça est tellement symptomatique du monde où nous vivons, de notre occident post-moderne où la pensée dominante tend de plus en plus à se réduire à quelques slogans débiles, à des maximes plus ou moins moralisatrices, à une communication sommaire, celle du tweet, du pitch, du spot de l'accroche. Un monde où l'on suggère par exemple à des étudiants de présenter le sujet de leur thèse en trois minutes en étant le plus fun possible au principe désormais établi "qu'on juge d'abord une personne avant de juger un contenu" (dixit Nicolas Beck sous-directeur du service culture scientifique et technique de l'université de Lorraine). Mais revenons au "happy show" : dans le public des jeunes gens photographiaient avec leur smartphone des messages inscrits sur les murs jaune vifs de l'expo comme s'ils étaient parole d'évangile et le fruit d'une réflexion profonde. "On a vraiment l'impression de se promener dans un ouvrage de développement personnel" en a très vite et fort justement conclu S. Par exemple étaient écrites à la main des phrases telles que "Si je ne demande pas, je n'obtiens pas" ou encore "Mon ami Marian dit que la véritable clé de mon bonheur serait d'arrêter de me préoccuper de mon propre bonheur et de me préoccuper de celui des autres" ou "Sois plus souple" et en dessous "je suis capable de me concentrer correctement ce qui va de pair avec un inconvénient considérable : une fois que j'ai emprunté une certaine direction il m'est difficile d'en changer. Je m'en suis souvent tenu à un programme, en me disant que le modifier ensuite serait fantaisiste, que ça dénoncerait un manque de caractère alors qu'en réalité je manquais simplement se souplesse" Putain, ça c'est du jus de bulbe. Et pourquoi pas "Sois plus souple tu pourras te sucer le gland et être autosuffisant" ou "Jeûne pour te faire moins chier dans la vie". Mais justement, je suis dans le faux quand je concocte ces deux slogans bidon. Car cette exposition est réalisée par un designer de pub, et elle utilise les moyens de la pub qui s'adresse aujourd'hui au consommateur à la première personne du singulier ("L'Oreal parce que je le vaux bien"). Le principe de la publicité aujourd'hui est de se mettre à la place de celui à qui s'adresse le message. On n'est plus dans l'injonction, mais dans la suggestion par l'exemple, dans la persuasion sournoise. Il ne s'agit plus de consommer un produit par ce qu'il est hypothétiquement bon, mais parce qu'il fait de toi un individu autre, différent, mais cependant semblable à tous ceux qui adhèreront à ce même message, et donc un individu moins seul et identifiable à un réseau (celui de ceux qui pensent pareil, qui ont le même identifiant, qui aiment, "likent" la même marque). Autrefois on t'incitait à adhérer à une cause, une organisation, un parti, maintenant il faut adhérer à un message faire corps avec lui, plus justement l'incorporer de sorte que l'on devienne aussi insidieusement ce message. Les habits deviennent des enseignes ou s'affichent en gros le logos ou le nom de la marque transformant en quelque sorte ceux qui les portent en enseigne ambulante, en valets. Et c'est de ce despotisme fourbe que relève cette publi-exposition. Si je fais ce qu'on m'on recommande je deviens un individu capable de vivre dans ce monde ignoble en m'adaptant sans me rebeller avec toutefois l'impression d'être quand même un être pensant. C'est par exemple la logique de Benetton qui prétend fabriquer "des images symboliques, avec (je cite) une touche d'espérance ironique et de provocation constructive pour promouvoir une réflexion sur la manière dont la foi, la politique, les idées même si elles sont opposées et diverses, peuvent amener au dialogue et à la médiation". Voilà, le "happy show" s'apparente à ce discours publicitaire qui prétend avoir un rôle moral à jouer. Lecteur assidu de Beckett Thomas Bernhard et Cioran (celui qui justement à propos du bonheur notait "il est tellement rare parce qu'on y accède qu'après la vieillesse, dans la sénilité, faveur dévolue à bien peu de mortels", ce prêchi-prêcha agrémenté de clips, de jingle visuels illustrant ces fulgurantes épiphanies qui feraient presque passer Philippe Delerm pour un penseur subtil, m'a bien vite gonflé. Le coup de grâce fut bien évidemment la sortie où l'on expose à la vente les produits dérivés de l'exposition des fois qu'on n'aurait pas tout retenu. On pourrait pourtant faire des trucs intéressant à partir d'un tel matériau. Y promener des SDF, ou des chômeurs de longue durée, ou des salariés victime de harcèlement au travail, et puis leur suggérer des commentaires, ou encore y balader de ces personnes irradiées par des appareils médicaux, ou encore les employés d'usine qui des années durant ont été exposés aux poussières d'amiante, inviter les petits vieux avec 400 euros de retraite par mois, les filles de banlieues qui se font balancer de l'acide au visage parce qu'elles veulent juste ne pas se soumettre aux petits caïds de leurs cités, les survivants des camps de transit africains enfin bon j'arrête là cette liste mais vous pouvez la continuer si vous voulez et puis leur offrir ensuite le livre "Économie du bonheur" 

dimanche 2 mars 2014

Dans le tremblement


Voilà,
cette sensation étrange de vivre dans un monde contaminé par la déraison où la volonté de puissance de quelques uns régit le cours des événements. Sans doute en a-t-il toujours été ainsi, mais aujourd'hui tout se voit, tout semble terriblement proche. Les ukrainiens d'aujourd'hui ressemblent terriblement aux tchèques de 1938, les grecs de 2014 sont, comme l'écrit Panagiotis Grigoriou peu différents de ceux de 1942, et depuis quelques années les syriens semblables à tous ceux qui de tout temps ont été affamés massacrés dans l'ignorance où le reste de la planète était alors tenu. Aujourd'hui dans l'indifférence générale, mais sous l'œil des caméras et racontée par des reporters dont il semble souvent qu'ils pourraient aussi bien nous commenter un marathon ou le carnaval, c'est la même histoire qui recommence, à cela près que tout se sait dans l'instant, et que tout nous est montré comme un spectacle. Aujourd'hui, la guerre menace un pays où depuis trente ans 16 000 décès par an sont la conséquence de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, un pays où, afin de protéger le réacteur endommagé des intempéries et d'éviter tout rejet radioactif dans l'environnement (source "Le Monde"), l'on construit une enceinte de confinement avec le financement conjoint de l'Ukraine et d'un fonds international administré par la banque européenne et dont le coût s'élève à 1,5 milliards d'Euros. Ainsi c'est avec effroi et dans le tremblement que l'on se tient au bord du chaos, songeant, pour toutefois se donner une vague contenance à la fable du pessimiste et de l'optimiste. Mais bon, les temps sont bien amers tout de même.

samedi 1 mars 2014

One for Walter


Voilà,
celle-ci pour Walter qui depuis quelques jours semble développer une nouvelle thématique. Je me rappelle que dans le film "Les disparus de St Agil" le squelette de la salle de sciences naturelles s'appelle Martin, et que, chaque fois qu'ils passent devant, les élèves membres de la société secrète des "chiche capon" lui adressent un petit signe pour le saluer mais je ne me souviens plus lequel ah si ça y est j'ai retrouvé, ils mettent les mains de chaque côté de leur tête, le pouce appuyé sur la tempe et plient les phalanges tout en se penchant légèrement en avant je crois.  
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vendredi 28 février 2014

L'homme qui téléphonait rue Christine


Voilà,
j'écris souvent que je devrais ralentir le rythme, et cependant quelque chose me pousse à tricoter mes petites chroniques en dépit du temps qui manque pour tout et particulièrement pour des tâches plus sérieuses et concrètes auxquelles je devrais me consacrer. Je ne sais pas si c'est par nécessité intérieure, pour conjurer une certaine peur, ou autre chose que je ne puis formuler, mais une image en appelle une autre qui à son tour réclame son lot d'explications en même temps qu'elle fait ressurgir des figures anciennes ne se laissant pas oublier. Bref, rue des Grands Augustins il y avait donc la vieille dame traversant la rue, mais aussi non loin, ce type en train de téléphoner, adossé au mur et prenant le soleil au coin de la rue Christine. Sa silhouette me rappelait celle d'Arnold Bauwens, qui avait été autrefois dans la même classe que moi en terminale au collège Stanislas. Oui, j'ai passé une année de terminale dans ce distingué collège catholique où sévissaient en toute impunité quelques prêtres et surveillants pédophiles, où nombre d'élèves appartenaient à des groupuscules fascistes, et dont la majorité de la population était issue de la grande bourgeoisie traditionaliste catholique. Mes géniteurs peu fortunés mais qui voyaient des communistes partout alentour et surtout au lycée Montaigne tout proche, trouvaient que c'était là un endroit parfaitement sécurisé où je pourrais m'épanouir dans l'ordre et la discipline. Il y avait donc dans ma classe ce type, Bauwens, d'origine belge, fils de diplomate sans doute, qui venait du Vésinet chaque matin dans sa Jaguar. Il fumait des Pall Mall rouge sans filtre, possédait paraît-il chez lui une Gibson, portait une veste verte en velours, avec des motifs Paysley très discrets. Ce type, grand, blond aux yeux bleus, était d'une distinction et d'une beauté foudroyantes, un peu comme Bowie dans sa maturité. Il était toujours flanqué d'un garçon pas très haut, nommé Alain Thiébaut sosie parfait de Mick Jagger. Nous passions avec deux ou trois autres pour des anticonformistes, car nous avions les cheveux un peu plus longs, des idées guère en vogue autour de nous et ne lisions pas les mêmes journaux. Et à part celui d'Arnold Bauwens notre style vestimentaire plutôt relâché pour l'établissement quoiqu'il ressemblât à celui de la plupart des jeunes gens de notre âge qui marchaient dans les rues du quartier latin, suscitait souvent des remarques agacées de la part de certains de nos professeurs. Mais sans être particulièrement brillants, nous étions de bons élèves, et cela nous donnait une certaine latitude. Je me souviens qu'un samedi soir, dans ce bar de la Madeleine qui s'appelait "La rhumerie" alors que Didier F. nous avait invités Agnès, moi, et Dominique D. une jeune québécoise que les parents d'Agnès hébergeaient depuis quelques temps à Paris, et sur laquelle Didier avec quelques vues, nous avions par hasard rencontrés Arnold et Alain. Lorsque Didier avait donné le signe du départ il nous avait semblé bon de le laisser seul conclure une affaire qui semblait s'être bien engagée, d'autant qu'Arnold s'était proposé de nous offrir un verre et de plus tard il nous raccompagner dans sa superbe automobile, ce que bien sûr nous avions accepté sans détour. Après le bac, j'ai perdu de vue tous ces gens. Un jour, toutefois, repensant à Bauwens, j'ai effectué quelques recherches sur le net. Je n'ai pas trouvé grand chose : une information d'un journal anglais daté d'octobre 1992 où l'on évoquait une certaine Mme Bauwens, mère d'une enfant de trois ans, productrice de films, fille de Jaweed Al Ghussein, président du fonds national palestinien et membre du comité executif de l'OLP, divorcée à cette époque d'Arnold Bauwens dont on ne disait rien de plus, sinon qu'il était belge. Je suis aussi tombé sur un article déclinant sommairement le profil d'un certain Arnold Direk Felix, de nationalité belge, né en 1955 ayant travaillé en tant que banquier d'affaire d'avril 94 à septembre 1996 pour l'entreprise Bauwens limited sise au 52 Park Road à Camberley, Surrey dont le statut a été dissous fin 96. Rien d'autre. Je ne sais s'il est encore de ce monde.

mercredi 26 février 2014

Les extraterrestres


Voilà,
"A deux heures du matin, sous les étoiles que personne à cette heure ne regarde, les voyageurs d'outre-espace sont descendus du ciel froid et trans­parent de janvier. Comme un météore, la plate­forme tournant sur elle-même s'est posée sur les broussailles de Castel Fusano. Sur le disque, assis, couchés, se tiennent les extra-terrestres, en éveil, les yeux étincelants ; ce sont des chats, gris, plus gros que les chats humains. Arrivés sur la Terre, ils descendent du disque, pissent et flairent dis­traitement les buissons inconnus ; puis ils retour­nent sur la plate-forme. Les oreilles dressées, soup­çonneux, ils écoutent le bruit d'une automobile qui passe sur le boulevard Christophe-Colomb, jusqu’à ce que la voiture se soit éloignée avec ses ridicules petits yeux rouges allumés au derrière.
Les voyageurs d'outre-espace ont envoyé leurs ambassadeurs à Rome : ils veulent conférer avec les chats de la capitale. Arrivés au périphérique, les ambassadeurs voient pour la première fois l'espèce dominante : deux agents de la police de la route.  Indifférents, les extra-terrestres passent à côté des agents sans les honorer d'un regard, et sans être honorés d'un regard, car les agents ne font pas mine de voir la gent féline. Au Panthéon et place Vittorio les ambassadeurs sont accueillis par les terrestres avec un enthousiasme mêlé d'ef­froi. Le bruit se répand, arrivent les chats des quartiers du centre, puis ceux de la banlieue ; tous, une longue colonne de queues brillantes, se diri­gent par le boulevard Christophe-Colomb vers Castel Fusano, insoucieux du froid, agiles et noc­turnes, mâles et femelles. Les rues sont encore désertes ; personne ne les voit passer, conduits par les extra-terrestres dont les têtes grises et orgueil­leuses dominent la docile foule émerveillée.
A mesure qu’ils arrivent au lieu du rendez-vous, échauffés par la promenade insolite, les chats terrestres s'assoient autour du disque ; les plus éloi­gnés montent dans les arbustes dépouillés du domaine solitaire. Des milliers d'yeux scintillent dans l'obscurité, fixés sur les voyageurs d'outre-espace, qui, olympiens, lissent leur fourrure grise sur la plate-forme de métal poli. Les plus serviles parmi les terrestres ronronnent bruyamment. Il est six heures du matin, Mars semble une larme rouge sur la joue de la nuit, dans le silence d'une pureté de cristal le chef des extra-terrestres communique son message aux terrestres. C'est un message très bref ; aussitôt après, le disque se remet à tourner sur lui même et s’élève vers le ciel, puis disparaît. Sur la gelée blanche de l’aube, par petits groupes dispersés, les chats terrestres, ragaillardis, retournent à leur cité millénaire" J. Rodolfo Wilcock

mardi 25 février 2014

Frais, joyeux et convivial


Voilà,
je n'ai jamais pris à Paris le bus numéro 29 dont le terminus est la porte Montempoivre que je suis d'ailleurs incapable de situer. Je n'ai jamais vu non plus, quoique l'on m'en ait souvent parlé le film "Fanny et Alexandre" de Bergman qui paraît-il est très bien et même m'a-t-on dit son meilleur (pourtant j'en ai regardé plein des Bergman), mais je me suis néanmoins une fois dans ma vie rendu au Centre d'Art Contemporain de Brétigny-sur-Orge, Espace Jules Verne, un endroit frais joyeux et convivial, qui, s'il n'incite guère à la contemplation invite néanmoins à méditer sur la forme que peuvent parfois prendre nos rêves.
première publication 25/02/2014 à 10:33

lundi 24 février 2014

Pas reconnue


Voilà,
cette femme si arrogante au temps de sa splendide jeunesse promenait alors une beauté dont elle savait fort bien et très souvent tirer profit. Mais, désormais flétrie par les ans et sa propre méchanceté,la voici devenue aigrie et plus amère encore maintenant qu'elle n'est plus convoitée. De son visage boursouflé par l'alcool et les antidépresseurs dardent deux petits yeux noirs comme des oursins. À cet homme auquel autrefois elle ne concédait qu'une considération distante et dédaigneuse elle en veut aujourd'hui de ne pas l'avoir immédiatement reconnue. Et le regard plein d'acrimonie qu'elle jette sur la jeune femme qui l'accompagne est si éloquent que cette dernière se sent — bien que ne la connaissant pas — aussitôt contrainte de préciser avec une insolence qui fait honneur a sa génération "Ne vous inquiétez pas je suis seulement sa nièce".

samedi 22 février 2014

jeudi 20 février 2014

Trichotillomanie et autopromotion


Voilà,
c'était en 2010, à l'orangerie des Tuileries. Après avoir en compagnie, de Cathy ma cousine, sa copine Karine, et ma fille visité l'exposition Paul Klee, nous sommes ensuite allés voir les collections permanentes où sont accrochés quelques beaux Picasso de différentes périodes. La vision de ce face-à-face m'a amusé et j'ai souhaité la retenir. Picasso d'ailleurs suscite souvent de curieux rapprochements. Je me souviens aussi avoir fait une série, où je transformais un tableau de la période rose en une représentation plus cubiste et destructurée. Je mettrais ça peut-être en ligne un jour. De toute façon ça serait bien que je ralentisse la cadence dans les prochaine semaines. Pour ceux que ça intéresse il y a déjà tant à lire et à regarder. Certaines photos ont été si peu vues. Celle-ci par exemple. Ou celle-là. Ou cette autre encore... Et je ne parle pas des textes. Il y a celui-ci que j'aime particulièrement, peut-être parce que je l'ai improvisé en peu de temps mais surtout parce qu'il s'accorde bien à l'image et qu'il constitue à mes yeux une tentative réussie de ce que je souhaitais faire avec ce blog n'y parvenant malheureusement que de temps à autre.

mercredi 19 février 2014

Signalétique


Voilà,
au Musée d'art Moderne, il y a quelques jours,  j'ai aperçu cette signalétique sur un mur, qui m'a laissé un petit moment assez perplexe, avec sa barre rouge oblique qui évoquait vaguement un Malévitch. Un artiste avait-il inventé une série de panneaux incongrus, ou bien cela faisait-il partie de l'œuvre elle même ? J'ai fini par me renseigner auprès du gardien de la salle qui m'a expliqué que la sculpture exposée à proximité était composée d'aimants et que pour cette raison il était déconseillé aux gens munis d'un pacemaker de s'en approcher. J'ai aussitôt songé que cela ne devait pas être non plus très bon pour les smartphones et les appareils photos électroniques, et qu'il n'y avait pas pour autant d'avertissement approprié. (shared with signs signs)

samedi 15 février 2014

La Gâchette


Voilà,
c'est un grand midi. Il fait chaud, sec. Les moutons embrochés, grillent et tournent en rissolant au-dessus du trou où plus tard on aura enfoui leurs carcasses. L'odeur de la viande qui cuit se mêle à celle du cuir graissé des ceinturons et des holsters, à l'odeur âpre des hommes debout autour du méchoui, et au parfum des épices et des mimosas qui flotte dans l'air. Les femmes sont là aussi, entre elles, mais un peu à l'écart, comme de grandes tâches de couleurs chatoyantes et gaies dans ce monde kaki. Amples et décolletées, leurs robes et leurs jupes sont pour la plupart ornées de motifs fleuris. Pendant qu'elles parlent entre elles, l'enfant cherche un abri dans les ombres qu'elle font, respire leurs fragrances, parfums de métropole, que gagne peu à peu l'odeur du graillon. Il se tient dans leur proximité. Ce n'est pas difficile pour lui. Elles l'aiment bien. Elles trouvent qu'il est un gentil petit garçon. Elles aiment bien sa façon d'être là sans les déranger. C'est pour ça que c'est un gentil petit garçon. Certaines lui passent la main dans les cheveux, le complimentent, se préoccupent de savoir s'il ne s'ennuie pas. Non il ne s'ennuie pas. Il est à hauteur des sexes. Où se joignent les cuisses, de mystérieuses senteurs se nichent et s'exhalent, âcres et capiteuses. Pour rien au monde il ne voudrait être surpris à regarder (bien que l'envie l'en fasse frissonner) sous les jupes des femmes. La honte ainsi qu'une sévère réprimande pourraient sanctionner cette curiosité. Alors, il observe - car elles suent elles aussi - les auréoles qu’il voit grandir à l'endroit des aisselles sur la matière synthétique de leurs chemisiers. Il ne se lasse pas des gestes qu'elles font, de cette façon qu'elles ont de décoller le tissu qui adhère à leur peau avant de l'agiter discrètement, afin de donner un peu d'air à leur poitrine. Ou bien encore, cette manière de tirer sur une bretelle de soutien gorge pour, l'air de rien, de ne pas y toucher, se soulager de la pression de l'élastique. Comme ce sont des femmes de militaires, elles se racontent, un verre de Martini ou d'anisette à la main, des histoires de femmes de militaires. L’enfant semble comprendre que certaines, parmi elles, ont de plus en plus peur ; "les événements" se multiplient. Les attentats aveugles, les embuscades. Lui se sent d'un autre monde. Il va de groupe en groupe. Et comme les hommes autant que les femmes, l'acceptent dans leurs cercles, il rejoint ceux qui ont des képis blancs et des yeux clairs. Il est fasciné par leurs nuques rasées, leurs peaux tannées, leurs avant-bras rougis par le soleil, où des sigles parfois sont dessinés à l'encre sombre. La force qui se dégage de ces corps musclés et virils, où l'on devine parfois de curieuses cicatrices, le rassure. D'autres comme le père ont un képi noir. Leurs canettes de bière à la main, ils parlent fort, rigolent en se donnant du coude ou en se balançant quelques vigoureuses bourrades dans le dos. Tous ces hommes sont dignes de confiance. Ce sont tous des guerriers. Ils défendent cette terre, ils la défendent, ce sont tous des amis, c'est son père qui le lui a dit. Avec eux il ne craint rien. Ils l'aiment bien. Ils lui offrent de l'orangina qu’il boit au goulot comme eux le font avec leur bière. Dans leur compagnie, il trouve aussi de l'ombre, tout en continuant, de loin, à regarder les jambes des femmes, leurs mollets, leurs chevilles. C'est bien. On est entre soi. Entre européens. Parfois il entend le rire de son père. Il a toujours eu honte de ce rire associé au bruit du moteur de ce camion militaire qu’on appelle GMC, lorsqu’il démarre. Bientôt l'après-midi tire à sa fin. Il ne reste plus rien du mouton. Rien. Mais la forte odeur de méchoui demeure sur les doigts graisseux. La voracité des hommes et des femmes a fait son office. Passablement éméchés, ils ont encore envie de s'amuser. A présent ils invitent leurs femmes à les suivre vers une petite cour carrée, exigeant néanmoins qu'elles se tiennent à distance. Ils s'alignent face au mur. Son père lui aussi sort son arme. A l'Enfant qui s'en est retourné du côté des femmes le Père dit que, s’il le veut, il peut venir le rejoindre. Alors l’enfant s'extrait du groupe des femmes pour retrouver son père parmi les hommes. Il est fier. Debout parmi eux. Pendant ce temps le père s’est accroupi derrière lui de sorte que sa tête se trouve au niveau de celle de l’enfant. Avec ses cuisses il maintient les jambes de son fils. Il met son arme dans ses mains. Non sans appréhension, l’enfant serre l'arme avec ses petites mains. Sa main gauche tient la crosse. Le majeur de sa main droite sur la gâchette, l'index le long du fût, comme pour indiquer la direction. Les grosses mains du père enserrent les mains du fils, son majeur posé sur celui de l’Enfant. Le père tient l’Enfant qui tient l'arme. Mais le sentiment de puissance et de possession est passé dans le corps de l’Enfant. Bientôt l’Enfant sent le doigt de son père exercer une pression sur son doigt à lui, de sorte que c’est son propre doigt qui appuie sur la gâchette. Assourdissant vacarme de la détonation. L'effroi soudain du corps surpris par l'effet de recul. Le rire du père dans le dos du fils. Un rire fier et des paroles d'encouragement. Applaudissement des adultes groupés autour de l’Enfant pour l'acclamer. Ils disent bravo. Ils disent voilà un homme. Mais surtout il y a les cris de l'autre côté du mur sur lequel tout à coup, en rigolant, les autres guerriers tirent à leur tour. Derrière il y a des femmes. On les appelle les folles. Elles sont parquées dans une enceinte. Elles hurlent de terreur. Et la terreur redouble à présent que tout le monde tire. L’Enfant aussi veut sa part de cris. Il dit "encore, encore". L'odeur de la poudre est plus excitante que celle de la viande. Sifflement des balles. Cliquetis des chargeurs qu'on éjecte ou qu'on enclenche dans la crosse. Le geste est sec, précis. A présent, encouragés par leur femmes endimanchées les hommes insultent en hurlant celles qui braillent de l’autre côté. Et soudain une irrépressible honte submerge l’Enfant. Les yeux embués de larmes il se mord la lèvre inférieure, ne veut pas crier. Tout à coup le ciel chavire dans son regard. Ne pas tomber, non ne pas tomber.

mercredi 12 février 2014

Juste apercevoir



Voilà,
c'est une attention distraite et flottante que je porte désormais sur les choses. Non qu'elles ne m'intéressent, mais je ne les vois plus tout à fait. La réalité perd de son grain, devient floue et parfois lointaine. Quant aux lieux propices à la réflexion, à la stimulation intellectuelle, je les parcours plus que je ne les visite. Bien sûr ils éveillent encore ma curiosité, mais ce que j'y cherche surtout c'est un état, une disponibilité, une forme de vacance, d'égarement, d'errance qui me permet de voyager à peu de frais dans un espace sinon peuplé, du moins habité. Ainsi dans les musées je ne me sens pas seul, même si la possibilité d'échange y est quasi nulle. Je ne m'y rends plus pour voir ou regarder, mais juste pour apercevoir. "Ne plus s'agiter, mais effleurer" disait je crois Rousseau dans "Les rêveries du promeneur solitaire". Donc j'effleure, je frôle, je butine je grappille.... L'esprit du papillon toujours m'accompagne. 
 (première publication 12/02/2014 à 18:46)

lundi 10 février 2014

Le lieu d'une hésitation

Trois-Rivières, Guadeloupe 2010
Voilà,
j'ai longtemps attendu à cet endroit en me demandant quelle option je devais choisir. Je m'étais fixé un objectif que je ne pouvais atteindre. J'avais raté un bateau. Il me semble bien aussi avoir éprouvé là une certaine lassitude à n'être qu'un marcheur solitaire, à éprouver exactement les mêmes sensations qu'à 18 ans et sans doute alors ai-je pensé que je n'avais pas beaucoup avancé dans l'existence. Envisagé peut-être aussi de visiter un musée et y avoir renoncé. Fini par me consoler en enregistrant ce contraste entre le dessin géométrique sur l'asphalte et la sauvagerie de la nature. Ma situation était absurde, (peu probable que quelqu'un passe à cette heure là) mais mon corps éprouvait depuis quelques jour des sensations nouvelles sous ce climat et devant tant de beautés offertes aux sens. Seulement je n'avais personne avec qui partager. A cause du sentiment de solitude j'ai pensé à Cary Grant dans "North by Northwest" lorsqu'il attend son car. Mais le paysage valait mieux qu'un champ de maïs. Face à moi, la montagne. Dans mon dos, la mer et les îlots de l'archipel des Saintes.
linked with skywatch friday

vendredi 7 février 2014

Cigarettes Florida



Voilà,
pour continuer sur l'humeur du précédent envoi mieux vaut sans doute se contenter de petits riens comme le suggère la chanson. D'ailleurs ces billets régulièrement postés sur le net et les images qui les accompagnent en sont aussi à leurs façon. Ces simples moments de divertissement constituent une tentative d'exorciser la hantise du gouffre où pourrait s'abîmer une illusoire idée de soi. Ils ne sont que pour neutraliser l'inquiétude fatiguée de celui qui veut demeurer vigilant dans sa lente dérive à travers l'instable réalité. Oui "petits riens" comme ce mur photographié il y a longtemps à Alger, témoignant d'une réalité encore plus lointaine où, à la terrasse d'un café, on partageait entre amis des moments insignifiants. On buvait de l'anisette, on fumait des cigarettes Florida. Et l'on ne voulait surtout pas voir le monde changer, ou bien le voyait-on peut-être, mais en s'efforçant de ne pas y croire. Mais les colonies ont quand même bien fini par s'émanciper. Aujourd'hui c'est le modèle économique culturel et social de l'Europe qui se délite, et nous assistons résignés à cela en espérant que cela n'arrivera pas jusqu'à nous. (Linked with Monday murals)

jeudi 6 février 2014

Entre chien et loup


Voilà,
dans cette lumière à cet endroit la sensation de n'être presque rien et de compter pour pas grand chose, Mais après tout n'y a-t-il pas quelque présomption dans le fait de vouloir absolument prétendre à quoique ce soit. Et puis elle est revenue cette peur. Soudaine et envahissante. Revenue de si loin. Les pitreries l'avaient tenue éloignée. Pour un temps. Cela n'a pas suffi. Il n'est pas nécessaire d'en parler. Repartira peut-être. Ou pas. (linked with skywatch friday)

mercredi 5 février 2014

une vieille parisienne


Voilà, 
ce n'est pas une photo d'actualité. Je l'ai prise un matin de Novembre 2008. Je me souviens de l'état dans lequel j'étais. La lumière était belle. On allait, quelques jours plus tard, commencer les répétitions avec Michel et Odile. Je me sentais relativement insouciant. Je me promenais, comme à vingt ans dans les même lieux, et il y avait cette sensation rassurante que peu de choses avaient changé, une sensation de stabilité de pérennité. J'ai passé un bon moment rue des Grands Augustins à l'angle de la rue Christine. En voyant passer cette vieille dame, j'ai eu l'impression que je pouvais prendre une photo vraiment "parisienne". C'était une idée absurde à la réflexion. Quoiqu'il en soit je ne sais pas trop pourquoi, je l'aime encore bien. Je me demande si cette vieille parisienne est encore de ce monde. 

lundi 3 février 2014

Inéluctable

Rue de Turenne, Décembre 2012
Voilà,
bien sûr ça ne me laisse pas tout à fait indifférent, mais on m'annonce ça un jour où des milliers de connards de son espèce répandent leurs slogans nauséabonds dans les rues de ce pays je ne vais tout de même pas céder à la compassion je n'en ai pas. "Il n'a plus toute sa cohérence" me rapporte-t-on. Elle est bonne celle-là. Ça fait des décennies qu'il l'a perdue, si tant est qu'il y ait jamais eu quelque chose de cohérent au cours de cette existence, dans les propos qu'il a pu tenir. Des années qu'il navigue entre démence et connerie, arborant comme une fourragère sa sottise crasse. D'ailleurs, la nuit, à ce qu'il paraît, dans son délire il braille des chants militaires. Je ne vais tout de même pas avoir de la peine. Simplement ça y est, ça passe, il passe. Mais les ravages, ils sont là, et ça rien n'en effacera les traces. J'ai tenu bon, j'ai tenu. Moi, il ne m'a pas détruit. Je ne cèderai pas maintenant, même au cœur de cette grande fatigue. Il n'en est pas question. La distance que je n'ai pu établir en pensées je l'ai mise dans l'espace et dans mon silence. Je la maintiens. 

vendredi 31 janvier 2014

L'annonce faite au mari


Poupées, Avignon, Été 2013
Voilà,
au matin assis sur la lunette des chiottes, il avait découvert le truc bien en évidence au-dessus de la pile de journaux entassés sur la tablette lui faisant face. Oui, dans cette posture stupide, ce passage obligé qu'il détestait, bien qu'évidemment il en éprouvât la plupart du temps - c'était quand même bien là la fonction assignée par la nature à cette opération - un vif soulagement, quelquefois même un certain plaisir. Cependant, lui répugnaient les exhalaisons fétides que parfois son corps laissait échapper autant que ces sonorités grotesques qu'il ne parvenait à maîtriser. Elles le renvoyaient à des hontes enfantines et à une animalité dont il s'accommodait difficilement, mais bon il faut bien vidanger n'est-ce-pas. Petit garçon, il s'était étonné que cette inévitable proximité avec la merde pût à ce point amuser et même réjouir certains de ses camarades. Adulte il regrettait que cet orifice ne fût pas simplement un organe sexuel de plus qui offre aux hommes l'étrange sensation d'être pénétré et aux femmes l'apaisante certitude de ne pas tomber enceinte. Et justement cette espèce de spatule bleue et blanche qui ne ressemblait à rien de connu lui semblait en la circonstance particulièrement suspecte. Une brève et soudaine diarrhée, le secoua. La tête lui tournait. Il avait dans l'instant même compris détesté et réfuté de toutes ses forces cette chose à venir. A cause de ça, de la façon dont elle lui était révélée. Que, pour une raison ou une autre, son épouse fût incapable de lui annoncer l'événement, ou bien qu'elle souhaitât de la sorte lui en faire la surprise, tout cela manquait de style et d'élégance. Dans les chiottes, il apprenait ça dans les chiottes. Eh bien merde alors. Et de nouveau la caque en rafale lui gicla du cul. Il ne voulait absolument pas d'une paternité ainsi révélée. Même s'il n'était pas la vierge, il avait d'autres images d'annonciation en tête et sans réclamer l'ange Gabriel se sentait en droit de revendiquer tout de même quelques égards c'est vrai quoi. Les semaines qui suivirent furent terriblement tendues. Emmanuel Marselan s'octroya dans le sud de la France quelques jours de congés et c'est dans les senteurs de mimosas, qu'il apprit la nouvelle qui le soulagea. Sa femme avait fait une fausse couche. Elle lui demandait de revenir. Il se souvint alors des étés passés dans la région quand il était adolescent. Il eut envie d'en sillonner quelques routes à scooter comme autrefois. Il en loua un. L'air tiède répandait ses effluves printaniers. Il se sentait infiniment léger presque aérien sur ces petites voies départementales. Jamais plus on ne l'y reprendrait non jamais. Il allait changer de vie, il resterait jeune et libre tout le temps, sans attaches sans entraves. Il divaguait euphorique presque ivre. Il ne vit pas la camionnette qui le percuta sur sa droite au sortir d'un virage. Le ciel les pins dans une brassée de lumière, la surprise de cet angle de vue nouveau et comme une déchirure, le son strident des pneus freinés sur le gravier. le choc dans un vacarme de plastique broyé. Le vol du casque dont la jugulaire n'était pas attachée, le bruit lourd de son corps retombant sur l'asphalte, cette déflagration dans son crâne. Le moteur qui tourne encore. Il pensa qu'il n'était plus relié à rien. Il n'avait pas su donner la vie. Ne laissait rien. Salope, à cause de toi pensa-t-il. Goût du sang dans la gorge. Oh non c'est trop con. J'ai cru qu'il me voyait qu'il allait s'arrêter braillait une voix. Les grillons, les grillons les grillons. La douleur ensuite. Un sanglot. Puis le noir

jeudi 30 janvier 2014

Infiniment responsable


Voilà,
"Du moment que j'allais et venais - au loin, certes, mais cependant ici -, ce qui arrivait ici je ne pouvais pas le négliger, ou alors je devais, moi aussi, vivre selon la vérité de la négligence, dans laquelle, tout en adhérant à la vision transparente du jour, je ne trouvais pas moins important le vide des reflets qui, à tout instant, m'environnaient, et plus encore : les choses se passaient de telle sorte que, tout en les voyant se passer infiniment à l'écart et plus loin de moi que je n'aurais jamais pu atteindre, je m'en sentais intimement responsable" Maurice Blanchot in "Celui qui ne m'accompagnait pas" (Linked with weekend reflections)

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