mardi 20 octobre 2026

Backrooms tendance

  
Voilà,
il existe paraît-il, une tendance photographique intitulée "backrooms pictures". Cette photo prise en Janvier 2014, comme nombre de photos que j'ai réalisées parmi celles qui sont regroupées dans ce blog sous le libellé "espaces vides", participe, sans que j'en ai eu auparavant conscience, de ce courant. De quoi s'agit-il au juste ?  Ce concept est apparu en 2019, via un post sur un forum où l’on pouvait voir l’image d’un local commercial accompagnée d’une légende suggérant l’existence d’une dimension parallèle dans laquelle on pourrait glisser.
Bureaux ou locaux commerciaux déserts éclairés aux néons et couloirs infinis sont devenus des décors fascinants de banalité où plane ce que Freud nommait l’inquiétante étrangeté (Das Unheimliche). Ces lieux d’apparence familière comportent un élément rendant l’atmosphère hostile. Ces espaces sont qualifiés de liminaires en tant qu'ils sont des lieux de transition caractérisés par leur indétermination. Un espace liminaire peut également évoquer une certaine nostalgie, comme un endroit on l'on est déjà allé sans pourtant s'en souvenir.
Dans son projet lexical The Dictionary of Obscure Sorrows (2021), dédié à la création de mots pour nommer des émotions qui n’en ont pas, John Koenig nomme "kenopsia" l’atmosphère étrange et triste d’un lieu habituellement animé mais désormais abandonné et silencieux.
Les espaces liminaux se seraient dit-on popularisés en 2018-2019, mais auraient encore plus résonné en 2020, lorsque le monde entier s’est retrouvé face au Covid. "Tout le monde se sentait abandonné et aliéné, avec des lieux de travail à distance, et des photographies de rues vides partout." Shira Chess professeure en sciences de l’information et autrice de The Unseen Internet a réfléchi sur la question. Elle considère que cette période était "un moment très liminal qui s’est glissé dans nos consciences." 
Mais pour Shira Chess, l’inspiration est plus ancienne encore. Dans un article pour The MIT Press Reader, elle avance l’idée que le genre réactualiserait des éléments de la littérature gothique. Elle en tire le concept du "gothique institutionnel ". Dans ce texte, elle postule que "à l’instar du gothique traditionnel, le gothique institutionnel met en scène des espaces inquiétants, des forces malveillantes et un malaise écrasant lié à la spatialité et au pouvoir", la bureaucratie remplaçant ici le fantôme des anciens récits gothiques. Elle ajoute ceci : "On retrouve ce sentiment d’errance dans des lieux abandonnés, châteaux comme bureaux, qui étaient un jour neufs et attirants et qui ont l’air abjects désormais. " D'après elle "La Gen Z est secouée par le manque de perspectives pour le futur ; les backrooms et les espaces liminaux expriment une angoisse face à notre réalité moderne, à ce monde qui s’est transformé à toute vitesse." Alors que le gothique évoque les fantômes du passé, sa version institutionnelle buterait sur l’impossibilité de s’accrocher à un avenir : "Les espaces ressemblent à ce à quoi ils ressembleront dans 10 ans, c’est une sorte d’image du futur qui nous permet de réfléchir au moment présent." Le genre questionne : laisserons-nous derrière nous uniquement ces non-lieux de productivité et de consommation ? L’horreur liminale passe ainsi d’une strate existentielle individuelle – se retrouver seul.e dans un espace infini – à une horreur sociale collective, celle de notre époque incertaine pétrie par ces questionnements.
Bien sûr, je n'ai jamais conceptualisé mes images. Je voulais juste évoquer ma perplexité devant ces lieux qui me re semblaient renvoyer au sentiment de vide caractéristique de notre époque, et qui trouve son aboutissement dans la bêtise abyssale de la plupart des dirigeants occidentaux et de ceux qui ces temps-ci aspirent aux responsabilités.
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lundi 19 octobre 2026

Les jours frisquets reviennent

  
Voilà,
comme 85% de mon lectorat vit hors de France, une petite mise au point concernant les émeutes du week-end dernier qui ont été parfois évoquées en commentaires, me semble utile. Il est probable que des images spectaculaires ont été diffusées à l'étranger. Ces faits existent c'est indéniable. Ils suscitent néanmoins quelques réflexions.
On peut se poser des questions. Depuis quelques années la police française fait preuve de beaucoup de zèle pour réprimer violemment des rassemblements pacifiques, autorisés, légaux, n’hésitant pas à cibler les manifestants à tir tendu. Il semble que sa mission consiste désormais à protéger le pouvoir plutôt que les citoyens et une stratégie de maintien de l’ordre s'est depuis longtemps substituée à celle du compromis politique et de l’arbitrage.
Voici neuf ans, depuis l'arrivée de Macron au pouvoir que les lois de notre pays relèvent déjà de celles d’un état policier. C'est à ce moment là que les foules auraient dû descendre dans la rue. Lorsque la justice sera mise au pas — ce qui semble le prochain objectif des partis de droite, dont presque tous les leaders sont visés ou condamnés pour  corruption — nous ne serons pas loin d’une dictature.
Pour ce qui est des émeutes du week-end, on peut raisonnablement se demander pourquoi les renseignements généraux n’ont pas anticipé ou fait remonter les informations sur la présence de casseurs.  On peut aussi s’interroger sur le fait que la police soit si peu efficace à protéger les biens communs. Au vu des images et des informations rapportées, comment expliquer l'absence apparente des forces de l'ordre, et leur sous-effectif manifeste, dans plusieurs lieux particulièrement sensibles ? Une seule compagnie de CRS aurait été mobilisée à Marseille, deuxième ville de France. À Bordeaux, la résidence du préfet, pourtant a priori facile à sécuriser, a été mise à sac. À Marseille comme à Limoges et à Lyon, des bâtiments municipaux, symboles de la République, auraient été laissés pratiquement sans protection.
On veut faire passer le souvent grincheux Mélenchon et son mouvement — que la plupart des médias qualifient de représentants de l'extrême-gauche au seul prétexte qu'ils veulent taxer les grandes fortunes et s'attaquer à l'évasion fiscale — pour responsable de ces exactions. La ficelle est un peu grosse. Il a eu beau jeu de remarquer que  le pouvoir est "capable de mettre 14 000 personnes à Paris pour accueillir dignement le pape quand il n’y en a que 10 000 dans toute la France" lors d'une journée de protestation sociale annoncée de longue date. Il est aussi possible que les responsables au gouvernement, soient incapables d’assurer à la fois l’ordre public et la liberté de manifester
On peut aussi s'étonner du fait que la police ait fait preuve de beaucoup moins de célérité à charger les casseurs alors qu'elle ne manquait pas une occasion d'agresser les manifestants pacifistes souvent jeunes lors des dernières semaines. Il est probable aussi que l’infiltration d’agents provocateurs au service du pouvoir ait été importante. La simultanéité d’émeutes dans tant de villes de France a tout de même de quoi surprendre.
"A qui profite le chaos ?" Cette question n'est, dans les médias mainstream aux mains d'oligarques qui monopolisent la télévision, les instituts d'opinion et la presse écrite, bien évidemment jamais posée.
Les violences, les dégradations et les scènes d'émeutes ont éclipsé les revendications initiales. On ne parle plus des causes de la colère, mais du rétablissement de l'ordre. Une manière commode d'éviter de relayer les demandes exprimées par les manifestants. D'ailleurs le pouvoir n'a pas réellement les moyens politiques et financiers d'y répondre.
Le chaos n'est pas seulement un échec de l'État. Il peut aussi, pour certains, devenir une formidable opportunité politique. La violence des pillards et des émeutiers profite surtout à la droite et à l’extrême droite. Les chaînes d’information continue ont, ce week-end, fait tourner en boucles les images de destruction plutôt que celles des manifestations pacifiques contre la vie chère, la casse de l’hôpital de l’école de l’université de la recherche de la sécurité civile (en particulier les pompiers). Et les  intervenants invités sur les plateaux étaient tous de droite et d’extrême-droite. Pour en finir avec ce sujet, je citerai cette réflexion du sociologue Pierre Bourdieu qui me paraît toujours d’actualité et d'une extrême pertinence : "je dirai seulement pour donner à réfléchir, qu'il y  une loi de conservation de la violence et que si l'on veut faire diminuer véritablement la violence la plus visible, crimes vols viols et voire attentats, il faut travailler à réduire globalement la violence qui reste invisible (en tout cas à partir des lieux centraux ou dominants), celle qui s'exerce au jour le jour, pêle-mêle, dans les familles, les usines, les ateliers, les commissariats, les prisons ou même les hôpitaux ou les écoles, et qui le produit de la "violence inerte" des structures économiques et sociales et des mécanismes impitoyables qui contribuent à les reproduire".
Sinon il semble que l'été soit définitivement derrière nous. Certes il ne fut pas des plus sereins, et les questions qu'il a soulevées sont plus que jamais d'actualité, mais elles ne seront sûrement pas à l'ordre du jour pendant la campagne électorale. Quoi qu'il en soit, il est fini le temps des pantalons de lin, des chemises hawaïennes, des salades grecques et des tomates-mozarella, des boissons rafraichissantes au citron et au gingembre. Les jours frisquets reviennent avec l'envie de s'emmitoufler de ne pas sortir, de rester chez soi, de boire du thé avec du pain d'épices, et que la maison sente le potage, la cannelle, la mandarine et le chocolat. Le corps oublie cette sensation d'accablement qui ne l'a pas quitté de tout l'été en raison des vagues de chaleur qui s'y sont succédées. De nouveau le temps des rhumes et des angines approche.
Bientôt nous allons changer d'heure ; les jours seront encore plus courts et nous nous enfoncerons dans l'hiver. Rien qu'à écrire ces mots j'ai envie de me mettre sous la couette. Je n’ai plus le tonus des insurgés ; les années commencent à peser.

dimanche 18 octobre 2026

Lutter dans la joie

 

Voilà,
je ne sais pas si les lycéens soutenus par leurs professeurs et les étudiants qui manifestent depuis quelques semaines en France contre les conditions déplorables dans lesquelles ils doivent étudier (locaux insalubres, manque d’enseignants, emplois du temps absurdes etc) luttent dans la joie comme le proclame ce mur, mais la répression policière disproportionnée à laquelle ils doivent faire face n’entame en rien leur détermination. On se demande si le gouvernement qui n’a pas de solution à proposer ne cherche pas au-delà de l’affrontement à ce qu'un drame se produise pour enrayer la contestation. 
Quoi qu'il en soit, ce slogan m’a rappelé l'œuvre du philosophe Clément Rosset pour qui la joie ne dépend pas de l'espoir et n'exclut pas le tragique en cela qu'elle est une affirmation du réel et qu'elle accepte l'existence sans lui substituer un autre monde. La joie ne se déduit pas des circonstances, elle n'attend pas que l'avenir vienne justifier le présent, elle demeure ce qui permet de dire oui à la vie malgré la souffrance et la mort.
La fresque qui illustre ce billet a été conçue par Kashink dont j'avais déjà précédemment montré une œuvre voici quelques mois.
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vendredi 16 octobre 2026

Entre rêves et veilles



Voilà,
Tout le monde mène une double vie. Tout le monde partage sa vie entre l'obscurité et la lumière, nuit et jour, vie privée et vie publique. 
Entre rêves et veilles.
Entre dépossession interne, heureuse, évasée, détendue, ensommeillante, soudain abandonnée, et vie externe, qui se met debout, extatique, inquiète, chauvissante, carencée, sur-le-champ menacée et aussitôt méfiante.
Enfin, en s'élimant, en se trouant, arrivent les jours mêlés de nuit persistante. Ces sommeils décousus, tapissés de promptes insomnies et de songeries extrêmement nombreuses et fugaces.  Arrivent en même temps ces somnolences incontrôlables qui ne connaissent plus pourtant le sommeil à leur terme. Arrive, au cœur de la fatigue, le rêve qui s'interrompt soudain dans l'invisible.  
Pascal Quignard in "Il n'y a pas de place pour la mort"

jeudi 15 octobre 2026

La Vague



 Métro parisien Station Plaisance (1982)
 
Voilà
toutes les paroles qui manquent ou se déchirent dans le silence la confusion des pensées incohérentes des peurs anciennes quelque chose a été arraché autrefois ne restent que les terreurs qui ne peuvent se dire qu'il est si douloureux de nommer parfois il lui semble qu'elle ne parviendra jamais à échapper à l'effroi qui l'envahit si souvent pourtant son rire il y a son rire si délicieux réconfortant même pour qui ne sait pas oui son rire première publication 20/07/2013 à 20:17

mercredi 14 octobre 2026

De la douceur dans l'air

Voilà,
les temps sont terribles, et vu de mon coin d'Europe, l'alliance totalement inimaginable il y a quelques années du tyran russe et du sénile apprenti dictateur américain contre un pays qui tente de sauver son indépendance, a quelque chose de vraiment effrayant. Mais ce que je peux imaginer quant aux mois à venir, je préfère le garder pour moi, à quoi bon le partager. Je me souviens de de la lecture il y a deux ans à l'IMEC du journal de Ludmilla Savitsky et de ses analyses de la situation d'avant-guerre. Certes, elles n'étaient pas dénuées de pertinence, — quoique certains événements perçus avec inquiétude à l'époque, ne furent pas les plus déterminants —, mais elles avaient quelque chose de pathétique, car elles attestaient notre impuissance à nous, pauvres clampins, si démunis face aux convulsions de l'histoire. 
Lorsque j'ai pris cette photo à Montpellier, il y a quelques jours, des lycéens des profs et des étudiants à quelques centaines de mètres en contrebas, manifestaient sous la menace d'une police obtuse et surarmée. Il y avait pourtant de la douceur dans l'air. Je me sentais épuisé, redoutant que mon futur se compte désormais en mois plutôt qu'en années. Mais bon il y avait cette lumière méditerranéenne, si délicate si apaisante et la possibilité de se promener en chemisette dans la rue, et ça, tout de même, dans l'automne commençant, c'était vraiment bon à prendre.

lundi 12 octobre 2026

Histoire d'eau


 
Voilà,
alors que le réchauffement climatique impose de boire d'avantage d'eau, la majorité de droite de l'Assemblée nationale, invoquant un prétexte écologique, a voté cet été une hausse de la TVA de 5,5% à 20% sur les bouteilles d’eau, ce qui représentera 285 millions d'euros de recettes supplémentaires pour l'État.
On estime en outre que durant l'année 2025, les data-centers liés l'IA ont consommé dans le monde l'équivalent de la consommation annuelle mondiale d'eau en bouteille.
Autre nouvelle. On sait depuis peu que les émissions de gaz à effet de serre de Google et Amazon ont considérablement augmenté cette année au lieu de diminuer. Ainsi n’ont-ils pas tenu leurs engagements en matière de lutte pour le climat. Pour Google, elles ont augmenté de 82% depuis 2019 et de 18% rien que sur l’année écoulée. Quant à Amazon c’est 58% sur la même période et de 16% en un an. Ce groupe avait pourtant promis (mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient) d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040.  Tout cela en raison d’investissements dans l’intelligence artificielle. De plus, le taux de pollution de ces mega-entreprises augmente plus vite que le retour sur investissement lié à l'IA.
C’est cela qui me traversait l'esprit alors que je longeai paisiblement les bords de Marne avec en tête le refrain d'une très vieille chanson qui parle d'été indien, que je trouvai pourtant très bête quand j’étais jeune.

samedi 10 octobre 2026

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (24)

  
 
 
Voilà 
ça me revient : le bonheur que ce fut de découvrir la musique de Mohammed El Anka lors de mon premier retour en Algérie en 1983
 
ça me revient l’affiche très colorée du film "George qui ?" de Michèle Rozier réalisée par Folon dans les années 70 et qu'Agnès avait dans sa chambre
 
ça me revient lors du premier concert de Kid Creole et des Coconuts au Palace, du balcon on pouvait voir les hommes affluer par vagues vers le premier rang et quasiment repousser les spectatrices derrière eux pour mieux mater les Coconuts
 
ça me revient le chanteur Michel Delpech a habité à Dhuizon, village du Loir-et-Cher que je connais pour avoir rendu visite un weekend de février 1988 en compagnie d'Enzo Cormann, Catherine Calixte et leur jeune enfant Robin, à Félix Guattari qui demeurait là-bas
 
ça me revient, mon géniteur lorsqu'il était à l'école Polytechnique, fut à un certain moment en relation avec les élèves de l'école. Il avait pris, je ne sais pas exactement pour quelle raison, en grippe l'un d'entre eux qui s'appelait Pérette parce que c'était soi-disant un gauchiste
 
ça me revient : enfant je voulais être astronome
 
ça me revient : lors de ma dernière année d’école primaire à Biscarrosse, le maître de la classe, Monsieur Despons, à la remise des prix m'avait attribué un livre sur le rugby. Le deuxième prix était un livre consacré à l’odyssée de l’aéropostale, car Biscarrosse en avait longtemps été une étape, en particulier grâce à la base d'hydravions Latécoère. Ces deux livres étaient en relation avec la culture locale. J'avais finalement échangé mon livre avec mon camarade, qui s'en était d'ailleurs réjoui.

ça me revient à la fin des années 70 et dans la première moitié des années 80 je lisais assez régulièrement le Nouvel Observateur, que tout le monde appelait le Nouvel Obs
 
ça me revient madame Grangier, mon ancienne voisine quasi centenaire m’avait dit que, dans sa jeunesse, elle avait été dame de compagnie. C’est étrange comme sa voix est encore présente dans ma mémoire
 
ça me revient, c'est Philippe Tiry qui m'a fait découvrir les tomates séchées italiennes, alors qu'on ne trouvait pas ça à Paris. C'était dans la première moitié des années quatre-vingts. Je pense qu'il avait découvert ça à Polverigi un village de la province d'Ancone où se tenait un festival de théâtre
 
Ça me revient le nom de ce vélodrome de Vincennes qu’on appelait la cipale. Je crois quelques arrivées du Tour de France y ont eu lieu 

ça me revient les affiches du Théâtre de la Ville, place du Châtelet  avec le si beau visage de la chanteuse grecque Angéliques Ionatos qui y donnait souvent des tours de chant
 
ça me revient, j’ai vu Dubliners de John Huston en compagnie d’Agnès et de ses parents et peut-être de ses sœurs. Cela reste gravé dans mon esprit parce que Dominique trouvait que c’était une sorte de film testamentaire. 
 
ça me revient quand Delphine et Agnès achetaient de nouvelles chaussures elles en embrassaient la semelle parce que c’était la seule fois où, disait elles c'était possible de le faire
 
ça me revient : Anne Scheffler, qui nous avait hébergé à Nancy, Jean-Marie Verdi et moi lorsque nous jouions "Prométhée porte-feu" au festival était venue me voir jouer dans  "Rêves de Kafka" à Strasbourg. Je ne m'y attendais pas, et nous avions fini la soirée dans une boîte qui s'appelait "les Aviateurs"
 
ça me revient : nous étions jeunes et désargentés, mais on ne rechignait pas à s’offrir parfois du fromage, de chez Quatrehomme ou de chez Barthélémy
 
ça me revient : Marie Amélie achetait souvent du vin blanc Pellehaut chez Péret quand elle allait retrouver ses amis qui habitaient rue Daguerre

ça me revient : l’acteur François Marthouret, lorsqu’il travaillait dans la troupe de Peter Brook souriait tout le temps comme s’il était au comble de la zénitude. Je me souviens aussi de sa très jolie femme l’actrice Sylvie Fennec
 
ça me revient : ce verre pris en terrasse place des Carmes en 1978 en compagnie de Philippe et Dominique, de Bernard Tournois et Catherine Tasca après une représentation de "Ecce Homo" au cloître des Carmes et de la conversation animée entre Catherine qui défendait le spectacle et Tournois qui en disait pis que pendre. Tournois qui par ailleurs était un gros dégueulasse qui aujourd’hui se ferait sûrement "metooer " 
 
ça me revient  : Dans l'appartement de Philippe et Dominique, il y avait posé sur une table du salon, "le catalogue de objets introuvables" de Carelman, en édition originale. Dans les toilettes, il y avait aussi les O édités par Robert Morel. C'était des petits livres ronds reliés par un anneau.
 
ça me revient, pendant le confinement on a fermé les bistros, chose qui n'était même pas arrivé pendant l'occupation
 
ça me revient lorsque nous habitions Châlons-sur-Marne, rebaptisée plus tard, Châlons-en-Champagne parce que ça fait plus chic nous étions un dimanche venu rendre visite à un oncle de ma mère qui habitait St Mandé. Il nous avait fait traverser Paris dans sans sa D.S, nous avions vu de loin la Tour Eiffel, et visité l'aquarium du Trocadero
 
ça me revient, il y a fort longtemps entre la résidence universitaire du CROUS et le boulevard du Port Royal se trouvait un petit magasin où l’on pouvait acheter des marinière et des pulls marins avec trois boutons sur le sommet de l’épaule gauche
 
ça me revient, quand j'avais 17 ans j'ai connu un type un plus âgé que moi qui s'appelait Philippe Archambault ou Archambaut, que ses copains surnommaient waga qui avait une grosse moto BMW bien qu'il fût assez petit. je l'avais rencontré d'abord à Châteaudouble. Il avait un visage assez ingrat, mais cela ne l'empêchait pas de faire de nombreuses conquêtes. Il travaillait à la librairie Tschann, et un jour il m'avait passé un livre censuré (parce que vaguement érotique) de Marc Cholodenko qui s'appelait "Le Roi des fées". Je souviens surtout qu'il ne jurait que par "Le traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations" de Raoul Vaneigem qui a quitté ce monde le 29 juillet dernier

ça me revient, j'ai visité, à Carcassonne, en compagnie de Marie-Amélie la maison où a vécu Joé Bousquet immobilisé dans son lit suite à une blessure de guerre
 
ça me revient quand j'étais petit j'aimais beaucoup Petula Clark, que je trouvais toujours joyeuse et enjouée, et j'adorais quand elle chantait "la gadoue"
 
ça me revient Agnès avait dans sa chambre ce disque du Modern jazz Quartet qui s'appelle "the Sheriff", avec sa curieuse pochette. Je pense que cette formation avait du passer à la maison de la Culture d'Amiens quand son père en était le directeur. J'aimais le morceau Bachianas Brasileiras et je ne savais pas alors que c'était une adaptation d'une pièce de Villa-Lobos. D'ailleurs je ne ssavais pas qui était Villa-Lobos

ça me revient soudain sans que je ne sache pourquoi, ce nom Lise Élina, une femme qui présentait à la télévision, il y a fort longtemps, au temps du noir et blanc, une émission sur le théâtre
 
ça me revient en écoutant une émission consacrée à François d'Assise, que c'est en compagnie de ma cousine, disparue il y a un an que je suis allé voir un été où elle était de passage à Paris "Uccellacci e ccellini" de Pasolini
 
ça me revient, ma fille lorsqu'elle était petite aimait beaucoup le film de Truffaut, les 400 coups 

Ça me revient, quand j’ai vu ça lors de l’exposition Martin Parr, j'ai pensé que vraiment, c'était un sacré coup de bol cette coïncidence entre le chemisier et la mosaïque de photos, et j'ai déclenché.

vendredi 9 octobre 2026

Reflets sur la tour Kupka


Voilà,
confronté à cette absurde géométrie de lieux sans âmes, les mots qui viennent sont comme une poignée de cendre qu'éparpille un vent rude et froid. On se prend à rêver de grappes juteuses accrochées à la treille d'un jour baigné de soleil et l'on continue de voyager en soi porté par le flot ample et tendre des rêves anciens où l'air frémit encore du vol espiègle d'une libellule. (première publication 25/11/2013 à 00:02

jeudi 8 octobre 2026

Platanes émondés

 
Voilà, 
tels qu'ils m'apparurent la première fois par un clair matin de Novembre, les platanes émondés dressés devant la gare de Montélimar semblaient brandir des poings rageurs et défier ainsi le ciel.

mercredi 7 octobre 2026

La Joie


Voilà,
il y a quelque nuits j'ai entendu à la radio une rediffusion d'un cours de Jankélévitch sur Bergson. Il considère la pensée de ce dernier comme une philosophie de la positivité dans la mesure où l'être n'est pas d'abord ce qui demeure, mais ce qui se crée. Pour Bergson, la vie est une puissance d'invention, et la joie le signe intérieur que cette puissance créatrice a réussi. Si joie et positivité sont liées chez Bergson c'est parce que la joie ne signifie pas simplement "être content" elle est avant tout l'affirmation vécue d'un accroissement d'être. Jankélévitch en déduit que la joie est toujours précaire, précisément parce que la création n'a de cesse de se chercher et qu'elle n'est jamais une possession définitive. 
Aurais-je éprouvé une joie bergsonienne après avoir achevé cette image ?  Je ne saurais trop le dire. Mais la façon dont le processus s’est élaboré, la rapidité avec laquelle l’idée s’est imposée et son application réalisée dans un même élan, m’ont mis dans un état semblable à celui que je ressentais dans ma jeunesse lorsque je n’avais aucun savoir-faire et que chaque trouvaille était le signe d'un "accroissement d'être" et ouvrait sur un champ de possibles insoupçonnés. 

vendredi 2 octobre 2026

Dans un bref éclat de lumière


Voilà,
prise en Septembre 2016, du côté de La Défense, cette photo ne raconte rien d’autre que le passage, l’idée de passage. Une vie s’inscrit dans un bref éclat de lumière, on vient de l’ombre on y retourne entre les deux on trimballe son petit bagage. La plupart du temps ça n’est pas grand chose.

jeudi 1 octobre 2026

Au Bord du Lac


Voilà,
Le jour déclinait et, traînant dans cette banlieue bourgeoise où tu n'étais venu qu'en de rares occasions, tu te mis soudain à rêvasser de tropiques, de mangroves et d'un ailleurs improbable où il ferait mieux vivre. Et "Soul Samba", l'album de Ike Quebec réécouté le matin même, et dont les airs ne t'avaient pas quitté depuis, t'avait alors paru un disque qui, oui vraiment, demeurait toujours aussi plaisant à entendre. première publication 3/11/2017 à 04:47

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