mercredi 22 janvier 2020

Quand viendra le printemps



Voilà,
Quand viendra le printemps, si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts
qu’au printemps passé.
La réalité n’a pas besoin de moi.
J'éprouve une joie énorme
à la pensée que ma mort n’a aucune importance.

Si je savais que demain je dois mourir
et que le printemps est pour après-demain,
je serais content de ce qu’il soit pour après-demain.
Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon
en son temps ?
J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ;
et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même
si je ne l’aimais pas.
C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content,
parce que tout est réel et tout est précis.
 On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil.
On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est.
Fernando Pessoa

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dimanche 19 janvier 2020

Sage comme une image


Voilà,
La promenade c'est bien.
Souvent on y entend ou on y voit des choses surprenantes, et délicieusement incongrues.
Quelqu'un par exemple qui dit "ça fait un peu jeu paquet de céréales".
Ou un autre qui s'exclame "elle est trop belle elle a plein de sœurs"
En promenade les pensées s'agrègent de façon chaotique.
Est-ce pour cela que l'errance est un autre mot pour désigner la folie ?
Parfois les gens causent un peu trop fort.
Ecouter certaines personnes médire de de leurs connaissances permet de comprendre comment ils parlent aux autres de vous.  
De temps en temps, dans la rue des silhouettes que je crois reconnaître semblent jaillir du passé.
Mais cela peut aussi se produire dans la nature quand je suis seul.
Des visages autrefois familiers surgissent furtivement (il suffit d'une odeur de pins et de fougères humides)
On flâne souvent avec des morts
A Paris si je je vois écrit quelque part Pont Mirabeau alors la chanson me revient en tête.
Je peux ensuite la fredonner  pendant des heures sans même m'en rendre compte.
Il n'est pas nécessaire de sortir pour être ailleurs.
Parfois je revisite de vieux rêves, jadis consignés lorsque j'étais encore un homme sans postérité.
Il m'arrive aussi de tomber sur des notes énigmatiques répertoriées sur mon smartphone.
Ainsi :
le réflexe de Babinski, c'est quand on a les orteils en bouquet de violette
Le chameau a autant de bosses que de syllabes n'en déplaise au cigarettier.
Chez Verrocchio on préfère la peinture à l'œuf chez Pollaiuollo la peinture à l'huile
  les notes de Kafka sont à l'expérience historique, ce que la géométrie non euclidienne est à la géométrie empirique.
Comment parfois ne pas demeurer perplexe?
Quoiqu'il en soit
chaque journée est une nouvelle aventure mais chaque matin il faut aussi renouer avec le dépit d'être soi-même.
Et aussi avec toute une macédoine de pensées et d'images de réflexions à peine ébauchées
de réminiscences de constats
par exemple on se rappelle que l'actrice Maya Vignando ressemble au "Nu au divan" de Marquet,
et de fil en aiguille
que Gabriela Baumbrück avec qui je passais des après midi à tirer des photos et à bavarder
tout en buvant de la becherovka pendant que le lecteur de CD jouait en boucle l'album de John Coltrane et Duke Ellington
Gabriela donc ressemblait alors l'actrice Lucia Bosè qui a joué dans des films d'Antonioni
(mais je ne m'en suis rendu compte que bien plus tard)
Un souvenir en convoque un autre pour une raison indéterminée.
La fois où ma fille de cinq ans, voyant un champ d'éoliennes par la vitre de la voiture s'était exclamée "elles ont toutes la même manière".
Le jour où, peu avant la pause de midi, Michel par provocation sans doute,
avait, sur le plateau de la Scène nationale d'Alençon, déclaré
"J'éclaire l'espace pas les comédiens".
 Cette fin d'après-midi où dans une rue en terre battue de Djelfa, ma mère avec sa 4CV m'a renversé  et failli m'écraser.
Une triste nuit dans un hôtel d'Amsterdam.
Se remémorer que,
"Pays sans chapeau" de Denis Laferrière est un livre vraiment génial,
que
ce film de David Byrne, intitulé "True stories" que j'avais trouvé vraiment bien à sa sortie, ça vaudrait le coup de le revoir,
que
la fragrance sucrée qui me saisit parfois et me renvoie à l'enfance et celle du labdano.
(Je l'avais enfin identifiée au Palazzzo Mucenigo de Venise quand je visitais le musée des parfums en compagnie de ma fille)
qu'il
existe, au 26 rue Tiphaine à Paris, un restaurant coréen, paraît-il excellent et peu onéreux, où il faudrait déjeuner un de ces jours,
que,
un bouquiniste à l'accent marseillais qui a sa boite face à l'académie française m'a fait découvrir Lennie Tristano,
qu'à huit ans
 il me semblait n'avoir que des souvenirs, pas seulement les miens mais aussi ceux de mes parents, qui toujours parlaient du passé.
Et puis devant ce mur j'ai repensé à ça,
à l'expression sage comme une image et à la tentation de se taire définitivement pour ne plus rien faire d’autre qu'écrire et dessiner
Ou bien parler mais simplement pour interpréter les textes des autres.
Mais,
impossible je suis une vraie pipelette.
(Linked with monday mural)

vendredi 17 janvier 2020

Comme si de rien n'était



Voilà,
Il est difficile de marcher d'un pas léger. Il faudrait pouvoir faire abstraction du monde tel qu'il va, ou plus justement tel qu'il ne va pas. Impossible d'écouter une radio, de lire les actualités sur le net sans tomber sur des nouvelles alarmantes. Oh pas seulement les bruits de bottes au Moyen-Orient ou la prolifération des populismes, l'écart sans cesse grandissant entre les riches et les classes moyennes en voie de paupérisation dans les pays occidentaux ou encore les désastres écologiques disséminés sur la planète et j'en passe. Je sais bien qu'en être affecté ou pas ne change rien à la marche du monde. Que la vie n'en continue pas moins pour autant. Cela fait tant d'années que cela déconne. Une nouvelle chasse l'autre, un massacre succède à un carnage, on s'en émeut et puis on oublie. Les saisons rythment les catastrophes auxquelles on finit par s'habituer. Il y a la saison des naufrages de migrants en Méditerranée, celle des ouragans aux Caraïbes, des incendies estivaux dans chacun des hémisphères. De temps à autre une éruption volcanique ou une nouvelle pandémie fait événement et rompt le cycle prévisible des calamités. Ce qui est étrange ce que cela ne mobilise ni les peuples ni les politiques. C'est comme si on n'avait décidé qu'il n'y a pas d'alternative aux désastres en cours et que de toute façon les choses se règleront d'elles-mêmes. 
Donc je marche encore dans les rues de cette ville, je fais des photos, quelquefois. Mais, ces jours-ci, cette sensation d'Absurde, et d'Inéluctable me hante plus que d'habitude. Je fais comme si de rien n'était, mais le cœur n'y est pas vraiment. J'ai toujours la tête un peu ailleurs. Par exemple, quand je me suis attardé devant cette vitrine, c'est à l'Australie que je pensais. Oubliés les inondations de l'année dernières, les troupeaux noyés, les crocodiles dans les rues...
Les tragiques événements survenus là-bas ces dernières semaines donnent beaucoup à réfléchir. Comme le fait fait remarquer sur sa chaîne Youtube un dénommé Vincent que je cite largement ici à l'attention de mes correspondants non francophones, ce pays, l'un des plus riches de la planète (premier exportateur mondial de charbon, deuxième exportateur de gaz) doté d'un système de démocratie représentative s'est trouvé,  — d'ailleurs peu de temps après que ses représentants aient saboté les négociations de la COP 25 au nom d'intérêts économiques —  confronté à une catastrophe climatique d’une ampleur phénoménale provoquée et aggravée par le réchauffement climatique.
La réaction de ses dirigeants donne une idée de la manière dont la civilisation thermo-industrielle va dans les décennies qui viennent, se comporter face aux catastrophes qui en raison du désordre climatique ne manqueront pas de survenir et de proliférer, se manifestant sous des formes variées, que l'on peut d'ores et déjà observer : ouragans de plus en plus vastes, tempêtes surpuissantes, incendies gigantesques, inondations, phénoménales avec une infinité de dommages collatéraux dont chaque jour nous révèle l'ampleur insoupçonnée.

 Confronté au ravage de son écosystème, le pays, premier exportateur de charbon, ne modifie en rien le cours de sa production. Business as usual. On est à la fois dans le déni, l'impuissance, due en particulier à une absence totale d'investissement dans la prévision du risque, et à l'aveuglement résumé par cette remarque de Proust "les faits ne pénètrent pas le monde de nos croyances".  Autrement dit, plusieurs milliers d’animaux sauvages meurent, des espèces disparaissent à tout jamais parce qu'elles ne vivent que dans certains écosystèmes de l'Australie, et que se passe-t-il ?  le coût de ce désastre n'est évalué qu’à partir des pertes liées au tourisme. On ne  compte que les pertes du bétail et pas celles des animaux sauvages. Un gouvernement qui comptabilise en ces termes fait forcément fausse route.
Si on ce trompe dans la manière dont on évalue une situation, on se trompe évidemment dans les solutions qu'on va y apporter. C'est le diagnostic qui suggère le remède.
Ainsi lorsque les feux de brousse se sont rapprochées de Sydney, la ville a alloué 620 000 $ australiens à la lutte contre les incendies. Mais dans le même temps elle avait déjà déboursé 6,5 millions de dollars australiens pour l'organisation du feu d’artifice du Nouvel An. C'est ce qui s'appelle avoir le sens des priorités.
Il faut prendre la mesure de ce qui s'est passé. Les incendies Australiens se sont avérés si puissants qu’ils ont généré leur propre microclimat, leur propres orages, foudre, vents violents qui créent de nouveaux incendies. L’incendie  a créé de nouveaux incendies. C'est ce que les pompiers appellent un impossible opérationnel
Comme pour Fukushima (mais qui s'émeut, qui pense à Fukushima aujourd'hui, à part ses victimes collatérales et ceux qui tentent de circonscrire ses ravages) une fois de plus l’Humanité a vu un pays pourtant riche, incapable de faire face à une catastrophe qui va se répéter en raison des choix économiques des cent dernières années. Pire encore, elle a pu constater l'indifférence des dirigeants de ce pays face à la situation avec un premier ministre parti se bronzer à Hawaï qui n'est revenu que sous la pression de l'Opinion publique.
On a bien évidemment vu alors se multiplier, pour conjurer désespoir, le beau hashtag "pray for Australia", et les foules s'en remettre à une hypothétique puissance divine pour corriger les conséquences des choix économiques et politiques. Mais plutôt que de prier n'aurait il pas mieux valu écouter les scientifiques qui disent depuis des années que les feux de brousse sont  aggravée par le réchauffement climatique lui même causé par les émissions de CO2 liées aux activités humaines ? 
Si on les avait écoutés, l’Australie n’aurait pas augmenté ses émissions de cO2 de 46% depuis les années 90. Le vice-premier ministre a balayé cet argument avec morgue et mépris en déclarant que ceux qui faisaient le lien entre incendies et réchauffement climatique étaient des tarés de centre ville.  
Tous ces gouvernants détruisent leur propre pays pour répondre aux exigences des oligarchies financières et  servir les intérêts des groupes industriels soutenus par la presse de Murdoch. Et peu importent les "angry summers"
Le rendement agricole de l'Australie a été divisé par deux en 2019 en cause des cycles de sécheresse suivi d'inondations qui ravagent les sols. Il faut aussi ajouter à ce propos que ce pays est précurseur dans le domaine de la privatisation de l'eau. Le prix de l'eau ayant atteint des sommets avec cette canicule et ces incendies, les agriculteurs ne peuvent pas arroser comme il veulent leurs terres donc ils achètent le minimum d'eau. donc ce processus va aller croissant. Pour la première fois depuis 10 ans l'Australie importe des céréales. Mais le premier ministre a déclaré, à propos de la transition écologique "nous n'allons pas nous engager dans des objectifs irresponsables, destructeurs d'emploi et nuisibles à l'économie". L'emploi donc, avant l'autosuffisance alimentaire. Ils mangent quoi les employés ?
Et en même temps l'emploi c'est le business. Une petite comparaison d'ailleurs. Les feux actuellement en Australie c'est 350 millions de tonnes de CO2.  Les exportations annuelles de gaz et de charbon de l'Australie c'est 1200 millions de tonnes de CO2 émis dans l'atmosphère 
Ainsi lorsque l'économie fonctionne parfaitement bien, elle détruit toujours plus l'équilibre climatique que précisément  les catastrophes climatiques qui en découlent.
Faut-il en conclure que pour maintenir le statu quo il n'hésitent pas à détruire le monde ?
Quoiqu'il en soit ils ne savent pas réparer (comme à Fukushima).
Seulement détruire. Détruire toujours plus. 
Que des dromadaires sauvages, en quête d'eau s'approchent des habitations, la seule solution trouvée c'est d'en abattre 10 000 à l'aide de snipers depuis des hélicos.
Aujourd'hui les chameaux demain les humains.
C'est évident c'est comme ça que ça se passera.
C'est déjà la même logique qui est à l'œuvre en Méditerrannée avec les migrants qui fuient la misère.
On ne les tue pas encore, on les laisse juste se noyer.  
Une société qui ne sait pas répondre ou répond tellement mal, est une société en échec..
Le pire c'est qu'il est vraisemblable que de leur point de vue la catastrophe est bien gérée.  Il n'y a pas trop de pertes humaines, la pénurie alimentaire est évitée par les importations. Il n' y a pas vraiment de désordre, on peut maintenir le feu d'artifice et buter les dromadaires gênants, le secteur de l'économie qui est le plus important pour ce gouvernement n'est pas impacté, l'économie du charbon prospère. Et tant pis si dans dix ans des milliers de gens seront atteints de troubles respiratoires.
Combien de temps ce déni va-t-il durer ? Le coût est trop grand. On voudrait croire que ce coût pourrait bouleverser nos prétentions de toute puissance et nous rendre humble face à la nature.
Est ce que la croyance tes hommes dans l'ingéniosité la créativité le développement technologique pour faire face au dérèglement climatique s'effondre au regard des piètres résultats qui sont obtenus ? Non pas du tout.
La mentalité générale, est de penser qu'à un moment la situation sera tellement critique, qu'une prise de conscience s'opèrera. Mais on est déjà au seuil critique. Cependant comme on peut encore aller au restaurant, prendre l'avion, se chauffer, que nos habitudes ne sont pas encore bouleversées, que la catastrophe est toujours pour l'autre, on continue de procrastiner. Sauf évidemment, ceux qui ont tout perdu.
Ceux qui détiennent aujourd'hui le pouvoir pour défendre leurs intérêts et qui sont incapables de trouver des solutions au présent, ne lâcheront rien et s'accrocheront à leurs prébendes. Les pays riches érigent des murs pour refouler au loin les cohortes de miséreux. Et dans leurs frontières, ils s'efforcent de mater toute contestation. Ils maintiennent une partie des populations dans un servage consumériste, dressant les classes moyennes contre les plus pauvres  (celui qui gagne un million dit à celui qui gagne mille, que tous les problèmes sont dûs à ceux qui gagnent cent et ça marche).  Mais bon, à quoi sert il de ressasser tout ça, cela fait si longtemps que l'on sait... Peut-être y-a-t-il un tropisme destructeur  et suicidaire inhérent à la nature humaine... (Linked with weekend reflection)

jeudi 16 janvier 2020

Pas encore lus 積ん読


Voilà,
une liste de livres dont j'ai noté le titre sans pour autant les avoir encore lus, ni même achetés ou empruntés à la bibliothèque
et peut-êtte d'ailleurs ne le ferais-je jamais
"La persuasion et la réthorique" de Carlo Michelstaedter
"Personne(s)" de Sarah Chiche
"600 exercices à l'usage des acteurs" de Patrick Pezin
"Je vous laisse juge" de Luc Frémiot
"A la manière de " par Paul Reboux et Charles Muller
"Mes rêves" d'Adorno
"Train de nuit pour Lisbonne" de Pascal Mercier
"Vers une écologie sémiotique de la culture" Pierluigi Basso Fossali 
"De la visibilité" de Nathalie Heinich
"La chair interdite" de Diane Ducret
"Terre à ciel" de Carlos Drummond de Andrade
"Clavel Soldat" et "33 jours" de Léon Werth
"Le Sergent dans la neige" de Mario Rigoni Stern
"De la tragédie grecque comme art politique" de Christian Meier
"la langue du troisième Reich" de Viktor Klemperer
"Life" de Keith Richards
"Faits" de Marcel Cohen
mais j'en ai tant déjà qui sont empilés au pied de mon lit.
Il existe d'aillleurs un mot japonais pour désigner la pratique qui consiste à empiler les livres sans les lire
"Tsundoku"
(Linked with the weekend in black and white)

lundi 13 janvier 2020

Trois Motifs sombres





Voilà,
de quarts d'heure en quarts d'heure passés à des occupations ineptes et dénuées d'intérêt, on repousse l'idée de la mort, qui est cependant bien là au travail. Bien sûr ce n'est pas l'apaisement qu'on va chercher dans la contemplation de l'éphémère, du fugace, de l'à-peine-visible, de ce qui a priori ne mérite pas de retenir l'attention, tout au plus un répit. Enfant on pouvait s'émerveiller du frémissement d'une feuille, car ce frémissement-là semblait receler tout le mystère su monde. La caresse du vent sur la joue était une énigme, le mouvement des nuages toujours changeants un enchantement sans cesse recommencé.
Pour ma part je m'étonne encore des ombres, celles des chantiers, par nature transitoires, qui jamais ne se représenteront comme telles. Au fond ne suis pas déjà un peu comme elles ?
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dimanche 12 janvier 2020

Nous sommes de trop



Nous sommes de trop.
Ici ou n'importe où :
quelque part nous sommes de trop.
Nous sommes l'excédent
de quelques pierres transversale du destin.

La musique est faite
des foulées d'un adroit animal
qui s'approche et soudain disparaît.
Les paroles sont les spasmes minuscules
d'une herbe menue qui a trop hâte de pousser
et ne trouve pas son propre soleil, sa propre pluie.
Les amours ou personne,
les amours avec personne,
ou personnes avec ses amours,
sont des orphelins qui tètent
à un sein depuis longtemps épuisé.

Les dieux qui sont tombés,
les dieux qui ne tombent pas
parce qu'ils n'ont jamais été en haut,
la forêt non végétale des dieux,
dialogue uniquement
avec la ligne d'horizon qui nous cerne.

Les mains, qui furent jadis
et les choses qui ne furent jamais
S'ajustent dans ce nœud
qui n'emprisonne rien.
Non, il n'y a pas que nous seulement :
tout est de trop.
Ici ou ailleurs.
(Roberto Juarroz)
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jeudi 9 janvier 2020

Menu Picasso


Voilà,
j'ai déjà évoqué ce séjour à Malaga, en compagnie de ma fille, de ma cousine et de son époux. Plazza de la Merced, à proximité de la maison natale de Picasso, tout est un peu sous le signe de l'illustre peintre, même les menus. Nous n'avons pas mangé dans ce restaurant. Ce jour là, j'ai eu, un certain flair en trouvant dans les parages une excellente cafétéria populaire et bon marché. J'y ai  d'ailleurs pris une photo qui me plaît encore.



 Toutefois nous avons aussi commis quelques clichés touristiques sur le banc représentant un Picasso adulte et dégarni qui n'est jamais venu là  dans sa maturité puisque son dernier séjour remonte à  la fin de l'année 1900 quand il tint à montrer à son ami peintre Carlos Casagemas les lieux de son enfance : la place de la Merced, l’église Santiago où il fut baptisé le 10 novembre 1881, les arènes de la Malagueta, où il avait coutume d'accompagner son père. Il quitta définitivement Málaga le 28 janvier 1901 pour Barcelone, puis pour Paris, en 1904. Quant à Casagemas, il remonta à Paris Fin Janvier 1901, et le 17 février après avoir tenté de tuer la femme qui lui refusait son amour, il se suicida dans une brasserie Bd De Clichy.


 Je me souviens aussi, sur cette même place peu après que ma fille eût pris la photo précédente, avoir volé ce plan. Cette femme absorbée dans la lecture de son smartphone m'intriguait. Elle semblait heureuse. Je l'imaginais aimée autant qu'éprise et l'enviais pour cela. Le monde n'existait plus autour d'elle.
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mardi 7 janvier 2020

Rendre les armes



Voilà,
Incendies monstres en Australie, inondations sans précédent en Indonésie, glaciers recouverts de suie en Nouvelle-Zélande – ce qui à terme en précipitera la fonte  –,  lacs formés dans les hauteurs de  la chaîne de l'Himalaya en raison du réchauffement climatique, et qui un jour ou l'autre se déverseront dans les vallée en contrebas ou provoqueront de considérables glissements de terrains, menaces de guerre sur le Moyen-Orient, folie contagieuse de dirigeants confits dans leur ego et sans autres visions que celles de leurs intérêts particuliers, soulèvements populaires en différents endroits de la planète contre les injustices croissantes que génèrent les oligarchies de tous poils ou des dictatures religieuses. Actes déments individuels, crimes de masse perpétrés un peu partout dans le monde, par des déséquilibrés plus ou moins illuminés
Tout cela vu depuis le chaos, certes encore bien modeste, mais déjà fort instructif, d'une ville à certaines heures saturée de véhicules et de pollution en raison des grèves de transports et où s'exacerbent alors les tensions, les réflexes hideux du chacun-pour-soi, du ressentiment, de la peur aussi, de sorte qu'il m'arrive de plus en plus souvent d'avoir l'impression que c'est plié, qu'il ne sert plus à rien de protester, de s'indigner, de s'insurger, que le genre humain est désespérant. Accablé, découragé, puisque de toute façon les virus de la discorde de la connerie semblent se propager partout dans le monde, la tentation me gagne de lâcher l'affaire, de rendre les armes, d'abandonner définitivement la partie.
Je n'ai plus la force ni les moyens de nager à contre-courant. De toute façon mon temps est passé.

(...)

"Cependant, je peux aisément citer avec reconnaissance tout ce dont la vieillesse nous fait grâce. Le présent le plus cher à mon cœur est le trésor d’images que nous gardons en mémoire après une longue vie et vers lequel nous nous tournons avec un nouvel intérêt lorsque notre activité décroît. Les silhouettes des visages évanouis depuis soixante, soixante-dix ans continuent de vivre en nous, font partie de nous-mêmes, nous tiennent compagnie et nous regardent avec des yeux vivants. Les maisons, les jardins, les villes que nous revoyons sont exactement comme autrefois, alors qu’ils ont disparu ou totalement changé entre-temps. Dans notre livre d’images nous retrouvons, vivants et colorés, les montagnes et les rivages éloignés que nous avons aperçus en voyage des décennies auparavant. Regarder, observer, contempler, devient progressivement une habitude, un exercice, et, insensiblement, l’état d’esprit, l’attitude que cela entraîne influencent tout notre comportement. Comme la majorité des hommes nous sommes poursuivis par nos désirs, nos rêves, nos envies, nos passions, propulsés à travers les années et les décennies de notre existence, impatients, curieux, plein d’espoir, violemment agités par tous nos bonheur et toute notre déception. Mais aujourd’hui, feuilletant avec précaution le grand album de notre vie, nous sommes étonnés de constater à quel point il est merveilleux et bon de se retirer de cette course poursuite, de cette course folle et d’accéder à la vita contemplativa", écrit dans "Éloge de la Vieillesse" Hermann Hesse.
Si nombre de ses livres accompagnèrent ma jeunesse, je dois bien admettre que pour justes que me semblent ses remarques, elles se révèlent cependant d'un piètre secours. Elles ont été écrites après la catastrophe de la seconde guerre mondiale, à un moment où l'histoire offrait en occident un peu d'espoir. Difficile aujourd'hui d'être contemplatif, quand on sait que le monde qu'on laisse à nos enfants ressemble déjà à l'enfer.
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dimanche 5 janvier 2020

Piafs, Quai de Loire


Voilà,
c'était début Décembre, quai de Loire, où je passais assez souvent sur le chemin de la salle de répétition. C'était le début du  mouvement de grève contre la réforme des retraites. Il y avait cette peinture, sans doute réalisée dans l'année, honorant à sa façon les gilets jaunes. Des gens ont tagué à la bombe, leur exaspération à l'égard de ce mouvement de protestation. La ville est vivante, son histoire s'écrit sur les murs. Toutefois s'y déplacer s'avère depuis un mois assez problématique sinon chaotique.
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vendredi 3 janvier 2020

Les Libraires



Voilà,
"Les libraires étaient les plus à plaindre de tous, parce que c'était sur eux plus que sur toute autre chose que pesaient toute l'abomination et l'abjection de l'histoire humaine et tout le désarroi et toute la pitoyable misère de l'art et qu'ils avaient toujours à craindre d'être écrasés par ce fardeau antihumain. Le libraire qui prend son affaire au sérieux est le plus à plaindre de toute l'espèce humaine, parce qu'il est confronté jour après jour et sans interruption à l'absolu non-sens de ce qui a jamais été écrit et éprouve comme aucun autre le monde en tant qu'enfer, avait dit Goldschmidt à Koller."
" (Thomas Bernhard in "'Les mange-pas-cher") 
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jeudi 2 janvier 2020

Heureux deux janvier



Voilà, 
je retranscris ce message du journaliste Alex Taylor, paru il y a deux ans et auquel je souscris pleinement : "Heureux 2 janvier à tous ceux qui n'aiment pas les fêtes ! Message un peu à contre-courant mais, je me suis dit - why not :) Comme pas mal de gens (et qui n'osent pas trop le dire sans doute) - quand on est célibataire et sans famille (j'ai la chance d'avoir de très bons amis of course !), mais les "fêtes" de fin d'année c'est plutôt franchement la galère, une épreuve à passer où l'on est mis face plutôt à des absences dans sa propre vie, que ce soit de son fait ou non. Donc je suis toujours ravi de retrouver la normalité le lendemain de tout ceci, où ces vides ne sont pas si "voyants" que lors de ces fêtes imposées par la foi d'autrui ou par l'arbitraire du calendrier. J'ose penser que, dans le tumulte de messages souriants ici qui sont vraiment extra, (et ce n'est pas du tout pour ne pas partager leur joie) je ne suis peut-être pas le seul qui pousse un grand "ouf" ! Du coup, j'attends toujours le 2 janvier pour renouer avec la vraie fête - celle de ma vie normale et quotidienne, celle de tous les jours où l'on peut trinquer avec des amis formidables tout simplement parce qu'ils sont toujours là, quoi qu'il en soit, hors guirlandes et sans feux d'artifices ! Donc je dis - Happy 2nd of January everyone !! :)"

mercredi 1 janvier 2020

Nouvel an



Voilà
"Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant."
 (Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.

dimanche 29 décembre 2019

Tenir à distance


Voilà,
parfois au spectacle de tous ces gens qui prennent des photos et auxquels, contre mon gré, je ressemble inévitablement, il m'arrive d'être pris de découragement. Je sais que je fais cela, non pour capter le réel, mais plutôt pour le tenir à distance. Souvent ce n'est pas un lieu, une personne ou une situation que je saisis, mais une idée qui me passe par la tête. Combien parmi les gens qui photographient le font-ils aussi, pour donner une forme à leur inquiétude ? 
"En moyenne, chaque jour, plus de 55 millions de photos sont publiées sur Instagram et 350 millions sur Facebook." (Linked with the weekeknd in black and white)

mardi 24 décembre 2019

Les cent ans de Pierre Soulages




Voilà,
Aujourd'hui le peintre Pierre Soulages a cent ans, je me permets ce modeste hommage à ma façon 
avec ces trois gros plans d'une bâche en plastique noir, aperçue par un matin humide, un été, quelque part en Aveyron

jeudi 19 décembre 2019

Sapin de Notre-Dame


Voilà,
je me suis souvenu de ce grand arbre de Noël devant Notre-Dame que j'avais photographié il y a quelques années. Le cherchant dans mes dossiers je ne pensais pas devoir remonter si loin. C'était donc Noël 2014. Aujourd'hui, en raison des travaux, le parvis n'est plus accessible et pour la première fois depuis longtemps, il n'y aura pas de messe de Minuit, là-bas. Voilà une chose que je n'aurais pas faite dans ma vie. Assister à une messe de minuit à Notre-Dame. C'est une lubie que j'ai quelquefois eue. Mais bon, après tout je suis un affreux mécréant, et si j'ai ce fantasme, c'est sans doute quelque chose qui vient de l'enfance, des calendriers de l'avent où l'on voit des petites églises mignonnettes avec de bon chrétiens qui s'y rendent. Ça doit être l'esprit de Noël. Quoiqu'il en soit, je réécoute comme d'habitude à cette époque les mêmes disques, je me prête aux mêmes rituels, et c'est avec allégresse et sans aucune honte que je régresse. De toute façon je m'en fiche puisque personne ne me regarde. Sinon à part cela, il fait un temps anormalement doux sur Paris, bien que le climat social soit très frais.

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dimanche 15 décembre 2019

Dans la forêt des songes

  
Voilà,
peu de mots et une image à la fois simple et fulgurante où il est question de fièvre apaisée. Tu n'oses y croire. Cela te déconcerte. Pourtant tu voudrais à jamais demeurer à cet endroit où quelqu'un t'imagine à ton grand étonnement. Et tu te prends à rêver d'un monde d'enfance et d'apparitions, de fées et de lutins où les corps se transforment au gré des âmes, ces papillons qui butinent à tous les âges de la vie. Un monde où ces mots te feraient sur-le-champ coupeur de feu, magnétiseur, rebouteux, donnant un sens à tout ce qui te traverse, ou bien te changeraient en parfum en musique en un léger souffle d'air, en embrun en caresse en lumière, en cette pierre bleue roulée qui porte son nom et dit-on, chasse les craintes rassure donne courage et attire la chance.
Et tu te souviens qu'en japonais Musubi est le mot qui désigne le lien émotionnel et invisible qui relie deux personnes
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jeudi 12 décembre 2019

Comme la drogue qui me répugne

 

Voilà,
"Écrire c’est comme la drogue qui me répugne et que je prends quand même, le vice que je méprise et dans lequel je vis. Il est des poisons nécessaires, et il en est de fort subtils, composés des ingrédients de l’âme, herbes cueillies dans les ruines cachées de nos rêves, coquelicots noirs trouvés sur le tombeau de nos projets, longues feuilles d’arbres obscènes, agitant leurs branches sur les rives sonores des eaux infernales de l’âme.
Écrire, oui, c’est me perdre, mais tout le monde se perd, car vivre c’est se perdre. Et pourtant je me perds sans joie, non pas comme le fleuve qui se perd à son embouchure – son seul but, depuis sa source anonyme –, mais comme la flaque laissée dans le sable par la marée haute, et dont l’eau lentement absorbée ne retournera jamais à la mer." Pessoa in Le Livre de l'Intranquillité
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mardi 10 décembre 2019

Inventaire de quelques menues perplexités


Voilà,
Je ne sais pas pourquoi j'ai une passion pour les housses de couette et les parures de lit, et je dois me réfréner car j'ai souvent la tentation d'en acheter alors que je n'ai ni un grand appartement ni beaucoup d'argent
Je ne sais pas pourquoi la mélancolie me saisit quand j'entends des airs de variétés que je trouvais autrefois complètement nuls, ou bien de vieilles chansons indochinoises qu'on diffuse parfois dans les restaurants vietnamiens de province.
Je ne sais pas pourquoi l'humanité met une telle frénésie à détruire son environnement et son espace vital alors qu'elle sait très bien que c'est un suicide collectif
Je ne sais pas pourquoi je continue à m'exprimer sur ce blog et d'en être l'esclave alors que je n'ai plus beaucoup d'inspiration, et qu' il suffirait simplement de publier des photos et hop le tour serait joué
Je ne sais pas pourquoi les noms des instituteurs de l'école primaire de Biscarrosse-Bourg me restent en mémoire : il y avait Mr Sajou qui s'occupait de CE2, Mr Robert le directeur, Mr Peyreigne qui s'occupait des CM1 et Monsieur Despons qui avait en charge les CM2 enfin en tout cas durant les deux années que j'ai passées  dans ce groupe scolaire
Je ne sais pas pourquoi les journalistes de vulgarisation scientifique se mettent à fantasmer sur une certaine super planète possiblement habitable dans un système solaire situé à 31 années-lumière de la terre, alors que la probabilité de s'y rendre est absolument nulle au regard de nos connaissances et de notre technologie.
Je ne sais pas pourquoi, à mon âge encore, je suis aussi déçu et même très triste lorsque les All Blacks perdent un match 
Je ne sais pas pourquoi, j'ai soudain été saisi par cette tête déformée à travers les verres d'un bar où se rendent forcément de nombreux photographes
Je ne sais pas pourquoi, je suis incapable de me concentrer sur des tâches de bricolage domestiques alors que j'ai désormais plus de temps libre qu'auparavant.
Je ne sais pas pourquoi je repense à ce fait divers survenu en Décembre 2010 : lors d'une dispute sur l'existence de Dieu entre quatre russes ivres après avoir bu un litre d'alcool pur, l'affaire a tourné au pugilat et s'est soldée par la mort de deux d'entre eux
Je ne sais pas pourquoi je songe soudain à l'entrée de cette maison que j'ai autrefois photographiée. Peut-être parce que je réalise que c'est là que j'ai pour la première fois cueilli du basilic et que son odeur me ramène toujours à cet endroit.
Je ne sais pas pourquoi il m'arrive parfois d'éprouver de la honte pour des connards dont je n'ai rien à foutre Il y a, d'ailleurs un mot en finnois pour désigner cet état Myötähäpeä (qui se prononce "meuhtaapear")) : par exemple la gêne ressentie (redoublée par l'odeur nauséabonde que ce grand fumeur exhalait)  devant l'auteur médiocre qui, en présence d'un parterre d'étudiants, évoquait "son œuvre", définissait son travail "à la fois symbolique et philosophique", et retraçait son parcours en filant des métaphores toutes plus convenues les unes que les autres. Va te branler pauvre naze. 
Je ne sais pas pourquoi mais lorsque l'urologue m'a demandé combien de temps s'écoulait entre la dernière et l'avant dernière goutte, je me suis senti pris de court et j'ai songé à toutes les choses intéressantes que j'aurais pu faire dans ma vie et que je n'ai pas réalisées.
Je ne sais pas pourquoi je parle si souvent du non sens, et de l'absurdité de la vie alors que je suis persuadé que seul importe l'amour que l'on peut partager (mais c'est peut-être cela qui est absurde)
Je ne sais pas pourquoi mais un jour, entendant par hasard à la radio un morceau du groupe Blitzen Trapper intitulé "destroyer of the void", j'ai cru pendant quelques secondes que je devenais fou. Peut-être parce que cela ressemblait en même temps à trop de morceaux et de groupes des années soixante dix, (Queen, Bowie, Yes). Quoi qu'il en soit, depuis je n'ai jamais osé le réentendre
Je ne sais pas pourquoi mais il m'arrive de m'éloigner du monde, et de penser que je devrais seulement désormais me préoccuper du chemin qui me conduit à ma disparition, à mon effacement, à ma mort que j'espère paisible, bien que les tumultes du monde ne rendent guère cela probable. 
Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai tendance à me méfier d'un philosophe qui déclare tout de go "mon rapport aux chansons est tout à fait distant".
Je ne sais pas pourquoi me revient assez souvent en mémoire l'image de ce musicien de jazz vu dans un petit club parisien, et dont je ne me rappelle pas le nom, mais qui lors de ce concert ne semblait pas être tout à fait là, ou là simplement par intermittence, quand il jouait de son saxo. Lorsqu'il laissait la place à ses partenaires il se retirait vers le fond du plateau. Par moment il était dans la musique, à d'autres il n'y était plus. Quelque chose paraissait l'entraîner loin dans ses pensées. Je m'interrogeais. Était il amer ? Avait-il l'impression de ne pas avoir la reconnaissance qu'il méritait ? Plus tard, il avait introduit un morceau en le dédiant à sa femme morte, et je n'avais pas pu m'empêcher de faire un lien entre ceci et cela.
Je ne sais pas pourquoi mais je trouve extraordinaire que des gens puissent se passioner pour les fourmis au point d'en faire leur métier, qui a nom très rigolo d'ailleurs. Bonjour je suis mimicologue.
Je ne sais pas pourquoi cette phrase extraite que Maupassant fait dire à un personnage d'une de ses nouvelles, me réjouit autant  "je crois bien que j'ai gagné la même maladie que Monsieur. C'est mes nuits qui perdent mes jours"
Je ne sais pas pourquoi je consigne cet inventaire ni pourquoi je l'achève ici. C'est un peu comme les collections ou la thèse de M.A. Il est toujours possible d'y ajouter quelque chose.
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mercredi 4 décembre 2019

Mono no aware


Voilà, 
il existe une expression japonaise —en fait, un concept théorisé au XVIIème siècle par le penseur Motoori Norinaga — "mono no aware" pour désigner la beauté mélancolique qui se manifeste dans toute chose du monde lié à la conscience que tout est transitoire et éphémère. Je ressens parfois cela. Et particulièrement quand je reviens place Furstemberg, et en particulier au 4 devant la vitrine de ce cabinet de curiosités que j'ai toujours connu et dont le charme toujours renouvelé me saisit à chaque fois. Car l'exposition de ces objets disparates surgis de passés et d'horizons divers, et subtilement assemblés, renvoie à des chagrins d'enfance éprouvés lorsque par exemple, à la beauté d'un paysage, s'opposait la bêtise abrupte de ceux qui m'avaient mis au monde. 
Puisque j'avais été engendré, pensais-je alors, par des individus capables de proférer tant d'horreurs, et de se vanter de celles qu'ils avaient autrefois commises, je ne pourrais donc jamais avoir accès à toutes les splendeurs offertes par la nature auxquelles ne semblaient pas être sensibles ceux qui, rêvant pour moi d'un destin semblable au leur, prétendaient m'élever quand en fait ils ne s'employaient qu'à m'abaisser.  Il me fallait chaque jour subir l'antienne de la rancœur et de leur désir de soumettre non seulement tous ceux qui ne leur ressemblaient pas : les "péquins", les civils, et par extension les "nègres", les "bougnoules" les "niakoués", sans oublier les communistes  et les intellectuels, mais encore tout ce qu'ils n'étaient pas en mesure de comprendre. Oui, j'ai longtemps grandi là-dedans. Dans ce microcosme où la beauté est une offense, parce qu'elle relève du sensible et que se laisser captiver par la beauté apparaît comme un signe de faiblesse. Quiconque en est pourvoyeur, trouble l'ordre et fait acte de résistance voire de sédition.

Plus tard, il m'arriva d'être recueilli par des personnes qui avaient du goût pour les choses autant que pour les êtres, et qui étaient dénués de l'arrogance ou de la condescendance qui caractérisent souvent les riches. Ils furent les premiers à me parler, non comme à un inférieur hiérarchique, mais comme à un de leurs semblables.  Ils m'apprirent à considérer le monde autrement qu'on me l'avait appris. Mais il est de secrètes hontes qui ne vous lâchent pas — des livres ont été écrits là-dessus — celles par exemple qui ont trait au manque de discernement, qui trahit les origines. Comme lorsqu'on se retrouve au restaurant et qu'on le ne comprend pas pourquoi tant de verres ni à quoi peuvent servir tous ces couverts. Encore aujourd'hui, j'ai cette crainte que l'emprise subie durant les premières années ne se soit pas totalement relâchée. Dans ces vitrines se trouve quelque chose d'inaccessible. Je ne parle pas de la possibilité ou non d'acquérir un de ces objets, non, ce n'est pas de ça dont il s'agit, ce qui est inaccessible c'est la familiarité avec ces objets. Les toucher me semble impossible. Peur de les salir, de les abîmer. Dans la vitrine, ils perdent de leur réalité en se fondant dans le reflet de la vitre qui les protège. En fait c'est moins eux que je photographie, que l'illusion qu'ils représentent. Et peut-être même est-ce l'adolescent qui, déjà fasciné, traînait autrefois dans les parages, qui incite aujourd'hui l’adulte qu’il est devenu à appuyer sur le déclencheur, pendant qu'il songe en ce lieu pérenne à quelques virtualités inabouties.  
Tiens, j'y pense à présent, un de ces jours, je publierai le récit de ma première rencontre à 17 ans avec l'Auteur Dramatique de Renom, mais aussi à l'époque, un des cadres dirigeants de la filiale française d'une grande entreprise américaine. (Linked with weekend reflection)

dimanche 1 décembre 2019

Cité Véron


Voilà,
j'ai pris ces deux photos le 26 Novembre en sortant de la salle de spectacle "Théâtre ouvert", cité Véron, une impasse située à proximité du Moulin-Rouge, au fond de laquelle se trouve aussi l'appartement où résidait Boris Vian. Théâtre ouvert est un lieu dédié aux écritures théâtrales contemporaines que je connais depuis longtemps. Il a été fondé en 1971 par Lucien et Micheline Attoun, qui étaient là hier soir, bien que cela fait de nombreuses années qu'ils n'en assurent plus la direction. Je me souviens m'y être souvent rendu dans les années 80. C'était un lieu d'effervescence où l'on pouvait croiser des auteurs de théâtre vivants. En 1988, alors que le théâtre était menacé d'asphyxie budgétaire j'avais participé à un événement intitulé le marathon des auteurs. Ceux-ci écrivaient en se relayant pour occuper le lieu vingt quatre heures sur vingt quatre et des acteurs dont je faisais partie lisaient les textes fraîchement rédigés. C'est là que j'ai fait la connaissance de Jean-Paul Wenzel, et aussi de Jasmina Merelles qui est depuis retourné vivre au Brésil. D'ici peu, ces deux salles seront récupérées par la boîte de nuit attenante au Moulin Rouge qui en détient le bail et Théâtre ouvert devra déménager.
L'autre soir, avant la lecture du texte de Guillermo Pisani, intitulé "Je suis perdu", j'ai croisé Danielle G. que j'ai toujours plus ou moins connue depuis que je suis dans ce milieu. Elle s'est cassé le poignet en tombant, et m'a fait l'inventaire de toutes ses chutes au cours de ces derniers mois puis a fini par me dire combien vieillir lui devenait insupportable. Heureusement j'ai aussi croisé Lila K, à l'autre extrêmité du spectre, une étudiante que j'avais aidé à travailler il y a quelques années qui doit avoir un peu plus de vingt ans. J'étais flatté qu'elle me reconnaisse et vienne vers moi. Enthousiaste, elle a plein de projets, d'envies et passer un petit moment avec elle et boire un verre en sa compagnie, fut assez réconfortant. Je l'ai laissée assister à la lecture suivante qui ne m'intéressait pas, et en sortant j'ai pris ces deux photos, en me disant que peut-être je ne reviendrai pas de sitôt ici...
j'aime particulièrement le graphisme de cette silhouette dessinée sur le mur face à l'entrée de la salle.
(Linked with Colourfulworld)

dimanche 24 novembre 2019

Petite ceinture


Voilà,
cette photo je la prends en fin d'après midi un jour du mois dernier où je me baguenaude du côté du quinzième arrondissement sur le site de l'ancienne petite ceinture dont certains tronçons ont été réaménagés en promenade pédestre. Ce jour là, je me suis presque obligé à sortir. "Faut marcher" a dit le docteur, "faire de l'exercice". Moi j'ai plutôt tendance à beckettiser dans mon lit, à me lever tard. Quand il faut bosser je n'ai pas envie d'y aller. J'ai le moral en berne sans trop savoir pourquoi. Mais comme il soleille dehors  et que l'été s'attarde, je me dis pourquoi pas, des idées viendront peut-être en marchant. Mais d'idées, point. Des sensations, des souvenirs plutôt. Mon esprit va à hue et à dia à sauts et à gambades comme disait si joliment Montaigne. Oh il ne va pas bien loin, mon esprit, il musarde dans de modestes regrets, comme de n'avoir jamais pris le petit train d'Auteuil (malgré Verlaine, "Âme, te souvient-il, au fond du paradis / De  la gare d'Auteuil et des trains de jadis", ou de ne m'être jamais permis de franchir l'entrée des entrepôts de Bercy lorsque l'activité y battait encore son plein. 
Et puis je ne sais plus comment j'en viens à songer à ce drôle de monde où de lointains inconnus dont j'ignore le timbre de la voix la démarche la façon de s'habiller sont insidieusement devenus proches. Je pense à cette femme sans apparence plus précisément aux trois lettres de son nom qui la désignaient comme la compagne de l'homme que je ne connais pas mais dont régulièrement je prends depuis des années des nouvelles en consultant son blog, depuis qu'un jour je suis tombé sous le charme de sa production photographique. Ils avaient pourtant eu l'air de bien s'entendre. Je les avais enviés de pouvoir se balader en scooter de nuit dans les rues de cette ville de Floride. Sa vie, ses remarques, son journal de bord m'étaient devenus familiers, et j'avais éprouvé de la peine pour lui à la lecture de cette nouvelle : les trois lettres avaient un jour quitté sa maison. De nouveau il se retrouvait seul. Et puis pendant plusieurs mois, il a disparu des écrans. Un jour il a recommencé à donner de ses nouvelles. II avait eu un très grave accident, et il s'en était fallu de peu pour qu'il mourût. Il avait du traverser les épreuves de l'hospitalisation, mais les trois lettres étaient de nouveau à ses côtés. De nouveau je regarde ses mots ses images. Je l'imagine. Je le suppose. Je l'invente à partir de ses informations qu'il me donne de lui. Il devient une sorte de personnage. Comme nombre de blogueurs qui suscitent mon attention et ma curiosité. 
Et puis je vois ce mur peint je pense à Sami du côté de Perth et à Gracie aussi dans la même ville. Ensuite quatre autres lettres sur un autre blog où dans les chatoyantes couleurs de l'été du noir se broie. Souvent bien des fantômes rôdent parmi les paysages et les souvenirs mêlés qui se donnent à lire. Et puis il y a les poèmes et les histoires en langue espagnole quelque part collectés et partagés depuis un īle des Baléares. En marchant je songe au plaisir enfantin de découvrir ces trésors qui sont comme les pochettes-surprise de l'enfance, ou le cadeau qu'on trouvait autrefois dans les boîtes de lessive Bonux. Tout en réalisant qu'un jour Bonux ne signifiera plus rien pour personne, je me demande comment vit celle qui les traduit en français pour ses lecteurs. Quel est le grain de sa voix, la couleur de ses yeux ? À quoi ressemble sa maison ? Et le philosophe sans qualité qui musarde du côté de Biarritz ? J'envie ses élèves auxquels il dispense des cours. J'aime son ironie distante et l'élégance avec laquelle il manie le sarcasme. Le visiteur qui m'aimait bien, écrivant de subtils poèmes un jour a disparu de la circulation, que devient-il ? Et le misanthrope de Lons-le-Saulnier qui ne donne plus de nouvelles. J'espère qu'il va bien. J'en profite parfois pour parcourir des billets ancien de son blog si érudit si drôle et si joyeusement vachard. Ça me requinque. L. pour sa part a totalement déserté les écrans, alors même qu'elle y écrivait des textes très intimes et très beaux. Et tant d'autres qui me sont devenus familiers. Avec certains  se produisent parfois des échanges, inévitablement superficiels mais toutefois rassurants. Même éphémère une rencontre s'est produite. Écrit on pour se lier, pour se libérer d'une chose trop lourde ? Pour s'alléger ? Pour partager une expérience ? Parce qu'on espère un semblable ? Pour partager un constat ? Pour explorer ou trouver une forme ? Par hygiène ? Pour donner une apparence supportable à sa confusion ? Pour ma part je ne sais pas vraiment. J'écris sans doute pour la femme que ma fille deviendra plus tard. Oui c'est très probable. Pour quelques  autres qui me font confiance, et me soutiennent. J'écris pour combler l'écart entre ce que je vois et ce que je ressens, même si parfois je ferais mieux de fermer ma gueule. J'écris pour ne pas laisser une image toute seule. J'écris parce que je peux encore le faire.
Et songeant à cela je réalise que je ne suis pas en train d'écrire mais de marcher sans but, et que tout ce qui me traverse, je n'arriverai peut-être pas à le restituer, alors il faut faire vite trouver un bus et rentrer chez soi. Dommage, j'étais sur le point de téléphoner à Lionnel, qui habite non loin et que je n'ai pas vu depuis longtemps.


Pour ceux que l'histoire de la petite ceinture intéresse

mercredi 20 novembre 2019

Poupée clouée et autres souvenirs


Voilà,
tu m'as demandé un soir si tous nos souvenirs étaient entreposés dans notre cerveau. Oui, sûrement avais-je répondu. Ce n'est bien sûr qu'une intuition, mais il me semble que si peu de cet organe est utilisé que ce qui est oublié doit être stocké quelque part. Sinon comment expliquer que me soit revenu comme ça, sans raison particulière, sur un quai de gare de banlieue, le souvenir d'Assunta, que les filles de la maison appelaient Sunt, cette vieille italienne austère, au visage émacié, toute de noire vêtue, qui parlait très lentement avec une voix grave. Elle venait quelquefois faire le ménage dans la maison de Châteaudouble, en tout cas, c'est sûr, le premier été de 1973. Elle ne souriait jamais et semblait promener un morne ennui sur toutes les choses qu'elle époussetait. Je ne me souviens pas de l'année où elle a cessé de venir. Dès cet été là, chaque fois que je me promenais dans la campagne, j'étais intrigué par les interventions de Marguerite, la chevrière sauvage que j'ai déjà évoquée il y a longtemps dans ce blog. Je crois que ce personnage fascinait particulièrement Agnès et elle m'avait immédiatement mené sur ses traces. Cette photo date de 1983, et l'on peut comprendre pourquoi j'ai été assez sidéré par cette vision. C'était à l'époque où nous aimions beaucoup les tableaux du peintre surréaliste yougoslave Dado, dont beaucoup représentaient des nouveaux-nés exposés sur des étals de bouchers, et il est possible qu'à ce moment-là j'y ai pensé. Ainsi donc un souvenir appelle une image, qui convoque d'autres souvenirs. Je crois que je suis en perpétuel état d'errance, qui est le nom qu'on donnait autrefois à certains état de folie. L'errance était bien ce qui caractérisait Marguerite, capable de parcourir des kilomètres pour accrocher ses objets et aussi ses imprécations qu'elle notait sur des cartons cousus ensemble et qu'elle attachait ensuite au tronc des arbres.
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lundi 18 novembre 2019

Enfants la nuit dans un magasin biocop


Voilà,
"Parmi les choses que les gens n'ont pas envie d'entendre, qu'ils ne veulent pas voir alors même qu'elles s'étalent sous leurs yeux, il y a celles-ci que tous ces perfectionnements techniques, qui leur ont si bien simplifié la vie qu'il n'y reste presque plus rien de vivant, agencent quelque chose qui n'est déjà plus une civilisation ; que la barbarie jaillit comme d'une source de cette vie simplifiée, mécanisée, sans esprit ; et que parmi tous les résultats terrifiants de cette expérience de déshumanisation à laquelle ils se sont prêtés de si bon gré, le plus terrifiant est encore leur progéniture, parce que c'est celui qui en somme ratifie tous les autres. C'est pourquoi quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : "Quel monde allons nous laisser à nos enfants", il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante : "A quels enfants allons nous laisser le monde ?" (Jaime Semprun in "L'Abîme se repeuple")
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mercredi 13 novembre 2019

L'autre qui porte mon nom



Voilà,
L'autre qui porte mon nom 
a commencé à me méconnaître. 
Il se réveille où je m'endors, double la conviction que j'ai de mon absence,  
occupe ma place comme si l'autre était moi, 
me copie dans les vitrines que je n'aime pas, 
creuse les cavités que j'élude, 
déplace les signes qui nous unissent 
et visite sans moi les autres versions de la nuit.

Imitant son exemple,
 j'ai commencé à me méconnaître. 
Peut-être n'est-il d'autres manière 
de commencer à nous connaître
(Roberto Juarroz)

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