jeudi 3 juillet 2014

Buvette au bois


Voilà,
trop de pensées se bousculent auxquelles les mots n'ont pas accès. Égaré, accablé sous le poids d'une tristesse sans objet. Affleure le souvenir d'un dimanche paisible. D'une longue balade en vélo dans le bois. Et aussi l'étrange sensation éprouvée là, et heureusement partagée à proximité de cette buvette. Un silence inquiétant presque irréel dans la chaleur lourde d'un été précoce. Ce moment qui, secrètement revendiquait son statut d'image. C'était bon alors de n'être pas tout à fait seul.

dimanche 29 juin 2014

La Découverte du soir

Place Henri Mondor (Juin 2014)

Voilà,
tandis que tu fais une chose ou l’autre
quelqu’un est en train de mourir

tandis que tu brosses tes souliers
tandis que tu cèdes à la haine
tandis que tu écris une lettre prolixe
à ton amour unique ou non unique

et même si tu pouvais parvenir à ne rien faire
quelqu’un serait en train de mourir
essayant en vain de rassembler tous les coins
essayant en vain de ne pas regarder fixement le mur

et même si tu étais en train de mourir
quelqu’un de plus serait en train de mourir
en dépit de ton désir légitime
de mourir un bref instant en exclusivité

c’est pourquoi si l’on t’interroge sur le monde 
réponds simplement quelqu'un est en train de mourir

Longtemps j'ai cru que c'était un poème zen. En fait jusqu'à maintenant. En tapant les premières lignes sur un moteur de recherche pour en trouver l'hypothétique auteur chinois ou japonais, je viens de découvrir que c'est un poème de Roberto Juarroz datant de 1958. Je me souviens très bien dans quelles circonstances j'ai eu connaissance de ces vers. C'était en 1985 au Théâtre de la Tempête. Deux sœurs l'une qu'on surnommait Billie et l'autre prénommée Ghislaine tenaient le bar. C'étaient des filles vraiment sympathiques. Je crois que c'est Billie qui m'a montré ce texte qu'elle avait photocopié, et que j'ai recopié à la main, un soir, après une représentation du spectacle "Rêves de Kafka". Un jour je me suis décidé à le mettre dans mon ordinateur. Il m'est arrivé de lire de temps à autre et par hasard des textes de cet auteur, et à chaque fois je trouvais ça vraiment bien. Cette fois c'est sûr je vais considérer cette œuvre plus attentivement.

samedi 28 juin 2014

Notre affaire est de passer


Voilà,
quelque chose se brouille dans la mémoire se déforme se distord c'était alors un paysage familier le café "Le village" est encore là et "le bar des pipos" aussi mais le chinois où j'ai pour la première fois mangé des pâtisseries au glutamate a disparu la forme des voitures a changé je suis là je suis moi aussi encore là j'arpentais ces rues le soir dans mon lit j'écoutais cette cassette dont j'ai depuis reconstitué la playlist et il y avait "When?" ce morceau terriblement angoissant de Jimmy Castor Bunch des visions me venaient de ces imprécations nocturnes et j'imaginais que je serai un autre homme que celui que je suis devenu accablé de fatigue mais à présent le monde s'efface doucement pas simplement celui que j'ai connu mais celui dans lequel je vais encore au gré du hasard oui il disparaît peu à peu sans doute parce que je ne le comprends plus que je n'ai plus envie de faire l'effort de le comprendre oui il s'effrite se disloque pareil à cette idée de l'Europe qui était alors dans l'air et moi aussi je disparais m'efface doucement de ce monde gouverné par des somnambules qui nous mènent au désastre ou bien est-ce le monde qui m'efface car il n'y a guère plus de place pour les gens de mon espèce bof ce n'est pas si grave après tout seules importent les sensations éprouvées les émotions ressenties je parle des bonnes évidemment je pourrais me dire comme Machado "Il n'y a pas de chemin, rien que des sillages sur la mer. Tout passe tout demeure, et notre affaire est de passer, de passer en traçant, des chemins sur la mer" ouais mais vu d'ici putain quand même la marée est bien basse 

mardi 24 juin 2014

Touristes au pied de la tour Eiffel


Voilà,
c'est la photo du jour 
je ne suis pas complètement satisfait du cadre
mais elle me plaît bien quand même 
juste pour le cycliste et la petite fille
il fallait faire vite
shared with  art journal journey

lundi 23 juin 2014

Exposition Martial Raysse


Voilà,
il y a la silhouette de ce type vu à plusieurs reprises photographiant des toiles pendant sa visite. J'émets des hypothèses : regarde-t-il sur l'écran de son appareil numérique les photos qu'il a accumulées au cours de l'expo ? Ou plus simplement celles qu'il vient tout juste de prendre ? Peut-être est-il seulement en train de lire ses SMS ou consulter sa messagerie... Et puis il y a ces personnages enfermés dans la toile qui, surgis de la vision d'un poète, se tiennent là au bord d'un autre monde... Et encore ce grand vide entre la peinture, l'homme de dos et moi qui suis là par hasard. Je ne sais pas, tout à coup l'instant exige de ne pas sombrer dans l'oubli. Je déclenche. (Linked with the weekend in black and white

jeudi 19 juin 2014

La vision d'un idiot


Voilà,
ce détail, il fallait vraiment l'apercevoir. Il était bien caché à peine visible. Au ras du sol. Mais il m'est apparu tout à fait digne d'intérêt et de considération. Oui, j'ai pensé qu'il devait prendre tout le cadre, que ça méritait bien plus qu'une furtive attention. Un jour je ne m'intéresserai plus qu'à ça, je crois. Aux menues choses, aux broutilles, aux bagatelles, aux anomalies. Je ne raisonnerai plus. Je ne dirai plus rien qui veuille avoir du sens. Je ne dirai plus rien. Je suis trop fatigué. Je ne supporte plus toutes les conneries que j'entends de la bouche d'hommes et de femmes qui ont des grandes responsabilités nationales ou bien aspirent à en avoir et qui sont d'une inculture crasse, d'une sottise à bouffer du foin. Parfois cela me donne des envies de meurtre. Alors tant pis si l'on me regarde comme un idiot. Si l'on pense que j'en suis un. Je préfère mon idiotie à leur connerie. Mon idiotie cherche à trouver de la beauté là où ordinairement on ne la distingue pas. Leur connerie souille et avilit tout ce qu'elle touche. Parce qu'il y a souvent beaucoup de méchanceté dans la connerie. (shared with try it on tuesday challenge -

mercredi 18 juin 2014

Un graffiti qui résiste


Voilà,
un graffiti resté gravé dans une impasse du quinzième arrondissement. Je ne sais pas de quand il date. Je l'avais photographié il y a quatre ans. J'ignore s'il y est encore.

samedi 14 juin 2014

Tout fait signe rien ne fait sens


Voilà,
ces visages effacés, ces bouts de corps, ces inscriptions vouées à disparaître sous d'autres images, ces agencements hasardeux de traces de fragments, ne sont pas simplement pour moi des constructions graphiques, non,  ils me racontent aussi quelque chose de ce monde, de la misère de ce monde où rien n'est pérenne, où un slogan chasse l'autre, où  comme disait Baudrillard "tout fait signe et rien ne fait sens". Ces compositions éphémères et aléatoires rappellent aussi que nos fragiles existences sont pour la plupart à l'image de ces bribes. Du monde on ne perçoit que des éclats. On ne retient que des bouts, et c'est en lambeaux déjà qu'on s'obstine à y durer dans le vain espoir d'en comprendre quelque chose.

mercredi 11 juin 2014

L'écho


Voilà,
"j'ai crié dans la nuit que la vie est méchante et l'écho m'a répondu chante" 
(Baudelaire)

lundi 9 juin 2014

La force des choses


Voilà,
malgré la vue qui baisse, ou peut-être justement à cause de cela
ce qu'on se refuse à voir, un jour on le perçoit.
 Clairement. Nettement.
Et l'on en n'est pas pour autant plus léger ni plus heureux

mercredi 4 juin 2014

Une sculpture monumentale de très mauvais goût


Voilà,
c'est con d'avoir une si grosse bite et même pas toutes sa tête et pas de bras non plus 
pas pouvoir se la tenir pour pisser ni se faire une petite branlette

lundi 2 juin 2014

L'avenir radieux


Voilà
donc le job c'est ça. Mettre un costume, se rendre dans le quartier d'affaires. Y rencontrer régulièrement des inconnus dans des salles impersonnelles et climatisées. Payer de sa personne pour obtenir leur confiance un jour ou deux et d'une certaine façon, veiller sur eux, les accompagner sur un chemin qu'ils ne pratiquent plus depuis longtemps, le chemin qui conduit vers l'autre. Les encourager à retrouver un peu de tact dans les relations professionnelles qu'ils entretiennent avec leurs subordonnés, d'ailleurs appelés "collaborateurs", pour leur donner l'illusion d'être ainsi associés aux tâches qu'ils ont mission d'exécuter. Les conseiller afin qu'ils se rendent plus pertinents dans la transmission de messages imposés par leur hiérarchie et dont bien souvent le sens et la nécessité leur échappent. Ce n'est pas qu'ils soient stupides. Au contraire, pour la plupart, ils comprennent que le dispositif de la vaste et tentaculaire organisation qui les salarie a quelque chose d'absurde et d'incohérent. Le simple fait de sa perpétuelle réorganisation est d'ailleurs pour eux un symptôme dont ils n'hésitent pas à parler à demi-mots. Nombre d'agents restent d'ailleurs en attente de réponse sur les choix stratégiques de leur société. Segmentée en entités concurrentes à l'intérieur d'une même enseigne, l'Entreprise, au fur et à mesure que se révèle l'incapacité de ses dirigeants à rassembler les talents, mobiliser les énergies et les compétences sur un projet fédérateur, suscite un sentiment d'insécurité croissant dans sa population. Le déficit de communication le manque de transversalité, les surcharges de travail, l'absence de reconnaissance génèrent des souffrances psychologiques chez les salariés tributaires de ce que ces derniers appellent des "décisions politiques" sur lesquelles, selon eux, ils n'ont aucune prise. Tout est managé selon des normes de résultats, des indicateurs et des chiffres qui sont la plupart du temps truqués. C'est que chacun a peur de sauter s'il rend compte, à son échelle de la réalité de la situation. Aussi l'information, en interne, ne remonte pas, ou difficilement. D'où un malaise croissant. Par l'intermédiaire de prestataires externes l'Entreprise organise donc des formations comportementales aux titres martiaux où il est question d'affirmer ses positons, de communiquer pour convaincre, d'optimiser son potentiel. Là on dispense aux collaborateurs, l'art d'être assertif c'est à dire d'être patient envers ses subordonnés et poliment soumis à ses supérieurs. Ces formations pourtant commandées et validées par la Direction des Ressources Humaines, sont néanmoins en parfaite contradiction avec la logique et la pratique managériale des hauts-responsables de l'Entreprise. Aussi le job finalement se résume à requinquer un peu - afin qu'ils ne soient pas prématurément usés -  ces cadres qui disposent de trop peu de temps pour avoir ne serait-ce que l'opportunité de penser. Il faut à la fois former, mettre en forme, formater tous ces salariés entrevus et dont les visages s'effacent généralement aussitôt la session achevée. Romain Gramon est formateur. C'est son métier, c'est pour ça qu'on le rétribue. Il fait le job. 

dimanche 1 juin 2014

Un dimanche solitaire


Voilà,
c'était il y a quelques semaines un dimanche, je me souviens. Après m'être promené en vélo une partie de l'après-midi depuis les Invalides jusqu'au quai de Javel, j'avais eu l'envie de visiter le musée de la manufacture de Sèvres où je n'étais encore jamais venu. Une exposition sur Picasso et la céramique s'y tenait et j'avais aimé déambuler dans ce lieu nouveau pour moi. Une fois de plus j'avais pensé à Gérard Tiry, me demandant s'il connaissait cet endroit. A un moment saisi par une vive sensation de solitude (l n'y avait personne auprès de moi avec qui partager) j'avais éprouvé le besoin de partir. Ensuite, un peu maussade je m'étais attardé sur les bords de Seine au niveau de Meudon, face à l'île Seguin où désormais il ne reste plus rien des anciennes usines Renault. Ce type en train de téléphoner (désormais il y a toujours quelqu'un en train de téléphoner où que l'œil se porte). avait attiré mon attention et je n'avais pas immédiatement vu les canards apparaître au premier plan.

vendredi 30 mai 2014

Du côté de chez Caillebotte


Voilà
Comme on n'avait pas pu s'y rendre la veille on est allé à Yerres le lendemain
j'ai gardé mon imperméable
il n'a pas plu mais moi j'étais plus vieux oui d'un an plus vieux
c'était bien d'être là ensemble pour l'anniversaire
au bout d'un moment comme il faisait frais le "mastic" a changé d'épaules

dimanche 25 mai 2014

Météorologie


Voilà,
sous ces latitudes il songe comme on dit qu'en d'autres lieux il pleut il neige ou qu'il fait soleil. Les choses y sont mouvantes fugitives comme une odeur qui se laisse à peine saisir, un reflet un instant serti dans une éphémère transparence, une réminiscence évanouie aussitôt qu'apparue. C'est que tout est possible à Entrelande, autant qu'improbable. Ainsi, quelque part entre marge et lisière, une femme un peu mutine en chemise de pluie sous son manteau de fou-rire attend peut-être qu'un autre - qui te ressemble vaguement sans être vraiment toi - lui offre un bouquet de violettes ou une barquette de fraises. Mais pour le moment tu ne sais plus qui tu es. En tout cas pas l'homme au pied de l'escalier ni celui qui grimpe sur l'échelle. Oui, il songe car dans le ciel de tes yeux ou dans celui d'Entrelande brille un grand sommeil. Non loin, quelqu'un sifflote une chanson d'un autre siècle. Et c'est très bien comme ça. (Linked with weekend reflections)

mardi 20 mai 2014

Un peu plus qu'une ombre un peu moins


Voilà,
on croit n'apercevoir qu'une ombre, c'est une angoisse qui affleure. Devant tous ces livres qu'une vue déficiente rend désormais difficiles à consulter, l'idée s'insinue, qu'un jour on ne sera rien d'autre qu'une absence dont le contour finira bien par disparaître lui aussi. Consentir à l'inéluctable probabilité d'un temps où on ne sera plus parmi les choses ne va pas de soi. On a encore du mal à s'y résoudre. Et bien que la nécessité de l'envisager calmement, et de s'y préparer ne fasse aucun doute, le simple fait d'y songer suscite la crainte d'être déjà sur le point d'abdiquer. Comme si cette forme de démence qui nous entretient dans une illusion d'éternité, comme si cette aveuglante procrastination face à la perspective de notre propre néant était un signe de santé et de vitalité. C'est étrange cette obstination à vouloir durer, demeurer. Et une voix (c'est la conscience ou bien cet autre truc là, qu'on appelle le for intérieur ?) une voix une petite voix aigrelette nous murmure et répète comme une antienne "s'y être si peu attardé et si souvent cependant y avoir trouvé le temps long" 

dimanche 18 mai 2014

Un bouquet


Voilà,
depuis le 8 mai, anniversaire de la victoire de 1945, les murs de Paris fleurissent. De modestes bouquets ont été accrochés sous des plaques auxquelles ordinairement on ne prête guère attention. Un nom une date y sont gravés. Ils nous rappellent qu'en tel endroit quelqu'un est tombé sous les balles de l'occupant d'alors. Parfois le regard induit d'étranges associations. La liberté pour laquelle des gens (souvent jeunes) ont payé de leur vie parait aujourd'hui se résumer à cette silhouette aguicheuse. La Marchandise exige d'être consommée. Désormais c'est à elle qu'on se doit de rendre hommage. Il suffit d'y mettre le prix.

jeudi 15 mai 2014

A l'abandon


Voilà,
un jour je me suis retrouvé là, dans cette gare fantôme, gigantesque, perdue dans la montagne. Des gens avaient eu des grands projets pour cet endroit. Et finalement rien ne s'est passé comme prévu. L'Histoire a balayé des rêves d'ingénieurs, d'architectes, de planificateurs. Des rêves de grandeur. Ne restent désormais que des ruines et des épaves, sur lesquels des promoteurs immobiliers et des spéculateurs ont envisagé d'autres projets. Peut-être se sont ils réalisés depuis. Je n'ai pas trop suivi l'affaire comme on dit aujourd'hui. Pas plus que je n'ai pas pris la mesure du temps qui s'est écoulé entre le moment où cette photo a été prise et celui où j'écris ces lignes. Une chose est sûre : les gares abandonnées ont quelque chose d'effrayant pour moi. Elles me rappellent ces destinations vers lesquelles, en un temps pas si lointain, convergeaient, traversant toute l'Europe, des convois remplis d'hommes destinés à l'abattoir. 

mardi 13 mai 2014

Espiègle nuage


Voilà
ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent les gens je m'en fous. Si ça me plaît à moi de traîner, de rien foutre, d'aller de ci de là, de dormir la nuit sur un banc quand j'en trouve. Ou ailleurs. Hein ! en quoi ça les regarde. Je traîne. Et alors ? J'aime ça traîner. La nuit je traîne le jour je traîne. J'ai toujours mon cabas avec moi. C'est bien rare qu'il n'y ait pas quelques trucs à ramasser. Des trucs et des machins, et des bidules aussi. Là j'ai trouvé des bouts de fil électrique. Je ne sais pas à quoi ça peut me servir, mais on ne sait jamais. J'embarque. C'est toujours quand on ne les a pas qu'on a besoin des trucs. Ou des machins. Ou des bidules. Je crèverai pas sans rien. J'en aurais plein les poches. j'aurais des choses. Bientôt je serai comme ce mur. Je me fondrais dans ce mur. On ne verra pas la différence. De toute façon je fais déjà partie du paysage. Attention je ne ramasse pas n'importe quoi. A chaque chose, à chaque débris, correspond une idée. Oui j'ai encore des idées. il y en a que ça fait bien chier. Mais c'est comme ça. La bête rumine encore. Je n'ai pas dit mon dernier mot. D'ailleurs je les emmerde. Je crache par terre. Que ça leur plaise ou non. Et si ça me gratte, je me gratte. Un jour j'en pousserai un sous une bagnole il comprendra que moi faut pas me chercher, aussi vrai que je m'appelle Robert Ribier. J'avais un chien avant. Il est sale il a les yeux jaunes qu'ils ont dit. Ils l'ont piqué. Et moi j'ai gueulé vous me piquez pas. Ce qui leur faudrait à tous ces nazes c'est une bonne guerre. Regarde moi ces conneries. Ils ont collé une grimace là-haut. C'est les pompiers qui font ça ils ont des grandes échelles. Bah oui il n'y a que les pompiers pour faire des conneries comme ça c'est sûr. Ah ouais tu dis que c'est un nuage pas une grimace. D'accord, va pour le nuage. Pour ce que ça change. 

dimanche 11 mai 2014

Comme une idée qui prend forme


Voilà,
ce que j'écrivais il y a quatre ans (ici, ou bien  ou encore là) je le maintiens encore aujourd'hui. Et si j'y reviens c'est que ces publications n'ont pas eu alors beaucoup d'écho, leur diffusion était encore trop confidentielle. Quoiqu'il en soit, je me rappelle - même si cela pouvait à l'époque sembler quelque peu obsessionnel - combien l'apparition de ces images m'a apaisé et contribué à ce que je ne sois pas totalement privé de moi-même. Elles ont donné une forme à ma solitude et à ma détresse. Elles furent comme un talisman et m'ont aidé à traverser ces jours mauvais. Et quand j'étais en proie aux idées sombres, elles ont permis donner un contour à ce qui demeurait vague et confus. Hegel aurait parait-il déclaré que l'oeuvre d'art concrétise et incarne ce qui est abstrait. Je n'irai pas jusqu'à dire que ces images sont des œuvres, mais elles relèvent néanmoins d'une intention plus ou moins consciente et voisine de celle qu'exprimait le philosophe. Je crois me souvenir que cela a peut-être commencé dans une chambre d'hôtel à Nancy, mais je n'en suis plus tout à fait certain. Durant les mois qui ont suivi je suis resté fasciné par ce que je découvrais : l'image numérique émancipée de la lumière, simple surface optique composée de pixels, n'est en fait constituée que d'un ensemble d'informations ; par une suite d'approximations successives il est possible de la transformer de la triturer jusqu'à trouver des chemins vers sa part obscure ; les voies sont infinies ; ainsi l'image a sa vie propre ; elle peut se déplacer arbitrairement à l'intérieur d'elle-même et générer des formes aléatoires, des représentations abstraites. Ce qui me fascinait (mais je l'ai déjà dit je crois), c'était ce sentiment enfantin et régressif que l'image m'obéissait au doigt et à l'œil. Et puis c'était toujours là, à portée de main sur l'IPhone, comme un médicament que l'on prend dès que l'on se sent mal, comme une pompe à morphine à l'hôpital. Quand je sentais monter l'angoisse je me saisissais de l'appareil et j'intervenais comme le faisait Henri Michaux lorsqu'il s'ennuyait à Honfleur. Cela pouvait se passer dans le métro, une chambre d'hôtel, à la terrasse d'un café, dans mon lit pour donner un sens à une insomnie, à chacun de ces moments où la pensée s'égare et menace de vous faire chavirer. Je pouvais plier les images, les froisser, les chiffonner, les retourner sur elles même, les essorer, leur faire violence. À présent, je suis en mesure de considérer tout cela avec moins d'affects. Mais j'ai encore envie de quelque chose de nouveau. De formes pures et saisissantes. Intenses. 

vendredi 9 mai 2014

Traversé


Voilà,
parfois la nuit te disperse vers d'autres lieux, le matin me réveille où je ne suis pas
des mondes m'ont traversé, des spectres frôlé ton corps
et c'est en vain qu'entre songe et chimère on cherche à s'affranchir de l'informe fardeau du jour qui point.

mardi 6 mai 2014

Encore les mains, encore


Voilà,
Les mains n'aiment guère le repos. Surtout quand le reste du corps est contraint à une relative immobilité. Ainsi dans le métro il est rare qu'elles restent longtemps sans bouger. Sans que le besoin ne se manifeste de saisir quelque chose d'entrer en contact avec quelque chose. La vie moderne est ainsi faite que désormais il y a toujours un téléphone portable dont s'emparer. Persévérantes et obstinées, ainsi sont les mains. Je tiendrai coûte que coûte, tel est leur credo. Lorsqu'aucun objet ne se trouve à portée, alors les mains s'appellent s'agrippent s'étreignent. L'une dans l'autre encastrées, les voici qui s'abandonnent à leur rassurante harmonie. Bien sûr il en est toujours une plus volage plus dégourdie peut-être, plus émancipée et voyageuse que l'autre. Mais de façon générale les mains finissent toujours par se retrouver. Souvent je les regarde. Que ferions nous sans elles ? Ce sont elles nos meilleures amies. Pourtant nous sommes si habituées à elles que nous avons fini par les oublier.

dimanche 4 mai 2014

Entre Paupière et Regard


Voilà,
j'étais songe et matière, nuage et rivière, un cristal dans son ambre préservé, le promeneur sur la grève cheminant paisible aux premières lueurs. Mais j'étais aussi la pierre impassible sur le bord du chemin, le chant de la mésange, le bruissement du vent dans les hauts peupliers. Sans inquiétude, sans mesure ni limite, abandonné au doux vertige d'une étreinte bienveillante, flottant dans un énigmatique félicité, je passais de l'enchantement au mystère. Entre paupière et regard, émergeaient des formes changeantes. Et dans la chambre des murmures, la nuit docile faisait un grand remous de saisons mêlées.  

jeudi 1 mai 2014

À ce point tout de même


Voilà,
j'étais plutôt circonspect à l'époque. J'ai toujours pressenti dans les enthousiasmes populaires les lendemains qui déchantent. Très tôt j'ai fais mienne cette formule de Bob Dylan "Don't follow leaders", et je m'y suis tenu. Il fallait se débarrasser d'un crétin egomane et hystérique. Mais bon un con chasse l'autre. Arrive avec son style. L'incompétence demeure. Le mépris des citoyens aussi. Je ne pensais quand même pas que ce serait à ce point. Même si très vite j'ai eu des doutes. Et si ce qu'il se passe aujourd'hui n'était que la confirmation de ce que je redoutais ?

mercredi 30 avril 2014

Au train bleu


Voilà,
il traînait parfois le soir dans les gares songeant aux destinations où jamais plus il ne retournerait. Des femmes passaient qui détournaient le regard, évitant soigneusement le sien, lui qui attendait un miracle souhaitant que dans cette foule quelqu'un peut-être le reconnaisse. Mais les gens sont toujours pressés qu'ils reviennent ou qu'ils repartent toujours de passage. Il avait un jour mangé au restaurant Le train bleu" (c'était quand déjà si loin une autre vie). Dans cette confusion il ne savait même plus à quoi il ressemblait ; d'ailleurs il évitait les miroirs, détournait les yeux quand une vitrine lui offrait son reflet. Lui aussi avait autrefois connu une vie normale faite de joies simples et de de menus bonheurs : un appartement, un balcon avec des plantes vertes qu'il aimait arroser aux premiers jours du printemps et des fenêtres fleuries, et une valise toujours prête pour un voyage décidé au dernier moment. Mais le malheur avait frappé et jamais depuis il n'avait trouvé la force ni le courage de s'en remettre. Mathieu Minella traînait ce qui lui restait d'apparence avec des souvenirs d'un autre âge d'une autre vie d'un autre visage qui n'avait pas encore été mangé par la flamme. Jamais plus personne ne le prendrait dans se bras il en avait désormais la certitude. D'ailleurs cela faisait longtemps que le désir l'avait quitté. A quoi bon songer à des choses impossibles. Un jour peut-être trouverait-il le courage de se jeter sous un train. Mais de cela même, il n'était pas très sûr. S'il n'avait plus la force d'espérer, lui manquait cependant le courage de renoncer.

samedi 26 avril 2014

Que ça


Voilà
parfois le désir étrange de n'être que cela, mais cela tout à la fois, le bouquet de fleurs séchées, la naïve statuette, le pli du rideau le reflet dans la vitre. Devenir chose dans la perfection et la paix de cet instant retenu un jour d'été pluvieux du côté de l'île de Ré. (première publication 26/04/2014 à 17:20)

vendredi 25 avril 2014

Villa "Les Arbouses"


Voilà
maintenant elle n'existe probablement plus, (je confirme j'ai vérifié sur google view) et lorsque j'ai pris cette photo à l'été 96, c'était une ruine. C'est la deuxième maison habitée à Biscarrosse plage : la villa "Les Arbouses", après la villa "La Jamaïque". C'était un meublé pas cher, terriblement humide dans lequel nous avons vécu à l'étroit pendant un an car mes parents y avaient entassé un partie de leur mobilier dans l'attente d'une de ces villas (à l'américaine comme disait ma mère) qui nous était déjà attribuée par l'armée. Sa construction n'était pas encore achevée, mais nous y habiterions incessamment sous peu. Je garde de ce logis qui dégageait une forte odeur de moisi un souvenir à la fois tendre et mélancolique et aussi très heureux en raison du sentiment de liberté éprouvé durant cette année là. J'étais la plupart du temps livré à moi-même. Je sortais de l'école, rentrais chez moi où mes parents qui travaillaient tous les deux n'étaient pas encore arrivés et j'allumais la radio a l'heure où passait l'émission "Salut les copains". Je faisais vaguement mes devoirs, lisais "le journal de Tintin" qui paraissait le mercredi c'est à dire la veille du jour de repos qui était alors le jeudi, m'attardant en particulier sur les aventures de Michel Vaillant, un pilote de courses. L'histoire en cours s'appelait "Suspense à Indianapolis", et elle était en effet haletante. Je dévorais aussi les anciens numéros du journal de Tintin que mon père avait reliés avec du chatterton vert, et je me souviens avoir, dans l'un de ces albums, découvert l'existence de Graham Hill le coureur automobile qui devint aussitôt mon héros car il était né la même année que lui (ce n'est qu'un peu plus tard que je me suis rendu compte du genre de type qu'il était vraiment). Graham Hill était déjà un des plus vieux pilotes du circuit mais réputé pour son flegme (c'est a cette époque sûrement que j'ai appris la signification de ce mot). Il conduisait une BRM avec le numéro 8 qui est depuis resté un de mes chiffres fétiches, et portait un casque facile à identifier à cause de sa décoration. Dans ces années-là j'étais incollable sur les pilotes et les voitures de courses. J'associe encore cette maison à des refrains des Supremes qui passaient souvent en radio et je crois qu'une part de moi vit encore dans ces chansons devenues une sorte d'invisible territoire. Évidemment je ne savais pas non plus à quoi ressemblaient ces chanteuses (peut-être alors ma libido en eût-elle été transformée). Bien des sensations, des émotions de ce temps-là remontent au présent quand j'entends "Baby love" par exemple, mais aussi la chanson de Gainsbourg "Couleur café". C'est la dune de Biscarrosse-Plage, le souvenir de son église ou encore le cinéma Atlantic, les parties de Rugby derrière la poste, l'école et sa cour de récréation recouverte d'aiguilles de pin... Oui c'est à cela qu'elles servent les chansons, à nous faire voyager dans le temps, à ranimer les braises dormantes de la mémoire. 
 première publication 25/4/2014 à 20:23

mercredi 23 avril 2014

Une réjouissante maxime


Voilà,
entendu il y a quelques semaines dans un spectacle qui à mon goût ne valait le détour que pour cette réjouissante maxime qui pourrait aussi bien être de Samuel Beckett 
(l'épitaphe paraît-il de Martinus Von Biberach mort en 1498).
"Je vis et je ne sais pas pour combien de temps, 
je meurs et je ne sais pas quand, 
je m'en vais je ne sais pas où, 
je m'étonne d'être joyeux". 
 shared with friday face off -

dimanche 20 avril 2014

Aquabonisme


Voilà,
j'aime bien ce cliché que j'ai fait l'autre soir à Arcueil près du métro Laplace. Surtout à cause du type à l'arrière-plan en train de pisser contre son arbre. Je l'aime oui comme bien d'autres photos de ce blog d'ailleurs qui n'ont pas été beaucoup vues : celle du petit matin à Marrakech, par exemple, ou bien le skater du palais de Tokyo, ou Clifton beach, ou la procession des filles de Lyon, ou encore le miracle de Lourdes et la fillette de Londres. J'en oublie. Je sais qu'elles ont été peu regardées parce qu'il y a une sorte de compteur indiquant les pages les plus consultées. Je me suis retourné donc. Au cœur de la nuit, dans la caverne de l'insomnie, je suis revenu sur ces publications passées. Ce sont toujours les images que je retiens d'abord, rarement les textes. D'ailleurs les libellés sur la colonnes de droite ne réfèrent qu'aux images (sauf la rubrique personn(ag)es). Et puis, ce sont les images qui m'ont aidé bien souvent, c'est elles qui ont en quelque sorte constitué un baume qui tenait à distance l'angoisse, en différents moments de ma vie. Seulement j'en ai quand même besoin des mots, il faut qu'ils soient là, mais c'est comme ça, les images d'abord. Pourtant il y en a quand même beaucoup, huit-cents posts ça fait pas mal de mots, et le projet au départ c'était bien ça, c'était de faire venir les mots, de trouver une relation juste entre des images et des mots. Je ne suis pas sûr d'avoir réussi mon coup. Je trouve que c'est trop propre tout ça, trop raisonnable, trop souvent raisonneur. Insatisfaisant au bout du compte. Ça manque de tripes ça manque de nerfs ça manque de viande. À quoi bon continuer si ne parle pas le fou en soi, le fou caché en soi, le fou tapi dans la trop lisse image de soi. À quoi bon insister si n'est pas rendue plus vive la tension que suscite la volonté le désir - je ne sais comment dire - la nécessité d'en passer par les mots qui jamais ne viennent comme il faut, jamais exacts au rendez-vous, toujours infidèles faux-culs fuyants tirant à hue et à dia ? C'est absurde cette tentation souvent répétée au fil des publications de vouloir donner l'impression de maîtriser la pensée plus précisément l'illusion d'avoir une pensée quand c'est justement de sa confusion dont il faudrait témoigner, de son chaos de ses débâcles et des séismes qui l'agitent, la transforment. Oui seules importent ces failles, ces lignes de fractures, ces intensités soudaines, ces moments de friction de frottement de flottement de suspension de vertige de chute ou d'ascension, de décélération brusque de bafouillage de ressassement de bégaiement. J'ai essayé parfois. Peut- être faut-il pour cela un courage que je n'ai pas, un acharnement ou une détermination dont je manque, à moins que je m'obstine à chercher quelque chose qui peut-être n'est qu'une lubie : l'idée que je pourrais avoir un style une singularité par exemple - je ne sais pas - un truc immédiatement identifiable. C'est misérable au fond cette volonté d'exister à tout prix, de s'exprimer à tout prix, alors que n'importe quel connard peut le faire. On peut le constater dans le bus, le métro : tu marches sur les pieds de quelqu'un et aussitôt il s'exprime, il dit aīe ou bien il dit vous vous pourriez quand même faire attention. Oui au fond si tout cela n'était que ça : se marcher soi-même sur les pieds juste pour dire faites attention je suis là je suis là

vendredi 18 avril 2014

Rustres et malpolis


Voilà,
je commence sérieusement à en avoir ras-le-bol qu'on me dise que je ressemble à Pierre Desproges. D'abord ça m'angoisse, parce qu'à chaque fois je pense qu'il faudrait que je fasse un check-up. Ensuite je trouve que je suis quand même plus beau que lui. Ouais quand même. En plus je lui en veux d'avoir, il y a longtemps, (à l'époque des "letraset" et des "rhodoïds") refusé la proposition d'illustration que j'avais faite et qui convenait aux Éditions du Seuil et d'avoir choisi à la place une photo stupide où il mangeait sa cravate en même temps que sa soupe. Enfin, on m'aura tout de même versé la moitié de mes honoraires pour ce premier volume de la collection Point virgule dont j'aurais pu signer la couverture. Je trouvais que c'était du bon travail (je l'ai d'ailleurs refilé plus tard pour une affiche de spectacle) et de sa part une vraie faute de goût. C'était néanmoins et incontestablement un grand artiste. Son interview avec Françoise Sagan reste inoubliable (mais la générosité de Sagan y est pour beaucoup) et son sketch avec Dominique Valadié et Tonie Marshall sur les poulpistes me réjouit toujours autant. Peut-être qu'un jour on fera un biopic sur lui et que j'aurais la possibilité de faire des essais. Sinon, à part ça, Garcia Marquez est mort, et c'est quand même plus important. J'ai découvert "Cent ans de solitude" l'été 1996, sur la recommandation de Margarita Mladenova et Ivan Dobtchev avec qui je venais de travailler et je me souviens de la sensation éprouvée (c'était sur la plage de Biscarrosse) lorsque survient cette très longue phrase de deux pages vers le milieu du roman...
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mercredi 16 avril 2014

Dix-septième parallèle

Love song (Madonna & Prince)
Voilà
j'avais chopé une insolation en restant tout l'après-midi vautré sur une gigantesque chambre à air de camion, dérivant au gré de la brise non loin de ce ponton où l'on passait en boucle "Like a prayer" l'album de Madonna. Quelques jours auparavant, en rêve, j'avais aperçu porté par les flots, le corps d'un petit singe vêtu d'un costume marin qui était venu s'échouer sur le rivage. Comme il bougeait encore un petit peu, je m'étais précipité pour le ranimer, et après l'avoir sauvé j'avais envisagé de le ramener avec moi en Europe afin de l'adopter. Oui oui... j'avais une vie intérieure à l'époque, et l'altruisme ne me faisait pas défaut. Mais depuis ce  jour je crains le Soleil. Pourtant ce soir là je suis resté longtemps à le regarder se coucher, presque en extase devant le spectacle de la lumière et des nuages perpétuellement changeants qui dressaient des châteaux dans le ciel.

dimanche 13 avril 2014

Salon du livre ancien de l'estampe et du dessin


Voilà,
ce matin sous la verrière du Grand-Palais, grâce à l'invitation de l'ami Nicolas, brièvement croisé sur place, visite du salon du livre ancien et de l'estampe où je n'étais encore jamais venu. Beaucoup de belles choses donc, et des images plein la tête en sortant de là... On est dans le monde feutré des collectionneurs qui sont encore de véritables amateurs d'art et de beaux ouvrages. Et si, vraisemblablement on doit ici aussi effectuer des placements, on le fait avec élégance et discrétion. Quant aux gens qui tiennent les stands, ils prennent quand même le temps de parler et d'informer le visiteur un peu curieux. J'y ai vu aussi de remarquables reliures contemporaines et des livres-objets très singuliers.

samedi 12 avril 2014

La fille qui téléphone


Voilà,
j'étais juste venu déposer un courrier
et puis il y a eu cette fille en double
la silhouette s'effaçant dans le battant de la porte
la courbe et les pavés
et une fraction de seconde il m'a semblé avoir déjà vécu cet instant
(linked with weekend reflection)

jeudi 10 avril 2014

Dans la cuisine, à Châteaudouble


Voilà,
cette photo je l'ai restaurée il y a peu, je l'ai nettoyée de ses poussières : Dominique et Philippe dans leur cuisine à Châteaudouble. Elle date du milieu des années soixante-dix. S'agit-il ce jour-là de mettre en bouteille du vin que faisait Louis Peyre, ou celui que nous allions chercher à la coopérative de Figanières ? C'est Philippe qui m'a appris à apprécier le vin, entre autres. Mettre du vin en bouteille était un rituel réjouissant auquel on se prêtait aussi le dimanche à Paris, parfois. Ou bien a-t-il l'intention de fabriquer un pastis un peu sauvage ? Je ne sais plus.... J'aimais cette cuisine avec sa grande table, c'était alors le centre névralgique d la maison. Sur le mur de droite on aperçoit un morceau de bas-relief en plâtre représentant Adam et Ève au jardin d'Éden réalisé dans l'atelier des enfants de la Maison de la culture d'Amiens dont Philippe avait été le directeur de 1965 à 1970. Je ne le connaissais pas encore alors, mais il arrivait que lui ou Dominique évoquent ces années-là. Il existait alors en France une réelle effervescence culturelle et ce qu'ils en racontaient - et bien sûr aussi leurs filles qui avaient passé une partie de leur enfance là-bas - me faisait rêver d'une vie parallèle et imaginaire. J'ai photocopié un jour une brochure rendant compte du bilan d'activité de ces cinq années. Mnouchkine, Chéreau, Jean-Pierre Vincent y ont donné leurs premières mise en scène, Strehler, Jiri Menzel, Lavelli, Gatti, Vitez y sont aussi passés. Les spectateurs ont pu entendre Cathy Berberian chanter ou Lily Laskine jouer de la harpe, découvrir les œuvres de musique contemporaine de Mauricio Kagel, Luc Ferrari, Betsy Jolas, Ivo Malec, Iannis Xenakis, assister à des concerts d'Ella Fitzgerrald, de l'Art Ensemble of Chicago, Oscar Peterson, Thelonious Monk, Soft Machine, Coleman Hawkins et tant d'autres, parcourir de nombreuses expositions voir des films. Je me souviens d'une photo vue chez eux dans un album. Thelonious Monk est assis sur une banquette du hall de la Maison de la culture sous un tableau de Soulages. Mais revenons à Châteaudouble et à cette cuisine, où j'ai aussi goûté pour la première fois de la confiture de gingembre de chez Wilkin & Sons, de la "Rose's lime marmelade", du lemon curd et même du "Marmite" que Gérard le frère de Philippe ramenait de ses voyages à Londres. C'est aussi dans cette maison que j'ai pour la première fois entendu les concertos RV 454,  et RV 455 de Vivaldi que Philippe ou Dominique aimaient bien écouter en fin de la journée quand la chaleur tend à se dissiper et que l'on peut de nouveau ouvrir les volets. C'est étrange quand même comme une simple image peut raviver de souvenirs, pourtant si lointains, et comme ces visages demeurent si présents... parfois je me souviens aussi de Dominique fredonnant le poème d'Aragon mis en musique par Ferré "Je chante pour passer le temps..."

mercredi 9 avril 2014

Chèvre et chaises


Voilà,
j'aime bien cette relation entre les deux chaises métalliques du MoMa dont j'ignore qui en fut le concepteur et la chèvre de Picasso qui y est exposée. D'ailleurs je réalise qu'il m'arrive assez souvent de mettre Picasso en relation avec autre chose. Une fois au Centre Georges Pompidou et une autre à l'Orangerie des Tuileries. Oui, l'art moderne observant le design contemporain. (première publication 9/4/2014 à 21:51)

dimanche 6 avril 2014

Août 14


Voilà
Depuis quelque jours on peut apercevoir sur les murs de Paris une photo illustrant une affiche d'exposition consacrée aux derniers jours précédant la guerre de 14-18. On y distingue un groupe d'hommes pour la plupart coiffés de canotiers (car on est en été) de dos face à un mur où sont placardés les ordres de mobilisation générale. L'un d'entre eux pourtant regarde en arrière, non pas tout à fait dans notre direction, mais hors cadre, comme s'il se retournait sur son passé, sur la paix qui désormais s'enfuit. Mais paradoxalement, faisant face à l'appareil qui le saisit en cet instant, c'est aussi à l'avenir qu'il s'adresse. Il ne sait pas que par sa seule présence muette, ce sont toutes les générations futures qu'il interpelle cependant. Il est la figure candide et pour cela tragique de l'homme des foules pris dans dans la tourmente de l'Histoire, qui ne réalise pas encore que son existence a déjà basculé. Il fait songer à ce personnage décrit par Robert Benchley au début d'un article intitulé "Un homme bien de son temps" : "Qui veut avoir une vision rétrospective satisfaisante de l'histoire en train de se faire n'a qu'à feuilleter une collection de photographies d'actualités prises au moment même où des événement cataclysmiques se produisent. Sur la plupart de ces images, vous pourrez repérer un personnage en chapeau melon occupé à regarder exactement dans la direction opposée à l'événement, tout à fait inconscient que le monde tremble sous ses pieds". On voudrait être certain que rien de mauvais n'arrivera à cet homme, être sûr qu'il aura échappé à cette boucherie que personne encore n'imagine à cet instant, mais on sait, nous homme du futur que cela est peu probable  - car tout de même : près de huit millions de mobilisés en France, un million quatre cent mille tués et disparus, quatre millions trois cent mille blessés -. Et quand bien même aura-t-il survécu, il sera sans doute devenu un autre homme, brisé par tout ce qu'il aura vu et enduré. Dans le spectacle de Didier Flamand "Prends bien garde aux Zeppelins", il y avait une séquence de déclaration de guerre qui ressemblait à cela. Ensuite un homme traversait le plateau avec une valise tentant de fuir le plus discrètement possible. On voudrait qu'il en fasse de même celui-ci avec son canotier, qu'à ce moment précis il puisse sortir du cadre, disparaître du présent où il est enfermé, et fuir s'évader loin, dans un autre futur que celui qui lui est promis. Je pense aussi à l'annotation de Kafka dans son journal : "2 Août 14. L'Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. Après-midi piscine."

samedi 5 avril 2014

Explorez vos limites


Voilà,
c'était un beau programme et bien sûr que j'en avais envie, mais même la réalité me semblait inaccessible
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jeudi 3 avril 2014

Le fumeur de Chicha


Voilà,
parfois au détour d'une rue il pouvait éprouver tout à coup la sensation de marcher dans une ville étrangère. C'est à cela qu'il avait songé en sortant de ce bistro où il avait bu un sirop jaune paille au goût vague de citron mais de cela il n'en était plus vraiment certain. La patronne n'avait alors cessé de se confondre en excuses parce qu'elle lui avait un peu tardivement servi sa consommation, et Benoît Savagnin lui avait bêtement souri pour la remercier, mais peut-être aussi pour dissimuler sa gêne tant l'enthousiasme que manifestait l'écrivain à la mode en lui vantant les mérites d'une machine à écraser les steaks découverte lors d'un récent voyage à New-York, lui paraissait disproportionné. C'était, selon lui un truc phénoménal, bien qu'il ne comprenait pas pourquoi les steaks ainsi aplatis s'appelait des "deep burgers" et en effet c'était tout à fait incompréhensible. Puis la conversation avait glissé sur les derniers films à l'affiche, mais trop brièvement car il avait fallu se séparer. Benoît Savagnin craignait d'arriver en retard à la répétition publique d'un spectacle dont il ignorait tout, bien qu'il en fût l'un des protagonistes. Dépêche toi semblait lui souffler l'homme à la chicha, on n'attend plus que toi. Et il pressa le pas. (Linked with Monday murals)

dimanche 30 mars 2014

L'Énigme


Voilà,
je n'ai pas de mots pour cette image, pourtant elle me raconte quelque chose 
oui mais quelque chose qui m'échappe
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vendredi 28 mars 2014

L'Écran tactile de mes nuits grises


Voilà
l'élaboration de ce genre d'image me paraît ce que j'ai trouvé de plus efficace au cours de ces dernières années pour tenir à distance ou plus précisément afin d'occuper - aménager disons - ce que faute de mieux je nomme l'inquiétude, ou l'intranquillité, comme dirait Pessoa. Et lorsqu'elle se métamorphose en peur, c'est un de mes moyens pour l'exorciser, elle qui si souvent m'épuise et m'éreinte. Cette force insidieuse qui cherche à m'anéantir et à quoi je dois farouchement m'opposer pour ne pas perdre la raison, je la combats avec les outils de mon temps. Je la tords je l'essore la triture la presse la déchire l'écraplatis. Je la coinche et la surinule, je la forquète la griffe la racagne l'étire la presse la malaxe, puis je la michaude un bon coup, la bréchique la queniche par le travers la valdingue et la tribusque dans un sens puis dans l'autre  - mais attention hein ! - tout ça proprement, avec tact sur le minuscule écran lisse de mes nuits grises. Je le fais d'une manière tout à fait régressive, comme l'enfant qui peint avec ses doigts (possibilité qui d'ailleurs ne m'a jamais été donnée quand je l'étais), mais sans me salir. A la fin je me sens calme, reposé. Ça remplace avantageusement une petite branlette. C'est que passé un certain âge on n'a plus trop envie de se tirer l'élastique tout seul. On a besoin d'assistance. Et de sollicitude. Bien sûr j'ai la sensation parfois que folie me guette, mais j'essaie de me rassurer en me disant que c'est le monde autour qui est vraiment dément. Et puis l'important comme en toute chose est de ne pas céder - j'aime beaucoup le caractère définitif de cette phrase, quelle épiphanie ! -, c'est dingue parfois comme on peut être inspiré ; moi aussi somme toute je peux pondre des slogans à la con ; je deviens peut-être enfin un vrai communiquant, d'ici peu j'arriverais à faire illusion sur moi-même. L'important comme en toute chose est de ne pas céder ça pourrait faire une belle épitaphe après tout. Au risque d'être pris au sérieux. Mais d'ici-là peut-être serai-je visité par la grâce, comme le fut Claudel au pied de son pilier, on peut toujours rêver non ? Comme on peut toujours espérer que le point d'ironie fasse enfin son apparition sur les claviers... 

mercredi 26 mars 2014

Ce train ou un autre


Voilà,
ce train ou un autre peu importe car il n'est désormais de voyage qu'intérieur. Oui le paysage défile par la fenêtre, mais c'est tout autre chose qui traverse la pensée, un vieux chagrin d'enfant qui fatigue un corps usé, une étreinte fugitive et inattendue qui rassure, un sourire dessiné sur le givre. Continuer donc, puisqu'il le faut, sur un chemin qui n'est pas le sien, en dépit de la fatigue, de l'indifférence grandissante aux choses, en dépit des mots qui ne viennent pas tout à fait comme il faut, des étourdissement répétés, de l'œil qui ne voit plus vraiment et n'aperçoit qu'à grand peine.

Publications les plus consultėes cette année