dimanche 27 octobre 2019

Vampires


Voilà,
en ce moment la cinémathèque française propose un festival de films de vampires ainsi qu'une exposition qui leur est consacrée. A l'intérieur sur la plupart des murs du bâtiment construit par Frank Gehry se découpe cette silhouette inspirée du "Nosferatu" de Murnau.  

vendredi 25 octobre 2019

Bus de nuit à Montparnasse


Voilà,
ces reflets urbains et nocturnes dans la vitre du bus me ravissent. Je veux dire par là qu'ils m'emportent autant qu'ils me séduisent. Ils offrent un peu de poésie à la confusion du monde et aux désordres de la pensée. Dans ces superpositions fugitives glissant à la surface du verre, toutes choses — visages incertains ou enseignes lumineuses — s'égalisent et se renvoient les unes aux autres dans les dédales d'une réalité fantôme qui ne cesse de se dérober.
En outre, toutes ces apparitions disparaissantes, témoignent aussi d'un bref moment de l'humanité circonscrit à quelques régions du monde, où l'on s'est efforcé de conjurer la peur de la nuit par une débauche de lumière artificielles, d'éclairages, de néons... C'est dans la clémente parenthèse de cet espace-temps relativement préservé de la barbarie qu'il m'aura été donné de vivre et c'est tout de même une chance.
Certains, prédisant un vraisemblable effondrement de cette civilisation, augurent que cela ne saurait durer et que d'ici quelques décennies nous en serons de nouveau réduits à devoir affronter nos peurs ancestrales. Quoi qu'il en soit, la surprise toujours renouvelée de ces visions, de ces plans juxtaposés, de ces d de motifs, où bien des mystères semblent pour toujours cachés, continue d'étonner l'enfant qui a préservé sa demeure dans un corps qui certes n'est plus aussi alerte qu'autrefois, mais s'efforce encore, autant que faire se peut, de penser "à sauts et à gambades".(shared with weekend reflections)

mardi 22 octobre 2019

Les Tortues du jardin des plantes


Voilà,
cette photo fut prise il y a dix ans au Jardin des Plantes à Paris. J'étais venu me promener avec ma fille. J'aurais tendance à supposer que la vie intérieure des tortues est assez sommaire, surtout celle des tortues de zoo, mais il est tout à fait possible que je me trompe. Je vivrai évidemment moins longtemps qu'elles (quoique de récentes informations démentent cette intuition) mais j'ai parfois l'impression de leur ressembler, tant je passe d'heures dans mon lit sans grande envie de sortir ni de bouger, à penser à la taille de mes ganglions, aux douleurs de plus ou moins grande intensité disséminées un peu partout dans mon corps et que je ne puis décrire précisément, à mon compte en banque, au désordre domestique, aux projets en plan, au peu de choses nécessaires et au trop de choses inutiles que je laisserai à ma fille, sans pour autant être capable d'agir en conséquence. 
"Impossible de mettre de l'ordre dans l'élémentaire" écrivait Beckett dans "Le Monde et le pantalon". Eh oui. 
Mais pour passer à un sujet plus gai cette histoire que j'aime bien :  un pauvre homme très âgé transporte sur la route un énorme fardeau. La route monte et l'homme n'en peut plus. Il souffle de plus en plus, se courbe à tel point que sa charge tombe à terre. Il se lamente alors :
- Je ne veux plus vivre  ! Que la Mort vienne et m'emporte !
La Mort se présente à lui. 
- Tu m'as appelée, me voici
- Oui aide moi à remettre cette charge sur mon dos.

dimanche 20 octobre 2019

J'aime / Je n'aime pas (9)


Voilà
J'aime cette péniche aux parois peintes sur le canal de l'Ourcq
Je n'aime pas les escalators qui ne fonctionnent pas
J'aime faire les courses le dimanche matin rue Daguerre
Je n'aime pas les gens qui circulent en trottinette électrique n'importe comment sur les trottoirs
J'aime le fait qu'Henri Salvador ait transformé la chanson "shame on you" en "j'aime tes genoux"
Je n'aime pas les critiques d'art de théâtre et de littérature
J'aime les maisons à l'intérieur desquelles flotte une bonne odeur de soupe
Je n'aime pas les commentaires politiques de la chaîne BFMTV et je ne comprends pas  qu'elle soit diffusée dans les lieux publics
J'aime retrouver la nuit en rêve des personnes perdues de vue depuis longtemps ou qui ne sont plus de ce monde
Je n'aime pas l'utilisation abusive du mot acteur dans les expressions telles que les locataires acteurs de leur cadre de vie, ou bien comment devenir un acteur du changement
J'aime les dimanche après-midi quand on fait des gâteaux avec les enfants
Je n'aime pas les intonations de curé de notre président qui transpire l'hypocrisie
J'aime mélanger des couleurs au pastel sec
Je n'aime pas quand les supporters anglais de rugby chantent le "swing low, sweet chariot"
J'aime la sensation d'accomplissement que procure une journée de ménage complet
Je n'aime pas qu'il y ait de plus en plus de brutalités policières disproportionnées lors des manifestations contre la dérégulation sociale
 J'aime les après-midi studieux à la maison quand il pleut dehors
Je n'aime pas cet acharnement de toute une tripotée de vieux cons envers Greta Thunberg
J'aime écouter la radio la nuit
Je n'aime pas cette sensation de suicide collectif de l'humanité
j'aime la musique composée par Quincy Jones pour "In cold blood" de Richard Brooks
Je n'aime pas le manquement à la parole donnée
J'aime raconter des blagues qui font rire ma fille
Je n'aime pas quand la lunette des toilettes ne tient pas à la verticale
J'aime la Suze Perrier avec deux glaçons

shared with Monday murals)

vendredi 18 octobre 2019

Dormir pour oublier (29)


Voilà
"Chacun s'en va comme il peut,
les uns la poitrine entrouverte,
les autres avec une seule main,
les uns la carte d'identité en poche,
les autres dans l'âme,
les uns la lune vissée au sang,
et les autres n'ayant ni sang, ni lune, ni souvenirs.

Chacun s'en va même s'il ne peut,
les uns l'amour entre les dents,
les autres on se changeant la peau,
les uns avec la vie et la mort,
les autres avec la mort et la vie,
les uns la main sur l'épaule
et les autres sur l'épaule d'un autre.

 Chacun s'en va parce qu'il s'en va,
les uns avec quelqu'un qui les hante, 
les autres sans s'être croisés avec personne,
les uns par la porte qui donne ou semble donner sur le chemin,
les autres par une porte dessinée sur le mur ou peut-être dans l'air,
les uns sans avoir commencé à vivre
et les autres sans avoir commencé à vivre.

Mais tout s'en vont les pieds attachés,
les uns par le chemin qu'ils ont fait,
les autres par celui qu'ils n'ont pas fait
et tous par celui qu'ils ne feront jamais."
(Roberto Juarroz)
Shared with the weekend in black and white

jeudi 17 octobre 2019

La Plage de Cabourg


Voilà,
ce matin, après une nuit luxueuse, — comme seuls peuvent en offrir certains tournages — passée dans le grand hôtel de Cabourg, devenu mythique grâce à Marcel Proust, elle était belle et apaisante la vision de cet attelage au loin et de ce promeneur solitaire avec son chien sur la grève. La triste réalité de ce monde entraîné dans une macabre farandole semblait irréelle alors que c'était la sensation de paix suggérée par le lieu et le moment qui sans doute était illusoire. Ailleurs continuaient les déclarations délirantes de quelques présidents les répressions policières en Equateur, en Catalogne, en Belgique, en France, sournoisement tues par les médias, mais toutefois relayées par les réseaux sociaux, les massacres de Kurdes perpétrés en toute impunité, ceux des yéménites, et de tant d'autres populations qui ne font pas la une de l'actualité. Non loin, des chalutiers géants continuaient d'assécher la mer de ses poissons, des particules toxiques de contaminer les sols, et d'empoisonner le sang de ceux qui ont combattu le gigantesque incendie dont on a peu parlé parce que l'hagiographie d'un ancien président corrompu que l'on savait particulièrement affaibli avait la faveur de l'actualité des médias soucieux de diffuser une rubrique nécrologique abondante car préparée depuis longtemps.  Oui j'en étais là, non pas à étirer de longues phrases dans ma tête, mais à jouir de cet air iodé qui n'était peut-être pas aussi sain qu'il y paraissait. Qu'importe, il y avait la joie fragile et enfantine du dépaysement, le bruit des vagues au loin, et le martèlement bien audible des sabots du trotteur sur le sable mouillé. Ces menus plaisirs qui font le sel de la vie, étaient là, offerts, comme ces mets délicieux à la table de petit-déjeuner du salon Balbec, que j'avais préalablement dégustés avec bonheur et gourmandise. Longtemps que je n'avais mangé de bon cœur du saumon au petit-déjeuner. (shared with skywatch friday)

mardi 15 octobre 2019

Contemplation



Voilà, 
à nous (mes rares semblables et moi) qui vivons sans savoir vivre, 
que reste-t-il, sinon le renoncement pour mode de vie, 
et pour destin la contemplation ? 
(Fernando Pessoa)

dimanche 13 octobre 2019

Faire le gogol


 
Voilà,
J'aime bien faire le gogol. Le gars qui articule pas bien, qui parle fort en bavant un peu, le regard fixe les bras ballants. Je fais ça avec des copains... tout seul... quand j'ai besoin de relâcher la pression... Je ne fais pas semblant. D'ailleurs je ne fais jamais semblant. Je fais un point c'est tout. Mais quand je gogolise, je suis au plus près de moi. Je suis dans la juste expression d'une part de moi. Certaines personnes croient que je me moque. Je me suis jamais moqué des déficients, des handicapės, des bancals. J'en suis un. Au bout d'un moment ça finira bien par se voir. Je sais que ça en effraie quelques uns quand je suis dans cet état. Peu de gens, sont capables d'accepter cette dimension d'eux mêmes. Évidemment parfois j'ai peur que ça me porte malheur. Je pourrais tout aussi bien me retrouver à parler comme ça après un accident vasculaire cérébral, par exemple.

(...)

Débile, "clown, ras risible" comme écrivait Michaux. J'ai joué il y a longtemps dans un court métrage intitulé "Pointête", un gars un peu simplet qui se premait pour un coureur cycliste. Je crois avoir été assez convaincant, puisque des gens pensaient que ce n'était pas un acteur qui jouait. A l'époque, j'attendais ma fille, et j'avais peur que cette interprétation me porte malheur et que mon futur enfant soit autiste. J'étais sacrément ébréché à l'idée de devenir père. D'ailleurs la mère de ma fille, en dépit de ses nombreuses qualités, ne m'a jamais vraiment pardonné cette faiblesse, mais c'est une autre histoire.

(...)

Il y a ce film aussi dans lequel j'aurais adoré jouer. "Les Idiots" de Lars Von Trier. Lui je n'aime pas tous ses films – ce qui ne signifie pas que les films de lui que je n'aime pas soient pour autant mauvais –, mais "Les Idiots" me paraît un chef d'œuvre absolu. Je me souviens en particulier d'une scène ou deux personnes ne peuvent baiser ensemble qu'en faisant les débiles.
D'ailleurs arrive-t-il que les clowns fassent les clowns en baisant ? Il faudrait que je demande à Violaine qui est clown et prof de philo si elle l'a déjà fait.

(...)

Il y a aussi me semble-t-il un exemple littéraire de quelqu'un qui décide de tomber le masque et de faire parler son fou-écrivain : c'est Gary quand il devient Ajar. Le "dispositif Ajar" me fascine encore aujourd'hui pour le paradoxe qu'il constitue : montrer tout en restant caché, tomber le masque et le garder à la fois, être l'un et l'autre, tout en préférant être l'autre plutôt que l'un. De toute façon quand on a offert au monde une certaine image de soi, les gens ne veulent plus vous voir autrement. Et Gary a très bien compris qu'il ne pourrait renouveler son art qu'en devenant un autre, et précisément cet autre là.

(...)

Tous ces trucs auxquels je pense en traînant de-ci de là, entre deux photos, avec des projets dans la tête, de plus en plus difficiles à réaliser en raison de la fatigue. Peter Handke, le dernier prix Nobel de littérature a écrit un essai sur la fatigue, mais je ne me suis jamais résolu à le lire. Trop fatigant, je crains. La photo pour ça c'est bien, c'est ce que je connais de plus reposant. Je peux le faire en me promenant. Oui, mes propos sont peut-être décousus, (quoique j'ai déjà fait pire) mais même si j'ai de plus en plus de mal à articuler une pensée j'ai cependant encore quelques trucs à raconter. Ça me fait du bien.
shared with Monday murals

mercredi 9 octobre 2019

Passager de la nuit


Voilà,
"Il m'est arrivé à plusieurs reprises, au cours de ma vie accablée par les circonstances, de vouloir me libérer de certaines d'entre elles, et de me retrouver assiégé par d'autres circonstances du même ordre, comme s'il existait définitivement une inimitié à mon égard dans la trame incertaine des choses. J'arrache de mon cou une main qui m'étouffe. Je vois alors que ma propre main, qui vient d'arracher l'autre, a fait tomber une corde autour de mon cou dans le geste même qui me libérait. J'écarte la corde prudemment, et c'est de mes propres mains que j'en viens presque à m'étrangler."  Je me suis replongé depuis peu dans la lecture du Livre de l'Intranquillité, récemment rebaptisé " Livre de l'Inquiétude" — mais je m'en tiens cependant toujours à cette première traduction, sans doute parce que c'est sous ce titre que j'ai découvert cette œuvre, et que c'est toujours cette même version que je consulte — et plus encore qu'autrefois certaines pages m'évoquent Kafka, sans doute à cause de leur proximité commune avec l'univers nocturne et celui des rêves. "Si loin que je m'enfonce en moi-même, tous les sentiers du rêve me ramènent aux clairières de l'angoisse" pourrait, comme le passage précédemment cité avoir été écrit par l'auteur de "La Métamorphose". Oui tous deux sont vraiment des passagers de la nuit, comme cet homme solitaire aperçu au cœur d'une nuit qui n'était ni de Prague ni de Lisbonne. (shared with the weekend in black and white)

mardi 8 octobre 2019

Quatre espèces d'hommes


 Voilà
"Quatre espèces d’hommes se mêlent dans le monde : les rusées et les simples, les circonspects et les agités. Tous suivent leur manière d’être jusqu’à la fin de leur vie sans se comprendre. Et chacun estime qu’il a atteint la plus profonde sagesse.
Quatre espèces d’hommes se mêlent dans le monde : les discoureurs adroits et les simples d’esprit, les niais et les serviles. Tous suivent leur manière d’être jusqu’à la fin de leur vie sans jamais se fréquenter. Chacun considère son attitude comme la plus subtile.
Quatre espèces d'hommes se mêlent dans le monde : les malicieux et les impudents, ceux qui ont un jugement hâtif et les railleurs. Tous suivent leur manière d’être jusqu’à la fin de leur vie. Ils ne s'éveilleront jamais les uns aux autres à la connaissance vraie et chacun croira être maître de ses talents. 
Quatre espèces d’hommes se mêlent dans le monde : les hypocrites et les importuns les impavides et les hésitants. Tous suivent leur manière d’être jusqu’à la fin de leur vie. Ils ne se font aucune critique, mais chacun tiendra sa voie pour la meilleure. 
Quatre espèces d'hommes se mêlent dans le monde : les mondains et les solitaires, les tyranniques et les volontaires. Tous suivent leur manière d’être jusqu’à la fin de leur vie. Ils ne daigneront pas se jeter même un regard, car chacun croit marcher avec son temps. 
Voilà la conduite de la foule et son aspect est multiforme. Tous cependant suivent la voie du destin". (Lie Tseu in "Le vrai Classique du Vide parfait")
shared with  friday face off -

vendredi 4 octobre 2019

Une légère perturbation


Voilà,
D'une fois sur l'autre il semble que cela ait bougé. Est-ce une illusion ? On dirait que la disposition n'est plus tout à fait la même. Que les choses se trouvent à un autre endroit que précédemment. Ou bien ai-je déjà la tête à l'envers ? D'ailleurs se trouvent-elles les choses, ou bien font elles semblant de se perdre ? Ce médaillon, cette sculpture, ces dominos, ce portrait dans son ovale, cette broche étrange et vaguement équivoque, étaient-ils déjà là ou ne les avais-je point remarqués ? Ces choses, il me semblait bien pourtant les avoir vues. Et sans doute est-ce le cas, mais les avais-je pour autant bien vues ? Se donnaient elles à voir ou voulaient elles seulement prêter à confusion ? Ici est le lieu d'une douce et perturbante étrangeté. Et si toute chose est toujours à sa place sans qu'aucune place ne lui soit définitivement assignée, c'est que l'esprit du lieu, terriblement espiègle et prenant un malin plaisir à créer du trouble, commande aux choses de toujours s'ordonner différemment. Ici, tu es comme dans un poème qui ne cesserait jamais de s'écrire de se modifier de se transformer. Ces choses que tant de chairs, à présent décomposées, ont touchées palpées transportées, les serrant peut-être contre une poitrine où battait fort un cœur, ces miroirs sur le tain desquels ont glissé des légions de silhouettes depuis longtemps évanouies dans l'oubli, ces objets qui ont parfois traversé plusieurs siècles en survivant à ceux qui les avaient aimés et possédés, sont les héritiers des morts et les messagers des fantômes. Voilà pourquoi ils ne tiennent pas en place : ils ne cessent de s'appeler et de se répondre. Tant d'histoires les traversent, tant de songes les occupent. 
(shared with weekend reflections)

mercredi 2 octobre 2019

Quelque chose de si rare qu'on se le cache



Voilà,
"Parfois, un souvenir d'un ordre particulier vous tient tout le jour en haleine. On retrouve dans sa mémoire, un détail que l'on reconnaît pour l'avoir vu, sans savoir où on l'a vu, sans pouvoir l'identifier tout à fait. Il s'agit d'un ameublement, d'un paysage, d'un parfum, d'une bribe de conversation, d'un fragment de visage, de l'expression fugitive d'une physionomie connue et anonyme et chaque fois une émotion vous étreint de bonheur, de regret ou de désir. On voudrait savoir, on voudrait voir davantage. On sait qu'on a été heureux à cet endroit, à cause de telle chose, de tel être, mais quand ? Où ? Il s'agit là d'un rêve en partie oublié, qui ne s'est pas fixé dans la mémoire avec toutes ses circonstances bien qu'il représente parfois une de nos expériences les plus profondes, les plus sûres, peut-être la seule que nous ayons du bonheur, et demeure en nous ce prestige, ce charme répandu sur tout le jour, et parfois sur toute la vie, mieux qu'un charme, une science, la certitude, la certitude d'avoir un secret, quelque chose de si rare qu'on se le cache, qu'on se le dérobe même à soi-même pour mieux le garder". Marcel Jouhandeau in " De l'abjection"
Shared with "our world tuesday

mardi 1 octobre 2019

Effleuré d'un présage de mort

 
Voilà
"Je me sens parfois effleuré, je ne sais pourquoi, d'un présage de mort… Que ce soit une maladie vague, qui ne se matérialise pas en douleur et tend par là même à se concevoir comme une fin, ou que ce soit une fatigue si grande, réclamant un sommeil si profond, que même dormir ne puisse lui  suffire – ce qui est sûr, c'est que j'ai l'impression d'être un malade proche de sa fin et qui laisse, sans violence ni regret, ses faibles mains lâcher la courtepointe qu'il sent sous ses doigts. (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité")
Sinon, je me souviens de Jessye  Norman, en 1983 au théâtre des Champs-Elysées, dans ce spectacle de Bob Wilson, "Great day in the morning". Elle y interprétait des spirituals "expression de l'âme d'un peuple et témoignage de la douleur humaine" comme elle le disait elle-même. Sa présence immobile, et la facilité avec laquelle elle chantait, m'avait fasciné. Plus tard, grâce à mon ami Pascal, je la vis en 1988, dans Elektra, Ariane à Naxos de Strauss, au Metropolitan de New-York. Et puis un an plus tard, place de la Concorde, chantant la Marseillaise pour les fêtes du bicentenaire...

dimanche 29 septembre 2019

En sortant de l'école


Voilà,
cet été à Avignon, non loin des remparts, il y avait cette fresque sur un mur à proximité d'une école, et j'ai alors repensé à ce poème de Jacques Prévert que chantaient si merveilleusement Yves Montand mais aussi les Frères Jacques (shared with Monday mural)




En sortant de l'école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré
Tout autour de la terre
nous avons rencontré
la mer qui se promenait
avec tous ses coquillages
ses îles parfumées
et puis ses beaux naufrages
et ses saumons fumés
Au-dessus de la mer
nous avons rencontré
la lune et les étoiles
sur un bateau à voiles
partant pour le Japon
et les trois mousquetaires
des cinq doigts de la main
tournant la manivelle
d'un petit sous-marin
plongeant au fond des mers
pour chercher des oursins

Revenant sur la terre
nous avons rencontré
sur la voie de chemin de fer
une maison qui fuyait
fuyait tout autour de la Terre
fuyait tout autour de la mer
fuyait devant l'hiver
qui voulait l'attraper
Mais nous sur notre chemin de fer
on s'est mis à rouler
rouler derrière l'hiver
et on l'a écrasé
et la maison s'est arrêtée
et le printemps nous a salués
C'était lui le garde-barrière
et il nous a bien remerciés
et toutes les fleurs de toute la terre
soudain se sont mises à pousser
pousser à tort et à travers
sur la voie du chemin de fer
qui ne voulait plus avancer
de peur de les abîmer
Alors on est revenu à pied
à pied tout autour de la terre
à pied tout autour de la mer
tout autour du soleil
de la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture
et en bateau à voiles.
shared with digital whisper

jeudi 26 septembre 2019

Longtemps après, un autre Septembre


Voilà,
tout au bord du lac, ce bar avec son palmier et son toboggan, se donne des airs de tropiques. On se croirait sur un lagon. Cela n’existait pas autrefois. Mais cela aurait pu. Port-Maguide, sur le lac de Cazaux, pour moi, c’était le bonheur paisible, la joie de mes jeudi après-midi, la récompense après dix kilomètres de pédalage sur ces routes qui traversaient la forêt puis longeaient la rive. C’était l’enchantement de vivre non loin de là tout au long de l’année, et de pouvoir me rendre au lac, parfois en bande, mais le plus souvent seul, avec le sentiment de vivre une grande aventure. L’enchantement de vivre tout simplement. Là tout à ma solitude, allongé sur le sable fin, submergé par l’odeur des pins, je rêvassais, j’espérais du monde qu’il puisse toujours être harmonieux, et juste comme ce paysage. C’était ma Californie, mes îles Marquises, c’était un paradis. Ce temps est passé, quant à cet espace je ne m’y suis pas enraciné. D’ailleurs, je ne me suis enraciné nulle part. Tout au plus ai-je été greffé ici ou là. N’étant de nulle part, je cherche toujours un ailleurs. Cette photo ne capte pas le Réel, elle redonne forme et matière à ce qui a disparu, mais demeure encore vif. Non pas photo-souvenir, mais photo d’un souvenir. 
(shared with the weekend in black and white)

dimanche 22 septembre 2019

Au bord du cercle de famille


Voilà,
je me tenais au bord du cercle de famille. Il ne pouvait en être autrement puisque ce n'était pas la mienne. D'ailleurs de famille je n'en avais plus depuis longtemps. Je pouvais enfin mettre parfois des visages sur des noms. Ou bien des visages m'évoquaient une possibilité de nom mais sans pour autant que je parvienne à trouver lequel. On me reconnaissait parfois sans que je sois néanmoins capable de rendre la pareille. Il arrivait qu'on me demandât la raison pour laquelle j'étais là, et je ne savais trop quoi répondre ne sachant pas quelle place prendre ni même si une place m'était vraiment assignée. (shared with Monday murals)

vendredi 20 septembre 2019

Près du bord



Voilà,
Ils disparaissent peu à peu ceux qui, parce qu'ils en étaient les voix les visages, ont enchanté ta jeunesse. Les refrains qu'ils chantaient, les films où ils apparaissaient, accompagnaient tes joies tes inquiétudes autant que tes espérances et tes chagrins. Ils agrémentaient ton quotidien et coloraient une époque. Tu ne soupçonnais pas leur puissance émotionnelle qui à bas bruit déjà commençait à propager son onde secrète vers ce futur incertain où tu te tiens à présent. Au fur et à mesure que disparaissent tes vieilles idoles c'est aussi quelque chose de toi qui s'arrache, pareil à un bout de chair laissant la plaie à vif. Et comme s'aiguise alors la conscience que toi aussi tu approches dangereusement du bord, tu retournes, vers les lieux que tu as toujours connus plus ou moins semblables. et où tant d'objets qui survivent depuis si longtemps à ceux qui les ont conçus ou possédés sont si harmonieusement disposés. La beauté qui s'en dégage, chaque fois retrouvée quand tu passes dans les parages te rassure alors. Sans doute parce qu'elle te donne, une illusoire sensation de  pérennité.
 (linked with weekend reflections)

mercredi 18 septembre 2019

Tu le connais toi Ralph Vaughan Williams ?



Voilà,
tu le connais toi Ralph Vaughan Williams ? Tu en as déjà entendu parler ? Parce que moi jamais. Bon c'est vrai j'ai de grandes lacunes en musique classique en dépit de tous les efforts que je pourrais faire (j'ai écrit un post il y a longtemps au sujet de mon rapport à la musique classique mais je ne l'ai jamais publié — un jour peut-être, il y en a tant qui attendent...) mais je ne suis pas sûr que beaucoup le connaissent. C'est un anglais. Si tu veux en savoir plus, tu fais comme moi, tu cherches sur internet. Je te mets même pas le lien parce que j'ai la flemme. Bill peut-être il doit connaître, parce qu'il touche sa bille apparemment question musique. Ce matin, j'ai entendu ça, à 6h 45. Je me suis souvenu qu'il fallait que je le retrouve. C'est la surprise du jour. Ça me réjouit toujours de découvrir quelque chose que j'ignorais surtout à l'orée d'une journée où je dois consacrer le peu d'énergie qu'il me reste pour une activité stupide et absolument pas culturelle et à une période où j... mais bon passons à autre chose. C'est dommage que les anglais pauvres imposent au reste de leur pays de quitter l'Union européenne. Revenez les anglais, on vous aime parce que vous n'êtes pas comme nous, parce que vous avez inventé des tas de sports avec des règles toutes plus absurdes les une que les autres, parce que vous êtes excentriques, parce que c'est si bon de voir une autre équipe vous battre au rugby, parce que c'est vous qui retapez le mieux les bicoques en Dordogne (même si vous y cachez dans votre garde-manger des boîtes de baked beans), parce qu'il n' y a que vous pour inventer un truc aussi stupidement drôle et délirant que le Portsmouth symfonia orchestra  parce que les monthy python et le ministère des marches ridicules, parce que Shakespeare parce que l'accent so délicieusement british de Francis Bacon, parce que c'est le seul pays où les vendeuses de cigarettes t'appellent "darling", parce que les tenues vestimentaires de la reine qui te confiment qu'être daltonien n'est pas un handicap, parce que les Beatles les Stones et les Sex Pistols et Vera Lynn aussi, parce que Ralph Steadman, and so on and so on vous pouvez continuer la liste moi je vais me coucher je suis trop fatigué. Bref tout ça pour dire qu'il y a encore plein de choses qu'on ignore des Anglais et qui sont tout à fait valables, et que voilà, c'est trop con de se séparer, on a encore des tas de choses à se raconter. En attendant je vous envoie, aux anglais et à tous les autres, une petite carte postale de Paris prise hier, alors qu'il faisait beau et chaud. D'ailleurs j'étais en short, comme un parfait touriste. Le saule du bout de l'île de la Cité que je n'avais pas vu depuis longtemps m'a paru magnifique (Linked with skywatch friday)

lundi 16 septembre 2019

Le Doute


Voilà,
parfois au contraire de ceux qui passent indifférents et pressés à proximité de ces trop nombreux corps inanimés gisant sur l'asphalte, il arrive que, déconcerté par une telle immobilité, quelqu'un se rapproche, inquiet peut-être à l'idée de se retrouver en présence d'un cadavre.

dimanche 15 septembre 2019

Au coin d'une rue



Voilà,
Il mord ses doigts, gratte ses croûtes, mange ses peaux mortes. Mâchoire serrée il avance à pas lents dans les rues sales et répugnantes de cette ville perpétuellement en chantier qu'il ne reconnaît plus. Des questions l'assaillent comme des flèches. Voudrait somnoler. Dans certains pays paraît-il existent des bars à sieste, pas ici, dommage. Car, de plus en plus souvent cotonneuse, la réalité. Ou bien poreuse friable transparente peuplée de figurants sans épaisseur ni densité. À cause de la fatigue son rayon d'action s'amenuise. Plus goût à rien. N'avance pourtant pas les bras ballants. Conserve encore quelque maintien. Observe à droite à gauche respecte les feux tricolores traverse au passage-piétons. Même si dedans délabré. Se souvient de cette lointaine époque où  transporté de ci de là, sans avoir à décider de quoi que ce fût, il n'avait qu'à regarder. Premiers temps de la vie où tout n'était que contemplation sans projet. Sans nécessité aucune de formuler, de rendre des comptes. De se justifier. C'était bon. Aurait pu tout aussi bien s'arrêter de vivre alors. Bien sûr n'aurait pas connu les plaisirs de la chair. Ni ses démons. Ah ! Jours sans fantômes et sans autre désir que chier manger dormir et pour le reste simplement voir entendre. Sûrement les choses n'étaient-elle pas aussi simples. C'est fou comme on enjolive. Finalement ne restent que les bons moments. Bonne nature tout de même. Optimiste, oui. Presque joyeux drille en dépit de la mélancolie cette méduse qui remonte sournoisement des profondeurs de l'être, c'est joli ça, les profondeurs de l'être. Il devait y avoir de la souffrance c'est pas possible autrement. Mais oui les dents les boyaux et tout plein d'autres trucs. De la sensation d'abandon aussi, de la méduse déjà. Aujourd'hui n'a plus envie de responsabilité. Sent bien qu'il lâche l'affaire. N'aura finalement pas su conduire sa barque. On dit conduire ou mener sa barque ? Épuisé de toujours donner le change, de sauver les apparences. Parfois les mendiants lui demandent la monnaie qu'il n'a pas. À quoi bon se lever se laver sortir marcher il pourrait tout aussi bien rester dans son lit dormir se branler écouter la radio procrastiner peu importe l'ordre, mais il s'obstine encore à marcher. C'est donc qu'il y a de l'insurgé en lui, du résistant. Il lui reste encore un peu de révolte. D'ailleurs, la fugitive vision d'un vieillard crispé sur trottinette électrique suffit amplement à justifier un telle rébellion. Le ridicule ne tue pas, mais l'on en vient parfois à se réjouir du danger des carrefours. Qu'il crève ! Et puis il y a les murs aussi. Bien énigmatiques parfois les murs, au détour d'une rue. 
(Shared with Monday murals)

jeudi 12 septembre 2019

Liste des bonnes nouvelles



Voilà,
Un soir, dans une gare au milieu de nulle part, en attendant un train qui me ramènerait sur Paris j'ai songé qu'il me fallait répondre au défi lancé par Francis J. en commentaire d'une de mes publications du mois d'Août. Je me suis donc efforcé d'écrire une liste de bonnes nouvelles.

Un particulier vietnamien invente des pailles faites d'herbes sauvages et emballées dans des feuilles de bananiers.

L’association Faire Avec, fondée par trois femmes architectes récupère les déchets de chantiers du secteur du bâtiment qui en produit plus de 50 millions de tonnes chaque année, pour rénover les logements des personnes en situation de précarité.

Développé avec l’institut de microbiologie de Guangzhou en Chine, le Cleansebot est un petit robot qui se glisse sous vos draps pour nettoyer votre lit des acariens et bactéries récalcitrants avec une technologie baptisée « désinfection par rayonnement ultraviolet ». Il se faufile partout dans la maison et peut même nettoyer votre clavier d’ordinateur, nid à bactéries par excellence (400 fois plus que dans vos toilettes !).

Une start-up danoise invente des sous-vêtements qui ne se lavent que toutes les quatre semaines… Un réflexe écologique dans des conditions d’hygiène parfaitement pensées. .Les sous-vêtements sont recouverts d’une formule à base d’argent. Cette fine couche d’argent a des propriétés antibactériennes et va détruire au fur et à mesure plus de 99.9% des bactéries présentes dans le tissu. Les bactéries sont responsables des odeurs et donc si les bactéries sont éliminées, les odeurs le sont aussi. Il suffira de laver en machine les sous-vêtements toutes les quatre semaines pour les porter de nouveau. 

Des gens optimistes nous délivrent des messages d'optimisme (bah oui logique !!!) comme par exemple Mitchell Joachim, professeur de pratique à l’Université de New York (États-Unis) qui considère que « L’humanité a créé la majeure partie des problèmes de notre société et, par conséquent, l’humanité a le pouvoir d’apporter des solutions. » ou bien Giulio Prisco, écrivain, expert en technologie, futuriste, cosmiste et transhumaniste (Italie) qui pense que "L’humanité a fait des choses merveilleuses sur Terre et peut continuer à faire des choses encore plus merveilleuses parmi les étoiles, à condition que nous conservions une saine réserve d’optimisme sans bornes, irrévérencieux et déraisonnable." et puis aussi "La thèse de l'effondrement peut nous aider à construire un monde meilleur" (Pablo Servigne) 

Mise au point en 2012 par deux chercheuses promises au prix Nobel, la Française Emmanuelle Charpentier et l’Américaine Jennifer Doudna, la méthode “CRISPR Cas9” permet de couper, de remplacer ou de modifier un gène dans l’ADN d’un être vivant. Une technique extrêmement prometteuse, qui sera très utile dans la thérapie génique. On pourra mieux combattre les maladies en intervenant directement dans l’ADN.

Des chercheurs de l’Université du Wisconsin ont réussi à écrire un message sur Twitter uniquement par la pensée, en se concentrant sur des lettres apparaissant sur un écran. Objectif : concevoir des « prothèses neurales », qui permettront à des personnes handicapées de communiquer par ordinateur ou de piloter leur fauteuil roulant au moyen de la pensée.

Des Américains ont fabriqué deux enzymes artificielles d’une complexité sans précédent, qui pourraient s’avérer utiles pour détruire le pétrole lors d’une marée noire ou créer des bioplastiques. La fabrication d’enzymes artificielles progresse à grands pas. Les enzymes que fournit le corps humain ou d’autres êtres vivants ont beau être capables de prouesses qu’aucun produit de synthèse ne parvient encore à imiter, elles sont parfois instables et longues à produire. 

Ce sont les chiens eux-mêmes qui éclairent depuis peu un parc canin de Cambridge, au Massachusetts, grâce à un biodigesteur qui transforme leurs excréments en méthane, lequel alimente un réverbère à gaz. Un outil simple et efficace pour convertir directement des déchets en source d’énergie.

Des Japonais ont inventé la machine qui au lieu de broyer les documents les transforme en un doux papier toilette qui ne vous martyrisera pas plus la pastille. Bon ça coûte encore à peu près 100 00 dollars, mais souvenons nous qu'au début un lecteur DVD ça coûtait 4000 francs

Donc je devrais pouvoir chanter comme Maurice Chevalier "dans la vie faut pas s'en faire" 

shared with skywatch friday

mardi 10 septembre 2019

Une image paisible


Voilà,
vers la fin Aout 2019 au bois de Vincennes. Une journée paisible et ensoleillée. Mon frère est reparti de chez moi le matin même. J'ai lavé les draps les ai fait sécher. Ensuite je vais voir l'exposition "Paris-Londres music migrations 1962-1989" au Musée National de l'Histoire de l'Immigration. Puis je loue un vélo et me balade autour du lac de Minimes à Vincennes où ça canote pas mal. Paris ne s'est pas repeuplé car il reste encore une semaine entière de vacances. L'image donne une impression paisible. Bon évidemment la fille allongée tapote sur un écran. Sans doute au moment où je déclenche, ai-je envie que le monde ressemble à cela, à cette illusion. Verdure et azur limpide. Farniente. La simple beauté des choses et l'acceptation sereine du temps qui passe. Oui je voudrais tant y croire. (Linked with Our world tuesday)

jeudi 5 septembre 2019

We're the one to the sun


Voilà,
lors de ce lointain séjour à New York, j'ai souvent réalisé des photos volées, dans le métro, dans la rue où il pleuvait souvent. J'errais essayant d'oublier. Il me semblait que ma vie s'écroulait. J'avais tout le temps envie de pleurer. Évidemment, la plus belle et la plus métaphorique du séjour, je ne l'ai pas prise. Quand j'y pense encore aujourd'hui, je réalise à quel point j'étais perdu. Mon ami Pascal m'avait offert le voyage, et organisé à la hâte tout le séjour, pour ne pas me laisser dans cet état à Paris. Ce jour-là, j'ai trouvé que ce type ressemblait à William Burroughs, alors j'ai déclenché en espérant que le métro ne se transforme pas en machine molle.
Shared with the weekend in black and white

mardi 3 septembre 2019

De quelques piscines



Voilà,
celle de Djelfa, dont il reste une photo quelque part et qui fut sans doute la première où je suis allé
celle de Saumur où à douze à treize ans je sautais du plongeoir de dix mètres
celle de Draguignan où nous allions après les courses avant de remonter sur Châteaudouble
celle de Malakoff avec sa pelouse où nous passions des après midi entières avec Jacques Nolot
les Bains Deligny sur la Seine que nous fréquentâmes beaucoup l'été 1979 avec Thierry, Mimi, Jacques et Didier
celle de cet hôtel en Tunisie où Constance, infatigable et fière me montrait comme elle savait plonger
celle toute petite de l'École Polytechnique à Paris qui sentait le chlore
celle de la rue de Sèvres avec ses cabines à l'étage et qu'on voit dans "les bonnes femmes" de Chabrol
celle de Parentis en Born où j'ai appris à nager
celle de la porte de Vincennes où j'ai passé l'épreuve de natation du brevet
celles de ces gens aux Arcs qui ne cessaient de parler de leurs amis les Martin-Chauffier
celle de la maison d'Aline où nous avons passé tant d'étés et en particulier celui caniculaire de 2003
celle du bateau qui nous a conduit de Travenmüde à Helsinki lors de la tournée des Zeppelins en 1979
celle du Hilton de Manille au bord de laquelle on prenait le soleil et des cocktails avec Didier avant d'aller donner nos cours 
celle de l'île de la Barthelasse à Avignon où je ne suis pas retourné depuis 1996, c'était avec Christelle et Beatrice Catry
celle de Mussidan un peu vétuste et guère ombragée à laquelle je pense pourtant assez souvent
celle un peu sale du Luxury beach hôtel de Karachi
la piscine Joséphine Baker en bord de Seine dont le toit ne s'ouvre jamais vraiment, même l'été
celle de cet Hôtel de Madère avec une vue plongeante sur la mer
celle de la villa de Villeneuve-lez-Avignon louée par Sophie et ses copines au milieu des cyprès et des pins
et la plus récente celle de la maison des parents d'Elsa, enserrée dans un jardi
n
shared with weekend reflectionsdigital whisper - shadow shot sunday

lundi 2 septembre 2019

Entre deux mondes



Voilà,
ta langue passe et repasse derrière la dent qui bouge un peu. Tu es intrigué par ce légère ébranlement. Tu traînes sur les berges du fleuve qui scintille sous le soleil de midi. Tourmenté cependant par de lancinantes pensées dues à ce message découvert le matin même sur ton portable alors que tu étais à peine réveillé. Ces mots sobres et pudiques publiés par une lointaine connaissance sur un réseau social qui ne te lâchent pas "Comment écrire l’impensable...Mon amour, mon ami, mon amant, le père de mes enfants, mon *** s’en est allé, trop tôt. Assis face à la mer, son cœur a lâché... Grande est notre douleur mais nous tiendrons le cap."
Tu ne cesses de penser à elle, que tu connais depuis des années sans vraiment la connaître, toujours souriante, toujours aimable, simple et solaire, et dont tu as des nouvelles régulières par ce réseau social qui donne l'illusion d'une proximité. Et tu te souviens l'avoir croisée cet été un soir au festival. Elle était toujours aussi jolie.
À présent tu marches à côté de tes pas. Tu regardes les passants. Les joggers qui transpirent dans l'effort. Les lourds cumulus immobiles dans le bleu du ciel semblent presque artificiels. C'est le premier jour de Septembre. Tout semble pourtant paisible, en suspens. Dans un coin de ta tête une bluette qui te rappelle ton enfance. Tu n'as plus envie de regarder tes mails. D'entendre les actualités. Tu veux juste marcher seul, sachant pourtant combien la solitude te coûte. Ne plus vivre que dans un monde futile de musique et de refrains. Être encore plus improductif. Jouir du temps présent. Tu voudrais que la mort ne te trouve pas maussade si elle devait te prendre par surprise.


(...)

Le lendemain, tu marches encore. Cette fois dans ce quartier où tu as tant et tant de fois déambulé depuis tant et tant d'années. Comme souvent tu reviens vers la boutique des songes, celle qui a toujours été là, devant laquelle sans jamais oser en franchir le seuil, tu t'es si souvent attardé depuis que tu habites cette ville. Une jeune femme t'en ouvre la porte, affirme qu'elle te reconnaît et c'est vrai puisqu'elle articule ton prénom. Elle t'accueille avec une bienveillance inattendue. Bientôt, elle te raconte l'histoire de ce lieu qui appartenait autrefois à une aïeule, t'explique qu'elle y a grandi. Elle te confie ce qu'elle imaginait qui s'y passait la nuit quand tout était fermé, elle te montre des objets, t'indique leur provenance. Tu te sens vaguement embarrassé de ton corps tu voudrais n'être qu'un pur esprit ça serait tellement plus simple tu as peur de casser quelque chose tu ressens un léger vertige dans ce cabinet de curiosités où certains hivers tu aurais voulu te réfugier comme dans une maison de poupée tu ne te la figurais pas si jeune la bergère du troupeau des rêves mais il faut la laisser il faut t'en aller et tu la quittes à regret. Tes pas te mènent vers le grand jardin que tu traverses en somnambule et sur lequel se répand une tendre et douce lumière de fin d'été. Les ombres commencent à s'allonger. Tu n'entends pas les bruits de la ville. Juste le chant des oiseaux dans l'air tiède et les cris joyeux des enfants qui traînent après leur premier jour de classe, et profitent des derniers rayons de soleil. Et tu tiens frêle entre deux mondes, étonné, pensif, surpris d'être là encore, parmi tant de questions irrésolues, mais vaguement détaché aussi, comme si au fond, plus rien n'avait vraiment d'importance. Ni ce qui a été accompli, ni ce qui reste à faire.



shared with tuesday's treasures

dimanche 1 septembre 2019

L'Instaurateur


Voilà,
dans son livre "Au bonheur des morts", Vinciane Despret, rapporte cette réflexion de Souriau dans "Le mode d'existence de l'œuvre à faire" qui, à la fin des années cinquante, pensait que l'artiste n'est jamais le seul créateur, mais plutôt "l'instaurateur" d'une œuvre qui vient à lui, et qui sans lui ne procèderait jamais vers l'existence". Plaisir de découvrir que cette intuition constatée il y a quelques mois, et partagée dans un précédent billet, qui d'ailleurs, bien que l'image qui s'y trouve soit plutôt réussie, ne suscita alors aucune réaction, a préalablement été ressentie et formulée par d'autres. (Linked with monday murals)

samedi 31 août 2019

Les jardins de Cormatin


Voilà,
les étés en compagnie de ma fille se feront de plus en plus rares. Elle aura sans doute dans les années qui viennent d'autres envies que celle de voyager l'été avec son vieux père, et c'est bien normal. Les moments passés avec elle me sont d'autant plus précieux. Ces menus partages en dehors de la vie quotidienne, les visites, les promenades, les découvertes faites ensemble, tout cela aura compté parmi les bonheurs les plus doux de mon existence. Nous aurons par exemple marché dans le parc du château de Cormatin ensemble un été. Rien de bien spectaculaire, et les choses qui nous seront apparues au même moment n'auront pas le même poids, se recomposeront différemment dans son esprit, ou bien s'évanouiront peut-être dans l'oubli car d'autres événements d'autres expériences auront occupé sa pensée. Pourtant, ces bouts d'existence, ces instants dérobés ont pour moi la grâce singulière des apparitions. Comme cette statue de pierre au milieu de cette végétation, semblant contempler la sculpture végétale qui lui fait face.(shared with our world tuesday)

jeudi 29 août 2019

mercredi 28 août 2019

Dormir pour oublier (28)



 Voilà,
donc, pour nous enjoindre de jeter nos détritus dans la poubelle, le publiciste a choisi l'expression "ça ne mange pas de pain" qui signifie  — je le précise pour mes lecteurs étrangers — que cela n'exige pas d'effort particulier. Mais le sans-domicile que la société réduit à l'état de déchet, et qui a posé son carton à proximité de la poubelle, lui non plus ne mange pas de pain. Que le publiciste, puisse, vraisemblablement parce qu'il ne prend jamais le métro, imaginer un slogan aussi con, peut à la rigueur se concevoir, mais que les responsables de la RATP qui eux ne doivent pas ignorer le nombre croissant de sans-abri qui s'épavent dans le métro n'aient même pas songé que leur campagne pouvait relever de l'obscénité laisse un tantinet perplexe. Mais, peut-être finalement, ce message n'exprime-t-il rien d'autre que le cynisme plus ou moins conscient de ceux qui inventent et diffusent les mots d'ordre supposés nous édifier.

lundi 26 août 2019

L'Été 2019


Voilà,
donc l'été s'achève, enfin je veux dire l'été social, celui des vacances.
Cet été beaucoup de célébrités que j'aimais seront mortes. Pas mal de connaissances professionnelles aussi
Cet été, les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis auront aggravé la crise financière.
Cet été, en France, le climat social sera resté tendu en dépit des vacances, sans que les médias tous plus ou moins à la solde de l'oligarchie financière et de son pantin n'en parlent vraiment.
Cet été, j'aurais revu Peggy qui fut une des bonnes surprises de l'année et fait la connaissance de Leah sa fille.
Cet été, j'aurai fréquemment emprunté le train.
Cet été, j'aurai pris beaucoup de plaisir à entendre la voix et les propos de Céleste Albaret la gouvernante de Marcel Proust dans une série d'entretiens rediffusés sur France Culture, et j'aurai alors songé que c'était un privilège lié au fait de vivre dans un vieux pays en paix
Cet été, je l'aurai traversé avec une canine provisoire.
Cet été, j'aurai vécu de merveilleux moments de détente avec ma fille, de promenades à bicyclette, et elle sera aussi souvent venue se blottir dans mes bras pour que je la câline, et cet amour et cette confiance auront constitué de doux moments de félicité.
Cet été, j'aurai passé un mois au festival d'Avignon retrouvé le goût de jouer et n'aurai eu nulle part mal dans mon corps durant cette période.
Cet été, j'aurai souvent éprouvé le besoin autant que le désir d'être ailleurs.
Cet été, j'aurai découvert les visages solaires et souriants de Chloé, d'Ingrid et d'Héloïse et cela m'aura fait beaucoup de bien et j'aurai déploré d'avoir la physionomie que j'ai qui me fait un visage plutôt fermé.
Cet été, il aura, comme l'été précédent, souvent été question de la pollution humaine du changement climatique et de leurs incidences sur l'état de la planète et peut-être qu'un peu plus de gens auront pris conscience du danger qui nous guette.
Cet été, j'aurai revu "Insiang" le film de Lino Brocka magnifiquement restauré et j'aurai retrouvé intacte l'émotion de mes vingt ans lorsque je le vis pour la première fois.
Cet été, les moustiques m'auront beaucoup piqué, je n'aurai pas beaucoup lu, j'aurai espéré des choses qui ne sont pas venues.
Cet été, les réseaux sociaux m'auront néanmoins réservé de jolies surprises.
Cet été, la Suze-Perrier aura été mon apéritif favori. J'aurai même émis le désir que plus tard si son absorption doit s'avérer nécessaire, le cocktail létal que j'absorberai soit associé à ces deux ingrédients.
Cet été, j'aurai songé qu'il faudrait donner une nouvelle forme à ce blog mais je ne sais pas laquelle.
Cet été, bien qu'il m'en coûte j'aurais fait le point sur quelques impasses (enfin je crois) et cessé de me voiler la face pour enfin admettre certaines évidences.
Cet été, j'aurai découvert sur le net un enregistrement où  John Lennon chante la première partie de "I've got a feeling" et j'aurai regretté qu'il n'en fut pas ainsi pour la version finale.
Cet été, une fois encore je ne serai pas allé à la piscine de Mussidan.
Cet été, j'aurai ingéré des gouttes de CBD+ et aurai constaté son effet déstressant mais aussi émollient.
Cet été, je me serai un peu désintoxiqué de mon ordinateur, des réseaux sociaux, mais pas encore suffisamment.
Cet été j'aurai rédigé et publié beaucoup de listes
Cet été, je serai allé pour la première fois à Moret-sur-Loing, un charmant village médiéval situé à une heure à peine de Paris par train, où nombre d'impressionnistes sont venus peindre et en particulier Alfred Sisley qui vécut là et y mourut.
Cet été, tout comme l'année dernière, de vastes et incontrôlables incendies auront fait des ravages. Cette fois-ci dans forêt sibérienne, la forêt amazonienne la forêt sub-tropicale africaine et aussi sur une île de l'archipel des Canaries.
Cet été, mon plus jeune frère de passage à Paris pour assister à un concert de Cure, m'aura fait quelques confidences le concernant et une fois encore j'aurais trouvé qu'il ne respire pas vraiment la santé.
Cet été, j'aurais découvert le dernier album de Carlos Santana que j'aurais trouvé ma foi fort bon
Cet été je me serai demandé s'il y en aura beaucoup d'autres après celui-là, en me rappelant qu'autrefois, c'est à dire il y a trente ans, chaque fois que je partais en vacances, je mettais "see you in september" des happenings en fond sonore sur mon répondeur téléphonique.
Cet été je ne me serai pas assez reposé.
(Linked with weekend reflections)

samedi 24 août 2019

La Presse du Jour


Voilà,
donc si j'ai bien lu, le journal "Investir" nous informe des valeurs qui vont flamber : "Libération" évoque Bolsonaro l'incendiaire de l'Amazonie et "Le Parisien" titre sur notre poumon qui brûle. Quant au journal "Madame", ce qui l'intéresse, c'est le gang du style.

So if I read it correctly, the newspaper "Investir" informs us of the values that will flare up: "Libération" evokes Bolsonaro the arsonist from the Amazon and "Le Parisien" title on our burning lung. As for the newspaper "Madame", is interested by the style gang.

vendredi 23 août 2019

Aujourd'hui tout va bien


Voilà,
aujourd'hui ou un autre jour pour tout le réseau banlieue et Paris un forfait est vendu à prix réduit pour cause de pollution.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour dans l'état de l'Alabama une femme enceinte noire qui a pris une balle dans le ventre est jugée responsable de la mort de son fœtus au motif qu'elle aurait provoqué son agresseur.
Tout va bien
Aujourd'hui ou un autre jour je lis que dans certaines entreprise du freeworld les salariés privés de pause toilettes se trouvent contraints de porter des couches,
Tout va bien
Aujourd'hui ou un autre jour, après un épisode caniculaire, le nord de la Grèce a subi le passage d'une tornade, phénomène inédit sous ces latitudes, qui a causé la mort de six touristes,
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour le New-York Times a décidé de cesser de publier des caricatures politiques.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour au Japon, un million de personnes sont déplacées en raison d'inondations causées par des pluies torrentielles.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour en Pologne, en Sibérie ou au Canada le permafrost poursuit son dégel. Cette couche de sol renferme d'énormes quantités de carbone et des virus potentiellement dangereux pour l'Homme.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour, des navires pétroliers sont attaqués dans le détroit d'Ormuz, et les bellicistes sont au pouvoir en Iran et aux Etats-Unis.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour un rapport d'une Organisation internationale constate que l'exploitation du sable dans le monde est un désastre écologique qui n'est pas prêt de finir.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour j'ai envie de pleurer chez le marchand de pâtes à cause d'une fort parfum de lavande dans la boutique adjacente qui me rappelle ces étés  de ma jeunesse que je passais en Provence.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour j'ai lu que "Un être humain ingère en moyenne 5 grammes de plastique chaque semaine, soit l’équivalent du poids d’une carte de crédit”.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour on se demande si les démocraties sont en mesure de faire face au péril écologique.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour, on dit que le Groenland a atteint un point de basculement.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour on a, dans l'arctique russe, aperçu un ours famélique et fatigué à 800 kms de son habitat.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour on a constaté dans la Loire un taux de Tritium trois fois supérieur au seuil d'alerte.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour on rappelle que de nombreux ponts en France sont dans un état de vétusté alarmant.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour, les océans continuent de se réchauffer et de gagner en acidité pendant qu'une partie de l'Amazonie grande comme la péninsule ibérique n'en finit pas de brûler.
Tout va bien.
Aujourd'hui ou un autre jour, je tente de faire comme si tout cela n'existait pas et je vais au musée.
Tout va bien.
J'y pense et puis j'oublie disait une géniale chanson de mon enfance.
mais là j'ai quand même du mal.
(Linked with week-end reflections)

jeudi 22 août 2019

C'est là notre seule monnaie



Voilà,
je me réveille la nuit et je m'attarde sur des pages écrites par des inconnus aux quatre coins du monde. Ce sont pour la plupart de parfaits étrangers qui pour l'immense majorité le demeureront à tout jamais. Nous faisons la même chose, nous partageons nos histoires, nos sensations, nous montrons des images, mus par le besoin de nous exprimer autant que par celui de communiquer et d'ouvrir notre monde à celui de tous ces partenaires inconnus pour lesquels nous alimentons une certaine curiosité. Nous sommes comme ces navigateurs qui de temps en temps donnent leur position. Et même ceux qui ont renoncé à cette pratique, laissent malgré eux la trace de leur passage, témoignant du fait qu'ils continuent de porter un vague intérêt à ce qui émane de nous. En retour il arrive que nous furetions parmi les vestiges de leur production passée. Nous nous reconnaissons dans nos questions et nos incertitudes, dans nos angoisses et nos indignations, dans les intérêts que nous partageons, dans les étonnements que nous ne voulons pas garder simplement pour nous, dans les détails qui nous intriguent, dans les pensées les phrases où les images produites par d'autres qui nous stimulent et dont il nous semble nécessaire de faire entendre ou de montrer la singularité. Nous échangeons des émotions, des réflexions, c'est là notre seule monnaie. Nos corps sont par la force des choses distants, mais nous nous étreignons en pensée, sans plus aucune distinction de race de sexe ou d'âge ou plus précisément nos pensées sont la manifestation d'une quête pour atteindre l'autre, et qui sait si parmi ces lointains ne se trouve pas le si-proche le presque-semblable orphelin ou orpheline d'une langue enfouie que nous aurions pu secrètement partager et dont nous gardons la même nostalgie. Il suffit parfois d'un reflet, d'un poème, d'une évocation furtive, pour que notre solitude trouve dans l'espace infini des messages qui se croisent, l'écho de sa propre intimité. Dans ce chaosmos virtuel, se tissent les liens, les correspondances d'un peuple fantôme qui n'existe plus que par ses projections dématérialisées rendues toutefois tangibles par le truchement de ces petits écrans que nous tapotons à longueur de journée et dont nous sommes devenus les esclaves consentants afin d'exprimer notre inextinguible besoin de reconnaissance sinon de consolation.

Publications les plus consultėes cette année