Voilà,
il y avait chez Philippe et Dominique, posée sur la cheminée du salon, dans l'appartement de la rue de Vaugirard, cette petite statuette en bois, très ancienne et vermoulue, représentant une vierge à l'enfant dont il manquait la tête. Et puis aussi, ramené de Cayenne par Philippe, ce noyau de je ne sais plus trop quel fruit exotique sculpté par un bagnard — peut-être une noix de corozo qu'on qualifie d'ivoire végétal et qui est la noix d'un palmier nommé tagua. Je trouvais cette tête particulièrement émouvante. Un jour j'ai eu l'envie d'assembler ces deux œuvres conçues à plusieurs siècles d'écart par des mains anonymes dans des bois et sous des cieux dissemblables. En dépit de la différence d'échelle il me semblait qu'elles avaient quelque chose à voir l'une avec l'autre. Étais-je simplement séduit par l'idée d'une rencontre improbable ? Je ne crois pas qu'il ne se fût alors agi que de cela. Il est vraisemblable que secrètement j'aie désiré que ce noyau d'art brut, qui me semblait avoir une âme — sans doute était-ce la seule forme de liberté que son auteur avait pu se permettre —, fût associé à l'idée de sainteté de pureté et d'élévation que suggérait la statue acéphale portant l'enfant Jésus, que longtemps après on désignera aussi sous le nom de Rédempteur.
il y avait chez Philippe et Dominique, posée sur la cheminée du salon, dans l'appartement de la rue de Vaugirard, cette petite statuette en bois, très ancienne et vermoulue, représentant une vierge à l'enfant dont il manquait la tête. Et puis aussi, ramené de Cayenne par Philippe, ce noyau de je ne sais plus trop quel fruit exotique sculpté par un bagnard — peut-être une noix de corozo qu'on qualifie d'ivoire végétal et qui est la noix d'un palmier nommé tagua. Je trouvais cette tête particulièrement émouvante. Un jour j'ai eu l'envie d'assembler ces deux œuvres conçues à plusieurs siècles d'écart par des mains anonymes dans des bois et sous des cieux dissemblables. En dépit de la différence d'échelle il me semblait qu'elles avaient quelque chose à voir l'une avec l'autre. Étais-je simplement séduit par l'idée d'une rencontre improbable ? Je ne crois pas qu'il ne se fût alors agi que de cela. Il est vraisemblable que secrètement j'aie désiré que ce noyau d'art brut, qui me semblait avoir une âme — sans doute était-ce la seule forme de liberté que son auteur avait pu se permettre —, fût associé à l'idée de sainteté de pureté et d'élévation que suggérait la statue acéphale portant l'enfant Jésus, que longtemps après on désignera aussi sous le nom de Rédempteur.
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