samedi 17 septembre 2011

Minuit moins deux secondes


Voilà
je repense souvent à cette histoire. L'homme apparaît à l'holocène. Si l'on reporte les paramètres de l'évolution de la vie terrestre sur une échelle de vingt quatre heures, les vertébrés ont commencé leur développement vers 21 h 30 et les premiers hominidés le leur vers 23 H 57. C'est donc à minuit moins deux secondes que l'homme fait son entrée sur la scène du monde. Le film de Werner Herzog "la grotte des rêves perdus" s'achève par un saisissant et vertigineux raccourci soulignant le caractère paradoxal sinon absurde du devenir de l'humanité. A quelques kilomètres de cette cavité qui depuis 35 000 ans abrite des peintures rupestres demeurées en leur état originel (et dans cette courte distance, il y a tout le chemin parcouru par la pensée de l'homo sapiens, qui au regard de notre fable tient en deux secondes) se dresse une centrale nucléaire. Grâce à l'utilisation des vapeurs d'eau chaude qui s'en échappent on a même aménagé à proximité une serre tropicale ainsi qu'une ferme d'élevage de sauriens qui se développent paisiblement dans cette région autrefois glaciaire qui fut peuplée d'ours, de mammouths, de chevaux sauvages, de bouquetins de lions et de rhinocéros. Comme si cette volonté de domestiquer puis d'asservir la nature n'avait somme toute d'autre dessein que de recréer des conditions de vie favorables aux descendants des dinosaures qui nous ont précédés, et qui probablement s'adapteront mieux que les hommes aux mutations qu'engendreront les autres catastrophes liées à l'usage de l'atome. Mais si finalement cette proximité entre la grotte Chauvet et la Centrale de Cruas nous racontait aussi quelque chose que nous nous refusons à voir ? A la fois l'histoire d'un temps archaïque où nous n'étions pas et celle d'un futur nucléaire où nous ne serons plus.

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