ce jour là, au musée d'Art Moderne, près d'une grande toile d'Arroyo, j'ai croisé un sosie de Jim Morrison lorsqu'il était encore dans l'insolente beauté de sa jeunesse. Je n'ai pas osé lui demander si je pouvais le photographier, ni faire un cliché à la dérobée. C'était tellement évident, cette ressemblance, que lui-même devait le savoir. J'ai supposé que bien des gens avaient du déjà lui faire la réflexion et que cela peut-être à la longue devait lui peser, même s'il est vrai que dans le genre il y a des fardeaux plus difficiles à supporter moi par exemple je n'aimerais pas ressembler à Raffarin. Ai-je voulu me consoler de ce manque d'audace, de cette incapacité à m'adresser de façon générale aux inconnus, en prenant ce cliché?
Un blog écrit en français, avec des photos des collages des dessins, des créations digitales, des récits de rêves, des chroniques des microfictions et encore bien d'autres bizarreries... A blog written in french with photos, collages, drawings, digital paintings, dream stories, chronicles, microfictions and a few other oddities. ISSN 2402-7375
dimanche 14 août 2011
vendredi 12 août 2011
Brève
voilà
une fraction de seconde il fut ombre et lumière
une fraction de seconde il fut ombre et lumière
le corps rien qu'une ombre un éclair la pensée
saisi dans la surprise
comme l'insecte brûlant à la lampe
comme l'insecte brûlant à la lampe
il n'était déjà plus rien
jeudi 11 août 2011
Incertitudes
je n'ai pas de fascination particulière pour les images floues. Mais elles savent parfois rendre compte du désordre des sens et de la pensée, de la difficulté aussi de percevoir et d'appréhender la réalité telle qu'elle peut, une fraction de seconde, se manifester dans un espace transitoire : peuplée par exemple de significations cachées et sujette à de multiples interprétations toute plus arbitraires les unes que les autres. Qu'importe la netteté de l'image si la confusion demeure lisible. Ce jour là, en tout cas, à l'exposition de Xavier Lambours, Maison Européenne de le Photographie, une ombre fugitive, m'a dans le jeu ambigu des reflets et des transparences, effleuré, aussi désinvolte que légère, m'invitant à figer en dépit de la faible lumière du lieu, ce trouble rémanent cette vague inquiétude, qui a nom désarroi et donne à toute chose la consistance d'un mirage.
jeudi 4 août 2011
mercredi 3 août 2011
mardi 2 août 2011
Danse, danse....
Voilà
Danse danse petit enfant de l'arc-en-ciel, et que toujours la lumière t'accompagne...
première publication 2/08/2011 à 00:09
shared with kym Decker's challenge - thankful thursday -
lundi 1 août 2011
Ensemble
Voilà
ensemble nous rions de la bêtise de Sanborn et de l'agacement permanent de Chase sa supérieure contrainte de faire équipe avec cet incompétent qui en pince pour elle. Nous les trouvons si drôles, nous retenons leurs répliques et les rejouons parfois après au cours de la journée. Moi, je suis aussi particulièrement ému par Iris, si perspicace, si drôle et gentille dont personne ne semble remarquer la finesse, surtout pas Linus dont elle est secrètement éprise et qui ne voit pas l'attention discrète qu'elle lui porte, mais quand même le plus stupide et le plus hilarant, c'est bien Sanborn
ensemble nous rions de la bêtise de Sanborn et de l'agacement permanent de Chase sa supérieure contrainte de faire équipe avec cet incompétent qui en pince pour elle. Nous les trouvons si drôles, nous retenons leurs répliques et les rejouons parfois après au cours de la journée. Moi, je suis aussi particulièrement ému par Iris, si perspicace, si drôle et gentille dont personne ne semble remarquer la finesse, surtout pas Linus dont elle est secrètement éprise et qui ne voit pas l'attention discrète qu'elle lui porte, mais quand même le plus stupide et le plus hilarant, c'est bien Sanborn
dimanche 31 juillet 2011
mardi 26 juillet 2011
La photo d'un poète
Voilà
la revue qui, en septembre 71 publie un numéro spécial sur la nouvelle poésie française a, selon toute vraisemblance, demandé que chacun des poètes sélectionnés choisisse une photo. Celle que l'un d'entre eux a fait parvenir le représente en compagnie d'une femme sur la place d'un village où une maison moyenâgeuse prend en arrière-plan une importance considérable. Ils avancent ou font semblant d'avancer ensemble vers l'objectif tout en se regardant (amoureusement ?) l'un l'autre. La distance qui les sépare, va de l'épaule au coude de l'homme. Celui-ci se trouve à droite de la femme, le visage tourné vers elle, sa main gauche posée sur l'épaule gauche de son accompagnatrice, juste a la base du cou. La femme porte un manteau court et sombre qui s'arrête au-dessus du genou et de hautes bottes en cuir qui remontent en haut du mollet. Son front est dégagé et ses cheveux longs tirés en arrière lui font la même coupe que la chanteuse Sheila, à cette époque. Elle le regarde en souriant, de ses yeux yeux légèrement globuleux levés vers lui qui porte des lunettes à monture épaisse, posées sur un grand nez. Une raie sur le côté des pattes courtes et les oreilles dégagées, voilà pour la coiffure de l'homme. Sous son blazer à trois paires de boutons, croisé, fermé et légèrement cintré, il porte un pull à col roulé clair, sûrement en jersey, à la mode dans les années soixante dix. Le pantalon est légèrement évasé vers le bas façon pattes d'éléphant. Tout cela suggère plutôt un jeune couple de professeurs exerçant dans un lycée de province. Si le poète a tenu a être présenté en compagnie de sa muse qui pour lui a les yeux de chimène et non de chienne comme le propose le correcteur orthographique du smartphone sur lequel je dactylographie ces lignes, eh bien c'est indiscutablement raté. Un bref texte de présentation insinue qu'il y a du Verlaine dans cette sensibilité adolescente mais que ses frémissements je cite ont lu Mallarmé. Je me souviens que dans ma préadolescence, j'avais du mal à me faire à l'idée qu'un poète puisse avoir la tronche d'un petit fonctionnaire, et je trouvais plutôt ridicule à l'époque et même assez pitoyable cette photo. Après toute ces années mon point de vue n' a pas changé et j'éprouve encore en l'observant une sorte de gêne, dont je ne parviens toujours pas à me formuler clairement la raison. La sensation peut-être qu'il y a, dans cette posture terriblement artificielle maladroite et apprêtée, dans cette représentation petite bourgeoise de soi, quelque chose de foncièrement obscène, trivial et dépourvu de poésie qui échappe au sujet et le condamne, quoiqu'il tente, quoiqu'il écrive à n'être réduit qu'à cela.
la revue qui, en septembre 71 publie un numéro spécial sur la nouvelle poésie française a, selon toute vraisemblance, demandé que chacun des poètes sélectionnés choisisse une photo. Celle que l'un d'entre eux a fait parvenir le représente en compagnie d'une femme sur la place d'un village où une maison moyenâgeuse prend en arrière-plan une importance considérable. Ils avancent ou font semblant d'avancer ensemble vers l'objectif tout en se regardant (amoureusement ?) l'un l'autre. La distance qui les sépare, va de l'épaule au coude de l'homme. Celui-ci se trouve à droite de la femme, le visage tourné vers elle, sa main gauche posée sur l'épaule gauche de son accompagnatrice, juste a la base du cou. La femme porte un manteau court et sombre qui s'arrête au-dessus du genou et de hautes bottes en cuir qui remontent en haut du mollet. Son front est dégagé et ses cheveux longs tirés en arrière lui font la même coupe que la chanteuse Sheila, à cette époque. Elle le regarde en souriant, de ses yeux yeux légèrement globuleux levés vers lui qui porte des lunettes à monture épaisse, posées sur un grand nez. Une raie sur le côté des pattes courtes et les oreilles dégagées, voilà pour la coiffure de l'homme. Sous son blazer à trois paires de boutons, croisé, fermé et légèrement cintré, il porte un pull à col roulé clair, sûrement en jersey, à la mode dans les années soixante dix. Le pantalon est légèrement évasé vers le bas façon pattes d'éléphant. Tout cela suggère plutôt un jeune couple de professeurs exerçant dans un lycée de province. Si le poète a tenu a être présenté en compagnie de sa muse qui pour lui a les yeux de chimène et non de chienne comme le propose le correcteur orthographique du smartphone sur lequel je dactylographie ces lignes, eh bien c'est indiscutablement raté. Un bref texte de présentation insinue qu'il y a du Verlaine dans cette sensibilité adolescente mais que ses frémissements je cite ont lu Mallarmé. Je me souviens que dans ma préadolescence, j'avais du mal à me faire à l'idée qu'un poète puisse avoir la tronche d'un petit fonctionnaire, et je trouvais plutôt ridicule à l'époque et même assez pitoyable cette photo. Après toute ces années mon point de vue n' a pas changé et j'éprouve encore en l'observant une sorte de gêne, dont je ne parviens toujours pas à me formuler clairement la raison. La sensation peut-être qu'il y a, dans cette posture terriblement artificielle maladroite et apprêtée, dans cette représentation petite bourgeoise de soi, quelque chose de foncièrement obscène, trivial et dépourvu de poésie qui échappe au sujet et le condamne, quoiqu'il tente, quoiqu'il écrive à n'être réduit qu'à cela.
lundi 25 juillet 2011
Grosse activité cérébrale
Voilà
entre la cure analytique et la cinémathèque française la différence, c'est qu'à la cinémathèque les ouvreurs et les ouvreuses vous souhaitent une bonne séance. Il y en a d'autres évidemment mais sur lesquelles il n'y a pas lieu de s'étendre ah ah !
entre la cure analytique et la cinémathèque française la différence, c'est qu'à la cinémathèque les ouvreurs et les ouvreuses vous souhaitent une bonne séance. Il y en a d'autres évidemment mais sur lesquelles il n'y a pas lieu de s'étendre ah ah !
vendredi 22 juillet 2011
Le Figuier
Voilà
souvent durant ce court séjour je reviens vers lui qui au premier regard m'a tant fasciné, m'attardant sur son tronc ridé comme la peau d'un vieil éléphant. Je le photographie sous tous les angles, songeant aux transformations que je ne manquerais pas de faire par la suite pour en tirer des images énigmatiques. Ses plis ses nœuds ses cicatrices laissent entrevoir un espace fécond de formes et de projets, mais s'offrent aussi à satisfaire des sensations plus immédiates et enfantines. Depuis combien de temps ne l'ai je pas fait? Je veux moi aussi retrouver ce plaisir que la petite Louise va pour la première fois éprouver à son contact et auquel ma fille à peine arrivée a aussitôt cédé. Comme elles je grimpe a l'arbre qui invite si généreusement à l'escalade, dispensant tous les appuis et les prises nécessaires, et dans les plus hautes branches je vais cueillir ses fruits mûrs avant qu'ils ne s'écrasent au sol et j'en mange même quelques uns dans ses ramures. Ce figuier, nous en avons parlé sitôt franchi le seuil de la cuisine où notre hôtesse préparait une confiture. Et par la suite pas un jour ne passe sans qu'il ne soit question de ses fruits de sa forme de son odeur. De ce qui a pu se dire à l'ombre de son feuillage, et des idées qui peut-être ont surgi dans sa paisible et bienfaisante proximité, puisque la maison a autrefois abrité un homme à la pensée fertile qui a reçu en ces lieux d'illustres visiteurs. Il est là, ce figuier comme un gardien débonnaire, mais imposant. et pour les enfants un refuge à rêveries, à voyages imaginaires à flâneries immobiles. Il suscite en moi sans que je ne sache très bien pourquoi une immense gratitude.
Son écorce m'intrigue. Ses reliefs suggèrent une histoire tortueuse et mouvementée. Toujours j'y reviens, attiré par cette complexité qui dégage un charme singulier, un enchantement souverain. L'arbre, les tempêtes l'ont traversé, le faisant ployer sans qu'il ne cesse jamais pour autant de grandir. Sur son tronc, les blessures sont inscrites : des branches cassées ou coupées dont il ne reste que des moignons. J'aime toucher ce tronc rugueux, cette vie qui donne encore des fruits si doux et sucrés. J'aime cet arbre qui entretient depuis si longtemps, avec la brise marine, avec la lumière, avec tout ce qui l'entoure tant de secrets et mystérieux échanges. J'aime sa présence qui me stimule. Parfois il me semble, qu'il m'attendait...
Un soir, il est presque minuit, les enfants sont couchés depuis longtemps, nous discutons dans le salon en buvant des verres d'Aquavit, et je le vois soudain qui s'affale au milieu de la cour. En une fraction de seconde, le tendre et vieux figuier s'est brisé sous mes yeux. Il a suffi d'une rafale, pas bien forte d'ailleurs pour qu'il cède et s'abandonne avec élégance, à une heure tardive où personne ne se tient dans ses parages, sans rien abîmer de la maison (inachevé)
shared with thursday tree love
lundi 11 juillet 2011
Pierre Guyot
Voilà,
c'est sûr elle est floue la photo, mal cadrée, complètement ratée en fait. Je ne me souviens pas exactement de l'année où elle a été prise, peut-être en 1973 ou 1974.... C'est l'été à Châteaudouble, tous les adultes qu'on y voit sont bien plus jeunes que je ne le suis aujourd'hui. Il y a Philippe, en premier plan, qui déploie une carte. C'est sur le belvédère au pied de la maison, sûrement la fin de l'après midi car avant, le soleil y tape trop fort. Peut-être envisageons nous une excursion pour le lendemain, peut-être la descente de la Nartuby depuis Ampus. Ce qui me touche sur cette photo, c'est surtout qu'on y aperçoit Pierre Guyot en arrière plan. C'était un ami d'enfance de Philippe. C'est la seule image que j'en ai. Je l'aimais bien. Il m'arrive encore parfois de penser à lui, à sa disparition brutale et prématurée. Il n'a pas eu le temps de voir "Prends bien garde aux zeppelins" de Didier Flamand, dans lequel on a joué avec Agnès qui était sa filleule. Je me rappelle, qu'il nous avait invités un dimanche à déjeuner elle et moi, dans l'appartement dont il venait de faire l'acquisition au 16 rue Cassette. C'était une nouvelle vie qui commençait pour lui. Je ne sais pas pourquoi je garde de ce jour un souvenir si particulier et ému. Il nous avait offerts à chacun une petite bouteille de parfum de Crabtree & Evelyn. La mienne était au citron vert, celle d'Agnès, à l'Ylang-Ylang. Quelques jours auparavant il était allé en Tunisie avec sa nouvelle amie, et en avait ramené du sirop de violette que nous avions goûté ce jour là. Une vie ce n'est pas grand chose, et ça ne dure pas longtemps. Une poignée de sable vous glisse entre les doigts. Des saveurs, des parfums me lient encore à lui qui ne se laisse pas oublier, et c'est tant mieux. J'ai acheté l'année dernière un "Cédrat intense" de chez NicolaÏ qui me fait penser à lui
mercredi 6 juillet 2011
Tel est pris qui croyait prendre
une certaine angoisse en réalisant que je suis moi aussi dans l'image, mis en abyme, piégé à mes propres dépens, inconscient au moment où je le fais de ce que je suis alors en train de photographier. Ce que je vois maintenant dans ce cliché, est d'une certaine façon le "point aveugle" : ce qui a échappé et qui soudain fait sens à présent, ce qui a désobéi au doigt et à l'œil, à l'œil qui croyait voir, au doigt qui a shooté. Ce détail que sur l'instant je n'ai pas saisi tout à coup prend trop de place, et me saisit lui, me saisit d'effroi....
Quand même, il faudrait que j'en finisse avec la pensée magique. Selon Wikipédia "c'est, à l'âge adulte, appréhendé par la médecine comme un symptôme d'immaturité ou de déséquilibre psychologique". J'hésite, là vraiment j'hésite. Suis-je donc absolument obligé de choisir ? (linked with weekend reflections)
dimanche 3 juillet 2011
Carnaval antillais
![]() |
| Maladie d'amour |
Voilà
aujourd'hui, il y avait un petit air de tropiques sur les Champs-Elysées,
des sourires et des étoiles dans le ciel en plein jour....
aujourd'hui, il y avait un petit air de tropiques sur les Champs-Elysées,
des sourires et des étoiles dans le ciel en plein jour....
vendredi 1 juillet 2011
Bar de la cinémathèque
Voilà
trois femmes attablées au restaurant de la cinémathèque. L'une beaucoup plus âgée que les deux autres. Un fort accent italien. C'est elle que j'entends en premier. Sans doute sortent elles d'une projection de la rétrospective Francesco Rosi qui vient de commencer. Après avoir passé leur commande, elles se mettent à parler de nourriture et de cuisine . La plus âgée qui est à ma droite trouve qu'aujourd'hui les gens parlent beaucoup de cuisine et de "bouffe" (c'est le terme qu'elle utilise). D'après elle, tout ça est très régressif et de façon générale tout à fait inintéressant. De son temps (qui vraisemblablement doit être assez proche du mien) on avait des préoccupations plus intelligentes affirme-t-elle. On échangeait des idées. Elle ne cache pas qu'elle n'a ni intérêt ni compétence pour la cuisine, et cela ajoute-t-elle, depuis toujours. Elle déteste faire ça, comme toutes les femmes de sa famille précise-t-elle. Celle qui lui fait face et qui elle aussi a un accent, toutefois moins prononcé, ne partage pas son point de vue. Pour elle, c'est une façon de se détendre, d'oublier le stress du travail. C'est un sas important entre la vie professionnelle et la vie privée. Pendant qu'elle fait la cuisine, elle peut rêver, imaginer, se remettre les idées en place. La plus âgée trouve que pour sa part, cuisiner et un travail qui requiert une concentration dont elle est incapable. Il faut chercher dit elle, car elle ne sait jamais quoi préparer même les pâtes c'est difficile, et toutes éclatent de rire. La troisième, française semble-t-il intervient assez peu. Elle dit juste que pour sa part ça ne la dérange pas de cuisiner, même si elle n'y trouve qu'un intérêt très limité. La conversation roule un moment sur ce thème. Puis la plus jeune des italiennes qui semble avoir un rendez-vous s'excuse de devoir prendre congé des deux autres. Comme elle n'a pas eu le temps de boire sa bière, elle demande si c'est possible qu'on la lui verse dans un gobelet en plastique qu'elle va emporter avec elle. Elle règle puis s'en va.
trois femmes attablées au restaurant de la cinémathèque. L'une beaucoup plus âgée que les deux autres. Un fort accent italien. C'est elle que j'entends en premier. Sans doute sortent elles d'une projection de la rétrospective Francesco Rosi qui vient de commencer. Après avoir passé leur commande, elles se mettent à parler de nourriture et de cuisine . La plus âgée qui est à ma droite trouve qu'aujourd'hui les gens parlent beaucoup de cuisine et de "bouffe" (c'est le terme qu'elle utilise). D'après elle, tout ça est très régressif et de façon générale tout à fait inintéressant. De son temps (qui vraisemblablement doit être assez proche du mien) on avait des préoccupations plus intelligentes affirme-t-elle. On échangeait des idées. Elle ne cache pas qu'elle n'a ni intérêt ni compétence pour la cuisine, et cela ajoute-t-elle, depuis toujours. Elle déteste faire ça, comme toutes les femmes de sa famille précise-t-elle. Celle qui lui fait face et qui elle aussi a un accent, toutefois moins prononcé, ne partage pas son point de vue. Pour elle, c'est une façon de se détendre, d'oublier le stress du travail. C'est un sas important entre la vie professionnelle et la vie privée. Pendant qu'elle fait la cuisine, elle peut rêver, imaginer, se remettre les idées en place. La plus âgée trouve que pour sa part, cuisiner et un travail qui requiert une concentration dont elle est incapable. Il faut chercher dit elle, car elle ne sait jamais quoi préparer même les pâtes c'est difficile, et toutes éclatent de rire. La troisième, française semble-t-il intervient assez peu. Elle dit juste que pour sa part ça ne la dérange pas de cuisiner, même si elle n'y trouve qu'un intérêt très limité. La conversation roule un moment sur ce thème. Puis la plus jeune des italiennes qui semble avoir un rendez-vous s'excuse de devoir prendre congé des deux autres. Comme elle n'a pas eu le temps de boire sa bière, elle demande si c'est possible qu'on la lui verse dans un gobelet en plastique qu'elle va emporter avec elle. Elle règle puis s'en va.
Après son départ, les deux autres échangent quelques compliments sur leur amie commune qu'elles s'accordent à trouver très sympathique. Puis leur conversation prend un tour nettement plus intellectuel. Je comprends que l'une et l'autre sont universitaires. Je saisis quelques bribes, mais je suis aussi très occupé avec mon carré d'agneau que j'essaie de couper délicatement avec un mauvais couteau tout en cherchant à éviter que la sauce au thym ne m'éclabousse et tâche mes vêtements. D'après ce que je comprends la plus âgée entreprend depuis vingt ans une thèse, que la plus jeune qualifie de majeure, sans que je ne parvienne à savoir quel est son objet. Assez adroitement l'aînée, fait parler sa jeune collègue sur l'avancement de son travail. Celle ci rapporte qu'elle a fait valider le plan de sa thèse par son directeur, qui dit-elle ne se souvenait même pas de l'intitulé de son travail (quelque chose sur sur l'évolution du regard vis à vis de l'œuvre peinte dans la peinture italienne), mais que ses remarques étaient très pertinentes, et qu'il l'a aidée à assurer des liaisons entre les différentes parties de son raisonnement, ce dont elle lui est très reconnaissante. Je comprends, d'après ce qu'elle raconte, que ce professeur a beaucoup de thésards car il a du hériter de certains travaux préalablement supervisés par Daniel Arasse avant sa mort. Puis peu à peu, elles en viennent à évoquer la situation des chercheurs depuis la nouvelle loi sur l'autonomie des universités, ce dont j'ai par ailleurs déjà entendu parler, et ce qui se dit me déprime. C'est devenu un lieu commun du moins, pour ceux que cela préoccupe encore, mais dans ce pays, tout ce qui a trait au savoir, à sa transmission est tenu en piètre estime. D'ailleurs le dernier remaniement ministériel montre le peu de cas que l'on fait de l'université et de l'éducation nationale de nos jours. Chaque fois que le sujet est abordé quelque part, je ne peux m'empêcher de penser à ma fille, et au monde dans lequel elle va grandir, à M. aussi, si brillante si cultivée et qui a tant de mal à trouver la place qu'elle mérite dans ce monde, à E. jetée dès sa deuxième année d'enseignement dans un collège qui ressemble à camp retranché... Je vois combien l’État est incapable d'assurer aujourd'hui des examens nationaux sérieux et rigoureux. Au brevet des collèges on a accolé la Corse à une carte d'Italie, lors de l'agrégation d'histoire les candidats ont dû plancher sur un document soit-disant médiéval alors qu'il s'agissait d'un récit fictif du XXe siècle écrit par l'érudit curé Palémon Glorieux pour relater le Concile de Constance. Ce qui prévaut aujourd'hui c'est le règne de l'approximatif, le culte du péremptoire, la soumission à l'erratique. On ne construit plus une pensée, on n'argumente plus un raisonnement, on ne recoupe plus ses sources, mais on affirme en dépit des incertitudes. Je me sens de moins en moins de ce monde où douter est devenu une tare, non à cause du fait que je vais vers l'effacement la disparition, mais parce que je ne me reconnais plus dans son système de représentations et de valeurs
Mais bon, mon verre est vide, la note est sur la table, l'heure approche il est temps de régler. Je les aurais bien écoutées encore, ces femmes, peut-être même avec un peu d'audace, me serais je mêlé à leur conversation, mais la projection de "Too late for tears" de Byron Haskin dont je n'ai jamais entendu parler, va bientôt commencer....
Mais bon, mon verre est vide, la note est sur la table, l'heure approche il est temps de régler. Je les aurais bien écoutées encore, ces femmes, peut-être même avec un peu d'audace, me serais je mêlé à leur conversation, mais la projection de "Too late for tears" de Byron Haskin dont je n'ai jamais entendu parler, va bientôt commencer....
jeudi 30 juin 2011
Un courrier
Voilà
ce qu'il m'est donné de lire : "Le peu de force qu'il me reste, je le dilapide sur le ténébreux chemin de mes terreurs et de mes doutes. Dans le chaos d'images et de signes qui déchirent mes nuits privées de sommeil je cherche encore la petite lumière d'une étoile qui danse. Je crois parfois l'entrevoir qui dispense sa lueur pâle et lointaine sur le terne horizon à quoi ma vie s'est réduite. Car il faut bien croire n'est-ce pas ? Il le faut bien, même si souvent "demain" n'a guère plus de consistance qu'un mirage. Croire un tant soit peu pour qu'il me soit permis d'espérer. Amitié".
ce qu'il m'est donné de lire : "Le peu de force qu'il me reste, je le dilapide sur le ténébreux chemin de mes terreurs et de mes doutes. Dans le chaos d'images et de signes qui déchirent mes nuits privées de sommeil je cherche encore la petite lumière d'une étoile qui danse. Je crois parfois l'entrevoir qui dispense sa lueur pâle et lointaine sur le terne horizon à quoi ma vie s'est réduite. Car il faut bien croire n'est-ce pas ? Il le faut bien, même si souvent "demain" n'a guère plus de consistance qu'un mirage. Croire un tant soit peu pour qu'il me soit permis d'espérer. Amitié".
Je referme son courrier, j'appelle Sébastien Landal, il ne répond pas. Bien sûr, il est capable de longs silences, de retraites soudaines, de voyages improvisés. Mais là je m'inquiète. C'est comme un message dans une bouteille qu'on jette à la mer. Sa santé décline, et la souffrance qu'il s'efforce de cacher mobilise parfois si intensément sa pensée qu'elle entrave jusqu'à la moindre possibilité d'action. Je redoute à présent ses fuites craignant qu'elles ne se transforment en égarements. La nécessaire solitude qu'il s'impose, il est désormais moins sûr qu'il soit tout à fait en mesure d'y faire face. L'altérité que je peux lui offrir, n'est pas à la hauteur de son désir. Il a d'autres exigences auxquelles je ne peux répondre. Mais cependant, il est clair pour m'adresser un tel message, qu'il attend quelque chose de moi. Mais quoi ? Et pourquoi est-il donc toujours sur messagerie ? Son compagnon secret, comme il a coutume de dire, ne lui est peut-être plus d'aucun secours.
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lundi 27 juin 2011
Rentrer seul
Voilà
je suis désormais si peu de ce monde que le temps me pèse d'en être encore. J'y ai connu bien des plaisirs, du désarroi des turpitudes, mais cela ne compte plus guère aujourd'hui. Telles étaient les pensées qui venaient à moi dans la nuit tiède d'une ville déserte où je vagabondais dans l'ivresse de la fatigue et de l'alcool. Les rues les avenues semblaient m'appartenir, je ressentais une immense sensation de liberté, mais plus encore le caractère illusoire d'un tel état. La possibilité d'errer de rêver, oui, je l'avais encore, celle de me déplacer dans un périmètre réduit aussi, mais consentir à cette solitude non, cela commençait à devenir éprouvant....
dimanche 26 juin 2011
Le désarroi
Voilà
écrivait-elle dans ce mail laconique, si elle s'était faite ces derniers temps si discrète sur la toile c'est qu'elle avait beaucoup voyagé depuis son retour. Elle s'excusait de ne pas avoir su lui dire autrement qu'à demi-mots lors de son dernier séjour de crainte de le blesser, mais désormais ajoutait-elle quand tu penseras a moi il faudra penser à nous. Je suis heureuse, enceinte de quatre mois, et nous allons nous installer avec mon compagnon (jamais il ne lui avait entendu prononcer ce mot) à la rentrée, tout d'abord à Florence, et disait elle n'y vois aucune perversité de ma part, pour y accoucher puis ensuite en Toscane dans le courant de l'année prochaine, pour y vivre.
François Sangiovese était comme un boxeur K.O. debout. Il s'attendait si peu à cela, rien n'augurait une telle nouvelle. Il se souvenait de son dernier passage à Paris. Elle était si menue alors, presque chétive comme un petit oiseau déplumé. Elle avait déposé ses bagages quelques jours chez lui et il s'était fait un bonheur de la nourrir et de lui rendre paisible son séjour qu'elle avait une fois de plus partagé entre son laboratoire et la bibliothèque. Au cours d'une conversation, il s'était autorisé à lui demander s'il y avait quelqu'un dans sa vie, elle était restée évasive, suggérant que ce n'était pas simple. Était-elle amoureuse, je ne sais pas avait-elle répondu en tout cas je pose des actes. Il n'avait pas cherché à en savoir plus. Et puis, il y avait eu ce jour férié, ils s'étaient promenés dans le quartier qui ne manquait pas d'espaces verts. Sur le chemin du retour alors qu'il lui proposait de l'inviter au restaurant elle avait répondu prépare moi plutôt quelque chose à manger un truc bien régressif tu vois des boulettes de viande de chez picard ou des aiguillettes de poulet tandoori. Et c'est ce qu'il avait fait. Durant ces quelques jours il avait eu l'impression d'être une sorte d'oncle mais ce soir là, après le repas, elle était venue se blottir dans ses bras. De drôles d'idées me traversent l'esprit avait-il murmuré. Laisse les donc venir qu'elles rencontrent les miennes, et elle l'avait embrassé. Ils avaient fait l'amour avec moins de fougue et de fantaisie qu'au temps de leur liaison passée, mais leurs étreintes étaient douces lentes et attentives, empreintes d'une tendresse immense comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. Glissant dans dans la chaude humidité de son désir il avait un moment fermé les yeux et revu ces bancs de poissons multicolores aperçus autrefois en plongée dans les mers tropicales du côté de Palawan, mais surtout il avait imaginé qu'il était en train de lui faire un enfant. Après l'amour ils s'étaient laissés ensevelir par le sommeil. D'abord tendrement enlacés, la nuit les avaient déliés les laissant pour finir dos a dos à la lumière du jour naissant. Au réveil alors qu'il l'avait embrassée comme autrefois et qu'il s'apprêtait a lui parler, elle avait posé son index sur sa bouche et murmuré "il n'y a pas de mots il n'y a que le silence et le secret qui soient dignes de cet enchantement n'en parlons pas" Et elle s'en était allée sous la douche comme s'il s’était agi d'effacer au plus vite les caresses de la veille. Les deux jours qui suivirent achevant son séjour furent un peu mélancoliques. Elle avait réintégré la chambre d'amis. Elle était redevenue distante comme si elle lui en voulait de ce moment d'abandon mutuel. Chacun faisait en sorte d'être très occupé à l'extérieur pour éviter de retrouver l'autre à la maison. Le jour de son départ, il avait du quitter l'appartement très tôt. Cela tombait bien, il détestait les séparations dans les aéroports ou les gares. Le jour suivant elle avait laissé un mot sur sa messagerie pour le remercier de son hospitalité et l'avertir qu'elle était bien arrivée à Montréal, puis plus rien.
Florence. C'était la dernière chose qu'il aurait pu imaginer. Comme si tout était écrit depuis longtemps. Florence. Le nom qu'il avait donné à sa fille en dépit du fait que ses parents à lui s'était connus là-bas. Mais Florence à cause de Boticelli dont les peintures l'avaient tant fait rêver dans sa jeunesse. Il se souvenait aussi que la femme avec qui il était alors, et qui quelques années plus tard lui donnerait son unique enfant y était allé travailler quelques jours, le laissant seul à Paris et qu'il avait alors eu quelques moments d'égarement avec une galeriste rencontrée lors d'un vernissage. A présent, songeant à tout cela, il se sentait plus seul que jamais, seul et terriblement perdu, impuissant et stupéfait, se demandant s'il avait encore sa place en ce monde....
écrivait-elle dans ce mail laconique, si elle s'était faite ces derniers temps si discrète sur la toile c'est qu'elle avait beaucoup voyagé depuis son retour. Elle s'excusait de ne pas avoir su lui dire autrement qu'à demi-mots lors de son dernier séjour de crainte de le blesser, mais désormais ajoutait-elle quand tu penseras a moi il faudra penser à nous. Je suis heureuse, enceinte de quatre mois, et nous allons nous installer avec mon compagnon (jamais il ne lui avait entendu prononcer ce mot) à la rentrée, tout d'abord à Florence, et disait elle n'y vois aucune perversité de ma part, pour y accoucher puis ensuite en Toscane dans le courant de l'année prochaine, pour y vivre.
François Sangiovese était comme un boxeur K.O. debout. Il s'attendait si peu à cela, rien n'augurait une telle nouvelle. Il se souvenait de son dernier passage à Paris. Elle était si menue alors, presque chétive comme un petit oiseau déplumé. Elle avait déposé ses bagages quelques jours chez lui et il s'était fait un bonheur de la nourrir et de lui rendre paisible son séjour qu'elle avait une fois de plus partagé entre son laboratoire et la bibliothèque. Au cours d'une conversation, il s'était autorisé à lui demander s'il y avait quelqu'un dans sa vie, elle était restée évasive, suggérant que ce n'était pas simple. Était-elle amoureuse, je ne sais pas avait-elle répondu en tout cas je pose des actes. Il n'avait pas cherché à en savoir plus. Et puis, il y avait eu ce jour férié, ils s'étaient promenés dans le quartier qui ne manquait pas d'espaces verts. Sur le chemin du retour alors qu'il lui proposait de l'inviter au restaurant elle avait répondu prépare moi plutôt quelque chose à manger un truc bien régressif tu vois des boulettes de viande de chez picard ou des aiguillettes de poulet tandoori. Et c'est ce qu'il avait fait. Durant ces quelques jours il avait eu l'impression d'être une sorte d'oncle mais ce soir là, après le repas, elle était venue se blottir dans ses bras. De drôles d'idées me traversent l'esprit avait-il murmuré. Laisse les donc venir qu'elles rencontrent les miennes, et elle l'avait embrassé. Ils avaient fait l'amour avec moins de fougue et de fantaisie qu'au temps de leur liaison passée, mais leurs étreintes étaient douces lentes et attentives, empreintes d'une tendresse immense comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. Glissant dans dans la chaude humidité de son désir il avait un moment fermé les yeux et revu ces bancs de poissons multicolores aperçus autrefois en plongée dans les mers tropicales du côté de Palawan, mais surtout il avait imaginé qu'il était en train de lui faire un enfant. Après l'amour ils s'étaient laissés ensevelir par le sommeil. D'abord tendrement enlacés, la nuit les avaient déliés les laissant pour finir dos a dos à la lumière du jour naissant. Au réveil alors qu'il l'avait embrassée comme autrefois et qu'il s'apprêtait a lui parler, elle avait posé son index sur sa bouche et murmuré "il n'y a pas de mots il n'y a que le silence et le secret qui soient dignes de cet enchantement n'en parlons pas" Et elle s'en était allée sous la douche comme s'il s’était agi d'effacer au plus vite les caresses de la veille. Les deux jours qui suivirent achevant son séjour furent un peu mélancoliques. Elle avait réintégré la chambre d'amis. Elle était redevenue distante comme si elle lui en voulait de ce moment d'abandon mutuel. Chacun faisait en sorte d'être très occupé à l'extérieur pour éviter de retrouver l'autre à la maison. Le jour de son départ, il avait du quitter l'appartement très tôt. Cela tombait bien, il détestait les séparations dans les aéroports ou les gares. Le jour suivant elle avait laissé un mot sur sa messagerie pour le remercier de son hospitalité et l'avertir qu'elle était bien arrivée à Montréal, puis plus rien.
Florence. C'était la dernière chose qu'il aurait pu imaginer. Comme si tout était écrit depuis longtemps. Florence. Le nom qu'il avait donné à sa fille en dépit du fait que ses parents à lui s'était connus là-bas. Mais Florence à cause de Boticelli dont les peintures l'avaient tant fait rêver dans sa jeunesse. Il se souvenait aussi que la femme avec qui il était alors, et qui quelques années plus tard lui donnerait son unique enfant y était allé travailler quelques jours, le laissant seul à Paris et qu'il avait alors eu quelques moments d'égarement avec une galeriste rencontrée lors d'un vernissage. A présent, songeant à tout cela, il se sentait plus seul que jamais, seul et terriblement perdu, impuissant et stupéfait, se demandant s'il avait encore sa place en ce monde....
samedi 25 juin 2011
Nescao
![]() |
Voilà
quand j'étais enfant, je croyais que la femme sur la boîte de Nescao était ma mère. J'adorais cette boîte, cette simple image m'évoquait un monde paisible auquel je n'avais pas accès. Un monde sans attentats, sans embuscades, sans sourires kabyles, sans fellagahs, sans routes coupées, sans prises d'armes, sans sonnerie aux morts. J'habitais aux confins de la steppe et non loin du désert, dans une région en guerre, j'avais la nostalgie de pays que je ne connaissais pas, et déjà du goût pour les chansons mélancoliques et nostalgiques...
vendredi 24 juin 2011
Un Perron
jeudi 23 juin 2011
Sous-bois
| Pastorale d'été |
Voilà
mercredi 22 juin 2011
la dame au vieux chien
Voilà
je l'ai entendue parler avec d'autres personnes âgées qui promenaient leur chien sur le bord de mer. Son toutou à elle ne peut presque plus marcher. Il fait de l'arthrose à ce qu'elle dit. "C'est le dernier voyage que je lui offre. Ça lui change de l'air de Marseille". Elle raconte ça sur le ton de la plaisanterie mais je sens bien que sa voix retient un sanglot. Je songe à ma grand-mère, à son vieux chien Dody à qui elle parlait souvent et qui était tout pour elle. Cette solitude m'effraie. je la vois qui repart portant son vieux compagnon qu'elle tient comme un petit enfant. Le soir pendant la fête de la musique je la croiserai de nouveau promenant toujours son lourd fardeau au creux ses bras.
dimanche 19 juin 2011
Comme une impasse
Voilà
comme pétrifié soudain. En même temps ne peut dissimuler son étonnement. Absurde ce qui lui arrive il le dit c'est absurde je ne me souviens plus du nom de la personne à qui je viens rendre visite. Ah c'est embêtant dit la réceptionniste derrière le comptoir.
- C'est un cancer je crois.
- Vous croyez ou vous êtes sûr.
- Je crois.
- De toute façon c'est pas ça qui va nous aider, ici des cancers il y en a beaucoup et son prénom vous vous en souvenez son prénom hein ?
- Non (pourquoi elle parle si fort, je ne suis pas sourd j'ai juste un problème de... ).
- Même pas ?
- Non ça va me revenir son nom son prénom tout ça je l'ai sur le bout de la langue.
- Oui, d'accord mais bon en attendant je vais faire passer les personnes après vous.
- Bien sûr excusez moi.
- Pas de souci
Comment ça, pas de souci, la conne. La conne derrière son comptoir, la conne avec sa coiffure et sa voix de conne et qui a l'air si sûre d'elle et le regarde l'œil narquois, c'est ça qu'il pense, la conne, putain comment ça pas de souci je ne me souviens plus du nom de mon copain qui crève, j'ai tous les détails sa mère est comédienne, sa sœur est comédienne je peux dessiner son visage dans ma mémoire je le rencontrerais dans la rue pas de problème je le reconnaîtrais et là ça ne vient pas elle me dit pas de soucis cette piche mais ici il n'y a que des gens avec des soucis qui viennent voir des amis des parents malades des gens qui eux-mêmes peut-être ne se sentent pas très bien c'est un hôpital merde pas de soucis....
- Alors vous avez trouvé non toujours pas.
Si elle croit qu'elle va l'aider avec ses questions qui contiennent leur réponse. Et le temps se dilate, la panique grandit, il voudrait pleurer, sensation d'être égaré dans une impasse, ça arrive de plus en plus souvent, il sort de chez lui et à peine les étages descendus remonte pour vérifier que tout est bien éteint, ou bien commence une action et passe à autre chose, ne finit jamais rien, remet toujours tout au lendemain, se fatigue trop vite, oublie où il vient de poser les objets, les clés les lunettes, c'est quoi déjà le nom ah oui ça y est c'est bon c'est bon jusqu'à la prochaine fois mais pourquoi je suis venu là au fait ?
comme pétrifié soudain. En même temps ne peut dissimuler son étonnement. Absurde ce qui lui arrive il le dit c'est absurde je ne me souviens plus du nom de la personne à qui je viens rendre visite. Ah c'est embêtant dit la réceptionniste derrière le comptoir.
- C'est un cancer je crois.
- Vous croyez ou vous êtes sûr.
- Je crois.
- De toute façon c'est pas ça qui va nous aider, ici des cancers il y en a beaucoup et son prénom vous vous en souvenez son prénom hein ?
- Non (pourquoi elle parle si fort, je ne suis pas sourd j'ai juste un problème de... ).
- Même pas ?
- Non ça va me revenir son nom son prénom tout ça je l'ai sur le bout de la langue.
- Oui, d'accord mais bon en attendant je vais faire passer les personnes après vous.
- Bien sûr excusez moi.
- Pas de souci
Comment ça, pas de souci, la conne. La conne derrière son comptoir, la conne avec sa coiffure et sa voix de conne et qui a l'air si sûre d'elle et le regarde l'œil narquois, c'est ça qu'il pense, la conne, putain comment ça pas de souci je ne me souviens plus du nom de mon copain qui crève, j'ai tous les détails sa mère est comédienne, sa sœur est comédienne je peux dessiner son visage dans ma mémoire je le rencontrerais dans la rue pas de problème je le reconnaîtrais et là ça ne vient pas elle me dit pas de soucis cette piche mais ici il n'y a que des gens avec des soucis qui viennent voir des amis des parents malades des gens qui eux-mêmes peut-être ne se sentent pas très bien c'est un hôpital merde pas de soucis....
- Alors vous avez trouvé non toujours pas.
Si elle croit qu'elle va l'aider avec ses questions qui contiennent leur réponse. Et le temps se dilate, la panique grandit, il voudrait pleurer, sensation d'être égaré dans une impasse, ça arrive de plus en plus souvent, il sort de chez lui et à peine les étages descendus remonte pour vérifier que tout est bien éteint, ou bien commence une action et passe à autre chose, ne finit jamais rien, remet toujours tout au lendemain, se fatigue trop vite, oublie où il vient de poser les objets, les clés les lunettes, c'est quoi déjà le nom ah oui ça y est c'est bon c'est bon jusqu'à la prochaine fois mais pourquoi je suis venu là au fait ?
vendredi 17 juin 2011
La nouvelle donne
| the last time |
Voilà
elle savait bien qu'il était en train de veiller un enfant malade, mais c'était plus fort qu'elle, impossible de s'en empêcher, elle le harcelait de SMS où reproches et récriminations alternaient, mêlées à de délirantes et peu crédibles déclarations d'amour. Ou bien - ah comme il trouvait ridicule cette voix de fillette qu'elle n'était plus depuis longtemps -, elle minaudait plaintes et jérémiades sur sa messagerie au point de la saturer. Elle demandait si ça allait pour ajouter d'un même élan qu'elle n'avait plus de forces, qu'elle faisait une analyse pour résoudre seule ses problèmes mais qu'elle n'arrivait pas à partager avec lui, elle se répandait alors en menaces en ultimatums plein de fiel s'il ne la rappelait pas aussitôt. Et lui, regardait inquiet le visage blême et trempé de fièvre de ce petit être qu'il chérissait plus que tout au monde et qui venait tout juste de sombrer dans un sommeil lourd et abrupt. Le fait d'être contraint en la circonstance, de songer à cette femme, le dégoûtait autant qu'il lui faisait honte. Et puis entendre cette voix prononcer le nom de son enfant qu'elle ne connaissait pas, l'irritait particulièrement. De plus en plus il envisageait la possibilité qu'elle soit vraiment folle. Mais en dépit de ses réticences, il ressentait une certaine jubilation à entretenir un lien avec elle ; il éprouvait à son endroit un peu plus d'attirance que de répulsion. Sans doute s'en voulait-il de cela ; et peut-être aussi du cruel et secret désir de l'anéantir mêlé d'un besoin inavouable d'en être humilié.
elle savait bien qu'il était en train de veiller un enfant malade, mais c'était plus fort qu'elle, impossible de s'en empêcher, elle le harcelait de SMS où reproches et récriminations alternaient, mêlées à de délirantes et peu crédibles déclarations d'amour. Ou bien - ah comme il trouvait ridicule cette voix de fillette qu'elle n'était plus depuis longtemps -, elle minaudait plaintes et jérémiades sur sa messagerie au point de la saturer. Elle demandait si ça allait pour ajouter d'un même élan qu'elle n'avait plus de forces, qu'elle faisait une analyse pour résoudre seule ses problèmes mais qu'elle n'arrivait pas à partager avec lui, elle se répandait alors en menaces en ultimatums plein de fiel s'il ne la rappelait pas aussitôt. Et lui, regardait inquiet le visage blême et trempé de fièvre de ce petit être qu'il chérissait plus que tout au monde et qui venait tout juste de sombrer dans un sommeil lourd et abrupt. Le fait d'être contraint en la circonstance, de songer à cette femme, le dégoûtait autant qu'il lui faisait honte. Et puis entendre cette voix prononcer le nom de son enfant qu'elle ne connaissait pas, l'irritait particulièrement. De plus en plus il envisageait la possibilité qu'elle soit vraiment folle. Mais en dépit de ses réticences, il ressentait une certaine jubilation à entretenir un lien avec elle ; il éprouvait à son endroit un peu plus d'attirance que de répulsion. Sans doute s'en voulait-il de cela ; et peut-être aussi du cruel et secret désir de l'anéantir mêlé d'un besoin inavouable d'en être humilié.
mercredi 15 juin 2011
Les formes
Voilà,
il me faut périodiquement revenir aux formes abstraites d'où est exclue toute fiction, toute idée de fiction, d'interprétation, d'intention manifeste, si ce n'est celle de se perdre se réfugier, se reposer aussi dans le jeu des combinaisons fortuites et le change de ces formes. Ainsi puis-je de la sorte me tenir un temps à la périphérie du langage, à distance, en-deçà du dicible, au-delà du visible, sans nécessité de nommer ni de raconter, pour ainsi dire dans la paix des formes
Je retrouve cette phrase de Paul Klee. Je la fais mienne :
"Autrefois on représentait ce qu'on pouvait voir sur terre ce qu'on aimait ou aurait aimé voir. Aujourd'hui hui la relativité du visible est devenue une évidence et l'on s'accorde a n'y voir qu'un simple exemple particulier dans la totalité de l'univers qu'habitent d'innombrables vérités latentes. L'accidentel tend à passer au rang d'essence"
Ces images sont a ma pensée comme ce qu'on nommait autrefois des charmes. Lorsqu'elles viennent à moi elles m'apaisent, quand je les regarde elles me sidèrent. Tout à la fois étrangères et familières, elles m'appartiennent autant qu'elles me possèdent.
samedi 11 juin 2011
Dormir pour oublier (4)
dans ce cauchemar quotidien dont il sait qu'il ne sortira jamais, le sommeil est son unique et dernier refuge. Là seulement il peut rejoindre son être pur, loin de la crasse et de la vermine. Et dans ces profondeurs où il s'enfonce et qui parfois le ramènent à un temps où il ne faisait qu'un avec le monde, il arrive que surgissent aussi, des terreurs d'enfance restées en embuscade dans quelque maquis de la mémoire. Mais l'effroi qui le saisissait alors, en cette lointaine époque où un lit des draps et des couvertures lui semblaient aussi naturels que de boire et respirer lui paraît presque doux. Ce qui autrefois le terrorisait dans le noir, la flamme fulgurante jaillissant de nulle part et qui dévore vifs les corps immobiles de White, Grissom et Shaffee coincés au sommet de la fusée dans leur minuscule habitacle, accident auquel, il avait pensé plusieurs nuits d'affilée après qu'il ait eu lieu, se réveillant épouvanté comme si cela venait de lui arriver à lui, il y songe à présent certes, mais ce qui s'insinue et le fait tressaillir dans ce matin pluvieux de printemps, c'est tout autre chose, c'est le souvenir de cette chanson "the days of Pearly Spencer" et sa montée de violons qui ne cesse de tourner en boucle dans sa tête. Et il se sent devenir la forêt humide où il jouait autrefois, ses mousses et ses fougères, ses odeurs de résine, la fourmi sur l'écorce, l'aiguille de pin acide qu'on mâchouille, et il voudrait tant que ça dure.... que ça dure et ne finisse jamais ce temps où l'on était si près de décrocher la lune....
mardi 7 juin 2011
Fukushima n'a jamais eu lieu
Voilà
"la construction d'un présent où la mode elle même, de l'habillement aux chanteurs, s'est immobilisée, qui veut oublier le passé et qui ne donne plus l'impression de croire à un avenir, est obtenue par l'incessant passage circulaire de l'information, revenant à tout instant sur une liste très succincte de mêmes vétilles, annoncées passionnément comme d'importantes nouvelles ; alors que ne passent que rarement et par brèves saccades, les nouvelles véritablement importantes sur ce qui change effectivement. Elles concernent toujours la condamnation que ce monde semble avoir prononcée contre son existence, les étapes de son auto-destruction programmée." (Guy Debord - Commentaire sur la société du spectacle)
dimanche 5 juin 2011
La belle au banc dormant
elle était là, très fatiguée sans doute, si enfantine dans son sommeil un peu boudeur, si confiante, si abandonnée que j'ai craint un instant de la trahir, de lui voler quelque chose, elle que je ne connaissais pas. Mais il y avait tant de grâce et de beauté dans ce doux repos offert au regard des promeneurs, qu'il était impossible de ne pas désirer en garder l'image. Et je sais désormais, que chaque fois que je repasserai par là, je songerai avec infiniment de tendresse à la dormeuse du jardin du Luxembourg, la belle au banc dormant.
Shared with Rain'sTADD
samedi 4 juin 2011
L'exaspération
Voilà
quelques mois auparavant Ariane Cinsault avait non seulement été attirée par cet homme (pour elle doublement objet de fantasme) mais avait aussi ressenti un peu plus que de l'affection pour lui, jusqu'à imaginer, ah ce qu'on peut tout de même parfois s'échauffer, de possibles prolongements à cette relation naissante. Mais le sentiment qu'elle avait commencé à éprouver, s'était - comme ces embryons qui cessent de se développer - peu à peu résorbé, en dépit du désir qu'il manifestait de construire (bien qu'il eût tendance à en définir unilatéralement les modalités) une histoire commune. Elle n'était pas alors parvenue à se formuler précisément la raison de ce détachement. C'était un ensemble confus de causes parfois contradictoires. Quelque chose pourtant l'embarrassait, qu'elle mettait plutôt sur le compte de son propre manque de souplesse et de son incapacité à se délier d'une absence qui lui pesait encore, et qu'elle n'évoquait jamais. Mais il y avait quand même une anomalie. Malgré l'intérêt qu'elle y portait, la forme qu'il donnait à son discours devenu dominant ces dernières années, suscitait chez elle beaucoup de réticence ; voilà, il semblait n'adopter qu'une seule grille de lecture si bien que son interprétation des faits, même les plus anodins, avait quelque chose de systématique, sommaire et réducteur qui confinait au cliché ; très vite, dans l'échange était-il devenu prévisible, tout comme en d'autres circonstances, d'ailleurs. Ainsi une sorte d'indifférence avait fini par la gagner. Son désagrément à lui s'était mué en lassitude. Suite à un événement, où l'espace d'un instant elle avait entrevu sa propre fin, elle s'était durant quelques semaines coupée du monde ; ils avaient fini par s'éloigner l'un de l'autre, échangeant néanmoins de temps en temps quelques mails ou coups de téléphone. Des mois passèrent ainsi. Et puis un jour, au cours d'un clavardage a priori anodin, sans même y avoir été sollicité et sans avoir préalablement posé beaucoup de questions sur le sujet, il crut bon d'émettre un avis, presque un jugement, concernant son attitude à elle au regard de faits qu'elle avait eu le tort sans doute d'évoquer sommairement, et dont il ne connaissait ni la complexité ni les enjeux multiples, et qui de toute façon ne le concernaient en rien. Il en tira des conclusions si hâtives si peu fondées et d'une stupidité telle qu'elle trouva cela non seulement indécent, mais aussi vulgaire et grossier. C'était comme une sorte d'offense à l'intelligence. Elle connaissait en la matière ses propres limites, mais quand elle éprouvait le besoin de les repousser, elle n'hésitait pas à recourir aux connaissances où à l'expérience de quelqu'un d'autre ; ses amis de façon générale ne manquaient pas de talent. Elle savait choisir l'interlocuteur ou l'interlocutrice capable de donner une réponse ou d'affûter les questions nécessaires à la résolution du problème. Oui elle était capable de cela : de choisir, et de penser aussi, et de poser des actes après réflexion. Cette arrogance à s'imposer de la sorte, à faire coûte que coûte valoir son point de vue, cette boursouflure de l'égo travesti en savoir, l'avait, sans qu'elle s'autorise pour autant à le lui dire, exaspérée au plus haut point. Mais sans doute ne s'agissait-il pas que de cela, et d'une certaine façon, c'était ce qui la décevait le plus et la chagrinait. Sa réflexion avait été d'une telle indigence, qu'il y avait forcément autre chose : une certaine mauvaise foi, et qui sait, sous le couvert d'une attention faussement bienveillante, l'intention de blesser ou peut-être même de faire mal. "Tout ça parce que je l'ai laissé me basculer sur son divan" maugréa-t-elle en allumant une cigarette. Et aussitôt elle s'aperçut qu'elle venait de parler toute seule a voix haute. Lui revint ensuite à l'esprit un proverbe malgache "Les paroles retentissent plus loin que le fusil". Puis elle remarqua une mite qui volait dans l'appartement. Ah non il ne manquait plus que ça.
quelques mois auparavant Ariane Cinsault avait non seulement été attirée par cet homme (pour elle doublement objet de fantasme) mais avait aussi ressenti un peu plus que de l'affection pour lui, jusqu'à imaginer, ah ce qu'on peut tout de même parfois s'échauffer, de possibles prolongements à cette relation naissante. Mais le sentiment qu'elle avait commencé à éprouver, s'était - comme ces embryons qui cessent de se développer - peu à peu résorbé, en dépit du désir qu'il manifestait de construire (bien qu'il eût tendance à en définir unilatéralement les modalités) une histoire commune. Elle n'était pas alors parvenue à se formuler précisément la raison de ce détachement. C'était un ensemble confus de causes parfois contradictoires. Quelque chose pourtant l'embarrassait, qu'elle mettait plutôt sur le compte de son propre manque de souplesse et de son incapacité à se délier d'une absence qui lui pesait encore, et qu'elle n'évoquait jamais. Mais il y avait quand même une anomalie. Malgré l'intérêt qu'elle y portait, la forme qu'il donnait à son discours devenu dominant ces dernières années, suscitait chez elle beaucoup de réticence ; voilà, il semblait n'adopter qu'une seule grille de lecture si bien que son interprétation des faits, même les plus anodins, avait quelque chose de systématique, sommaire et réducteur qui confinait au cliché ; très vite, dans l'échange était-il devenu prévisible, tout comme en d'autres circonstances, d'ailleurs. Ainsi une sorte d'indifférence avait fini par la gagner. Son désagrément à lui s'était mué en lassitude. Suite à un événement, où l'espace d'un instant elle avait entrevu sa propre fin, elle s'était durant quelques semaines coupée du monde ; ils avaient fini par s'éloigner l'un de l'autre, échangeant néanmoins de temps en temps quelques mails ou coups de téléphone. Des mois passèrent ainsi. Et puis un jour, au cours d'un clavardage a priori anodin, sans même y avoir été sollicité et sans avoir préalablement posé beaucoup de questions sur le sujet, il crut bon d'émettre un avis, presque un jugement, concernant son attitude à elle au regard de faits qu'elle avait eu le tort sans doute d'évoquer sommairement, et dont il ne connaissait ni la complexité ni les enjeux multiples, et qui de toute façon ne le concernaient en rien. Il en tira des conclusions si hâtives si peu fondées et d'une stupidité telle qu'elle trouva cela non seulement indécent, mais aussi vulgaire et grossier. C'était comme une sorte d'offense à l'intelligence. Elle connaissait en la matière ses propres limites, mais quand elle éprouvait le besoin de les repousser, elle n'hésitait pas à recourir aux connaissances où à l'expérience de quelqu'un d'autre ; ses amis de façon générale ne manquaient pas de talent. Elle savait choisir l'interlocuteur ou l'interlocutrice capable de donner une réponse ou d'affûter les questions nécessaires à la résolution du problème. Oui elle était capable de cela : de choisir, et de penser aussi, et de poser des actes après réflexion. Cette arrogance à s'imposer de la sorte, à faire coûte que coûte valoir son point de vue, cette boursouflure de l'égo travesti en savoir, l'avait, sans qu'elle s'autorise pour autant à le lui dire, exaspérée au plus haut point. Mais sans doute ne s'agissait-il pas que de cela, et d'une certaine façon, c'était ce qui la décevait le plus et la chagrinait. Sa réflexion avait été d'une telle indigence, qu'il y avait forcément autre chose : une certaine mauvaise foi, et qui sait, sous le couvert d'une attention faussement bienveillante, l'intention de blesser ou peut-être même de faire mal. "Tout ça parce que je l'ai laissé me basculer sur son divan" maugréa-t-elle en allumant une cigarette. Et aussitôt elle s'aperçut qu'elle venait de parler toute seule a voix haute. Lui revint ensuite à l'esprit un proverbe malgache "Les paroles retentissent plus loin que le fusil". Puis elle remarqua une mite qui volait dans l'appartement. Ah non il ne manquait plus que ça.
vendredi 3 juin 2011
Pensionnat
Voilà
depuis longtemps la nuit est tombée sur ce qui pourrait être un pensionnat de jeunes filles mais où, il existe aussi quelques chambres pour des hôtes masculins. Après avoir traversé le parc, pénétré dans le bâtiment et s'être résolu à gravir malgré l'obscurité le grand escalier de bois aux marches grinçantes, à la rampe incertaine, il réalise soudain qu'il n'a pas la clé de sa chambre, et qu'à cette heure tardive, plus matinale que nocturne, mieux vaudrait sans doute ne pas appeler la réception située à l'étage, car n'irait on pas alors penser qu'il souhaite accéder au dortoir des jeunes filles afin pourquoi pas d'y commettre quelque coït frauduleux. Comme il s'apprête à ressortir songeant que bon il va bien falloir se résigner à passer la fin de la nuit dehors, il croise une grande jeune fille aux cheveux châtains étrangement coiffée d'un chapeau rose pâle et tout juste vêtue d'une chemise de nuit blanche qui s'arrête au dessus des genoux. Vaguement troublé il n'en veut rien laisser paraître. Il s'excuse expliquant qu'il a oublié sa clé et se désole de cette situation qu'il qualifie d'ailleurs d'absurde et ambiguë. Elle semble comprendre son embarras, le rassure précisant que l'intendante est réveillée et qu'elle va la prévenir. Elle l'invite donc à l'accompagner vers un petit comptoir où se tient une dame sans âge au visage lisse et impassible qui l'écoute bredouiller un récit confus sans toutefois faire la moindre réflexion. Elle répond juste "cela ne pose aucun problème". Lui ne voudrait pas que l'on se méprenne sur ses intentions, qu'on imagine qu'il puisse être un rôdeur par exemple. Mais non, la dame l'accompagne jusqu'à la porte de sa chambre située sous les toits. Peut-être a-t-il laissé sa clé dans son ancien pantalon, dit il pour se justifier et en repartant la porte s'est refermée derrière lui, voilà ça doit être ça. Non non répond la dame de l'hôtel, c'est ma faute, c'est moi qui n'ai pas vérifié si votre clé était au crochet, mais nous avons des doubles, tenez dit-elle avant de s'éclipser d'un pas vif.
Une fois dans la chambre, il avise ses habits entassés sur le sol trouvant que cela fait tout de même un peu désordre tout ça. Mais trop épuisé il s'assoupit aussitôt, se réveillant de temps à autre pour constater sans plus s'en étonner qu'à chaque fois des gens près de son lit sont occupés à parler de littérature et plus particulièrement de poésie. Il y a là, entre autres, un poète qui s'appelle René Petra Gubbio. D'après ce qu'il comprend par bribes celui-ci vit ordinairement à Pau, mais se réjouit d'une invitation prochaine pour un festival de poésie dans une ville étrangère. C'est très intéressant songe le dormeur, mais ce qui le hante toutefois c'est le visage de cette si jolie pensionnaire croisée dans l'escalier. Il se branlerait bien un petit coup, mais au moment de saisir son sexe déjà turgescent il se ravise songeant que cela ne serait peut-être pas du meilleur effet auprès de ces éminents littérateurs.
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mardi 31 mai 2011
Pensif
Voilà,
"...I think that somebody's near
I'm sure that someone is following me
Why did you throw the Jack of Hearts away
Why did you throw the Jack of Hearts away
It was the only card in the deck That I had left to play
And I'll say it again I need a brand new friend..."
(Jim Morrison)
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samedi 28 mai 2011
Nightmare
Le rêve m'a déporté aux abords d'une maison qui aurait pu être familière, mais qui dans la réalité, se trouve désormais réduite, autant que ses occupants, à l'état de souvenir. Jeune peut-être, en tout cas sûrement sous l'emprise d'une drogue puissante, qui multiplie les états de conscience et rend la perception de l'événement d'autant plus confuse, je me sens en totale perdition, égaré dans une obscurité toujours plus vertigineuse, croyant cependant que la maison est dans les parages, mais persuadé que cette proximité la rend encore moins accessible. Pris au piège d'un agencement inextricable de temporalités aussi furtives que changeantes où la maison n'est qu'une succession d'idées dans un champs d'hypothèses non résolues, tour à tour ruine à l'abandon sous une nuit de cendres, râle porté par la ténèbre, horloge éventrée, tas de coquilles d'huîtres, regard de chien en agonie, impact soudain de la balle qu'on ne voit pas venir, et tant d'autres choses encore, incongrues saugrenues et aussi énigmatiques que le mystère de la masse manquante ou le boson de Higgs, seul en tout cas, irrémédiablement seul et plus perdu que jamais, je dois continuer, sans repère, m'appuyant sur l'ombre, et toujours reconfigurant l'espace à la limite de la chute. Chaque pas augmente mon effroi, le moindre arrêt avive ma terreur. Et soudain, comme happé par une force invisible, me voilà dans le vestibule où se tient ma parentèle (mais dans quel état je n'en dirai pas plus). Tout tremblant, sûr d'avoir échappé au gouffre et aussi à la noyade dans la mare voisine, pas convaincu cependant d'être tout à fait sorti d'affaire, doutant de la véracité du moment présent mais sauf toutefois, sauf, j'ouvre un œil, puis l'autre et me rendors aussitôt. Pour une fois je n'ai pas laissé la radio allumée.
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vendredi 27 mai 2011
Embarras
Voilà
son embarras devant la femme saoule qui, ne tarissait pas d'éloges sur ce qu'il avait été autrefois, parlant trop fort dans ce lieu public, d'où il aurait voulu s'effacer disparaître s'évanouir pour devenir l'un des fantômes de ce temps qu'elle évoquait avec une indécente nostalgie.
son embarras devant la femme saoule qui, ne tarissait pas d'éloges sur ce qu'il avait été autrefois, parlant trop fort dans ce lieu public, d'où il aurait voulu s'effacer disparaître s'évanouir pour devenir l'un des fantômes de ce temps qu'elle évoquait avec une indécente nostalgie.
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jeudi 26 mai 2011
Le légionnaire Mauwel
Voilà
je me souviens du légionnaire Mauwel. Plus exactement je me souviens de la fascination du géniteur pour le légionnaire Mauwel. Mais je crois cependant qu'à ce moment là, je partageais cette fascination car je trouvais très beau le légionnaire Mauwel. Le légionnaire Mauwel avait une prestance, une présence qui manquait au géniteur. Le légionnaire Mauwel était un vrai guerrier. Le géniteur n'était qu'un soldat. Du légionnaire Mauwel se dégageait une puissance, une densité de fauve. Et dans les bras du légionnaire Mauwel, car il m'a pris dans ses bras le légionnaire Mauwel, on se sentait en sécurité, comme invulnérable. Le légionnaire Mauwel, du moins c'est ce que prétendait le Géniteur, avait toujours fait la guerre. Il ne connaissait que ça. Il avait du être aux jeunesses nazi, puis engagé plus ou moins volontairement dans la Wehrmacht et envoyé, vers l'âge de seize ans sur quelque front déjà perdu. C'est l'usage de sacrifier la jeunesse d'un pays, quand la défaite est proche et que le dictateur ne veut s'y résoudre. Lui et moi avions ça en commun d'être né sur le sol d'Allemagne. Ce n'est pas rien la terre sur laquelle on a fait ses premiers pas. A la défaite comme tant d'autres de sa génération il s'est engagé dans la légion étrangère. Peut être que Mauwel n'était pas son vrai nom, mais il est devenu le légionnaire Mauwel. Un jour le légionnaire Mauwel est venu manger à la maison. Je m'en souviens, car il a enlevé son ceinturon celui où il y avait son pistolet. Il n'était pas loin bien sûr, mais par politesse, du moins me l'a-t-on expliqué plus tard, le légionnaire Mauwel ne mangeait pas armé lorsqu'il était invité. Je me souviens qu'il y avait du couscous et que pour faire comme le légionnaire Mauwel j'ai accepté d'y ajouter un peu d'harissa, et que je n'aurais pas du, si bien qu'ensuite je n'ai pas goûté de couscous pendant dix ans.... Le géniteur aimait raconter ce fait d'armes que lui avait rapporté le légionnaire Mauwel. Il fallait reprendre une position que tenaient les fellagahs. Ils étaient sur un piton rocheux et canardaient la section du légionnaire Mauwel. A un moment les fells ont arrêté de tirer. Le légionnaire Mauwel a tout de suite compris que lui et sa section étaient dans un angle mort et qu'ils pouvaient monter tout droit. C'est ainsi qu'il a conclu son assaut et repris la position.
Est ce le légionnaire Mauwel qui a fait rallumer pour moi la crêche animée que les légionnaires avait construite dans leur caserne. Je me souviens d'un âne grandeur nature tournant autour d'un puits, du bœuf dont la tête bougeait toute seule, de l'enfant jésus, et de quelques légionnaires en rangs serrés chantant pour moi seul un cantique de Noël en allemand. Je ne sais pas... Qu'est il devenu ? Mort sans doute aujourd'hui, au combat peut-être... Pas sûr... A-t-il été mercenaire au Katanga, trafiquant d'armes ou de diamants, a-t-il fini sa vie sur quelque île enchanteresse après avoir vendu ses services pour de peu louables causes? Est il mort misérable dans une paillote pendant que la pluie frappait le toit de tôle, son âme s'évanouissant dans l'odeur de la latérite humide ? A-t-il torturé en Argentine, disparu sans laisser de traces, peu importe, je ne saurai jamais le légionnaire Mauwel est un fantôme dans ma mémoire...
J'ai une photo de lui. Je l'ai trouvée il y a longtemps dans une boîte à biscuits, au Quartier Général du bruit et de la bêtise. Le légionnaire Mauwel dort sur le capot d'un véhicule de combat.
Un jour je parlerai du légionnaire Anglicker. Le légionnaire Anglicker était gros et suisse.
dimanche 15 mai 2011
Dimanche matin
Voilà
Bonheurs d'enfance.... Plaisir solitaire de la lecture... Insouciance des grasses matinées... moi aussi autrefois j'aimais les planches de "Modeste et Pompon" dans le journal de Tintin...
Bonheurs d'enfance.... Plaisir solitaire de la lecture... Insouciance des grasses matinées... moi aussi autrefois j'aimais les planches de "Modeste et Pompon" dans le journal de Tintin...
lundi 9 mai 2011
Marché aux fleurs
Voilà
marcher solitaire dans la nuit tiède. Ne croiser que de rares promeneurs. Une fois encore passer la Seine, en se disant que vraiment cette ville est très belle, et le fleuve vu du pont au double, calme et rassurant. Puis traverser l'Ile de la Cité rejoindre le marché aux fleurs. Il y a des lieux comme ça, qui semblent n'avoir jamais changé, et conservent une inexplicable magie. Ce cadre, pourtant peu spectaculaire, je pourrais le prendre à différents moments du jour, sous différentes lumières. Dans cet endroit désert à cette heure, il y a l'invisible trace de tous mes passages. Oui, je suis dans cette image. Définitivement.
Première parution 9/5/2011 11:44
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samedi 7 mai 2011
Une photo
Voilà
il y a cette adolescente amputée assise sur son lit et qui rit à gorge déployée face au photographe. On est dans un pays dévasté qui ne se reconstruira jamais et ce rire est la vie même, la vie triomphante en dépit des épreuves et des deuils. Lui, aimerait bien savoir ce qui s'est tissé entre ces deux êtres et comment ce miracle d'un instant a pu advenir.
il y a cette adolescente amputée assise sur son lit et qui rit à gorge déployée face au photographe. On est dans un pays dévasté qui ne se reconstruira jamais et ce rire est la vie même, la vie triomphante en dépit des épreuves et des deuils. Lui, aimerait bien savoir ce qui s'est tissé entre ces deux êtres et comment ce miracle d'un instant a pu advenir.
vendredi 6 mai 2011
La Conversation
un jour, on n'est plus celui qui rit au spectacle d'une chute, mais l'homme qui tombe. Et ce changement de perspective, ce renversement des rôles n'est pas sans conséquence. On éprouve une grande tendresse pour l'Auguste, mais aussi une admiration sans borne pour l'Acrobate, au point qu'on se prend à rêver qu'il vous accorde un peu d'attention et vous dispense quelques conseils. Et parfois même il arrive qu'on implore le pardon auprès de sa mère pour, en d'autres temps, s'être rangé au côté des rieurs.
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mercredi 4 mai 2011
Vallée de Swat
à la lumière des événements récents qui alimentent l'Actualité et nous font un temps oublier qu'à Fukushima rien n'est résolu et que les réacteurs de la centrale nucléaire continuent sans doute de fuir et de contaminer la mer proche et l'atmosphère, je repense à ce séjour au Pakistan, où sans doute je ne retournerai jamais plus, à ces scènes ordinaires de la vie quotidienne, à ces silhouettes croisées au bord des routes dans la vaste vallée de Swat, si prospère et si paisible, dont j'appris bien des années plus tard qu'elle avait été surnommée la Suisse du Pakistan et en effet, me promenant dans les montagnes j'avais alors éprouvé les mêmes sensations que dans les alpages, respiré de semblables odeurs de bouse et d'herbe grasse, avec ce léger détail qui faisait la différence : les bergers pashtounes qui se promenaient étaient tous armés de kalachnikov (contrefaçon locale sans doute fabriquée artisanalement à la forge ) et ma marche à moi était plus lente en raison de l'altitude et du manque d'air. A cette époque, là-bas les Talibans ne s'étaient pas encore implantés pour y imposer la charia et il semblait que rien ne pouvait altérer la tranquillité de cette région plutôt agricole si loin de l'agitation désordonnée, de la brutalité, de la précipitation permanente, et du chaos de Rawalpindi.
J'éprouvais une sorte de malaise durant ce voyage. Car ici comme en tant d'endroits du monde, l'homme blanc qu'il soit américain ou européen n'est pas aimé, souvent même détesté pour tous les méfaits et parfois les crimes qui ont été commis au nom de la Civilisation Occidentale. Où que nous allions, il était clair que nous n'étions pas vraiment les bienvenus, qu'une suspicion pesait a priori sur nous, même si l'accueil était cordial, le rituel de l'hospitalité respecté (thé, parfois repas), et les apparence sauves. En discutant avec un antiquaire local à Madyan, chez qui nous étions allés acheter quelques boîtes à épices ainsi que des coffres et des tabourets sculptés, l'homme avait fait part de son amertume aux amis que j'accompagnais et qui avaient déjà été en affaire avec lui. Il s'était plaint du fait qu'un gros client venu acquérir de nombreux meubles (qui sans doute seraient vendus en Europe avec un bon bénéfice) l'avait, malgré sa promesse de le régler en liquide, payé avec un chèque qu'il était obligé d'aller encaisser à Peshawar, ce qui allait lui prendre deux jours. Il avait alors regretté ce temps où la cour était pleine de gens qui passaient là, et en l'interrogeant j'avais alors compris de son anglais plutôt hasardeux, que ce qu'il regrettait c'était l'époque des routards et des hippies des années soixante dix. Peut-être alors, était il plus facile de nouer des liens. Il ne comprenait pas pourquoi le monde avait si vite changé, et semblait penser que c'était notre faute à nous les Blancs forcément riches, qui étions devenus si pressés, si peu enclins à accorder du temps ne serait-ce que pour parler marchander, et ainsi créer une apparence d'échange. Au bout d'une heure passée dans sa boutique, nous avions du marquer le signal du départ après une brève négociation de principe et il avait alors semblé déçu comme si, nous aussi, avions manqué d'égard pour lui. (Linked with the weekend in black and white
J'éprouvais une sorte de malaise durant ce voyage. Car ici comme en tant d'endroits du monde, l'homme blanc qu'il soit américain ou européen n'est pas aimé, souvent même détesté pour tous les méfaits et parfois les crimes qui ont été commis au nom de la Civilisation Occidentale. Où que nous allions, il était clair que nous n'étions pas vraiment les bienvenus, qu'une suspicion pesait a priori sur nous, même si l'accueil était cordial, le rituel de l'hospitalité respecté (thé, parfois repas), et les apparence sauves. En discutant avec un antiquaire local à Madyan, chez qui nous étions allés acheter quelques boîtes à épices ainsi que des coffres et des tabourets sculptés, l'homme avait fait part de son amertume aux amis que j'accompagnais et qui avaient déjà été en affaire avec lui. Il s'était plaint du fait qu'un gros client venu acquérir de nombreux meubles (qui sans doute seraient vendus en Europe avec un bon bénéfice) l'avait, malgré sa promesse de le régler en liquide, payé avec un chèque qu'il était obligé d'aller encaisser à Peshawar, ce qui allait lui prendre deux jours. Il avait alors regretté ce temps où la cour était pleine de gens qui passaient là, et en l'interrogeant j'avais alors compris de son anglais plutôt hasardeux, que ce qu'il regrettait c'était l'époque des routards et des hippies des années soixante dix. Peut-être alors, était il plus facile de nouer des liens. Il ne comprenait pas pourquoi le monde avait si vite changé, et semblait penser que c'était notre faute à nous les Blancs forcément riches, qui étions devenus si pressés, si peu enclins à accorder du temps ne serait-ce que pour parler marchander, et ainsi créer une apparence d'échange. Au bout d'une heure passée dans sa boutique, nous avions du marquer le signal du départ après une brève négociation de principe et il avait alors semblé déçu comme si, nous aussi, avions manqué d'égard pour lui. (Linked with the weekend in black and white
lundi 2 mai 2011
Furtive
Voilà
parfois je rêve d'images qui ne diraient rien d'autre que l'incertain, le furtif, le presque-rien et le je-ne-sais-quoi chers à Jankélévitch. Des images évanescentes comme des idées, énigmatiques aussi comme un parfum respiré au passage d'une femme, qui persiste encore un moment après qu'elle a disparu et laisse un peu vague cependant, suggérant de confuses et lointaines réminiscences, si troublantes qu'on ne peut être en mesure de dire s'il s'agit vraiment de cela ou - qui sait ?- de quelque chose de plus mystérieux encore, d'un temps dérobé où l'on était à peine palpable, invisible pourquoi pas, esprit de peu de matière, tremblement vibration pollen poussière molécule dissipée dans les grandes respirations de la nature ou le froissement des lisières....
parfois je rêve d'images qui ne diraient rien d'autre que l'incertain, le furtif, le presque-rien et le je-ne-sais-quoi chers à Jankélévitch. Des images évanescentes comme des idées, énigmatiques aussi comme un parfum respiré au passage d'une femme, qui persiste encore un moment après qu'elle a disparu et laisse un peu vague cependant, suggérant de confuses et lointaines réminiscences, si troublantes qu'on ne peut être en mesure de dire s'il s'agit vraiment de cela ou - qui sait ?- de quelque chose de plus mystérieux encore, d'un temps dérobé où l'on était à peine palpable, invisible pourquoi pas, esprit de peu de matière, tremblement vibration pollen poussière molécule dissipée dans les grandes respirations de la nature ou le froissement des lisières....
dimanche 1 mai 2011
Champ de Mars
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