mardi 26 juillet 2011

La photo d'un poète

Voilà
la revue qui, en septembre 71 publie un numéro spécial sur la nouvelle poésie française a, selon toute vraisemblance, demandé que chacun des poètes sélectionnés choisisse une photo. Celle que l'un d'entre eux a fait parvenir le représente en compagnie d'une femme sur la place d'un village où une maison moyenâgeuse prend en arrière-plan une importance considérable. Ils avancent ou font semblant d'avancer ensemble vers l'objectif tout en se regardant (amoureusement ?) l'un l'autre.  La distance qui les sépare, va de l'épaule au coude de l'homme. Celui-ci se trouve à droite de la femme, le visage tourné vers elle, sa main gauche posée sur l'épaule gauche de son accompagnatrice, juste a la base du cou. La femme porte un manteau court et sombre qui s'arrête au-dessus du genou et de hautes bottes en cuir qui remontent en haut du mollet. Son front est dégagé et ses cheveux longs tirés en arrière lui font la même coupe que la chanteuse Sheila, à cette époque. Elle le regarde en souriant, de ses yeux yeux légèrement globuleux levés vers lui qui porte des lunettes à monture épaisse, posées sur un grand nez. Une raie sur le côté des pattes courtes et les oreilles dégagées, voilà pour la coiffure de l'homme. Sous son blazer à trois paires de boutons, croisé, fermé et légèrement cintré, il porte un pull à col roulé clair, sûrement en jersey, à la mode dans les années soixante dix. Le pantalon est légèrement évasé vers le bas façon pattes d'éléphant. Tout cela suggère plutôt un jeune couple de professeurs exerçant dans un lycée de province. Si le poète a tenu a être présenté en compagnie de sa muse qui pour lui a les yeux de chimène et non de chienne comme le propose le correcteur orthographique du smartphone sur lequel je dactylographie ces lignes, eh bien c'est indiscutablement raté. Un bref texte de présentation insinue qu'il y a du Verlaine dans cette sensibilité adolescente mais que ses frémissements je cite ont lu Mallarmé. Je me souviens que dans ma préadolescence, j'avais du mal à me faire à l'idée qu'un poète puisse avoir la tronche d'un petit fonctionnaire, et je trouvais plutôt ridicule à l'époque et même assez pitoyable cette photo. Après toute ces années mon point de vue n' a pas changé et j'éprouve encore en l'observant une sorte de gêne, dont je ne parviens toujours pas à me formuler clairement la raison. La sensation peut-être qu'il y a, dans cette posture terriblement artificielle maladroite et apprêtée, dans cette représentation petite bourgeoise de soi, quelque chose de foncièrement obscène, trivial et dépourvu de poésie qui échappe au sujet et le condamne, quoiqu'il tente, quoiqu'il écrive à n'être réduit qu'à cela. 

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