dimanche 26 juin 2011

Le désarroi

Voilà
écrivait-elle dans ce mail laconique, si elle s'était faite ces derniers temps si discrète sur la toile c'est qu'elle avait beaucoup voyagé depuis son retour. Elle s'excusait de ne pas avoir su lui dire autrement qu'à demi-mots lors de son dernier séjour de crainte de le blesser, mais désormais ajoutait-elle quand tu penseras a moi il faudra penser à nous. Je suis heureuse, enceinte de quatre mois, et nous allons nous installer avec mon compagnon (jamais il ne lui avait entendu prononcer ce mot) à la  rentrée, tout d'abord à Florence, et disait elle n'y vois aucune perversité de ma part, pour y accoucher puis ensuite en Toscane dans le courant de l'année prochaine, pour y vivre.
François Sangiovese était comme un boxeur K.O. debout. Il s'attendait si peu à cela, rien n'augurait une telle nouvelle. Il se souvenait de son dernier passage à Paris. Elle était si menue alors, presque chétive comme un petit oiseau déplumé. Elle avait déposé ses bagages quelques jours chez lui et il s'était fait un bonheur de la nourrir et de lui rendre paisible son séjour qu'elle avait une fois de plus partagé entre son laboratoire et la bibliothèque. Au cours d'une conversation, il s'était autorisé à lui demander s'il y avait quelqu'un dans sa vie, elle était restée évasive, suggérant que ce n'était pas simple. Était-elle amoureuse, je ne sais pas avait-elle répondu en tout cas je pose des actes. Il n'avait pas cherché à en savoir plus. Et puis, il y avait eu ce jour férié, ils s'étaient promenés dans le quartier qui ne manquait pas d'espaces verts. Sur le chemin du retour alors qu'il lui proposait de l'inviter au restaurant elle avait répondu prépare moi plutôt quelque chose à manger un truc bien régressif tu vois des boulettes de viande de chez picard ou des aiguillettes de poulet tandoori. Et c'est ce qu'il avait fait. Durant ces quelques jours il avait eu l'impression d'être une sorte d'oncle mais ce soir là, après le repas, elle était venue se blottir dans ses bras. De drôles d'idées me traversent l'esprit avait-il murmuré. Laisse les donc venir qu'elles rencontrent les miennes, et elle l'avait embrassé. Ils avaient fait l'amour avec moins de fougue et de fantaisie qu'au temps de leur liaison passée, mais leurs étreintes étaient douces lentes et attentives, empreintes d'une tendresse immense comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. Glissant dans dans la chaude humidité de son désir il avait un moment fermé les yeux et revu ces bancs de poissons multicolores aperçus autrefois en plongée dans les mers tropicales du côté de Palawan, mais surtout il avait imaginé qu'il était en train de lui faire un enfant. Après l'amour ils s'étaient laissés ensevelir par le sommeil. D'abord tendrement enlacés, la nuit les avaient déliés les laissant pour finir dos a dos à la lumière du jour naissant. Au réveil alors qu'il l'avait embrassée comme autrefois et qu'il s'apprêtait a lui parler, elle avait posé son index sur sa bouche et murmuré "il n'y a pas de mots il n'y a que le silence et le secret qui soient dignes de cet enchantement n'en parlons pas" Et elle s'en était allée sous la douche comme s'il s’était agi d'effacer au plus vite les caresses de la veille. Les deux jours qui suivirent achevant son séjour furent un peu mélancoliques. Elle avait réintégré la chambre d'amis. Elle était redevenue distante comme si elle lui en voulait de ce moment d'abandon mutuel. Chacun faisait en sorte d'être très occupé à l'extérieur pour éviter de retrouver l'autre à la maison. Le jour de son départ, il avait du quitter l'appartement très tôt. Cela tombait bien, il détestait les séparations dans les aéroports ou les gares. Le jour suivant elle avait laissé un mot sur sa messagerie pour le remercier de son hospitalité  et l'avertir qu'elle était bien arrivée à Montréal, puis plus rien.
Florence. C'était la dernière chose qu'il aurait pu imaginer. Comme si tout était écrit depuis longtemps. Florence. Le nom qu'il avait donné à sa fille en dépit du fait que ses parents à lui s'était connus là-bas. Mais Florence à cause de Boticelli dont les peintures l'avaient tant fait rêver dans sa jeunesse. Il se souvenait aussi que la femme avec qui il était alors, et qui quelques années plus tard lui donnerait son unique enfant y était allé travailler quelques jours, le laissant seul à Paris et qu'il avait alors eu quelques moments d'égarement avec une galeriste rencontrée lors d'un vernissage. A présent, songeant à tout cela, il se sentait plus seul que jamais, seul et terriblement perdu, impuissant et stupéfait, se demandant s'il avait encore sa place en ce monde....

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