mardi 31 janvier 2017

Vœux


Voilà
Finalement par les temps qui courent les vœux se résument à cette attitude qui consiste à séparer le savoir de la croyance : nous savons que la catastrophe est possible, voire probable, mais nous refusons de croire qu’elle se produira, et nous perpétuons le rite comme si de rien n'était. Pour l'année qui commence j'ai eu plutôt du mal à formuler mes vœux. Il faudrait pouvoir la souhaiter "aussi bonne que possible au regard des circonstances". Ce que je fais en ce dernier jour de Janvier, avec cette photo douce : ombres de visiteurs croisant l'ombre d'une petite tête sculptée par Giacometti lors de l'exposition associant son œuvre à celle de Picasso. C'était extrêmement apaisant de cheminer parmi les créations de ces deux génies, d'aller de l'un à l'autre, de s'abandonner à la rêverie provoquée par la rencontre de ces deux œuvres. Tout à coup s'en trouvait quelque peu atténuée la misère morale et intellectuelle qui, ces derniers jours se manifeste de façon outrageuse en de nombreux endroits du globe, particulièrement dans ce pays, où la campagne électorale voit fleurir et s'épanouir de bien nauséabondes pensées

lundi 30 janvier 2017

Le Motif caché dans le tapis


Voilà,
j'aime particulièrement produire des images équivoques, qui ne se donnent pas d'emblée et suggèrent plus qu'elles ne montrent. J'apprécie qu'elles puissent un moment demeurer énigmatiques et qu'on ait à y chercher "the figure in the carpet" selon la belle expression de Henry James. Cela fait un an maintenant que je travaille sur cette question du motif caché, avec des variations plus ou moins subtiles, des tâtonnements, des tentatives. Un moment viendra où j'aurai sans doute envie d'une ligne claire et de plus de simplicité géométrique. Mais pour le moment ce chaos me convient

samedi 28 janvier 2017

Bien las


Voilà,
au fond tout cela n'a plus grande importance. Les jeux sont faits. Des choses ont été dites pensées ressenties produites, mais au fond en pure perte. Oui bien sûr un jour un clown m'a dit qu'il avait choisi cette activité après m'avoir vu sur scène. C'était au cours du réveillon, quelqu'un a prononcé mon nom, trente ans après il s'en souvenait encore. Il m'a longuement parlé. J'étais un peu embarrassé. Enfin, c'est toujours ça, même si c'est très modeste comme influence sur la marche du monde. Le problème, c'est que je n'ai jamais su choisir. Pour me défendre dans la vie, j'ai fait semblant d'être intelligent. Il m'est même arrivé d'être assez brillant, et de me prendre à on propre jeu. Pire même, de faire vraiment illusion. Mais au fond je suis du côté des idiots des nonoches, des simples d'esprit, de ceux qui regardent le doigt-qui-montre-la-lune. Je m'obstine encore à essayer d'argumenter, de justifier, de commenter. Mais au fond j'en ai un peu rien à battre. Je suis fatigué, très fatigué de ce monde et de toutes les questions qu'il suscite. Et de ce corps aussi je suis bien las.

mercredi 25 janvier 2017

A distance


Voilà,
Parfois il s'inquiète de la raison pour laquelle il se tient depuis si longtemps à distance des autres. Où il devrait reconnaître son semblable il ne voit la plupart du temps qu'un corps étranger. Il n'aime guère se mélanger à quiconque ne suscite un sentiment de reconnaissance d'admiration ou d'identification. Il aimerait se libérer de cette défiance, de cette circonspection permanente, mais peut-être en a-t-il besoin, qui sait si elle ne lui est pas nécessaire, indispensable fût-ce au prix de la solitude. Une chose est sûre, cette réticence l'a préservé de nombre de désillusions, et de quelques dangers. Sans doute en aurait il été autrement s'il n'avait pas grandi dans la proximité d'un prédateur. Il y aura toujours du sauvage en lui.

mardi 24 janvier 2017

Deux Histoires


Voilà,
pourquoi avoir la tentation d'écrire là-dessus, de se répandre là-dessus, comme si cela devait avoir de l'intérêt pour d'autres que moi, comme si même cela devait avoir de l'intérêt pour moi, comme si cette affaire avait quelque chose d'exceptionnel, comme si cela devait compter comme un événement public. Non ce qui compte c'est cette histoire rapportée par Badinter. Il a seize ans c'est la guerre, il roule à vélo sur une route en possession de faux papiers d'identité. Un soldat allemand l'arrête, lui demande sa carte, la regarde, le dévisage longuement, appelle un autre soldat lui montre la carte, puis sort de sa veste une photo et la montre à Badinter. C'est la photo d'un jeune homme, le fils du soldat, en uniforme des jeunesses hitlériennes, qui ressemble terriblement à Badinter. Le soldat voit dans le visage de Badinter, celui de son fils. Badinter voit dans le visage du soldat, celui de la mort. Le soldat finit par lui rendre ses papiers et le laisse partir. Cette anecdote en dit long sur l'absurdité des choses. De même que cette parabole.
- Maître je veux mourir
- Mourir n'est pas une solution
- Alors il me faut vivre ?
- Vivre n'est pas une solution
- Alors Maître quelle est la solution ?
- Mais qui t'a dit qu'il y avait une solution ?
 

lundi 23 janvier 2017

Un autre Hiver


Voilà,
C'était un autre hiver, j'étais passé rue Caulaincourt repensant à ma vieille camarade Elisabeth qui avait longtemps habité dans les parages. Il faisait froid et il avait beaucoup neigé. Je répétais pour une pièce de Jon Fosse, un rôle de père un peu égaré, muré dans son incapacité à verbaliser. Du temps a passé depuis. Je comprends à présent qu'on puisse ne plus avoir envie de parler. Parfois, je voudrais comme Oblomov, ou ce scénariste qui s'appelait Gérard Brach, opter, comme fit ce dernier à la fin de sa vie, pour le retrait caméral absolu. Cette phrase lue il y a longtemps, elle est de Saint Augustin je crois, "ce que je sais je ne le suis plus, ce que je suis je ne le sais pas" correspond tout à fait à ce que j'éprouve en ce moment.

dimanche 22 janvier 2017

Encore une Tentation


Voilà,
la réalité sécrète du rêve. Le corps sécrète du rêve. La culture sécrète du rêve. Je ne donne forme à mes rêves que sur les rêves de ceux qui m'ont précédé. Burin, gradines, ciseaux, ognettes, massettes, bouchardes, gratte-fond étaient les outils du sculpteur. Moi je sculpte de l'information et mon outil est d'une autre nature. Je travaille avec des machines, des machines-outils. Je travaille aussi contre la machine, car comme le disait Heiner Muller, "l'homme est l'ennemi de la machine. Pour tout système ordonné il est le facteur de perturbation" Dans un univers de plus en plus technicisé, la seule force de résistance est de détourner le projet des machines. En n'oubliant pas d'utiliser aussi des techniques très anciennes et très primitives. Le monde dans lequel je vis me fait penser différemment les formes et la production d'images. Mais il ne faut pas pour autant oublier les vieilles histoires, les vieux mythes. Il faut les réinterpréter les réinterroger, s'en nourrir. Ces vieilles histoires sont ce qui nous lie à nos origines, à notre culture, à notre humanité. Voilà pourquoi une fois encore j'ai voulu faire une "Tentation de Saint-Antoine". Celle-ci se rapproche beaucoup plus de ce que je souhaite, même si elle n'échappe pas non plus à la citation.

samedi 21 janvier 2017

Deviser avec les ombres


Voilà 
l'homme s'égarait dans les reflets, devisait avec les ombres. De plus en plus nombreuses d'ailleurs. Se frayer un chemin parmi elles n'allait plus toujours de soi. Oui bien évidemment les choses pour lui changeaient, il n'était pas complètement idiot, il le voyait bien quand même. Fallait-il pour autant s'en laisser compter. Il fixait le mur de longs moments. Des mondes en émergeaient plus consistants que celui dans lequel il traînait sa carcasse. Des formes, des êtres pas avares de secrets à partager. Mais des chimères aussi on se lasse. Cela manquait souvent de clarté. "Je te feuillemorte" vitupérait-il contre la pierre humide en la frappant du plat de la main. Le salpêtre s'effritait. Les rêves aussi finissent en poussière. 

mercredi 18 janvier 2017

Thyroïdiennes


Voilà,
il y a des gens en costume cravate qui rentrent dans le métro comme John Wayne pénétrait dans un saloon. Et puis ils s'asseyent sur un strapontin, dégainent leur portable et là laissent apparaître de pauvres chaussettes grisâtres dont trop de lessives ont épuisé les élastiques. Alors tu lèves les yeux, tu regardes autour de toi et les femmes que tu vois ont toutes le cou gonflé. Tu tu te demandes si elles ne se rendent pas un congrès de thyroïdiennes. Là tu t'inquiètes. Est-ce toi qui pars en vrille, ou bien as tu été enfermé dans une anomalique bulle d'espace-temps ? Tu songes aux visions de la nuit précédente, "au sommeil de la raison qui engendre des monstres", aux formes étranges que prend ta peur, de plus en plus irrépressible, et soudain tu réalises qu'il est possible que, sans même t'en apercevoir, tu aies parlé à haute voix parmi tous ces inconnus.

lundi 16 janvier 2017

Blue Monday


Voilà,
A quelques jours de l'investiture de Donald Trump, et à alors que paraissent dans le Times britannique le point de vue du président Américain sur l'Europe la brillante chronique de Michel Schneider sur France Culture ce lundi (surnommé par les anglo-saxons "Blue Monday" parce que selon des études le troisième lundi de janvier serait le jour le plus déprimant de l'année) semble plus que jamais s'imposer : 
"Cette semaine, la couverture du New Yorker montrera Trump, 45e président des Etats-Unis comme un gamin dans une voiture électrique lancé dans un tour de manège. Sur ce thème Michelle Obama a attaqué le successeur de son mari, en disant qu'il fallait "un adulte à la Maison Blanche". L'opinion éclairée ne comprend toujours pas comment le petit garçon a réussi à faire démarrer la voiture familiale et à traverser l'Amérique "coast to coast" . Mais dans quatre jours Donald Trump sera au volant des Etats-Désunis d'Amérique, avançant à grands coups de klaxon. Nous sommes bien du côté de Freud. Du petit pervers polymorphe qui somnole en chacun de nous. De l'enfant-roi que l'éducation des pulsions doit normalement amener à composer avec la réalité, et à différer la satisfaction de ses désirs. Mais Trump n'est pas un président normal. Et il n'est plus un enfant. C'est un adulte rusé, un fin tacticien, un prédateur conscient. Un fou ? Ce ne serait pas une première dans l'Histoire, américaine ou autre, qu'un fou accède au pouvoir suprême. La folie politique est toujours prête à resurgir dans les périodes de crise. Man of the year selon Time Magazine. Ou comme l'appelle le New York Times, tout en le qualifiant de demi-fasciste, ce qui n'est pas exclusif mais pas synonyme , Madman de l'année ? Trump, il est vrai, malade de medias, sut manier la télé-réalité comme les personnages de la série Madmen la publicité. Mais de quelle madness s'agit-il ? A voir Trump menacer de mort sa rivale et pointer son index comme une arme sur tout ce qui ne bouge pas dans son sens, à l'entendre hacher son propos d'injures et de propos scabreux, il semble que l'on soit plutôt dans le registre de la psychose que de la névrose banale. Apparemment, pas de refoulement, peu de surmoi, beaucoup de ça et énormément de moi. Paranoïaque, narcissique extrême, atteint de TDAH (trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité), borderline, psychopathe dangereux, sociopathe avéré, schizophrène compensé, bipolaire ? Les diagnostics fusent. A lui tout seul un vrai DSM5 (Manuel statistique des troubles mentaux). Malade sexuel, l'homme aux idées politiques aussi indéfinissables que la couleur et la coupe de ses cheveux, dont on se demande, si, des cheveux comme des idées, il en a vraiment, tant il donne l'impression de ne pas être là, d'être virtuel, tel un hologramme en 3D ?
La psychanalyse de ceux qui ne s'allongent pas sur un divan est un exercice périlleux et souvent illégitime. Ne psychiatrisons pas. Pour comprendre "le monstre ", plutôt que de fouiller l'étiologie sexuelle de ses symptômes et de traquer ce qui a pu se passer - ou non - entre lui et des prostituées moscovites, mieux vaut interroger l'inconscient collectif qu'il incarne désormais. J'avoue sur ce point que je ne comprend pas que les élites ne comprennent pas ce qui a permis à Trump d'arriver au pouvoir. L'été dernier, j'ai eu l'occasion d'interroger sur l'enjeu de l'élection et l'avenir de l'Amérique en crise quelques écrivains américains. Richard Ford, Rick Moody, Salman Rushdie, Russell Banks, Colum McCann, John Irving, Jay McInerney. Tous confiaient leur dégoût et leur peur de la fracture sociale, civile, matérielle - et certains n'hésitaient pas à dire, raciale - dont l'élection fut ensuite le révélateur. Tous excluaient la victoire de Trump. Trop fou. Trop bête. Ils avaient oublié la mise en garde de Raymond Aron : le plus souvent ce n'est pas la raison qui s'accomplit dans l'histoire, mais la bêtise. Ou la folie. Tous le disaient malade mental, mais aucun ne percevait que le déni du réel, manifeste chez Trump, était symétrique de celui latent chez Hilary Clinton. Business as usual¸ elle ne voyait pas le problème. Et lui voulait lui apporter des solutions aberrantes. La folie, dit Freud, n'est pas de nier la réalité, car c'est ce que nous faisons tous, névrosés fous ou pervers. La folie commence quand on reconstruit une réalité à la place de celle qu'on ne veut pas connaître et reconnaître. Cela s'appelle un délire mégalomaniaque ou en politique un programme démagogique 
Lorsqu'on regarde les foules acclamant Hitler, à qui l'humoriste Louis C. K. et le romancier Jerome Charyn comparaient Trump, on se demande un peu naïvement : mais comment tous ces gens ont pu ne pas voir qu'ils admiraient un fou ? Et si au contraire, ils la voyaient, cette folie, l'enviaient, la désiraient? Et que ça les faisait jouir par procuration de l'entendre dire tout haut les horreurs que tout bas ils rêvaient de faire ? Trump n'est sans doute pas plus raciste que la majorité des Américains blancs. Pas plus indifférent au sort de la planète et à la crise de l'environnement que la majorité des électeurs démocrates. Pas plus intoxiqué aux médias sociaux que la plupart de nos contemporains. A peine plus menteur que la généralité des hommes politiques occidentaux. La folie de Trump n'est-elle que l'image kitch ou l'écho bruyant de la folie banale et sourde de l'Amérique ? Avec 19 millions d'abonnés Facebook - après tout ce n'est jamais que deux fois plus que Kim Kardashian - Trump est l'incarnation des fantasmes américains 
Les sondages qu'on dit s'être trompés ne se trompent pas. Ils mesurent nos intentions conscientes et nos pulsions avouables. Le vote, lui, exprime à loisir dans le secret de l'isoloir l'inconscient et l'inavouable. L'inconscient, c'est ce qui nous fait faire ou dire ce qu'il ne faudrait pas. Ce qui nous amène à méconnaître nos intérêts réels et à les sacrifier à nos idéaux imaginaires. Ce qui nous pousse à faire le mal et à faire du mal, aux autres et à nous-mêmes. Dans l'inconscient, nous sommes tous plus ou moins racistes, pleins de haine pour le voisin, de peur face à notre semblable comme à notre dissemblable. Narcissisme phallique des mâles, admirant en Trump un pénis sur pattes, stupide et fier de l'être; misogynie inavouée chez nombre de femmes; admiration du pauvre pour l'escroc riche qu'il n'a pas eu les moyens d'être; attirance pour le mal; soumission masochiste à une autorité sans frein; goût pour les mots et les choses sales; désir de détruire un objet afin que l'autre ne s'en empare pas; sadisme pollueur anti-environnement; crainte d'être démographiquement minoritaire chez soi: tous ces traits sont bien partagés. Ils dorment dans le cerveau reptilien que l'éducation et la démocratie n'ont que peu civilisé. La politique n'est pas d'abord affaire de choix conscients, mais d'impulsions et d'aspirations inconscientes. La réalité compte moins que les images, la raison que les passions, les idées que les idéaux. On n'élit pas un dirigeant pour ce qu'il promet de faire, et fera peut-être, mais pour ce qu'il est. Ce qu'il représente pour l'inconscient collectif. Aujourd'hui, enfants tout puissants, la moitié des électeurs américains lance à l'autre et au monde: je vous emmerde. Trump représente la part sombre d'eux-même, leur image rêvée. Trump leur ment? Trump les trompe? Certes, mais s'il leur plaît à eux d'être trompés ? Pascal nous met en garde. Considérons tous avec quelle allégresse nous embarquons dans la nef des fous. Ecoutons-le: "Pour être aimés de nous, les puissants évitent de nous rendre un office qu’on sait nous être désagréable : on nous traite comme nous voulons être traités. Nous haïssons la vérité, on nous la cache ; nous voulons être flattés, on nous flatte ; nous aimons à être trompés, on nous trompe. 
Les électeurs de Trump n'ont pas été trompés. Reste à savoir si lui-même ne se trompe pas sur ce qu'il pourra faire. Il annonce qu'il va supprimer les sanctions anti-Poutine et qu'il veut non seulement garder Guantanamo, mais le remplir à pleins bords. Son conseiller pour la sécurité nationale Mike Flynn recommande aux femmes de renoncer au pouvoir et de ne penser qu'à leurs robes, leurs talons hauts et leur maquillage. Malgré ces propos, certains espèrent que Trump, confronté à la réalité du pouvoir, devienne peu à peu un névrosé ordinaire, quelqu'un qui ne fait pas ce qu'il dit. Parce qu'il ne le veut pas vraiment ou ne le peut pas du tout. Un velléitaire qui n'avait pas de vrai désir de changer les choses, ni les moyens de réaliser ses délires. 
Souhaitons que l'enfant au volant de la première puissance du monde, confronté à des routes difficiles et à un code bornant de règles et de contraintes le narcissisme phallique des conducteurs soit contraint à la prudence. Mais il semble exclu que Trump devienne un président normal et abandonne le langage paranoïaque : moi la vérité je parle, pour celui du névrosé qui ne sait pas ce qu'il dit. Regardons-le tel qu'il est, un roi du divertissement, qui même montré nu, ne connaît pas ce qui nous retient souvent de mal faire: la honte. Face à son narcissisme de mort, espérons seulement que le narcissisme de vie qui anime la démocratie américaine - Démocrates et Républicains confondus - finisse par l'arrêter comme la police arrête un chauffard même s'il a son permis, avant qu'il y ait trop de dégâts. Cela s'appelle impeachment . "Le réel, c'est l'impossible", disait Lacan. Trump va s'y cogner, et vite."

samedi 14 janvier 2017

Clown, ras et risible


Voilà,
comme autrefois lorsque je procédais de façon artisanale avec cutter, papier Canson et photos de magazines : un fond, un gros plan un plan moyen, des diagonales affirmées, et une image sale, sombre et inquiétante. Oui j'ai eu, hier soir, l'envie de faire ça, un truc comme je pouvais en faire à une époque mais il n'y avait pas le goût ni l'odeur de la colle Uhu dans son tube noir. Ce soir j'écoute "Discreet music" de Brian Eno, comme je le faisais alors. Le temps s'écoulait bien différemment, c'est sûr, oui, bien différemment. 

jeudi 12 janvier 2017

Une Histoire de Nuage


Voilà, 
Aujourd'hui encore, j'avais besoin de musée. Celui d'Orsay est un de ceux que je préfère. Je trouve magnifiquement réussie la transformation de cette ancienne gare. Et puis on peut y voir de nombreux tableaux impressionnistes, en particulier des Pissarro (dont une grande rétrospective est prévue pour la fin de l'année) et des Sisley qui m'émeuvent toujours autant. J'ai déjà raconté en d'autres circonstances, l'intérêt que j'éprouvais dans mon jeune âge pour ces peintres et ce mouvement. Après avoir visité l'exposition Frédéric Bazille, un peintre pré-impressionniste qui a côtoyé de près Renoir, Monet Berthe Morisot et les autres impressionnistes, mais qui a vingt-huit ans a stupidement décidé de s'engager comme soldat pour combatte les Prussiens et a trouvé la mort dès son premier assaut, laissant à la postérité les prémices d'une œuvre prometteuse qui commençait tout juste à s'affirmer, je suis allé voir les collections du musée. C'était l'occasion de revoir des œuvres découvertes dans ma jeunesse mais d'autres aussi, prêtées par des institutions étrangères pour le trentième anniversaire d'Orsay. Il y avait en particulier un magnifique Monet peint à Venise, prêté par le Musée des Beaux-Arts de San Francisco, et un Braque de 1932 dans les tons bruns, très cubiste. Puis je me suis promené sur les passerelles où j'ai pris quelques images pour obtenir cette vision déformée de l'intérieur du bâtiment.

(....)


En rentrant, j'ai repensé à cette histoire qui m'est revenue en mémoire il y a quelques jours concernant le dernier tableau peint par Braque à Varengeville, intitulé "La Barque échouée", et qui m'avait beaucoup ému lors de la grande exposition qui lui avait été consacrée il y a quatre ans déjà. Il paraît que Braque, quoique affaibli, est revenu pendant un mois vers son tableau le regardant insatisfait, bien qu'il semblât fini. Et puis à un moment il a rajouté, voyageant dans le ciel, un nuage un petit nuage aussi sombre que la barque sur la grève, Puis il est mort quelques heures après. Cette histoire me bouleverse tout comme l'hommage que prononça pour lui Malraux au nom de la France dans la cour carrée du Louvre. Et bien évidemment je ne peux m'empêcher d'établir un lien entre ce nuage noir porté par le vent et cette barque sur ce dernier rivage que Braque a si souvent peint aux derniers temps de sa vie. Peut-être même le nuage est il lui aussi une barque déformée renversée presque semblable à la barque échouée, au point qu'il est possible de penser qu'il s'agit de Braque lui-même dont le nom est l'anagramme de ce qui constitué le titre et le premier plan du tableau. Le peintre a-t-il pressenti sa propre mort et souhaité se représenter dans le tableau ? Lui qui a peint tant d'oiseaux, finit son œuvre en un nuage, un nuage noir dans un ciel orangé que le vent va porter hors du cadre de l'image.
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mercredi 11 janvier 2017

Échapper aux mots

Machine désirante
Voilà,
une semaine passée à visiter des expositions m'a redonné envie de travailler la matière des images. Un moment déjà que je ne m'étais livré à cet exercice. L'insomnie de cette nuit a été propice à quelques expérimentations. Des frayeurs me visitent parfois vers trois quatre heures du matin, alors il faut que je m'occupe pour ne pas y songer. J'ai besoin d'échapper aux mots, au langage auquel se heurte la pensée. Je ne peux nommer avec une précision suffisante tout ce qui me traverse à ces heures. Incapable de structurer en un récit cohérent ce que j'éprouve et qui somme toute pourrait tenir en ces deux vers de Racine
 Mais quelle épaisse nuit tout à coup m'environne
De quel côté sortir ? D'où vient que je frissonne ?
Donc afin que ces heures durant lesquelles rien de ce qui touche aux mots ne peut ni me secourir ni me soulager, ne soient pas totalement stériles, j'agence je transforme je condense je mixe je sature des photos plus ou moins anciennes. Je procède par découpages et recoupements. Mon attention ne se concentre que sur ça. Je suis libre, je peux divaguer. D'ailleurs ces jours-ci, non seulement je suis incapable d'écrire, mais tenir une conversation m'épuise. Je n'ai pas envie de parler d'expliquer de justifier de me heurter aux phrases de développer un raisonnement. L'être parlant que je suis me semble faux, à côté de la plaque. Même si les images me vouent à une solitude plus grande encore, au moins ont elles l'avantage d'éviter tout malentendu. Et puis elles me donnent l'impression, peut-être illusoire d'une plus grande adéquation à ce que je crois être et ressentir. Elles témoignent plus justement de l´incertitude où je me tiens ainsi que du silencieux tumulte qui parfois m'agite et souvent m'épuise quand se fait attendre une réponse qui jamais ne vient.

lundi 9 janvier 2017

Une Journée oisive


Voilà,
en ce moment je n'ai pas beaucoup d'obligations extérieures. Le travail alimentaire est rare, alors je profite du chômage pour visiter les musées gratuitement. on a encore ce luxe qui à mon avis ne va pas durer longtemps (je veux dire les allocations chômage ET la gratuité dans les musées). La semaine dernière j'ai vu l'éblouissante collection Chtchoutkine (ce nom est vraiment imprononçable) à la fondation Louis Vuitton, l'exposition "The color line" sur l'art Afro-américain au Musée du Quai Branly, le musée Delacroix, samedi l'exposition de Maurizio Cattelan à la Monnaie de Paris, hier le musée Rodin et aujourd'hui l'exposition sur l'art américain des années trente. Cela me change les idées et me tient lieu de voyages. J'ai ensuite longé la Seine, regardant les boîtes des bouquinistes et les péniches en contrebas qui m'ont fait penser à Delphine M. avec qui j'avais à une époque beaucoup marché sur les quais lorsque ses parents envisageaient d'éventuellement en acheter une. Delphine que j'avais perdue de vue et dont j'ai appris la disparition il y a quelques mois par une amie de ce temps-là. Donc au cours de ma flânerie, j'ai pris quelques photo, que je mettrai un peu plus tard en ligne. En particulier, un poster représentant Zappa en Joconde et quelques vieilles couvertures de Charlie, joyeusement irrespectueuses (le problème aujourd'hui, c'est que tu dessines un truc, et c'est immédiatement vu dans le monde entier, grâce ou à cause d'internet).
 J'aime bien traîner sur les quais. C'est une manie que j'ai prise dès que je suis arrivé à Paris, et je ne m'en lasse pas. C'est sur les quais que j'ai acheté, d'occasion mes premiers singles des Beatles et des Stones, trouvé de vieilles éditions poétiques pas cher, et même, bien plus tard le recueil des écrits de Milena Jesenská pour la presse, alors qu'il était épuisé.
J'ai fini par retrouver Luc dans un vieux bistrot avec son comptoir en zinc patiné par les ans, quai des Grands-Augustins, pas loin de l'endroit où Picasso avait son atelier – peut-être s'y est il accoudé – et l'on a passé une paire d'heures à bavarder, buvant du Chinon, en souvenir de "Pointête" son film qu'on avait tourné dans cette région. Et puis à un moment j'ai aperçu ce drôle de client. Bien sûr je n'ai pas pu résister, l'occasion était trop belle et comme disait Jankélévitch ne se représenterait plus. Ensuite, je suis rentré à pieds à la maison. Car il faut bien marcher n'est-ce pas ? Et manger des fruits, des légumes, et des putain de poissons gras...
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dimanche 8 janvier 2017

Dans le Parc du Château de Versailles


Voilà,
dans le parc du château de Versailles, les statues qu'on emballe, sans doute afin de les protéger du froid, font penser à des œuvres de Christo. Ce jour là, j'avais eu envie de profiter du soleil pour marcher et changer d'air. C'était quand déjà, ah oui, le dernier jour de Novembre. J'ai simplement eu envie d'avoir un moment de répit. Trop de choses m'effraient, l'avenir est vertigineusement angoissant. De plus en plus d'endroits sombrent dans l'horreur et le chaos. Le château de Versailles avec son parc bien ordonné a traversé plus de trois siècles d'histoire. Oh bien sûr il témoigne de l'absolutisme royal et de la folie des grandeurs. Mais il est là. Il est probable qu'il finira en ruines lui aussi quand il n'y aura plus aucun sens de l'entretenir. Pour l'instant il attire encore de nombreux touristes. Je n'y étais pas retourné depuis plus de 40 ans, depuis cette matinée d'un dimanche de Septembre où Agnès avait pris l'initiative d'un pique-nique au Petit-Trianon. Pourtant ce n'est pas si loin, Versailles. Il faudrait que j'y retourne. Mais il y a encore tant de choses à faire, à finir. La fatigue mange le temps. (Linked with tuesday treasures

mardi 3 janvier 2017

Nombreux sont ceux qui vivent en nous


Voilà,
Nombreux sont ceux qui vivent en nous ; 
Si je pense, si je ressens, j’ignore 
Qui est celui qui pense, qui ressent. 
Je suis seulement le lieu 
Où l’on pense, où l’on ressent. 
Il est plus de moi que moi-même. J’existe cependant 
À tous indifférent. Je les fais taire : Je parle. 
Les influx entrecroisés 
De ce que je ressens ou ne ressens pas 
Polémiquent en celui que je suis.  
Je les ignore. Ils ne dictent rien 
À celui que je me connais : j’écris. 

 Fernando Pessoa 
Les joueurs d'échecs - Odes de Ricardo Reis ( hétéronyme ) - 1935

samedi 31 décembre 2016

mardi 27 décembre 2016

Un bruit soudain

Psychopompes

Voilà,
tu dors tu rêves / un bruit soudain / comme celui que fait ton enceinte quand on la connecte par blutooth à un mobile  / cela te semble bizarre ça tient du rôt et du claquement / à peine as tu le temps de comprendre que ton corps a cessé toute fonction /  ton esprit ne se dissipe pas immédiatement il te reste encore un résidu de conscience / tu es tout de même ennuyé à cause du linge sale du désordre du disque dur pas nettoyé / à cause des zones d'ombre des brouillons  / et puis il y a l'amour qui n'a pas été dit pas suffisamment donné les mots imprononcés les malentendus les mécompréhensions / mais on t'attend semble-t-il on veut t'accompagner  / tu penses au trouble au chagrin que tu vas laisser derrière toi / un peu quand même / mais déjà tu te sens comme un papillon libéré de sa chrysalide / l'inconnu t'appelle laisse là les regrets ils n'ont plus lieu d'être / puisqu'il n'y a plus d'être / et c'est comme une révélation / ce n'est ni le vide ni le silence / quelque chose qui dépasse l'entendement et n'exige plus aucune langue  / c'est doux c'est paisible / tu le sens tu le sais désormais tu ne seras plus que voyage et musique et c'est très bien comme ça

vendredi 23 décembre 2016

Magasin de jouets


Voilà,
quand Noël approche, j'ai envie de rester à la maison, de régresser en relisant des bandes dessinées de mon enfance tout en buvant du chocolat chaud, rester au lit, glander.... Manger des fruits exotiques (letchis, fruits de la passion, tamarillos, anones, mangoustans), écouter du vieux jazz avec du vibraphone, Peter Skellern, ou des chœurs de Britten, de Dowland ou bien les vêpres de Rachmaninoff, regarder des comédies musicales américaines, éviter la foule, l'hystérie mercantile


mardi 20 décembre 2016

Alençon et Marcello


Voilà,
j'ai pris cette photo il y a exactement 20 ans. J'étais en tournée avec le spectacle "La cerisaie" de Tchekhov mis en scène par Margarita Mladenova et Ivan Dobtchev, et je crois que c'était notre dernière date avant Noël et la reprise à Paris au théâtre de la cité internationale. Je me promenais dans la grand rue d'Alençon en songeant à Thérèse devenue Sainte Thérèse de Lisieux, mais qui était née dans cette ville et avait été baptisée dans cette église. Parce qu'un jour en feuilletant une revue de photo, je leur avais trouvé une ressemblance, j'ai associé depuis le visage de Thérèse, la première sainte à ma connaissance qui a fait de la photographie à celui d'Agnès. Ce matin là, mes pensées me portaient tour à tour de l'une à l'autre pendant que des hauts-parleurs diffusaient un programme de la radio locale pour les fêtes commerciales de Noël. Lorsque j'ai entendu un flash d'actualité annonçant la mort de Marcello Mastroianni survenue le matin même, j'ai appuyé sur le déclencheur. A ce moment précis j'ai éprouvé un réel sentiment de perte auquel cette image est pour moi définitivement associée.

vendredi 16 décembre 2016

Perspectives constructivistes


Voilà,
certaines perspectives de paysages urbains me saisissent simplement sans doute à cause des lignes, de la géométrie qui s'en dégage. Elle me ramènent à ce moment où à la fin des années 70 j'ai découvert le constructivisme russe qui revenait alors à la mode dans la pub et le graphisme. Ce quartier de Belem au pied du pont qui enjambe le Tage me fascine littéralement et en particulier cet endroit où je suis resté un long moment tant il me semblait irréel, semblable à un décor de cinéma. (Linked with The weekend in black and white)


lundi 12 décembre 2016

Un dimanche après-midi dans le Nord de la France


Voilà,
cette photo prise il y a maintenant dix ans je ne peux la regarder sans une certaine mélancolie. Je trouve pathétique l'image de ce jeune homme jouant devant un parterre de vieux. C'était le 70 ème anniversaire de Christian qui n'était déjà plus très vaillant. Je crois d'ailleurs que je l'ai vu pour la dernière fois à cette occasion. Tout un pan de ma vie s'effritait lentement sans que je puisse y faire quoique ce soit. Je me souviens que la veille un automobiliste fou aurait pu faire un carnage sur la bretelle d'autoroute et avoir alors éprouvé le sentiment de l'avoir échappé belle. Quand j'ai pris cette photo, j'avais la tête ailleurs. La peur - une peur ontologique - qui m'avait, quelques années auparavant, saisi et dont je ne m'étais pas caché, que j'avais extériorisée, nommėe, mais qui tout de même avait été surmontée, puisque je ne m'étais pas défaussé, que je n'avais pas fui, que je faisais face, et que j'assumais mes responsabilités et ce rôle pour lequel je n'étais pas fait, dans lequel je ne m'étais jamais projeté, cette peur on me la reprochait encore cinq ans après, au lieu de reconnaître que je m'étais transformé. Et là j'en avais ras le bol. Ailleurs je redevenais désirable, sans qu'on ne me reproche rien. Si j'avais été capable de jouer de la guitare comme ce jeune homme, j'aurais alors interprété "Hey bulldog" des Beatles juste pour la phrase "you don't know what it looks like to face to your fears"

jeudi 8 décembre 2016

Fuir Paris


Voilà,
Aujourd'hui nouveau pic de pollution comme il n'en a jamais été enregistré à Paris à cette saison.
La gorge me pique je n'ai plus de voix
Je pense à Bill et à Laura dans leur Ouest lointain, immergés dans la nature.
Et j'ai aussi comme une envie de Dordogne et de grand air.

mardi 6 décembre 2016

Dans le train pour Saint-Quentin


Voilà,
vendredi dernier dans ce train presque vide qui m'emportait vers Saint Quentin (de Paris à Compiègne il avait été bondé) ce long morceau d'Iron Butterfly "In-a-gadda-davida" m'est revenu en mémoire. C'était tellement absurde incongru, inattendu, sans relation aucune avec ce que j'avais pu vivre ces jours derniers et encore moins avec l'endroit où je me trouvais. J'ai soudain eu une envie terrible de l'entendre. Pourtant, je sais très bien qu'au bout de cinq minutes ça m'exaspère, parce que cela me rappelle des états étranges et des époques de ma vie où j'étais très nonchalant et assez stupide, et aussi sans doute parce que cela me remet en prise avec la conscience du temps qui était alors la mienne bien moins douloureuse évidemment, que celle que j'éprouve désormais. Durant ce voyage, je suis allé fureter sur internet pour revoir la pochette du disque dont il me semblait qu'elle était argentée. Ce titre me paraissait autrefois fort énigmatique. Ce n'est que bien plus tard avec l'apparition du web que j'en ai appris l'origine.


dimanche 4 décembre 2016

Marché de Noël au Luxembourg (un rêve)


Voilà,
juste un rêve étrange. Dans un marché de Noël semblable à celui où je m'étais retrouvé au Luxembourg en 2013, j'aperçois un type très vouté, petit avec de longs cheveux blancs - une silhouette quasi beckettienne - qui s'agite conversant avec un autre un peu déchu comme lui. Avec une voix de fausset il tient des propos assez pertinents sur l'art le cinéma la photo. J'ai la certitude qu'il s'agit d'Olivier A. que j'ai connu quand j'avais 16 ans, un garçon autrefois brillant, très engagé politiquement et en son temps le plus jeune diplômé d'une prestigieuse école française de cinéma. Je m'avance vers lui. Je lui dis "bonjour Olivier". Il me répond "je suis content d'être encore Olivier pour quelqu'un". Ce qui est paradoxal dans ce rêve, c'est que c'est moi qui me retrouve dans la position de celui qui mène une vie régulière, alors qu'en réalité, il est devenu une sorte de serviteur et agent du grand Capital (lui qui était autrefois un gauchiste proclamé) avec lequel j'aurais vraisemblablement bien peu à échanger. Aujourd'hui il gagne fort bien sa vie en réalisant des séries télé stupides, et c'est plutôt moi qui suis dans une position marginale. Ce qui m'exaspère dans ce rêve, c'est d'endosser une fois de plus cette figure raisonnable et conciliante alors que je ne contrôle plus grand chose et que la vie matérielle devient de plus en plus incertaine.

jeudi 1 décembre 2016

Notre dernière illusion


Voilà,
"l'histoire est notre dernière illusion (...) ils sont venus, les salauds, effacer à coups d’obus, nous dire que tout simplement on n’existait pas. Alors, ils ont commencé par les oliviers, puis par les vergers, puis par les immeubles, puis toutes choses énumérées enfin disparues, pêle-mêle, ils ont jeté enfants, vieillards, et nouveaux mariés, morts ou à moitié morts, dans la fosse commune, et ont tout enfoui, et tout cela pour dire au monde des demi-vivants qu’on n’existait pas, qu’on n’avait jamais existé, et que donc, ainsi, ils avaient raison… de nous exterminer. Etel Adnan, in "Jenine" (2004).
Ce qui valait hier pour une région, vaut aujourd'hui pour d'autres. Otages d'enjeux qui les dépassent, ce sont les civils qui meurent, simplement parce qu'ils sont civils, et qu'ils ont le malheur de vivre là. L'histoire les réduira en chiffres, en nombre de victimes et rien ne subsistera d'eux. Pendant ce temps, ailleurs, la vie continue dans une sorte de crépuscule. Plus ou moins conscient mais toutefois impuissant on assiste à la débâcle généralisée du monde. On s'y contemple, on s'y admire, on essaie de trouver un peu de lumière ainsi que sa place sur la photo quand déjà nous ne sommes plus que des ombres qu'une grande nuit s'apprête à engloutir.

lundi 28 novembre 2016

Une merveilleuse actrice


Voilà,
c''était une rose qui lui avait été offerte le soir de sa dernière. Et puis ensuite elle était venue dormir chez moi. Au matin elle s'en était allée. Ses boucles d'oreille, cette fleur et le souvenir de douces étreintes étaient restés à la maison. Cette année là, il avait fait froid et neigé début mars. Elle était partie en vacances à la montagne et j'avais laissé la rose rouge devant la fenêtre de la cuisine en espérant qu'elle reviendrait souvent. J'ignorais alors de quoi mes lendemains seraient faits — je n'avais pas beaucoup de perspectives —, mais j'étais déjà terriblement épris de cette femme, si émouvante et si talentueuse.

mercredi 23 novembre 2016

L'année tirait à sa fin



Voilà
nous étions alors pour quelques semaines encore, une famille unie.
"Rien ne distingue les souvenirs des autres moments. Ce n'est que plus tard qu'ils se font reconnaître. À leurs cicatrices" 
(Chris Marker)

lundi 21 novembre 2016

Au réveil


Voilà
parfois l'inquiétude se résume à une image, absurde, incongrue, rêvée entre deux insomnies. La radio restée allumée durant la nuit suggère au cerveau de troublantes associations, qui laissent pantelant et déconcerté les yeux une fois ouverts. Et les nouvelles continuent de se mêler aux images alors que le corps s'éprouve comme une vieille machine rouillée. Une voix affirme "on nous a promis de la prospérité au motif que le secteur de la finance moderne possédait à la fois la partie à plus forte valeur ajouté du monde bancaire et du monde financier. Cette finance moderne a été présentée comme un moyen de mieux gérer les risques et de mener à davantage de prospérité et de croissance. Ainsi a-t-on a instauré des politiques de libéralisation des marchés de capitaux. Construites à partir de modèles sophistiqués et mathématisés ces politiques s'avèrent cependant une faillite intellectuelle totale et nous mènent au bord du précipice ." 
On se dit que oui c'est vrai, lorsqu'ons'intéresse à la théorie financière on ne peut que constater qu'elle est fragile et contestable et que sa représentation du fonctionnement des marché financiers est aussi trompeuse que dangereuse puisqu'elle minimise la notion de risque. 
Et cette voix, dont tu ne sais si elle est d'un homme ou d'une femme s'exalte "On nous fait croire que nous sommes actuellement dans une période de crise cyclique et que tout cela finira par se résorber. En fait si l'on réfléchit un peu, la crise est pour ainsi dire le moteur et le principe même du capitalisme moderne. Le capitalisme ne produit plus de richesses à partir du travail et de la transformation industrielle, mais par la spéculation sur des mouvements de capitaux pour la plupart fictifs dont est représentative la crise des subprimes de 2012 qui fut une crise de prêts hypothécaires à risques. Cette excroissance presque cancérigène de la finance devenue prédatrice s'est développée sous la conjonction de deux phénomènes : la libéralisation des marchés de capitaux qui ont permis aux banques de développer des produits financiers innovants présentés comme des outils de gestion de risque mais qui qui se sont en fait révélés comme des instruments de spéculation, et deuxièmement les politiques monétaires expansionnistes comme celle de la réserve fédérale des USA; depuis le krach de 87 ou il y a eu une chute très forte des valeurs. Cette politique engendre de la dette qui est le carburant de la spéculation, mais qui est aussi, comme le remarquait Michel Rocard, "une création artificielle créée par les banques avec le consentement des états afin de dépouiller les peuples et en faire des esclaves à leur solde". Une politique monétaire expansionniste implique une baisse des taux d'intérêt à des niveaux bas corrélée à l'injection de liquidités dans le système financier. La combinaison des produits innovants et des produits dérivés qui se financent par un endettement de plus en plus massif crée un cocktail détonnant. Toutes puissantes, les banques centrales encouragent les errements de la finance moderne et cette politique monétaire expansionniste. Lorsqu'une crise survient comme en 2000 avec l'éclatement de la bulle internet, ou en 2008 elles ne tolèrent ni une baisse du marché des actifs ni que les marchés financiers baissent sur une période trop longue. Alors pour remonter le niveau des valorisations boursières, elles injectent des liquidités dans le système et contribuent ainsi à préparer la crise suivante. Depuis 30 ans depuis le krach de 1987 ce n'est qu'une succession de crises : 1990 crise asiatique, 2000, éclatement de la bulle internet, 2008 crise des subprimes, et chaque fois chacune est un peu plus dévastatrice. Les politiques monétaires actuellement menées par la BCE et la réserve fédérale américaine, la banque du Royaume Uni et celle du Japon, nous amènent à une situation de bulle spéculative sur les marchés obligataires. Il est possible que le récent Brexit ou les dernières élections américaines, combinées aux tensions croissantes dans le moyen-orient, au bouleversement des équilibres géopolitiques avec le possible renversement d'alliance de la Turquie en direction de la Russie ajoutent au désordre économique une possibilité de chaos qui semble désormais irréversible..." Je saisis alors le réveil radio et l'expédie violemment contre le mur. Quelques cachets de mélatonine et hop ! je m'enfouis sous la couette.

samedi 19 novembre 2016

Ce matin-là


Voilà,
ce matin là avec Irina, juste avant de repartir (parce que le problème avec les vacances, c'est qu'elles ne durent jamais) nous sommes allés faire un dernier tour à la plage. La lumière était douce et le temps s'était rafraîchi. On s'est un dernière fois rempli les poumons d'iode en improvisant une petite chanson agrémentée d'une danse pour dire au revoir au sable, aux vagues, à la digue, aux traces de pas sur la grève, au port, aux rochers, aux coquillages, aux algues, à l'horizon, à la brume, aux cabines de plage et à tout ce que nous apercevions. C'était bon de faire les pitres ensemble sans qu'il n'y ait personne pour nous regarder. C'était un moment paisible et enjoué malgré la perspective de ne pas retrouver la mer avant quelque temps. Aujourd'hui Irina à neuf ans. Cette image est pour elle.

vendredi 18 novembre 2016

Rue Daguerre, Février 2007


Voilà,
en février 2007, il y avait ce support pour afficher la carte d'un restaurant rue Daguerre. Je trie, je classe des photos, j'en jette surtout. Il y a parfois des bonnes surprises. Ces choses anodines que l'on avait totalement oubliées, et devant lesquelles pourtant on passait si souvent. Le menu n'était vraiment pas cher à l'époque. (Linked with The weekend in black and white - Tag tuesday)

mercredi 16 novembre 2016

Servitude volontaire



Voilà, 
quand un peuple choisit de confier son destin à un leader brutal, cynique, violent, sexiste, arrogant et sans scrupule, il est probable que le leader considère que c'est c'est après tout ce que le peuple désire et attend de lui. Je ne peux m'empêcher de repenser ces derniers jours à ces lignes introduisant le "Discours de la servitude volontaire" écrit en 1549 par Etienne de la Boétie, "Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent, qui n'a pouvoir de leur nuire qu'autant qu'ils veulent bien l'endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal s'ils n'aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante - et pourtant si commune qu'il faut plutôt en gémir que s'en ébahir-, de voir un million d'hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu'ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu'ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d'un, qu'ils ne devraient pas redouter - puisqu'il est seul - ni aimer - puisqu'il est envers eux tous inhumain et cruel". Que ce qui se passe aujourd'hui dans la plus grande nation occidentale, ressemble à ce point à ce qu'évoque La Boétie a quelque chose de sidérant. Ainsi, l'histoire, les leçons du passé ne tiennent pour rien. La Boétie considérait que "Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, la compensation de leur liberté ravie, les instruments de la tyrannie". Que quelqu'un qui fut aussi animateur d'émissions de télé-réalité accède à la magistrature suprême d'un si grand pays est assez révélateur de l'état de délabrement de la pensée dans ce pays. Le tyran séduit ses esclaves pour réduire les sujets dans la servitude. Il accorde des faveurs à son peuple incapable de se rendre compte que c’est avec l’argent même soutiré à ses sujets que ces divertissements sont financés. Ils font parfois, avant de commettre leurs crimes, de beaux discours sur le bien général et la nécessité de l’ordre public. D’autres utilisent la religion pour susciter la crainte du sacrilège, utilisant la tendance de l’ignorant à la superstition. L'ère nouvelle qui s'ouvre, est à n'en point douter non seulement pleine d'incertitude, mais chargée de lourdes menaces. Et je trouve magnifique ce projet de couverture de "Der Spiegel".

dimanche 13 novembre 2016

Ombres dans la Nuit


Voilà,
comment ne pas se rappeler cet effroi qui nous a saisi l'année dernière à la même date, cette stupéfaction cette incrédulité devant la violence aveugle qui frappait la ville. A l'époque après les tueries nombre de gens écrivaient sur les réseaux sociaux que désormais il faudrait beaucoup s'aimer et s'embrasser et prendre soin les uns des autres. Foutaises. Les dirigeants de ce pays sont de plus en plus cons, et ce qui s'annonce pour les mois à venir ne laisse rien augurer de bon puisque ceux qui briguent leur succession, certes d'un genre différents, ne valent guère mieux, ne nous laissant d'autre choix que la sottise et la stupidité, avec à chaque fois une bonne dose d'arrogance. La bêtise, l'ignorance, la vulgarité s'affichent de plus en plus en plus impunément sur les murs, dans les journaux, à la télévision, dans les discours sans que cela ne choque plus grand monde. De ce point de vue, le précédent américain devrait nous inciter à la vigilance, mais non au contraire les langues se délient. Quant à la générosité elle ne paraît guère en vogue ces derniers temps. Liberté, Egalité, Fraternité la devise de cette république semble aussi obsolète qu'un vieux moulin à café ou que nos centrales nucléaires. 

samedi 12 novembre 2016

Un heureux hasard


Voilà,
pendant ces quelques jours en Bretagne j'ai eu envie de recommencer à faire des photos avec un appareil à viseur, et j'étais plutôt content du résultat. Mais cette fois-ci il s'était enrayé ou je ne sais trop quoi, l'électronique s'est mise à déconner tant et si bien qu'il a fallu que je reconfigure la carte sur la plage. Rien ne se passait comme je le voulais et je commençais à être maussade. En plus j'avais un peu honte d'être obligé de me concentrer sur le bidule comme un ado sur son smartphone. Plusieurs fois j'ai déclenché l'engin faisant des photos à l'aveugle, juste parce que je voulais comprendre ce qui se passait. Je ne voyais rien sur mon écran de contrôle, rien dans le viseur c'était pénible. J'ai même cru que mon appareil était foutu. Le soir venu je me suis aperçu que certaines images étaient là, que je n'avais pas vraiment choisi de prendre. Comme celle-ci. Elle me rappelle les photos italiennes de Claude Nori. Cet accident est à la fois troublant et heureux. Y serais-je parvenu si j'avais vraiment voulu la faire ? (Linked with The weekend in black and white)

vendredi 11 novembre 2016

On the side of the ghost and the king


Voilà,
le recueil de poèmes et de chansons de Léonard Cohen, c'est un peu le livre de mes dix-sept ans, et du premier été de Châteaudouble. Il est usé fatigué mais toujours là. Il m'a beaucoup accompagné au cours de mes pérégrinations dans des poches dans des sacs, toujours fidèle. Pendant des années, même si j'ai toujours été un piètre joueur de poker, j'imaginais que je pouvais être l'étranger de la chanson "it's hard to hold the hand of someone who is reaching for the sky just to surrender". Sa poésie, autant que ses chansons, me transportait. Celle-ci par exemple qui m'émeut toujours autant sans que je ne comprenne pourquoi et qu'il m'arrive de fredonner encore parfois. j'aimais la qualité de ses images, la beauté de ses métaphores. Je me souviens de son roman "The favourite game". J'aimerais bien le relire. C'est Delphine à qui je l'avais prêté qui l'a gardé. Enfin j'espère qu'elle l'a gardé. Je me rappelle aussi des pages de "The beautiful losers" où il évoque Catarina Tekawitha, cette jeune algonquin-mohawk qui bien des années plus tard, béatifiée par le pape Jean-Paul II, devint la première sainte indienne. je me souviens aussi que la veille de mon départ aux Philippines, où j'étais un peu angoissé à cause d'un attentat et des avions à prendre, j'ai vu le clip de "First we take Manhattan" à la télévision


Cela devait donc arriver. Il nous quitte au moment où le monde devient décidément bien laid, de plus en plus dépourvu d'intelligence de beauté et de poésie. There is no more music on Clinton street and that's no way to say goodbye.

mercredi 9 novembre 2016

The unbelievable truth


Voilà,
After nine eleven, eleven nine, la même sensation de catastrophe
entre ce nouveau cauchemar américain et le naufrage de l'Europe, l'accablement et  l'impuissance face au suicide des démocraties occidentales


Souvent j'ai l'impression que le monde est devenu encore plus délirant que les bandes dessinées de mon enfance


Sept ans hier que j'ai commencé ce blog. Comme il a changé le monde, en si peu de temps

lundi 7 novembre 2016

Un petit matin


Voilà 
Il y aura eu ce paysage comme imprimé sur la vitre d'un petit matin humide sur lequel s'achevait un doux séjour ensoleillé. Et dans l'imminence du départ tout se parait des couleurs de l'automne. La nuit pourtant avait fécondé de troublants panoramas. J'avais voyagé en compagnie de Pascal dans des trains improbables, des agglomérations incertaines. Je me souviens d'une ville hypothétique dans une Corse qui ne l'était pas moins. Au pied d'un lac la cité descendait en pente douce vers la mer. Des décorations de Noël ornaient les rues. Non pas des guirlandes électriques mais des fleurs de papiers et des anges en bois sculpté, qui évoquaient à la fois une atmosphère de sud italien et d'Andes péruviennes. Me revient aussi le souvenir de bars bondés alors que les rues semblaient désertes. Le lac tout en haut, son eau était orange. Cela me paraissait curieux qu'on eût construit la ville en dessous plus tôt qu'au dessus-de-lit celui-ci (je voulais juste écrire au dessus de celui-ci, mais mon ordinateur a fait ce facétieux lapsus que je garde). Le plus étrange tout de même s'avérait cette gare avec des trains ultramodernes peints en rouge comme autrefois les wagons du Capitole et qui étaient supposés nous mener jusqu'en Inde. Malgré ces incohérences le rêve s'est prolongé longtemps, avec la sensation résiduelle que jamais nous n'arrivions au bon moment, que les horaires ne correspondaient en aucune façon à ce qui était prévu. Ce qui est remarquable est que dans la réalité, une semaine plus tard, alors que j'avais rendez-vous chez Pascal, celui-ci, bien que présent chez lui, ne m'a pas répondu. Il m'a expliqué par la suite qu'il dormait et qu'il n'avait rien entendu. Peut-être cheminait-il dans les mêmes envers. Peu après le réveil, je me suis souvenu d'un autre paysage plus exactement d'un itinéraire idéal dans une île peut-être, permettant d'accéder à sa côte sud. Pendant plusieurs jours la vision de ces étapes m'a hanté. Avais-je rêvé cela voilà plusieurs mois plusieurs semaines ou était-ce quelque chose que j'avais visualisé parce que ce souvenir était évoqué par quelqu'un dans mon rêve ? Était-ce le souvenir d'un vieux songe enfoui que je me m'étais remémoré en rêvant ? C'est étrange cette sensation, comme s'il y avait plusieurs strates de mémoire à l'intérieur du rêve, comme si, même oubliés, ceux-ci se renvoyaient les uns aux autres.

vendredi 4 novembre 2016

Se préparer


Voilà,
difficile de se résoudre non pas seulement à l'idée mais aussi à l'évidence qu'il est nécessaire désormais de mettre ses affaires en ordre — au moins pour éviter de laisser un chaos à ma fille et à sa mère — ; se débarrasser des brouillons inachevés et des projets en friche qui dorment dans des classeurs, jeter les mauvaises photos ou bien celles prises pour composer d'hypothétiques collages qui jamais ne verront le jour.  Accepter d'envisager sa propre disparition comme une probabilité à plus ou moins brève échéance. Admettre sa condition de mortel et le fait que l'espace des possibles se réduit considérablement. Mais après tout, n'est-ce pas, entre autres, aussi pour cela qu'on nous enseigne la philosophie ? Alors ne pas procrastiner. Le temps est compté. C'est là que commence le deuil des illusions. Je ne serai désormais que ce que je suis, mais avec de plus en plus de difficultés et dans une précarité physique grandissante. Parfois je songe que c'est une forme d'abdication. Mais, apprenant la mort soudaine de certaines personnes plus ou moins proches et parfois bien plus jeunes, je suis bien obligé d'envisager que cela pourrait tout aussi bien m'arriver. Bien sûr je ne le souhaite pas. J'aime la vie. Malgré tout. En dépit du pessimisme. Malgré cette lucidité acquise dès l'enfance où j'ai perçu la réalité sous le prisme de la guerre, en Algérie puisque j'y étais. Il y avait là les attentats, les fusillades nocturnes sur la place du marché entre les différents mouvements indépendantistes, les égorgements qu'on appelait "sourire kabyle", et puis aussi plus tard, une fois revenus en métropole les récits d'expéditions et la fascination pour la guerre de mon géniteur : le soir à table il commentait celle que menaient les américains au Vietnam, et dont la télévision diffusait quotidiennement des images. La guerre donc, a fait de moi un être anxieux, aux abois souvent, en tout cas méfiant et sans grande inclination pour l'enthousiasme, circonspect dans la plupart des cas et plus enclin à la fuite qu'au combat. Mais j'aime pourtant ce que la vie peut offrir de douceur et de beauté. J'aime le rire joyeux des enfants sur les plages, j'aime la beauté des paysages, j'aime tout ce qui exalte les sens et suscite le plaisir, et je n'ai absolument aucun envie de m'effacer de ce monde. Mais je dois m'y préparer, c'est ainsi et il n'y a rien de dramatique à cela.

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