vendredi 4 novembre 2016

Se préparer


Voilà,
difficile de se résoudre non pas seulement à l'idée mais aussi à l'évidence qu'il est nécessaire désormais de mettre ses affaires en ordre — au moins pour éviter de laisser un chaos à ma fille et à sa mère — ; se débarrasser des brouillons inachevés et des projets en friche qui dorment dans des classeurs, jeter les mauvaises photos ou bien celles prises pour composer d'hypothétiques collages qui jamais ne verront le jour.  Accepter d'envisager sa propre disparition comme une probabilité à plus ou moins brève échéance. Admettre sa condition de mortel et le fait que l'espace des possibles se réduit considérablement. Mais après tout, n'est-ce pas, entre autres, aussi pour cela qu'on nous enseigne la philosophie ? Alors ne pas procrastiner. Le temps est compté. C'est là que commence le deuil des illusions. Je ne serai désormais que ce que je suis, mais avec de plus en plus de difficultés et dans une précarité physique grandissante. Parfois je songe que c'est une forme d'abdication. Mais, apprenant la mort soudaine de certaines personnes plus ou moins proches et parfois bien plus jeunes, je suis bien obligé d'envisager que cela pourrait tout aussi bien m'arriver. Bien sûr je ne le souhaite pas. J'aime la vie. Malgré tout. En dépit du pessimisme. Malgré cette lucidité acquise dès l'enfance où j'ai perçu la réalité sous le prisme de la guerre, en Algérie puisque j'y étais. Il y avait là les attentats, les fusillades nocturnes sur la place du marché entre les différents mouvements indépendantistes, les égorgements qu'on appelait "sourire kabyle", et puis aussi plus tard, une fois revenus en métropole les récits d'expéditions et la fascination pour la guerre de mon géniteur : le soir à table il commentait celle que menaient les américains au Vietnam, et dont la télévision diffusait quotidiennement des images. La guerre donc, a fait de moi un être anxieux, aux abois souvent, en tout cas méfiant et sans grande inclination pour l'enthousiasme, circonspect dans la plupart des cas et plus enclin à la fuite qu'au combat. Mais j'aime pourtant ce que la vie peut offrir de douceur et de beauté. J'aime le rire joyeux des enfants sur les plages, j'aime la beauté des paysages, j'aime tout ce qui exalte les sens et suscite le plaisir, et je n'ai absolument aucun envie de m'effacer de ce monde. Mais je dois m'y préparer, c'est ainsi et il n'y a rien de dramatique à cela.

3 commentaires:

  1. What an amazing structure! It looks so good heading towards that bridge.

    RépondreSupprimer
  2. Une marche inéluctable vers notre disparition...peut-on vraiment s'y préparer?
    L'accepter est déjà bien; et cajoler nos corps vieillissants.
    Allez, regardons d'un œil amusé tes photos, ce temps qui passe.
    Un besito.

    RépondreSupprimer
  3. merci de ton passage, c'est rare et précieux ! si je te disais
    que je me suis inspirée de ton texte ici pour faire mon billet !
    on ne sortira pas vivant de cette aventure, on le sait bien
    mais tant qu'il y a des projets, ne serait-ce qu'un sourire, la lumière reste allumée ...
    longtemps !

    RépondreSupprimer

N'hésitez pas à laisser un petit message ça fait toujours plaisir