lundi 27 juin 2016

Leur avant-guerre


Voilà,
Ils sont là, jeunes, paisibles et studieux dans une Europe devenue épileptique et gagnée par le Chaos. Bien sûr leur avant-guerre est aussi la mienne, mais en ce qui me concerne il me reste bien moins à vivre que je n'ai vécu. Les jeux sont faits. Je n'ai, désormais, plus guère d'autre choix que de me faire plaisir et tant que possible jouir de l'instant sans me soucier du futur, puisque, dans la succession des jours, son terme se précise ou du moins se laisse entrevoir sans que je puisse faire semblant de l'ignorer. Ainsi dois-je paisiblement me préparer à quitter sans trop de regrets ni d'amertume ce monde, quand, lassé, je sentirai que je n'ai plus rien à y faire et n'y suis plus utile pour personne. Sans doute m'en éloignerai-je insatisfait du peu que j'ai pu y accomplir, mais avec la certitude cependant qu'au moins j'aurais aimé, été aimé, et réalisé certaines choses qui valaient la peine d'échapper à la fugacité afin qu'elles demeurent dans ce qui subsiste, même modestement. J'évoque là, bien sûr une hypothèse optimiste et présomptueuse. Qui peut prétendre être vraiment maître de son destin ? En fait, je crains, dans cette époque de plus en plus imprévisible et tourmentée, de ne pouvoir disposer de la sérénité à laquelle j'aspire pour mes vieux jours, et souvent redoute que les circonstances ne m'autorisent même pas la possibilité de choisir une paisible issue.

vendredi 24 juin 2016

Statistique météorologique


Voilà,
il paraît que depuis 150 ans, il n'y a pas eu de printemps aussi pluvieux à Paris. Une chance pour nos misérables gouvernants. Eût-il fait plus chaud, la mobilisation sociale et les manifestations de rue auraient été probablement de plus grande ampleur, tant le mécontentement se propage dans la population. N'empêche, il y a eu quelques rayons de soleil dimanche dernier en dépit d'un ciel très couvert. Avec ma fille nous nous sommes longuement promenés en vélo, passant le long des berges de la Seine, peuplées de touristes, sans doute en raison de l'Euro de football qui a lieu en France. Non seulement la météo n'est pas fameuse, le climat social plutôt frais, et les pelouses de nos stades de foot dans un état lamentable, mais en plus il n'est pas un jour sans qu'on évoque de possibles attentats, ou que l'on nous rapporte qu'on en a empêché un. Le gouvernement joue bien évidemment avec cette peur pour interdire les manifestations sociales. Pourtant, on continue de vivre, malgré ces menaces. On s'efforce de sourire, mais ce ne sont pas forcément les refrains les plus gais qui remontent à la mémoire. La vie continue cependant. Depuis quelques jours, je travaille à des variations autour du "déjeuner sur l'herbe" de Manet, c'est à cela que je m'occupe quand je ne suis pas contraint à des travaux stupides qui me permettent de gagner ma vie. Pendant que je m'occupe à cela, je n'ai pas conscience que le temps passe sur moi. Cela m'ėvite d'être accaparé par des pensées qui me terrifient et que je ne peux chasser. C'est déjà l'été. Je ne sais pas comment ni où je vais le passer. (Linked with The weekend in black and white)

P.S.
Au moment où j'ai rédigé ce billet, un peu après minuit, les sondages annonçaient un maintien du Royaume-Uni dans la communauté européenne. Ce matin c'est un choc. Le vote anglais et gallois, au contraire de celui des écossais et des irlandais de l'Ulster s'est prononcé pour une sortie de l'Union. La peur de l'immigration des populations du sud plus que l'incohérence de la politique Européenne auront sans doute été déterminants. Il est probable que dans un premier temps une crise financière va secouer les places boursières du monde entier. Sensation d'un monde qui de plus en plus se délite. 

mardi 21 juin 2016

Comme une poussière de fleurs


Voilà,
"Être dans le tournoiement des mondes comme une poussière de fleurs, qu'un vent inconnu soulève dans le jour finissant, et que la torpeur du crépuscule laisse tomber au hasard, indistincte au milieu de formes plus vastes. Être que cela de connaissance sûre, sans gaîté ni tristesse, mais reconnaissant au soleil de son éclat et aux étoiles de leur ēloignement. En dehors de cela, ne rien être, ne rien avoir, ne rien vouloir"  (Fernando Pessoa in Le livre de l'Intranquillité)

dimanche 19 juin 2016

Variations sur un motif de Paul Klee


Voilà
Rêver, presque dormir. Dormir des paysages,
  Peindre avec du sommeil de très lourds horizons
Où n'ont surgi jamais ni souliers, ni maisons,
Mais seulement parfois d'impalpables visages

Peindre rien, presque rien, en tons subtils et doux.
Ne se frôler les yeux qu'avec des robes d'âmes,
Ne pas troubler de bruit ces visions de femmes
Qui rôdent longuement dans l'intime de nous

 Chanter, chanter très bas la chanson irréelle.
Souffler le dessin net et la touche cruelle,
Copier le non-être avec soin et très bien

Au bas d'un brouillard flou mettre sa paratafe.
Par impuissance, hélas... n'être rien, presque rien.
N'être rien !... mais surtout n'être pas photographe !

                                                                                    Georges Lorin (Revue "Le chat noir", 24 juin 1882)

vendredi 17 juin 2016

L'Appartement communautaire


Voilà,
lorsque j'ai pris cette photo, rue Boulard, je songeais à tout autre chose. cette apparition avait juste interrompu le cours de ma songerie. En effet, le confus tumulte des pensées qui souvent s'agrègent de façon inexpliquée lorsque je marche, et qui fait que je ne suis jamais tout à fait en réalité à l'endroit où je me trouve, avait sans raison objective convoqué le souvenir de l'appartement communautaire de la rue d'Athènes, où j'allais parfois, il y a une quarantaine d'années retrouver Olivier, pour y taper l'incruste et fumer avec lui quelques joints, car chez lui il y avait toujours de quoi fumer. Un soir, comme l'heure du dernier métro était passée, j'étais resté dormir. Sa copine absente, nous avions partagé le même lit, et continué à discuter, allongés l'un à côté de l'autre en écoutant les concertos brandebourgeois. Je crois que c'est ce soir là que je les ai découverts. C'était nouveau pour moi, Bach. C'était un signe distinctif d'une classe dont je ne faisais pas partie. Écouter Bach après une soirée de défonce, avait aussi quelque chose de très exotique. Je ne me souviens plus du cours de la conversation, probablement décousue, vu les circonstances mais Olivier s'était étonné lorsque je lui avais dit "J'aimerais bien voir la fin du monde". Il avait juste dit "Ah bon tu as des fantasmes eschatologiques toi ?". J'avais découvert un mot nouveau ce soir là, masquant toutefois mon ignorance. Pourtant le futur agonisant d'où j'écris à présent n'existait que comme une improbable fiction. Je n'imaginais pas faire de vieux os. J'avais opté pour "un lent et patient dérèglement de tous les sens". Inconsciemment j'aspirais à me dissoudre dans la folie. Toutefois il y avait en moi une instance vigile qui me recommandait de n'y demeurer qu'au seuil. J'obtempérai. J'avais grandi avec des images d'Apocalypse nucléaire dans la tête, en lisant ces vieilles bandes dessinées des éditions Artima, mais aussi des livres tels que "Le dernier rivage" de Nevil Shute, si bien que ma croyance en un avenir radieux s'en était sans doute trouvée terriblement amoindrie. Ceux qui vouaient ces lectures aux gémonies les considérant néfastes pour de jeunes esprits avaient probablement raison. Que l'apocalypse nucléaire n'ait pas encore eu lieu sous la forme d'une déflagration militaire en chaine, comme le laissaient supposer les scénarios élaborés au temps de la guerre froide, n'empêche cependant pas que nous sommes désormais et irrémédiablement condamnés à vivre ou survivre dans un futur obéré par le Nucléaire. Oui, on y est dans le No Future... Pour de bon pour de vrai. Ça prend un certain temps. Ce qui est surprenant c'est que l'on se voile à ce point la face. On oublie Tchernobyl. On fait comme si Fukushima n'avait jamais existé. On en parle peu. On ne veut pas y penser. Il y a peu j'ai lu un journal japonais édité en français où l'on évoque la reconstruction après le tsunami. A aucun moment n'y sont évoqués les ravages causés par le délabrement de la centrale. Mais bon il y a tout de même des informations qui fuitent, peut-être un peu moins vite que les radiations, mais il y en a. Quoiqu'il en soit je parviens encore à me projeter dans le futur puisque cet article commencé il y a plusieurs années, apparaît en ligne aujourd'hui. (Linked with The weekend in black and white)

jeudi 16 juin 2016

Un Fleuve et son Affluent


Voilà,
J'ai déjà parlé de cela. A l'occasion d'une brocante sans doute. Chaque fois que je retombe sur une de ces cartes Vidal-Lablache qui étaient accrochées dans les salles d'écoles de mon enfance, j'éprouve une sorte de transport non dans le passé, mais dans un monde parallèle qui peu à peu s'est constitué au cours des rêveries et des distractions que suscitait l'ennui de trop longues journées de classes. Lorsque l'attention se dissipait et que le discours de l'instituteur n'était plus que bribes, ces images accrochées au murs offraient alors la possibilité de divagations réparatrices. Je me suis souvent laissé absorber par ces paysages fixes qui selon S. ont quelque chose d'angoissant. Pour ma part au contraire ces images m'apaisaient, et m'apaisent encore. Toute chose y paraît à sa place, selon un ordre définitif et immuable. Ainsi de ce paysage. On le montre façonné par l'homme et cependant la vie semble s'en être absentée. Il est possible sinon probable que cette dimension fantomatique soit ce qui précisément me séduit. J'ai si souvent eu l'impression de grandir parmi des spectres. Enfant j'entendais souvent mes géniteurs parler d'un monde, de gens et d'un temps où je n'étais pas vivant. Et il est possible que j'associe aussi ces images à cela. Ces lieux n'existent pas vraiment. Ce sont des utopies qui illustrent des mots. Ici sans doute, "fleuve", "affluent", "confluent", "transport fluvial". Celle-ci me touche particulièrement parce que je suis né dans une ville située au confluent du Rhin et de la Moselle. Je pourrais rêver qu'elle fût ainsi, que c'est cet endroit qui m'a vu naître, et même aujourd'hui où la tombe est bien plus proche que le berceau, cette hypothèse bien qu'invraisemblable me semble toutefois plausible. Je voudrais me promener dans ces rues où la possibilité du terrorisme est exclue, longer ces berges que nulle pollution n'abîme, traverser ces champs où aucun pesticide n'a été pulvérisé. J'aime infiniment la naïveté de ces images, qui finalement évoquent un monde idéal et harmonieux. Tout à l'heure je me rends à La Défense. J'y ai beaucoup moins travaillé que l'année dernière, mais chaque fois que j'y passe, je devine les grands massacres qu'on peut y faire. Désormais, je n'y vais jamais sans une certaine appréhension.

mardi 14 juin 2016

Des Temps troublés


Voilà,
ce qui se passe dans ce pays est étrange. Du moins dans cette ville. Les gens ne veulent pas de cette nouvelle loi qui remet en cause les règles régissant les rapports entre les employeurs et les salariés. Au parlement, il n'y a pas de débat puisqu'un article de la constitution permet de faire passer ce projet sans discussion ni possibilité d'amendement. Les gens sentent bien que ce mode de gouvernance est exactement celui qui leur est promis dans leurs entreprises. Que cette loi émane d'un gouvernement qui se prétend de gauche, bien évidemment, choque, exaspère. A ceux qui descendent dans la rue pour protester on oppose une violence policière sans discernement. On veut imposer par la force des décisions édictées par la commission européenne. L'Europe des peuples n'existe pas. Celle des banques, oui. En France, il n'existe aucune alternative politique. Comme en Grèce, la majeure partie de la population est trompée par ceux qui avaient précisément promis d'assurer la défense de ses intérêts. Pourtant la classe politique relayée par les grands médias tous aux mains de grands capitalistes ne veut rien entendre de ce qui gronde. D'ailleurs en terme journalistiques on ne parle plus de mouvement ou de colère sociale, mais de "grogne". La revendication est réduite à un comportement animal dénué de toute réflexion, alors que la bestialité se trouve être la plupart du temps le fait des forces dites de l'ordre. Jamais un président de la République n'a été aussi impopulaire. On s'est débarrassé il y a quatre ans d'un crétin pour s'encombrer d'un nigaud. Aujourd'hui le favori de la prochaine élection est un septuagénaire dont le programme économique ultralibéral plongera encore plus de gens dans la détresse. On ne se souvient même plus que lorsqu'il était premier ministre, des millions de gens ont manifesté contre un projet de loi dont personne ne voulait à tel point que le Président d'alors a dissous le parlement qui lui était pourtant favorable, et fait perdre à son parti les élections qui s'ensuivirent. Ainsi, n'y a-t-il d'autre alternative en ce pays, que la peste ou le cholera. Pour nous divertir on nous jette en pâture le championnat d'Europe de football. À cette fin on a exonéré d'impôts sur les sociétés, l'UEFA et ses filiales françaises, au prétexte que les retombées de cette organisation sportive sont bénéfiques pour l'économie nationale. De quoi se plaint le populo ? Il devrait être content, avec tout ce qu'on fait pour lui. (Linked with Monday mural)

vendredi 10 juin 2016

Le Coin des Tanneurs


Voilà,
celle-ci a été prise il y a longtemps, en Septembre 1991, au Maroc, mais je ne me souviens plus dans quelle ville. Était-ce Tanger, Safi, Essaouira ou Marakech ? Je me rappelle simplement que cet endroit se trouvait dans le quartier des tanneurs et que l'odeur y était insupportable pour des narines occidentales. Après mon voyage au Pakistan, j'étais allé jouer "Fin de partie" de Beckett dans le centre de la France avant d'aller ensuite retrouver des amis en tournée avec un Molière au Maroc. A Tanger j'avais logé au Minzah un grand hôtel assez luxueux, et mangé un soir chez un riche marocain du majoun, une préparation à la fois euphorisante et légèrement hallucinogène à base de kif de miel de dattes de cardamone et de datura que sa mère avait confectionnée. C'est du soleil pour la tête avait dit notre hôte qui nous l'avait servi avec l'inévitable thé à la menthe. (Linked with the weekend in black and white).

mercredi 8 juin 2016

Très tôt dans ma vie


Voilà,
en consultant la page de Bobi-bobi, j'ai découvert cette citation de Marguerite Duras "Très tôt dans ma vie, il a été trop tard". On croirait presque du Raymond Devos, et c'est très surprenant. Margot, moi je l'aime bien quand elle est drôle. Son film, "Les Enfants" est d'ailleurs d'un humour très subtil. Mais bon, on ne peut pas dire que c'est par là qu'elle a souvent brillé. Plutôt par son narcissisme et sa prétention. C'est dommage que – surtout à partir des années soixante-dix – elle ait cru nécessaire de donner son point de vue et de pontifier sur tout et n'importe quoi de façon si péremptoire. A force, ça la rendait très déplaisante. Et puis parfois bien ridicule. Son interview de Michel Platini, oui le footballeur, était tout de même un sommet de sottise. Bien sûr on ne va pas réduire son œuvre à ça. Je me souviens en tout cas que c'était la coqueluche des universités, que les femmes des années soixante-dix l'aimaient beaucoup. À l'époque où j'étais jeune et beau et que je ne m'en rendais pas compte, deux filles m'ont même écrit des déclarations d'amour en margotdurassien. Mon intransigeance littéraire m'a peut-être fait rater de bons moments

lundi 6 juin 2016

D'une photo volée


Voilà, 
l'iPhone a ceci de formidable qu'il permet de faire des photos volées. Il remplit avantageusement les fonctions des minox d'autrefois. Je sais que cela peut, pour certains, paraître choquant, mais je n'ose pas aller vers les gens pour leur demander si je peux les photographier. Et puis, si par chance j'avais eu le consentement de ce monsieur, jamais je n'aurais pu obtenir cette expression. Je l'ai longtemps regardé. Je n'avais pas d'intention particulière. Et puis cette solitude, où il m'a semblé percevoir de l'égarement et aussi un vague effroi et une certaine tristesse, m'a tout à coup ému. De plus en plus souvent je regarde les vieux maintenant qu'a moi aussi comme Lear, il semble que les cieux ne sont plus dans leur prime jeunesse. À quoi pouvait il bien songer ? Était-il inquiet ? Son corps le faisait-il souffrir ? Avait-il du mal à dormir ? Songeait il à ses enfants ? Se sentait-il abandonné ? Avait-il le sentiment d'une vie remplie ? Avait-il donné de l'amour ? En avait-il reçu ? En réclamait-il encore ? Avait-il encore du goût pour le sexe ? Des mains caressaient-elles encore son vieux corps ? Etait-il fatigué de vivre et effrayé de devoir mourir ? J'en étais là de mes questions lorsque je fus dérangé de cette même façon qui souvent m'exaspère. Car prendre le métro ce n'est pas simplement s'affliger du spectacle de tous ces visages tristement résignés ou encourir le risque d'un possible attentat terroriste ; c'est aussi devoir subir ces affronts â la langue française que nous infligent régulièrement les messages d'alerte de la RATP. Ainsi de l'insupportable "le trafic est perturbé sur la ligne 6, cela fait suite à un incident voyageur" : un professeur d'autrefois l'aurait souligné d'un trait rouge associé à l'annotation "lourd". La formule s'avère systématique donc sûrement réglementaire et obligatoire. "En raison de" serait pourtant plus élégant. Mais bon, je ne vais pas me battre pour la sauvegarde de la langue française. En fait à l'heure qu'il est j'en ai plus grand chose à battre. Elle me survivra bien assez. Elle tiendra bien jusqu'à l'extinction de l'espèce ; je ne parle que de cette espèce le plus souvent braillarde chamailleuse et malpolie qu'on appelle les français qui depuis bien longtemps ne produit plus ni de grande pensée ni de grands stylistes. J'avais une correspondance à prendre. Je dus à regret abandonner ce visage à tous les fantômes qui semblaient le hanter. Mais durant quelques minutes, je l'avais éprouvé, lui que je ne connaissais pas comme mon semblable et mon prochain. Terriblement.

samedi 4 juin 2016

Sur la beauté encore.


Voilà,
J'essaie. Je fais des efforts. On m'a si souvent reproché mon pessimisme. De voir les choses en noir. C'est pour cela que j'ai recopié ce poème de Kenneth White, hier. D'ailleurs j'y crois d'une certaine façon. Sinon je ne photographierais pas si souvent des choses banales, presqu'insignifiantes. Mais il est inexact que la beauté soit partout. Il est certes possible de la trouver en des lieux inattendus. Mais pas partout. Dans ce camp de réfugiés dressé à la hâte, alors que Paris n'a pas connu de telles pluies en mai depuis que les relevés météorologiques existent, il n'y a pas de beauté. De la misère, de la saleté, de la puanteur oui. Pas de la beauté.


Quand ton œil croise par hasard dans un quartier relativement confortable, une affichette comme celle-ci  tu ne songes pas non plus à la beauté. Tu réalises que ton proche environnement se dégrade de plus en plus vite. Que l'Europe s'effondre. Que tu vis une époque historique majeure. Où les pauvres meurent de plus en plus souvent dans les rues, ici à Paris au début du 21ème siècle. Où les flics tapent avec une sauvagerie sans pareille sur des jeunes des vieux des enfants. Où des dirigeants corrompus veulent gouverner contre la volonté des peuples. Où la peur infuse partout. Où des fanatiques de tout poils veulent imposer leur loi. Et en dépit de tout cela, tu continues de croire en la Beauté

vendredi 3 juin 2016

The loveliness is everywhere


Voilà
"the loveliness is everywhere / even / in the ugliest / and most hostile environment / at the turning of a corner / in the eyes / and on the lips / of a stranger / in the emptiest areas / with no place for hope / and only death / to invite the heart / the loveliness is everywhere / it emerges / incomprehensible / inexplicable / it rises in its own reality / and what we must learn is / how to receive it / into ours (Kenneth White) linked with "the weekend in black and white"

jeudi 2 juin 2016

Stratégies intimes


Voilà,
dans la salle d'attente, quelqu'un, pour paraître désinvolte fait des plaisanteries à voix haute et rit très fort avec sa copine. Échanges furtifs de regard entre les autres patients. Certains tentent de dissimuler leur gêne en se plongeant dans un magazine, d'autres manifestent par une mimique leur agacement. Personne cependant n'ose lui demander de se taire. Je regarde sur mon smartphone la photo de ces fauteuils très laids que j'ai photographiés il y a peu dans un hôtel du Luxembourg. Moi aussi à ma façon je voudrais feindre l'indifférence.

mercredi 1 juin 2016

La Situation du Sujet


Voilà,
"Adoptant les outils de la sémiotique subjectale et discursive, l'A. propose une lecture sémiotique du récit de Blanchot en analysant le statut que l'instance énonçante peut avoir dans ce texte, et en soulignant la manière dont cette instance est mise en question. Par cette approche, l'A. peut traiter ainsi de la situation du Sujet par rapports aux actants du texte" Ah ben oui c'est sûr. 

vendredi 27 mai 2016

L'Injonction


Voilà,
Celle-ci je l'ai prise en pensant à Peggy Je crois vraiment que c'est un plan qu'elle aurait pu faire si elle était passée par là. Ce qui m'a plu bien sûr c'était la flaque mais aussi cette sensation de n'être pas tout à fait dans un paysage parisien. Ce quartier de la Gare Montparnasse, de la rue Vercingetorix, du pont Pasteur, violemment réurbanisé dans les années soixante-dix et quatre-vingts, m'attire et m'intrigue, avec son aspect agressivement minéral. Je regrette que le cinéma ne l'ait pas encore honoré. La banalité de cet urbanisme brutal dans sa stricte fonctionnalité suscite à la fois inquiétude et malaise. "Circulez, il n'y a rien à voir" semble-t-il nous ordonner. Mais bon, c'est une ville, qui existe, vivante. Et je ne peux m'empêcher de songer (sans doute en raison de la visite du Président Obama à Hiroshima), à cette chanson qui dans mon enfance me terrifiait. (The weekend in black and white). 

mardi 24 mai 2016

C'est du passé, la situation était différente

  

Voilà,
hier, sur Arte (ah oui, il reste au moins ça de gratuit et d'intéressant à la télévision) était programmé le premier film allemand de l'après-guerre "Les assassins sont parmi nous". J'en avais souvent entendu parler, par ma mère me semble-t-il, qui vivait en Allemagne au début des années cinquante (c'est là-bas que se sont connus mes géniteurs, tous deux appartenant aux troupes d'occupation françaises en Allemagne qui est ma terre natale). Cette période d'immédiate après-guerre outre-Rhin, m'a toujours intrigué, sans doute à cause des photos de ruines, que j'ai vues dans mon enfance, et en particulier celle de l'église du souvenir de Berlin que l'on a gardée telle quelle. Sans doute aussi à cause de ce film de Rossellini, "Allemagne, année zéro", que j'ai vu très jeune, je ne me souviens plus dans quelles circonstances. Mon existence est une continuation de cette guerre, c'est curieux quand j'y pense. La guerre au fond m'a toujours accompagné, hanté, pollué. Les deux, le Guy et la Yolande se sont trouvés sur les ruines de la seconde guerre mondiale, ils se marient, puis mon père va en Indochine huit jours après, il revient en Allemagne il assure sa postérité, puis part guerroyer en Algérie. ma mère le rejoint là-bas et m'emmène avec elle. J'ai évoqué ces années là, maintes fois (il suffit de taper sur le label Enfances). De retour en France, ce sont les garnisons de l'Est. Je fais connaissances avec les champs de manœuvres de Suippes, Mourmelon où le paternel continue de jouer à la guéguerre (c'est que les soviétiques sont à trois jours de char de Paris, dit on alors). Parfois on va visiter les champs de batailles de la première guerre mondiales, les alignements de croix, les ossuaires, ah les beaux dimanche. En 1964, pourtant, l'horizon se dégage on va vivre dans les landes. C'est beau, il y a le soleil, l'Océan, les lacs, les gens sont gentils, l'air est doux, je découvre le Rugby, il me semble que le bonheur est là, en tout cas quelque chose qui ressemble à la paix. Oui mais le soir il y a la télé, le Vietnam tous les soirs aux infos, le vieux refait sa guerre, se fait stratège, il connaît tous ces coins, il dit qu'à la saison des pluies les américains devraient bombarder les digues à Hanoï, quand est connu le massacre de My-Laï, il dit qu'on ne fait pas d'omelettes sans casser d'œufs et laisse entendre qu'il a lui aussi été amené à faire des choses comme ça. Tout ça sur fond de guerre froide et de bandes dessinées de SF qui se trouvent à la maison que je dévore et où il est toujours question de guerre. A dix-sept ans je rencontre la famille Tiry, qui m'ouvre les yeux sur d'autre choses, l'art, la peinture, le théâtre, le vin, la cuisine, mais je suis trop sali, déjà, trop pollué de l'intérieur, la paix, l'harmonie, la joie, j'ai du mal avec ça. Etrange encore, le premier grand spectacle où je joue, s'appelle "Prends bien garde aux Zeppelins" et c'est une évocation de la guerre de toutes les guerres, mon premier téléfilm est sur "la nuit de Cristal", quelques années plus tard je joue dans "Les derniers jours de l'humanité" de Karl Kraus... Mais bon je digresse, je digresse, je voulais parler d'un film. C'est très beau, très étrange, "Les Assassins sont parmi nous". Ce qui est curieux, c'est qu'il encore marqué par l'esthétique expressionniste des années trente (les ombres, les images désaxées, l'usage de la profondeur de champ, des contreplongées, l'abondance de scènes nocturnes, l'image contrastée), que Carol Reed, dans son film "The third man" lui aussi utilisera abondamment quelques années plus tard, comme si les fantômes de l'époque d'avant-guerre rôdaient encore dans ce monde ravagé.

lundi 23 mai 2016

dimanche 22 mai 2016

Digital Detox (un projet)


Voilà
je continue mais cela n'a plus grand sens, et je n'ai plus très envie d'ailleurs, ni trop la force. Je le fais pour me donner l'illusion que je tiens encore dans le chaos de ce monde où j'essaie de trouver du répit. Cela ne me satisfait plus. La sensation du temps désormais compté, et qui de plus en plus va manquer, la crainte que la fatigue dévoreuse d'énergie n'ait raison de moi, m'incitent à produire encore des images, mais je n'y trouve plus mon compte. Peut-être au fond n'est ce qu'une peur déraisonnable, mais il est tellement étrange cet état : la sensation d'être englué dans un présent dénué de toute perspective. Désormais je vis dans un presque monde. D'ailleurs est ce vraiment cela vivre ? De moins en moins en phase avec les choses je traverse la réalité comme un somnambule, et je passe de plus en plus de temps non à dormir mais à somnoler précisément. La fatigue est un territoire que j'arpente avec des façons de lémurien. Parfois comme ce dimanche matin un rêve absurde me sort du sommeil. Je passe chez quelqu'un devenu très riche et que j'ai perdu de vue depuis longtemps. curieusement, la porte d'entrée est ouverte donnant sur une sorte de sas, et une autre porte entrouverte au delà de laquelle je devine un vaste séjour. J'entends des cris d'enfants turbulents qui jouent dans la maison. Je sonne néanmoins pour avertir de ma visite que je pressens inopportune d'autant que je m'aperçois que je tiens à la main, un léger pantalon de coton bleu aux motifs imprimés africains, que dans la réalité j'ai récemment déchiré et converti en chiffon à poussières. Mais là dans le rêve il est dans son état d'autrefois, et c'est précisément alors que j'essaie d'enfiler la deuxième jambe que le propriétaire de la maison m'ouvre. Je m'excuse maladroitement en bredouillant - il est même possible que mon élocution ressemble à celle d'un chihuahua réclamant sa gamelle - de vagues et confuses excuses. Il me fait entrer. Il y a là ses enfants, sa femme. Ils ont tous l'air interloqués. Peut-être ai-je l'air de m'être échappé d'un asile. Je dis que si je dérange je peux aussitôt repartir. L'air embarrassé de mon hôte et le long silence qui s'ensuit me réveillent. Et c'est de nouveau le jour gris d'un mois de Mai qui ressemble à Mars. Je dois partir en train dans l'après-midi rejoindre une ville où demain je vais accomplir un travail inutile. Mon appartement est en plan, avec un tas de choses commencées dont je me demande bien si je les finirai un jour. Dans mon ordinateur, des centaines de brouillons, des images qui attendent leurs phrases, des phrases qui cherchent leurs images. Je regarde cela avec de plus en plus de circonspection. Parfois je songe qu'une petite citation suffirait à légender photos ou dessins et que cela serait aussi simple. Par exemple celle-ci de Beckett : "le soleil brillait, n'ayant pas d'alternative, sur le rien de neuf". Mais non même pas. Le soleil ne brille pas. Dehors il fait froid. Allez haut-les-cœurs. Je vais écouter Ella et Louis, cela me réchauffera. 
P.S. 
J'écris cela qui peut paraître triste ou mélancolique, mais dans la vie courante je suis assez souvent drôle plaisantin et même, oui, sans me vanter plutôt rigolo. Je connais des tas d'histoires (mes préférées sont celle de l'étudiant cévenol en anthropologie qui fait son premier terrain en Papouasie, et celle des trois rabbins et du chauffeur de taxi pakistanais à New-york), mais je suis incapable d'écrire comme Alphonse Allais, par exemple. C'est comme ça, entre l'oral et l'écrit je suis clivé, eh oui clivé.

vendredi 20 mai 2016

Grosse Fatigue, encore


Voilà,
ce qui attire d'abord mon regard c'est le piercing sous la lèvre inférieure de la secrétaire médicale très brune et un peu forte qui enregistre ma prise de rendez-vous. Je remarque un tatouage dans l'échancrure de son gilet et de sa blouse, j'y devine le mot spirit. Ses ongles courts et couverts d'un verni rouge bordeaux tapotent mon nom sur le clavier. On pourrait supposer une jeunesse un peu gothique avant qu'elle ne se soit résolue à rentrer dans le rang. Il faut bien vivre n'est-ce pas. Elle porte cependant une bague de facture classique et une alliance, comme n'importe quelle petite-bourgeoise. Je me demande comment elle vit, où elle habite, ce qui la fait rêver si son travail l'intéresse. Plus tard je constate que la plupart des gens attendent sur leur siège les jambes croisées. Je lis un livre sur les couleurs que m'a offert ma cousine. J'ai du mal à me concentrer. Je voudrais que la vie me fasse une bonne surprise. Je  repense  – je ne sais pas vraiment pourquoi – à ce dimanche à Lisbonne ; cette lumière, ce dépaysement, la légèreté qui était alors la mienne. (Linked with the weekend in black and white)

mardi 17 mai 2016

Empreintes sur une surface noire


Voilà,
je ne suis pas responsable du processus accidentel qui a produit ces empreintes. Je n'en suis que le dépositaire. J'y ai tout de suite entrevu la photo que cela pouvait devenir. Une part de moi ne peut s'empêcher de s'attarder de s'attacher à ces formes involontaires dépourvues de sens, à ces épiphanies, ces révélations dont l'existence hasardeuse à quelque chose de mystérieux dans sa banalité même. Cela rappelle qu'une réalité multiple faite de virtualités à peine ébauchées, de structures qui se dérobent à notre attention ou à notre compréhension, existe, travaille, remue, se transforme. 
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jeudi 12 mai 2016

En haut du boulevard St Michel


Voilà,
en haut du boulevard St Michel, juste en face des jardins de l'Observatoire qu'on appelait dans ma jeunesse le petit Luxembourg, j'ai remarqué sur un mur ce collage dont je ne connais malheureusement pas l'auteur puisqu'il n'est pas signé. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas attardé de ce côté-ci. Je me suis souvenu du printemps 75. On passait beaucoup de temps à traîner chez Hugues dans ce grand appartement de la rue Michelet dont il disposait pour lui seul (mais à la réflexion peut-être y avait-il aussi un frère ou une sœur) car ses parents diplomates au Rwanda étaient rarement là. On y avait même tourné un film en super 8 réalisé par Olivier M. devenu depuis cinéaste tout comme Hugues et je crois même qu'ils ont fondé ensemble une maison de productions. Je ne me souviens plus de l'histoire mais je me rappelle d'une scène avec un poule vivante dans la cuisine. Sinon on pique-niquait souvent dans les jardins. Hugues avait une copine qui s'appelait Betty. Ils allaient bien ensemble. Ils étaient très beaux tous les deux. 


C'était pour moi une période un peu trouble. Très tourmenté par la perspective du service militaire je me demandais souvent comment je ferais pour y échapper et si j'y parviendrais. J'y suis parvenu. Ce fut aussi l'année où pour gagner un peu d'argent je participais comme enquêteur au recensement de la population. C'est comme ça que je fis la rencontre de Georges Franju logeant dans un minuscule appartement quai des Grands-Augustins, à deux pas de celui de Claude Brasseur qui, rue Séguier menait pour sa part un tout autre train de vie. Ce fut aussi une année dramatique pour D. dont j'étais proche. Un soir, sur un banc de la rue de Tolbiac, elle vit mourir dans ses bras son ami qui venait de s'injecter dans les veines une drogue douteuse.

mardi 10 mai 2016

Sollicitude

Ange dessiné sur un mur de métro station Concorde
 
Voilà,
me dit-il
une femme une fois m'a quitté au prétexte que ma sollicitude à son égard l'angoissait
depuis je dessine des anges sur les murs de la ville

dimanche 8 mai 2016

Gare du Nord


Voilà,
Certaines images sont le produit d'associations de dégradations, d'hybridations de destructions. Il s'agit de contourner ce que m'offre la réalité que d'une certaine façon je recompose à seule fin d'obtenir un résultat qui n'existerait pas sans moi. C'est à ça que je passe la plupart de mon temps libre. Ça atténue la douleur. Ça permet de tenir. Il faut juste que ça soit là. 

samedi 7 mai 2016

Le Confessionnal


Voilà,
s'abriter un moment à l'ombre fraîche d'une église de campagne. Sans doute le vieux confessionnal ne reçoit-il plus personne depuis longtemps. J'y suis entré, le banc où s'asseyait le curé était cassé. Non loin, sur une plaque accrochée à l'un des murs demeurent gravés les noms de ceux du village qui ont péri entre 1914 et 1918. Il ne nous reste que ces listes impressionnantes pour mesurer l'ampleur de la saignée que ce fut dans les populations. Jeunes gens dont la conscience du monde se réduisait aux vérités locales et dont la vie se réglait sur le cours des saisons et des fêtes religieuses, envoyés par de vieux politiciens vers une boucherie sans nom, sacrifiés au nom d'intérêts soit-disant supérieurs qui leur échappaient. Il en est souvent ainsi : les peuples sont pris en otages pour satisfaire la folie des puissants, idéologues jamais rassasiés de pouvoir, affairistes ambitieux marchands d'armes, banquiers, religieux parfois. Entre ces vieux murs, où désormais peu de fidèles se rassemblent j'ai songé aux temps troublés que connaît aujourd'hui l'Europe, éprouvant cette sensation que le cours des événements nous entraînait vers des horizons ravagés où l'espérance n'a plus guère sa place. Et dehors malgré la stupéfiante beauté du paysage, son apparente quiétude, je n'ai pu trouver la sérénité. Souvent pourtant je voudrais m'oublier, me dissiper, me volatiliser dans les trilles enchanteresses des oiseaux, me fondre et disparaître dans la beauté qui m'est offerte par le ciel par le vent par la nature et vagabonder hors toute pensée, dans le mystère de ce qui toujours se dérobe.


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vendredi 6 mai 2016

Bouquiner au soleil


Voilà,
au sol la lumière dessine les barreaux d'une prison que semble réfuter et même défier cette attitude nonchalante et presqu'indifférente au monde. Bouquiner au soleil, comme si on était à la plage. Le contraste était saisissant alors qu'au cours de l'après-midi, à quelques rues à peine, la manifestation du premier mai avait donné lieu à des scènes de tensions et de violences particulièrement choquantes. Linked with The Weekend in black and white)

jeudi 5 mai 2016

Un Saint Patron inattendu


Voilà,
"Gangon ou Gengoul supporta avec une grande patience et une grande fidélité son épouse infidèle, non sans lui avoir adressé de salutaires avertissements. Il préféra quitter la cour du duc de Bourgogne et se retirer dans ses terres. Elle le fit assassiner par son amant alors qu'il dormait dans son château près d'Avallon. Plusieurs localités rappellent la mémoire de celui qui est le patron des mal-mariés. De temps immémorial on vénère à Gruson dans le Nord, Saint Gangon pour la guérison des maux de jambes ou, nous dit l’Hagiographie 'pour le rétablissement de la paix dans les ménages qui, comme le sien, sont troublés et désunis!" ai-je lu alors que je me demandais qui pouvait être ce Saint-Gengoux ayant donné son nom à un charmant bourg de Saône-et-Loire où je me trouvais hier en fin d'après-midi sous un ciel qui ressemblait vraiment à un ciel de printemps
Linked with - thankful thursday - skywatch friday - Himmelsblick - Thinking Out Loud about Today - all seasons - sunday smiles

dimanche 1 mai 2016

Volumes


Voilà,
les nazis, interdisaient au déportés auxquels ils infligeaient de déterrer des cadavres d'autres juifs de les nommer en tant que corps mais plutôt en tant que "figuren" ou "puppen". Dans l'entreprise, les employés sont des collaborateurs. Si un collaborateur sollicite du renfort pour son service il demandera à la direction des ressources humaines un "Equivalent temps plein" une "ressource" ou même des jours/hommes. Le jour-homme est une unité de mesure correspondant au travail d'une personne pendant une journée. Ainsi un projet qui demande dix jours-hommes peut théoriquement nécessiter le travail d'un homme pendant dix jours, de dix hommes pendant un jour ou encore de deux hommes pendant cinq jours. Le langage de l'entreprise relève de la même logique comptable et concentrationnaire. L'homme y est détruit moins brutalement et accepte sa servitude pour un salaire dont la valeur se réduit au fil des ans. Mais la tendance au démantèlement des lois sur le travail répond aux exigences d'un patronat dont l'objectif est de réduire toute main d'œuvre à l'esclavage. Mais un esclavage consenti dont la contrepartie serait le droit sinon le devoir de consommer toute la merde qu'on lui intime de fabriquer à bas coût et de faire circuler. Quoiqu'il en soit aujourd'hui c'est la fête du travail.

vendredi 29 avril 2016

Cauchemar du Célibataire


Voilà,
le cauchemar du célibataire,
l'angoisse du bigot frustré
la terreur du séminariste contraint de changer de trottoir
la tentation du sadique obsédé
mais aussi
l'obscénité marchande en devanture
la pornographie ordinaire du petit commerce

jeudi 28 avril 2016

Les Arbres


Voilà,
sculptés par les vents
ils imitent la vague dans le bleu du ciel et s'abreuvent à la lumière du grand large
comme une prière ou comme un défi ils se tiennent vigilants au bord de l'abîme
sur le sentier humide par mégarde ton pied écrase une pauvre limace
des songes d'autrefois appareillent vers d'improbables rivages
tu n'es plus cet enfant qui courait droit-devant sur les chemins
insouciant les paumes ouvertes dans l'offrande du soleil
christianbobin sors de ce corps
(Linked with skywatch Friday)

mardi 26 avril 2016

Insoutenable Légèreté


Voilà,
au Centre Pompidou se tient en ce moment une exposition de photos sur les années quatre-vingts, intitulée "L'insoutenable légèreté". Elles furent en effet étranges et paradoxales ces années où, moururent tant d'amis et de connaissances alors que se propageait l'épidémie de Sida, et qui, pendant que s'entretenait ici l'illusion d'un socialisme à la française, virent triompher partout dans le monde le libéralisme économique et la financiarisation à outrance. Mais trente ans après je me souviens surtout, du choc et de l'inquiétude suscitées par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, mot qui désigne aussi une plante amère, et qui apparaît dans la traduction russe de l'Apocalypse de Jean. D'ailleurs, la photo verte de Sandy Skoglund s'intitule "Radioactive cats". L'insoutenable légèreté, malheureusement, qualifie aussi le comportement de nos dirigeants à l'égard de la question nucléaire.

lundi 25 avril 2016

Soulagement (mais je ne dis pas non plus toute la vérité)


Voilà,
pourquoi devrais-je m'obliger à dire quelque chose. De toute façon ces billets, pour la plupart écrits longtemps à l'avance, ne prétendent pas coller à l'actualité qui, au demeurant, m'intéresse de moins en moins. Tout ça me lasse. Il y a trop de motifs d'indignation à vivre dans le monde tel qu'il se présente désormais. Bricoler des formes soulage, du moins pour un temps.

vendredi 22 avril 2016

Chez Paquita


Voilà,
Chez Paquita quand on est une fille, il faut être prudente et venir en pantalon plutôt qu'en robe, ou alors ne pas s'attarder près des livres empilés. Chez Paquita, il y a plein d'œuvres d'artistes russes. Longtemps Paquita n'a été qu'un nom exotique, celui d'une femme dont me parlait Pascal qui l'avait connue au début des années 80 lorsqu'il travaillait à l'Ambassade de France à Moscou. Elle possède désormais une galerie parisienne dévolue aux créateurs russes. Il faudrait que j'y retourne. Cette photo, je l'ai prise l'année dernière.  (The weekend in black and white

jeudi 21 avril 2016

Au dépourvu


Voilà,
le paradoxe est que je ne vois plus vraiment ce que je photographie. Je l'entrevois juste. Je ne perçois en fait qu'une partie du champ dont la profondeur m'échappe. Je ne saisis le relief que très approximativement. Il en a toujours été ainsi, même si désormais tout devient de plus en plus imprécis, non pas flou mais vague. Faire le point, et là je ne parle pas seulement de faire le point avec un appareil photo, non faire le point sur un visage ou un regard pendant une conversation, ou pour lire plusieurs pages d'affilée exige un intense et toujours plus difficile effort de concentration. A présent j'aperçois plus que je ne regarde ou ne distingue. Mon attention de plus en plus flottante n'opère que par intermittence et relève de fait plutôt de la distraction. Les choses sont là, d'accord, mais elles me parviennent plutôt comme une rémanence que comme une réelle apparition.
Parfois des genres de phosphènes (mais ils ne sont pas - du moins pas pour l'instant - aussi perturbants que les acouphènes peuvent l'être pour l'ouïe) se disséminent en de petits points brillants ou en de minuscules billes flottant entre regard et vision. Il arrive aussi que des sortes de filaments semblent glisser dans une substance aqueuse. C'est un peu embarrassant chez le boucher ou pendant une réunion professionnelle qui devient une sorte de dispositif à la Yayoi Kusama. Chose étrange, en rêve ce phénomène ne s'est encore jamais produit. Mais je sens bien que ça se modifie qu'il faut en profiter tant qu'il est encore temps. L'autre jour, dans le ciel, il m'a semblé qu'un oiseau se dédoublait. Sur un tableau de bord, je mélange les boutons, je ne reconnais plus les sigles, je ne mémorise plus les informations. Dans la salle de bains je confonds les étuis. Mais au fond, ce n'est peut-être pas simplement qu'une affaire d'usure des organes. Il se peut que cela soit aussi une disposition psychique pour me détourner de la réalité, la fuir. La transformer pour y trouver autre chose que ce que j'y vois et qui me semble souvent si tristement terne. Je peux encore m'émouvoir d'une belle lumière, d'un paysage, un détail peut me sauter aux yeux et prendre toute la place. Évidemment, je sais ce qui continue d'attirer mon regard dans les rues. De plus en plus souvent je pense au travail d'Evgen Bavcar, ce photographe aveugle. Peut-être faudrait-il que je m'intéresse d'un peu plus près à tout cela désormais, pour ne pas être pris au dépourvu. "Dépourvu", comme il me paraît soudait étrange ce mot dans ce contexte. Ça existe le verbe dépourvoir ? Faut que je vérifie.
(...)
Ben oui ça existe. La définition c'est "priver de ce qui est utile, indispensable". En fait c'est le contraire du verbe pourvoir dont la première définition est pour le Larousse "Donner quelque chose à quelqu'un, l'en doter, en parlant d'une puissance supérieure". Exemple : La nature l'a pourvu d'un physique agréable. Ouais bof. C'est vrai qu'il m'arrive parfois d'être beau gars quand je suis bien coiffé mais tout de même faut pas exagérer.

mardi 19 avril 2016

dimanche 17 avril 2016

Face aux Apparences



Voilà,
l'impossibilité de parler. Lui parfois si disert en certaines circonstances, si prompt à la conversation lorsque l'échange est organisé, cadré, en quelque sorte ritualisé, le voilà qui se heurte en d'autres moments (au téléphone surtout) à l'impossibilité de l'adresse. Le moindre coup de fil à passer lui paraît une épreuve insurmontable. Que l'on vienne à l'appeler,  malgré la solitude qui lui pèse, il ne se déplacera même pas vers l'appareil. Dans ces moments il voudrait totalement disparaître et même ne jamais avoir été. Souvent le gagne, lorsqu'il socialise, la pénible impression de jouer un rôle, de le surjouer même. C'est un effort terrible, même s'il n'en laisse rien paraître. L'enfant qu'il est resté n'a jamais été trop à l'aise dans son corps d'adulte. Alors il griffonne, dessine dans les marges. Les visages, les silhouettes qui viennent à lui sont ses compagnons clandestins, le peuple d'une région sauvage et fantôme où rien ne se dit, mais où dans le silence s'exprime cependant l'étonnement d'être là. 

vendredi 15 avril 2016

Galeries Lafayette de nuit


Voilà,
Ils sont précieux, rassérénants bien qu'ils te plongent dans un trouble indéfinissable, ces moments qui, en dépit de la maladie, du chagrin, des soucis d'argent, de la peur diffuse et sans objet précis qui plane sur l'ordinaire des jours, apparaissent comme chargés d'une densité particulière parce que tout semble soudain en équilibre, harmonieux et juste : la brise légère, les trilles subtiles des oiseaux, la lumière sur le paysage. Et c'est comme si tu étais au monde depuis toujours et pour toujours, indifférent et cependant accordé à l'état des choses. Comme si tout à coup tu n'étais plus matière, mais simplement une évanescente et fugitive trace d'éternité, une essence réduisant le monde à une illusion, un simple frôlement, à l'écho lointain d'un chant secret et à peine perceptible. Pourtant un jour, dépouillé de tous les hasards qui t'ont constitué, tu retourneras au mystère d'où tu as inexplicablement surgi. Tes possessions, tu les abandonneras à la vaste brocante ou furètent les vivants, et quelqu'un, pour quelques temps se souviendra encore du soir où tu t'es arrêté à cet endroit, et puis forcément finira bien par l'oublier. (The weekend in black and white)

mercredi 13 avril 2016

Hommage à Marcel Duchamp

Nus baisant près d'un escalier
 
Voilà,
"Ce chagrin des glandes qu'on appelle l'amour" (H-F Thiéfaine)
Oui bon la formule ne manque pas de style
Mais moi je suis un sentimental 

Énigmes



Voilà,
Est ce que j'avais déjà peur au moment où j'ai pris la photo ? La peur était-elle en train de faire son lent travail ? Est-elle venue un peu plus tard dans l'après-midi sans que je ne m'en rende compte ? À la terrasse du café par exemple ? Pourquoi ai-je pris cet instant ? Qu'est ce qui m'a retenu dans ce cadre ? Ai-je reconnu dans cette attitude quelque chose qui faisait écho à ce que j'éprouvais sur le moment ? Il m'a semblé bien sûr que cela ferait une belle photo. Cela ne m'a pas traversé l'esprit mais j'y songe à présent que j'écris ces lignes, un jour viendra où il y aura une dernière photo. Plus tard – l'après-midi tirait à sa fin –, la panique m'avait saisi sur le boulevard où je n'étais pas venu depuis si longtemps et qui ressemble à un ghetto, puis dans un lieu de passage bondé à cette heure où des  visions d'explosion et de carnage m'ont affolé quelques minutes, alors que j'avançais hébété, à cause de la vue qui baisse (oui peut-être devrais-je changer mes verres). J'ai eu la nette sensation de n'être plus tout à fait de ce monde comme si quelque chose en moi se résignait. Parvenu à destination, j'ai un peu marché. Mon regard a été attiré par la modestie sauvage de ces deux là. J'étais encore capable de les apercevoir, de me rapprocher d'elles. C'était ça la vie. La vie intense et fragile. J'ai songé aux photos de Bill qui célèbre les grands horizons, mais aussi les mousses et les lichens et dont les photos sont un hymne permanent à la nature toujours changeante

 

lundi 11 avril 2016

Association d'Idées

Voilà,
pendant l'exposition des œuvres du Douanier Rousseau au musée d'Orsay
Je me suis rappelé que la dernière fois que j'y étais venu 
c'était pour l'exposition "images de la prostitution au XIX ème siècle"

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