mercredi 20 mars 2013

Dans le magasin désert


Voilà
dans le magasin désert où l'on ne vend que des produits surgelés, une immense envie de pleurer le submerge soudain. La sensation que même ici il n'est plus à sa place, qu'il n'a plus rien à y faire. Tout à coup la réalité le rattrape violemment. Là devant les sachets de légumes à l'ancienne, et les boîtes de purée de patate douce en promotion, lui apparaît avec une évidence croissante que le moment critique et tant redouté se rapproche inéluctablement et qu'il n'a toujours pas trouvé de solution pour y faire face. Jusqu'à maintenant il s'est efforcé de faire comme si le problème n'existait pas, et de croire au miracle. Mais à présent il sent bien que cette hypothèse se révèle, dans la conjoncture actuelle de plus en plus improbable... 

mardi 19 mars 2013

Vérifier le cadre


Voilà,
hier tournage de quelques séquences pour Aurélie, accompagnée de son ingénieur du son de circonstance, Maryline. Toutes deux font un atelier pour apprendre à réaliser des documentaires. On a  tourné quelques plans dans l'appartement et d'autres en extérieur. Cela me faisait plaisir de retrouver Aurélie, qui est une excellente comédienne que je croise de temps en temps, avec qui il m'est arrivé de faire des lectures, mais nous n'avons jamais joué ensemble. Il faisait plutôt froid et du coup je me suis demandé quel était le temps l'année dernière à la même époque. J'ai retrouvé cette photo prise alors au Tuileries....

lundi 18 mars 2013

Une pensée pour Max Aub et quelques souvenirs


Voilà
Max Aub, l'auteur d'un opuscule fort réjouissant et de très mauvais goût "Crimes exemplaires", également connu pour avoir été, en tant que représentant de la délégation espagnole républicaine à Paris, le commanditaire de ce qui deviendra "Guernica", Max Aub donc a été interné sur ordre de l'administration du gouvernement de Vichy à Djelfa, ai-je appris il y a quelques jours sur le net grâce aux hasards et aux détours de la serendipité. Il aurait même mis en vers pour le théâtre un récit de son internement. Djelfa. Comment ne pas songer 50 ans après les accords d'Evian à cette ville où j'ai vécu ainsi qu'aux trois années de guerre dans ce pays qui m'ont en partie constitué. Durant cette période, alors que tout me paraissait potentiellement dangereux j'ai appris à faire semblant et à dissimuler la peur. Je vivais parmi les petits blancs colons et militaires qui pour la plupart d'entre eux méprisaient et humiliaient ce peuple spolié dont ils occupaient la terre, et qui avait décidé d'en finir avec ces vieilles lois d'une société d'apartheid. Et moi j'étais avec ces petits blancs si convaincus de leur supériorité. Comment l'enfant ne pouvait il pas entendre ces mots chargés de haine "bougnoules, bicots, melons" tout en redoutant ceux que l'on désignait ainsi, tellement différents, s'habillant de façon si étrange et parlant une langue incompréhensible et rude à l'oreille. Ceux avec qui je vivais, qui prétendaient m'élever dans leur valeurs - bien des années plus tard j'y ai vu au contraire une forme d'avilissement -  comme ils m'étaient insupportables avec leur arrogance et leur pitoyable certitude. Eux qui se pensaient si supérieurs alors, je les ai vus, gagnés dans un premier temps par la panique, puis exprimant au grand jour la haine lorsqu'ils ont compris que tout était perdu, et enfin cautionnant en paroles (je ne voyais pas leurs actes) la folie meurtrière et le terrible incendie des violences vengeresses qui se sont alors propagés dans la région. Mais les conditions de ma survie étaient liées à leurs décisions et à leur conduite. J'en reparlerai ici ou ailleurs. Djelfa où j'étais ce petit enfant disgracieux maladroit et un peu bigleux  ("Qu'est ce que j'ai fait au ciel pour avoir un fils si empoté" disait la mère qui avait du goût pour l'emphase). Je repense aussi à tout cela parce que j'ai vu cette nuit un excellent documentaire sur Arte+7 concernant cette période algérienne. Détail amusant, j'y ai appris que Just Jaeckin, le premier réalisateur avec lequel j'ai tourné, qui faisait alors partie du contingent a été pris dans la fusillade de la rue d'Isly et s'en est miraculeusement sorti. Je me souviens de ma mère entendant la retransmission radiodiffusée de la manifestation du 26 mars 1962 et s'exclamant "des français tirent sur d'autres français" (qui était un cliché à l'époque). Je me rappelle aussi du poste de radio phillips rouge et blanc avec dessus un pick-up comme on disait alors, ou j'entendais parfois des chansons tristes qui alimentaient la nostalgie de lieux où je n'étais jamais allé, de vies que je n'avais jamais vécues. Souvenirs, souvenirs d'une enfance riche en sensations.
Mes parents et moi logions dans un appartement assez misérable situé à gauche de cette place quand on regarde la carte postale. J'ai retrouvé cette maison en 1983, qui semblait promise à une démolition imminente. J'ai aussi photographié les arcades que l'on voit sur la carte postale


Souvent, près de cette porte d'entrée des sacs étaient entassés, et il n'était pas rare qu'un homme en burnous et enturbanné ne soit en train de dormir à côté. J'ai retrouvé il y a quelques années des vieilles photos où l'on me voit sur ce balcon, dans ma Ferrari rouge à pédales. Je souris devant l'objectif. Je ne semble pas si préoccupé que cela. Pourtant...


 
première publication 18/3/2013 à 10:13
 shared with mosaic monday

dimanche 17 mars 2013

Merci



Voilà,
je voudrais juste remercier les lectrices et les lecteurs de ce blog, ceux bien sûr qui me laissent parfois des messages, et avec lesquels il arrive que se tissent des liens, s'échangent des impressions et se nouent parfois des conversations et même des rencontres. Ceux qui de leur côté fabriquent aussi des images ou des textes ou les deux et pour lesquels, il m'arrive parfois, en regardant leurs travaux, d'éprouver une sorte de fraternité obscure, par-delà les mers les frontières, les décalages horaires et en dépit du fait qu'il est, pour la plupart d'entre eux, peu probable (quoique pas forcément impossible) que je les rencontre un jour dans le monde réel. Et puis merci aussi à tous ceux qui regardent régulièrement ou de temps à autre, qui manifestent à leur façon, timide ou réservée de l'intérêt ou de la curiosité pour ce qui s'échafaude là, simplement en y revenant. Vous savoir là, me fait du bien, ça a quelque chose d'encourageant et de réconfortant, oui on peut dire ça comme ça. Réconfortant.

samedi 16 mars 2013

Le Rêve


Voilà,
elle apparait dans le rêve d'abord habillée en jeune homme d'un autre temps. Elle ne sait pas que je la vois. Je me prends à croire au déguisement jusqu'à désirer devenir celle que si souvent dans un parc, dans des douves, sous une treille, elle embrasse avec une tendre cruauté.
(...)
Plus tard, je la retrouve dans une petite cour pavée au pied d'un escalier, non loin d'une fontaine Wallace. Elle s'entretient avec des filles qui depuis longtemps semblent la connaître. Près d'elle une petite valise à roulettes grise devient bleue puis verte puis de nouveau grise. Je m'attarde un moment. La contempler m'apaise. Je crois déceler que du coin de l'oeil elle me guette.
(...)
Est-ce parce que, une fraction de seconde, j'ai pour une fois cru au miracle, qu'elle est là soudain allongée sur le canapé du salon, comme une sœur, une vieille connaissance ? Nous conversons, mais sans doute ai-je peur avec elle peur du silence car je parle beaucoup. Elle m'interrompt "excuse moi j'en ai trop envie" elle m'embrasse. Elle m'embrasse ! Bienheureux vertige qui jette mon désir dans le sien.
(...)
Abandons et emportements dans le désordre d'un lit. Je la tangue elle me langue je la source elle me délice, sans trêve on se voyage, au près, au grand large, bord à bord, on se ciel on se soleil, elle m'invente des horizons je lui cherche des îles, elle me trouve des plages jamais fatigue ne fut plus douce jamais
(...)
Je suis lagon elle corail et notre sommeil un enfant sage. Des fleurs sous nos paupières s'épanouissent parfois en mystérieux visages. Quelque part dans l'univers pour nous rien que pour nous une étoile vient de naître.

vendredi 15 mars 2013

Vieille tête

Tête (pastel sec -1991)
Voilà,
ramassé ça dans les vieilles boîtes il y a deux trois nuits. Je le mets en ligne parce que ma fille le trouve bien, et c'est une raison tout à fait suffisante. Ça ne lui fait même pas peur. Alors... Toutes ces têtes quand même autrefois dessinées, ces silhouettes aussi et ces figures, c'est étrange quand j'y pense..... Enfin est ce qu'on peut appeler ça de la pensée ?.. Une remarque juste... Quand je le remarque donc.... Ce besoin qu'il y avait d'expulser, de donner forme à l'inquiétude pour conjurer je ne sais quelle terreur enfouie... Enfin "je ne sais quelle" façon de parler, j'ai tout de même une vague idée sur la question....  Je n'ai pas trié mes lentilles mais j'ai quand même écossé mes petits pois... Et puis "terreur" en voilà bien de l'hyperbole... Faudrait peut-être réduire ses prétentions... Quoiqu'il en soit je faisais ça par hygiène. Le dessin soulage. C'est plus immédiat, ça permet de montrer ce qu'on ne sait nommer. On va pas chercher les adjectifs, se demander s'il y a trop d'adverbes, si là c'est bien le mot juste, s'il ne faudrait pas dire autrement, ou si la concordance des temps est respectée et toutes ces conneries... J'ai jamais essayé de bien dessiner... Je m'en fous que ça soit peut-être hideux... on fait ce qu'on peut hein!.. "On bricole dans l'incurable" disait Cioran.... J'en balancerais quelques autres comme ça, de temps en temps... Oui sans doute.... Je peux même programmer ça plusieurs années à l'avance... Ce que c'est que la technique tout de même...
shared with friday face off

jeudi 14 mars 2013

Dans la neige et dans le froid


Voilà,
"in a weird mood", ce soir... je me suis pris d'affection pour cette vieille bicyclette ratatinée, et peut-être encore plus pour ce qui reste de l'autre, complètement dépouillée.... Se méfier des identifications tout de même. C'est rarement bon. Dormir. Demain est un autre jour.
shared with Rain's TADD

mercredi 13 mars 2013

Louis Peyre


Voilà,
Louis, je l'aimais vraiment beaucoup. C'était un petit homme sec, sans une once de graisse, mais pétri d'humour. C'était le voisin de Philippe et Dominique. Quand je l'ai connu sa femme Caroline, était encore vivante. Ils formaient un duo étrange, elle assez volumineuse et très bigotte, lui tout petit et qui ne portait pas les curés dans son cœur. Enfant, le jour de sa confirmation, tenu par une oreille, il avait été raccompagné par l'un d'entre eux vers la sortie au prétexte qu'il avait manqué d'assiduité au catéchisme durant l'année. De cette humiliation, il avait gardé une rancune tenace vis à vis de tout ce qui portait soutane ou cornette. Ils n'avaient pas pu avoir d'enfant, mais lorsque dans les années cinquante ils avaient vu débarquer dans leur village ces jeunes parisiens qu'étaient Philippe et Dominique, ils les avaient accueillis avec bienveillance et leur avaient ensuite témoigné de l'affection. Et quand vinrent les enfants ils devinrent en quelque sorte des grands-parents estivaux. Lorsque j'ai connu Louis, il était déjà à la retraite (il avait je crois travaillé dans les chemins de fer) mais chaque matin, il se réveillait avec le soleil pour aller faire sa vigne. Vers neuf heures, il était assis sur son pas de porte à lire le journal. pendant ce temps non loin, celle qu'on surnommait la Pignate nettoyait son pas de porte. Il ne se parlaient pas. Elle avait eu soi-disant des sympathies avec l'occupant pendant les années sombres de la guerre, et il la méprisait. Louis avait un langage merveilleusement imagé. A dix-sept ans, Agnès et moi avions tendance à rester très près l'un de l'autre. Il disait "Ces deux là ils sont collés comme des arapèdes" (les arapèdes étant ces coquillages en forme de chapeau chinois qui demeurent fixés à leur rocher qu'on appelle je crois, berniques en d'autres régions). Ou bien quand je sortais de la sieste avec la marque du drap sur le visage il me demandait "tu as piqué une colère ?". Il surnommait la boulangère "Sourire d'Avril" parce que le sien était toujours un peu crispé, comme un printemps qui ne se déclare pas tout à fait. Lorsque son épouse revenait de la messe, il la taquinait "Alors Caroline, tu as croqué le matelot ?" pour savoir si elle avait communié. Un jour, alors qu'on avait fêté son anniversaire à la maison, il était rentré chez lui un peu éméché (il avait quinze mètres à faire) et il s'était alors exclamé "À moi les murs, la terre m'abandonne". Même dans des situations pénibles il gardait sons sens de l'humour. Il avait accompagné Caroline sur ces derniers jours et quand il arrivait à celle-ci d'être pénible alors il la menaçait gentiment "Caroline si tu continues comme ça, je te fais enterrer civilement". Et lui même lorsqu'on lui demandait vers la fin de sa vie, alors qu'il était malade si ça allait, il répondait "je m'accroche à la rampe" en mimant le geste des deux mains. Cette photo, qui est en fait un montage de deux expressions prises à quelques secondes d'intervalle, je crois l'avoir prise au cours d'une conversation qu'il avait eue avec Antonine Maillet, l'auteure acadienne de "La sagouine" qui avait obtenu un prix Goncourt en 1979 pour "Pélagie la charette". Elle était venue passer quelques jours de vacances à Châteaudouble. Bien que de nature et de deux mondes différents, Louis et Antonine avaient un soir longuement parlé ensemble, et tous deux avaient eu beaucoup de plaisir à se rencontrer. Cette photo a été prise sous l'auvent de la maison de Gérard, le frère de Philippe. Une construction assez merveilleuse dont je parlerai peut-être un jour
shared with  friday face off

mardi 12 mars 2013

Un vieux croquis

Voilà,
cette nuit en voulant continuer d'écrire sur les mots, les expressions qui restent indéfectiblement liés à des êtres singuliers, je cherchais une photo de Louis Peyre, que j'ai autrefois connu à Châteaudouble. J'ai mis du temps mais je l'ai finalement retrouvée, mais pour cela il m'a fallu ouvrir de vieilles boîtes. Je ne suis pas sûr qu'il soit très bon d'ouvrir de vieilles boîtes au cœur de la nuit solitaire. C'est ainsi que je suis tombé sur ce croquis d'il y a très très très très longtemps. Je devais avoir un peu fumé - sinon pire - ce jour là. Je ne sais pourquoi je l'ai gardé. Il est tout petit, je l'ai fait sur un post-it. Je me souviens vaguement de l'époque, de ce qui me traversait alors. J'ai trouvé des vieux collages aussi.... Tout était déjà joué me semble-t-il... Bref. c'est étrange tout ce qu'on ne jette pas, qui pourrait aussi bien ne pas être là, et qui n'a d'importance que pour soi. Il faudrait que j'aie un jour le courage de faire du vide, pour ne pas encombrer ceux qui resteront de choses inutiles. "Trier mes lentilles" quoi... Sinon à part ça, je n'arrive pas à me débarrasser du refrain de "Riquita", ce tube de Georgette Plana qui nous a quitté hier ou avant-hier. Elle pourra chanter ça dans une réalité parallèle en duo avec Jérôme Savary qui aimait bien cette chanson. C'est fou d'ailleurs le nombre de célébrités qui ne passent pas l'hiver en ce moment, J-B Pontalis, par exemple, c'est passé complètement inaperçu. D'ailleurs à propos d'hiver, il neige à Paris. Depuis quand n'a-t-il pas neigé à Paris si tard en Mars ? 1975 il paraît (on trouve presque tout sur internet).... Bon allez hop, pas que ça à faire... Louis Peyre ce sera pour la nuit prochaine... 
shared with sunday postcards

lundi 11 mars 2013

Délicieux


Voilà,
on n'y avait jamais prêté attention à cet adjectif, pourtant c'est sûr on l'avait entendu, vraisemblablement même utilisé il n'y a pas de raison, (c'est comme cet autre mot : "bienvenue") et puis soudain, dans une circonstance particulière, le voilà prononcé, et tout à coup c'est comme s'il n'avait jamais été exactement compris. Et même si qui l'entend n'est pas tout à fait à la place de qui l'énonce, et qu'à l'instant même où il émerge, il ne recouvre, ni pour l'un ni pour l'autre la même réalité, si ce n'est une singulière densité que la proximité rend plus intense encore, le voilà qui, à peine recueilli, s'inscrit à jamais dans la pensée avec la puissance d'un astre naissant et glisse aussitôt sur la langue, léger comme une bulle et pareil à la douce friandise dont on éprouve la saveur... 

jeudi 7 mars 2013

Une Procession

Lyon, Avril 2009

Voilà,
il y avait eu cette joyeuse procession de filles essaimant leurs rires dans la lumière des premiers beaux jours. Était-ce là ce qu'on appelle un enterrement de jeune fille ? Je ne m'en souviens plus, mais leur gaieté faisait plaisir à voir. Tout cela me semble si loin, comme rapporté d'une autre vie. Je me rappelle des amis de passage venus me rendre visite au cours de ce bref séjour, de ceux perdus de vue depuis longtemps, mais croisés là par hasard et qui avaient choisi de s'installer dans la région, et bien sûr du spectacle de Michel et Odile aux Subsistances. (linked with the weekend in black and white)

mercredi 6 mars 2013

Les amoureux de Guéthary


Voilà,
aujourd'hui j'ai repensé aux amoureux de Guéthary, à leur jeunesse, à leur été
à ce long baiser sur le petit port où ils étaient seuls au monde

lundi 4 mars 2013

Philosophie


Voilà,
le silence des murs parfois suggère des histoires qui font rêver. Saisir leurs furtives apparitions semblables à celles du papillon, ce "billet doux, comme l'écrivait Jules Renard, plié qui cherche une adresse de fleur". Oui les papillons...

samedi 2 mars 2013

La sentinelle abandonnée


Voilà,
au détour d'un virage sa silhouette massive peu à peu mangée par la végétation luxuriante de ce coin d'île avait aussitôt happé mon regard. C'était si étrange, comme la soudaine apparition d'un fantôme surgi de l'enfance. Cela faisait bien longtemps que je n'avais vu de tels engins de chantier. Il était si misérable à présent, tout bancal, mais encore avec une certaine fierté. Je me suis alors souvenu de la première fois où j'en avais aperçu de semblables. J'avais trois ans, à l'arrière d'une voiture, contemplant avec étonnement un paysage semi-désertique, saisi par la densité et le contraste soutenu des couleurs : l'ocre des cailloux, le bleu intense du ciel, le ruban luisant du noir bitume de la route récemment tracée. Parfois arrêtées sur le bord de la chaussée, se dressaient les sentinelles effrayantes de ces grosses machines jaunes. A l'époque, je croyais que tout ce qui roulait, voitures, camions, locomotives pensait éprouvait et ressentait le monde tout autant que moi.

vendredi 1 mars 2013

Silencieux et distant dans la froide lumière des néons


Voilà,
"Apocalypse Picnic" un collage que j'ai fait à cette époque, quand Daniel Darc qui vient de disparaître chantait avec Taxi Girl "Cherchez le garçon". Chanson toujours associée à cette femme qui était leur chaperon dans leur maison de disques. Un jour elle m'avait appelé du Luxembourg où elle avait emmené le groupe y faire une télévision. Quelques jours auparavant nous nous étions rencontrés dans une soirée je lui avais laissé mon numéro. Elle voulait me voir, cela m'avait surpris. Elle aimait bien les jeunes gens. Elle avait le bon job pour ça. Dans un taxi un soir, elle m'avait dit "Je voudrais que tu sois mon tapis volant". Ouais, bof. Pendant quelque temps j'ai pu voir, backstage, des groupes de rock français. Ce fut la seule époque où j'ai régulièrement porté des cravates. Fines et en cuir. J'avais tendance à demeurer silencieux et distant dans la lumière froide des néons. Pas à l'aise parmi ces gens. Pas équipé pour ça. Trop de frime et d'arrogance trop de drogues aussi. Tout ceux qui y ont laissé leur peau ou passé tant d'années à s'en remettre. Et puis je me souviens de cette misérable et prétentieuse première partie de Taxi Girl au concert des Talking Heads. Évidemment, mis en perspective avec le décès de Stéphane Hessel, hier, (une mort chasse l'autre dans l'actualité) on voit bien qu'on n'a pas tous la même aptitude à vivre. Ces disparitions plus ou moins prématurées de gens qui la veille encore étaient nos contemporains nous rappellent ainsi que ce temps est de moins en moins le nôtre.

jeudi 28 février 2013

Porte des Lilas

les lilas
Voilà
bon ce n'est pas une surprise, je le savais depuis un moment ça quand même, qu'il n'y a plus de poinçonneur aux Lilas, ni même ailleurs. Je ne viens jamais ici, pour moi c'est très exotique, comme les bords de Seine pour les japonais. Mais enfin j'espérais que peut-être il y aurait une statue en l'honneur de la chanson de Gainsbourg, ou une plaque, enfin un truc dans le genre quoi. De même que si je sais qu'il n'y a plus de première ni de seconde classe dans le métro depuis longtemps (ah oui tiens ça fait combien de temps que la différence de classe a été abolie dans le métro ?), que le monde a changé, que même en France beaucoup de choses ont changé ces dernières années, eh bien quand même j'ai reçu un gros coup de massue l'autre soir où contraint de garder le lit et incapable de lire et de me concentrer sur quoi que ce soit j'ai regardé à la télévision une émission sur les syndicats. Et là jai entendu une dame de la CGT qui s'appelle Françoise Geng dire à propos du probable prochain secrétaire général de son organisation "Je pense que ses compétences à la tête de la CGT c'est une plus-value pour l'ensemble du syndicalisme en France". Peut-être après tout vivrais-je assez longtemps pour voir - allez pourquoi pas ? - le Parti Communiste vendre son siège à une  banque ou une multinationale. 

lundi 25 février 2013

Sur la route de Taxila



Voilà,
il y avait eu des paysages parfois anodins, bien sûr, d'autres plus majestueux, ou rendus tels par la densité du moment, mais ce qu'on ne pouvait s'empêcher de voir, qui faisait partie du quotidien c'étaient ces vieux camions Bedford outrageusement décorés qui sillonnaient les routes du pays. Sans doute étaient-ils pour la plupart comme le vaisseau d'Ulysse, complètement transformés sans aucune pièce originale, mais il n'en continuaient pas moins de rouler, parfois sur des pistes vertigineusement impraticables, à flanc de montagne, conduits par des seigneurs du volant risquant tous les jours leur vie. Il y avait eu cette sorte de relais routier où nous avions fait une halte sur la route de Taxila, et cette dimension de bricolage généralisé qui caractérisait ce pays m'avait alors une fois de plus effrayé et fasciné.
 
 
Et puis aussi l'étrangeté des panneaux publicitaires Coca-Cola, le salut surprenant presque incongru du jovial bonhomme Michelin dans ces endroits pourtant peu souriants et parfois même hostiles
première publication 25 Février 2013

dimanche 24 février 2013

Je serai dedans


Voilà
(...) il est impossible que j'ai des pensées, et je parle et pense, je fais l'impossible, ce n'est pas possible autrement, c'est lui qui a vécu, moi je n'ai pas vécu, il a mal vécu à cause de moi, je vais raconter ça (...) la fin de sa vie, au fur et à mesure au présent (...) s'il râle c'est lui qui râlera, moi je ne râlerai pas, c'est lui qui mourra moi je ne mourrai pas (...) comment il va faire pour finir, il est impossible que je le sache, je le saurai au fur et à mesure, il est impossible que je le dise, je le dirai au présent, il ne sera plus question de moi, seulement de lui, de la fin de sa vie et de sa mort (...) il ne dira plus jamais rien, il ne parlera à personne, personne ne lui parlera, il ne parlera pas tout seul, il ne pensera pas, il ira, je serai dedans, il se laissera tomber pour dormir, pas n'importe où, il dormira mal à cause de moi, il se lèvera pour aller plus loin, il ira mal à cause de moi, il ne pourra plus rester en place, il n'y a plus rien dans sa tête, j'y mettrai le nécessaire (Samuel Beckett in "Pour finir encore")
première publication 24/2/2013 à 14:00
shared with friday face off

samedi 23 février 2013

Cadaquès


Voilà,
entassés dans la Trabant verte de Anne, On était allé faire un saut à Cadaquès. La guerre du Golfe venait juste de commencer, et on en ignorait encore l'issue. Mais on avait conscience que quelques chose était en train de changer. De toute façon, elle était lointaine, mais cependant fascinante sur les écrans de télévision qui nous en renvoyaient des images verdâtres aussi abstraites que de la vidéo expérimentale. A Béziers, ville bien raciste, les maghrébins redoutant d'être assimilés à ceux dont on bombardait le pays ne sortaient plus le soir par crainte de se faire agresser. La vie semblait absurde. Il y avait quelque chose d'incongru à jouer une pièce de Molière en ces temps obscurs et tourmentés. Mais cette absurdité nous rendait joyeux, car au moins il se passait quelque chose qui venait contrarier le cours ordinaire des événements. Nous ne soupçonnions pas que c'était là, le commencement d'un chaos qui depuis ne cesse de se propager dans tout le monde arabe. Cet après midi d'hiver, le petit port de pêche offrait un contraste déconcertant. Tout y était si lent, si calme, presque évanescent. Après une longue promenade dans les ruelles désertes, et avant de repartir nous étions allés prendre un verre dans ce café où il n'y avait pas foule. Je me souviens avoir dit en plaisantant à Frédéric, que j'allais essayer de faire une photo "façon Libé", le journal de la gauche bohème et bourgeoise d'alors.... Nous étions alors bien désinvoltes plutôt moqueurs et nos soucis d'une autre nature... 
(première publication 23 février 2013)

vendredi 22 février 2013

Démocratie

Boulevard St-Michel 2013
Voilà,
sous certaine latitudes, le mot désigne quelque chose qui relève encore de l'espérance, un idéal pour lequel on se bat encore et pour lequel l'on meurt parfois, quoique en général ces aspirations finissent souvent sous le joug de dictatures religieuses. Ici, c'est devenu une enseigne qui vend des fringues. Peut-être parce qu'on y croit de moins en fait, à la démocratie. Je ne sais pas... J'ai juste trouvé ça étonnant, incongru... Ou peut-être s'est-on résolu à ce que la démocratie soit juste devenue un espace apparent de liberté où la tyrannie de l'argent (qui reste peut-être encore une tyrannie relativement soft au regard de celles qui ensanglantent d'autres régions) peut s'exercer avec cynisme et en toute impunité. Ou peut-être l'image de la démocratie n'est-elle plus que cela : des silhouettes sans corps réduites à une apparence.

mercredi 20 février 2013

Coincé là-dedans

 
 

Voilà,
il me semble parfois qu'il n'en réchappera pas, le petit bonhomme enfermé dans la bouteille, j'ai beau essayer de grimper, d'en sortir, il restera coincé là-dedans, avec mes pensées impossibles à mettre en ordre, oui coincé à mi-chemin sur l'échelle appuyée au réel, au monde réel que je ne comprends pas, à la fois loin et proche et tout déformé, il ne bouge plus je me tiens sur son barreau, il s'accroche, immobile, je n'ai plus les mots il n'a plus d'horizon combien de temps encore allons nous tenir lui et moi, combien ? une ombre lui survivra-t-elle quand je lâcherai prise ? première publication 20/2/2013 à 12:20

dimanche 17 février 2013

Flashback


Voilà,
au marché ce matin j'ai subitement réalisé qu'il y a trois ans jour pour jour je m'embarquai pour changer d'air et me laver les yeux à d'autres lumières. J'ai finalement, au cours de ces trois dernières années, assez peu évoqué ce séjour. Une photo de plage et une autre de bateau, un bout de film aussi, et puis c'est tout. Quelques mois auparavant j'avais tout autrement rêvé cette escapade, et d'une certaine façon j'en garde un souvenir mitigé. Durant une dizaine de jours j'ai parcouru l'île en solitaire, vague et mélancolique, marchant beaucoup, au bord des larmes parfois, essayant de laver mon chagrin à la beauté radieuse des paysages qui s'offraient à moi. Le premier matin, dans la confusion du jet-lag j'étais parti vers cinq heures au petit bonheur la chance, attrapant des bus aux horaires de passage très approximatifs avec l'idée de me rendre à mon rythme sur une belle plage.  (Lin,ked with skywatch friday

  

Je me souviens de la litanie des noms égrenés que diffusait dans le car la radio locale pour annoncer, comme le veut l'usage en ces terres, les récents décès... Je me rappelle Sainte-Rose aussi dans le matin désert mais déjà chaud, les jappements des chiens, le chant des coqs - et un moment j'eus l'impression d'avoir déjà vécu cet instant bien des années auparavant aux Philippines - et ce poulet mort entrevu sur le bitume se décomposant pareil à un amour déçu. 


Un peu plus tard il y eut la plage de Grande-Anse, et cette sensation de perfection d'harmonie et d'équilibre où, en dépit de tout, il est possible, ne serait-ce qu'un instant, d'éprouver "la proximité folle du bonheur" expression d'Alain Hervé qui a ainsi titré un recueil de ses textes de voyages.

vendredi 15 février 2013

Cocotier

Palais de Tokyo, Avril 2012
Voilà,
j'aime bien les musées, et il m'arrive quelquefois d'y prendre des photos quand c'est possible. Là je me suis vraiment demandé ce que pouvait bien penser ce gardien antillais devant cette sculpture évoquant un palmier ou un cocotier. 

mercredi 13 février 2013

Summer 85



Voilà
J'ai retrouvé celle là, faite il y a longtemps, dans un parc d'attraction lors du premier été new-yorkais. J'étais à deux doigts de la balancer. J'ai eu un peu de mal à la tirer. Mais bon je l'aime bien quand même. La grimace du garçon me plaît. Et puis il y a un parasol, et ce regard jeté hors-cadre. (première publication 13/02/2013 à 23:53

mardi 12 février 2013

Stumbling in the neon groves


Voilà,
des écrans au loin projettent leurs images en haute définition, la lumière bave sur des surfaces dont la transparence froissée fait écran, et comme égaré dans la trouble et déconcertante incertitude des choses, un visage semble se dissiper dans le flou. Froide est la nuit. Quelqu'un erre quelqu'un cherche mais ne souvient plus de ce qui depuis si longtemps l'accapare.

samedi 9 février 2013

Hamlet goes shopping


Voilà
parce que cette silhouette me paraissait étrange, incongrue, j'ai pris cette photo devant Shakespeare &Co qui est un des endroits que je préfère à Paris. Je ne réalise que maintenant avoir vu passer Hamlet sans même m'en être rendu compte. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 6 février 2013

Colle papiers et reflets


Voilà,
sans doute cette image satisfait-elle à la fois mon goût pour les papiers décollés et arrachés, pour les signes provisoires de l'abandon et du délabrement, pour les reflets aussi, les transparences plus ou moins opaques les fenêtres et les menus détails. C'est ici ailleurs aussi bien autrefois que naguère ou maintenant, qu'importe. Juste la fraction de seconde d'un mystère entrevu.

mardi 5 février 2013

La rue sans grâce


Voilà,
Partant de l'avenue du Maine et finissant rue Jean Zay, ce tronçon de la rue Vercingetorix - qui continue ensuite jusqu'à la porte de Vanves après s'être interrompue au niveau de la place de Catalogne  - m'a toujours fasciné. Il n'y a rien, aucun commerce, quelques portes d'entrée d'immeuble, des entrées de service du grand hôtel Pullman, des accès de parking, des murs de briques rouges ou orange. Quant à cette passerelle, elle relie l'école primaire du quartier à une vaste terrasse sans ombre qui lui tient lieu de cour de récréation. Sur les sol en tartan sont tracées les lignes de trois courts de tennis adjacents à un gymnase. Il paraît qu'autrefois, avant la destruction, cette partie de rue, était très commerçante et abritait une multitude d'ateliers d'artisans et d'artistes. Gauguin, y passa même quelques temps avant son dernier voyage pour les Iles. A présent ce n'est plus dans le tissu urbain qu'un lieu de passage de transit où très tôt le matin s'arrêtent les camions de blanchisserie qui chargent des paquets de linge sale de l'hôtel (mais à la réflexion cela pourrait tout aussi bien être autre chose). Sans grâce aucune, cet endroit - sans que je ne me l'explique vraiment - n'en demeure pas moins insolite et mystérieux à mes yeux. Presque fictif. 

lundi 4 février 2013

Un temps à capuche



Voilà,
il y avait eu ça aussi : comme un grand vent de plaine. Pareil à une rumeur, ce frémissement balayant les joncs. Et puis au loin, encore séduisante à cette distance, la ville. Désertes, ses larges avenues froides et humides ruisselaient cependant du morne ennui des dimanches. première publication 4/2/2013 à 00:17)

dimanche 3 février 2013

Plat de pâtes


Voilà,
si les mots ne viennent plus ces derniers temps subsiste encore
dans l'opacité des choses et la rumeur confuse du monde, l'envie d'images.
Celle aussi parfois d'un bon plat de pâtes.
Le point positif dans cette affaire, c'est que d'ici peu 
je retrouverai ma silhouette de jeune homme.

samedi 2 février 2013

Parapluies


Voilà
elles étaient quatre japonaises à visiter Paris par un jour de pluie. Quatre amies partageant le bonheur d'être ensemble dans un pays étranger. Je les ai remarquées sur la place de l'Institut de France où elles ont toutes les quatre en même temps, et à peu près du même endroit, photographié la coupole de l'Académie. Dans ce jour gris et pluvieux, je les ai vues s'éloigner vers l'autre rive du fleuve. Il y avait quelque chose de joyeux et d'enfantin dans leur démarche, Une certaine façon d'aller de l'avant. Au Louvre sans doute. 

mardi 29 janvier 2013

En présence de l'auteur


 
Voilà, 
hier au Reed Hall, rue de Chevreuse, où je suis passé un peu par hasard, Nicolas Pignon brillant et inspiré lit des passages de "L'invisible" et de  "Récit d'un noyé" en présence de l'auteur. Fragile et touchant, Clément Rosset s'excuse ensuite d'écrire d'une certaine façon le même livre depuis "Le réel et son double". Quelque chose d'incertain dans ce corps vieilli, qui parfois cherche longtemps ses mots - "J'écris lentement des textes courts" dit-il. Et son humour, lorsqu'il évoque sa noyade à Majorque "Soudain j'ai eu envie de me reposer au fond de l'eau oubliant que je n'étais pas équipé comme un poisson", et aussi la douleur éprouvée lorsqu'on ne peut pas boire d'eau : "certain savent que j'aime le vin, mais le verre d'eau que l'on peut enfin boire quand on en a été sevré, vaut tous les bourgognes. Après, à la librairie Tschann, lorsque l'organisatrice qu'il ne reconnaît pas tout à fait lui donne rendez-vous au prochain livre, il répond par une longue citation dont je ne me souviens pas mot pour mot mais qui semble de Shakespeare, où il laisse entendre qu'il ne sera bientôt plus de ce monde. Plus tard encore, alors que le libraire aimerait bien fermer, cette auteure (durant la lecture, elle était assise près de moi et sentait très bon) qui, après lui avoir lui un passage d'un livre qu'elle a publié et qu'elle lui offre ensuite finit par lui demander s'il ne pourrait pas lui consacrer une préface pour son prochain ouvrage. Son embarras et sa fatigue soudain en évoquant le temps qui manque et les tâches qui s'accumulent.

lundi 28 janvier 2013

Mousses et brindilles


Voilà,
devant cet agencement fortuit de brindilles de feuilles et de mousses que le vent et le froid ont ainsi momentanément fixées sur la pierre mouillée, une inexplicable émotion et l'envie d'en garder la trace. Non pour reproduire le visible, mais pour rendre visible ce qui ordinairement passe inaperçu. Et puis aussi, ces petites graines ailées de conifères, gisant-là comme des papillons morts, mais qui en profonde mémoire voltigent toujours dans de furtifs paysages d'enfance.

dimanche 27 janvier 2013

jeudi 24 janvier 2013

Voyage fantôme


Gray (1992)

Voilà,
je me souviens la neige et le froid
cette locomotive fantomatique figée dans le paysage
la désolation de cette localité autrefois prospère
et le nombre d'alcolos qu'on y croisait
l'entreprise un peu folle qui nous avait menés là
les sinistres néons du foyer des jeunes travailleurs
le vieux billard électrique au bar du théâtre
qui faisait
"baaad caaats !!!!"
quand on claquait une partie
Sara Mandiano dans le juke-box
Anne à qui je venais rendre visite parfois
pendant qu'elle fabriquait ses costumes dans les combles du théâtre
pour causer tout en frottant à la mine de plomb 
des feuilles de papier Canson posées à même le vieux parquet 
afin d'en relever les empreintes 
à la façon de Max Ernst
les visages et les rires
oui tout ça oui qui revient
ce n'est pourtant plus un temps à neige

mercredi 23 janvier 2013

Muerte y reencarnation en un cowboy


Voilà,
la question pour ma part n'est plus de savoir si c'est bien ou pas bien... Deux mecs passent d'abord les 20 premières minutes à piétiner des guitares électriques saturées, ou bien à faire semblant de se bagarrer dessus ou encore, vautrés sur l'une d'elles et enlacés dans un même vêtement, à se frotter la bite l'un contre l'autre... Oui pourquoi pas, ça fait beaucoup de bruit et ça occupe l'espace et le temps, mais c'est tout de même un peu long. Parfois, ils esquissent quelques pas de danse avec des cagoules à clochettes enfilées sur la tête et c'est assez drôle. Même si on souhaiterait bien être à leur place pour faire ce genre de conneries - je parle de la danse - on peut tout de même demeurer perplexe sur la nécessité de toute cette agitation. Ils aiment bien montrer leurs queues, ces acteurs, courir en se tripotant comme des bambins, se tirer joyeusement l'élastique, s'enfiler de petites olifants sur la quéquette en soufflant dessus, se mettre des chapeaux de cow-boys et chanter un air de country music en dansant à poil. C'est kitsch régressif et pulsionnel. Oui peut-être que c'est ça la seule réponse au monde tel qu'il est... Retourner au stade anal, ricaner pour ne pas nommer de grandes catastrophes qui ne tarderont pas à succéder à la lente déréliction du monde occidental. A un moment un homme, la langue ficelée tente d'articuler un discours qu'on ne comprend évidemment pas. Me revient alors cet échange dans "Fin de partie" de Beckett : " Est ce qu'on ne serait pas en train de signifier quelque chose par hasard ? Nous signifier ! Ah la bonne blague !". Mais voilà, cette pièce qui en son temps dénonçait déjà l'arbitraire de la représentation se joue aujourd'hui à guichets fermés dans un théâtre national, et Beckett est devenu un auteur du patrimoine. Revenons au spectacle de Rodrigo Garcia : vers la fin de la représentation les deux comédiens allongés sur des transats philosophent sur le rire ("Si nous rions de la façon dont nous rions, c'est qu'à l'évidence nous ne sommes pas heureux") et sur les relations entre hommes et femmes inéluctablement voués à toujours se séparer. Tout ça en présence d'animaux, en l'occurrence des poussins dont les pépiements sont amplifiés et un chat disposés dans une même boîte transparente, mais cependant séparés par une paroi. Et ce sont eux qui, d'une certaine façon incarnent la dimension dramatique, qui dans la tragédie classique échoit au chœur. La scène du théâtre est leur cosmos. Ils sont jetés dans un monde incompréhensible et chaotique dont ils ne saisissent pas les enjeux et où ils n'ont même pas la parole pour questionner. Pris en otage vulnérables et sans défense, mais néanmoins protégé de l'extérieur dans leur caisse en plexiglass, leur effroi n'est pas feint, et l'inquiétude que l'on éprouve avec eux, est semblable à celle que l'on peut ressentir à l'égard de ce monde désormais réduit à un divertissement obscène cruel et grotesque, et qu'un flot continu d'informations aussi mensongères qu'infantilisantes convertit en fiction. 

lundi 21 janvier 2013

Let's dance


Voilà,
Une heure après au même endroit tout avait été déblayé.
et même les silhouettes de Cyd et Fred avaient disparu
C'eût été tout de même dommage de ne pas s'attarder
(linked with monday murals
 

dimanche 20 janvier 2013

Saules Cortot


Voilà,
aujourd'hui quand même c'était difficile de ne pas échapper à la tentation. La neige n'est pas si fréquente à Paris. Les bus ne circulaient plus, les rares voitures - c'était dimanche - roulaient prudemment, et Montmartre, en dépit des touristes, ressemblait à un village.
Silence, lenteur...
Toute action entreprise à pas mesurés

samedi 19 janvier 2013

Exorcisme

Voilà,
s'inventer des apparitions, agencer d'improbables espaces, reconfigurer les traces d'un rêve dissipé et pour un instant du moins, annuler cette réalité-là, conjurer la sinistre, pitoyable et pathétique vision que sournoisement ce jour gris aura - de façon durable c'est certain - imprimé dans la mémoire : le visage si peu ressemblant à ce qu'il était, transformé en une obscène caricature. Puis il y eut le couvercle. Les écrous. Le sceau. Et à la fin les témoins assemblés, applaudissant soudain l'artiste pour sa dernière sortie.

Publications les plus consultėes cette année