dimanche 17 février 2013

Flashback


Voilà,
au marché ce matin j'ai subitement réalisé qu'il y a trois ans jour pour jour je m'embarquai pour changer d'air et me laver les yeux à d'autres lumières. J'ai finalement, au cours de ces trois dernières années, assez peu évoqué ce séjour. Une photo de plage et une autre de bateau, un bout de film aussi, et puis c'est tout. Quelques mois auparavant j'avais tout autrement rêvé cette escapade, et d'une certaine façon j'en garde un souvenir mitigé. Durant une dizaine de jours j'ai parcouru l'île en solitaire, vague et mélancolique, marchant beaucoup, au bord des larmes parfois, essayant de laver mon chagrin à la beauté radieuse des paysages qui s'offraient à moi. Le premier matin, dans la confusion du jet-lag j'étais parti vers cinq heures au petit bonheur la chance, attrapant des bus aux horaires de passage très approximatifs avec l'idée de me rendre à mon rythme sur une belle plage. 

  

Je me souviens de la litanie des noms égrenés que diffusait dans le car la radio locale pour annoncer, comme le veut l'usage en ces terres, les récents décès... Je me rappelle Sainte-Rose aussi dans le matin désert mais déjà chaud, les jappements des chiens, le chant des coqs - et un moment j'eus l'impression d'avoir déjà vécu cet instant bien des années auparavant aux Philippines - et ce poulet mort entrevu sur le bitume se décomposant pareil à un amour déçu. 


Un peu plus tard il y eut la plage de Grande-Anse, et cette sensation de perfection d'harmonie et d'équilibre où, en dépit de tout, il est possible, ne serait-ce qu'un instant, d'éprouver "la proximité folle du bonheur" expression d'Alain Hervé qui a ainsi titré un recueil de ses textes de voyages.

4 commentaires:

  1. beaches and melancholy, crazy happiness and grief, i can understand and feel the same things mixed together sometimes too, the photos are exquisite and capture the essence perfectly

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  2. jai vu un palmier avec ses feuilles à l'envers dans la photo deux : sans doute un rebond de l'esprit après votre post précédent (cocotier :)

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  3. Oui, dans le matin désert et déjà chaud, on réalise que le chagrin ne se lave pas aussi bien que les yeux aux paysages .
    Cette immobile perfection, oui, comme on la sent là, et abritant pourtant la décomposition des amours déçues.

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  4. Nicolas Bouvier -cet écrivain accompagne chacune de mes marches- disait dans L'usage du monde : on croit faire un voyage mais c'est bientôt le voyage qui nous fait ou nous défait.

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