dimanche 29 novembre 2020

To be a collage of magazine dust

 
 
Voilà, 
To be a collage of magazine dust
Scratched on foreheads of walls of trust 
this is just jail for those who must
get up in the morning & fight for such
unusable standards  
while weeping maidens  
show-off penuries & pout 
Jim Morrison in "An american Prayer" 
Linked with Monday murals 

vendredi 27 novembre 2020

Through the window

 
Voilà,
j'ignore tout de ces deux types photographiés à l'auberge des étangs de Comelle courant Octobre. Peut-être l'un des deux conseille-t-il à l'autre un bon bouquin au cours de leur conversation. Comme promis lors d'un précédent post je continue, pêle-mêle, la liste de ceux et celles qui m'ont orienté dans mes lectures : Sophie m'a encouragé à lire "D'acier" de Silvia Avallone et "Réparer les vivants" de Mayliss de Kerangal, il y a Laurent Perroud, qui avant de partir s'installer aux États-Unis, m'avait, parce qu'il vidait sa bibliothèque, donné "Les Béatitudes bestiales de Balthasar B" de J.P Donleavy. C'est lui aussi qui m'avait fait découvrir John Irving,. "Ce qu'aimer veut dire" de Matthieu Lindon, ce fut Ariane M. (fallait-il y voir un message ?), "Gilles" de Drieu la Rochelle, c'est Manuel Flèche, "Le sang noir" ce chef d'œuvre de Louis Guilloux, ainsi que "Lourdes, lentes" écrit par André Hardellet, c'est grâce à Daniel Isoppo. Mylène Wagram, quant à elle m'a fait connaître "Banal Oubli" de Gary Victor, et aussi le génial "Pays sans chapeau" de Dany Laferrière. Grâce à Colo, j'ai trouvé "Le Chasseur d'histoires" d'Eduardo Galeano. "Epreuves, exorcismes" de Michaux, c'est Didier Flamand  et son spectacle "Ecce Homo" à partir d'un poème extrait de ce recueil. Philippe Tiry fut la seule personne à me parler de Pius Servien, un philosophe difficilement trouvable aujourd'hui, mais dont j'ai lu "Science et hasard" et à propos duquel Paul Valéry a écrit un article intitulé "Le cas Servien". En ce qui concerne les livres de Jerzy Kosinski, pour qui j'ai nourri une véritable passion littéraire au début des années 80, je crois que c'est Ariane Pick. Louis-Ferdinand Céline, c'est mon ami Jean-Jacques G, — nous étions si jeunes alors —.... Nul doute que je poursuivrai cet inventaire. un de ces jours... là j'ai trop sommeil.
(Linked with weekend reflection

mardi 24 novembre 2020

Christophe Dominici

 
Voilà,
aujourd'hui Christophe Dominici a mis fin à ses jours. C'était un joueur de rugby, talentueux, un marqueur d'essais, un feu follet rapide élégant, lumineux sur le pré et toujours aimable et souriant dans ses interviews. C'était un être fragile aussi, qui au sommet de sa carrière, avait traversé une longue dépression. Il a enchanté certains de mes weekends tant il était beau à voir jouer. Son style, sa classe irradiaient sur le terrain. Ses fulgurances donnaient à ce jeu cette dimension d'imprévisibilité qui en fait tout le charme. Il a réalisé bien des miracles dans le XV de France. Il fut un des artisans de cette incroyable victoire contre les All Blacks durant la coupe du monde de 1999. Dans les jours sombres que ce pays traverse (crise du Covid, marasme économique, restriction des libertés, atteinte aux droits de l'Homme, état policier qui s'installe doucement) cette détresse et cette solitude qui l'ont mené au suicide accroissent ma tristesse en même temps qu'elles ravivent les souvenirs d'un temps où la vie était plus légère, et les joies simples, partagées.

lundi 23 novembre 2020

Dormir pour oublier (30)


Voilà,
le Général de Villiers, ancien chef d'Etat-Major des armées qui fut — le premier dans l'histoire de la Vème République — humilié publiquement par le nouveau président Macron alors démangé par un soudain prurit d'autoritarisme, au prétexte que ce général, avait, dans ce langage un peu fleuri qui se pratique souvent dans les casernes (preuve que notre zézayant président est fort peu au courant des mœurs soldatesques), contesté le budget des armées, de Villiers donc, après avoir démissionné suite à cet épisode, a mis à profit sa retraite pour commettre trois livres en quatre ans. "Servir" en 2017, "Qu'est ce qu'un chef ?" en 2018, et "l'Équilibre est un courage" en 2020.  On est en droit de se demander ce que cache cette année sabbatique de 2019. Peut-être Notre Général, l'a-t-il employée à travailler à l'élaboration du titre de son dernier opus. Je dois humblement avouer que je n'ai lu aucun de ses livres — un précédent billet peut en justifer la raison —. D'ailleurs peut-être ai-je tort. Les deux premiers semblent possiblement des ouvrages consacrés à la restauration ou à l'art culinaire. Pour ce qui concerne le troisième j'avoue que son titre m'intrigue. Il me paraît maladroit, recèle en très peu de mots, plusieurs incongruités, et finalement s'avère dépourvu de sens. D'abord "l'équilibre" : l'équilibre est un état. Ensuite le courage. Le courage est une vertu. Une vertu est une qualité définie et singulière. Elle ne peut donc s'accompagner d'un article indéfini. Comment un état peut-il s'apparenter à une vertu ? Mais peut-être cet énigmatique intitulé se révèle-t-il, après études de marchés, potentiellement vendeur je l'ignore. Quoi qu'il en soit, je serais éditeur, j'aurais honte d'avoir publié une telle offense à la langue française
Sinon, j'ai pu apercevoir dans la presse (dans la revue économique Challenges) un article selon lequel, devant l'absence de perspectives et la persistance d'inégalités profondes, une partie des gilets jaunes, pourrait se laisser séduire par la figure du général Pierre de Villiers en 2022. "Le côté Père Fouettard pourrait plaire", alerte le sociologue Jean Viard. Il paraît même qu'un des porte-parole de ce mouvement par ailleurs assez hétéroclite bordélique et idéologiquement très confus (et donc en cela bien français) aurait, au printemps dernier suggéré que  le général remplace Edouard Philippe au poste de premier ministre, ce qui prouve l'ignorance de ce Christophe Chalençon, concernant les rapports qu'entretient Macron avec ce militaire. Comme si les gilets jaunes n'avaient pas assez morflé avec les forces de l'ordre, ils en redemandent encore. Mais la presse réactionnaire n'est évidemment pas hostile à ce genre de perspective. "Je sens que ça pourrait bien lui trotter dans la tête", confie par ailleurs un artisan du village où a grandi la fratrie de Villiers. Et d’ajouter : "Ça bouillonne des fois quand il vient me voir avec sa vieille 2 CV bleue, et peste contre les excès des écolos, les politiques et les médias sur leur nuage. Des paroles, des paroles... avec Pierre, on aurait du concret." Si le mystère sur ses intentions réelles dans la course à l’Élysée plane toujours, Pierre de Villiers a toujours "esquivé" le sujet, ajoute l'article de Valeurs actuelles. Mais d'autres journaux, commencent à faire monter la mayonnaise autour de ce monsieur. Il semblerait que l'oligarchie, qui finance aujourd'hui la presse, ait besoin d'un homme à poigne à la place de son petit valet. "Le Figaro", "L'Opinion", "Sud-Ouest", BFMTV, Europe 1, s'y collent eux aussi. Le syndrome Boulangiste. La France a toujours eu depuis Bonaparte, une fascination pour les généraux qu'elle imagine souvent comme des sauveurs.
Cela dit, toutes les dispositions législatives sont d'ores et déjà adoptées pour qu'advienne un état autoritaire, militariste et policier. Notre général n'aurait pas grand chose à changer.
Décidément, nous vivons des temps déraisonnables et à bien des égards, sinistres. Ce n'est pas simplement la bêtise des gouvernants et la crétinisation des masses, alimentée par les medias mainstream, qui inquiète. C'est que tout cela advient sur fond d'une omniprésente misère, qui va croissant, et ne se peut confiner. En voilà, un exemple, photographié au printemps dernier pendant le premier "lockdown". J'ai toujours quelques scrupules à faire de telles images, mais Atget, Izis, Doisneau, Cartier-Bresson, Kertész, et bien d'autres en ont aussi fait de semblables dans cette ville. Alors....

dimanche 22 novembre 2020

Étrange coïncidence


Voilà,  
cette peinture murale prise à Chartres début Septembre représente Jean Moulin, qui dirigea le Conseil national de la résistance durant l'occupation nazie, avant de mourir sans avoir parlé sous la torture de la Gestapo. Il fut, avant-guerre, préfet à Chartes, et dans ce portrait son regard est dirigé vers son bureau d'alors. Vendredi dernier, Robert Cordier, son secrétaire pendant la guerre, est mort à l'âge de 100 ans. Une fois la paix revenue, il devint un grand collectionneur et marchand d'art. Par une étrange coïncidence. la mort de ce grand résistant qui fut un des premiers à rejoindre De Gaulle à Londres, coïncide avec la volonté de l'actuel gouvernement de faire passer une loi dite de Sécurité globale qui prévoit la pénalisation de la diffusion d’images de membres des forces de l’ordre (police ou gendarmerie) agissant dans le cadre de leurs missions d’ordre public. Cette loi porte atteinte à la nécessaire transparence de ces opérations. Elle préconise aussi des sanctions très lourdes (un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende), ce qui empêcherait tout contrôle citoyen, favoriserait l’impunité des auteurs de violences policières, voire permettrait aux forces de l’ordre de «cacher leurs dérapages ».
Le ministre de l'intérieur a même fait valoir que les journalistes devraient demander l'autorisation de couvrir des manifestations auprès de la préfecture. En allant à l’encontre de la liberté de la presse, ce texte sape aussi le droit d’informer et de s’informer, ainsi que la liberté d’expression. Pour Amnesty International, cette proposition de loi conduirait la France à ne pas être en conformité avec ses engagements internationaux en matière de droits humains. Ainsi, peu à peu, notre pays, dont les dirigeants sont toujours enclins à donner des leçon de démocratie au reste du monde, prend peu à peu la forme d'un état policier, où le droit de manifester est sans cesse restreint et pénalisé.
linked with monday murals

vendredi 20 novembre 2020

Vieux Fichiers


Voilà,
parfois je fais ça, je parcours les vieux fichiers. Je comprends alors pourquoi je n'ai pas jeté certaines photos qui a priori auraient pu me sembler ratées. Sans doute voulais-je voir, si, à l'épreuve du temps, elles perdraient de leur attrait de leur mystère ou de leur enchantement. Il n'en est rien et longtemps après certaines continuent de m'intriguer : ainsi de ce reflet tremblé dans la vitre d'un train de banlieue, avec ces visages déformés évoquant des masques ou des fantômes. Avais-je pressenti que ce serait un jour la façon dont je percevrais pour de bon la réalité ? Avec une soudaine précipitation. (Linked with weekend reflections)

mardi 17 novembre 2020

Try again.Fail again. Fail better

 
Voilà, 
récriminer contre l'état du monde, le cynisme des dirigeants, la bêtise de la doxa etc... me fatigue autant sans doute que cela doit lasser mes quelques lecteurs. Si je le fais si souvent, c'est probablement  pour mettre ça hors de ma tête, pour que ça ne macère pas. D'ailleurs je ne raconte pas non plus que des conneries. Mais à quoi bon, tout ça n'a aucune utilité. Si ce n'est que l'exercice  consistant à rédiger par écrit un point de vue et tenter ainsi de mettre de l'ordre dans ses pensées peut s'avérer, tout aussi salutaire que le verbicrucisme le cruciverbisme et le scrabble.
"La meilleure philosophie, relativement au monde, est d’allier, à son égard, le sarcasme de la gaîté avec l’indulgence du mépris" écrivait Chamfort. C'est à cela qu'il faudrait se tenir. Pas facile tout de même.
Je ne devrais pas non plus me répandre sur mes inquiétudes et mes chagrins. La mort guette, frappe indifféremment alentour. Pour tout un tas de raisons. Parfois fort injustement. De plus en plus souvent et de plus en plus près. Je perds des amis de jeunesse, des compagnons de route. Il faut s'habituer. C'est dans l'ordre des choses. Ça n'ira pas en s'améliorant de toute façon. 
Il faudrait donc se préparer aussi à l'idée de sa propre disparition. Il paraît que ça sert d'abord à ça la philosophie.même si rien n'a plus beaucoup de sens et que l'on se trouve peu d'utilité à mesure que s'égrènent les années. C'est quoi déjà cette phrase de Nietzsche que De Gaulle aurait paraît-il inscrite sur le livre d'Or de l'ambassade de France à Dublin le 18 Juin 1969  ? Ah oui  "Rien ne vaut rien, il ne se passe jamais rien et cependant tout arrive, mais cela est indifférent". On croirait du Beckett. Celui-là même qui écrivait "Ever Tried. Ever Failed. No Matter. Try again. Fail again. Fail better"
Alors je continue malgré tout. C'est juste un passe-temps comme ces sculptures naïves que les bagnards taillaient au couteau sur des noix. Mais un passe-temps nécessaire. D'ailleurs dans ces périodes de confinement  — où, ne l'oublions pas, il est tout de même plus facile d'éviter la mort que si des bombes nous tombaient sur la gueule —, la conscience soudaine du temps peut parfois nous submerger et nous perturber autant que la présence du virus dans les parages.
Alors "faire" tant qu'on le peut. Agir, profiter de cette fenêtre pour montrer des images et raconter des choses à des inconnus. Créer du lien, même virtuel. Produire, parce que c'est tout de même encore une forme de lutte, dérisoire bien sûr, mais qui témoigne qu'un reste de vitalité subsiste encore.  
J'espère être en mesure de voir au printemps prochain, le prunus shirotae du jardin des plantes en fleurs. Je promets que je le photographierai alors.

dimanche 15 novembre 2020

Bar & Cantina

  

Voilà,
cet établissement, est situé entre la place Saint Michel et le boulevard St Germain rue Hautefeuille qui abrite aussi un petit restaurant que j'adore pour la simplicité de sa carte et son cadre rustique. J'y suis souvent venu avec ma fille. S'y trouve aussi un cinéma que je fréquente depuis mes dix-sept ans.
Je ne sais de quand date cette peinture murale d'inspiration mexicaine, ni si elle a été commanditée par les propriétaires de ce bar de nuit, autrefois fréquenté par la jeunesse. Il est probable que ces endroits risquent de ne pas réouvrir de sitôt en raison du confinement causé par la crise du covid et des implications économiques afférentes. Ce nouveau monde en train d'advenir, je sens bien qu'il est difficile de s'y résoudre. Ici la plupart des gens sont comme tétanisés, plus ou moins dans l'attente de quelque chose qu'on n'ose se formuler, essayant de se persuader qu'un vaccin suffira pour que l'on puisse retrouver la vie d'avant. Mais ce qui guette, c’est surtout une crise économique et de l'emploi qui risque d'être terrible. Pour le moment des mesures compensatoires et provisoires, maintiennent certains commerces à flot, mais pour combien de temps. C'est toute notre organisation sociale qui va s'en trouver bouleversée. Tout cela sur fond d'urgence climatique et de menace terroriste croissante en Europe. Plus que jamais, comme le faisait remarquer Annie Clément-Perrier, en introduction à un article consacré à la photographie chez Claude Simon, "toute photographie rend sensible la dimension mélancolique du temps, atteste la vulnérabilité de l'existence, de ce qui a été, dont il reste l'empreinte lumineuse, la trace visible laissée par la chose désormais absente". Cette chose qui risque de s'absenter d'ici peu, c'est une certaine forme d'insouciance voire d'inconséquence de légèreté et de frivolité, si caractéristiques de ce pays. Et qui sait si d'ici peu nous n'en viendrons pas à ressembler à ces deux personnages aux regards vides. Je plaisante, bien évidemment.


linked with Monday murals

vendredi 13 novembre 2020

St Jean Baptiste

 
Voilà,
j'ai souvent témoigné sur ce blog de mon intérêt pour l'art contemporain autant que d'une certaine défiance à son égard. Selon Marcel Duchamp "c'est le regardeur qui fait l'œuvre". L'œuvre présentée ici est une authentique œuvre d'art tangent. Comme l'a fait remarquer Benjamin Tardillon "ce sont les œuvres qui sont tangentes, non les artistes, et tout le monde peut participer à l’émergence d’une œuvre tangente car souvent l’œuvre tangente est là, à côté de nous ; il suffit de la regarder pour la voir." Celle-ci par exemple, avec son air de momie : un "St Jean Baptiste" de Rodin revisité sous le triple patronage de Joseph Beuys connu pour ses sculptures en feutre, de Christo célèbre pour ses emballages, et de Daniel Buren réputé pour l'utilisation des bandes :-)
Shared with - Rain'sTADD

mardi 10 novembre 2020

Dévastation


Voilà,
cette nuit j'ai rêvé que j'étais en proie à des hallucinations. Chaque fois que j'entrais dans les toilettes de mon appartement, elles offraient un état de dévastation toujours différent qui m'angoissait aussitôt un peu plus. La première fois j'en étais aussitôt sorti stupéfait et en quelque sorte effrayé par ce que je venais de constater. Mais y retournant j'avais compris que le décor ne pouvant aussi vite changer, c'était mon imagination qui produisait ces transformations. Pourtant touchant les murs répugnants d'où la peintures s'écaillait en vaguelettes, j'avais au bout de mes doigts la sensation physique de la dégradation des lieux. Cela se mélangeait confusément à une vague information qu'il m'avait semblé voir où entendre selon laquelle un décret avait drastiquement durci le confinement, de sorte que je me retrouvais sans réserve alimentaire. J'étais si intensément englouti dans le sommeil, qu'à aucun moment je n'avais conscience de rêver.
shared with friday face off -

lundi 9 novembre 2020

Monstres

 
Voilà,
c'était gare du Nord début Octobre et le hasard m'avait offert l'étonnante juxtaposition de cette femme agrippée à son smartphone et de ces grandes reproductions de pages du livre d'Emil Ferris "My favorite thing is monsters", traduites en français. En dérobant subrepticement cet instant, je savais qu'il y avait probablement quelque chose d'insolite. Je n'avais pourtant pas eu le temps de lire le texte ni de remarquer le jeu des visages dessinés autour du sien, pas plus que la croix au-dessus d'elle. (Linked with our world tuesday)

dimanche 8 novembre 2020

Onze ans


Voilà
onze ans que j'ai commencé ce blog. C'était aussi un dimanche. Je repense à cette réflexion de Pessoa :"Tout ce que nous savons est une impression ressentie par nous-mêmes, et tout ce que nous sommes une impression ressentie par les autres, étrangère à nous-mêmes". Mais je ne suis plus certain de ce que je sais ni de ce que je sens. Je m'efforce de croire que j'écris est au plus près de ce que je suis. Mais je ne sais pas ce que je suis. Je me dérobe à mesure que je pense me trouver. Je sais juste que je fuis. Comme une vieille chambre à air. Je fatigue. Je n'ai plus d'idées. C'est ainsi : toute sa vie on cherche l'inspiration, puis on finit par expirer. Mais quand même je me serais lié à d'invisibles présences et depuis ce monde d'ombres évoqué au premier jour, des signes m'auront malgré tout été adressés.
Sinon, il semblerait que le monde soit devenu peut-être un peu moins fou. Je l'espère de tout cœur.
(Linked with Monday murals)

jeudi 5 novembre 2020

Je connais de grandes stagnations



Voilà,
 Je connais de grandes stagnations. C'est dans mon âme même que je stagne. Il se produit en moi une suspension de la volonté, de l'émotion, de la pensée, et cette suspension dure des jours interminables ; seule la vie végétative de l'âme – la parole, le geste, l'allure – peut encore m'exprimer aux autres et, à travers eux, à moi-même. ( Fernando Pessoa in " Le Livre de l'Intranquillité)
Linked with skywatch friday

mercredi 4 novembre 2020

Mes nouveaux copains


Voilà,
l’automne est un peu frais, mais lumineux. Sur la première photo on peut apercevoir mes deux nouveaux copains qui me permettent, dans le cadre légal de l'heure de sortie que je suis en droit de m'octroyer, d’accomplir un effort physique bref et intense. Sur le vélo elliptique je peux observer le bleu du ciel entre les frondaisons et contempler ce petit hêtre tortillard (tel est son nom) en me rappelant quelques enfants riches qui peuvent profiter d'une telle présence dans le jardin de leur propriété familiale, et pour lesquels l'été, il est bien agréable d'y trouver un abri sous le feuillage, et de s'y faire une cabane naturelle. 
Pour accompagner ce laborieux exercice, j'écoutais ce matin une de ces vieilles playlists dont j'ai déjà parlé, me laissant emporter dans des divagations que favorise le mouvement répétitif. Je songeais aux possibilités demeurées virtuelles, aux occasions qui ne furent pas saisies, aux fausses routes et au contingences qui m'ont mené là, doutant d'avoir maîtrisé grand chose dans ma vie.

lundi 2 novembre 2020

Rue des Thermopyles


Voilà, 
j’y repense chaque fois que je passe dans cette rue voisine que j'ai souvent photographiée. Donc début mars 1986, nous tournons à l’INA un court métrage sous la direction de François Pain à partir de quelques séquences du spectacle "Rêves de Kafka" mis en scène par Philippe Adrien. Un des techniciens qui a le même prénom que moi possède une voiture et habite rue des Thermopyles. Je rentre tous les soirs avec lui et quelques autres participants du film. Un soir l’un d’entre eux s’excuse de ne pas pouvoir finir le tournage avec nous. Il est vraiment désolé mais il a une super proposition, il va devoir nous quitter. Une semaine au Liban pour un reportage. C’est bien payé. Cela ne se refuse évidemment pas et tout le monde comprend. Simplement voilà, une fois sur place l’équipe est enlevée le 8 Mars par une milice armée. Deux journalistes seront libérés au bout de quatre mois, le troisième au bout de 9 mois. Lui, Jean-Louis Normandin passera plus de 18 mois prisonnier dans d’effroyables conditions. Juste se rappeler que la notion de confinement est très relative.

dimanche 1 novembre 2020

Un vague malaise, un léger embarras


Voilà,  
le téléphone une fois raccroché, je me suis demandé pourquoi il avait éprouvé le besoin de parler autant. S'était-il ainsi répandu depuis son lit d'hôpital parce que la mort était passée très près ? Le matin même je lui avais envoyé un SMS, pour lui témoigner mon soutien et lui adresser mes vœux de rétablissement, parce que la veille, il avait annoncé, son hospitalisation à ses abonnés Whatsapp.
Je l'avais laisser s'exprimer — il semblait en avoir besoin — sans rien objecter aux phrases définitives à propos de l'actualité politique, littéraire, sociale qu'il assénait d'un ton péremptoire. Rarement non plus, il n'avait auparavant dressé un tel inventaire de toutes les personnes célèbres et réputées qu'il avait rencontrées. J'attribuai cette soudaine exaltation dont il est ordinairement peu coutumier aux corticoïdes qu'on lui avait administrés, et dont l'effet peut se comparer, m'avait-t-il expliqué, à celui des amphétamines. Au passage il en profita pour évoquer cette époque du Palace où il prenait des cocktails d'amphétamines et de coke pour baiser toute la nuit dans de ce qui était alors le temple populaire de la luxure et du libertinage.
Mais quand même, il m'avait aussi raconté ce que le médecin lui avait dit. Apparemment il avait eu de la chance. 
Je me fais donc à présent du souci pour mon ami, en même temps que je ne peux m'empêcher d'éprouver un vague malaise que je ne parviens pas à dissiper. Son monologue trahissait une sorte d'hystérie mêlée de fausse désinvolture, qui ne lui ressemblent vraiment pas. J'espère qu'il va promptement se rétablir. 
C'est curieux comme ces derniers jours j'ai pu recevoir d'étranges messages. Certains m'ont laissé vraiment perplexe. Mais ces temps sont si incompréhensibles et parfois tellement effrayants. Et qui sait ce que moi-même je pourrais faire d'ici peu.
Histoire de m'aérer les neurones, j'ai donc résolu de m'accorder un petit tour dans le périmètre autorisé. Après avoir rempli le formulaire adéquat, ça va de soi. J'ai emprunté un raccourci par le cimetière, en évitant les grandes allées, car en ce jour de Toussaint, c'était l'affluence. J'ai traîné de-ci de-la, une heure durant, puisque c'est le temps qui m'est imparti. 
Cependant je ne suis pas repassé par l'Avenue du Général Leclerc. Voilà quelques temps déjà j'y ai photographié cette fresque étrange, peinte par l'artiste evazeSir nrc. Une sorte de collage mural, assez destructuré.
Linked with monday murals

vendredi 30 octobre 2020

Promeneurs dans un œil d'or


Voilà,
les promeneurs à peine sortis de l'enfance trimballaient leur naïve arrogance. Ils répétaient des choses qu'ils avaient entendues de leurs aînés sans toutefois vraiment les comprendre. Ils affirmaient bruyamment "mieux vaut vivre comme Deleuze ou Foucault et penser comme Kant plutôt que le contraire". C'est qu'ils aspiraient à être l'élite intellectuelle de demain. Ils se sentaient pour cela dans l'obligation de faire provision de phrases définitives. Ils se les appropriaient faisant claquer comme des fouets ces nouvelles certitudes. 
Ils étaient passés dans le regard du vieil homme sans même l'apercevoir. 
Les entendant le vieux les avaient considérés avec un peu de commisération. Ne leur avait il pas ressemblé ? N'avait il pas été, lui aussi en son temps, comme eux péremptoire ? N'avait il pas braillé d'irrévérencieux slogans — "le désordre c'est l'ordre moins le pouvoir"—, asséné d'incompréhensibles et sentencieuses formules dont la fatuité n'avait d'égale que l'indigence —"chaque époque doit trouver son humanisme en l'orientant vers son degré extrême d'aliénation"—. 
Ils finiraient bien par se rendre compte. Ils n'étaient pas préparés au monde de terreur vers lequel ils cheminaient. Le vent de l'Histoire ils allaient pour sûr le sentir passer, d'ici peu. Mais ils n'avaient encore aucune idée de la forme que cela prendrait.
Il aurait bien aimé leur  souhaiter l'illusoire prospérité du monde dans lequel il avait vécu et qui avait conduit à ce présent si déplorable, et à cet avenir angoissant. Inconscients pour le moment de ce qui les guettait, ils se divertissaient
"Qu'ils en profitent" songeait le vieux. "Qu'ils se donnent de la joie, du plaisir. Le courage viendra après. Il en faudra".

mercredi 28 octobre 2020

Remuez vos corps d'athlètes


Voilà 
"Dénonce les voisins qui font du jogging et accumule des points pour gagner un week-end à Vichy". C'était une plaisanterie qui courait sur les réseaux sociaux au moment du premier confinement, lorsque le bon vieux tropisme français pour la délation refaisait son apparition. En même temps c'était étrange d'apercevoir dans la rue des injonctions absurdes en ces circonstances telles que "Remuez vos corps d'athlètes" alors que tout le monde était plus ou moins assigné à résidence, et que seulement une heure de plein air nous était autorisée. Mais aux injonctions contradictoires, nous nous sommes habitués depuis le mois de Mars. Et à ce qu'il semble, cela n'est pas près de s'arrêter. Donc, ce soir on nous annonce que l'heure et grave, la situation devient incontrôlable et il va falloir reconfiner et fissa. On nous annonce quatre semaines, comme la dernière fois mais il est possible qu'on soit amené à hiberner. Je devais faire une lecture publique vendredi au Studio Hébertot qui va vraisemblablement être annulée. Quelques répétitions de prévues. Des castings. J'en saurai plus ce weekend. Je pense évidemment à tous mes camarades qui devaient se produire dans ces prochains jours. Surtout aux plus jeunes.
Quoiqu'il en soit, je me sens beaucoup moins vaillant qu'au printemps. Et je ne suis pas certain d'avoir été très prudent ces dernières semaines, un peu dans le déni de cette nouvelle vague, au prétexte qu'en Février 19, j'ai connu un épisode broncho-rhino-pharyngé  assez terrible et que je me suis persuadé que cela ne pourrait pas se reproduire. Comme j'ai un bilan sanguin plutôt bon, et que mon dernier rendez-vous chez le médecin semblait plutôt rassurant, il est possible que j'en sois venu à manquer de vigilance. Je prends pourtant des vitamines. Je renforce mes défenses immunitaires. Je mange équilibré. Je fais de l'exercice. Je porte un masque lorsque je sors. Je me tiens la plupart du temps loin des autres. Cela suffira-t-il ?
À présent j'ai des doutes. Un être proche a été contaminé. Sans gravité, certes, mais tout de même. Et je me demande si je n'ai pas été un peu présomptueux. J'ai pris le métro, le bus, Je suis allé au musée, au cinéma.
Évidemment les nouvelles alarmantes diffusées à la télévision n'incitent guère à la sérénité. Cependant on ne nous dit jamais que 97% des français qui ont déclaré la maladie n'en meurent pas. Sachant que nombre de gens l'ont peut-être contractée mais l'ignorent, faute de dépistage et de traçage, il est probable que La proportion de survivants est plus importante encore. Entretenir la peur est plus facile que d'avouer ses incompétences. Macron était conseiller à l'Élysée, puis ministre du Budget avant  de trahir son président. Il a une part de responsabilité dans l'appauvrissement de la Santé publique. Rappelons que l'Allemagne a 20 000 lits de réanimation pour 83 millions d'habitants. La France 6000 pour 67 millions.

mardi 27 octobre 2020

Instructions pédagogiques


Voilà,
à tous ceux qui, cette dernière semaine, sur les réseaux sociaux, ont écrit "Je suis enseignant", sans pour autant l'être, comme on déclarait il y a cinq ans "je suis Charlie", et qui, vraisemblablement par goût du risque, se sont découverts une nouvelles vocation, il me semble nécessaire voire urgent de rappeler quelques instructions et/ou outils pédagogiques, de l'éducation nationale, où l'on parle couramment le Roland-Barthes sans crainte du ridicule.

La nécessité d’un modèle théorique et technologique de l’agir enseignant dans la classe
Un contexte idéologique et politique pressant
La transposition nécessaire d’un ensemble très riche de travaux théoriques
Des obstacles théoriques et praxéologiques bien identifiés
  • Rompre en formation et dans la recherche avec la partition didactique / pédagogie
  • L’élève et le maître : des personnes et pas seulement des sujets épistémiques
  • Identifier la singularité de l’agir de l’enseignant, sa créativité au cœur de formes sociales et scolaires pérennes
  • Donner un statut aux divers langages dans la classe
  • Rendre compte de l’évolution des significations partagées pendant la leçon, théoriser les imprévus
  • Conclusion intermédiaire : la nécessité d’un modèle fédérateur, heuristique, qui soit praxéologique mais non normatif

Le modèle du multi-agenda, une architecture de cinq macro-préoccupations conjuguées (travaux de 2004-2007 de l’ERTE 40)
Le pilotage de la leçon
L’atmosphère
Le tissage
L’étayage : un organisateur central de l’agir enseignant
Les savoirs visés : une cible floue
 

Postures d’étayage des maîtres, postures d’apprentissage des élèves : un jeu dynamique (travaux de 2007-2008)
Éléments de méthodologie : le principe de la comparaison
Premiers résultats : des gestes de métier installent vite un genre commun et son pilotage
Retour sur le terme posture aujourd’hui très à la mode
Bref rappel sur les postures d’étude des élèves
La posture d’étayage du maître : une organisation modulaire et finalisée de gestes
Un inventaire limité des postures d’étayage et leurs gestes constitutifs
La dynamique réciproque des postures : un double ajustement
Les changements de postures : le jeu entre dynamique de surface (contexte) et logiques profondes
 

Postures d’étayage des enseignants, postures d’étude des élèves : quels liens ? Une étude de cas
Isabelle : une posture d’accompagnement dominante dans le premier scénario
Les postures des élèves d’Isabelle
Sophie : une posture de contrôle dominante, la parole des élèves en partie confisquée
Les postures des élèves de Sophie
 

Conclusions et perspectives
Une grammaire de l’agir enseignant à poursuivre
Mais une grammaire à poursuivre.

Sinon, sauras tu trouver le punctum de cette photographie unaire représentant un fétiche de sujet épistémique s'apprêtant à traverser un référentiel balisé ?

 linked with signs2

lundi 26 octobre 2020

Lumière d'Automne


 Voilà,
 hier au cinéma (car les cinémas sont encore ouverts pour le moment) j'ai vu la bande annonce du film de Viggo Mortensen "Falling". Deux répliques m'ont particulièrement réjoui : "Quand un type de mon âge se dit qu'il a envie de pisser, c'est qu'il l'a déjà fait" et "le paradis ne veut pas de lui et l'enfer nous l'envoie". il ne m'en faut pas plus pour faire ma journée, ces temps-ci. Et aussi ce petit bonheur du jour : En ouvrant ma fenêtre (car il est très important d'aérer pour combattre le virus), à la fenêtre d'en-face, de l'autre côté de la rue, j'ai aperçu une jeune femme avec son copain dans la cuisine de l'appartement de ses parents. Elle m'a fait un petit bonjour de la main. Je me suis dit que cela devait une des filles que, de chez moi, j'ai vues grandir autrefois, dans cette maison sans jamais les connaître. Elles ne viennent plus très souvent, car elles doivent habiter dans une autre ville ou un autre pays. Je les ai aperçues adolescentes, essayer des looks différents, amener des potes chez elles, et devenir des femmes... Et puis à la réflexion, j'ai réalisé qu'il devait plutôt s'agir d'une fille de ces filles... Eh oui, le temps passe vite.
En attendant c'est l'automne et aujourd'hui la lumière est aussi belle que la semaine dernière à Chantilly. 
(linked with skywatch friday)

dimanche 25 octobre 2020

L'homme qui monte l'escalier


Voilà,
j'ai aperçu il y a peu, rue Etienne Marcel cette peinture murale de Fabio Rieti, là depuis très longtemps, mais qui a été restaurée ces dernières années, par sa fille, grâce au financement de la ville de Paris. C'est selon l'auteur du projet  "un peu une autobiographie. C'est moi, qui monte l'escalier avec ma valise. Au-dessus, il y a ma petite fille. Et en bas, c'est la référence à la musique, avec Glenn Gould et Yehudi Menuhin. Mon père étant lui-même musicien"
Cette gigantesque fresque murale, en rappelle une autre autrefois très connue qu'il avait lui-même réalisée sur l'une des faces d'un gigantesque cube de béton dressé dans le quartier des anciennes halles de Paris qui abritait l'usine de climatisation du centre commercial souterrain des halles-beaubourg construit à l'emplacement des anciens bâtiments Baltard. Ce cube qui fit en son temps scandale, fut ensuite entouré par des immeubles prévus dans le plan de réaménagement urbain du quartier. Fabio Rieti est aussi l'auteur des fenêtres peintes de la place Edmond Michelet. (Linked with Monday murals).

vendredi 23 octobre 2020

Masque parmi les masques

Voilà,
elle s'est insinuée dans notre quotidien l’étrangeté. Tout particulièrement dans les villes. On cherche des issues hors de chez-soi. Ce n'est pas sans une certaine fatigue, que las, résignés, nous cheminons dans un environnement bizarre, devenu hystériquement hygiéniste. On se surprend de plus en plus souvent à y percevoir l'autre avec méfiance, redoutant son éventuelle puissance contaminante. Et l'on avance incertain dans un labyrinthe de frayeurs et de songes rugueux. (Linked with weekend reflections)

jeudi 22 octobre 2020

Transformer les morts en diamants

 

Voilà,
j'ai lu qu'à Hong-Kong, faute de place on transforme les morts en diamants. Comme ne l'a pas dit Confucius, "si ta vie n'a pas été brillante ta mort peut le devenir". Et je me suis rappelé ces larges avenues du cimetière chinois de Manille, ses tombes bâties comme des villas, et l'allée des nouveaux-nés avec son panier de basket. (Linked with the weekend in black and white)

mardi 20 octobre 2020

Du côté des étangs de Commelles

  
 

Voilà,
c'était bon d'aller prendre l'air hier, à quelques kilomètres de Paris, du côté du domaine de Chantilly, aux étangs de Commelles près du château de la reine Blanche. Bon de marcher en bonne compagnie, de s'abstraire un moment de l'ambiance délétère qui plane sur ce pays, en raison de ce crime horrible commis par un fanatique islamiste contre Samuel Paty un professeur d'Histoire. Mais je n'étais pas aussi détaché que j'aurais voulu l'être. Je repensais à ce texte, lu le matin-même sur facebook, écrit par un certain Alexis Poschke et que je reproduis là in extenso (Linked with my corner of the world)
 
 "Il y a ce moment que craignent tous les enseignants dès lors qu’ils s’aventurent en-dehors de leur maigre zone de confort, à l’occasion d’un repas de famille, d’un verre avec des inconnus : ce moment que votre métier, que bien souvent vous faites par passion, parce que vous avez une vocation, en est réduit à de vagues préjugés : pour les uns, vous êtes au mieux un fainéant, au pire un lâche, et il s’agit de vous situer sur le dégradé de la planque. D’autres vous disent, croyant vous faire plaisir, qu’ils ne pourraient pas faire votre travail quand ils apprennent que vous enseignez en banlieue, puis déroulent un chapelet de préjugés sur vos élèves, ou alors remettent en question le bien-fondé de vos séquences si patiemment préparées, pensant secrètement mais sans vous le dire que vous êtes un idiot. À ce moment, vous savez que la soirée est gâchée. Tout en vous mordant les joues, vous apprenez à ne plus réagir que lorsqu’on attaque vos élèves : pour vous-même, c’est peine perdue ; parfois obtient-on, à la rigueur, un petit : « toi, c’est différent », semblant de compromis qui permet de clore un débat qui n’a pas vraiment eu lieu. Le mépris, c’est l’ordinaire des enseignants. Et puis, le mépris, c’est visqueux, c’est contagieux. À la fin, tout le monde se sent en droit de vous faire la leçon.
 
À la vérité, je crois que si les enseignants ont cette habitude de se marier entre eux, c’est parce qu’on ne vous comprendra jamais plus exactement dès lors que vous avez commencé à faire cours. Ce qu’il se passe dans une salle de classe est si complexe, subtil, que tous ceux qui en parlent à votre place vous agacent. Devenir enseignant, c’est devenir incompris dans un monde qui croit savoir mieux que vous ce qui fait votre quotidien, et ce que vous devriez dire, faire, enseigner. Les uns vous reprochent vos vacances, d’autres votre lâcheté supposée, et d’autres encore la teneur de vos cours. Que s’imaginent-ils ? Qu’on entre dans la fonction publique comme dans un grand lit douillet et qu’il n’y a plus qu’à y faire ce qu’on veut ? Le plus souvent, c’est simplement agaçant ; parfois, quand d’aucuns se sentent en droit de s’offusquer, c’est une porte ouverte au pire. C’est aussi le début d’une tragédie.

J’ai lu depuis hier bien des horreurs à propos de l’assassinat atroce de Samuel Paty. J’ai lu par endroits d’odieux commentaires qui osaient lui reprocher d’avoir montré des caricatures de Mahomet en classe. Des larmes de rage me sont à nouveau montées aux yeux, venant ajouter plus d’horreur encore à l’horreur. L’accuser de cela, c’est ça le lit douillet ; il consiste à dire : le problème est réglé, puisqu’il venait de lui. Ces reproches sont des coups portés à sa mémoire, et à l’honneur aussi de ceux-là même qui les portent. Ils éclaboussent de honte ceux qui les tiennent.

Ils sont évidemment nombreux, les enseignants – et j’en suis – à aborder des sujets de société en classe. À l’occasion d’une remarque qui fuse, et qui nous pousse à interrompre le cours, parce qu’il faut faire un peu de ménage, parce qu’il y a des choses qui moisissent sous les crânes, des intolérances de tous bords qu’il faut pêcher dans les têtes pour les jeter au centre de la salle, et les voir se débattre et s’asphyxier, comme des poissons sur le pont d’un chalutier. Après un drame, aussi, quand les enseignants, parfois endeuillés eux-mêmes, doivent gérer une émotion qui les dépasse, mais qu’il n’y a qu’eux à la barre. Alors, pour un instant, ils deviennent des « héros », et on les pare d’attributs dont ils ne veulent pourtant pas, ils veulent surtout des classes moins chargées, et dont on parait aussi les soignants il y a quelques mois – ça ne coûte rien, des mots. Le mêmes qui n’avaient que du mépris pour le corps enseignant se rangent avec eux, et déguerpiront dès que l’actualité sera différente pour se ranger ailleurs, comme des pénibles lors des alarmes incendie.

Il faut parfois du courage, croyez-moi, pour tenir face à une classe qui déborde de questions, dont certaines sont de nature à vous heurter ; non pas que les élèves veuillent vous bousculer pour voir comment vous allez tomber, mais ils veulent parfois simplement éprouver un discours qu’ils avaient, le confronter au vôtre, celui de l’institution. Lorsqu’ils font ça, je me dis qu’on avance tous ; je préfère entendre des horreurs pour pouvoir ensuite en discuter qu’abandonner mes élèves à des discours d’intolérance. Il faut parler, de tout, d’absolument tout, dès lors que le besoin s’en fait sentir. Évidemment qu’il faut parler de la liberté d’expression. Évidemment qu’il ne faut pas avoir peur d’aborder un sujet, quel qu’il soit. Ou l’on crée des générations qui pensent que la Terre est plate, que l’évolution n’est pas scientifique, que tout brûle sauf le Coran, que quelque part on organise un « grand remplacement », que le génocide arménien n’a pas existé, et même que les sirènes, elles, existent. Figurez-vous que nos élèves ne sont pas les imbéciles qu’on croit parfois, qu’ils sont capables de débattre et de discuter, de se remettre en question, de réfléchir. S’interdire des sujets, c’est insulter leur intelligence, et oser les heurter, c’est une manière de respect.

La laïcité – mot que l’on trempe dans toutes les sauces – ne signifie pas, comme j’ai pu le lire, que la religion n’a pas sa place à l’école : elle l’a, au sein des programmes. Le monde contemporain ne serait pas ce qu’il est sans l’apport des monothéismes. On ne peut le comprendre sans comprendre les religions du Livre. Il faut toujours questionner la religion, et ça n’est pas un manque de respect que de le faire, ça n’est pas non plus une agression. Notre travail, c’est de donner aux élèves des rames pour avancer dans le monde que d’autres ont préparé – ou détruit, question de point de vue – pour eux, de les pousser à la réflexion. Je dis souvent à mes élèves qu’une idée, si forte soit-elle, si convaincu soit-on qu’elle est inattaquable, ne vaut rien tant qu’on n’a pas eu à la défendre par des arguments ; qu’il faut toujours chercher à l’attaquer par soi-même pour voir si elle tient debout, si elle a des failles, et qu’on en sort toujours gagnant, soit qu’on saura mieux défendre ce qu’on avait pensé sans savoir pourquoi, soit qu’on aura laissé tomber une pensée qui ne valait rien, ou qui ne nous allait pas. Un vrai débat ne fait que des gagnants, et tout ce qui est gagné autrement que par des arguments est en fait perdu.

L’esprit critique, c’est un cadeau que l’on fait à nos élèves. C’est un beau cadeau, peut-être la plus jolie chose qu’on puisse leur donner, parce qu’une fois qu’on l’a, on ne le perd pas de sitôt.

Il faut tenir bon et continuer de questionner le monde par tous les moyens ; il ne le faut pas par posture, pour faire les gros bras, mais il le faut parce qu’ils le méritent. Parce que nos élèves ne sont pas les hordes sauvages que nous décrivent les éditorialistes mais des êtres pensants, curieux, subtils, ambitieux aussi. Il faut toujours tout questionner. Samuel Paty avait indiscutablement raison de le faire.

Un homme hier parce qu’il croyait en l’intelligence et en l’esprit critique, a été décapité, en quittant son collège, par un lâche qui n’avait en manière d’argument qu’une lame. Comment en est-on arrivé là ? Je ne suis qu’enseignant, je n’en sais rien, je ne sais parler que de ce que je connais, pour le reste, je n’ai que des larmes. Je garde pour ailleurs ma colère et ma rage et mes cris étouffés. Pour demain, aussi, pour la place de la République qui peut-être en a assez de nos cris, et qui se demande pourquoi ils ne cessent pas, pourquoi on n’a pas réussi à faire en sorte qu’on puisse ne plus crier, ne plus pleurer. Je me le demande aussi, et la question me tourne dans la tête. Mais je ne suis qu’un enseignant, et nos épaules à tous sont lourdes ces temps-ci.

Aujourd’hui, je pense à mes élèves, et je regrette d’être en vacances ; j’aurais voulu être là pour eux lundi, pour faire ce qu’il faut faire de toutes les choses traumatisantes : en parler. Défaire les nœuds de la pensée, les aider à y voir plus clair, leur dire que les méchants, c’est pas eux. Ils vivront peut-être certains discours comme des attaques dans les jours à venir, parce qu’il est si facile d’écrire « musulman » sur une boîte et de mettre tout le monde dedans. Je pense aussi à cette petite fille, j’espère que ça ne vous choquera pas, dont on a jeté l’identité sur internet, et à la culpabilité qui va l’étreindre. Je pense aux élèves à qui les charognards de l’information ont tendu des micros pour abreuver leurs journaux. Je pense plus particulièrement aux élèves de Samuel Paty, je pense à eux maintenant et à eux plus tard, j’espère qu’ils seront entourés dans les jours à venir.

Et je pense avant tout à Samuel Paty et à tous ceux qui l’aimaient.

M. Paty, je ne vous connaissais pas, mais je vous pleure aujourd’hui. J’aurais voulu que tout le monde puisse recevoir l’esprit critique que vous vouliez offrir à vos élèves.

Moi, aujourd’hui, je n’ai que des larmes à vous offrir, à offrir à votre mémoire et à ceux qui vous connaissaient, et la promesse de ne pas vous oublier."

je songeais à de récentes conversations tenues il y a quelques semaines avec des gens pourtant estimables, avec D. avec A.  qui trouvaient que les enseignants avaient tort de se plaindre, "qu'ils avaient quand même des avantages", qu'ils étaient protégés et trop souvent à récriminer et qu'ils étaient quand même très privilégiés avec beaucoup de vacances. Et je me demandais, en regardant le paysage si ces conneries leur revenaient en mémoire. S'ils imaginaient la concentration que cela requiert et la fatigue qui en résulte et que c'est désormais un métier où l'on risque de plus en plus sa peau.
Ce sont des temps très mélancoliques que je traverse. Et je ne suis pas le seul. Bien sûr l'automne y est pour quelques chose, de même que la recrudescence des cas de covid, mais aussi cet état permanent de tensions sur les ondes, les réseaux sociaux, cette culture du clash et de l'invective, qui se substitue à la pensée, et cette impression tenace qu'on ne fait que s'enfoncer un peu plus chaque jour dans une sorte de chaos... Heureusement, il reste les petits bonheurs, même s'ils viennent de loin, ces choses futiles qui parfois aident à ne pas pleurer, comme la victoire des All Blacks contre une valeureuse équipe australienne chez eux devant un stade comble, dans un pays dirigé par une femme aimée de son peuple et triomphalement réélue parce qu'elle a su, dans l'adversité faire preuve de pragmatisme d'intelligence et d'humanité.

 
Et puis aussi cet incroyable composition de Sonny Clark interprétée par des musiciens d'exception, entendue à la nuit tombante sur l'autoroute, au retour, après une après-midi de marche. Et les beaux paysages du parc et du château de Chantilly, que je publierai ultérieurement si tout va bien.
 

samedi 17 octobre 2020

Catherine van de Rhee


Voilà,
Si je me souviens bien elle naît en 1906 à Bréda aux Pays-Bas d'où sont originaires ses parents. Elle a un frère aîné. Alors qu’elle a six ans, ses parents musiciens tous deux, décrochent un contrat au grand théâtre de Bordeaux. Ils laissent donc leur fille chez un oncle au pays, à La Haye. Je ne sais pas si l'aîné était aussi avec elle. Le frère et la sœur ne viendront en France, que six ans après, lorsque la guerre déclarée entre temps sera finie. Heureusement, durant le conflit les Pays-Bas auront été un état neutre. Elle vit désormais à Bordeaux avec ses parents et poursuit des études de musique. Elle obtient même un premier prix de violon au conservatoire de Bordeaux. Elle a dix-sept ans lors de la tragédie. De retour de courses elle découvre le corps ensanglanté de son père qu’elle aimait tant, assassiné par sa mère avec le couteau de cuisine destiné à découper le gigot encore fumant sur la table. Le père volage ayant paraît-il ironisé sur la jalousie maladive de sa femme, sa carotide en fut tranchée. Il est des circonstances où il vaut mieux éviter de faire le malin. On plaidera le crime passionnel et la mère écopera de trois ans de prison. Elle récupère chez elle sa mère à sa sortie, mais, excédée de l’entendre sans cesse médire du père assassiné, la chasse très vite de chez elle. À partir de là, plus de trace de la mère. Elle se fâchera également avec le frère qui lui aurait reproché d'avoir malgré tout tenté de soutenir sa mère. Elle ne le reverra plus bien que, comme elle, il continuât de vivre dans la région
Ses talents de musicienne lui permettront de survivre dans des orchestres de bals, de guinguette, de formations accompagnant la projection de films muets. Elle se marie brièvement vers 18 ans, avec un ami des parents, sensiblement de leur âge, qui la récupère après le drame. Elle divorce très vite. A vingt deux ans elle tombe enceinte de mon père dont elle ne s'occupera jamais beaucoup par la suite. L'homme qui l'a engrossée puis épousée est, à l’époque, un flambeur sans scrupule, un homme à femmes, un type assez égoïste. Plus tard elle vivra en concubinage avec un ami de cet époux, dont elle n'a pas divorcé et qui est plutôt content que son épouse soit entre de bonne mains. A la naissance de son deuxième enfant, ils vinrent paraît-il ensemble à la maternité. Mais elle ne put le reconnaître que bien plus tard, lorsque le divorce d'avec le premier mari fut signé. Chose étrange, le second enfant devenu adulte et marié donna à ses deux ainés respectivement fille et garçon les noms de la grand-mère meurtrière et du grand père assassiné. Aucun des deux enfant n'eut beaucoup d'affection pour cette mère qui n'avait pas la fibre maternelle. Pendant l'occupation l'aîné fut confié au père qui s'accommoda tant bien que mal de ce qu'il considérait comme un fardeau, et le cadet fut trimballé de familles d'accueil en familles d'accueil qui ne le nourrissaient guère au prétexte que l'argent dévolu à l'entretien de l'enfant n'était pas toujours envoyé. Mon père, chassé du foyer paternel par son géniteur qui venait de mettre enceinte une femme sensiblement du même âge que son fils, s'engagea dans l'armée après avoir refusé l'aide d'un de ses cousins qui lui proposait de travailler dans son entreprise de travaux publics. Il garda néanmoins le contact avec sa mère, toujours établie à Bordeaux où elle travailla le reste de sa vie comme secrétaire pour une entreprise de recouvrements de biens. Son demi-frère lui aussi demeuré dans la région, dut s'occuper de sa mère qu'il recevait tous les weekends. Il existe des photos où l'on me voit avec mes parents et ma grand mère lorsque je suis tout petit. C'est vraisemblablement entre la fin de la guerre d'Indochine, et l'Algérie où mon père se rendit d'abord seul avant que ma mère ne le rejoigne en ma compagnie en 1959. Peut-être la photo ci-dessous date-t-elle de d'une permission (c'est comme ça qu'on appelle un congé dan l'armée ou la police) accordée à mon mon père durant la guerre d'Algérie. Il n'a pas l'air très content d'être surpris comme ça par un photographe de rue, je crois. Je me souviens que cela existait. il fait son regard de tueur, de militaire quoi, ce genre de regard qui t'apprend vite à être sournois quand t'es môme. Je tiens à la main une petite voiture que ma grand-mère a du m'acheter chez Maurice Verdeun, le magasin de jouets alors situé dans la galerie bordelaise et je me demande bien, en la regardant à présent, ce qu'il peut y avoir de si intéressant hors champ, à droite, du côté de l'œil qui ne voit pas.
 
 
 
 
Je fis vraiment la connaissance de ma grand-mère, ainsi que de mes cousins, alors que j'avais huit ans, quand mes parents furent mutés à 80 km au sud de Bordeaux dans le département des Landes, qui fut un endroit de renaissance, j'en ai déjà parlé. Nous allions la voir dans son petit appartement de la rue de la Devise, ou bien elle venait avec mon oncle ma tante et mes cousins. J'aimais bien ces visites alternées. Il arrivait parfois que nous allions pique-niquer avant d'aller à la plage. C'était poulet rôti chips et j'adorais ça. Je l'aimais bien cette grand-mère, elle était un peu fantaisiste, et puis c'est la seule qui me restait. Elle a toujours été très gentille avec moi. Je crois que la dernière fois où je suis allé chez elle, rue de la Devise, alors que j'étais de passage à Bordeaux, fut le jour où Nixon a démissionné.

vendredi 16 octobre 2020

La demeure du rêve


 
Voilà
Le plafond du rêve
est peint d'une couleur étrangère au rêve.

Le plancher du rêve
porte trace de lointaines latitudes.

La demeure du rêve
est voisine d'autres demeures
faites de matériaux différents.

Et l'habitant du rêve
a l'étrange conviction
de n'être pas né là.

Les rôles semblent permutés
et les fonctions interverties.
Tout rêve doit être remplacé par un autre .
Mais l'inévitable échange n'est pas un rêve
(Roberto Juarroz in "Onzième poésie verticale") 

Publications les plus consultėes cette année