samedi 14 mars 2020

Life can be perfect


Voilà,
mon forsythia a commencé à fleurir le 12 Mars, jours de l'annonce en France des consignes de confinement au motif de ce fameux coronavirus (covid-19 de son petit nom) qui a acquis son statut officiel de pandémie. Donc nous voilà au mieux, réduits à 30 jours de cocooning intensif. C'est certes forcément plus pénible dans les villes que dans les campagnes, mais ce n'est pas non plus le siège de Sarajevo ou d'Alep, ni le Yémen. Pour le moment c'est juste, redoublée par la conscience de notre soudaine vulnérabilité, l'angoisse éprouvée devant ce que nous sommes incapable de rationaliser. 
Ce que met désormais en lumière cette épidémie c'est l'impréparation de nos sociétés pour faire face à l'événement mais aussi l'incohérence de leurs fonctionnements. La politique de flux tendus au nom du profit maximum montre ses limites, et celle de la destruction massive des services publics révèle ses inconvénients. Quand on réduit le nombre de fonctionnaires il ne faut pas s'étonner que cela ne fonctionne pas. Aujourd'hui en France on s'aperçoit par exemple que la restriction du nombre de lits dans les hôpitaux  – 17500 en moins moins au cours des six dernières années – a un impact sérieux sur la gestion de cette crise, de même que la diminution du personnel soignant dans les hôpitaux. Et que dire des chiffres de l'Italie : 70 000 lits fermés en dix ans, réduction de 37 milliards d'euros pour les dépenses du système de santé. Ce n'est pas seulement le coronavirus qui tue, mais surtout l'austérité. D'ailleurs en France des recherches sur ce type de virus avaient été initiées après l'épidémie de SRAS de 2008 en Chine, et puis les pouvoirs publics jugeant que ce n'était plus un sujet d'investigation rentable, puisque l'épidémie ne s'était pas reproduite, ont coupé les crédits.
Les premières victimes de cette crise, autant que les malades, vont être les travailleurs précaires, les petits entrepreneurs, les indépendants, les commerçants et non les grandes entreprises qui ne payent pas d'impôts ni leurs actionnaires qui seront juste un peu moins riches.
Au moins prenons nous conscience de la fragilité du système neolibéral qui régit nos échanges économiques et sociaux. L'injustice qui est au principe même de ce système va en apparaître que plus flagrante. Mais ne nous leurrons pas, les riches, les possédants ne lâcheront rien. Ce sont d'abord, les pauvres qui vont mourir, pas forcément de la maladie, mais de ses effets collatéraux car tout cela provoquera encore plus d’exclusion, de chômage et de détresse.
Nous vivons dans un monde de capitalisme financier où les banques et les fonds d’investissement et de pension font la loi tant que ça rapporte (et sinon exigent des deniers publics pour les sauver), où les Bourses dominent l’économie, où les multinationales ont joué la mise en concurrence de pays qui se mettent, sous leur influence, au dumping social, écologique et fiscal. Un monde et des nations où la dérégulation est devenue la norme, dans le champ de la finance en vertu d'accords dits de libre-échange et de libre investissement qui attribuent de tels pouvoirs aux multinationales que ces dernières peuvent modifier les règles du jeu aux dépens des États.
Dans ce contexte de la mondialisation financière néolibérale, "le coronavirus joue le rôle d’une simple allumette capable de mettre feu à tout un immeuble parce que ce dernier est construit avec des matériaux hautement inflammables, parce que les conduites de gaz sont percées, parce qu’il n’y a pas d’alarme incendie ni de services de pompiers. Bien d’autres allumettes auraient pu et peuvent encore mener à une possible récession liée à un krach boursier" comme le fait remarquer Jean Galdrey dans le quotidien "Reporterre"


Au moins ce virus a-t-il une vertu : celle de nous donner une idée du chaos auquel nous devons nous préparer et qui ne manquera pas, si l'on en croit le diagramme du club de Rome, de survenir désormais à très brève échéance avec plus d'amplitude encore, en raison des désordres sociétaux à venir, combinés au changement climatique global. D'ailleurs ne serait-il pas plus judicieux de considérer cette pandémie comme une première phase du désastre écologique qui nous guette, d'y voir une des premières manifestations de ce fameux effondrement dont on parle tant depuis quelques années. Autant penser d'ores et déjà la catastrophe globale au présent même si, soit dit en passant, de nombreux peuples la vivent depuis longtemps.
En attendant, dans notre vie quotidienne, des choses que l'on croyait immuables sont remises en question. Le cycle des compétitions sportives par exemple. Celui des festivals de musique, de théâtre. Les musées ferment. Les lieux de culte aussi. Les monuments sont interdits à la visite. Tous ces rituels supposés unir des foules dans une même ferveur, une même communion sont annulés. Ainsi cette année, la place Saint-Pierre au Vatican sera probablement déserte à Pâques.
Bien sûr en Europe, il y a quelques incohérences. Les britanniques mus par quelques vieil instinct tribal ou insulaire n'annulent pas le match de Rugby opposant cet après-midi l'Écosse au Pays de Galles. En football Liverpool a accueilli récemment l'équipe de l'Atletico de Madrid et ses supporters. Mal lui en a pris, elle a perdu. Pourvu que la ville n'y ait pas gagné trop de contaminations. En France on maintient les élections municipales (il faut dire que le discours du président sur l'épidémie tenait aussi lieu de discours électoral, le cynisme n'a pas de borne). Les belges par contre ont convenu de fermer les bars et les commerces. Les Espagnols aussi. Sans doute qu'on fera de même d'ici peu. On ferme les frontières à l'intérieur de l'Europe. On chasse les miséreux qui se pressent à nos frontières. Chaque jour apporte son lot de nouvelles alarmistes. Il semblerait que nous vivions une période historique.
On en profitera dans un premier temps pour lire les livres qu'on se promet de lire depuis longtemps, pour regarder des vidéos, écouter du jazz et de la musique classique, découvrir des trucs qu'on ne connaît pas, pour faire du ménage aussi, jeter des vieux papiers, trier des photos, planter des fleurettes, explorer les paysages intérieurs, réparer, rapiécer, bricoler dans la mesure de ses moyens. En essayant de ne tomber malade en aucune façon.
PS. Finalement, in extremis, le match de Rugby a été reporté.
(Linked with weekend reflections

9 commentaires:

  1. Let's hope the weather warms up.

    RépondreSupprimer
  2. IT's bad enough to have to deal with the virus--- but to have to deal with people hoarding stuff adds insult to injury! Stay well, mon ami.

    RépondreSupprimer
  3. Prends grand soin de toi Kwarkito.

    RépondreSupprimer
  4. Super photo! Strange times!

    Le remède pourrait être pire que la maladie. Le chômage, l'austérité est les riches s'enrichissent, les pauvres s'appauvrissent.

    RépondreSupprimer
  5. Teddy Bears are such a comforting sight. - Margy

    RépondreSupprimer
  6. Nowadays, a teddy bear isn't enough to comfort people. They think toilet paper does. Yeah, weird and troubled times.

    RépondreSupprimer
  7. This is a happy, contented Teddy Bear with a great window reflections. Hope you stay safe and healthy.

    RépondreSupprimer

N'hésitez pas à laisser un petit message ça fait toujours plaisir

Publications les plus consultėes cette année