mercredi 2 novembre 2011

le rêve du matin


Voilà.
Lévite dans la pièce tout en haut coincé dans un coin. Le dos touche le plafond. Bras en croix comme un parachutiste en chute libre, sauf que là... bouge pas flotte juste. La pénible sensation d'être un ballon gonflé à l'hélium. Impossible articuler un mot. Grognements pousse des grognements. Par moments songe que ce n'est un rêve. Alors peut-être en train de grogner pour de bon ? Risque de réveiller ma fille donc dans la chambre à côté mais non pas là ma fille. M'angoisse aussi la possibilité que ce sortilège cesse d'un coup. M'écraserais au sol alors sur le ventre et le reste. En dépit de l'envie tenace, incapable de bouger de me déplacer dans la pièce putain dois avoir l'air un peu con tout de même. Si quelqu'un rentre et me trouve dans cette ridicule situation des problèmes ça posera des problèmes pour sûr. Péniblement, esquissant quelques approximatifs mouvements de brasse parviens à revenir (quel talent tout de même!) à une hauteur raisonnable. Encore un petit effort ! Accède à la pièce adjacente. Mais ne suis pas chez moi, croyais que... mais non pas chez moi. Dans un appartement haussmannien. Dingue! un appartement haussmannien !!! Dans une chambre faiblement éclairée maintenant à une hauteur déjà plus raisonnable, environ un mètre au dessus d'un lit. Deux vieillards y dorment. Mais descendre plus bas, ai beau insister, ça ne marche pas. Tiens mais au fait ces deux les connais non ?  Pas vrai! Pas eux!  Perds tout contrôle aussitôt sur eux m'écrase. Prends mes jambes à mon cou déguerpis illico presto. Ouvre les yeux. Erection et courbatures. J'émerge. Ce matin nouveau me rappelle au bon vieux principe de réalité. Passé un certain âge si on n'a pas mal quelque part c'est qu'on est mort. Je ne suis pas encore tout à fait décati certes, mais la décrépitude approche à grand pas. Voilà je suis dans ce qui s'appelait encore il y a quelques heures demain. Avec beaucoup de choses stupides à y faire. A n'en point douter, le temps manquera. Il faut s'y résoudre. Désormais le temps manquera.

lundi 31 octobre 2011

Halloween



Voilà
ça c'était il y a trois ans. Cette année aussi ils sont venus. Ça tombait plutôt mal. J'ai donné des bonbons, j'avais prévu le coup. Même si je la trouve un peu conne cette célébration ici en France qui est plutôt un pays de culture latine. Il s'agit surtout d'une fête commerciale, comme le black friday et une forme supplémentaire de colonialisme mercantile américain. J'ai pensé aux petits voisins qui ont perdu leur mère et qui eux c'est sûr ne sont pas à la fête. A ce qu'ils ont du ressentir quand ils ont vu passer les masques sur la coursive. Peut-être même les enfants déguisés ont-ils sonné, tout joyeux, sans savoir.

dimanche 30 octobre 2011

De nouveau l'heure d'hiver


Voilà
hier à la cinémathèque, j'ai vu un film tout à fait extraordinaire d'un réalisateur argentin Leopoldo Torrès Nilsson dont j'ignorais jusqu'à l'existence. Malheureusement c'est la fin de la rétrospective ce soir, et je serai donc passé à côté d'une œuvre sûrement majeure du cinéma. J'aurais au moins vu "El secuestrador" (1958) qui, disent les spécialistes, n'est pas son meilleur film, ce qui me laisse d'autant plus de regrets, car cette façon de raconter une histoire m'a subjugué de même que les cadres qu'il compose, la temporalité articulant sa narration, l'humour décalé de certaines scènes ainsi que les fausses pistes où il nous entraîne.... Et c'est avec des images plein la tête que je suis ensuite allé me promener vers St Germain des prés. Une petite bruine fraîche tombait comme pour confirmer que l'été indien était peut-être vraiment fini. D'ailleurs ce matin au réveil j'ai réalisé que nous étions passés à l'heure d'hiver. J'avais complètement oublié cette affaire là.

jeudi 27 octobre 2011

Rêve de sable


Voilà
j'ai rêvé des villes improbables sur des rivages où jamais je ne retournerai. De souvenir il ne m'en reste plus que sable et poussière, et la lumière incertaine d'un hiver dont j'ignore à présent s'il m'est proche ou lointain.
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mercredi 26 octobre 2011

Un jour historique, dit-on


Voilà
sommeil interrompu par un rêve absurde, où le voisin, moribond dans la réalité, cassait dans mon salon une bûche à coup de hachette. Mais avant d'ajuster son coup à chaque fois il tapait au sol, faisant des entailles sur mon parquet. Je lui disais donc que là c'en était trop et le poussais vers la sortie sans qu'il n'oppose une réelle résistance tant il paraissait hagard et comme absent. Je m'explique difficilement sa présence chez moi, et encore moins le fait que je le touchais alors que dans la vie il m'a toujours inspiré une vraie répulsion, rendue plus vive encore par le fait que depuis quelques mois c'est un vrai zombie, un cadavre ambulant. Ensuite me revient en mémoire cette séquence vue à la télévision, et à laquelle j'ai repensé plusieurs fois par flashes dans la soirée et qui suscite en moi un certain malaise dont je ne parviens à me débarrasser : c'est la parole d'un ouvrier qui travaille dans une entreprise de transport maritime, laquelle une fois de plus menace de licencier un grand nombre de ses employés. L'homme, manifestant sur un pont au dessus de la Seine dit devant un barrage de policiers ne pas comprendre  qu'on donne de l'argent à la Grèce et que l'on n'aide pas les gens qui ont un emploi en France, et se demande pourquoi les flics sont prêts à les tabasser comme des voyous. Tout cela se mélange avec les actualités radiophoniques qui brossent un tableau assez sombre des conséquences d'un échec du sommet de Bruxelles sur l'Euro, et ne se révèlent d'ailleurs guère plus optimistes en cas d'accord, puisque d'après le chroniqueur, cela ne serait là qu'une façon de différer à plus ou moins brève échéance les conséquences d'une catastrophe déjà présente. Puis c'est la lente litanie des mesures sociales adoptées par le parlement pour réduire le déficit en France. Je me lève. Insouciante,  ma fille, encore au lit dans sa chambre est en train de lire les dernières aventures de Jules "un plan sur la comète".  Elle me dit avec un grand sourire que cela fait une heure et demie qu'elle est réveillée. Dehors le ciel est d'un bleu très pur. Même s'il fait froid, il y aura, comme ces jours passés, probablement beaucoup de gens dans les jardins publics à profiter des ultimes rayons d'un beau soleil d'automne.

lundi 24 octobre 2011

Mon grand-père


Voilà
on arrivait par Saumur en empruntant la nationale qui longe la Loire. A la sortie on pouvait, sur la droite, après Notre-Dame-des-Ardilliers, apercevoir les caves Gratien & Meyer où l'on fabriquait du mousseux selon la méthode champenoise. Ce bâtiment perché sur la colline me faisait rêver. Je le trouvai immense et majestueux dans sa rigueur géométrique. Il semblait tout droit sorti d'un jeu de construction. On passait ensuite sous une ligne à haute tension (des boules étaient accrochés aux câbles électriques) puis c’était Dampierre (Mr Gentilleau y avait sa boucherie et vendait une viande délicieuse) et ensuite Souzay qu’il fallait en partie traverser avant de tourner sur la droite pour remonter en sens inverse une ruelle pentue jusqu'à la maison en tuffeau de mon grand-père construite au pied de la falaise crayeuse. Il était alors possible de garer la voiture dans une impasse au bout de laquelle se trouvait un grotte, ce qu’on appelle là-bas une cave où étaient entreposés des outils. C’était un endroit toujours abrité du soleil, entre la maison du grand-père et celle de Mr et Madame Séchet. Il y faisait perpétuellement frais. Souvent, le cyclomoteur jaune de la manufacture des armes et cycles de Saint-Etienne appartenant à mon grand-père y était garé, posé sur sa béquille. Quand il voyait passer la voiture, il apparaissait par la fenêtre. Je pense encore à lui souvent. C'était un homme délicieux. Je l'aimais bien. 

vendredi 21 octobre 2011

Le photographe et son modèle


Voilà
La fille reculait faisant semblant d'aguicher le photographe qui avançait en la mitraillant avec son appareil, et je me suis alors demandé si c'était une idée à elle ou à lui. Je l'ai envié de  pouvoir ainsi photographier des gens avec leur consentement. Moi je n'y arrive pas bien, je suis mal à l'aise et je ne sais pas comment m'y prendre.

mercredi 19 octobre 2011

Traitement d'un détail d'une toile de Marc Bonnet


Voilà
on n'échappe pas à son époque. Je pense, j'imagine, je regarde et je projette avec les outils qui sont à ma disposition. Tout ce que je vois est une information que je peux interpréter et transformer à ma guise. Ainsi grâce aux techniques modernes, m'est il possible de travailler une image avec mes doigts, dans un geste primitif et enfantin. Un geste cependant, qu'il y a quelques années il m'était impossible d'accomplir ni même d'imaginer.

mardi 18 octobre 2011

Oups! Repéré...


Voilà
je l'aime bien ce dessin là. Je ne sais plus trop de quand il date. Il m'évoque une anecdote concernant Kafka. Obligé de traverser les chambres de ses sœurs afin de se rendre dans la sienne, il leur disait pour s'excuser du trouble causé par son passage "Faites simplement comme si j'étais un rêve"...
première publication 18/10/2011 à 10:24 
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samedi 15 octobre 2011

La Folie


Voilà
il arrive parfois qu'un homme se réveille le matin sans savoir qu'au soir il sera devenu un assassin. Un coup de folie soudain et le voilà autre et pourtant si semblable à lui-même. Peut-être la folie rampait-elle insidieusement dans ses propos, ses pensées, des images qui le traversaient, de soudaines colères qu'il parvenait péniblement à maîtriser, mais il s'accommodait de cela, comme on le fait des petites douleurs, du sommeil difficile ou du désordre de l'appartement qu'on rangera plus tard. Et puis advient une contrariété, un événement qui déjoue ce qu'on avait prévu pour que la démence éclabousse le réel de façon indélébile. Olivier Roson, parce qu'on lui avait refusé un permis de port d'armes, a tué une policière à coups de sabre à la préfecture de Bourges, et blessé plusieurs autres personnes. Des témoignages rapportent que l'homme avait parfois pendant les cours de Sciences naturelles qu'il dispensait au Lycée Jacques Cœur, des comportements singuliers, fantasques, étranges. La presse a mentionné qu'il tenait un blog. Par curiosité je veux voir si celui-ci révèle quelques unes de ces bizarreries.

En guise de présentation (rubrique "A propos de moi") un texte de Jacques Lacarrière :
"Regarder, décrire, inventorier l'œuvre des Hommes, leurs entreprises pacifiques tant que d'autres, mus par le fanatisme et par l'intolérance, ne les ont pas encore détruites. Ecrivant après l'invasion romaine, et juste avant les destructions barbares, Pausanias n'apparaît pas seulement comme un voyageur au regard averti, mais surtout comme un homme, un témoin passionné, scrupuleux, vigilant des dernières heures de la Grèce."
Vient ensuite une épitaphe de Padiaménope, savant et prêtre de l'antiquité égyptienne :
"O les vivants, O ceux qui sont sur terre / ceux qui sont nés et ceux qui viendront à naître / qu'ils pénètrent en ce tombeau et qu'ils contemplent ce qui est en lui / parachevez ce monument et rétablissez ce qui est abîmé". Pour finir une citation de Serge Halimi "la lucidité est une forme de résistance". Une note aussi qui indique, que les propos de son blog sont disponibles gratuitement chez un éditeur.

Le blog est constitué d'images et de textes. A certaines dates correspond une célébration : journée internationale contre la torture, journée de la sagesse, journée internationale des casques bleus, journée internationale pour un tourisme responsable et respectueux, journée internationale des enfants victimes d'agression etc etc. Les photos sont de médiocres clichés, pris en de nombreux endroits de France et révèlent une inclination particulière pour les statues (c'est tout de même ce qu'il y a de plus facile à photographier). Quant aux textes, ce sont pour la plupart des "réflexions" liées à des extraits d'œuvres. On trouve pêle-mêle Char, Breton, Malraux, Pascal, Confucius, Camus, Bacon, Aung San Suu Kyi la résistante au pouvoir birman, Robert Capa évoquant le débarquement. Il y a des poèmes de Lorca, Byron, Nietzsche, des proverbes chinois.  L'homme a le goût de la citation pas toujours celui de l'orthographe. Il s'essaie parfois lui aussi à la maxime, l'aphorisme le plus souvent au pitch "game of death : confrontation entre les justes et le nihilisme", "fair game une histoire vrai (sic) pour la lutte contre les oppressions sur l'Esprit",  "occulter une réalité est un crime contre l'humanité" (sous une photo représentant un pochoir wikileaks). Il semble très soucieux du désordre du monde. Mais beaucoup de mes amis le sont. Ils manifestent souvent sur des réseaux sociaux leur indignation qu'il m'arrive parfois de partager, diffusent leurs commentaire que je relaye aussi volontiers lorsque je les vois passer et que cela me paraît pertinent. Ils ne sont pas fous pour autant. D'ailleurs rien dans ce blog ne suggère la possibilité d'une folie meurtrière. J'ai vu pire. 
Bien sûr dans son dernier billet, cette phrase, grammaticalement incohérente et vaguement prémonitoire. "N'oublions pas que nous ne sommes que des primates aux pulsions encore incomplètement contrôlées, encore dépendant du milieu naturel qui l'entoure, si ce dernier vient à hausser la voix".  En fait ce qui inquiète le plus dans ce blog, ce sont, postés par d'autres blogueurs, les réactions qui font suite à l'événement. Elles mettent en évidence le fait que la dinguerie est plutôt bien partagée. Il y a là un bouquet d'efflorescences délirantes assez chamarré qui suscite autant l'effroi que la nausée. Le bandeau publicitaire affiché sur la droite "explose un ballon et gagne un kdo", ajoute un peu d'incongruité à l'affaire. Un lecteur du blog révèle même que le 18/10/11 à 2 H 48 au dessus du titre "livre d'or" s'est affiché Ads by google Marbrerie Funéraire Nos conseillers vous guident dans le choix de Marbrerie www.3123-obsèques.fr/Marbrerie. Well well...

vendredi 14 octobre 2011

Roxas Bd


Voilà
depuis notre hôtel, il fallait, pour rejoindre le centre culturel philippin où nous animions un stage avec des acteurs locaux, longer le front de mer. Beaucoup de pauvres gens vivaient là, dormaient là. Le premier jour, au pied d’un de ces arbres, j’ai vu une toute petite tombe d’enfant surmontée d’une croix. Nous sommes passés devant avec Didier, sans rien dire. Lorsque quelques minutes après je lui ai demandé s’il avait vu la même chose que moi, il m’a simplement répondu qu’il ne fallait pas croire tout ce qu’on voyait. J'ai repensé à cette histoire hier au café Marly, en discutant avec Marie que j'ai eu plaisir à voir avant qu'elle ne reparte au Québec. (linked with the weekend in black and white)

mercredi 12 octobre 2011

L'heure de la sieste (un souvenir)


Voilà
dehors dans l'air tiède, les oiseaux essaiment leurs trilles. Par la fenêtre ouverte de cet ancien presbytère qui donne sur la sacristie on peut apercevoir, lorsqu’il fait beau temps, la chaîne des puys qui se découpe au loin. Nonchalamment allongée près de moi, une jeune femme lit un recueil de vieilles chroniques provinciales. Son corps souple et harmonieux contraste avec la vétusté de la chambre aux murs constellés d'une multitude d'îles et d'archipels brunâtres que la moisissure y a déposés. Dans quelques jours l'armée irakienne va envahir le Koweït.

lundi 10 octobre 2011

dimanche 9 octobre 2011

Stars of Disco

Voilà
c'était un dimanche après-midi en Bohême, aux dernières années du communisme. Une fête foraine d'un autre âge, en bordure d'une forêt. J'accompagnais des amis venus se promener en famille. Soustraites de l'anonymat d'un corps, ces jambes sortant de cette petite cabine désuète ont attiré mon attention. Je n'ai vu ni le visage de la femme ni celui de l'enfant. Mais quelque chose là, me parvenait d'une histoire sans que je ne comprenne si ce que m'était caché tenait du bonheur ou de la résignation

vendredi 7 octobre 2011

So long


Voilà
je me souviens du Macintosh dont Enzo Cormann avait fait l'acquisition début 88, et avec lequel nous avions travaillé pour réaliser un montage de textes de Guattari. 

jeudi 6 octobre 2011

lundi 3 octobre 2011

La méthode à Gilou (bezness plan)

New-York 1994

Voilà
"Régulièrement l'équipe se réunit afin de mener une réflexion sur les façons de devenir plus efficace. Elle s'ajuste et modifie son comportement en conséquence. Elle utilise pour cela nos méthodes rassemblées en un tout cohérent. Y sont préconisées les bonnes pratiques qui se renforcent mutuellement : développement itératif et incrémental, refactorisation de code remaniement continu, team pluridisciplinaire incluant le donneur d'ordres, collaboration ouverte et franche etc... Et cela dans le respect de nos valeurs : Communication Simplicité Feedback Courage Respect Abnégation et pour finir Burn out à moyen terme, puisque, comme le disait Keysnes à long terme on est mort." (linked with - Rain's TADDthe weekend in black and white)

dimanche 2 octobre 2011

Ni parfum ni musique

  


Voilà
très tôt, il avait entretenu un curieux commerce avec les mots, où l'attirance le disputait à la suspicion. Ils ne suffisaient à exprimer le monde secret qui s'agitait et balbutiait en lui. Mû par un irrépressible besoin de nommer ce qu'il ne pouvait ni taire ni dire, il gémissait en son poing, rage et impuissance mêlées. Que n'était-il musique ou parfum... Cachée dans le tumultueux limon des songes, une langue étrange et informulée continuait de travailler à son insu. Des idées remuaient. Comme des particules surgies de l'espace peut-être ne faisaient-elles que traverser son corps. Y laissant toutefois une trace fugitive à peine perceptible mais néanmoins obsédante... (shared with the weekend in black and white)

samedi 1 octobre 2011

Dormir pour oublier (6)

Voilà
Marie, vit au Québec, et revient tous les six mois à Paris où elle reste une quinzaine de jours pour des raisons professionnelles. Elle constate qu'il y a de plus en plus de pauvres dans la rue. Et c'est vrai qu'à présent on peut même les croiser à La Défense au pied de ces tours où siègent de grandes entreprises multinationales qui font de considérables profits sans guère payer d'impôts.

vendredi 30 septembre 2011

Nine Eleven



Voilà
impossible au matin d'une telle journée de se retrouver dans le quartier des affaires sans que reviennent, subreptices, les images de ce funeste onze septembre, sans songer ne serait-ce qu'un instant, qu'il y eut un matin semblable à celui-là où des gens semblables à ceux croisés ici, se sont rendus à leur travail en se disant que par un temps pareil, avec ce ciel si bleu si pur, ils auraient bien mieux fait d'être ailleurs, au bord de la rivière par exemple, ou au parc, ou encore à la campagne, oui à la campagne c'était un jour parfait pour une ballade à la campagne. Et l'idée les avait brièvement effleuré d'aller musarder, mais non bien sûr ces choses là ne se font pas il fallait retrouver l'open space les collègues et toutes ces choses nécessaires à la vie moderne les ascenseurs les blackberry ©, les ordinateurs, les clés USB, les dossiers en attente. Tant pis, avaient-ils pensé, même enfermé dans un bureau, cette lumière dehors valait mieux que la grisaille qui ne tarderait pas à revenir d'ici quelques semaines, et qui durerait oui qui durerait quelques mois. Alors, après avoir un peu ralenti pour humer l'air de ce lumineux matin d'été indien, légers, ils étaient repartis d'un pas allègre, en se disant que malgré tout, c'était une belle journée qui s'annonçait et que peut-être ce soir, on en profiterait pour sortir un peu plus tôt...

jeudi 29 septembre 2011

Résolution


Voilà
essayer, quand précisément plus rien ne tient, de se tenir au plus près de ce moment où Soi manque du tout au Tout. Sans cesse, composer sur la matière du temps qui fuit, donner consistance à ce qui se dérobe et chercher la surprise et la beauté là où on l'attend le moins. 

mardi 27 septembre 2011

Dormir pour oublier (5)


Voilà
ironie du mobilier urbain. Les petits fauteuils qui remplacent les bancs du métro sur lesquels les Sans-Abri pouvaient dormir ressemblent à des "Smileys". Comme si, à la misère du monde, la société n'avait d'autre  parade que celle d'y opposer un sourire niais. 

samedi 24 septembre 2011

Format SX 70


Voilà
j'ai un rapport totalement fétichiste au format Polaroïd SX 70. D'une certaine façon peu importe l'image dans le cadre, ce qui m'émeut c'est précisément le cadre. Il y a trente ans déjà, je fabriquai des faux Polaroïds en inscrivant des photos trafiquées, des collages dans cet enclos. 


J'aimais l'idée de concevoir des instantanés d'un temps qui n'existait pas. Et puis la machine, l'objet était magnifique. Je me souviens  du film de Wenders "Alice dans les villes" et de Rudiger Vogler prenant des polaroïds dans les rues de New York. C'était nouveau cet aspect ludique et immédiat. Le côté mécanique, et le développement en plein air, la légère attente de l'apparition préservaient encore un peu de lenteur dans cette vitesse toute relative au regard de celle qui aujourd'hui nous aliène et nous assigne à une immédiateté presque contrainte.  Et puis il y avait aussi cette possibilité de bidouiller les tirages. On pouvait mettre la photo au congélateur pour interrompre l'émulsion afin d'obtenir des couleurs pastel. Ou bien on la faisait chauffer au dessus d'un grille pain et l'on intervenait à même la surface avec une spatule pour déformer le sujet. Ralph Steadman le célèbre dessinateur anglais a fait un album intitulé "Paranoïds" qui utilise ce procédé. Maintenant on fait tout aussi bien avec la fonction "doigt" d'un logiciel de traitement d'image.


 
Avec les nouveaux procédés, la variété immense des applications smartphone, on peut retrouver le plaisir facile de l'image immédiate et celui du traficotage. Bien sûr, l'objet même à disparu, son relief, son côté périssable, mais le charme demeure, et la fascination aussi.

vendredi 23 septembre 2011

Ombrelle et parapluie


Voilà
j'oubliais, outre les laveries, les reflets dans les vitrines, les personnes assises sur des bancs et celles qui se photographient, les papiers déchirés sur les murs, les reliefs de certains troncs d'arbres, les trains les bateaux, les rivages en général, les choses et les gens à l'abandon etc etc... j'ai aussi un faible pour les parapluies les ombrelles et les parasols ... (Linked with our world tuesday - kym Decker's challenge

jeudi 22 septembre 2011

Le facteur au long cours

Le facteur au long cours
Voilà
tombé il y a quelques jours par hasard sur un documentaire de Patrick Soulabaille relatant l'incroyable aventure d'un postier, Alain Maignan qui, après avoir économisé et cumulé ses congés non pris, a choisi de s'embarquer pour un tour du monde sans escale, sans assistance en solitaire à bord du Schooten un bateau de plaisance de 10 mètres. Il s'est filmé tout au long de ce périple de 185 jours qui l'a fait passer par le pot au noir, l'Ocean indien, le sud de l'Australie, Le cap Horn, et retour par l'Atlantique. Incroyables moments de solitude, de presque perdition tout seul face à la violence des éléments. Tous les incidents de bord, les dysfonctionnements qui prennent dans une telle situation des proportions considérables : infiltrations, voiles déchirées, radar déficient au milieu des icebergs, pilote automatique cassé. Rien ne nous est épargné des moments d'effroi et de vertige de trouille intense et de perdition qui submergent sur ces océans qui peuvent l'engloutir à tout instant, cet homme courageux obstiné et audacieux qui va jusqu'à l'extrême limite de ses forces pour vivre son rêve et se mesurer au monde. 

mercredi 21 septembre 2011

Maladie d'Alzheimer


Voilà
reflets qui vagabondent en quête d'un séjour plus clément Silhouettes inquiètes que semble hanter un désir inassouvi de fuite Elles l'effleurent puis dérivent et s'effacent en de confuses transparences Une incertitude brouillonne confère à toute chose la densité fugace d'une énigme et la possibilité d'un naufrage Tout n'est que songe ou chimère émerge pour aussitôt s'évanouir  Les heures tournent en rond  Lui se cogne aux secondes cherche un rivage ne trouve que ravage Pour moi la mémoire n'est plus qu'un lointain souvenir dit-il le plus sérieusement du monde Ses amis acquiescent en dodelinant du chef Ils voudraient sourire de cette involontaire plaisanterie mais quelque chose les en empêche Une sorte de découragement mêlé d'embarras De la pitié peut-être aussi Qui sait même un peu de honte 

mardi 20 septembre 2011

dimanche 18 septembre 2011

L'Occasion


Voilà
il la regarde, mais, ses écouteurs dans les oreilles, il demeure dans son monde. Penchée sur son smartphone et concentrée sur sa tâche elle ne s'aperçoit même pas de sa présence. Et ni l'un ni l'autre ne réalise qu'ensemble ils deviennent une image, peut-être même l'image de l'impossibilité d'être ensemble, ou du moins de se rencontrer. (linked with the weekend in black and white)

samedi 17 septembre 2011

Minuit moins deux secondes


Voilà
je repense souvent à cette histoire. L'homme apparaît à l'holocène. Si l'on reporte les paramètres de l'évolution de la vie terrestre sur une échelle de vingt quatre heures, les vertébrés ont commencé leur développement vers 21 h 30 et les premiers hominidés le leur vers 23 H 57. C'est donc à minuit moins deux secondes que l'homme fait son entrée sur la scène du monde. Le film de Werner Herzog intitulé  "La grotte des rêves perdus" s'achève par un saisissant et vertigineux raccourci soulignant le caractère paradoxal sinon absurde du devenir de l'humanité. A quelques kilomètres de cette cavité qui depuis 35 000 ans abrite des peintures rupestres demeurées en leur état originel (et dans cette courte distance, il y a tout le chemin parcouru par la pensée de l'homo sapiens, qui au regard de notre fable tient en deux secondes) se dresse une centrale nucléaire. Grâce à l'utilisation des vapeurs d'eau chaude qui s'en échappent, on a même aménagé à proximité une serre tropicale ainsi qu'une ferme d'élevage de sauriens qui se développent paisiblement dans cette région autrefois glaciaire qui fut peuplée d'ours, de mammouths, de chevaux sauvages, de bouquetins de lions et de rhinocéros. Comme si cette volonté de domestiquer puis d'asservir la nature n'avait somme toute d'autre dessein que de recréer des conditions de vie favorables aux descendants des dinosaures qui nous ont précédés, et qui probablement s'adapteront mieux que les hommes aux mutations qu'engendreront les autres catastrophes liées à l'usage de l'atome. Mais si finalement cette proximité entre la grotte Chauvet et la Centrale de Cruas nous racontait aussi quelque chose que nous nous refusons à voir ? A la fois l'histoire d'un temps archaïque où nous n'étions pas et celle d'un futur nucléaire où nous ne serons plus.

vendredi 16 septembre 2011

Gare St Charles


Voilà
un jour il y a longtemps, à la gare St Charles j’ai rencontré un homme qui m’a dit qu’il s’apprêtait à tuer quelqu’un. Je ne me souviens pas très bien, je crois que le type en voulait à sa petite amie. Je n’ai pas cherché à entrer dans les détails, j'ai juste essayé de donner l'impression que je l'écoutais avec intérêt. J’avais hâte de prendre un train pour les Arcs et de retrouver mon amoureuse qui se trouvait dans la région. (première publication 16/9/2011 à 20:28)

jeudi 15 septembre 2011

Laverie automatique


Voilà
les lieux désaffectés, vides attirent toujours mon attention. Mais j'ai une élection particulière pour les laveries désertes sans que je ne puisse d'ailleurs m'en expliquer la raison. Je ne les fréquente pas spécialement mais je trouve qu'il s'en dégage un charme singulier. Peut-être a cause des volumes cubiques et des hublots des machines... Robert Lepage au début de son spectacle "la face cachée de la lune" rend un bel hommage aux laveries automatiques et aux rêveries qu'elles peuvent susciter. Le personnage principal après avoir retiré son linge s'engouffre dans la machine, qui devient par un effet vidéo adroit, un sas reliant deux cabines spatiales, et par le hublot refermé on le voit flotter dans un espace devenu imaginaire, comme s'il était en apesanteur dans une station orbitale.

mercredi 14 septembre 2011

Prométhée


Voilà
elle tient à ça la difficulté d'être un homme de ce temps : au fait qu'il est aujourd'hui techniquement possible d'accumuler à la seconde un nombre incroyable d'informations, concernant les champs les plus divers et les lieux les plus lointains sans que notre intelligence ne soit pour autant en mesure d'agir en conséquence. Trop de déterminants cachés rendent caduque une décision, à tout le moins un point de vue souverain. Là est peut-être la dimension tragique de notre époque : nous ne pouvons intervenir immédiatement sur ce que nous voyons et sur ce que nous découvrons. Tout au plus avons nous la possibilité de nous indigner, sans que cela change grand chose. Le retard est devenu notre condition et lorsque nous entrevoyons la possibilité d'agir, le temps que nous avons pris pour analyser l'information, nous a distrait de ce qui était en train de survenir. L'information a changé de nature, s'est transformée en un événement dont l'enchevêtrement de complexités nous échappe, de sorte que, perpétuellement pris de vitesse, nous sommes pour ainsi dire irrémédiablement conduits à envisager des solutions, échafauder des concepts sur des hypothèses qui n'ont déjà plus cours.  Le génie d'Eschyle est d'avoir subodoré cela. Pour lui la connaissance, le feu porté aux hommes par Prométhée, est la promesse d'un embrasement dévastateur. Car le feu se propage plus vite que l'intelligence. La folie contemporaine tient sûrement au fait que l'espèce a généré un agencement de systèmes et de modèles qui réduit et parfois nie la place de l'homme dans son dispositif. Non seulement de l'homme mais de tout ce qui est vivant autour de lui. Notre conscience de la réalité s'est si profondément altérée que nous aspirons parfois à nous détourner du savoir, à retourner vers des temps obscurs où l'on remettait son sort à la volonté d'une divinité suprême qui nous déchargeait du poids de notre responsabilité. Et peut-être parfois même nous prenons nous à rêver de temps plus lointains, ceux d'avant l'hubris  — ainsi les Grecs ont-ils nommé la démesure humaine consistant à vouloir transgresser ou balayer les lois naturelles  — où, encore animaux, nous ne faisions qu'un avec notre milieu, et obéissions docilement à sa Loi.
(première publication 14/09/2011 à 20:41)
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mardi 13 septembre 2011

Monsieur je-sais-tout


Voilà
c'est étrange, il n'est pas inculte, il a dans sa bibliothèque des livres intéressants, des films de qualité mais Sébastien Chatus n'est pas relié au monde, il ne s'est jamais éloigné du nid familial, n'a jamais pris son envol, jamais voyagé. Oh je ne parle pas de grands voyages au-delà des mers où les hommes et les femmes vivent en de curieux pays où pour l'étranger de passage la langue qu'on y parle est parfois difficile à saisir, où les mœurs et les religions peuvent paraître incompréhensibles. Non je parle juste de ce misérable et mesquin petit territoire gouverné par des cons que des camions traversent en une journée. Même cela, il ne le connaît pas. Pourtant il s'autorise à parler du monde Sébastien Chatus, il ne s'en prive pas. Bien sûr la télévision lui donne sûrement l'illusion que le monde lui appartient, et que, en tout cas, il connaît la France. Ce ne sont d'ailleurs pas le voyage ou la sédentarité qui sont en cause (Ramuz après tout n'a guère quitté la Suisse, mais ses propos étaient d'une extrême sagesse et riches d'enseignement) mais plutôt la conscience que l'on peut avoir ou non du chemin que l'on a parcouru dans l'existence. Et lui, son incommensurable prétention au regard du peu qu'il a fait de sa vie, confine à la bêtise. Il y a des gens inadaptés pour qui la Réalité est semée d'embûches, mais ils vivent dans l'étude, dans l'artisanat d'un métier qu'ils s'efforcent de maîtriser, avec pour seule exigence, celle de bien l'accomplir. Ils dessinent, peignent, fabriquent des chaussures, des meubles ou des bijoux, restaurent de vieilles faïences, sculptent des écorces avec leur canif, que sais-je encore, et s'efforcent de faire au mieux avec le peu dont ils disposent. Certains même n'osent pas s'avouer leur talent, se sentent gênés, empruntés dès qu'on les complimente, alors que lui pérore, se dindonise pour un oui ou pour un non, cherche à attirer l'attention en caquetant de fumeuses théories sur des sujets insignifiants ou en égrenant des chapelets de poncifs tous plus éculés les uns que les autres. Le pire c'est qu'il n'est pas avare de jugements sur l'œuvre ou le travail de ses congénères. Parce qu'il sait plaquer dix accords sur une guitare, Sébastien Chatus se prétendra musicien et vous affirmera que "le double album blanc des Beatles vraiment non faut pas exagérer c'est pas grand chose". Parce qu'il a fait vingt photos qu'il n'a pas lui-même tirées d'ailleurs, il donnera son point de vue de photographe. Des années que cela dure, qu'il se ment à lui-même, qu'il ment aux autres. Je le regarde et me demande comment il fait pour survivre à la honte. Pour s'accommoder de cette médiocrité sans horizon. Car tout de même il est impossible de se leurrer à se point, de ne pas se questionner devant l'étendue des dégâts, devant le désastre d'une vie à l'abandon vouée à la procrastination permanente et aux stratégies dilatoires ... ( shared with  friday face off )

lundi 12 septembre 2011

Week-end Club


Voilà
je me souviens du moulin au-dessus de l'entrée du week-end club, rue de la Gaîté, où je ne suis cependant jamais allé. Je crois que c'était un dancing ouvert plutôt l'après-midi et fréquenté par des adolescents issus pour la plupart de la communauté portugaise du quartier.
A noter, que c'est dans ce club au cours d"'une soirée triomphale que Vigon, chanteur de rythm and blues marocain enregistra le 25 février 1967  Un Petit Ange Noir qui connut un succès dans le hit parade français et aussi le morceau  Harlem Shuffle.

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dimanche 11 septembre 2011

11 septembre un souvenir d'enfance


Voilà
je me souviens de cette couverture d'Aventures Fiction ce magazine de bandes dessinées qu'il y avait chez moi lorsque j'étais enfant. Elle illustre quand même bien l'idée qu'un gratte-ciel percuté, sectionné par un appareil venu des airs est un fantasme, peut-être même un désir conscient inscrit dans l'imaginaire américain. La soucoupe volante en forme de scie circulaire a été remplacée par des avions et les aliens par des extrêmistes islamistes. On doit cependant à la négligence (ou au concours) de la CIA un événement singulier par bien des points. Entre autres celui là : tout en manifestant une pulsion très enfantine de destruction, le Mal a aussi accédé en la circonstance à une dimension esthétique inédite qui sera difficile à égaler.

jeudi 8 septembre 2011

Un sale type


Voilà
à quatre vingts ans passés, il raconte encore avec fierté et arrogance, comme si c'était là un fait d'armes digne d'être retenu, qu'avant de quitter la zone où il avait combattu et bien que la paix fût signée, il avait pris soin  de disposer un maximum de mines afin de "laisser un souvenir" à l'ennemi. Et les enfants, les enfants qui ont peut-être perdu un pied une jambe ou la vie après avoir sauté sur une mine en se baignant dans un oued par exemple, ou en cherchant un mouton égaré ? Dommage collatéral répond il dans un grand rire. Mélange de dégoût et de honte à la simple évocation de ce vieillard malfaisant qui n'a que trop vécu. Où l'on voudrait que l'enfer décrit dans l'œuvre de Dante existât vraiment pour de telles ordures, jusqu'à la fin des temps, y expient en souffrance la connerie la lâcheté et l'abjection où elles se sont vautrées toute leur vie durant.
shared with  friday face off

mardi 6 septembre 2011

Des couleurs sur le gris du jour

Voilà
chercher au gré du hasard au cœur du banal un je-ne-sais-trop-quoi de caché qui pourrait donner un sens au chemin parcouru. Puis apparaît quelque chose qui va devenir une image. La capturer, sans trop savoir ce qu'il est possible d'en tirer. Une vague idée cependant suit déjà son cours. Elle légitime la dérive, justifie l'errance. Ce besoin, ce terrible besoin d'Apparition, je ne peux m'y soustraire. Et tant pis si je suis un être improductif. L'esprit du papillon me dit où poser mon regard. (Linked with weekend reflections

lundi 5 septembre 2011

Emission politique


Ce soir, dans une émission soit-disant politique, insupportables gloses sur le retour de l'ex-directeur du FMI et de son épouse en France. Divagations, hypothèses fantaisistes, psychologie de comptoir sur ce que cache et signifie le sourire de DSK, un vrai délire... , on distribue des dosimètres aux écoliers de Fukushima pour la rentrée des classes, l'éducation nationale est dans un piteux état, le système de soin aussi, les lobbies des industriels de l'agro-alimentaire agissent en toute impunité, l'économie s'effondre (et l'on pourrait multiplier à l'envi les sujets de réflexion de débat ou d'indignation puisque le mot est à la mode), mais on continue d'amuser la galerie avec des conneries....

dimanche 4 septembre 2011

l'image manquante

 

Voilà
j'ai retrouvé ces photos prises par Jean Péraud qui figurent dans l'ouvrage "Terre lointaine" consacrée à la guerre menée par le Corps expéditionnaire français en Indochine. Ce livre était caché de ma vue, dissimulé dans une armoire et, comme toutes les choses interdites, somme toute assez facile d'accès. Il suffisait de savoir où se trouvait la clé. Je me suis souvent attardé, enfant - je devais alors avoir une dizaine d'années -, sur cette double page qui mettait les deux images en regard l'une de l'autre. Le commentaire a sans doute influencé ma perception. Il disait en l'occurrence ceci : "les photos de ces deux pages sont les plus émouvantes que je connaisse. Elles représentent des hommes dans un paysage. Dans le même paysage. Avant et après. Dans l'intervalle ils sont morts. Celui au premier plan n'est peut-être que blessé, mais il va sûrement être achevé par la mitrailleuse qui a tué ses camarades et il le sait. Il colle à la terre, il voudrait rentrer sous terre : il va revenir dans un instant à la terre. Le paysage n'a pas bougé. Si j'étais le photographe, j'aurais l'impression d'être complice de la mort de ces hommes. Ou, ayant risqué moi-même à ce point ma vie, complice avec la mort." Rien ne dit que cette interprétation soit juste. Peut-être ne font ils que se plaquer au sol en espérant que rien ne retombe dans les parages. Peu importe. Je croyais ce que disait la légende, interrogeant cette fraction de seconde qui n'avait pas trouvé sa représentation, essayant, fasciné par cet intervalle, de me figurer en vain, à quoi pouvait ressembler l'instant fatal. C'était dans les années soixante, à Biscarrosse où la vie était si douce, en dépit des images d'une guerre qui avait juste changé de nom et dont les actualités, par la petite fenêtre de la télévision, déversaient dans la pièce où était servi le repas du soir, leur flot quotidien d'horreurs. Il me fallait en plus supporter les commentaires obscènes de mon géniteur qui le cul vissé sur sa chaise, reconnaissant ou croyant reconnaître des lieux où il avait combattu, continuait de vivre sa guerre par procuration en jouant les grands stratèges. De cela sans doute, il me faudra bien rendre compte un jour.

samedi 3 septembre 2011

Césium 137 à Fukushima


Voilà
les rejets de césium 137 à Fukushima 168 fois plus importants qu'à Hiroshima. S'efforcer de faire comme si de rien n'était comme s'il n'y avait pas cette tumeur nouvelle proliférant au cœur du Réel.

mercredi 31 août 2011

Astrid

Voilà,
tout à coup pour elle l'horizon s'était éclairci. Après avoir vécu quelques années dans son appartement avec un anglais plutôt bohème qui avait fini par repartir, un homme riche au physique ingrat que pour ma part je trouvais assez déplaisant, avait croisé sa route. Elle s'en était éprise et très vite s'était installée chez lui dans un quartier huppé. Je m'étais alors une fois de plus étonné de cette facilité que certaines femmes ont de rencontrer des gens de nature et de milieux très différents et aussi de cette capacité à changer radicalement le cours de leur vie pour s'engager sur une voie totalement autre. Sans doute alors, aurais-je aimé tomber moi aussi amoureux d'une femme riche qui m'aurait affranchi des problèmes quotidiens et peut-être offert de nouveaux champs d'expérimentation où donner toute ma mesure. Il est probable que je la jalousais secrètement de cette opportunité qui s'offrait à elle. Mais aurais-je été capable comme elle de supporter l'air carnassier de cet homme et, quand il lui parlait, cette condescendance teintée de mépris qui caractérise les gens persuadés que la réussite n'est qu'une affaire de compte en banque? Sans doute l'aimait elle vraiment, pour être à ce point sourde et aveugle.

C'est cela qui m'intriguait : qu'est ce qui avait pu les réunir ? Sur quel malentendu cette histoire s'était elle fondée ? Quelle part manquante de soi chacun avait-il cru reconnaître dans l'autre? Astrid semblait même ressentir de la compassion pour cet homme qui selon elle, avait eu à souffrir d'une séparation difficile d'avec une épouse vénale. Était-elle naïve à ce point, ou bien faisait elle preuve d'une duplicité dont je ne l'avais pas imaginée capable ? Ce type répugnant l'attirait-elle vraiment, ou juste la perspective de se caser enfin, et de mener une vie un peu moins étriquée? Je n'arrivais cependant pas à croire que si tel était le cas, elle serait assez forte pour contenir ce prédateur.

Elle était à ce moment-là restauratrice de tableaux contemporains. Mais pour cet homme, que l'amour naissant rendait en tous points admirable, elle avait ouvert son carnet d'adresses et mis à sa disposition ses intuitions et ses connaissances artistiques. Elle travaillerait avec lui désormais. Elle me parlait avec enthousiasme de la Programmation Neuro Linguisitique, de la façon dont avec Patrice ils réfléchissaient à définir une stratégie mettant la création au cœur de toutes les démarches du cabinet de conseil en communication qui portait le nom de son bien-aimé. Ont-ils, par la suite, conçu ensemble, je cite ce qui est écrit sur son site web, des outils et des méthodologies qui grâce à une collaboration permanente avec des artistes (plasticiens, réalisateurs, photographes...) permettent d'accompagner de grandes marques dans leur processus de développement afin de révéler leur capital de création ? Je ne le sais pas. En tout cas, il semble que pour lui les affaires soient plutôt florissantes. Ses bureaux sont à présent dans un quartier riche, ses clients de très grosses sociétés cotées en bourse.

A une amie qui disposait d'une machine adéquate, et avait déjà effectué ce genre de tâche, Patrice, avait alors proposé de transcrire des entretiens sans nous avertir qu'ils étaient fort peu audibles. Faisant valoir la difficulté de ce travail, et les heures supplémentaires que mon amie avait dû y consacrer, j'avais menacé de ne pas restituer les bandes, si elle n'était pas un peu mieux payée. Le gros avait fini par lâcher son fric en maugréant (je me souviens qu'au cours de la conversation un petit point de bave blanchâtre n'avait pas quitté la commissure de ses lèvres), et bien sûr par la suite nos relations en avaient pris ombrage. Sans doute est-ce la raison pour laquelle nous sommes perdus de vue, avec Astrid.

Bien des années plus tard, j'eus pourtant la surprise de recevoir une targeta postal envoyée de Riglos en Espagne. Quelques lignes pour donner succinctement de ses nouvelles. Elle y disait qu'elle serait ravie de me voir qu'elle était toujours en compagnie de Patrice et aussi de Guy-François son garçon de quatre ans et demi.  Elle me laissait aussi son téléphone que je ne notai pas pas tout de suite. La carte fut égarée. Alors en fréquents déplacements, mentalement éparpillé, ayant beaucoup de problèmes pour établir un ordre des priorités, je conservai un temps l'idée de la rappeler, mais ne retrouvant pas la carte je finis par négliger cet objectif.
Il y a peu en rangeant ma bibliothèque, j'ai retrouvée ladite carte restée coincée trois ans entre les pages d'un livre. J'ai envoyé un texto, et très vite Astrid a répondu "ça fait plaisir quand ce sont les amis qui appelle". La faute d'orthographe m'a étonné, et le terme d'ami surpris. Tout de même bien des années de silence se sont écoulées. Puis le lendemain elle a laissé un autre message, sur le répondeur cette fois. La voix était faible, très vieillie, mais disait clairement qu'elle vivait des choses assez désagréables. Je ne pouvais faire autrement que de rappeler. J'ai ainsi appris que depuis sept ans, juste après la naissance de son enfant, elle souffre d'une grave maladie évolutive qui l'empêche désormais d'être autonome et que le mois prochain elle doit aussi subir l'ablation d'un organe. Qu'elle est en instance de divorce parce que dit-elle, son mari ne supporte plus de vivre avec quelqu'un qui a du mal a grimper les marches.  Il y a parfois des nouvelles dont on se passerait bien.

mardi 30 août 2011

Monsieur Lapin



Voilà
le restaurant "Monsieur Lapin" que j'ai toujours connu depuis que j'habite le quartier, et qui existait déjà du temps du squat de la rue Raymond Losserand a fermé. J'étais allé manger là une fois avec Pascal et son épouse au début des années 2000, et c'était vraiment très bon. C'était une sorte d'institution dans le quartier. All things must pass...

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