dimanche 14 mai 2023

Ailleurs que dans le mensurable

 
Voilà
 "Tout homme aura peut-être éprouvé cette sorte de chagrin, sinon la terreur, de voir comme le monde et son histoire semblent pris dans un inéluctable mouvement, qui s’amplifie toujours plus, et qui ne parait devoir modifier, pour des fins toujours plus grossières, que les manifestations visibles du monde. Ce monde visible est ce qu’il est, et notre action sur lui ne pourra faire qu’il soit absolument autre. On songe donc avec nostalgie à un univers où l’homme, au lieu d’agir aussi furieusement sur  l’apparence visible, se serait employé à s’en défaire, non seulement à refuser toute action sur elle, mais à se dénuder assez pour découvrir ce lieu secret, en nous-même, à partir de quoi eut été possible une aventure humaine toute différente. Plus précisément morale sans doute. Mais, après tout, c’est peut-être à cette inhumaine condition, à cet inéluctable agencement, que nous devons la nostalgie d’une civilisation qui tâcherait de s’aventurer ailleurs que dans le mensurable" Jean Genet in "L'atelier de Giacometti"

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vendredi 12 mai 2023

Perdre son temps relève d'une certaine esthétique

 Voilà,
"Perdre son temps relève d’une certaine esthétique. Pour les subtils de la sensation, il existe un formulaire de l’inertie qui comporte des ordonnances pour toutes les formes de lucidité. La stratégie mise en œuvre pour combattre la notion de convention sociale, les impulsions de nos instincts, les sollicitations du sentiment, exige une étude approfondie dont le premier esthète venu est tout à fait incapable. Une étiologie rigoureuse des scrupules doit être suivie d’un diagnostic ironique de notre servilité à l’égard de la norme. Il importe aussi de cultiver notre habileté à éviter les intrusions de la vie ; un soin doit nous cuirasser contre notre sensibilité à l’opinion d’autrui, et une molle indifférence nous matelasser l’âme contre les coups bas de la coexistence avec les autres".  Fernando Pessoa  in "Le livre de l'intranquillité" (315)

jeudi 11 mai 2023

Un Dimanche à Bagatelle

 
Voilà,
je me souviens très bien de ce dimanche à Bagatelle, vers 2005 ou 2006 où nous étions allés ma fille sa mère et moi, voir, je crois, une exposition en plein air. Il me semble que c'était celle sur les cabanes, ou peut-être cette autre consacrée à Frans Krajcberg je ne me souviens plus exactement. Ce petit bob, très charmant, lui avait été offert, je crois, par Pascal M. et son épouse, mais je n'en suis pas tout à fait certain. 
Chaque fois que je montre cette photo à ma fille, je lui dis en plaisantant "fleur parmi les fleurs", mais en même temps c'est vraiment ce que je pense. Ce dont je me souviens avec certitude, c'est qu'à l'époque elle était assez rebelle avec un fort esprit de contradiction et que je passais beaucoup de temps à la recadrer, et lui expliquer ce qui était licite et illicite selon nos règles de vie. J'aime particulièrement cette photo. Le temps a si vite passé depuis. Presque vingt années dans un battement de paupières. Ces dernières semaines, j'ai eu aussi envie de réécouter "les chansons pour les petites oreilles" d'Elise Caron, qui ont beaucoup bercé son enfance. Je suis très fier de lui avoir fait découvrir ça. Je trouve ce disque toujours aussi génial. Depuis quelques semaines, elle vit à Barcelone. Que cet être si délicieux soit apparu dans ma vie, est ce qui a pu m'arriver de mieux. 

lundi 8 mai 2023

L'inexplicable roc

 
Voilà,
"Quatre légendes nous rapportent l’histoire de Prométhée : selon la première, il fut enchaîné sur le Caucase parce qu’il avait trahi les dieux pour les hommes, et les dieux lui envoyèrent des aigles, qui lui dévorèrent son foie toujours renaissant. 
Selon la deuxième, Prométhée, fuyant dans sa douleur les becs qui le déchiquetaient, s’enfonça de plus en plus profondément à l’intérieur du rocher jusqu’à ne plus faire qu’un avec lui. 
Selon la troisième, sa trahison fut oubliée au cours des millénaires, les dieux oublièrent, les aigles, lui même.
Selon la quatrième on se fatigua de ce qui avait perdu sa raison d'être. Les dieux les aigles se fatiguèrent, fatiguée, la plaie se referma. 
Restait l’inexplicable roc. – La légende tente d’expliquer l’inexplicable. Comme elle naît d’un fond de vérité, il lui faut bien retourner à l’inexplicable" (Franz Kafka)
 

dimanche 7 mai 2023

Les petits signaux

 

Voilà 

En même temps que je songeais qu’il faut savoir interpréter les petits signaux que la vie nous fait, deviner le monde, le palper avec sa pensée, je me suis souvenu de tous ces animaux domestiques morts pendant l'enfance, et combien leur perte à chaque fois, m’avait affecté, parce qu'ils étaient les êtres vivants dont je me sentais le plus proche. Et puis par un inexplicable saut sémantique j’ai réalisé que durant sept mois j’ai été le contemporain de Robert Walser, qui trouva la mort en décembre 1956 au cours d'une balade. Il existe deux photos de son corps inerte gisant dans la neige. J'ai déjà eu l'occasion de l'évoquer, lui que Franz Kafka cite avec admiration dans son journal. Le suisse de trois ans son ainé, avait alors déjà publie des poèmes, de courtes pièces de théâtre, et le roman "Les enfants Tanner". 

Walser était un grand adepte de la promenade (c'est le titre d'un des ses livres) dans laquelle il trouvait à la fois réconfort et inspiration. Je partage aussi ce goût pour la flânerie, à laquelle, de façon générale, l'art de la photographie doit beaucoup. C'est en 2017, musardant dans cette friche qui s'appelait "Les grands voisins"  à l'emplacement de l'ancien hôpital Saint Vincent de Paul, et qui fut quelques temps un endroit un peu festif, que j'avais repéré ce mur, avec un papier collé et une peinture murale.

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vendredi 5 mai 2023

Les quatre saisons

 
 
Voilà, 
cette silhouette voûtée à la démarche opiniâtre et presque mécanique avait immédiatement attiré mon regard. Cette apparition très théâtrale et saugrenue à la fois (sans doute à cause de la casquette et de l’imperméable) évoquait des personnages de Beckett, vus dans un film qu'il avait lui-même réalisé. Peut-être parce que ce petit homme plié en deux n’ayant plus d’autre horizon que le sol exprimait l’acharnement à durer qui caractérise les figures du dramaturge irlandais. J’ai eu la tentation de recadrer l’image sur les deux personnages, parce que j’ai vraisemblablement saisi la scène une seconde trop tard, pour que l’image soit mieux équilibrée. Mais j’aime qu’il y ait aussi ce panneau d’interdiction étrange avec la silhouette d’un piéton et le nom au dessus de l’étal de primeurs qui raconte que ces deux silhouettes ne sont pas à la même saison de leur vie.

mercredi 3 mai 2023

Ainsi vont les choses

 
Voilà, 
des ombres menaçantes se seraient glissées sous le lit. Soudain saisi d'effroi.
Ce n'est pas vraiment un cri qui surgit du corps, plutôt une sorte de plainte apeurée pareille à un long brame. 
Sortir du sommeil en battant des bras frapper le matelas s'apercevoir qu'il n'y a rien en dessous du lit et que ce n'est pas une autre maison vétuste, mais la sienne, juste la sienne et que la ville n'est pas minée et qu'il n'est d'intrus animés de mauvaises intentions
Il en est toujours ainsi,  
tapi dans un coin de son espace onirique, le rêveur demeure le maître invisible des lieux, prêt, quoi qu'il arrive, à réveiller le dormeur si une image, un peu trop perturbante, prend brusquement toute la place et de la sorte occulte le récit.
Mais tout de même, en sueur, tremblant, le rêveur s'interroge. 
Est-ce là l'issue d'une longue apnée ? 
Une rétroaction du futur comme dans le film "La jetée" ? 
Est-ce la mort installée en tapinois dans les cellules qui soudain s'autorise, à la faveur du sommeil quelques effractions, histoire de disséminer subrepticement des bouts de son funeste message ? 
Se rendormir tant bien que mal. 
Au matin toujours les mêmes voix, faussement enjouées. Étrange comme elles semblent prendre plaisir à énoncer des catastrophes comme si ça devait ne jamais les concerner. Est évoqué un scientifique spécialiste en intelligence artificielle. Pour manifester son désaccord et ses craintes relatives à la mise sur le marché d'un produit dont il estime les perspective d'avenir effrayantes, il a décidé de quitter son entreprise-monde. Se rendormir.  
Vagues songes peuplés de murmures et bruissant de questions. "La vie est un chemin parsemé de pierres et de défis... Est-il vrai que tout est simplement là, à notre portée ?...  Et que faire de tant d'abîme pour si peu de ciel ?". Et puis entre veille et sommeil, se mêlent sensations anciennes et paysages autrefois aperçus. Les draps moites collent à la peau. Les cauchemars et les angoisses se dissipent dans la torpeur du corps abandonné. Il serait si bon et si simple de quitter l'existence de la sorte.


Dehors le monde suit son cours. Il recommence à faire chaud.

 
 
 
Des choses aberrantes y adviennent. Mineures certes, mais aberrantes tout de même, augurant peut-être de bien pires anomalies. On s'en étonne, on s'en amuse, on peut trouver même ça formidable, mais il est possible que l'on déchante à terme. Bref, John Lennon, mort depuis quarante trois ans, chante avec Mac Cartney, une chanson à laquelle il n'a pas contribué, dont il n'a jamais prononcé les mots, et sans qu'une telle possibilité pût même être envisagée par l'auteur de la chanson.
 
 


ou bien encore une de ses compositions réorchestrée dont il n'existait que des versions démo.
et l'on imagine que les quatre sont encore vivants et ont joué ensemble
comme si rien n'était advenu comme si la mort n'avait pas frappé
 


 ainsi vont les choses
 

lundi 1 mai 2023

J'aime Paris au mois de Mai


Voilà,
il faut prendre les choses comme elles s'offrent. Cette douceur dans l'atmosphère, même trompeuse, il faut la recueillir. En profiter. On ne sait pas de quoi seront faits les mois qui viennent. On en a quand même une vague idée. Le retour des jours heureux, les lendemains qui chantent personne n'y croit plus guère désormais. Cependant, ici en Europe de l’ouest, tout le monde fait l'autruche. 
On parle beaucoup moins de la guerre en Ukraine, comme si le contexte se résumait là-bas à un statu quo. Mais enfin les guerres ça évolue et la situation est bien plus tendue qu'il y a un an. Il suffit d'une étincelle. Et puis il y a aussi des répercussions économiques, alimentaires. En outre, ça contamine aussi beaucoup l'air les rivières les sols. On n'a toujours pas épongé, en Europe, les ravages écologiques de la deuxième guerre mondiale, nul besoin d'en remettre une couche, par les temps qui courent, avec le réchauffement climatique, la multiplication des pollutions de toutes sortes, l'extinction des espèces. Je n'en ai que trop parlé au cours des dernières années. La nature humaine étant ce qu'elle est, non seulement elle continue de s'aveugler du désastre existant, mais elle en invente de nouveaux.
Soyons dupes des effets d'annonce et passons à autre chose.
Cette photo je l'ai prise très tôt un matin de l'année dernière. Il commençait à faire très chaud et seules les premières heures de la matinée étaient supportables. J'aime quand la Seine, est ainsi étale, lisse, captant parfaitement les reflets de ses berges. Alors de vieux refrains remontent du tréfonds de la mémoire. On se met à fredonner. Et l'on se prend à envier ces temps où l'avenir semblait chargé de promesses et d'espérances, ou Paris n'était alors pour moi qu'une ville inconnue et lointaine, uniquement racontée en chansons.



dimanche 30 avril 2023

Calembour

 

Voilà,
j'ai vu ça il y a longtemps, en 2017, je ne sais plus sur quel mur de Paris, un collage-calembour que même les non-francophones comprendront facilement :"Mohamed Dali". Je ne me souviens plus qui a réalisé cette image. Après une rapide recherche sur internet, j'ai constaté que plusieurs artistes ont eu l'idée de ce montage, avec différentes photos, de sorte qu'il semble bien difficile d'attribuer la paternité de cette idée à qui que ce soit. Ce qui me plaît particulièrement dans celui-ci, c'est son économie. Il suffit d'adjoindre les célèbres moustaches du peintre surréaliste au visage du boxeur pour que l'on comprenne immédiatement. 
Mohammed Ali, qui avait justifié son refus d'être enrôlé dans l'armée américaine pour faire la guerre du Vietnam au prétexte qu'aucun vietnamien ne l'avait jamais traité de négro, argument tout à fait imparable, frappé au coin du bon sens, et d'un humour assez subtil.

mercredi 26 avril 2023

Violente averse


Voilà,
aux beaux jours précédents — ceux du weekend de Pâques où je pris mon premier bain de mer de l'année — avaient succédé quelques journées de fortes pluies. Cet après-midi là, j'étais allé visiter le musée Fabre. En sortant, il m'avait fallu, à cause d'une violente averse, trouver refuge dans un des kiosques de l'esplanade et y attendre une accalmie. L'occasion de prendre une photo à La Saul Leiter, à travers la bâche de la terrasse dégoulinante de pluie. 
Une année entière s’est écoulée depuis. Cela me semble pourtant bien loin, presque dépourvu de réalité. Comme si cela n’avait été que le fruit de mon imagination. Je me suis perdu en cours de route. J’ai décroché. Un peu comme ces coureurs cyclistes dans le tour de France, lors des épreuves de montagne. Ils sont dans l’échappée, ils roulent dans un peloton, et puis tout d'un coup il ne tiennent plus la cadence. Soudain c’est comme s’ils faisaient du sur-place. Les voici aussitôt distancés. Que s’est-il passé ? Je ne le sais pas, je n’ai rien vu venir. Je ne suis plus dans le mouvement. 
Tout me paraît plus absurde que jamais. Pourtant j’ai bien été occupé ces derniers mois, j’ai socialisé, j'ai pris des trains, vu d'autres villes, logé dans des hôtels, des maisons étrangères, revu des amis perdus de vue depuis longtemps. J’ai contribué à la réalisation d’un projet exigeant sur le plan artistique et d'une certaine façon socialement nécessaire. Je me suis senti utile et compétent. J’ai aussi eu la détermination de renoncer à un autre travail qui avait perdu de son attrait et qui se révélait une perte de temps manifeste. J’ai des perspectives professionnelles à court terme. Mais voilà, est-ce à cause du covid contracté un deuxième fois en Novembre ?  Ou bien en raison d’une certaine chute ? Ou alors est-ce le départ de ma fille partie étudier à l’étranger quelques mois ? Toujours est-il que depuis le début de l’année une grande lassitude me gagne. 
Les tâches les plus simples m’agacent et m'exténuent. Je n’ai rien envie de faire, à part traîner au lit, voir des expositions aller au cinéma. Je gamberge beaucoup. J'envisage de plus en plus souvent ma propre disparition. Sans pour autant parvenir à le faire très sereinement. Il faudrait que j'anticipe et prenne les dispositions appropriées, tant que je suis à peu près valide. Ça serait toujours ça de fait. Je ne suis vraiment pas doué pour les choses concrètes.
Je dors mal. Je me réveille la nuit. J'écris ceci depuis l'insomnie. Les conversations à la radio m'exaspèrent. Heureusement il y a la musique, et le merle aussi qui chante au matin. Mon ami le merle qui parfois vient siffloter près de la fenêtre de la cuisine.
 
 
 

lundi 24 avril 2023

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (12)


 
Voilà
ça me revient
la copine de mon frère, quoique beaucoup plus jeune que lui, l'appelait "bébé". Je trouvais ça totalement ridicule.
 
ça me revient
cette séquence du film d'Oliver Stone "Né un 4 juillet" où l'on voit deux vétérans de la guerre du Vietnam en fauteuil roulant sur une route en train de s'engueuler, chacun se vantant d'avoir tué beaucoup plus de viets que l'autre. Le plan qui suit montre deux fauteuils vides renversés sur le bord de la route. On comprend que les deux paraplégiques que l'on voit inertes en contrebas, dans un fossé ont fini par se battre jusqu'à épuisement. Cette séquence résume assez bien la nature humaine. L'humanité est plus constituée de blaireaux de ce genre que de Monteverdi, de Michel-Ange, de Noureev, de Fleming, bref de génies qui contribuent au bien-être de l'humanité et à prodiguer la beauté dans ce monde. Le mal et la cupidité se répandent plus vite et plus largement, que la bonté et la générosité.

ça me revient
j'ai d'abord dessiné des voitures de courses et des hydroglisseurs de profil sur des feuilles à petits carreaux. Ensuite des joueurs de football aux formes carrées dont les bustes étaient de face et les têtes et les jambes de profil. Il y eu pendant l'hiver 1968, la mascotte des jeux olympiques qui s'appelait Shuss. Au Kremlin-Bicêtre, quand j'étais en quatrième j'ai dû dessiner des chanteurs et des musiciens de rock. Entre la troisième et la terminale je n'ai aucun souvenir. Après j'ai dessiné des têtes avec des boyaux et des estomacs, et puis ensuite des silhouettes maigres et tourmentées
 
ça me revient
cette photo a été prise au musée de l'Orangerie des Tuileries, sans que je puisse pour autant me rappeler l'année ni les circonstances.
 
ça me revient
des noms de grands sportifs de mon enfance : Philippe Gondet qui avait marqué le but de la victoire contre la Yougoslavie et permis à la France de se qualifier pour la coupe de monde de 1966, Donald Campbell et le bluebird proteus qui avait battu un record de vitesse sur le lac salé Eyre en Australie — on en parlait dans le journal de tintin —, Alain Mosconi le champion de natation français qui appartenait au cercle nageur de Marseille, Eusebio qui jouait au Benfica de Lisbonne dans les années 60 et qui je crois avait fini meilleur buteur de la coupe du monde en Angleterre

ça me revient
les disques Play Bach de Jacques Loussier adaptation de Bach en Jazz, qu'Agnès avait dans sa chambre

ça me revient
le clochard un jour qui m'apercevant et me montrant du doigt a hurlé "papa je te reconnais". Il avait l'air pourtant bien plus âgé que moi.

ça me revient le livre "Commentaires" de Chris Marker édités au Seuil dans lesquels il y avait des textes, des photos et une mise en page singulière avec une typographie en caractères gras. Il y en avait un chez Philippe et Dominique.

ça me revient
les stylos Baignol & Farjon

ça me revient
le numéro 300 des "cahiers du cinéma" conçu et réalisé de bout en bout par Jean-Luc Godard. Je ne sais pas à partir de quand la typographie du titre est devenue la même que celle des cahiers de l'art, édité par Christian Zervos dans les années 20

ça me revient
on parlait parfois de l’UNESCO dans le journal de tintin

ça me revient
dans les années 2004 ou 2005 j’écoutais beaucoup l’album d’Anja Garbarek "Smiling and waving"

ça me revient
"C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal" Hannah Arendt

ça me revient
Armande Altaï et Mama Bea Tekielski, qui se produisaient l'été à Villeneuve-lez-Avignon, dans les années soixante-dix, pendant la durée du festival.
 
ça me revient
le slogan publicitaire dans les années soixante : "le camping c'est Trigano"
 
ça me revient
quand j’étais enfant les épreuves de ski alpin étaient retransmises en direct à la télévision
 
ça me revient 
Telstar le tube des Tornados et Apache, celui des Shadows (il existe aussi une belle version de Telstar par les Shadows ). Quand j’étais enfant le son de ces deux instrumentaux me fascinait. C'était au temps de la conquête spatiale naissante qui donnait au présent un petit air de science fiction.

ça me revient
Lors de sa sortie le film de Roberto Begnini "La vie est belle" m’était apparu d’une indécence insupportable. je me souviens d'ailleurs d'un dessin d'Art Spiegelman à ce sujet

ça me revient
dans les Landes on appelait une coque, un pain qui faisait à peu près la taille d'une chocolatine
 
ça me revient 
il y a deux ans en Janvier mon oncle m'avait appelé pour me dire officiellement qu'il était en dépression, courant avril il m'avait annoncé qu'il avait un vague cancer fin Aout il avait quitté ce monde. Entre temps il avait eu le temps d'acheter une nouvelle maison —  sa façon sans doute de s'accrocher à la vie — et de découvrir la musique de Monteverdi — manière peut-être de se préparer à la mort. En fait non, ça ne me revient pas, j'y pense au contraire assez souvent.

ça me revient
On écoutait Pino Daniele, Antonello Venditti (Sotto il segno dei pecci), Lucio Dalla on buvait on fumait on déconnait, on ne s’en faisait pas trop, on prenait les choses comme elles venaient. La gauche était passée on sentait que les choses changeaient. C'était à l'époque du spectacle Dell'inferno

ça me revient
quand j'étais jeune, sensiblement à l'époque dont je parlais ci-dessus, j'aimais bien l'été chausser des Fairmount blanches avec leur semelle en crêpe rose
 
ça me revient, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe

dimanche 23 avril 2023

Sur le mur d'une école

 

Voilà,
quelque part dans le vingtième arrondissement de Paris, rue de la Mare, mais je n'en suis plus très certain. Un matin, j'étais allé déposer des livres des éditions "Aux cailloux des chemins" dans deux librairies du quartier. J'ai photographié cette fresque, aperçue en cours de route. De loin j’avais cru à une mosaïque. Elle orne le mur d'une école. Hors cadre, près de la borne des vélos, une femme en conversation au téléphone a dit "c'est bien tenté, tu as voulu faire d'une pierre deux coups, mais c'est limite méprisant ta proposition". J'ai poursuivi ma route. C’était un jour gris, et cette couleur là, tout à coup, avec tous ces animaux surgis de l’enfance, ça faisait plaisir, juste plaisir.

vendredi 21 avril 2023

Beach Luxury Hôtel


Voilà,
j'ai retrouvé de ce que j'avais écrit, alors que je venais tout juste d'arriver à Karachi, ce 22 Août 1991 : "mes habits collent à la peau et je ne réalise pas bien ce que je fais ici dans la chaleur moite de la mousson. Je suis fatigué, je n'ai pas envie de me baigner. De toute façon l'eau est sale. Je voudrais pourtant me débarrasser des scories du voyage. Je ne me sens guère à ma place dans ce luxe désuet. Tout autour, dans la mangrove, c'est un grand vacarme d'oiseaux que je ne vois pas. Ça pupule grisèle et caracoube de partout. C'est exotique mais ça ne chasse pas cette mélancolie qui m'accompagne encore, même sous ces latitudes. Que n'ai-je emporté les pensées pour moi-même de Marc-Aurèle". 
Je ne me serais jamais rendu là-bas si un ami diplomate, en poste au Pakistan, ne m'y avait invité. Quand je suis revenu en Europe quelques semaines après, le monde comptait de nouveaux pays, anciennes républiques de l’Union Soviétique qui s’étaient affranchies de la suzeraineté de Moscou. L'URSS, n'existait plus.

mercredi 19 avril 2023

Un certain anniversaire



Voilà,
peut-être existe-t-il un monde parallèle où l'on dit phanérothyme plutôt que psychédélique. Ce dernier terme a été inventé en 1956 par le psychiatre H. Osmond, dans un échange épistolaire avec Aldous Huxley.  Tous deux cherchaient comment désigner ces substances dont ils découvraient les effets sur la connaissance du psychisme. Huxley, en réponse à une proposition d'Osmond qu'il n'avait pas comprise, avait, à partir de deux mots grecs anciens (le verbe phaneroein et le nom thymos), forgé le terme phanérothyme qui peut se traduire par "qui rend l'âme visible, manifeste" et  avait conclu sa lettre par ces vers :
To make this trivial world sublime,/ Take a half a gramme of phanerothyme.  
 (Pour rendre ce monde trivial sublime, Prenez un demi-gramme de phanérothyme.)
 auxquels Osmond avait répliqué par ceux-ci :
To fathom Hell or soar angelic, / Just take a pinch of psychedelic.
(Pour comprendre l'enfer ou surgir angélique, /Prenez juste une pincée de psychédélique.
 
Quoi qu'il en soit, demain cela fera 80 ans que, après avoir isolé le principe actif du LSD. le suisse Albert Hoffman, chimiste employé aux laboratoires Sandoz à Bâle, absorba, volontairement, par voie orale, une infime dose de 250 μg du dérivé de l'acide lysergique. Il ressentit alors des sensations euphorisantes accompagnées d’hallucinations... Bien plus tard on découvrit leurs similitudes avec celles provoquées par l'ergot de seigle, un champignon qui contient aussi de l'acide lysergique, qui au moyen-âge pouvait parfois se retrouver dans la farine du pain et entraîner ce qu'on appelait alors le "mal des Ardents" ou le "feu de Saint-Antoine".
Dans son livre "Voyage acide" paru en 1970 il restitue les notes prises lors de cette expérience et en relate les différentes phases  : "16h20 : Absorption de la substance. 17h, Début d’étourdissement, angoisse, troubles de la vue, paralysies, rires. Retour en vélo à la maison". Lors de ce retour à domicile, il fut sujet à des hallucinations. Ce tour de vélo restera mythique, puisqu’il s’agit du début du premier « trip » jamais décrit. En effet une fois rentré chez lui, le chimiste suisse consigna par écrit les impressions qu’il continuait d’éprouver : "Je commençais alors progressivement à apprécier ce jeu insolite de formes et de couleurs qui continuait derrière mes yeux fermés. Des formes fantasmagoriques et bariolées déferlaient sur moi en se transformant à la manière d’un kaléidoscope, s’ouvrant et se refermant en cercles et en spirales, jaillissant en fontaines de couleurs (...) Un démon avait pénétré en moi, il avait pris possession de mon corps, de mes sens et de mon âme. Je sautai, je criai pour m'en débarrasser, mais finalement, je retombai épuisé sur le canapé. La substance que j'avais voulue expérimenter avait eu raison de moi. (...) Par moments j'avais l'impression d'être en dehors de mon corps ; et dans ces moments-là, comme observateur extérieur, je prenais conscience de tout le tragique de ma situation. (...) Lentement, enfin je revenais d'un monde étrange, inquiétant, dans la réalité quotidienne familière".
C'était donc en 1943 en Suisse. Pendant ce temps tout autour, les nazis occupaient l'Europe. Le même jour, commençait l’insurrection désespérée du Ghetto de Varsovie qui devait durer un mois et demie. Trois cents mille juifs y trouvèrent la mort. À se demander parfois si notre monde si cruel incohérent et tourmenté où coexistent des réalités si diverses, n’est pas lui-même l’hallucination de quelque divinité ivre.

lundi 17 avril 2023

Hier Ahmad Jamal...

Voilà, 
Hier Ahmad Jamal a quitté ce monde. Il s'y sera longtemps attardé, et aura contribué, "avec ses deux mains droites" sinon  à le rendre plus beau, du moins à le rendre plus supportable pour bien des gens. Il est souvent venu jouer en France qui l'aimait bien, et qui aime le jazz que le musicien qualifiait de "musique classique américaine". La radio nationale lui consacre d'ailleurs ce soir deux émissions. Open Jazz et aussi Banzzaï, avec de nombreux enregistrements réalisés à la maison de la radio où il fut régulièrement accueilli. J'aime particulièrement ses interprétations de Poinciana que j'écoute souvent. C'est cet air que je voudrais emporter dans l'autre monde.
C'est aussi un homme qui aura beaucoup aimé Marseille, qu'il considérait comme "sa deuxième maison". Il a donné le nom de cette ville à un de ses derniers albums, lui consacrant un poème qui accompagne sa composition. Il existe trois version de ce morceau, une instrumentale, une autre interprétée par Mina Agossi, et une autre interprétée par Abd Al Malik.
 
MarseilleJe marche souvent seul dans tes ruesEt trop souvent, j'y ai disparu
MarseilleMon cœur si seul cherche ta caresseCar ma vie est trop remplie de tristesseMarseilleDe ta mer de splendeurs et de regretsDe ton soleil implacable jusqu'au soir tard
MarseilleTa voix ne cesse de m'appelerMarseille, Marseille, ville d'éternitéMarseilleOui, tes monuments abondent en nombreTes mystères, au-delà des hommes, nous comblent
MarseilleJamais je ne pourrai regretter le jour béniOù je t'ai rencontré, ouiMarseilleDe ta mer de splendeurs et de regretsDe ton soleil implacable jusqu'au soir tard
MarseilleTa voix ne cesse de m'appelerMarseille, Marseille, ville d'éternitéOui, d'éternitéMarseilleJamais je ne pourrai t'oublier
MarseilleJe marche seul dans tes ruesEt trop souvent, j'y ai disparuMarseille, oui
MarseilleJe marche souvent seul dans tes ruesOui et tu sais, trop souvent j'y ai disparu
Oh, MarseilleMon cœur si seul cherche ta caresseCar ma vie est trop remplie de tristesseMarseilleDe ta mer de splendeurs et de regretsDe ton soleil implacable jusqu'au soir tard
MarseilleTa voix ne cesse de m'appelerOui, elle susurre à mon oreilleMarseille, ville d'éternitéTes monuments abondent en nombreTes mystères, au-delà des hommes, nous comblent
MarseilleJamais je ne pourrai t'oublierJamais je ne pourrai regretter le jour où je t'ai rencontréMarseilleRien que la sonorité de ton nomM'apporte des frissons
MarseilleDe ton soleil implacableDe ta mer de splendeurs et de regretsMarseilleJamais, non jamais, je ne pourrai t'oublier
MarseilleDe ton soleil implacableMer d'éternitéVille d'éternitéMarseille
MarseilleTa voix ne cesse de m'appeler, ouiMarseilleDe ta mer de splendeurs et de regretsVille d'éternitéMa vie est remplie de toiMarseilleOui, c'est ainsi
Je marche seul dans tes ruesEt trop souvent, j'y ai disparu
Oui, MarseilleJe ne peux t'oublier tellement je t'aimeVille lumièreMarseilleLorsque j'arpente tes trottoirs le soirMarseilleAinsi soit-il
 

dimanche 16 avril 2023

Au théâtre du Rond-Point

 
Voilà, 
au Théâtre du Rond-Point, collée contre un mur, on ne peut pas rater cette reproduction d'un dessin de Roland Topor qui fut un dessinateur génial et un écrivain non dénué de talent, dont le rire était une des choses les plus réjouissantes que l'on pouvait entendre. Surprenant de trouver ce dessin dans un tel lieu, car c'est tout de même lui qui a dit "faire du théâtre c'est le meilleur moyen de ne pas s'y ennuyer". 
Je l'ai croisé dans ma jeunesse quelquefois, tard la nuit, dans certains bars à vins de Montparnasse, où lorsqu'il était bien éméché il organisait des courses de camembert. Le principe était le suivant : on coupait un camembert bien fait en deux, on posait chaque moitié en haut d'un plan incliné (une ardoise posée sur des corbeilles et le tour était joué), on y traçait une ligne d'arrivée et on laissait couler en buvant des verres. Celui dont la part arrivait en dernier payait sa tournée. 
Topor, trop tôt et si soudainement parti il y a exactement 26 ans…

vendredi 14 avril 2023

Sur mon balcon


Voilà,
le bulletin d’information de la radio insiste ce matin sur la probabilité d’une sécheresse estivale forte sur presque tout le territoire français, avec des incertitudes concernant les quantités de pluies attendues au printemps dont on sait d’ores et déjà qu’elles ne suffiront à recharger les nappes phréatiques. Le risque est même «très fort» dans près de la moitié des départements métropolitains. Il y a aussi le constat que, année après année, les océans battent de nouveaux records de chaleur. Début avril, les eaux de surface des mers du monde ont enregistré une température moyenne de 21,1 °C, a relevé l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA). Un record depuis le début des relevés, en 1981. Sur le net, la tendance est plutôt à s’alarmer sur la disparition des insectes. Une catastrophe, une de plus serait en cours. « Les insectes, qui sont à la base de la chaîne alimentaire, sous-tendent tout le reste. Il est difficile de voir comment les humains pourraient survivre sans les insectes. Peut-être qu’une poignée vivoterait, mais leur existence serait lugubre, morne. La civilisation disparaîtrait, de même que quasiment toutes les espèces de plantes et d’animaux. Ce serait un monde sans nourriture ou presque, sans fleurs, sans couleurs ». Le biologiste Dave Goulson a publié un livre à ce sujet. Ce n’est pas une découverte, cette situation. L’alerte a déjà été donnée voilà bien des années.. Mais comme le disait Churchill « Tous les êtres humains trébuchent un jour sur la vérité. La plupart se relèvent rapidement, secouent leurs vêtements et retournent à leurs préoccupations, comme si de rien n’était ». C’est peut-être ça ce qu’on appelle être positif. S’oublier dans le présent en se disant qu’on n’a pas choix. Quoi qu’il en soit, cette photo a été prise en mai 22, sur mon balcon.

jeudi 13 avril 2023

De vieilles affiches lacérées


Voilà,
en septembre 1983 — je suis certain de la date car sur la planche contact se trouvent des photos de l'enterrement de Tino Rossi — j'ai réalisé une série à partir d'affiches lacérées que les murs et les palissades de Paris offraient au regard des passants. Bien sûr ma fascination pour le travail de Raymond Hains et de Jacques Villéglé dans les années soixante y était pour quelque chose. 
Curieusement, à l'époque où je réalisais ces images d'arrachages, je passais aussi beaucoup de temps à la maison à concevoir avec le plus grand soin au moyen de papiers et de ciseaux, des collages dont l'objet était la reconstitution de réalités imaginaires. 
Ces images vieilles de quarante ans, traces d'un monde qui ne signifie rien pour ma fille, convoquent de vagues souvenirs. Mais surtout je continue à leur trouver un certain charme. A moins qu'il ne s'agisse plus simplement que de l'émotion ressentie devant les tentatives du jeune homme que j'étais alors.
J'étais déjà séduit par la décrépitude, les ruines, l'effacement. Pour rentrer chez moi, je passais par un quartier en mutation dont on abattait tous les vieux immeubles pour en bâtir de nouveaux. J’ai fini par habiter dans l’un d’entre eux quelques années plus tard. Et j’ai continué de photographier si bien que je dispose à présent de nombreuses images de ces transformations urbaines que je n'ai pourtant jamais publiées sur ce blog. Il faudrait que je le fasse peut-être un jour, en mettant en contrepoint le bâti d'aujourd'hui.

mardi 11 avril 2023

Pour tous les états intermédiaires

Voilà
Un amour au-delà de l'amour, 
Plus haut que le rite du lien, 
au-delà du jeu sinistre 
de la solitude et de la compagnie. 
Un amour qui n'ait pas à revenir, 
mais non plus à s'en aller.
un amour non soumis 
aux frénésies d'aller et venir, 
d'être éveillés ou endormis, 
d'appeler ou de se taire

Un amour pour être ensemble 
ou pour ne l'être pas, 
mais aussi pour tous les états intermédiaires.

Un amour qui serait comme ouvrir les yeux.
Et peut-être aussi comme les fermer
(Roberto Juarroz) 
 

dimanche 9 avril 2023

Murs à la Grande Motte

 
Voilà,
au mois d'Avril, l'année dernière, j'ai passé le lundi de Pâques à la Grande-Motte. Il faisait un temps presque estival. Des années que je voulais visiter cette station balnéaire, qui fut en son temps une ville nouvelle surgie de rien et bâtie sur des marais, une sorte d'utopie du temps des "Trente glorieuses" cette période de plein emploi et de croissance continue durant laquelle, après-guerre, la France s'est reconstruite. On imaginait alors que le futur nous porterait "vers une civilisation des loisirs".  


Je me souviens en tout cas avoir été surpris par ces peintures murales délicieusement rétro, qui rappellent les dessins de Kiraz intitulés "les parisiennes", et où la ville offre une représentation d'elle même, avec ces pyramides inspirées des constructions aztèques.
 
 

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