dimanche 20 décembre 2020

Changer de lunettes


Voilà,
il faut être positif m'a-t-on récemment fait remarquer en commentaire au bas d'une publication, et c'est vrai que je peine à saisir les nombreux motifs d'allégresse qui s'offrent à moi. Aussi vais-je derechef réparer cette erreur, changer de lunettes, observer le monde autrement, et sur-le-champ me réjouir de n'être pas Ouïghour du Xinjiang en ce début de vingt et unième siècle. Parce que franchement quand tu es Ouïghour en ce moment, pas grand monde se préoccupe de ton sort. Tu as beau être respectueux du Coran, aucune des monarchies pétrolières du Moyen-Orient, aucun grand pays musulman ne lève le petit doigt pour toi. Aucun Imam de banlieue ne se soucie de tes problèmes. Pas de Jihad pour te sauver. Pas de protestation officielle. Mon pauvre, tu n'as pas la chance d'être une caricature de papier, pour justifier une indignation. Tu peux crever la gueule ouverte comme esclave dans des champs de coton, te faire dépecer et prélever tes organes pour constituer des banques de greffons, on peut te traquer grâce à des logiciels de reconnaissance faciale qui te sont exclusivement destinés, personne n'en a rien à branler. Puisque toi aussi tu es turcophone tu pourrais espérer un peu d'aide sinon de compassion de la part de ce président toujours prompt, depuis son palais d'Ankara à traiter d'islamophobes les démocraties européennes. Mais pas de bol, si tu as eu la naïveté de penser que tu trouverais un asile politique dans la région, comme tu ne pèses pas grand chose en comparaison d'accords commerciaux, te voilà immédiatement réexpédié en Chine où tu rejoindras un de ces camps de concentration astucieusement renommé camp de rééducation par le travail et de transformation par l'éducation. Le monde ne se préoccupe pas plus de toi, pauvre Ouïghour qu'on ne se préoccupait des juifs européens dans les années trente et au début des années quarante. La plupart des gouvernements des grandes démocraties fermaient alors les yeux en se réjouissant secrètement que quelqu'un, sans aucune mauvaise conscience, fasse le boulot qu'ils n'osaient pas faire. Je me réjouis donc, non de ton malheur, mais de ne pas avoir jusqu'à présent subi l'injustice qu'il y a à naitre en telle époque et tel endroit plutôt qu'ailleurs ou en autre temps. Même si sous ces latitudes et ces jours-ci, il y a quand même de sérieuse raisons de douter de la possibilité d'une intelligence collective, quand on voit les gens se précipiter dans les magasins par temps de pandémie.
Je me demande si c'est typiquement parisien ou bien juste un ravage de la société de consommation, ces attroupements. Cette bêtise est-elle particulièrement française  ? Les gens ne se rendent-ils pas compte de l'affront fait à tous les soignants qui sont en première ligne ? Ou est-ce simplement la nature humaine, cette connerie là, alors qu'on sait que les courbes de contamination ne baissent plus depuis une semaine et que tout laisse augurer d'une troisième vague ?
Peut-être ne s'agit-il que de la manifestation de ce qu'on appelle un biais cognitif, c'est à dire "une distorsion que subit une information en entrant dans le système cognitif ou en sortant. Dans le premier cas, le sujet opère une sélection des informations, dans le second, il réalise une sélection des réponses"(Jean-François Le Ny). Il existe ainsi des biais d'attention lorsque les perceptions sont influencées par nos propres centres d'intérêts, par exemple, mais aussi des biais de raisonnement comme préférer les éléments qui confirment une hypothèse plutôt que ceux qui l'infirment, ou bien encore travestir la réalité d'un problème en le transformant en fonction des réponses (les outils) dont on dispose. De nombreux autres biais ont été répertoriés. La période que nous vivons offre bien des occasions d'observer ces travers autant que d'en être victimes. Ce n'est pas nouveau, mais cela atteint désormais un seuil critique. Le point positif, c'est que cela me donne l'occasion de réfléchir, m'incite à construire des phrases pour me frayer un chemin à travers de confuses pensées quand tout m'incite à me coucher et à me retrancher "du cocotier de l'espèce" comme écrivait Beckett
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jeudi 17 décembre 2020

Encore des livres


Voilà
comme je l'ai déjà fait ici, et là, je poursuis la liste de ceux qui m'ont conseillé de lire certains livres "Hurrah ou la révolution par les cosaques" d'Ernest Cœurderoy, c'est Engel, "Nos Adieux" de Timothy Findley et ensuite tous les autres livres de Findley, c'est Christelle, "Baise Moi" de Virginie Despentes, c'est Hervé Blanc, qui me l'a offert pour mon quarantième anniversaire je crois, "L'étoile du chien" de Bernard Puech, c'est Alain Neddam, au début des années 90, "Le Musée imaginaire" de Malraux c'est Dominique Tiry, ainsi que "Les mémoires d'Hadrien" et l'œuvre de Marguerite Yourcenar, "Le Roi des Aulnes" c'est Jean-Jacques Goron qui lisait beaucoup plus de romans que moi à l'époque, "le stéréoscope des solitaires" de Rodolfo Wilcock c'est Jean-Marie Lhôte, "le réel et son double" et "Le traité de l'idiotie", de Clément Rosset, c'est Jean-Paul Wenzel, les poèmes de Gottfried Benn, c'est Philippe Delaigue, les livres de Léo Perutz c'est Fabrice Bénard (un excellent acteur, trop rare), "Qu'est ce que la philosophie antique" Pierre Hadot, c'est Hervé Dubourjal qui me l'a recommandé, "la Supplication" de Svetlana Alexievitch, c'est Michel Polac dans une émission de radio, Ramuz, c'est Thierry Bédard, "Mémoires trouvés dans une baignoire" de Stanislas Lem c'est Jean-Marie Verdi, et les livres de Philippe K.Dick, Jean-Baptiste Berthelin, les "Microfictions hispaniques" d'Andrès Neuman, Christine Saint-Geours... C'est au cours d'une promenade nocturne, il y a quelques jours, peu avant que la France ne soit de nouveau sous couvre-feu, que je me suis abandonné à ce petit exercice de mémoire... C'est incroyable comme cette ville peut-être belle parfois...  (linked with skywatch friday  & weekend reflection

mercredi 16 décembre 2020

L'Absinthe oxygénée

  

Voilà,
un reflet pris du côté de la rue Saint-Jacques, dans une devanture de café parisien, fermé au moins jusqu'à mi-janvier. C'est la reproduction d'une vieille réclame, car l'absinthe Cusenier n'existe plus aujourd'hui, et je ne suis pas certain que l'absinthe soit de nouveau autorisée à la vente en France. Je me souviens que dans la région de Perpignan, au début des années 80 du siècle dernier, on en fabriquait, bien qu'elle fût interdite à la vente en France. Cependant elle était commercialisée en Espagne. C'est dans un bar de Madrid, attenant au théâtre où j'étais venu jouer, que j'en ai goûté pour la première fois. Elle était servie pure dans des verres à Cognac. Je me rappelle que Madrid, dans les premières années de la movida, juste après la tentative de putsch du général Tejero au parlement espagnol en février 81, était, en certains endroits une ville fantasque, débordante de joie et de vitalité, et que la jeunesse y était particulièrement excentrique et délurée (Linked with Signs2 & weekend reflections)

lundi 14 décembre 2020

Soleil vert


 
Voilà,
en commentaire de ma publication d'hier, Bill me fait remarquer à juste titre qu'en ce moment, aux USA, le Covid occasionne quotidiennement autant de morts que Pearl Harbour ou le 11 Septembre. C'est un fait. On pourrait cyniquement ajouter que cela diminuera considérablement dans les statistiques le nombre de décès dus au diabète, à l'obésité, et aux maladies cardio-vasculaires puisque, caractéristiques d'une société qui encourage la surconsommation  au détriment de la santé, ces pathologies constituent un terrain favorable au coronavirus. Il est d'ailleurs paradoxal — et il ne faut voir là aucune relation de cause à effet mais simplement une curieuse coïncidence — de constater à ce propos, que le Vietnam, pays par la force des choses frugal et sur lequel les États-Unis se sont si longuement acharnés avec le succès que l'on sait, compte très peu de victimes de cette maladie. Si le covid n'est pas une maladie américaine, nul doute qu'il a trouvé, dans ce pays, tous les facteurs, en plus de ceux cités auparavant, propices à son développement : système de santé déficient et guère favorable aux pauvres, président conservateur débile élu démocratiquement sur un programme incohérent, peuple bigot (qui inscrit sa croyance jusque dans ses billets de banque) persuadé de sa toute-puissance et de son invulnérabilité, exaltation de la foi au détriment de la rationalité, individualisme forcené... Que mes amis américains n'y voient aucun grief personnel. Tous les peuples ont leurs tares —  raison pour laquelle le nationalisme m'a toujours paru une forme de crétinisme rédhibitoire —. Pour ma part j'ai rarement eu dans ma vie, (sauf parfois pour le rugby) de raisons de me sentir particulièrement fier d'être français ; et je ne parle pas seulement de ces derniers temps.  Le nationalisme demeure pourtant un des principaux vecteur l'Histoire, ce qui tend à confirmer que l'Humanité est une cause définitivement perdue.
 
Même si Trump a qualifié ce virus de "chinois", cette épidémie qui ignore allègrement les frontières me semble un signe avant-coureur des effondrements qui s'annoncent, prévus, chiffrés, modélisés depuis au moins quarante ans durant lesquels on n'a cessé d'être dans le déni. Si elle a l'avantage de présenter (au niveau mondial) un relativement faible taux de létalité, sa considérable vitesse de propagation et les soins qu'elle nécessite pour certaines personnes fragiles constituent un problème. Et comme on manque de structures et de personnel pour soigner, il faut éviter que trop de personnes tombent malades en même temps. Donc, afin de ne pas engorger les hôpitaux on est obligé de confiner. L'inconvénient n'est pas que les gens meurent, ou tombent malades, mais bien qu'on se retrouve dans l'incapacité de gérer les flux, car on ne peut pas stocker. Ni du mort ni du malade. L'ultralibéralisme, c'est le flux permanent, et la réduction des stocks. Mais en matière de circulation, le virus est plus "agile". Il circule encore plus vite que les gens. Donc il faut les stocker chez eux, les confiner.
Mais comme on ne peut pas confiner tout le monde  — sans quoi la machine économique serait trop enrayée — on opère une sélection favorisant certaines professions et secteurs d'activité au détriment d'autres. Et petit à petit s'esquisse un monde où les populations seront discriminées en fonction de leur taux de rentabilité ou de productivité. D'une certaine façon, le coronavirus nous rappelle la situation écologique et économique dans laquelle nous nous trouvons. Il y a plus de demande que d'offre. Plus d'exigence de soins, que de matériel et de personnel disponibles tout comme il y a plus de population à nourrir que de ressources à disposition sur terre, plus de rejet de carbone que de capacité d'en absorber, et surtout, ce virus surpasse notre temps de réaction en même temps qu'il rend plus vivace le problème de l'excédent, de l'humain excédentaire. Et ça d'ici quelques temps cela va devenir un problème de plus en plus aigu, cette histoire de trop-plein, et il est fort à craindre que les solutions envisagées aient un petit air de déjà-vu, dans le registre de la barbarie planifiée par exemple et et la réactualisation du concept de "ressource humaine" tellement en vogue dans le monde de l'Entreprise ... En Chine on est d'ailleurs déjà assez avancé en la matière.

Tiens, à propos je me regarderais bien Soleil Vert un de ces jours prochains

dimanche 13 décembre 2020

14, Rue Bonaparte


Voilà
déjà quelques semaines, passant rue Bonaparte, j'ai remarqué au-dessus l'entrée de l'École des Beaux-Arts, cette peinture murale de Monsieur Chat comme il en existe beaucoup de variations à Paris. Je l'ai trouvée amusante et de circonstance, vu le lieu, puisque celle-ci représente le chat dans un tableau accroché à un mur. J'aimerais d'ailleurs tant voir un vrai tableau dans une exposition. Les musées me manquent. Je ne comprends pas pourquoi ils sont fermés. En l'absence de touristes étrangers, ils ne sont pas les lieux les plus fréquentés. Je suis allé au Louvre fin Août, juste avant la rentrée des classes, tout le monde était masqué, et il y avait fort peu de visiteurs et bien moins de risque de contamination que dans les grands magasins ouverts sept jours sur sept et bondés en cette période précédant Noël. Je me souviens aussi du bonheur que ce fut de commencer l'année 2014 en allant visiter avec Sophie l'exposition consacrée à Georges Braque. Avec la nuit qui tombe tôt, le froid et la pluie je n'ai guère envie de sortir. Marcher dans les rues pour se dégourdir. Oui un peu. Plus par nécessité que par envie. Mais j'évite les transports en commun, les lieux trop fréquentés. Je me replie sur moi. Heureusement, il y a encore en France des radios et des chaînes culturelles pour ne pas hiberner idiot. Il y a aussi des livres que je n'ai pas lus dans ma bibliothèque, je peux en profiter. Mais l'époque est mélancolique, et du chagrin brasille dans la gorge. 
Nous sommes quelques uns à réaliser que nous avons définitivement changé de paradigme, même si les chaînes de télévision mainstream entretiennent l'illusion que ce n'est que passager, et que nous retrouverons un mode de vie comparable à celui précédant l'épidémie, lorsque le vaccin sera disponible. Je pense souvent  ces dernières semaines à ce titre du livre de l'auteur nigérian Chinua Achébé "Le Monde s'écroule". Je crois que c'est à présent au tour de la civilisation occidentale, de voir ses croyances et ses valeurs voler en éclats. Car l'épidémie s'accompagne d'une réduction sournoise des libertés et des droits des citoyens, sans doute pour parer ultérieurement aux mécontentements et aux émeutes, dont on peut d'ores et déjà  entrevoir quelques prémices, et qui, dans les prochaines années, ne manqueront pas d'advenir de manière sans doute plus brutale, encore, lorsque, sur fond de changement climatique, de perturbations écologiques et migratoires, la crise économique et sociale succédera à la crise sanitaire. 'Linked with Monday murals)

vendredi 11 décembre 2020

Derrière la vitre du bus

 
Voilà,
cette photo a été prise il y a tout juste un an, durant les grandes grèves de décembre contre le projet de réforme du régime des retraites. Ce matin là, j'avais pu prendre un bus à son terminus, dont j'espérais qu'il m'amènerait assez loin, vers le nord de Paris, où je répétais avec plaisir, une pièce courte en compagnie de vieux camarades. Un an après, les salles de spectacles sont fermées, pendant que les lieux de cultes restent ouverts, ainsi que les grands temples de la consommation où le virus a plus de chance de se propager que dans les théâtres.
Je me souviens de l'indescriptible chaos de Paris, des embouteillages, des pistes cyclables dangereuses en raison de la circulation insensée (car j'ai aussi beaucoup pédalé à cette époque). Les rares bus bondés, en raison de l'absence de métros, étaient pris d'assaut par des gens qui voulaient monter à tout prix quand d'autres ne pouvaient en descendre. J'ai pris cette photo à l'un de ces arrêts. Bousculades mise en danger de la vie d'autrui, insultes, scènes parfois surréalistes d'où surgissaient violence et frustrations contenues. C'était le sinistre spectacle du salarié, esclave consentant soumis à la violence néolibérale pour laquelle il est capable d'endurer tant d'humiliations, de renoncer à sa vie de famille, à la sérénité, aux heures de sommeil, au plaisir sexuel, pour ne pas être en retard, ne pas risquer la sanction du patron, tout ça souvent pour un salaire de merde.
Je m'étais alors fait la réflexion que le comportement des gens face aux perturbations causées par la grève dans les transports parisiens démentait cruellement les théories de certains collapsologues-bisounours selon lesquelles l'Effondrement verrait advenir un nouvel humanisme basé sur l'entr'aide et la solidarité. Foutaises ! La connerie ontologique qui caractérise l'espèce ne se manifeste jamais avec autant d'éclat que dans ces moments où l'ordinaire des jours se trouve bouleversé. Et je comprenais ceux qui luttaient pour leur dignité.
Évidemment que c'était un problème pour l'usager, ces grèves. Mais tout de même les gens ne font pas ça pour le fun ou juste pour faire chier. Il se passait quand même quelque chose de grave non seulement avec les retraites, mais aussi avec le travail en général, dans les services publics, à l'hôpital, dans les transports, dans l'enseignement, à l'université, dans la Recherche. Et la crise du Covid qu'on ne soupçonnait alors même pas (car ce qui se passait en Chine et dans une partie de l'Asie, apparaissait alors comme un virus exotique de plus, qui ne viendrait jamais jusqu'à nous) a montré à quel point la dégradation du service public et les restrictions ont mis à mal le service hospitalier, qui a pu faire face grâce à l'esprit de solidarité et de responsabilité des "premiers de corvée" souvent mal payés, et qui pour certains l'ont fait au péril de leur vie. C'étaient souvent ces personnes qui avaient défilé dans les rues et manifesté leur mécontentement, et se faisaient tabasser par la maréchaussée.
 Mais à l'époque, il y avait quelques connards qui écrivaient, que la CGT est un lobby, les syndicats des preneurs d'otages, que la grève des transports cause la mort de gens. Il m'était même arrivé de lire sur un blog tenu par quelqu'un qui m'avait paru, quelques années auparavant, au premier abord plutôt fréquentable, un éloge de la police et des patrons qui prennent des risques. Il y parlait de la liberté dont on jouit en France, — oui s'il s'agit de consommer on l'a, mais pour le reste, c'est déjà grandement menacé, et ça m'avait vraiment foutu l'envie de gerber, surtout quand il suggérait que contre la violence il faudrait faire intervenir l'armée. Mais la violence policière et les tirs de Flash ball, évidemment, il n'en parlait pas ce gros naze.
J'avais alors envie de dire à tous ceux qui gueulaient contre les grèves, de ne surtout pas prendre leurs congés payés, de ne plus se faire rembourser par la sécurité sociale, de ne pas toucher de retraite quand en viendrait le temps, de ne pas percevoir les allocations prénatales ni le congé maternité, de ne plus pas utiliser la médecine du travail, de ne pas accepter, pour ceux qui travaillaient en entreprise le paiement de leurs heures supplémentaires et de ne bénéficier d'aucuns des acquis et avantages sociaux inscrits dans les conventions collectives, toute choses dont on sait qu'elles n'ont pas été accordées par philanthropie par de généreux patrons soucieux du sort de leurs employés, mais qu'elles ont été obtenues de haute lutte.
Ce qui fait sourire aujourd'hui, c'est que les même qui trouvaient qu'il y avait trop d'assistés, que les chômeurs étaient des branleurs qui n'ont qu'à traverser la route pour trouver du travail,  sont à réclamer, depuis la crise du Covid des aides de l'État et à implorer la solidarité nationale. 
Mais tout cela paraît si lointain. L'année qui vient de s'écouler nous a maintenus dans une sorte d'anesthésie, d'attente beckettienne. Sans le réaliser nous sommes passés dans le monde d'après. Celui des libertés restreintes, de l'impossibilité de circuler à sa guise, de la précarité généralisée, de l'exil intérieur, de la désagrégation sociale, du divertissement interdit 

jeudi 10 décembre 2020

Ce qui affleure à la surface du présent


Voilà,
si je montre cette vitrine ou tant de plans s'enchevêtrent, où des reflets se réfléchissent dans d'autres reflets c'est parce que cela traduit assez bien l'état dans lequel je me suis trouvé, ou plus exactement égaré tout au long de la journée.
Au petit matin je fais un rêve étrange. Je suis dans un appartement assez cossu semble-t-il et je monte un escalier avec une rampe en bois sculpté. Je marche doucement pour ne pas faire de bruit. Il semble que j’arrive un peu tard dans la soirée. C’est un appartement qui doit m'être familier bien que il ne me rappelle rien en particulier de ce que je connais. C’est plutôt la condensation de plusieurs appartements bourgeois où j'aurais pu me trouver dans la vie. Bref je monte doucement et lorsque je parviens à l’étage je suis soudain accueilli par Dominique qui est là en train de travailler avec un jeune homme que je ne connais pas. Ils sont devant de petits appareils vidéo ressemblant des smartphones. Elle semble se réjouir de me voir en me disant qu’elle ne pensait pas que je passerais ce soir. Elle interrompt immédiatement son activité avec ce jeune homme qu’elle me présente comme étant un chercheur. Tous deux travaillent sur des films et elle me dit que il y a une solution qu’ils n’arrivent pas à trouver mais qu’elle va appeler quelqu’un qu’elle connaît qui est aux États-Unis. Veux tu manger quelque chose ? demande-t-elle. Non je te remercie. Je me sens vraiment en sécurité ici. Le jeune homme porte un pull bleu, je lui serre la main. Il paraît assez timide, un peu emprunté et ressemble à un jeune intellectuel, propre sur lui, avec des lunettes rondes. Cela pourrait aussi bien être une version de mon ami Olivier, qui l'a bien connue et qui a été un de ses élèves de théâtre. Étrangement j’ignore totalement l’âge que j’ai. Je pense que c’est à la fois moi-maintenant et moi-plus-jeune (bien que je ne sache guère ce que moi recouvre). Dominique doit avoir une cinquantaine ou une soixantaine d’années mais elle est très vive, très alerte c’est la Dominique que j’ai connue avec plein de gens de son entourage, active participant à des projets. D’une certaine façon toujours en éveil et moi je ne sais pas quel corps j’ai. Je me sens tout à fait à l'aise à l'abri dans cet appartement dans ce chaleureux intérieur. Peut-être y ai-je une chambre sans doute puisque j’arrive tard dans la soirée. 
Entre le moment où j’ai rêvé et celui où je note ce rêve je demeure dans un état intermédiaire, l'esprit et le corps hésitant entre être réveillé ou rester endormi (les italiens appellent cela "dormiveglia" et ’je gamberge mollement sur la nature de ce rêve. Je suis si surpris de revoir Dominique et en même temps je trouve rassurant qu’elle me visite encore dans mes nuits. Je repense à ce livre de Nasstaja Martin, que j’ai récemment lu, mais pas encore tout à fait digéré et dans lequel un passage concernant la façon dont un chaman perçoit le monde, m’a beaucoup impressionné. L'autrice rapporte ceci : "Les arbres, les animaux, les rivières, chaque partie du monde retient tout ce que l’on fait tout ce que l’on dit, et même, parfois, ce que l’on rêve et ce que l’on pense. C’est pour ça qu’il faut faire très attention aux pensées que nous formulons, puisque le monde n’oublie rien, et que chacun des éléments qui le composent voit, entend, sait. Ce qui s’est passé, ce qui advient, ce qui se prépare. Il existe un qui-vive des êtres extérieurs aux hommes, toujours prêt à déborder leurs attentes. Aussi chaque forme-pensée que nous déposons hors de nous-mêmes vient se mêler et s’ajouter aux anciennes histoires qui informent l’environnement, ainsi qu’aux dispositions de ceux qui le peuplent. Il existe un sans-limite qui affleure à la surface du présent, un temps du rêve qui se nourrit de chaque fragment d’histoire qu’on continue d’y adjoindre. Il y a dans le monde une latence et un bouillonnement, semblables à la lave qui attend sous le volcan que quelque chose la force à sortir du cratère." Je voudrais tant croire cela, tant croire que le monde est peuplé d'âmes et d'esprits ou bien qu'il existe des réalités  parallèles..
Quoi qu’il en soit ce rêve me trouble beaucoup car il surgit inopinément. A la fois très confus et très agréable, il convoque aussi de vieux souvenirs et ce temps où tout ce qui advenait n'était que découverte. Ce temps où j'étais en train de me réparer. Je crois aussi que c’est la bonté qui se manifeste ainsi par delà les années, et par-delà sa mort. Sa bonté qui se rappelle à moi, la bonté de cette personne qui a su me prêter attention me guider me conseiller et m'a éduqué d’une certaine façon. Elle a été pour moi comme une parente, discrètement aimante confiante et attentive. Elle est la seule femme adulte qui m’a soutenu, encouragé. je suis heureux qu'elle passe encore par mes rêves et cependant quelque peu déstabilisé du fait de cette confusion dans mon esprit, de ces réalités enchâssées les unes aux autres, et de cet état d'hyperémotivité dans lequel je me trouve depuis ce matin (linked with weekend reflections)

mercredi 9 décembre 2020

Au large

  
  
Voilà, 
pour commencer, — et je m'excuse auprès de mes lecteurs étrangers de ce billet bien-franco-français — une petite retouche à un récent post, puisque un article du journal "Le Monde" m'a livré des informations dont je ne disposais pas concernant le livre du Génénéral De Villiers oui je vois il y a une faute de frappe mais finalement elle me plaît bien je la laisse. Le titre d'abord : il n'est pas de lui — celui qu'il avait initialement proposé "Halte au feu" sonnait nettement plus militaire et puis cela rappelle la bande son de la fusillade de la Rue d'Isly à Alger —. Le titre définitif a été proposé par son éditeur (ex-conseiller de Laurent Wauquiez), "homme discret, fin connaisseur de la droite catholique il a ses entrées au Vatican, écrit de pieux ouvrages" selon le journal et très apte à générer des profits pour son employeur, ce qui est tout de même une forme de talent. Il a dégotté une obscure citation de Camus, Albert, pas Renaud. Au passage il paraît toujours selon "Le Monde" que le le général "assume sans ciller Renaud Camus et sa peur du grand remplacement sans même y mettre un guillemet". On apprend aussi dans cet article de Franck Johannès et Solenn de Royer que "sur la boîte de son casoar, qu'il conserve pieusement, son binôme de Saint Cyr a inscrit "mon âme à Dieu, mon corps à la patrie, mon cœur à la famille", ce qui, sans doute nos deux journalistes l'ignorent ils, n'est autre qu'une variation sur la devise du dictateur portugais Salazar. Finalement on peut dire sans grand risque de se tromper que Philippe de Villiers incarne une idéologie fort suspecte. Mais c'est une autre histoire. J'espère qu'il n'y aura pas lieu d'en reparler.
Albert Camus donc. Je ne retire rien de ce que je pense de cette formule dont Fayard a fait un titre. Comme quoi, on peut être prix Nobel, auteur de ce livre génial que demeure "L'Étranger" (à chaque fois que je le relis, je suis saisi par sa concision, son apparente simplicité, sa puissance, sa densité, sa perfection), et quand même pondre une phrase assez bancale. Peut-être d'ailleurs ne l'a-t-il pas écrite. Peut-être sort elle d'une interview. Allez un petit coup de "glottophobie", tant que ça n'est pas encore un délit. Peut-être qu'avec l'accent pied-noir ça sonne mieux. Peut-être même que c'est un proverbe pataouète.
Sinon, par trois décrets du 2 décembre dernier, le Gouvernement a modifié l’article R. 236-13 du code de la sécurité intérieure. Cet article, qui autorisait jusqu’à présent la collecte d’informations relatives aux "activités politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales" de personnes pouvant "porter atteinte à la sécurité publique" ouvre désormais cette possibilité pour de simples opinions. Ainsi, constate la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) dans son avis sur les décrets, ceux-ci étendent le recueil de données aux identifiants utilisés sur internet, dont les pseudonymes (mais pas les mots de passe), et à l’activité sur les réseaux sociaux. Le ministère a "précisé que les informations collectées porteront principalement sur les commentaires postés sur les réseaux sociaux et les photos ou illustrations mises en ligne". C'est ainsi qu'on glisse doucement vers un état policier
Décidément l'horizon s'obscurcit. Mais je suis trop fauché pour prendre le large et trop vieux pour fermer ma gueule. Je devrais peut-être songer à me procurer du pentobarbital. 
(Linked with skywatch friday)

mardi 8 décembre 2020

Une Crèche un souvenir une maladie


Voilà,
le Centre Culturel tchèque expose dans sa devanture cette magnifique crèche en bois sculpté qui nous rappelle qu'on approche tout de même de Noël. Quartier St Germain, les rues sont plutôt désertées. Il n'y a pas cette hystérie consumériste dont on nous fait souvent croire qu'elle est un signe de fête, quand ce n'est qu'une forme de servitude aux lois de la société marchande. On a droit à trois heures par jour de sortie. Les bars, les restaurants sont fermés. Cela évite de subir la mauvaise humeur des garçons de cafés parisiens qui sont pour la plupart des loufiats. Quelques commerces sont ouverts. Ce n'est pas la joie. C'est juste une lente descente vers on ne sait quoi qui ne promet rien de bon. 
Sinon, je me souviens de ce triste 8 décembre 1980. Quarante ans si vite passés. Je répétais alors un spectacle qui s'appelait "Les fils meurent avant les pères" d'après un roman de Thomas Brasch. Comme pour beaucoup, ce jour là j’ai définitivement compris que le mal et la bêtise étaient partout et que nul n’en était à l’abri et j’ai perdu bien des illusions. 
Pour finir, je lis ce matin qu'en Inde une mystérieuse maladie est apparue samedi dernier dans une ville du sud. Elle provoque des convulsions, des nausées et des douleurs chroniques. Selon les autorités, une personne est déjà décédée.  L’année dernière à la même période on évoquait aussi, avec une certaine indifférence, l’apparition d’un étrange virus en Chine.
(Linked with our world tuesday)

dimanche 6 décembre 2020

Fermé pour travaux

 

Voilà,
Il y a quelques jours je suis passé devant le Musée du Moyen-âge situé dans les thermes de Cluny, non loin du Boulevard Saint-Michel et de la Sorbonne. Des travaux y sont en cours pour réaménager les accès du musée dont une extension moderne a pourtant été achevée il y a un ou deux ans. Vraisemblablement on avait dû omettre de faciliter les accès aux handicapés, sans quoi je ne vois rien qui puisse justifier de nouveau cette nouvelle fermeture. Heureusement la crise du covid et la fermeture générale des musées en ont atténué le désagrément. Afin sans doute d'égayer la palissade peinte en lettres enluminées réalisées comme sur les manuscrits médiévaux par Julien Priez et Gia Tran, ont été ajoutés de petits personnages dessinés par Quentin Vijoux figurant des silhouettes de visiteurs. (Linked with Monday murals
 


  

vendredi 4 décembre 2020

Coincé

 

Voilà,
il a commis une erreur de jugement et se trouve à présent coincé dans un reflet qui le déforme. Il aimerait bien fuir à toute jambes, loin très loin, mais, en raison de considérations morales qui l'encombrent, il est désormais bien tard pour rebrousser chemin. Il n'a toutefois pas envie de se rendre malade pour autant. Après tout pourquoi devrait-il continuer, si cela prend un tour qui ne l'intéresse plus. Quelle nécessité y a-t-il de le faire ? Cette perspective le consterne. Il n'a plus l'âge de perdre du temps. Il pèse le pour et le contre. Ne discerne plus l’endroit de l’envers. Se tait à tort et travers.

mercredi 2 décembre 2020

Performances


Voilà,
"avec un bond de plus de 20 %, l'indice phare de la place parisienne a réalisé en Novembre sa meilleure performance mensuelle depuis février 1988, peu après sa création. Toutes les sociétés membres de l'indice ont terminé le mois dans le vert. Mais le CAC 40 perd encore plus de 7 % depuis le début de l'année." Pourtant, l'économie est encore au ralenti, non ? Il n'y a pas quelque chose qui déconne, là ? il n'y aurait pas un peu de spéculation dans l'air ? Et pendant ce temps, on continue de supprimer des lits et des postes dans l'hôpital public, on a du mal à remplacer les professeurs dans le secondaire, on sacrifie une génération à bas-bruit, on licencie et délocalise dans l’industrie et les services. Plus que jamais l’humain devient une variable d’ajustement. Ailleurs en Inde, 250 millions de paysans et travailleurs sont en grève et marchent sur Dehli. On en parle assez peu dans la presse occidentale.
Enfin, quoiqu'il en soit, l'hiver arrive doucement. Aujourd'hui les températures se sont nettement rafraîchies. Il faut pourtant que je sorte. Je n'en ai pas envie. (linked with my corner of the world - linked with the weekend in black and white )

dimanche 29 novembre 2020

To be a collage of magazine dust

 
 
Voilà, 
To be a collage of magazine dust
Scratched on foreheads of walls of trust 
this is just jail for those who must
get up in the morning & fight for such
unusable standards  
while weeping maidens  
show-off penuries & pout 
Jim Morrison in "An american Prayer" 
Linked with Monday murals 

vendredi 27 novembre 2020

Through the window

 
Voilà,
j'ignore tout de ces deux types photographiés à l'auberge des étangs de Comelle courant Octobre. Peut-être l'un des deux conseille-t-il à l'autre un bon bouquin au cours de leur conversation. Comme promis lors d'un précédent post je continue, pêle-mêle, la liste de ceux et celles qui m'ont orienté dans mes lectures : Sophie m'a encouragé à lire "D'acier" de Silvia Avallone et "Réparer les vivants" de Mayliss de Kerangal, il y a Laurent Perroud, qui avant de partir s'installer aux États-Unis, m'avait, parce qu'il vidait sa bibliothèque, donné "Les Béatitudes bestiales de Balthasar B" de J.P Donleavy. C'est lui aussi qui m'avait fait découvrir John Irving,. "Ce qu'aimer veut dire" de Matthieu Lindon, ce fut Ariane M. (fallait-il y voir un message ?), "Gilles" de Drieu la Rochelle, c'est Manuel Flèche, "Le sang noir" ce chef d'œuvre de Louis Guilloux, ainsi que "Lourdes, lentes" écrit par André Hardellet, c'est grâce à Daniel Isoppo. Mylène Wagram, quant à elle m'a fait connaître "Banal Oubli" de Gary Victor, et aussi le génial "Pays sans chapeau" de Dany Laferrière. Grâce à Colo, j'ai trouvé "Le Chasseur d'histoires" d'Eduardo Galeano. "Epreuves, exorcismes" de Michaux, c'est Didier Flamand  et son spectacle "Ecce Homo" à partir d'un poème extrait de ce recueil. Philippe Tiry fut la seule personne à me parler de Pius Servien, un philosophe difficilement trouvable aujourd'hui, mais dont j'ai lu "Science et hasard" et à propos duquel Paul Valéry a écrit un article intitulé "Le cas Servien". En ce qui concerne les livres de Jerzy Kosinski, pour qui j'ai nourri une véritable passion littéraire au début des années 80, je crois que c'est Ariane Pick. Louis-Ferdinand Céline, c'est mon ami Jean-Jacques G, — nous étions si jeunes alors —.... Nul doute que je poursuivrai cet inventaire. un de ces jours... là j'ai trop sommeil.
(Linked with weekend reflection

mardi 24 novembre 2020

Christophe Dominici

 
Voilà,
aujourd'hui Christophe Dominici a mis fin à ses jours. C'était un joueur de rugby, talentueux, un marqueur d'essais, un feu follet rapide élégant, lumineux sur le pré et toujours aimable et souriant dans ses interviews. C'était un être fragile aussi, qui au sommet de sa carrière, avait traversé une longue dépression. Il a enchanté certains de mes weekends tant il était beau à voir jouer. Son style, sa classe irradiaient sur le terrain. Ses fulgurances donnaient à ce jeu cette dimension d'imprévisibilité qui en fait tout le charme. Il a réalisé bien des miracles dans le XV de France. Il fut un des artisans de cette incroyable victoire contre les All Blacks durant la coupe du monde de 1999. Dans les jours sombres que ce pays traverse (crise du Covid, marasme économique, restriction des libertés, atteinte aux droits de l'Homme, état policier qui s'installe doucement) cette détresse et cette solitude qui l'ont mené au suicide accroissent ma tristesse en même temps qu'elles ravivent les souvenirs d'un temps où la vie était plus légère, et les joies simples, partagées.

lundi 23 novembre 2020

Dormir pour oublier (30)


Voilà,
le Général de Villiers, ancien chef d'Etat-Major des armées qui fut — le premier dans l'histoire de la Vème République — humilié publiquement par le nouveau président Macron alors démangé par un soudain prurit d'autoritarisme, au prétexte que ce général, avait, dans ce langage un peu fleuri qui se pratique souvent dans les casernes (preuve que notre zézayant président est fort peu au courant des mœurs soldatesques), contesté le budget des armées, de Villiers donc, après avoir démissionné suite à cet épisode, a mis à profit sa retraite pour commettre trois livres en quatre ans. "Servir" en 2017, "Qu'est ce qu'un chef ?" en 2018, et "l'Équilibre est un courage" en 2020.  On est en droit de se demander ce que cache cette année sabbatique de 2019. Peut-être Notre Général, l'a-t-il employée à travailler à l'élaboration du titre de son dernier opus. Je dois humblement avouer que je n'ai lu aucun de ses livres — un précédent billet peut en justifer la raison —. D'ailleurs peut-être ai-je tort. Les deux premiers semblent possiblement des ouvrages consacrés à la restauration ou à l'art culinaire. Pour ce qui concerne le troisième j'avoue que son titre m'intrigue. Il me paraît maladroit, recèle en très peu de mots, plusieurs incongruités, et finalement s'avère dépourvu de sens. D'abord "l'équilibre" : l'équilibre est un état. Ensuite le courage. Le courage est une vertu. Une vertu est une qualité définie et singulière. Elle ne peut donc s'accompagner d'un article indéfini. Comment un état peut-il s'apparenter à une vertu ? Mais peut-être cet énigmatique intitulé se révèle-t-il, après études de marchés, potentiellement vendeur je l'ignore. Quoi qu'il en soit, je serais éditeur, j'aurais honte d'avoir publié une telle offense à la langue française
Sinon, j'ai pu apercevoir dans la presse (dans la revue économique Challenges) un article selon lequel, devant l'absence de perspectives et la persistance d'inégalités profondes, une partie des gilets jaunes, pourrait se laisser séduire par la figure du général Pierre de Villiers en 2022. "Le côté Père Fouettard pourrait plaire", alerte le sociologue Jean Viard. Il paraît même qu'un des porte-parole de ce mouvement par ailleurs assez hétéroclite bordélique et idéologiquement très confus (et donc en cela bien français) aurait, au printemps dernier suggéré que  le général remplace Edouard Philippe au poste de premier ministre, ce qui prouve l'ignorance de ce Christophe Chalençon, concernant les rapports qu'entretient Macron avec ce militaire. Comme si les gilets jaunes n'avaient pas assez morflé avec les forces de l'ordre, ils en redemandent encore. Mais la presse réactionnaire n'est évidemment pas hostile à ce genre de perspective. "Je sens que ça pourrait bien lui trotter dans la tête", confie par ailleurs un artisan du village où a grandi la fratrie de Villiers. Et d’ajouter : "Ça bouillonne des fois quand il vient me voir avec sa vieille 2 CV bleue, et peste contre les excès des écolos, les politiques et les médias sur leur nuage. Des paroles, des paroles... avec Pierre, on aurait du concret." Si le mystère sur ses intentions réelles dans la course à l’Élysée plane toujours, Pierre de Villiers a toujours "esquivé" le sujet, ajoute l'article de Valeurs actuelles. Mais d'autres journaux, commencent à faire monter la mayonnaise autour de ce monsieur. Il semblerait que l'oligarchie, qui finance aujourd'hui la presse, ait besoin d'un homme à poigne à la place de son petit valet. "Le Figaro", "L'Opinion", "Sud-Ouest", BFMTV, Europe 1, s'y collent eux aussi. Le syndrome Boulangiste. La France a toujours eu depuis Bonaparte, une fascination pour les généraux qu'elle imagine souvent comme des sauveurs.
Cela dit, toutes les dispositions législatives sont d'ores et déjà adoptées pour qu'advienne un état autoritaire, militariste et policier. Notre général n'aurait pas grand chose à changer.
Décidément, nous vivons des temps déraisonnables et à bien des égards, sinistres. Ce n'est pas simplement la bêtise des gouvernants et la crétinisation des masses, alimentée par les medias mainstream, qui inquiète. C'est que tout cela advient sur fond d'une omniprésente misère, qui va croissant, et ne se peut confiner. En voilà, un exemple, photographié au printemps dernier pendant le premier "lockdown". J'ai toujours quelques scrupules à faire de telles images, mais Atget, Izis, Doisneau, Cartier-Bresson, Kertész, et bien d'autres en ont aussi fait de semblables dans cette ville. Alors....

dimanche 22 novembre 2020

Étrange coïncidence


Voilà,  
cette peinture murale prise à Chartres début Septembre représente Jean Moulin, qui dirigea le Conseil national de la résistance durant l'occupation nazie, avant de mourir sans avoir parlé sous la torture de la Gestapo. Il fut, avant-guerre, préfet à Chartes, et dans ce portrait son regard est dirigé vers son bureau d'alors. Vendredi dernier, Robert Cordier, son secrétaire pendant la guerre, est mort à l'âge de 100 ans. Une fois la paix revenue, il devint un grand collectionneur et marchand d'art. Par une étrange coïncidence. la mort de ce grand résistant qui fut un des premiers à rejoindre De Gaulle à Londres, coïncide avec la volonté de l'actuel gouvernement de faire passer une loi dite de Sécurité globale qui prévoit la pénalisation de la diffusion d’images de membres des forces de l’ordre (police ou gendarmerie) agissant dans le cadre de leurs missions d’ordre public. Cette loi porte atteinte à la nécessaire transparence de ces opérations. Elle préconise aussi des sanctions très lourdes (un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende), ce qui empêcherait tout contrôle citoyen, favoriserait l’impunité des auteurs de violences policières, voire permettrait aux forces de l’ordre de «cacher leurs dérapages ».
Le ministre de l'intérieur a même fait valoir que les journalistes devraient demander l'autorisation de couvrir des manifestations auprès de la préfecture. En allant à l’encontre de la liberté de la presse, ce texte sape aussi le droit d’informer et de s’informer, ainsi que la liberté d’expression. Pour Amnesty International, cette proposition de loi conduirait la France à ne pas être en conformité avec ses engagements internationaux en matière de droits humains. Ainsi, peu à peu, notre pays, dont les dirigeants sont toujours enclins à donner des leçon de démocratie au reste du monde, prend peu à peu la forme d'un état policier, où le droit de manifester est sans cesse restreint et pénalisé.
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vendredi 20 novembre 2020

Vieux Fichiers


Voilà,
parfois je fais ça, je parcours les vieux fichiers. Je comprends alors pourquoi je n'ai pas jeté certaines photos qui a priori auraient pu me sembler ratées. Sans doute voulais-je voir, si, à l'épreuve du temps, elles perdraient de leur attrait de leur mystère ou de leur enchantement. Il n'en est rien et longtemps après certaines continuent de m'intriguer : ainsi de ce reflet tremblé dans la vitre d'un train de banlieue, avec ces visages déformés évoquant des masques ou des fantômes. Avais-je pressenti que ce serait un jour la façon dont je percevrais pour de bon la réalité ? Avec une soudaine précipitation. (Linked with weekend reflections)

mardi 17 novembre 2020

Try again.Fail again. Fail better

 
Voilà, 
récriminer contre l'état du monde, le cynisme des dirigeants, la bêtise de la doxa etc... me fatigue autant sans doute que cela doit lasser mes quelques lecteurs. Si je le fais si souvent, c'est probablement  pour mettre ça hors de ma tête, pour que ça ne macère pas. D'ailleurs je ne raconte pas non plus que des conneries. Mais à quoi bon, tout ça n'a aucune utilité. Si ce n'est que l'exercice  consistant à rédiger par écrit un point de vue et tenter ainsi de mettre de l'ordre dans ses pensées peut s'avérer, tout aussi salutaire que le verbicrucisme le cruciverbisme et le scrabble.
"La meilleure philosophie, relativement au monde, est d’allier, à son égard, le sarcasme de la gaîté avec l’indulgence du mépris" écrivait Chamfort. C'est à cela qu'il faudrait se tenir. Pas facile tout de même.
Je ne devrais pas non plus me répandre sur mes inquiétudes et mes chagrins. La mort guette, frappe indifféremment alentour. Pour tout un tas de raisons. Parfois fort injustement. De plus en plus souvent et de plus en plus près. Je perds des amis de jeunesse, des compagnons de route. Il faut s'habituer. C'est dans l'ordre des choses. Ça n'ira pas en s'améliorant de toute façon. 
Il faudrait donc se préparer aussi à l'idée de sa propre disparition. Il paraît que ça sert d'abord à ça la philosophie.même si rien n'a plus beaucoup de sens et que l'on se trouve peu d'utilité à mesure que s'égrènent les années. C'est quoi déjà cette phrase de Nietzsche que De Gaulle aurait paraît-il inscrite sur le livre d'Or de l'ambassade de France à Dublin le 18 Juin 1969  ? Ah oui  "Rien ne vaut rien, il ne se passe jamais rien et cependant tout arrive, mais cela est indifférent". On croirait du Beckett. Celui-là même qui écrivait "Ever Tried. Ever Failed. No Matter. Try again. Fail again. Fail better"
Alors je continue malgré tout. C'est juste un passe-temps comme ces sculptures naïves que les bagnards taillaient au couteau sur des noix. Mais un passe-temps nécessaire. D'ailleurs dans ces périodes de confinement  — où, ne l'oublions pas, il est tout de même plus facile d'éviter la mort que si des bombes nous tombaient sur la gueule —, la conscience soudaine du temps peut parfois nous submerger et nous perturber autant que la présence du virus dans les parages.
Alors "faire" tant qu'on le peut. Agir, profiter de cette fenêtre pour montrer des images et raconter des choses à des inconnus. Créer du lien, même virtuel. Produire, parce que c'est tout de même encore une forme de lutte, dérisoire bien sûr, mais qui témoigne qu'un reste de vitalité subsiste encore.  
J'espère être en mesure de voir au printemps prochain, le prunus shirotae du jardin des plantes en fleurs. Je promets que je le photographierai alors.

dimanche 15 novembre 2020

Bar & Cantina

  

Voilà,
cet établissement, est situé entre la place Saint Michel et le boulevard St Germain rue Hautefeuille qui abrite aussi un petit restaurant que j'adore pour la simplicité de sa carte et son cadre rustique. J'y suis souvent venu avec ma fille. S'y trouve aussi un cinéma que je fréquente depuis mes dix-sept ans.
Je ne sais de quand date cette peinture murale d'inspiration mexicaine, ni si elle a été commanditée par les propriétaires de ce bar de nuit, autrefois fréquenté par la jeunesse. Il est probable que ces endroits risquent de ne pas réouvrir de sitôt en raison du confinement causé par la crise du covid et des implications économiques afférentes. Ce nouveau monde en train d'advenir, je sens bien qu'il est difficile de s'y résoudre. Ici la plupart des gens sont comme tétanisés, plus ou moins dans l'attente de quelque chose qu'on n'ose se formuler, essayant de se persuader qu'un vaccin suffira pour que l'on puisse retrouver la vie d'avant. Mais ce qui guette, c’est surtout une crise économique et de l'emploi qui risque d'être terrible. Pour le moment des mesures compensatoires et provisoires, maintiennent certains commerces à flot, mais pour combien de temps. C'est toute notre organisation sociale qui va s'en trouver bouleversée. Tout cela sur fond d'urgence climatique et de menace terroriste croissante en Europe. Plus que jamais, comme le faisait remarquer Annie Clément-Perrier, en introduction à un article consacré à la photographie chez Claude Simon, "toute photographie rend sensible la dimension mélancolique du temps, atteste la vulnérabilité de l'existence, de ce qui a été, dont il reste l'empreinte lumineuse, la trace visible laissée par la chose désormais absente". Cette chose qui risque de s'absenter d'ici peu, c'est une certaine forme d'insouciance voire d'inconséquence de légèreté et de frivolité, si caractéristiques de ce pays. Et qui sait si d'ici peu nous n'en viendrons pas à ressembler à ces deux personnages aux regards vides. Je plaisante, bien évidemment.


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vendredi 13 novembre 2020

St Jean Baptiste

 
Voilà,
j'ai souvent témoigné sur ce blog de mon intérêt pour l'art contemporain autant que d'une certaine défiance à son égard. Selon Marcel Duchamp "c'est le regardeur qui fait l'œuvre". L'œuvre présentée ici est une authentique œuvre d'art tangent. Comme l'a fait remarquer Benjamin Tardillon "ce sont les œuvres qui sont tangentes, non les artistes, et tout le monde peut participer à l’émergence d’une œuvre tangente car souvent l’œuvre tangente est là, à côté de nous ; il suffit de la regarder pour la voir." Celle-ci par exemple, avec son air de momie : un "St Jean Baptiste" de Rodin revisité sous le triple patronage de Joseph Beuys connu pour ses sculptures en feutre, de Christo célèbre pour ses emballages, et de Daniel Buren réputé pour l'utilisation des bandes :-)
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mardi 10 novembre 2020

Dévastation


Voilà,
cette nuit j'ai rêvé que j'étais en proie à des hallucinations. Chaque fois que j'entrais dans les toilettes de mon appartement, elles offraient un état de dévastation toujours différent qui m'angoissait aussitôt un peu plus. La première fois j'en étais aussitôt sorti stupéfait et en quelque sorte effrayé par ce que je venais de constater. Mais y retournant j'avais compris que le décor ne pouvant aussi vite changer, c'était mon imagination qui produisait ces transformations. Pourtant touchant les murs répugnants d'où la peintures s'écaillait en vaguelettes, j'avais au bout de mes doigts la sensation physique de la dégradation des lieux. Cela se mélangeait confusément à une vague information qu'il m'avait semblé voir où entendre selon laquelle un décret avait drastiquement durci le confinement, de sorte que je me retrouvais sans réserve alimentaire. J'étais si intensément englouti dans le sommeil, qu'à aucun moment je n'avais conscience de rêver.
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lundi 9 novembre 2020

Monstres

 
Voilà,
c'était gare du Nord début Octobre et le hasard m'avait offert l'étonnante juxtaposition de cette femme agrippée à son smartphone et de ces grandes reproductions de pages du livre d'Emil Ferris "My favorite thing is monsters", traduites en français. En dérobant subrepticement cet instant, je savais qu'il y avait probablement quelque chose d'insolite. Je n'avais pourtant pas eu le temps de lire le texte ni de remarquer le jeu des visages dessinés autour du sien, pas plus que la croix au-dessus d'elle. (Linked with our world tuesday)

dimanche 8 novembre 2020

Onze ans


Voilà
onze ans que j'ai commencé ce blog. C'était aussi un dimanche. Je repense à cette réflexion de Pessoa :"Tout ce que nous savons est une impression ressentie par nous-mêmes, et tout ce que nous sommes une impression ressentie par les autres, étrangère à nous-mêmes". Mais je ne suis plus certain de ce que je sais ni de ce que je sens. Je m'efforce de croire que j'écris est au plus près de ce que je suis. Mais je ne sais pas ce que je suis. Je me dérobe à mesure que je pense me trouver. Je sais juste que je fuis. Comme une vieille chambre à air. Je fatigue. Je n'ai plus d'idées. C'est ainsi : toute sa vie on cherche l'inspiration, puis on finit par expirer. Mais quand même je me serais lié à d'invisibles présences et depuis ce monde d'ombres évoqué au premier jour, des signes m'auront malgré tout été adressés.
Sinon, il semblerait que le monde soit devenu peut-être un peu moins fou. Je l'espère de tout cœur.
(Linked with Monday murals)

jeudi 5 novembre 2020

Je connais de grandes stagnations



Voilà,
 Je connais de grandes stagnations. C'est dans mon âme même que je stagne. Il se produit en moi une suspension de la volonté, de l'émotion, de la pensée, et cette suspension dure des jours interminables ; seule la vie végétative de l'âme – la parole, le geste, l'allure – peut encore m'exprimer aux autres et, à travers eux, à moi-même. ( Fernando Pessoa in " Le Livre de l'Intranquillité)
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mercredi 4 novembre 2020

Mes nouveaux copains


Voilà,
l’automne est un peu frais, mais lumineux. Sur la première photo on peut apercevoir mes deux nouveaux copains qui me permettent, dans le cadre légal de l'heure de sortie que je suis en droit de m'octroyer, d’accomplir un effort physique bref et intense. Sur le vélo elliptique je peux observer le bleu du ciel entre les frondaisons et contempler ce petit hêtre tortillard (tel est son nom) en me rappelant quelques enfants riches qui peuvent profiter d'une telle présence dans le jardin de leur propriété familiale, et pour lesquels l'été, il est bien agréable d'y trouver un abri sous le feuillage, et de s'y faire une cabane naturelle. 
Pour accompagner ce laborieux exercice, j'écoutais ce matin une de ces vieilles playlists dont j'ai déjà parlé, me laissant emporter dans des divagations que favorise le mouvement répétitif. Je songeais aux possibilités demeurées virtuelles, aux occasions qui ne furent pas saisies, aux fausses routes et au contingences qui m'ont mené là, doutant d'avoir maîtrisé grand chose dans ma vie.

lundi 2 novembre 2020

Rue des Thermopyles


Voilà, 
j’y repense chaque fois que je passe dans cette rue voisine que j'ai souvent photographiée. Donc début mars 1986, nous tournons à l’INA un court métrage sous la direction de François Pain à partir de quelques séquences du spectacle "Rêves de Kafka" mis en scène par Philippe Adrien. Un des techniciens qui a le même prénom que moi possède une voiture et habite rue des Thermopyles. Je rentre tous les soirs avec lui et quelques autres participants du film. Un soir l’un d’entre eux s’excuse de ne pas pouvoir finir le tournage avec nous. Il est vraiment désolé mais il a une super proposition, il va devoir nous quitter. Une semaine au Liban pour un reportage. C’est bien payé. Cela ne se refuse évidemment pas et tout le monde comprend. Simplement voilà, une fois sur place l’équipe est enlevée le 8 Mars par une milice armée. Deux journalistes seront libérés au bout de quatre mois, le troisième au bout de 9 mois. Lui, Jean-Louis Normandin passera plus de 18 mois prisonnier dans d’effroyables conditions. Juste se rappeler que la notion de confinement est très relative.

dimanche 1 novembre 2020

Un vague malaise, un léger embarras


Voilà,  
le téléphone une fois raccroché, je me suis demandé pourquoi il avait éprouvé le besoin de parler autant. S'était-il ainsi répandu depuis son lit d'hôpital parce que la mort était passée très près ? Le matin même je lui avais envoyé un SMS, pour lui témoigner mon soutien et lui adresser mes vœux de rétablissement, parce que la veille, il avait annoncé, son hospitalisation à ses abonnés Whatsapp.
Je l'avais laisser s'exprimer — il semblait en avoir besoin — sans rien objecter aux phrases définitives à propos de l'actualité politique, littéraire, sociale qu'il assénait d'un ton péremptoire. Rarement non plus, il n'avait auparavant dressé un tel inventaire de toutes les personnes célèbres et réputées qu'il avait rencontrées. J'attribuai cette soudaine exaltation dont il est ordinairement peu coutumier aux corticoïdes qu'on lui avait administrés, et dont l'effet peut se comparer, m'avait-t-il expliqué, à celui des amphétamines. Au passage il en profita pour évoquer cette époque du Palace où il prenait des cocktails d'amphétamines et de coke pour baiser toute la nuit dans de ce qui était alors le temple populaire de la luxure et du libertinage.
Mais quand même, il m'avait aussi raconté ce que le médecin lui avait dit. Apparemment il avait eu de la chance. 
Je me fais donc à présent du souci pour mon ami, en même temps que je ne peux m'empêcher d'éprouver un vague malaise que je ne parviens pas à dissiper. Son monologue trahissait une sorte d'hystérie mêlée de fausse désinvolture, qui ne lui ressemblent vraiment pas. J'espère qu'il va promptement se rétablir. 
C'est curieux comme ces derniers jours j'ai pu recevoir d'étranges messages. Certains m'ont laissé vraiment perplexe. Mais ces temps sont si incompréhensibles et parfois tellement effrayants. Et qui sait ce que moi-même je pourrais faire d'ici peu.
Histoire de m'aérer les neurones, j'ai donc résolu de m'accorder un petit tour dans le périmètre autorisé. Après avoir rempli le formulaire adéquat, ça va de soi. J'ai emprunté un raccourci par le cimetière, en évitant les grandes allées, car en ce jour de Toussaint, c'était l'affluence. J'ai traîné de-ci de-la, une heure durant, puisque c'est le temps qui m'est imparti. 
Cependant je ne suis pas repassé par l'Avenue du Général Leclerc. Voilà quelques temps déjà j'y ai photographié cette fresque étrange, peinte par l'artiste evazeSir nrc. Une sorte de collage mural, assez destructuré.
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