samedi 21 mars 2020

Dans ma bibliothèque



Voilà,
en fait ce confinement m'aide à réaliser des lubies que j'ai eues autrefois, me concernant. Ainsi m'est il, de temps à autre, arrivé de m'imaginer en train d'écrire paisiblement dans une maison en écoutant Mozart  —"l'écrivain comme fantasme" comme écrivait Barthes : "non l'œuvre mais la posture" — ce que je fais actuellement puisque l'adagio du concerto pour hautbois et cordes (c'est Shazam qui me le dit) passe sur France-Musique. Car en ce moment j'ai tendance à éviter tout ce qui parle du présent, de l'épidémie, de la crise sociale qui se propage. D'autres le font mieux que moi. Je suis comme la plupart des gens, assez inquiet. Moins par le virus, qui bien sûr risque de m'atteindre, que par l'engorgement des hôpitaux et l'impossibilité de traiter ce que suggèrent, en ce qui me concerne, d'autres symptômes. Pour faire bref, je ne suis pas dans la bonne fenêtre de soins.
J'ai aussi la certitude que rien ne sera plus comme avant. Que c'en est fini de cette paix illusoire. Que lorsque la pandémie sera momentanément maîtrisée, du chaos social risque de survenir. Cette crise a révélé trop d'impostures, d'incompétence, de cynisme. Sur les réseaux sociaux, ressortent les vidéos ou le président répondait à des infirmières constatant le manque de moyens avec une condescendance teintée de mépris "vous dites des bêtises". Mais, pendant que les gens sont confinés on continue de casser le code du travail à coup de décrets-lois. Elle dévoile aussi à quel point notre mode de vie est trompeur et repose sur des fausses valeurs. Cela risque d'être un détonateur, comme le fut le cas avec l'éruption du volcan Laki en Islande en 1784  qui causa des perturbations climatiques entraînant plusieurs années de mauvaises récoltes. La situation des paysans fut telle ensuite qu'elle provoqua des révoltes et des doléances dont on ne tint pas compte. Tout cela redoublé par la transition énergétique inévitable que personne n'anticipe, et le changement de paradigme nécessaire dont cette pandémie nous donne une petite idée. Bref, il est probable que je ne finirai pas mes jours dans un monde serein.
Aussi j'accepte ce confinement obligé comme un dernier répit qui m'est accordé. Comme une opportunité pour essayer de mettre un peu d'ordre dans mes affaires, tant que j'en ai la capacité physique. Je ne voudrais pas souffrir. J'aimerais pouvoir dire comme le sculpteur Brancusi  "Je ne suis plus de ce monde, je suis loin de moi-même et détaché de ma personne. Je suis chez les choses essentielles". Ce n'est pas gagné. Il y a chez moi tant de projets en plan, inachevés. Et puis je me laisse toujours distraire par le traitement de  mes photos, l'envie de réaliser des collages, des peintures digitales. et ces derniers jours celles de redessiner sur papier aussi.. Je me suis déjà exprimé à ce sujet. Ces activités soulagent du mal de vivre et me permettent d'exprimer au mieux ce que je deviens.
Toujours est il que j'apprécie de rester dans cet appartement. Même s'il y a trop d'objets devenus superflus. Trop de livres, de disques aussi que je n'écoute plus. D'affaires qui n'ont plus d'usage, de raison d'être. Je ne consulterai sans doute plus jamais, les vieux numéros de l'Autre Journal créé par Michel Butel. Ce serait sans doute une douleur de lire les vieux "Charlie mensuel" qui me renverraient au souvenir de qui-je-fus, et à toutes les espérances et les illusions qui étaient alors les miennes, et aux promesses que je n'ai pas su tenir. Je ne me suis pas construit la vie que je m'étais imaginée. J'ai fait du mieux que j'ai pu. Je me suis quand même beaucoup amusé. J'ai plus souvent joué que travaillé et plutôt traversé la vie en dilettante. Mais c'est une autre histoire.
Aujourd'hui, le futur ne m'offre guère d'autre perspective que de tenter de continuer à donner, dans la mesure de mes moyens forme à ce que j'ai vécu, à ce que j'ai rêvé. je ne suis pas triste. Juste un peu stupéfait, abasourdi. cela me fait songer à des lignes de Michaux dans "Épreuves, exorcismes" :"Nous nous consultons. Nous ne savons plus. Nous n'en savons pas plus l'un que l'autre. Celui-ci est affolé. Celui-là confondu. Tous sont désemparés. Le calme n'est plus. La sagesse ne dure pas le temps d'une inspiration. (...) Qui sur notre sol reçoit encore le baiser de la joie jusqu'au fond du cœur ?"

*
 
Un jour, il y a eu cet aperçu dans ma bibliothèque. Je crois que c'était vers le printemps 2008. Ces images y étaient déposées : d'un côté le portrait de Rimbaud, de l'autre ce pop-up représentant une petite bergère, et puis le reflet d'une des fenêtres du salon où se projetait le monde extérieur. J'y suis encore tout entier. C'est moi, c'est mon environnement, celui que je ne regardais plus à force d'y être, et que je reconsidère désormais, à force d'y être. Curieux paradoxe.
Dehors le printemps commence.
C'est un jour gris.
Les rues sont désertes.
Aujourd'hui Peter Brook a 95 ans. 
Je me souviens de Peter Brook quand nous répétions au Bouffes du Nord. Il m'arrivait de le croiser dans les couloirs du théâtre. Il saluait alors chaleureusement son interlocuteur, lui serrant la main. Il vous regardait alors dans les yeux, échangeant quelques paroles. Dans ce bref échange, il était intensément là. Avec vous. Peu de gens sont capables de manifester une telle présence et une telle générosité dans ce genre de situation.

jeudi 19 mars 2020

Porcs-épics


Voilà,
Je me souviens que sur ce quai de gare, j'avais pensé – je ne sais plus par quelle association d'idées – à la fable de Schopenhauer sur les porc-épics. Enfin si, à vrai dire je me souviens très bien, mais il serait déraisonnable d'en faire part ici. Cela restera entre le paysage et moi. Un bref instant, j'avais retrouvé cette solitude éprouvée quand je voyageais seul dans ma jeunesse, lorsqu'on se retrouve dans des lieux improbables à attendre des bus ou des trains qui ne viennent pas. Parmi le craquètement des cigales et les stridulations des grillons, j'avais aussi repensé à la gare de Boghari où je m'étais senti bien seul lorsque j'y étais retourné, voilà bien des années, et quelque peu inquiet aussi.
Aujourd'hui, de nouveau, avec cette affaire de "distanciation sociale" recommandée par les médecins, cette histoire de porcs épics me revient. Je vous la livre : "Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux souffrances, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendit la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières.”
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mercredi 18 mars 2020

Une étrange pensée



Voilà,
Cette nuit m'est venue une étrange pensée. Oh ce n'est pas une pensée qui calme ni qui rassure. Elle n'apaise pas les angoisses qu'alimentent les bulletins de radio et les réseaux sociaux, bien plus que le confinement lui-même, d'ailleurs. Oui un instant il m'est apparu que peut-être ce virus n'en était pas un. Qu'il était au contraire juste un moyen, une sorte d'anticorps que la Nature a trouvé pour se défendre de son principal prédateur, qu'elle a, en un temps lointain, elle-même généré et qui, depuis qu'il existe, n'a cessé de bouleverser son ordre, s'érigeant perpétuellement contre elle. Car, à bien y réfléchir l'espèce humaine toujours désireuse de transformer à son seul profit tout ce qui vit autour d'elle (jusqu'à provoquer des désastres irréversibles) n'aurait elle pas précisément le comportement d'un dangereux virus mutant dont devrait impérativement se défendre la Nature ? Car rien n'exclut d'envisager que cette dernière constitue un organisme en soi, très complexe possédant une forme d'intelligence à laquelle nous n'avons pas accès, qui lui dicte la nécessité de réduire, sinon d'éradiquer ce qu'il n'est pas déraisonnable de considérer pour elle comme une nuisance insupportable — du moins depuis l'avènement de la révolution industrielle avec laquelle on fait coïncider l'ère de l'Anthropocène —.
Pandémie bien sûr, mais n'oublions pas le reste qui est au moins tout aussi inquiétant : aux iles Marshall sur l'île de Runit, le grand dôme en béton construit pour contenir les déchets radio actifs liés aux essais nucléaires est en train de se fissurer. La fonte du permafrost va libérer de non seulement du méthane mais aussi de vieux virus qui étaient congelés depuis des siècles. Les bombes chimiques des guerres précédentes jetées à la mer et corrodées par le sel vont tôt ou tard lâcher leurs poisons. La raréfaction de l'eau potable à la surface du globe, l'élévation du niveau des mer liée à la fonte des banquises, sans compter les périls que nous font courir les dirigeants populistes tous plus tarés les uns que les autres, les motifs d'inquiétude sont nombreux et d'ailleurs non exclusifs les uns des autres. Cette crise majeure ne fait que mettre en lumière cet aveuglement au désastre qui caractérise nos sociétés dites évoluées, même s'il n'est guère probable que cela suscitera un quelconque sursaut de lucidité parmi ceux qui dirigent les destinées de nos nations.
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lundi 16 mars 2020

Ce néant qui peut être autre chose


Voilà,
je ne peux pas passer mon temps à simplement gloser sur l'impéritie teintée de cynisme de nos dirigeants face à la pandémie de Covid19, ou à gamberger sur mes angoisses et celles de quelques un(e)s de mes ami(e)s, ni à m'énerver contre la connerie et l'ignorance de certains de mes contemporains, ni à remâcher les quelques imprudences que j'aurais pu commettre ces derniers temps. Je suis allé me ravitailler chez le boulanger, au supermarché, chez le marchand de légumes, mais bon tout de même il faut manger... Allez, advienne que pourra.
En attendant j'ai retrouvé ce collage d'inspiration plutôt gothique, réalisé il y a trois ou quatre ans, et l'envie m'est venue de l'associer à ce texte relu après avoir vu "Lisbon story" le film de Wenders, où il est inévitablement aussi question de Pessoa. Un peu de littérature, ça fait quand même du bien en ces temps incertains : "Quant à moi qui déteste la vie avec timidité, j'ai peur de la mort avec fascination. Je redoute ce néant qui peut être autre chose, et je crains simultanément ce néant et cet autre chose ; comme s'il pouvait unir en lui le nul et l'horrible, comme si on allait enfermer dans mon cercueil la respiration éternelle d'une âme corporelle, comme si on y torturait de claustration quelque chose d'immortel. L'idée de l'enfer, que seule une âme diabolique a pu inventer, me semble résulter d'une confusion de ce genre, du mélange de deux terreurs différentes, qui se contredisent et se corrompent mutuellement." 
 Fernando Pessoa in "Le Livre de l'Intranquillité"

dimanche 15 mars 2020

On doit trafiquer quelque chose


 Voilà,
au regard de ce qu'il se passe dans ce pays, je m'aperçois à quel point, ce billet publié il y a dix jours, était assez juste. Aujourd'hui l'incapacité à affronter efficacement un état de crise sanitaire, en dépit des appels réitérés de responsables médicaux et de personnels de santé à l'intention des dirigeants, s'avère criante. Pourtant ce n'était pas faute d'avoir été prévenus. Mais il y avait cette croyance érigée en dogme que cela n'arriverait pas jusqu'à chez nous.
En quelques jours nous sommes passés à la phase du confinement. Cependant nos dirigeants nous disent de rester chez nous, mais pas vraiment puisqu'ils ont maintenu les élections municipales. C'est le dogme absurde sur lequel repose la pensée de notre petit président. Pris dans l'injonction contradictoire qui m'est faite d'aller voter et de devoir rester à la maison (pour ne pas contaminer si je suis un porteur sain, ou ne pas être contaminé), je suis quand même sorti pour remplir mon devoir de citoyen (enfin surtout voter contre les représentants de ce pouvoir) et faire quelques courses. Au passage j'ai pris ces deux photos rue Daguerre. 



A partir de ce soir, et pour un temps indéterminé tout va être mis entre parenthèses à cause de cette pandémie, y compris les soins accordés à la plupart des autres maladies semble-t-il. Je me fais du souci pour ma fille pour sa mère, pour des amis proches. Et pour ce qui me me concerne je me rassure en  constatant que je n'ai pas de température. Sinon, il y a aussi les empêchements que cette situation génère. les obsèques de Didier Bezace auront lieu à huis-clos. On ne pourra pas lui rendre un dernier hommage. Même les enterrements et les crémations vont se faire en catimini. Dans les semaines qui viennent je vais tâcher de me prendre à des tâches pratiques qui nécessitent de la concentration, histoire de ne pas trop gamberger. "On doit trafiquer quelque chose" J'ai des idées de photomontages, de dessins. On verra bien. "On n'a pas tous les mêmes cartes" (linked with Monday murals)


samedi 14 mars 2020

Life can be perfect


Voilà,
mon forsythia a commencé à fleurir le 12 Mars, jours de l'annonce en France des consignes de confinement au motif de ce fameux coronavirus (covid-19 de son petit nom) qui a acquis son statut officiel de pandémie. Donc nous voilà au mieux, réduits à 30 jours de cocooning intensif. C'est certes forcément plus pénible dans les villes que dans les campagnes, mais ce n'est pas non plus le siège de Sarajevo ou d'Alep, ni le Yémen. Pour le moment c'est juste, redoublée par la conscience de notre soudaine vulnérabilité, l'angoisse éprouvée devant ce que nous sommes incapable de rationaliser. 
Ce que met désormais en lumière cette épidémie c'est l'impréparation de nos sociétés pour faire face à l'événement mais aussi l'incohérence de leurs fonctionnements. La politique de flux tendus au nom du profit maximum montre ses limites, et celle de la destruction massive des services publics révèle ses inconvénients. Quand on réduit le nombre de fonctionnaires il ne faut pas s'étonner que cela ne fonctionne pas. Aujourd'hui en France on s'aperçoit par exemple que la restriction du nombre de lits dans les hôpitaux  – 17500 en moins moins au cours des six dernières années – a un impact sérieux sur la gestion de cette crise, de même que la diminution du personnel soignant dans les hôpitaux. Et que dire des chiffres de l'Italie : 70 000 lits fermés en dix ans, réduction de 37 milliards d'euros pour les dépenses du système de santé. Ce n'est pas seulement le coronavirus qui tue, mais surtout l'austérité. D'ailleurs en France des recherches sur ce type de virus avaient été initiées après l'épidémie de SRAS de 2008 en Chine, et puis les pouvoirs publics jugeant que ce n'était plus un sujet d'investigation rentable, puisque l'épidémie ne s'était pas reproduite, ont coupé les crédits.
Les premières victimes de cette crise, autant que les malades, vont être les travailleurs précaires, les petits entrepreneurs, les indépendants, les commerçants et non les grandes entreprises qui ne payent pas d'impôts ni leurs actionnaires qui seront juste un peu moins riches.
Au moins prenons nous conscience de la fragilité du système neolibéral qui régit nos échanges économiques et sociaux. L'injustice qui est au principe même de ce système va en apparaître que plus flagrante. Mais ne nous leurrons pas, les riches, les possédants ne lâcheront rien. Ce sont d'abord, les pauvres qui vont mourir, pas forcément de la maladie, mais de ses effets collatéraux car tout cela provoquera encore plus d’exclusion, de chômage et de détresse.
Nous vivons dans un monde de capitalisme financier où les banques et les fonds d’investissement et de pension font la loi tant que ça rapporte (et sinon exigent des deniers publics pour les sauver), où les Bourses dominent l’économie, où les multinationales ont joué la mise en concurrence de pays qui se mettent, sous leur influence, au dumping social, écologique et fiscal. Un monde et des nations où la dérégulation est devenue la norme, dans le champ de la finance en vertu d'accords dits de libre-échange et de libre investissement qui attribuent de tels pouvoirs aux multinationales que ces dernières peuvent modifier les règles du jeu aux dépens des États.
Dans ce contexte de la mondialisation financière néolibérale, "le coronavirus joue le rôle d’une simple allumette capable de mettre feu à tout un immeuble parce que ce dernier est construit avec des matériaux hautement inflammables, parce que les conduites de gaz sont percées, parce qu’il n’y a pas d’alarme incendie ni de services de pompiers. Bien d’autres allumettes auraient pu et peuvent encore mener à une possible récession liée à un krach boursier" comme le fait remarquer Jean Galdrey dans le quotidien "Reporterre"


Au moins ce virus a-t-il une vertu : celle de nous donner une idée du chaos auquel nous devons nous préparer et qui ne manquera pas, si l'on en croit le diagramme du club de Rome, de survenir désormais à très brève échéance avec plus d'amplitude encore, en raison des désordres sociétaux à venir, combinés au changement climatique global. D'ailleurs ne serait-il pas plus judicieux de considérer cette pandémie comme une première phase du désastre écologique qui nous guette, d'y voir une des premières manifestations de ce fameux effondrement dont on parle tant depuis quelques années. Autant penser d'ores et déjà la catastrophe globale au présent même si, soit dit en passant, de nombreux peuples la vivent depuis longtemps.
En attendant, dans notre vie quotidienne, des choses que l'on croyait immuables sont remises en question. Le cycle des compétitions sportives par exemple. Celui des festivals de musique, de théâtre. Les musées ferment. Les lieux de culte aussi. Les monuments sont interdits à la visite. Tous ces rituels supposés unir des foules dans une même ferveur, une même communion sont annulés. Ainsi cette année, la place Saint-Pierre au Vatican sera probablement déserte à Pâques.
Bien sûr en Europe, il y a quelques incohérences. Les britanniques mus par quelques vieil instinct tribal ou insulaire n'annulent pas le match de Rugby opposant cet après-midi l'Écosse au Pays de Galles. En football Liverpool a accueilli récemment l'équipe de l'Atletico de Madrid et ses supporters. Mal lui en a pris, elle a perdu. Pourvu que la ville n'y ait pas gagné trop de contaminations. En France on maintient les élections municipales (il faut dire que le discours du président sur l'épidémie tenait aussi lieu de discours électoral, le cynisme n'a pas de borne). Les belges par contre ont convenu de fermer les bars et les commerces. Les Espagnols aussi. Sans doute qu'on fera de même d'ici peu. On ferme les frontières à l'intérieur de l'Europe. On chasse les miséreux qui se pressent à nos frontières. Chaque jour apporte son lot de nouvelles alarmistes. Il semblerait que nous vivions une période historique.
On en profitera dans un premier temps pour lire les livres qu'on se promet de lire depuis longtemps, pour regarder des vidéos, écouter du jazz et de la musique classique, découvrir des trucs qu'on ne connaît pas, pour faire du ménage aussi, jeter des vieux papiers, trier des photos, planter des fleurettes, explorer les paysages intérieurs, réparer, rapiécer, bricoler dans la mesure de ses moyens. En essayant de ne tomber malade en aucune façon.
PS. Finalement, in extremis, le match de Rugby a été reporté.
(Linked with weekend reflections

vendredi 13 mars 2020

Songer aux Himbas à Nanterre

 


Voilà,
un jour je suis resté assez longtemps assis sur un banc, dans le parc de Nanterre, où je traînais parce que j'étais en avance à mon rendez-vous. Pour m'occuper je regardais des trucs sur mon smartphone même si ça ne me rend pas pour autant plus intelligent. Et puis par hasard j'ai trouvé cette jolie histoire sur le net.
"Chez les Himbas de Namibie en Afrique australe, la date de naissance d’un enfant est fixée, non pas au moment de sa venue au monde, ni à celui de sa conception, mais bien plus tôt : depuis le jour où l’enfant est pensé dans l’esprit de sa mère . 
Quand une femme décide qu’elle va avoir un enfant, elle s’installe et se repose sous un arbre, et elle écoute jusqu’à ce qu’elle puisse entendre la chanson de l’enfant qui veut naître. Et après qu’elle a entendu la chanson de cet enfant, elle revient à l’homme qui sera le père de l’enfant pour lui enseigner ce chant. Et puis, quand ils font l’amour pour concevoir physiquement l’enfant, ils chantent le chant de l’enfant, afin de l’inviter.
Lorsque la mère est enceinte, elle enseigne le chant de cet enfant aux sages-femmes et aux femmes aînées du village. Si bien que, quand l’enfant naît, les vieilles femmes et les gens autour de lui chantent sa chanson pour l’accueillir.
Au fur et à mesure que l’enfant grandit, les autres villageois apprennent sa chanson. Si bien que si l’enfant tombe, ou se fait mal, il se trouve toujours quelqu’un pour le relever et lui chanter sa chanson. De même, si l’enfant fait quelque chose de merveilleux, ou traverse avec succès les rites de passage, les gens du village lui chantent sa chanson pour l’honorer.
Dans la tribu, il y a une autre occasion où les villageois chantent pour l’enfant. Si, à n’importe quel moment au cours de sa vie, la personne commet un crime ou un acte social aberrant, l’individu est appelé au centre du village et les gens de la communauté forment un cercle autour de lui. Puis ils chantent sa chanson. La tribu reconnaît que la correction d’un comportement antisocial ne passe pas par la punition, c’est par l’amour et le rappel de l’identité. Lorsque vous reconnaissez votre propre chanson, vous n’avez pas envie ou besoin de faire quoi que ce soit qui nuirait à l’autre.
Et en va de même ainsi à travers leur vie. Dans le mariage, les chansons sont chantées, ensemble. Et quand, devenu vieux, cet enfant est couché dans son lit, prêt à mourir, tous les villageois connaissent sa chanson, et ils chantent, pour la dernière fois, sa chanson."
J'ai levé les yeux, j'ai regardé le paysage devant moi, si atrocement laid et si dénué de générosité avec ces deux tours au loin, siège et symbole d'une grande banque française. Il commençait à faire un peu frais ; j'ai redouté qu'il se mette à pleuvoir. J'ai pensé que le monde dans lequel je vivais était décidément bien absurde. Quel rapport pouvait-il bien avoir entre cette humanité dont j'ignorais tout avant de tapoter sur cet engin sophistiqué pourtant devenu en moins de dix ans banal et quotidien et la réalité qui était la mienne ?  Une fille voilée passa qui trottinait vêtue d'un jogging sombre et de nike jaunes fluos. Non loin de jeunes noirs dansaient et exécutaient en parlant très fort des figures complexes autour d'un ghetto-blaster diffusant du rap américain. Quelques canards cancanaient non loin. J'eus soudain une terrible envie de crêpe au sucre.

Souvenir des jours ordinaires.

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jeudi 12 mars 2020

Un Genre de Saudade



Voilà,
En 1994 paraît le film de Wim Wenders, "Lisbon story", récemment réédité en DVD dans une version restaurée. L'histoire est celle d'un ingénieur du son qui, répondant à une lettre d'un ami réalisateur en tournage dans la capitale lusitanienne, décide de le retrouver là-bas. De ce film, très touchant au demeurant, puisqu'on y voit Lisbonne avant qu'elle ne devienne une destination touristique, j'évoquerai surtout les dix premières minutes durant lesquelles se succèdent des paysages de routes et d'autoroutes entre Francfort et le Portugal. Et, tout au long de ce trajet, l'autoradio de la voiture que conduit le personnage principal diffuse des bribes de nouvelles d'actualités dans des langues différentes. Le commentaire en off, rend compte, par le truchement de son personnage, de l'enthousiasme de Wenders pour l'abolition des frontières et pour la possibilité de traverser une partie du continent comme s'il s'agissait d'un même pays (et pourtant il n'y pas encore à ce moment là de monnaie unique). Il y évoque cette croyance répandue à l'époque que c'est le meilleur moyen de maintenir la paix dans cette région du monde. N'oublions pourtant pas que durant ces années les différentes nations de l'ex-Yougoslavie se déchiraient dans une guerre sanglante. Entendre aujourd'hui les mots d'une naïve espérance que nous fûmes nombreux à partager, celle d'une Europe sociale, d'une Europe des peuples, d'une Europe solidaire a quelque chose d'étrange, car on est bien évidemment loin de ça aujourd'hui. Les frontières intérieures se ferment momentanément en raison de l'épidémie de coronavirus, et l'Union Européenne qui n'a d'union que le nom se révèle incapable de trouver des solutions communes à ce problème comme à tant d'autres. De nouveau le spectre de la guerre rôde à nos frontières, et, fuyant les massacres qui meurtrissent leur pays, des exilés désireux de trouver refuge en Europe se voient brutalement refoulés ou internés dans des camps provisoires insalubres se heurtant au refus brutal de leur droit d'asile. Que pèse notre confinement au regard de leurs errances.
J'écris cela au petit matin. A la radio les nouvelles tournent en boucle – les Etats-Unis viennent de décider que tous les vols en provenance de l'Europe sont suspendus pour un mois, le club de foot de la capitale a gagné son match de qualification dans un stade vide, selon l''OMS l'épidémie de coronavirus accède au statut de pandémie, on parle de crise (sanitaire, financière, économique), le président va faire une déclaration solennelle –. Je n'ai pas envie de me lever. Je ne tousse pas je n'ai pas de fièvre, mais je ne me sens pas pour autant dans une forme éblouissante. Mon corps est à l'image de mon appartement. Plein de petits trucs se déglinguent. Dehors il pleut, il fait gris. Hier un grand acteur français qui fut autrefois un de mes enseignants vient de quitter ce monde. Je repense à Lisbonne. Y retournerai-je, un jour ? Allez je vais écouter Madredeus
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mercredi 11 mars 2020

La Nécessité de l'oubli


Voilà,
un soir il y a quelques années, quand j'aimais photographier les ombres fugitives et choisir des temps de pose qui rendent les corps fantômatiques, j'ai attendu S. près du métro Jules Joffrin. C'était en février 2014. Je ne parviens pas à me rappeler de la raison pour laquelle nous étions convenus de nous retrouver à cet endroit si peu usuel pour moi à l'époque. Mais comme le disait récemment Patrick Wotling dans une émission de radio "il faut avoir un minimum de liberté, de légèreté, ne pas être écrasé par le poids du souvenir… C’est l’une des directions qui permettent de commencer à comprendre pourquoi Nietzsche valorise l’oubli. Nietzsche fait un rapport au modèle animal qui est très parlant : l’animal ne connaît pas les angoisses, les crises d’identité qui sont devenues le lot commun de l’homme contemporain et Nietzsche l’attribue notamment au fait que l’animal ne souffre pas de cette hypertrophie de la mémoire qui surcharge, paralyse les régulations vitales fondamentales… L’animal vit dans l’instant". Ce qui ne m'arrive plus très souvent, je dois en convenir. D'ailleurs, au passage un peu de bestialité ne me ferait pas de mal.
S. m'a finalement rappelé que nous étions allé voir dans un théâtre situé à proximité un spectacle intitulé "la liste de mes vœux" 

mardi 10 mars 2020

Monk à Châteaudouble



Voilà,
j'ai fini, il y a quelques semaines la biographie de Monk écrite par Laurent de Wilde. Je me souviens très bien où et comment j'ai découvert Monk. J'avais 17 ans à Châteaudouble, le premier été que passé là-bas. Il y avait le disque "genius of modern music vol one", dans la discothèque du salon. La plupart des autres disques étaient des enregistrements de musique classique, en particulier beaucoup de concertos pour violons de Vivaldi. Je pense que Philippe et Dominique avaient fait l'acquisition du disque de Monk à l'occasion de son passage quelques années auparavant à la maison de la culture d'Amiens où il s'était produit en concert quand Philippe en était le directeur. Il existe d'ailleurs une photo de Martine Franck me semble-t-il, représentant Monk assis sur une banquette juste en dessous d'un tableau de Pierre Soulages et qui figurait dans le bilan d'activité de la Maison de la Culture avant que Philippe ne la quitte. 
 Je me souviens avoir été touché mais aussi très intrigué par cette musique qui était du jazz et aussi quelque chose d'autre de moins identifiable, un peu dérythmé (cela devait être le morceau "Ruby my dear"), qui donnait l'impression que les morceaux étaient train de s'inventer, de se chercher en même temps que s'affirmait la mélodie.  Je ne trouvais pas ça vraiment beau, bizarre plutôt, assez intrigant et légèrement dérangeant, mais pourtant dès qu'il n'y avait personne dans le salon, je l'écoutais. Le pouvoir de la musique, c'est cette faculté de nous dépayser, de nous téléporter dans un autre temps un autre lieu, de raviver des sensations et les sentiments qui étaient alors les nôtres.  Ce disque je l'associe à cette maison, après le 15 août quand le temps devient plus incertain, qu'il y a des orages que les jours raccourcissent presque brutalement et que l'on réalise en regardant par la fenêtre les nuages bien bas de l'autre côté des gorges, que l'été est vraiment trop vite passé. Je me souviens de l'escalier qui menait au grenier de Châteaudouble, du vieux coffre en bois et de ce tableau (une impression sur un support métallique dont je ne me rappelle plus l'auteur). Il m'arrivait alors de ressentir une vague tristesse sans trop savoir quoi faire. Les Indonésiens appellent cet état "Termangu-mangu"


Mais, revenons à Monk : bien des années plus tard, j'ai vu ce film "Straight no chaser" qui lui est consacré, où l'on perçoit quel genre d'homme étrange il pouvait bien être parfois. Cet extrait vidéo en rend compte un peu quand il se lève et se met à esquisser quelques pas d'une danse étrange. Mais ce qui me touche aussi, c'est cette relation brute qu'il entretient avec le clavier, qui suggère que le tempo est une affaire de corps, c'est sa façon de se situer par rapport à l'instrument, de se tenir face à lui. Mais avec un surplomb inhabituel alors que la mélodie se développe comme une équation en une suite d'instants travaillés comme de la matière.  Ce corps puissant m'émeut terriblement parce qu'il a quelque chose à la fois de brut et d'enfantin, d'inaliénable, de définitivement rétif aux conventions. Il se pose là comme un mystère, une énigme. Il est totalement déraisonnable. Il existe un film, ou l'on voit Monk jouer, alors que Count Basie est accoudé au piano que Monk martèle. À un moment Count Basie esquisse un sourire en regardant Monk. On dirait qu'il se moque de lui de sa façon de jouer qui est aussi une façon d'être. Et se sourire en une fraction de seconde révèle tout  l'écart, la distance qui peut exister entre un qui se considère comme un comte, un aristocrate, et l'autre qui est le moine de sa propre musique. Peut-être après tout Monk est-il au Jazz ce que François d'Assise fut à la religion catholique.

dimanche 8 mars 2020

Erreur d'aiguillage


Voilà,
il passa près du rideau de fer sans prêter attention à l'image qui y était peinte tant l'absorbait la lecture de ce message dont le numéro de l'expéditeur lui était inconnu. Il y était question d'un certain Philitas de Cos (vers 340 - vers 285 av. J.-C.)  Le texte rapportait ceci : "Décrit selon des sources anciennes comme un fouineur ennuyeux et trop pédant, il était incapable de s'empêcher de corriger constamment les autres. Poète et érudit il fut le tuteur du roi d'Egypte Ptolémée II, et joua un rôle clé dans la popularisation de l'école de poésie hellénistique, qui s'est épanouie à Alexandrie. Plus tard, les poètes, tels que l'Ovide romain, l'évoquèrent comme un  modèle. Toutefois on raconte à son sujet qu'il s'est tellement pris à corriger les erreurs des uns, à enquêter sur les faux arguments et les mauvais choix de mots des autres, qu'il mourut de faim en faisant des recherches afin d'écrire un essai sur l'utilisation erronée des mots. Sur sa tombe fut gravé l'épitaphe suivant : "Étranger, Philitas est mon nom, je vécus  les mots  fallacieux et le souci des soirées nocturnes m'ont tué". Un smiley  avec une tête de travers des yeux dissymétriques et un sourire langue tirée concluait les message.
Il répondit laconiquement "je crois qu'il y a une erreur d'aiguillage". "en effet" lui fut-il adressé en retour avec un smiley représentant quelqu'un riant aux larmes.
Il se demanda quel genre de personnes pouvait s'échanger de telles informations.
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jeudi 5 mars 2020

Cabinet dentaire


Voilà,
Marcangelo Bovale s'aperçoit que le cabinet dentaire où il a coutume de se rendre a été racheté par un autre dentiste, Monsieur Joubertin, plus âgé que le précédent qui lui demande, alors qu'il est en train d'effectuer un détartrage ce qu'il pense de son prédécesseur. Bien sûr Marcangelo Bovale, ne peut répondre que par des ahanements inarticulés. Cela fait beaucoup rire les quatre assistantes, toutes plus jeunes et jolies les unes que les autres qui s'affairent autour de son fauteuil, sans pour autant accomplir de tâche précise. D'ailleurs, tout en glissant sur le sol comme Michael Jackson lorsqu'il exécute un moonwalk, elles se livrent avec leurs mains à une sorte de chorégraphie minimaliste comme si elles manipulaient un globe invisible. De temps à autre aussi  des membres de sa famille traversent le cabinet où il opère. Il en profite pour présenter ses enfants, deux adolescents, un garçon et une fille aux dents parfaitement rutilantes qui ne cessent de sourire sans jamais parler. Puis le Docteur Joubertin, décide de préparer un amalgame pour une molaire. Deux de ses assistantes, installent Marcangelo Bovale devant une baie vitrée d'où il est possible d'apercevoir un étang derrière lequel se dresse une église. Du temps passe. Marcangelo Bovale songe, en regardant le paysage qu'au cours de sa vie il aura connu deux années palindromes (1991 et 2002) et qu'il  est probable que peu d'êtres vivants parmi ceux qui ont connu la dernière seront encore de ce monde en 2112 lorsque la suivante adviendra.
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mercredi 4 mars 2020

Jamais comme prévu



Voilà,
même si le pire est toujours à envisager, il n'arrive jamais comme prévu. C'est étrange, on cherche toujours à deviner l'avenir, mais les oracles font rarement preuve de perspicacité. Et lorsque certains d'entre eux s'avèrent clairvoyants et en capacité d'argumenter au moyen d'analyses fines et subtiles, ou au filtre d'hypothèses concordantes, ceux qui ont le pouvoir de décider ne les écoutent pas. Donc, si la plupart du temps cela ne se réalise jamais tout à fait comme on l'imaginait, il est rare que cela advienne mieux qu'on ne le supposait. De l'imprévisible surgit, rendant un temps inintelligible la réalité, contrariant les projets qu'on y faisait. Ça se passe autrement voilà tout. C'est la nature même de l'événement d'être surprenant. Comme le disait Cocteau, "les choses ont une façon bien à elles d'arriver". Et parfois elles arrivent toutes en même temps. On réalise alors que les petits symptômes qu'on avait considérés avec dédain, combinés à d'autres paramètres jusque là tenus pour incertains, voire hasardeux, constituent une équation soudain effrayante parce qu'insoluble dans l'immédiat si bien que toutes les options semblent inappropriées. Et l'ordre des choses, ou ce qu'on nous faisait passer pour tel, ne semble plus aussi fiable. Tout un édifice de croyances se lézarde, et ce qui paraissait, il y a peu de temps encore une improbable fiction  — que nous redoutions cependant sans pour autant vouloir l'admettre — prend lentement forme sous nos yeux, sans que nous puissions nous en affranchir. Et il faut se rendre à l'évidence : nous ne nous étions pas préparés. Et concéder enfin qu'un sursis, par définition, ne peut se prolonger indéfiniment. Linked with the weekend in black and white)

mardi 3 mars 2020

Dramatiquement passionnant


Voilà, 
pire que la sensation de solitude : le constat que l’on préfère encore ce désagrément à l’inconfort et l’embarras éprouvés en présence d’autrui.
Ce qui en cette période d'épidémie,  participe opportunément d'une forme de prophylaxie que l'on pourrait qualifier de citoyenne
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dimanche 1 mars 2020

Elégance


Voilà,
aucun amant n'était digne d'elle s'il ne consentait a écouter le récit sans cesse recommencé de cette histoire d'amour qui l'avait tant fait souffrir ; et c'était, selon elle, manquer de classe que de se soustraire à la litanie répétée de ses plaintes et lamentations. Elle avait le chagrin artiste, un don littéraire certain, une plume acérée, un style indubitable, mais l'élégance qu'elle mettait dans ses phrases lui faisait terriblement défaut dans la vie. (linked with monday mural)

vendredi 28 février 2020

Six heures du soir l'hiver quand la nuit tombe


Voilà,
La solitude c'est pénible vers six heures du soir, l'hiver quand la nuit tombe et qu'il faut se faire à manger tout seul. La nuit par contre quand apparaît l'insomnie, et qu'aucune obligation sociale ou professionnelle encombre le lendemain et qu'il est possible de s'organiser pour confortablement travailler dans son lit — un bon oreiller, l'ordinateur sur un plateau, la musique classique en fond sonore — alors c'est vraiment bien, je suis tranquille pénard. Dans une légère hébétude, hors du temps, personne ne me regarde, ne me juge, ne risque de se trouver agacé par ma présence. C'est  le meilleur moment pour écrire, bidouiller des images. Un sentiment de liberté. Bien sûr le lendemain je vais le payer, je serai complètement à côté de la plaque, même si je me lève tard, mais tant pis, sur le moment je n'y pense pas. Je suis seulement occupé à divaguer, et dans mes errances nocturnes j'emprunte des sentiers détournés, je m'abandonne à la confusion des images qui me traversent. Je suis un voyageur sans âge, voyeur de ces apparitions juxtaposées qui me surprennent et me déconcertent. Je n'aurais jamais vraiment été adulte.
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mercredi 26 février 2020

Moment délicat

 
Voilà,
je réalise bien que je suis à un moment délicat, sinon critique de ma vie. D’une certaine façon elle devient plus périlleuse et précaire. Cela dit, c'est inévitable, c'est dans l'ordre des choses et c'est même assez banal. C'est juste la prise de conscience de tout ça qui est pénible : la certitude que, physiquement, rien n’ira en s’améliorant. Il y a un certain désagrément à constater sa propre dégradation physique et son chaos mental. Les tâches les plus infimes exigent un effort de concentration jusqu'à présent inédit. En fait, de moins en moins de choses suscitent mon intérêt. Et si j'ai toujours envie de bricoler des images, comme je le fais depuis un peu plus de quarante ans, je me fatigue des mots. Construire une phrase, un paragraphe, s'avère de plus en plus laborieux. Tout comme élaborer un raisonnement. J'ai désormais plus de souvenirs que de réflexions, bien que je commence à oublier certaines règles de grammaire.
Je cherche de nouvelles sources d’étonnement et de joie de vivre. J'ai encore du goût pour le bonheur. Mais une effrayante pensée me hante. Pas un jour ne passe sans que, à force de m’effleurer elle ne devienne obsédante. Je sais qu’elle relève en partie d’une névrose qui ne m’appartient pas en propre, mais elle n'en demeure cependant pas moins présente. Je me sens de plus en plus fragile et d'une certaine façon menacé. Mais bon question menace, il paraîtrait, si l'on en croit les journaux radiophoniques du matin, qu'il en est une qui se profile en Europe à grande vitesse. On parle désormais plus de l'épidémie de coronavirus que du débat sur la réforme des retraites à l'assemblée nationale. A suivre.
Quoiqu'il en soit, en dépit des sombres perspectives que l'on semble nous promettre, je continue de tenter de découvrir des formes cachées — seules la douleur ou l'incapacité physiques pourraient m'en empêcher —, je m'obstine à traquer l'insolite autant que la beauté partout où je peux les déceler parmi les choses de ce monde. Et même s'il m'est difficile d'être productif — le sommeil gagne le plus souvent sur ma volonté — je m'efforce de partager mes trouvailles, et de poursuivre ce silencieux entretien avec tout ce qui n’est pas moi, c'est à dire vous, mes quelques lecteurs et lectrices, présences virtuelles mais cependant bien vivantes en différents endroits de cette terre.
Pour les semaines et les mois à venir il est probable que je laisserai la parole à des auteurs qui expriment avec beaucoup plus d'élégance et de précision ce que je peux penser ou ressentir.
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mardi 25 février 2020

Quelques incipit



Voilà,
oui, il y a des livres que je me souviens avoir vraiment commencés, comme "L'Etranger" de Camus, "Le Voyage au bout de la Nuit", parce leurs premières phrases étaient des entrées en matière percutantes.  Je ne parle pas de "A la recherche du temps perdu" dont bien des gens qui ne l'ont pas lu en connaissent pourtant l'incipit. Par ce terme on désigne les premiers mots (ou paragraphes) d'une œuvre littéraire. L'incipit généralement, sert à définir le genre du texte et annonce le point de vue adopté par le narrateur ainsi que les choix stylistiques de l'auteur. 
J'en propose une liste qui s'avère bien sûr aucunement exhaustive et en appellera sûrement d'autres au gré de mes humeurs. 
Il y a parfois de beaux débuts qui ne font pas forcément de grands livres. Certains ouvrages pourraient même se réduire à la géniale promesse des premières lignes. Ceux que j'ai ici répertoriés se rappellent à moi, par l'effet qu'ils ont produit sur la suite de ma lecture. Je n'y ai aucun souci d'ordre ou de préférence, sauf pour ce qui concerne le premier — pour moi une sorte de pépite stylistique.

"Il n'y a pas de commencement. J'ai été engendré, chacun son tour, et depuis c'est l'appartenance.
J'ai tout essayé pour me soustraire, mais personne n'y est arrivé, on est tous des additionnés." 
Emile Ajar in "Pseudo"

 La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois… Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l'irritait.
Aragon in "Aurélien"

A Miniville la ville du pays des jouets, chaque habitant est très actif. Il y a une maîtresse d'école, un garagiste, un gendarme, un policier...
Comme maintenant Oui-Oui a une jolie voiture jaune aux ailes rouges, il sera donc chauffeur de taxi. le problème, c'est qu'il n'est pas un as du volant. Il renverse les lampadaires, conduit en zigzagant, ses passagers ne sont pas toujours contents. Attention, Monsieur Flod le policier, l'a a l'oeil ! Heureusement que son ami le nain Potiron est là pour l'aider quand il a fait des bêtises. Et puis, si Oui-Oui abime sa belle voiture, il y aura toujours Monsieur Polichinelle le garagiste pour la réparer.

Enid Blyton "Oui-Oui chauffeur de Taxi"

"Elle s'appelle Teresa Ann Gravatt, elle a sept ans, et elle a dans sa chambre un miroir qui donne sur un autre univers.
Christopher Priest "Les extrêmes"

Je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul. Je descends d’une des meilleures famille de la rive droite du lac de Zurich, qu’on appelle aussi la Rive dorée. J’ai eu une éducation bourgeoise et j’ai été sage toute ma vie. Ma famille est passablement dégénérée, c’est pourquoi j’ai sans doute une lourde hérédité et je suis abîmé par mon milieu. Naturellement j’ai aussi le cancer, ce qui va de soi si l’on en juge d’après ce que je viens de dire.
Fritz Zorn in "Mars"

Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace.
Gabriel Garcia Marquez  in "Cent ans de solitude"

"Ses amis l'appelaient Harry. Mais Harry n'enculait pas n'importe qui. Uniquement des femmes... Des femmes mariées 
Hubert Selby Jr in "Le Démon"

Ich sterbe. Qu'est ce que c'est ? Ce sont des mots allemands. Ils signifient je meurs. Mais d'où, mais pourquoi tout à coup ? Vous allez voir, prenez patience. Ils viennent de loin, il reviennent comme on dit (comme on dit "cela me revient") d'une ville d'eaux allemande. 
Nathalie Sarraute in "L'usage de la parole"   
 
Il avait demandé à sa femme ce qu'il y aurait à dîner, et elle avait répondu "du foie". Ce fut à cet instant précis qu'il la vit soudain morte, qu'il imagina sa vie sans elle. Et, après avoir surmonté le premier moment de honte, il caressa cette idée, il l'approfondit, il s'en servit pour se donner des forces. C'est ainsi que Frederick Benson allait devenir un assassin.
Walter Kempley in "L'Ordinateur des pompes funèbres".

Le voyage de Mercier et Camier je peux le raconter si je veux, car j'étais avec eux tout le temps.
Samuel Beckett in "Mercier et Camier"

Je suis un produit d'avant-guerre. Je suis né dans un ventre corseté, un ventre 1900. Mauvais début. 
Henri Calet in "La belle lurette"

Quand on observe des poissons à travers une couche d'eau qui interdit entre eux et nous tout contact, on les voit rester longtemps immobiles, sans raison, puis d'un frémissement de nageoires aller un peu plus loin pour n'y rien faire qu'attendre à nouveau
Georges Simenon in "L'écluse N°1" 

...Il me fut impossible de trouver la pièce correspondant au numéro qui figurait sur mon laisser-passer. J'arrivai d'abord au Service de Véristique, puis à celui de Désinformation. Un employé de la section des Pressions me conseilla de monter au huitième étage, mais là-bas personne ne daigna faire attention à moi.
Stanislas Lem in "Mémoires trouvés dans une baignoire"

On était en Novembre, mois de la pluie, des morts et des ciels sombres.
Serge Gorodish n'avait pas quitté son Steinway depuis huit jours. Il travaillait les inventions à deux et trois voix de J.-S. Bach car ces œuvres donnaient à son esprit, outre la joie musicale profonde, les structures propres à la naissance et au développement des grandes idées
Delacorta in "Rock" 

L'œil d'abord, glisserait sur la moquette grise d'un long corridor, haut et étroit. Les murs seraient des placards de bois clair, dont les ferrures de cuivre luiraient. Trois gravures représentant, l'une Thunderbird, vainqueur à Epsom, l'autre un navire à aube le Ville de Montereau, la troisième une locomotive de Stephenson, mèneraient à une tenture de cuir retenue par de gros anneaux de bois noir veiné, et qu'un simple geste suffirait à faire glisser. La moquette alors, laisserait place à un parquet presque jaune, que trois tapis aux couleurs éteintes recouvriraient partiellement.
Georges Perec in "Les choses"

La bêtise n'est pas mon fort. j'ai vu beaucoup d'individus ; j'ai visité quelques nations ; j'ai pris ma part d'entreprises diverses sans les aimer ; j'ai mangé presque tous les jours ; j'ai touché à des femmes.  Je revois maintenant quelques centaines de visages, deux ou trois grands spectacles, et peut-être la substance de vingt livres. Je n'ai pas retenu le meilleur ni le pire de ces choses : est resté ce qui l'a pu.
Paul Valéry in "Monsieur Teste"

La vie est faite comme ça. on peut passer beaucoup de temps sans qu'il vous arrive grand chose d'exceptionnel : une grosse angine attrapée en changeant une roue sous la pluie, une pénible discussion avec un banquier qui s'obstine à découvrir des découverts qu'il ne veut pas recouvrer, une immense peine parce que Barbara est partie avec un belge, et puis au moment où l'on s'y attend le moins, un homme vous propose calmement d'aller construire une pyramide en Egypte.
Noel Howard "Hollywood sur Nil"

A la différence de la plupart de ses semblables, Konrad Vost avait une personnalité clairement définie : par dessus tout il était précis dans ce qu'il faisait et exact dans ce qu'il disait. Mais Konrad Vost n'était qu'un homme d'âge moyen, sans distinction ni pouvoir d'aucune sorte, si bien que ces deux qualités fort voyantes de sa personnalité paraissaient aux autres d'autant plus odieuses
John Hawkes in "L'Homme aux louves"

Daimler est assis sur un chaise au milieu d'une pièce. Un rayon de soleil se promène sur le parquet. Le silence est complet. Daimler ressemble à un détective privé dont les affaires ne marcheraient pas très fort.
Frédéric Berthet in "Daimler s'en va" 

Si vous marchez dehors à cette heure en ce lieu, c'est que vous désirez quelque chose que vous n'avez pas, et cette chose, moi, je peux vous la fournir ; car si je suis à cette place depuis plus longtemps que vous et pour plus longtemps que vous, et que même cette heure qui est celle des rapports sauvages entre les hommes et les animaux ne m'en chasse pas, c'est que j'ai ce qu'il faut pour satisfaire le désir qui passe devant moi, et c'est comme un poids dont il faut que je me débarrasse sur quiconque, homme ou animal, qui passe devant moi 
Bernard-Marie Koltès in "Dans la solitude des champs de coton"

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dimanche 23 février 2020

Des sensations qui sont comme des sommeils



Voilà,
Il est des sensations qui sont des sommeils, qui occupent comme une brume toute l'étendue de notre esprit, qui ne nous laissent  ni penser ni agir, et ne nous permettent pas d'exister clairement. Comme si l'on n'avait pas dormi de la nuit, il survit en nous quelque chose du rêve, et une torpeur de soleil diurne vient réchauffer la surface stagnante des sens. C'est une saoulerie de n'être rien, et la volonté est un seau renversé au passage dans la cour, d'un geste indolent du pied.
On regarde, mais on ne voit pas. La longue rue animée d'animaux humains, est une sorte d'enseigne couchée à l'horizontale, où les lettres seraient mobiles et n'auraient aucun sens. Les maisons sont simplement des maisons. On a perdu la possibilité de donner un sens à ce que l'on voit, mais on voit parfaitement ce qui est, cela oui. Fernando Pessoa in "Le Livre de l'Intranquillité"
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jeudi 20 février 2020

Présent trompeur


Voilà,
le souvenir est paraît-il selon Maurice Blanchot, la liberté du passé. Je ne comprends pas trop cette phrase mais la formule est jolie. Faut-il entendre par là que, du passé, le souvenir s'en arrange ? Sans doute puisque nous ne l'apercevons que toujours recomposé et depuis un présent illusoire souvent trompeur, non seulement peuplé d'ombres et de reflets, encombré de pacotilles, mais aussi hanté par le mensonge et la duplicité de ceux qui s'efforcent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes afin que la société marchande continue de prospérer en nous intoxiquant au poison des rêves factices et des satisfactions éphémères

mardi 18 février 2020

J'aime / Je n'aime pas (10)


Voilà,
j'aime repenser à ces vacances en Calabre passées avec ma fille l'été 2012, nous y avons fait une des plus belles photos de nous deux
Je n'aime pas le timbre et surtout les intonations de la voix de Caroline Broué qui présente la matinale de France Culture le samedi
J'aime cet adage de Mark Twain "quand les riches volent les pauvres on appelle ça les affaires, quand les pauvres se défendent on appelle ça la violence"
Je n'aime pas ces passages d'une saison à l'autre où l'on ne sait comment se vêtir
J'aime avoir des inspirations soudaines qui me déconcertent favorablement lorsque j'en vois le résultat
Je n'aime pas les gens qui parlent fort dans les musées
 J'aime la subtilité de la palette d'Edouard Vuillard
Je n'aime pas constater la vitesse à laquelle les cols de chemises se salissent
J'aime dormir dans des parures de lit très colorées avec du rouge du jaune de l'orange du vert-pomme
Je n'aime pas mais absolument pas du tout les bouchons de sécurité sur lesquels il faut appuyer avant de les dévisser
J'aime l'émission "En pistes" d'Émilie Munera et Rodolphe Bruneau-Boulmier pour leur bonne humeur leur joyeuse complicité et leur érudition
Je n'aime pas cette sensation d'étourdissement et de fatigue qui de plus en plus souvent est mon lot quotidien
J'aime les saucisses de Nüremberg cuisinées avec des pommes
Je n'aime pas devoir vider ma boîte mail de toutes les conneries dont je me suis pourtant désabonné des dizaine de fois
J'aime les pulls en cachemire
Je n'aime pas, mais vraiment pas du tout les misogynes et je les tiens pour des gros connards
J'aime les peintures d'Albert Gleizes  et de Jean Metzinger qui mériteraient chacun une rétrospective
Je n'aime pas les gens qui ont aucun humour
j'aime entendre le chant du merle dans une ville déserte peu avant que le jour ne se lève
je n'aime pas l'expression "mieux-disant", et ceux qui l'utilisent sont en général des gros cons
j'aime le son du vibraphone et les musiciens comme Gary Burton
je n'aime pas que mon interlocutrice au téléphone me réponde sans cesse "pas de soucis pas de soucis" alors que si précisément j'appelle son service c'est que j'ai des soucis
j'aime quand les jours rallongent et que le printemps s’annonce
je n'aime pas quand ça me gratte en un certain endroit inaccessible au milieu du dos
j'aime les jours où la solitude ne me pèse pas et que je ne vois pas le temps passer
je n'aime pas me couper les ongles des pieds je trouve ça très laborieux
j'aime de plus en plus les toiles de Picasso des années soixante et soixante dix, c'est de l'art brut
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lundi 17 février 2020

Le Bal des Tartuffes

Comment l'information suce le pouvoir
 
Voilà,
le mec un jour il s'est branlé devant son smartphone a envoyé la video avec quelques sextos à sa copine — une liaison passagère — laquelle copine quelques mois plus tard fraie avec un artiste russe d'avant garde, connu pour ses performances à caractère politique qui l'ont amené à fuir  la Russie parce qu'il était menacé par la police de Poutine. A l'époque l'artiste en question était présenté comme un résistant. Le branleur lui est un politicien, jeune, ambitieux et très con. Il postule à la mairie de Paris avec un programme débile : mettre la gare de l'est en banlieue, raser celle qui est à Paris pour la remplacer par un vaste espace vert, une sorte de central park. Il propose aussi la création de managers de rue qui contrôleraient un quartier. Au Maroc, on appelle ça des “moqaddem”. Il y en a un par quartier. Officiellement ils sont là pour améliorer la vie des habitants mais dans les faits ils sont surtout payés à épier leurs moindres faits et gestes à des fins de surveillance fit remarquer quelqu'un sur un tweet. Dans un pays qui a fait de la délation un sport national entre 1940 et 1944 voilà une idée qu'elle est bonne. Rajoutons que ce mec qui a commencé sa carrière politique dans l'entourage de Dominique Strauss-Kahn, fait  dans ses déclarations politiques et ses promotions médiatique, l'apologie des valeurs familiales. N'oublions pas comme le note Julien Salingue que "ce candidat est le représentant d’un pouvoir qui insulte chaque jour les salariéEs et les chômeurs, qui détruit méticuleusement les services publics, qui brise des vies par ses contre-réformes ultra-libérales, qui veut nous faire travailler jusqu’à la mort, qui blesse, qui mutile, qui soutient les flics tueurs, qui persiste dans une politique climaticide, qui participe à des sales guerres, qui vend des armes à des dictatures… la liste n’est pas exhaustive". Bref, que ce politicien complètement con qui représentait le parti présidentiel jette immédiatement l'éponge, lorsque sa branlette est divulguée sur un site créé par l'artiste russe Piotr Pavlenski  puis sur les réseaux sociaux, ne me rend pas particulièrement triste. Au fait qui propage la rumeur ? Ah là on rigole encore. Un ancien député du parti présidentiel LREM qui présente de sérieux symptômes d'instabilité psychique, et Laurent Alexandre ardent défenseur de l'intelligence artificielle, mais parfait échantillon de connerie bio et tout ce qu'il y a de plus naturelle, pseudo-savant qui commet tout de même quelques conférences dans les écoles de l'Elite où il raconte n'importe quoi, prônant par exemple une sorte d'eugénisme sélectif sur les gilets jaunes. 

Bon l'objet de mon agacement n'est pas là. Griveaux peut bien montrer sa bite. Il a peut-être des excuses. Des traumatismes liés aux chansons qui ont bercé son enfance et qu'on entendait à la radio. Non ce qui me daille vraiment, c'est l'indignation de certains de ces prétendus journalistes.  D'ailleurs je devrais régler mon réveil radio sur France-Musique, et non sur le radiojournal de France-inter ou France culture. Car ce matin toute la petite caste des jacasseurs officiels s'alarmait de la menace sur la démocratie que constituait ce non-événement. Ils se sentaient tous concernés. Ça pouvait arriver à n'importe qui d'entre eux. On avait soudain l'impression que toutes les bites les chattes et les culs de la nomenklatura politico-médiatique risquaient de se retrouver en ligne. On s'en fout, "retournez a vos partouses" comme le dit Hamm dans "Fin de partie" de Beckett.
Faites plutôt votre métier
Au passage je relaie cet excellent article paru dans un blog.
Ce qui me gonfle c'est que lorsque la police commet les exactions que l'on sait en France, pénètre dans les écoles, les églises, les hôpitaux pour pourchasser des manifestants pacifiques, quand le droit de manifester est bafoué, quand on utilise abusivement des grenades et des flashballs pendant des rassemblements autorisés avec la ferme intention de blesser (Amnesty International parle de "Violences policières choquantes", faisant état de 24 éborgnés, de 5 mains arrachées, 2500 manifestants blessés), quand les interpellations et garde à vue préventives se multiplient lors de certaines manifestations, quand même l'ONU et le parlement européen condamnent le recours disproportionné de la force contre les manifestants en France, quand un politicien notoirement corrompu est libéré de prison pour raisons de santé, alors que tant de prisonniers malades  n'y sont même pas soignés, que les droits de l'Homme y sont bafoués, eh bien là on ne les entend pas s'indigner ces journalistes.  Non ce n'est pas assez sensationnel. Parce que pour eux la démocratie c'est surtout ce qui doit préserver les privilèges dont ils disposent et ne pas menacer leur droit de dire n'importe quoi et de taire l'essentiel.
Allez, du calme. On attend avec impatience les sextapes de Léa Salamé et les dickpics de Nicolas Demorand nos sémillants présentateurs de la matinale de France Inter souvent si méprisants à l'égard des faibles et tellement serviles avec les puissants, comme dans cet interview, bien plus obscène que l'image qui précède ce billet.


dimanche 16 février 2020

Bruno Ganz

 
Voilà,
je repense à Bruno Ganz, qui a quitté ce monde il y a un an jour pour jour, et dont il m'est arrivé de parler quelquefois, parce qu'il a joué dans des films qui m'ont marqué, comme "L'Éternité et un jour" de Théo Angelopoulos ou "Messer im Kopf" de Reinhard Hauff, où son interprétation se révèle extraordinaire, ou encore "Dans la ville blanche" d’Alain Tanner, qui est une sorte d’ode cinématographique à la ville de Lisbonne, et aussi ce film très dérangeant de Volker Schlöndorff  "Le Faussaire". Son visage a été présent pendant des années dans ma vie quotidienne, puisque, dans le premier appartement que j'ai partagé avec Agnès, sur un des murs du salon se trouvait l'affiche de "l'Ami américain" de Wim Wenders, dessinée par Guy Pellaert.



J'ai toujours été sensible à son grain de voix, à cette façon de jouer sans concession au spectaculaire au tape-à-l'œil, au m'as-tu-vu. Dans le film de Terrence Malick, "Une vie cachée", il fait une brève apparition — peut-être même est-ce sa dernière au cinéma — , mais comme à son habitude il est très bien, très touchant et donne au personnage qu'il interprète, un juge nazi un peu las et désabusé, une humanité qui pourrait déranger si elle ne mettait en évidence la complexité et la somme de contradictions que chaque individu porte en lui.

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