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jeudi 26 décembre 2013

L'Ami américain


Voilà,
il y a quelques nuits, alors que je n'arrivais pas à me rendormir j'ai entendu sur France Culture une rediffusion d'un entretien de Michel Boujut (ah la voix de Michel Boujut). Il y évoquait sa découverte des films de Wim Wenders et le choc qu'il avait alors éprouvé. Wim Wenders je n'y pense pas si souvent. Pas consciemment en tout cas. Pourtant ce blog, dans son principe, doit beaucoup à son livre "Une fois". J'aime ses photographies commentées. Ses films aussi, bien sûr. Pendant des années dans mon salon j'avais l'affiche de "l'ami américain" de Guy Pellaert avec son générique impressionnant. Je me demandais alors pourquoi le nom de Lou Castel était le seul à y être encadré. Il y a quelques jours j'en ai acheté le dvd, et je l'ai regardé le soir de Noël. Comme quoi ce n'est pas si grave la solitude. Cela peut même être fort profitable. Je n'ai absolument pas été déçu. C'est, malgré les pantalons "patte d'éléphant" de certains personnages, un film parfait. Je me suis longtemps attardé sur ce plan dont je me souvenais mais que j'avais autrement recomposé dans mon souvenir. Dans le film le fils du personnage qu'interprète Bruno Ganz (un homme malade sachant que ses jours sont comptés comme dans cet autre film qui m'a bouleversé où il y a aussi une histoire avec un jeune garçon) possède cette lampe de chevet avec ce train qui semble avancer. Bien des années plus tard, je me suis mis à acheter moi aussi des lampes de ce type. La chambre de cet enfant est merveilleuse. Wenders restitue quelque chose de l'enfance et du lien qui unit ce père et ce fils avec une justesse incroyable par une somme de subtils petit détails qui donnent à supposer que la chambre du fils représente peut-être aussi le rêve d'une enfance que le père n'a pas eue. Le fils a un lit en mezzanine. Un jouet téléphérique le relie au bureau. L'enfant collectionne aussi des boites optiques comme un praxinoscope, ainsi que des petits objets insolites qui suscitent souvent des effets de trompe-l'œil. D'ailleurs son père lui ramène une toupie gyroscope d'un voyage et lui-même offre à l'ami américain interprété par Dennis Hopper, une petite image qui lorsqu'on la bouge change l'expression du visage qui y est représenté. On retrouve aussi cette fascination du cinéaste pour les Etats-Unis, les trains les avions, les voitures, tout ce qui transporte et déplace mentalement. Ce qui étrange aussi, ce sont les paysages disparus ou considérablement transformés des trois villes Hambourg Paris et New-York où se déroule l'action. Les détails aussi : les billets de métro parisiens étaient encore jaunes. Voyant les plans de Hambourg, il me semble reconnaître des endroits où je suis allé lors de mes séjours là-bas deux trois ans plus tard. Et puis vers la fin du film il y cette image des deux voitures sur la plage, dont cette wolkswagen qui rappelle celle du plan inaugural de "Au fil du temps" que j'aimerais bien revoir aussi.


samedi 22 février 2025

Un autre monde


Voilà,
je ne vais pas chercher à analyser la situation, ni me livrer à des hypothèses ou des projections futures. Seuls peut-être quelques spécialistes avaient idée de l'irrationalité dans laquelle nous nous trouvons. Je n'en connais pas qui envisageaient une si soudaine rupture des équilibres géostratégiques et des alliances  élaborées de longue date. Qui pouvait supposer une telle irruption de l'inconnu due à des décisions précipitées et inconséquentes. 
On a basculé dans un autre monde. 
Ce qu'on pressentait comme vaguement possible, tout en s'efforçant de le considérer comme hautement improbable advient avec la violence d'une déflagration, et saisit d'effroi les dirigeant européens qui n'y étaient pas préparés.
Partout les forces de la haine et du ressentiment sont à l'œuvre. Jamais la bêtise ne s'est donnée en spectacle avec une telle arrogance. Jamais elle n'a disposé d'une telle puissance de destruction. "Quelle époque terrible que celle où des idiots dirigent des aveugles", écrivait Shakespeare. Là on est particulièrement servis.
Après les quatre ans de gouvernance Trump on pouvait difficilement imaginer que le peuple américain en redemanderait. Je ne sais pas si ce sont les ravages conjugués de l'influence de médiocres médias, de la déculturation croissante du continent nord américain, l'effet de la junk food, de la généralisation de l'usage des drogues, mais cette pulsion suicidaire collective nous exile dans une contrée située au delà des questions.
Tout est toujours possible, même le pire. Bien que je n'ai jamais fait preuve d'un grand optimisme, je n'ai jamais imaginé que la bêtise collective serait de nouveau à ce point possible.
Je pensais que les institutions américaines nous préserveraient de la possibilité d'un tel chaos.
La frénésie dévastatrice des dirigeants états-uniens, le délire psychotique du Président d'une nation en pleine débâcle, qui fait acte de reddition et se prosterne devant le dictateur russe qui n'en demandait pas tant, toute cette accumulation de comportements erratiques des dirigeants yankees mène à l'autodestruction rapide de la puissance américaine.
En devenant le caniche de Poutine, Trump ne trahit pas seulement ses alliés, il met en danger la nation qu'il est supposé gouverner entre deux parties de golf. Pour cette reddition, autant que pour son obstination à saper l'armée, les intérêts de la sécurité nationale, il devrait d'ores et déjà être traduit en cour martiale.
Le manque de réaction des chancelleries de l'Union Européenne, comme tétanisées par les violents propos du vice-président américain à leur égard, atteste de leur surprise. Ils découvrent que l'Europe est désormais seule, comme un animal domestique que les maîtres livrent en pâture aux chasseurs. Ils réalisent qu'elle n'est plus qu'un vestige de l'histoire et la survivance quasi fantôme d'une culture qui s'est peu à peu évanouie sans qu'on s'en rende compte. Notre avenir, notre illusoire sécurité disparaissent comme certains paysages ou certaines routes dans un gouffre
La bêtise abjecte et l'arrogance des puissants font passer par profits et pertes la démocratie, l'encyclopédie des lumières, les droits de l'homme et le droit en général, les lois internationales, les engagement passés, les traités  entre les nations, les échanges culturels. et j'en passe. Bienvenue dans le nouveau monde.
Ici aussi en Europe les peuples sont très cons. Ici aussi les masses sont gaillardement hystériques et d'ores et déjà  adoptent la posture de "l'esclave qui cherche un maître à dominer "selon la brillante et paradoxale formule de Lacan.
Tout ce pour quoi j'ai vécu, tout ce qui m'anime, l'amour de l'art, la pensée, le domaine des idées, l'admiration que je porte aux chercheurs (mathématiciens, biologistes, physiciens etc) aux inventeurs, aux artisans détenteurs de savoirs et de pratiques anciennes qu'ils perpétuent, bref tout ce qui ressortit de l'intelligence pratique ou conceptuelle, tout cela semble désormais battu en brèche, soudain inutile.
En fait toute ma vie j'ai essayé d'échapper à la connerie bien soldatesque bien fascisante qui sévissait dans ma famille. Et maintenant, avec ce que devient le monde, c'est comme si je me trempais la tête dans la cuvette des chiottes.
S'il ne s'agissait que de moi, je m'en foutrais. Le meilleur de ma vie est derrière. 
Mais je pense à ma fille. Et ses ami.e.s si sympathiques, et intelligents. J'ai peur de ce qui les guette. Car cette pandémie de connerie crasse qui se répand sur toute la surface du globe, cette précipitation affolée vers des horizons obscurs, il semble que rien ne puisse l'arrêter.
Je ne peux parler que de là où je me trouve et seulement de ce que je ressens. Ma compréhension du monde s'en tient à de vagues intuitions. Je file cependant  parfois la métaphore. J'ai récemment appris lors d'une leçon de Wajdi Mouawad au collège de France, (car quand j'ai le temps je vais assister à des leçons du collège de France) que "métaphore" en grec courant signifie "transport". Alors je me transporte des mots aux images. Je "déménage" — le français utilise parfois cette expression pour signifier qu'on devient fou ou gâteux—, je continue de radoter, de faire des associations. Europe n'a plus la prestance de la belle jeune fille que Zeus enleva prenant l'apparence d'un taureau blanc. Elle est bien vieille à présent. Presque moribonde. Attend aux urgences. Pas sûr qu'on puisse la réanimer. Pas sûr.

jeudi 11 juin 2026

Liste des découvertes hasardeuses (4)



Voilà,
j'ai découvert il y a peu que selon certains  physiciens le temps serait une illusion et que le passé, le présent et le futur coexisteraient. Certains modèles, suggèrent que l'univers dans son ensemble serait immobile et que ce que nous appelons évolution ne serait qu'un effet d'intrication entre systèmes, donnant naissance à une impression de mouvement. Chaque instant de temps correspondrait à un univers distinct. Passer du présent au futur reviendrait simplement à se déplacer d'un univers à l'autre dans cet ensemble infini. Ce glissement ramène à l'expérience du fameux chat de Schrödinger, simultanément vivant et mort par effet d'intrication. Être dans un univers où le chat est vivant ou dans celui où il est mort serait équivalent à exister dans deux instants différents du temps. Albert Einstein paraît-il partageait cette vision apaisée du temps. Dans une lettre adressée à la femme de son ami Michele Besso, après la mort de ce dernier, il écrivait: "Pour ceux qui croient en la physique, la distinction entre passé, présent et futur n'est qu'une illusion, aussi tenace soit-elle." Pourquoi pas,  se consoler ainsi à l'approche de la mort. Dans un univers intemporel, tout coexiste dans un vaste ensemble de possibles sans que rien vraiment ne disparaisse.
 
j'ai découvert il y a peu — plus exactement on me l'a rapporté — qu'une équipe de recherche vient de mettre en évidence le fait que ce sont exactement les mêmes neurones cérébraux qui s’activent lorsqu’on regarde un objet et lorsqu’on imagine ce même objet. Autrement dit, penser à un objet réactive les neurones qui avaient été stimulés la première fois qu’on l’a vu. Ce phénomène “donne aux images mentales une base biologique plus solide et permet d’expliquer pourquoi les souvenirs, l’art et les visions intrusives semblent parfois si réels

J’ai découvert il y a peu que cette ponctuation (qui tient de plus en plus souvent lieu de parenthèse) celle des longs tirets – et dont je me suis entiché, je l’avoue, il y a quelques années –  encadrant une proposition insérée dans un longue phrase, s’appelle "les tirets cadratins". Son usage fréquent laisserait supposer — paraît-il — que le texte serait écrit au moyen de l’IA. Je trouve que "les tirets cadratins" pourraient constituer un excellent titre pour une nouvelle, ou pour désigner un nom de square d’une ville imaginaire.

J’ai découvert il y a peu, que Jean Jaurès a écrit une thèse de philosophie intitulée  "La réalité du monde sensible". Je ne savais pas qu’il était entré à Normale Sup devant Bergson et avait fini troisième à l’agrégation derrière lui. Les érudits considèrent que son œuvre philosophique à la fois théologique et métaphysique est de toute première importance à l’égal de celle de Spinoza et Leibniz. S'y manifeste une haute vision de l’homme inséparable de la nature et du divin. On réduit souvent son œuvre pourtant déjà considérable à son action et ses écrits politiques. L’édition de ses écrits représente à l’heure actuelle dix-sept forts volumes, lui qui mourut jeune à cinquante sept ans, assassiné, ne l'oublions pas, par un nationaliste fanatisé à la veille de la guerre de 1914. Bien que sa culpabilité ne fît aucun doute, lui-même ayant avoué son acte, il fut acquitté en 1919, dans un contexte de ferveur nationaliste. Exilé en Espagne, des anarchistes l'assassinèrent durant la guerre civile. Tant mieux. Pour ce qui est de Jaurès il est trop tard pour que je me penche avec attention sur cette œuvre.

J’ai découvert il y a peu que si l’on surnomme Pipelet et Pipelette, sans méchanceté d'ailleurs, les gardiens d'immeubles, c’est parce que le concierge du roman d’Eugène Sue Les Mystères de Paris s'appelait Monsieur Pipelet et que ce nom est passé à la postérité"

J’ai découvert il y a peu  grâce à une mise en garde jeudi 23 avril de l’Organisation panaméricaine de la santé (PAHO) que les cas de rougeole enregistrés sur le continent américain sont en nette hausse depuis 2025. Et cela principalement dans les pays d’Amérique du Nord, qui avaient jadis éliminé cette maladie hautement contagieuse et mortelle.

J'ai découvert il y a peu que Danny Elfmann, le génial compositeur, entre autres, des musiques des films de Tim Burton, et du générique des Simpsons avait, en 1971, fait partie du Grand Magic Circus de Jérôme Savary où il jouait du violon 

J'ai découvert il y a peu que du 31 mai au 1 Juin 1921 s'est déroulé un grand massacre racial dans le quartier de Greenwood à Tulsa, en Oklahoma — un quartier commercial et résidentiel afro-américain prospère surnommé « Black Wall Street » en raison de la concentration d'entreprises, de cabinets professionnels, d'hôtels et d'institutions culturelles détenus par des Noirs. Les violences ont éclaté après qu’un jeune homme noir nommé Dick Rowland a été accusé d’avoir agressé une femme blanche nommée Sarah Page dans un immeuble du centre-ville — une accusation dont les détails étaient ambigus et que Page elle-même a refusé de porter devant les tribunaux. Une confrontation au palais de justice entre des résidents noirs armés défendant Rowland contre une foule menaçant de le lyncher et des civils blancs a dégénéré en une attaque généralisée contre le quartier de Greenwood par une foule blanche, à laquelle se sont ensuite joints des civils blancs investis de pouvoirs par les autorités municipales.L'attaque s'est poursuivie toute la nuit et jusqu'au lendemain matin, lorsque des avions — dont il a été établi par la suite qu'ils appartenaient à la Garde nationale de l'Oklahoma et à des propriétaires privés — ont survolé le quartier de Greenwood dans des circonstances dont le rôle précis dans les violences a fait l'objet de débats parmi les historiens, certaines preuves suggérant qu'ils avaient été utilisés pour tirer sur le quartier ou y larguer des engins incendiaires. Environ 35 pâtés de maisons du quartier de Greenwood ont été réduits en cendres. On estime à 1 256 le nombre de maisons détruites et entre 8 000 et 10 000 le nombre de résidents noirs laissés sans abri. L'enquête officielle qui a suivi a fait état de 36 morts. Les témoignages des survivants et les récits journalistiques de l'époque décrivent des corps transportés hors de la ville et jetés dans des fosses communes ou dans la rivière Arkansas. Une commission d'État créée en 1997 a conclu que le nombre réel de morts se situait probablement entre 100 et 300. Le massacre a été exclu des programmes scolaires et des récits historiques officiels de l'Oklahoma pendant des décennies. Le rapport final de la commission d'État a été publié en 2001, quatre-vingts ans après les faits.

J'ai découvert il y a peu, pas tout à fait par hasard, puisque j'écoute régulièrement l'émission de Laurent Valéro et Thierry Jousse, "Retour de plage", le musicien Bud Shank, que je ne connaissais pas du tout. J'ai appris que c'est lui qui joue le solo de flûte dans "California dreaming". Et en furetant un peu j'ai aussi découvert ce duo avec Bob Cooper au hautbois

j'ai découvert il y a peu  que les 65 plus grandes banques françaises ont investi 906 milliards de dollars (783 milliards d’euros) s dans les énergies fossiles en 2025. Ce calcul est effectué chaque année par huit ONG, dont Reclaim Finance en France, et publié dans le rapport Banking on climate chaos, publié ce 9 juin. Cela correspond à une hausse de 8 % par rapport à 2024, et ça m'a bien déprimé

j'aurais préféré conclure sur une note un peu plus optimiste. Pourtant le ciel est encore bleu et c'est le printemps.   

jeudi 14 juillet 2022

Pont de Grenelle

 
Voilà,
il y a quelques jours, par une chaude journée, en revenant de la maison de la radio où j'étais allé enregistrer un voice-over pour une émission scientifique, je suis repassé par le pont de Grenelle. Avant d'accéder à la rive droite où se trouve le quartier Beaugrenelle, autrement appelé Front de Seine, il enjambe l'île aux cygnes au bout de laquelle on peut apercevoir une réplique miniature (mais il en existe une encore plus petite au Jardin du Luxembourg) de la statue de la liberté, érigée à cet endroit en 1889.


Il s'agit d'un quartier résidentiel et commercial, bâti dans les années 1970. Son nom est hérité d'un projet urbain antérieur du début du XIXe siècle. C'est un des rares quartiers de Paris à comporter de nombreux immeubles de grande hauteur : Le quartier de Beaugrenelle se situe sur les quartiers administratifs de Grenelle (au nord-est) et de Javel (au sud-ouest). Bien qu'il soit en rupture avec l'espace urbain hausmannien, j'aime bien ce quartier et sa skyline. Je me souviens qu'au début des années 80, lorsque le gouvernement socialiste a libéré la bande FM l'attribuant aux radios libres, autrefois pirates, l'une d'elles où travaillait mon ami Jean-Jacques avait son studio dans une de ces grandes tours. Dans le film de Wim Wenders "l'Ami américain" (que j'adore)— mais je l'ai déjà raconté — une scène se passe dans ce quartier encore en construction. On y voit Bruno Ganz, dans une chambre d'hôtel et de sa fenêtre il aperçoit une grue en mouvement. On peut aussi remarquer au pied des tours de grands bateaux qui proposent des croisières et redescendent la Seine, jusqu'à son estuaire.



J'aime aussi cette étrange Île aux Cygnes. Longue de 890 mètres elle ne mesure que onze mètres de large. Elle accueille depuis 1878, une promenade publique nommée l'allée des cygnes, bordée de chaque côté par une rangée d'arbres (pour un total de 322, de 61 espèces différentes) et par une série de bancs. D'une superficie d'environ 1,3 hectare, c'est la plus petite des trois îles parisiennes mais est plus longue que l'île Saint-Louis (dont la plus grande diagonale mesure un peu plus de 700 m). J'en reparlerai ultérieurement avec des photos.
 
Et puis comme c'est le 14 Juillet, un petit Georges Brassens de circonstance. J'en fais une petite traduction en anglais : 
In the village, without pretence
I have a bad reputation
Whether I'm working hard or keeping quiet
I look like a nobody
But I'm not doing anyone any harm
By following my little man's path
But good people don't like it when
You follow a different path than them
No, good people don't like it when
You follow another road than them
Everyone bitch about me
Except for the dumb, of course
 
On July 14th
I stay in my warm bed
The music playing in step
It's none of my business
Yet I do no harm to anyone
By not listening to the bugle call
But good people don't like it when
You follow another road than them
No, good people don't like
You follow another road than them
Everyone points at me
except for the armless people, it goes without saying.

when I meet an unlucky thief
chased by a redneck
I stretch out my leg and why keep it shut
the redneck falls on the ground
I'm not doing anyone any harm
By letting the apple thieves run
But the good people don't like it
If you take a different path from them
No, good people don't like
To go any other way than their own
Everyone rushes to me
Except the legless, of course

You don't have to be Jeremiah
To guess what my fate will be
If they find a rope they like
They'll put it around my neck
Yet I do no harm to anyone
By following paths that don't lead to Rome
But the good people don't like it
You follow another road than them
No, good people don't like it when
To follow another road than them
Everyone will come to see me hanged
Except the blind, of course


 

lundi 27 avril 2015

La voix de Michel Boujut

Voilà,
tout à coup dans la nuit, il y a la voix de Michel Boujut... Miracle des podcasts, la radio rediffuse un entretien qu'il a donné autrefois et que j'avais relaté fin 2012. Et c'est comme si jamais il ne nous avait quittés. Il y évoque Wim Wenders qui, dit-il, a été une révélation pour lui. Raconte que ses films l'ont accompagné ainsi que ceux de sa génération. Se rappelle en avoir entendu parler pour la première fois sur une autoroute la nuit, alors qu'il écoutait le pop-club de José Artur. Pour ma part, je m'en souviens comme d'un baba cool un peu arrogant, interviewé pour la télévision sur la croisette au sujet de son film "Au Fil du temps". Je l'avais à première vue trouvé assez déplaisant. Mais la vision de son film quelques semaines après, avait constitué un véritable choc esthétique. A la projection, il y a quelques semaines de son dernier opus "Every thing will be fine", il était là, gentil, aimable détendu et plein d'humour. Je me suis rendu compte que sans le connaître je l'aimais beaucoup, que depuis longtemps j'avais pour lui et pour son œuvre si tendre sensible et généreuse une sympathie immédiate.



Je me souviens aussi de "Alice dans les villes" où Rüdiger Vogler prenait beaucoup de polaroïds et ce plan incroyable où il rentre dans un café au fond duquel se trouve un Jukebox. À côté de l'appareil et l'oreille collée contre celui-ci se tient un enfant assis sur une chaise. Ses pieds ne touchent pas le sol et battent la mesure. Il fredonne. C'est un plan fixe qui dure le temps du morceau : "On the road again"de Canned Heat .



Et bien sûr "L'Ami américain", dont l'affiche avait longtemps décoré mon salon, j'en ai déjà parlé dans le Post consacré à ce film, mais j'ai retrouvé une image. Wenders donc, mais Boujut encore, de sa voix en off dans la formidable émission "Cinémas cinémas", et lui encore une autre fois à la radio parlant de son admiration pour Chaissac, chez qui, lorsqu'il était enfant, il se rendait avec son père  poète et éditeur de la revue "La Tour de Feu" (j'ai dans mon adolescence acheté des plaquettes de poètes éditées là bas). Souvenir mêlés, femmes images photos, le premier livre offert par C. avec sa délicate dédicace —dont la calligraphie si belle si ample, m'a toujours ému —"Une fois", de Wim Wenders précisément, auquel ce blog doit beaucoup, peut-être même son principe.


il y a aussi ce polaroïd qui date de fin 79 ou début 80, avec Agnès, dans l'appartement de la rue des Jonquilles où nous vivions alors ensemble, devant l'affiche dessinée par Guy Pellaert, ... J'aime beaucoup cette image d'elle.... Agnès que j'ai revue il y a peu lors de l'enterrement de son père...

mercredi 22 février 2023

Premières nouvelles du jour

Voilà  
je me réveille. D'abord je pense que ça fait longtemps que je ne suis pas allé voir le magasin d'Agathe. Puis j'allume la radio. On me parle des bombardements de Bakhmout, des gens qui fuient avec leur chat, du président américain en tournée dans les capitales européennes liées à l’OTAN, de Poutine qui dénonce les accords contre la limitation des ogives nucléaires, du nombre croissant de fermetures des classes en France et de projet de grève générale prévu début mars dans ce pays, des missiles balistiques intercontinentaux et à moyenne portée qui ont, à titre d’exercices, été tirés depuis la Corée du Nord et sont tombés dans la zone économique exclusive japonaise. On me rappelle ensuite que des manœuvres conjointes entre les américains et la Corée du sud vont avoir lieu prochainement. On m'informe que la rédaction du journal du matin est partie à Kiev pour le premier anniversaire de l’invasion russe et que c'est pour ça que c'est une autre voix qui parle. Tiens aujourd'hui on ne me dit rien de la Chine ni de l'Iran ni du radicalisme islamique qui se répand en Afrique. Cooool ! 
Je passe à une chaîne musicale. 
Je scrolle sur ton smartphone (il y a vingt ans, qui aurait imaginé écrire une telle parenthèse ?). Je lis que les câbles transcontinentaux sont l’objet d’un bras de fer entre les USA et la Chine (ah quand même !), que la sécheresse se répand sur le sud de l’Europe. Des photos sidérantes de canaux asséchés à Venise apparaissent. Des chiffres aussi (jamais depuis 1959, il n’y eut plus de trente jours sans pluie consécutifs sur cette période). Des questions surgissent "nous dirigeons nous vers une inexorable extinction des masses ?" . Whoaw c’est trop l’éclate !!!!
Tant de signes convergeant vers un chaos généralisé. 
Alors je cherche les bonnes nouvelles. 
Il existe précisément un journal des bonnes nouvelles que me propose l’ami Google. Je peux y découvrir la recette des pilons de poulet au four à l’orange et à l’abricot, mais aussi l’interview exclusive d’une "autrice féérique remplie d’amour", un article sur la signification des heures miroirs, un autre sur la prière à St Expedit (je ne le connaissais pas celui-là) qui permet d'accélérer les dénouements. Pourvu que ce ne soit pas le saint favori de Poutine
Je trouve quand même trois bonnes nouvelles majeures. Oui, des décisions en faveur d’un monde bas-carbone ont été prises ces dernières semaines. Au sein de l'Union européenne, la fin des voitures thermiques en 2035 a été confirmée. En Australie, un nouveau projet de mine de charbon a été banni. En Colombie, c'est l'exploitation de nouveaux gisements pétroliers et gaziers qui va être interdite. Ne serait-ce pas pécher par optimisme (un péché auquel je cède pourtant rarement) que d'y croire ? J'ai quand même aussi lu ceci il y a quelques jours. Mais bon ! Soyons pécheurs, il nous sera beaucoup pardonné.
 
Puis sans les chercher —  Miracle de la sérendipité ⸮je retrouve de vieilles notes collectées sur mon téléphone. Vieille manie sur un outil moderne. Autrefois j'aurais découpé des articles de presse. Je crois que Francis Bacon en faisait autant avec des photos.
  • La mere de Kurt Vonnegut s’est suicidée le jour de la fête des mères
  • Le billet de 500 francs brulé par Gainsbourg à la télévision a été adjugé pour 5000 euros dans une vente chez Sotheby’s
  • Pour fabriquer le stuc nécessaire à la décoration, les Mayas déboisèrent afin de pouvoir trouver l’énergie indispensable a la fabrication dudit stuc. Les sols appauvris ne donnèrent plus. Des villes furent abandonnées.
  • Vincent d’Indy, le musicien est mort de typhoïde après avoir mangé un sorbet avarié (c’est vraiment ballot ça)
  • Dans le manuscrit d’un fort prétentieux roman policier je découvre que le manège du Luxembourg que j’ai souvent photographié fut inauguré en 1879 et qu’il fut construit sur les plans de Charles Garnier quatre ans après que l’architecte eut achevé l’Opéra. 
J’y retrouve cette citation de Heinz Wiezman que j'aime assez : "Écrire c’est aller vers l’inconnu avec les moyens de la connaissance" et cette autre de Durkheim : "Est chose, tout objet de connaissance qui n’est pas naturellement compénétrable à notre intelligence, tout ce dont nous ne pouvons nous faire une idée adéquate par un simple procédé d’analyse mentale, tout ce que l’esprit ne peut arriver à comprendre qu’à condition de sortir de lui-même, par voie d’observation et d’expérimentation."
 Heidegger quant à lui répond à la question : qu'est-ce qu'une chose ? : de la façon suivante Une chose est toujours un « chaque fois ceci »". En outre cette chose qui est, présente, à partir de son monde, qui montre non seulement un contour familier et reconnaissable, mais possède aussi une profondeur interne, une autonomie, Heidegger la caractérise comme un "se tenir en soi-même".
Est ce que s'écrier c'est revenir vers le connu sans autre recours que l'ignorance
 
 
 
Je retourne vers mes envers. S'y dessine un monde ravagé mais fluide cependant. Un homme fatigué abruti devant un écran qui diffuse de programmes d'information ininterrompue continue de s'y interroger.
"Mais qu'est-ce donc vraiment qu'une chose ? "

mardi 2 juin 2026

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (23)

 
Voilà,
ça me revient : j'ai pris cette photo à la kermesse de la paroisse St Sulpice qui se tient rue Cassette, en général vers la fin du mois de Mai. J'aime y passer tous les ans, en dépit du fait que je sois un affreux mécréant.
 
ça me revient : la photo du "Hirschsprung im Hollental" sur mon livre d'allemand de sixième, le "Chassard & Weill".
 
ça me revient : en 1988, le dramaturge et scénariste Jean-Pol F., qui ordinairement vivait à Marseille était venu loger chez moi, et il avait vraiment tapé l'incruste plus que de mesure ne participant pas beaucoup aux frais parce qu'il était assez pingre de nature. Il ne cessait à l'époque d'écouter le premier disque de Tracy Chapman qui venait de sortir, celui ou se trouve le morceau "talkin' bout revolution".
 
ça me revient : lorsque "les shadoks" sont apparus à la télévision, j'adorais imiter la voix de Claude Piéplu, qui assurait le commentaire. Je me souviens que ces petites vignettes de deux à trois minutes avaient déclenché des réactions complètement disproportionnées. Il y avait les proshadoks et les antishadoks. Certains criaient même au scandale ne comprenant ni ne supportant cet humour absurde.

ça me revient :  ce prof de musique alors que j’étais en troisième qui nous avait fait écouter "Pacific 231" d’Arthur Honneger. De façon générale il voulait nous prouver que le rock que nous aimions, ou la musique pop, n'était pas si novateurs que cela. Il acceptait de diffuser en classe un morceau de notre choix, mais c'était pour aussitôt essayer de nous convaincre qu'il y avait plus de train chez Honneger que dans "big railroad blues" du Dead, plus d'audace chez Pierre Henry que chez Pink Floyd. Il avait certainement raison, mais sa tactique n'était pas très convaincante

Ça me revient : le sous-titre et le slogan du journal "Pilote" à la fin des années soixante et au début des années 70.  "Pilote mâtin quel journal". Mâtin était à l'époque une interjection vieillie déjà sortie du dictionnaire, exprimant en même temps l'étonnement et l'admiration. On le trouve dans "le dictionnaire des 100 mots à sauver" de Bernard Pivot, mais j'étais étonné qu'on ne trouve le slogan de Pilote en guise d'exemple;
 
Ça me revient : avoir été pris d’une violente crise d’angoisse un matin sur ma moto, lors d’un embouteillage rue du faubourg Montmartre parce que j’avais imaginé que la camionnette devant allait exploser

ça me revient : quand j’étais enfant alors que j’habitais à Chalons sur Marne, être allé voir avec mes géniteurs, le château de Godefroy de Bouillon près de Sedan

ça me revient : Proust écrivait dans la Recherche du Temps perdu : "Les images choisies par le souvenir sont aussi arbitraires, aussi étroites, aussi insaisissables que celles que l’imagination avait formées et la réalité détruites".

ça me revient :  l'époque  où Joe Allen était le seul restaurant américain de Paris, qu'il n'y avait pas encore de Mac Do en France, et que le Harry's bar  était l'un des rares bar de nuit fréquentable avec le "rosebud" où l'on pouvait rencontrer des yankees pur jus

ça me revient  : lorsque j'allais parfois avec des adultes boire un verre à la caravelle dans la baie d'Ispe. Cet endroit me semblait alors paradisiaque ou plus précisément hors du temps.
 
ça me revient : les billets de Robert Escarpit dans le journal "Le Monde", lorsque je commençais à le lire et que Philippe Tiry appréciait particulièrement

Ça me revient : le slogan de publicité "tout à coup un inconnu vous offre des fleurs dans la rue c’est l’effet Impulse"
 
ça me revient : Agnès avait dans sa chambre un corail orange et aussi un tapas tahitien que son père avait acheté juste en face de chez eux, rue de Vaugirard à la mission des îles

ça me revient : avoir visité l’exposition sur les papiers collés de Matisse en étant fort contrarié, parce que juste avant de m'y rendre j'avais après avoir reçu de la part d’une amie un mail avec une pièce jointe qu’elle trouvait intéressante et qui n'était autre qu'une communication de l’ELNET un lobby pro-israélien critiquant la position du gouvernement français par rapport à la guerre déclarée à l'Iran par Israël et les Etats-Unis

ça me revient : un nom, Gérard Engelbach, c’était un ami d’enfance de Dominique, un poète qui écrivait des textes très délicats, que j’ai du croiser une ou deux fois, je m'en souviens comme d'un homme très courtois
 
ça me revient : dans les années soixante-dix un documentaire sur le varan de Komodo  qui s'appelait je crois "L'île des dragons" avait été réalisé par Maurice Ronet, l'acteur du feu-follet de Louis Malle et de nombreux autres films. je cois qu'il avait été diffusé à la télévision et il m'avait fort impressionné. C'est là que j'avais découvert l'existence de ces monstres quasi- préhistoriques

ça me revient : une amie m'avait raconté que lorsqu'elle était petite, ses parents, pour lui faire manger du lapin — idée qui la répugnait — avaient inventé un stratagème : ils lui disaient que c'était du "poulet américain". Bien des années après, elle en voulait encore à ses parents d'avoir ainsi trahi sa confiance

ça me revient, lors d'une pause de notre petit cabaret au théâtre de l'Athénée, elle m'avait suivi dans les rayons de la FNAC Saint Lazare Opera, où les vendeurs étaient de vrais disquaires très compétents, et j'avais acheté ce jour-là "Riverruns" de Toru Takemitsu, ainsi que aussi "Farewell to Philosophy" de Gavin Bryars, et aussi peut-être "the Repentant Thief" de John Taverner. Au retour à un carrefour, devant un passage clouté, elle m'a dit "Quand est-ce que tu m'embrasses ?". Je l'ai donc embrassée. C'était une fille déterminée.

ça me revient : j'ai dîné en Mai 1989 au Hilton de Manille avec Didier Flamand, Patrick Bauchau et Jennifer Beals. Au cours du repas, Bauchau nous avait parlé du cimetière chinois de Manille, nous encourageant à le visiter et aussi du petit livre vert de Khadafi qu'il avait récemment acquis dans une édition en anglais et dont il nous lut ensuite quelques pages dans sa chambre où nousétions allés boire un dernier verre. 
 
ça me revient, mais peut-être l’ai-je déjà évoqué, en 1976, j’ai participé au recensement national en tant qu’enquêteur et j’ai recensé Georges Franju qui habitait une petite piaule assez misérable quai des grands-Augustins. Il était très étonné que je sache qui il était
 
ça me revient les numéros des plaques d'immatriculation des voitures familiales de mon enfance 542HM51 et 711FR40 et aussi celle de l'Algérie dont je ne me souviens que de la fin... elles se terminait par K9E et je pensais toujours à neuf œufs de cane

ça me revient : Lucien Rosengart un musicien qui travaillait avec le metteur en scène Philippe Adrien avait paraît-il produit et enregistré un disque avec Anthony Braxton dans une église en France.
 
ça me revient Donald Campbell avait établi en 1964 un record de vitesse sur un lac salé en Australie, le Lac Eyre avec un véhicule aux formes étranges qui s’appelait le bluebird. Je l'avais lu dans le journal de Tintin
ça me revient quand j’étais enfant la chanson "le petit cheval" de Georges Brassens d'après un poème de Paul Fort me faisait pleurer

ça me revient le duo Fontaine et Areski aujourd’hui qu’Areski est mort. Je crois que sa tombe est prête depuis longtemps au cimetière du Montparnasse.

ça me revient quand je me réveillais chez M-A, j'aimais aller à la boulangerie de la rue Ramey et ramener du pain frais et de la fouace pour le petit déjeuner.  

dimanche 16 février 2025

Père Trumpubu


Voilà, 
donc si je comprends bien Trump et son gang ont décidé de foutre la merde partout. Pas seulement dans leur pays mais partout. Avec des méthodes de mafieux, de patrons voyous. Dans la jouissance du "you're fired" qui concluait souvent son émission "The apprentice". Le monde comme une gigantesque émission de téléréalité. Leur jouissance est d'abord dans l’expression de leur pouvoir, donnée comme un spectacle. Outre s'accaparer les richesses, ils n’ont pas d’autres projet politique, que d’asseoir leur pouvoir  et de montrer qu’ils sont les boss, les maîtres et que seule importe leur volonté. Étaler le spectacle de leur puissance, prime sur le reste, et en particulier sur le confort des citoyens et leur bien-être. Mais bon pour le moment la majorité est contente. Elle tient sa revanche. Elle va sûrement déchanter. Les peuples déchantent toujours.
Pour Trump et sa bande il n’y a pas d’Histoire. Ce qui a été tissé avant eux n’a pas de sens puisqu’il n’y ont aucunement pris part. Ils sont dans la logique "du passé, faisons table, rase". C’est étrange que ce slogan que braillaient les jeunes maoïstes occidentaux de la fin des années soixante, soit devenu aujourd'hui leur mode d'action. Paradoxalement cela va de pair avec le fantasme d'une grandeur passée. Grandeur acquise grâce aux élites et à la main d'œuvre européennes qui avaient fui le nazisme dans les années trente.
Les liens entre l’Europe et l’Amérique, le lien historique, les liens culturels, l’origine des États-Unis tout ça, ça n’existe pas pour eux. Pas seulement parce que ce sont des ignorants, mais simplement parce que ça va à l’encontre de leur volonté de puissance. 
En 2016, Michel Schneider dans le journal Le Monde brossait un portrait assez juste de Trump. Mais il faisait preuve d’optimisme en imaginant que les contre-pouvoir du système politique américain, pourraient éviter ce qu’il pressentait et qui pourtant est bien en deça de ce à quoi nous assistons
Ce que propose Trump, ce n’est plus ni moins qu’une révolution culturelle, un changement de paradigme. Évidemment. Il ne le formule pas comme cela. Ce sont des mots trop difficiles pour lui. Il est juste dans la logique commerciale, celle du deal. Celle de Corleone. "Je vais te faire une proposition que tu ne peux pas refuser." et aussi "si tu n'es pas à mon service tu es contre moi"
Hier en une soirée, avec les propos insultants de David Vance lors d’une conférence européenne, initialement consacrée à l'Ukraine, on a compris qu’il n’y avait plus d'alliance historique, de défense commune. Mais que les États-Unis, par la voix de leurs représentants crachaient sur l’Europe et la méprisaient autant que Poutine en utilisant les mêmes mots que lui. 
Il faut comprendre que désormais l’équilibre des forces géostratégiques patiemment établi depuis 80 ans n’a plus cours. L’Europe est considérée comme un vassal un peu prétentieux qu’il faut mettre au pas. Les dirigeants américains la virent comme une vieille maîtresse trop longtemps entretenue et devenue un peu encombrante. On est un peu dans le genre "t’as une semaine pour faire tes valises. J’ai beaucoup fait pour toi. Maintenant tu dégages ou tu fermes ta gueule.
Les dirigeants américains sont strictement dans la logique de la vengeance. De la rancune. La logique de "tu vas me le payer. Je n’oublie pas que tu as fait ça que tu as dit ça. J’ai été trop gentil maintenant tu vas en baver."
Évidemment, il est plus facile d’humilier ses amis en décrétant soudain qu’ils sont devenus des ennemis que de s’opposer à ses véritables ennemis. Le véritable ennemi des États-Unis et des démocraties du monde occidental jusqu’à présent c’était entre autres la Russie. Mais maintenant Poutine est devenu le grand ami de Trump. 
C'est normal. Poutine tient Trump par les couilles. Ils y a des vidéos de lui avec des putes russes dans une chambre d’hôtel alors qu'il n'était pas encore un homme politique. Est ce pour cela que Trump est prêt à tout brader ?
De toute façon Poutine est bien plus malin que lui, bien plus rusé. C’est un monstre froid. Poutine est patient. C’est un joueur de poker. C’est un fou sanguinaire, mais pour lui, contrairement à Trump, la vengeance est un plat qui se mange froid. 
Bref ici en Europe on est vraiment comme des cons. On s'aperçoit que sans le parapluie nucléaire U.S. on n'est rien. On a toujours nourri l'illusion que, à défaut d'aimer l'Europe, l'administration américaine y avait des intérêts, qu'on représentait un marché et qu'elle assurait notre défense pour cela. Bah non.
Pendant ce temps là, la Chine, prospère. En trente ans seulement elle est devenu une puissance en essor. Ce qu’étaient les USA dans la première moitié du siècle passé.
La Chine est mieux armée pour affronter les nombreux défis du XXIe siècle. Son Produit Intérieur Brut est actuellement plus de 30 % plus élevé et atteindra le double du PIB états-unien d’ici à 2035. 
Elle a des infrastructures neuves. Elle a investi dans la science dans la recherche dans l'éducation dans la défense. Elle dispose d'ingénieurs compétents. Les hommes qui sont au pouvoir ont le sens de l’histoire et de la politique et sont visiblement plus intelligents que les dirigeants occidentaux, et américains cela fait aucun doute.  Ils ont  juste à attendre que l’Amérique et l’Occident s’effondrent tout seul. Ils n’ont rien à faire. Juste regarder et être patients. 
Je n’ai aucune idée de ce à quoi le monde va ressembler dans la décennie qui vient. D’ailleurs personne n’en a aucune idée. On sent juste que cela va être assez chaotique, sanglant, guerrier, débile et le tout sur fond de catastrophes naturelles. En tout cas on ne sent pas une intelligence collective à l'œuvre, ça c’est bien certain. Si une météorite menaçait la terre on serait encore assez cons pour continuer à se taper sur la gueule en espérant que ça tombe chez l'adversaire.
Goddam ! C'est donc dans ce monde là que je vais devoir mourir ? Fichtre! autrefois le futur était bien plus rigolo


C’est incroyable d'assister à cela, cette décomposition accélérée, cet effondrement intellectuel, économique, politique. Cette accélération de l’histoire, l'émergence de ce chaos. Un truc équivalent à ce que les habitants du bloc soviétique ont connu à partir de 1986.
Pour en revenir à Trump, quelqu'un a quand même soumis cette proposition à la chambre des représentants. Ubuesque non ?
 
 
 
 
Sinon, je joins la liste des mots clés désormais proscrits dans les documents officiels aux USA 
Et puis aussi les pages et sites supprimés  sur ce lien.
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dimanche 16 février 2020

Bruno Ganz

 
Voilà,
je repense à Bruno Ganz, qui a quitté ce monde il y a un an jour pour jour, et dont il m'est arrivé de parler quelquefois, parce qu'il a joué dans des films qui m'ont marqué, comme "L'Éternité et un jour" de Théo Angelopoulos ou "Messer im Kopf" de Reinhard Hauff, où son interprétation se révèle extraordinaire, ou encore "Dans la ville blanche" d’Alain Tanner, qui est une sorte d’ode cinématographique à la ville de Lisbonne, et aussi ce film très dérangeant de Volker Schlöndorff  "Le Faussaire". Son visage a été présent pendant des années dans ma vie quotidienne, puisque, dans le premier appartement que j'ai partagé avec Agnès, sur un des murs du salon se trouvait l'affiche de "l'Ami américain" de Wim Wenders, dessinée par Guy Pellaert.



J'ai toujours été sensible à son grain de voix, à cette façon de jouer sans concession au spectaculaire au tape-à-l'œil, au m'as-tu-vu. Dans le film de Terrence Malick, "Une vie cachée", il fait une brève apparition — peut-être même est-ce sa dernière au cinéma — , mais comme à son habitude il est très bien, très touchant et donne au personnage qu'il interprète, un juge nazi un peu las et désabusé, une humanité qui pourrait déranger si elle ne mettait en évidence la complexité et la somme de contradictions que chaque individu porte en lui.

vendredi 3 août 2018

Boulainvilliers

ris, Ligne C, Station Bougainvilliers

Voilà,
j'aime, depuis le quai de la station Boulainvilliers que j'ai longtemps appelé Bougainvilliers (de telles fleurs, il n'y en a pourtant guère dans les environs), la vue sur le "Front de Seine", cet ensemble architectural datant des années soixante-dix, quand Paris voulait se donner un petit air de Manhattan. D'ailleurs, une réplique miniature de la statue de la liberté de Bartholdi se dresse en contrebas sur l'île aux cygnes située au milieu de la Seine. Le front de Seine, me fait toujours penser à un plan du film "L'ami américain". On y voit le personnage interprété par Bruno Ganz, téléphonant dans une chambre d'hôtel située dans un de ces immeubles, alors que le quartier est encore en construction pendant que par la baie vitrée, en arrière plan, le bras d'une grue se déplace lentement autour de son axe.

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