dimanche 11 février 2018

Jardin du Luxembourg sous la neige


Voilà,
le jardin du Luxembourg est le parc parisien qui m'est le plus familier. A une époque je le traversais tout les jours pour me rendre au collège et en revenir. Le grand bassin fut, à un moment de mon adolescence, un point de rendez-vous pratique, puisque situé à mi-chemin de la maison de mon amoureuse et de l'endroit où j'habitais. J'y ai vu en 1972 les étudiants des beaux-arts s'y baigner. Je me suis vautré sur les pelouses du Petit-Luxembourg, avec Hugues de Rosières, sa copine Betty et Olivier Morel, un certain printemps où j'ai beaucoup glandé. Plus tard, j'y ai accompagné ma fille dans l'aire de jeux, passant des heures à l'encourager dans ses exploits et la conquête de son autonomie. Et moi qui ne m'étais jamais auparavant projeté dans cette situation, je me sentais à ma place, juste, et sans doute ces moments, rétrospectivement, comptent-ils parmi les plus doux de mon existence. 
Du jardin du Luxembourg, la plupart des statues m'émeuvent ; certains endroits sont encore chargés de toutes les rêveries qui y furent miennes, en des temps où le corps était plus alerte. Je le photographie à chaque saison, depuis des années. Je suis venu m'y réfugier quand j'avais du chagrin. j'y ai somnolé sur ses chaises vertes. J'y ai vu passer des milliers de filles très belles qui attiraient mon regard. Je m'y suis laissé enfermer une fois dans ma jeunesse pour y passer une nuit enchanteresse dans la tiédeur d'un d'été insouciant et plein de promesses. 
Hier, en début d'après-midi, après avoir vu le merveilleux film de Woody Allen "Wonder Wheel" que les médiocres critiques d'une radio culturelle s'étaient, la semaine précédente, avec la morgue et la suffisance qui les caractérisent, acharnés à démolir, devant cette étendue déserte (parce que les abords du grand bassin avaient été rendus inaccessibles) alors que le reste du parc, était très peuplé de visiteurs, venus là pour la plupart en famille, profiter du soleil et de la neige, je me suis demandé en prenant cette image si je reverrais encore une fois dans ma vie le jardin du Luxembourg ainsi recouvert. La neige est si rare à Paris et à chaque fois un événement. Je me souviens qu'il y a cinq ans, fin février début Mars, de fortes chutes de neige et d'un amour naissant. De la fin décembre 2009, et de l'état qui était le mien alors, de cet hiver début 2005 ou nous sculptions des bonshommes sur la coursive avec ma fille qui la découvrait pour la première fois...

vendredi 9 février 2018

Tombe de Jacques Demy

cimetière Montparnasse

Voilà,
au cimetière Montparnasse, discrète à l'ombre d'un pin, se trouve la tombe de Jacques Demy, le réalisateur, parmi de nombreux autres, du film "Les Demoiselles de Rochefort". Sa veuve Agnès Varda, elle aussi réalisatrice, l'y rejoindra. c'est écrit sur la pierre. C'est à ma connaissance la seule tombe près de laquelle se trouve un banc. Je je me suis toujours demandé si c'est elle  — dont j'ai souvent l'impression que rien ne peut lui résister — qui a réussi à obtenir l'autorisation de le faire installer. Le fait qu'il soit un peu comme elle, très bas, me le laisse supputer. Aux beaux jours, c'est indiscutablement un endroit plutôt paisible, et comme dirait ma fille "c'est bien il y a du réseau." 

jeudi 8 février 2018

Une Tête



Voilà,
"on se demande parfois, si la grande erreur dans la vie n'est pas de croire que la tête a été faite pour penser"
(Ramon Gomez de la Cerna)
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mercredi 7 février 2018

La Neige


Voilà,
dès que la neige tombe sur Paris les gens deviennent très vite facétieux

lundi 5 février 2018

Picture / Image / Question

affiche lacérée

Voilà, 
"La picture est un objet matériel, une chose que vous pouvez brûler ou abîmer. L’image est ce qui apparaît dans une picture et qui survit à sa destruction – dans la mémoire, dans les récits, dans des copies et des traces dans d’autres médias" écrit  W.J.T Mitchell dans son ouvrage "Iconologie".
Pour ma part — bien que personne ne me demande mon avis, et que je ne possède aucune relation à l'académie française — je ne m'opposerais pas à l'introduction dans le vocabulaire français de ce vocable à l'étymologie latine qui permet d'ajouter un peu de nuance dans notre langue. Cependant,  une question demeure : qu'en est-il d'une picture représentant une picture abîmée ? Constitue-t-elle déjà une image ?
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vendredi 2 février 2018

Photographe au Petit-Palais


Voilà,
c'était un vieux japonais. Il a longtemps tourné autour de cette statue qui semblait l'intriguer avant d'ouvrir son iPad pour la photographier. Pendant que, dans l'attente de ce moment, j'avais un œil sur la scène, je me rendais bien compte aussi que la gardienne m'observait avec suspicion. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 1 février 2018

Une Rencontre inattendue

Voilà,
j'avais déjà fait un truc comme ça au début des années 80, mais là franchement presque cinquante après, c'était vraiment une idée complètement absurde sinon stupide d'aller au Kremlin-Bicêtre pour voir l'immeuble où ma famille avait emménagé lorsque nous sommes arrivés à Paris. Nous  y avions vécu un an avant d'aller habiter à l'école Polytechnique. Qu'est ce que j'espérais donc y retrouver ? Des sensations d'autrefois ? Une illumination ? À part le vieil hospice de Bicêtre et le fort militaire bien entendu inaccessibles, rien  aujourd'hui ne ressemble à ce qui fut alors. Le collège a changé de nom et d'architecture. Tous les immeubles construits dans les années soixante ont été restaurés transformés ravalés. J'ai donc fait le tour du fort, c'était mon meilleur repère pour m'orienter, en quelque sorte marché dans les pas d'autrefois. Et puis en redescendant j'ai remarqué un bâtiment. Un demi cylindre en tôle comme posé horizontalement ; ça m'a dans un premier temps vaguement évoqué quelque chose (mais il n'était pas rouge autrefois) et puis oui bien sûr j'ai reconnu le putain de gymnase où je me suis cassé l'humérus gauche en mars 1970 en ratant ma réception aux anneaux. J'ai vécu des moments abominables dans cet endroit. Arrivé des Landes où on ne pratiquait que des sports de plein air athlétisme foot et surtout rugby, le choc fut rude lorsqu'il se fut agi de m'exercer aux agrès et aussi au handball qui me paraissait aussi brutal que ses règles confuses. C'est donc cela que je me remémorais en longeant le bâtiment lorsque je vis comment on l'avait baptisé. J'entrai aussitôt à l'intérieur pour en savoir un peu plus, et aussitôt la porte poussée je je suis tombé sur cette photo. En effet c'était bien lui. Le bâtiment portait son nom. Donc son prénom c'était Jacques. Jacques Ducasse.

En mémoire de jacques Ducasse

Un type du sud-ouest avec de rudes manières de caporal bien détestables. D'ailleurs durant tout le premier trimestre il m'avait pris pour une brèle. Vers la fin de l'hiver, au second trimestre quand il a commencé à faire plus doux on est allé dans un stade pour jouer au Rugby. Évidemment là j'étais dans mon élément. A la fin du premier match il a commencé à s'intéresser à moi. Au milieu de tous ces parisiens je n'avais pas de mal à paraître un cador du rugby après avoir passé quatre ans dans les Landes. J'étais véloce, je n'avais pas peur d'aller au contact même des gros que je savais plaquer très bas, je possédais une bonne vision du jeu (j'avais souvent joué demi de mêlée), j'étais capable de claquer des drops, et quand je lui ai dit au Ducasse que je venais du sud-ouest, il s'est aussitôt montré beaucoup plus aimable avec moi. Malheureusement, il n'a pas vraiment eu le temps d'apprécier toutes mes qualités, puisque quelques jours plus tard, j'ai eu cet accident, et bye bye le rugby avec Ducasse. J'ai passé des vacances de Pâques pourries, dans un plâtre qui m'enserrait tout le tronc et dans lequel j'ai beaucoup transpiré parce qu'il faisait chaud, ça me grattait abominablement, j'essayais de me soulager avec des aiguilles à tricoter, et pour le troisième trimestre j'ai été dispensé de gym. Et puis après on est allé à Paris, et Ducasse a continué sa vie au kremlin-Bicêtre. Il devait être l'empereur de ce gymnase. Pour un sportif menant une vie saine, il n'a pas vécu si vieux.

mercredi 31 janvier 2018

Comme un léger décalage


Voilà,
tu te laisses impressionner par la lumière. Le paysage te semble alors irréel, imprécis. La sensation d'avoir déjà vécu ce moment. Tu te sens légèrement décalé. Quelque chose éclate sans bruit en toi, comme l'écho sourd d'une infime détonation. Tu ne sais si c'est ton corps ou ton imagination qui te joue des tours. Mais aussitôt tu songes qu'il ne saurait y avoir d'autre imagination que celle de ce corps. Les nuages, les arbres, cet instant qui te traverse et l'appareil que tu sors de ta poche ne sont aucunement une réponse à cette peur qui t'étreint sans raison. Tu tournes ton regard vers le ciel. Tu y vois un noyé que personne ne devine. Le vent colporte des rumeurs que toi seul entend. Frondaisons et ramures changés en monstres menaçants. Tout semble hostile, hors de portée. Tu ne rentreras pas chez toi ce soir. L'escalier y rêve de corde, tes possessions du brocanteur. Laisse toi saccager tu n'as plus rien à perdre.

mardi 30 janvier 2018

Tombe de Cesar Vallejo

Poète déclamant sur la tombe de Cesar Vallejo

Voilà,
passant samedi dernier par le cimetière Montparnasse pour rentrer chez moi, j'ai consulté le plan avec les tombes des célébrités et j'ai découvert à ma grande surprise que Cioran y était enterré. Alors que je cherchais l'emplacement de son caveau sans toutefois pouvoir le trouver, non loin de là je perçus un grand vacarme. Très exalté et avec une emphase qui me parut plutôt ridicule, un péruvien au visage simiesque déclamait en espagnol des poèmes de Cesar Vallejo près de sa sépulture. A ses côtés, la femme qui l'accompagnait mimait parfois certains vers, agitant les mains et faisant des mines avec son visage.  Quelqu'un les filmait. A un moment, l'homme perdit sa page à cause d'un coup de vent, et il fallut recommencer la prise.

lundi 29 janvier 2018

Esperluète

Devanture de la boutique Rickshaw passage du grand cerf à Paris

Voilà,
ce qui me soulage avec les images, le traficotage des images c'est que cela m'offre la possibilité d'échapper à la pesanteur du langage, à la difficulté de construire et échafauder une pensée. Je me soustrais ainsi du sentiment d'impuissance que j'éprouve souvent face aux mots, de mon incapacité à construire une pensée cohérente. En fait — peut-être l'ai-je déjà dit et tant pis si je me répète (on mettra ça sur le compte du ressassement et de la mauvaise mémoire) — désormais je n'ai plus d'autre envie que de musarder, de marcher, de m'attarder aux menus détails de la réalité. Marcher, marcher encore tant que mon corps me le permet, photographier des visages, des choses. Parler avec ma fille, l'accompagner encore, autant qu'il m'est possible, dans ses apprentissages, partager avec elle des moments complices, comme nous l'avons fait aujourd'hui. (Linked with Signs2)

vendredi 26 janvier 2018

Crue


Voilà,
il me faut marcher n'est ce pas, parce que trop de sédentarité nuit à la santé. Je suis donc allé du côté de la Seine voir ce qu'il en était. C'est assez impressionnant. Cette année la crue semble plus importante encore que celle de juin 2016. Peut-être que c'est pour cette année la grande inondation spectaculaire comme celle de 1910. Depuis le temps qu'on en parle. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 25 janvier 2018

J'appelle




Voilà
Qu’est-ce que je fais ?
J'appelle
J'appelle
J'appelle
Je ne sais qui j'appelle.
Qui j'appelle ne sait pas.
J'appelle quelqu'un de faible,
 quelqu'un de brisé
quelqu'un de fier que rien n'a pu briser.
J'appelle.
J'appelle quelqu'un de là-bas,
quelqu'un au loin perd
quelqu'un d'un autre monde
(C'était donc tout mensonge ma solidité ?)
J'appelle.
Devant cet instrument si clair,
ce n'est pas comme ce serait avec ma voix sourde.
Devant cet instrument chantant qui ne me juge pas,
qui ne m'observe pas,
perdant toute honte, j'appelle,
j'appelle
j'appelle du fond de la tombe de mon enfance,
qui boude et se contracte encore,
                du fond de mon désert présent                 
j'appelle
j'appelle.
L'appel m'étonne moi même.
Quoique ce soit tard, j'appelle.
Pour crever mon plafond sans doute surtout
j'appelle.
                                                                                 (Henri Michaux "Passages")
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première publication 25/01/2018 à 00:05
 

mercredi 24 janvier 2018

Les Mauvaises Rencontres


Voilà,
les classements alphabétiques dans les bibliothèques occasionnent parfois de bien absurdes rencontres

lundi 22 janvier 2018

Attention

gare Rosa Parks de nuit

Voilà,
tu voudrais être autre et ailleurs voyageur aussi, mais tu n'es plus désormais qu'un voyeur sans âge, qui cependant se rend bien compte que malgré tout le corps à la longue s'est irrémédiablement usé. Et tu songes à toutes ces choses ordinairement inquiétantes de la vie quotidienne. L'autre jour, tu t'es rapproché de la petite fille qui jouait au bord du quai pendant que sa jeune mère absorbée par les informations de son smartphone n'y prêtait vraiment aucune attention, et tu l'a prise par la main pour la lui ramener. Le regard qui te fut alors adressé en retour n'avait rien d'aimable ni de reconnaissant. Plutôt hostile même.

vendredi 19 janvier 2018

Nuit, La Villette


Voilà,
une nuit d'été, juste après la projection en plein air
de "Sabrina" un film délicieux de Billy Wilder avec Audrey Hepburn et Humphrey Bogart

mercredi 17 janvier 2018

Sculptures de sable


Voilà,
elle avait été vraiment dense en émotions, cette journée. Il y avait eu le choc de la Sagrada Familia et du Parc Guell ensoleillé. Et puis aussi ce sympathique bar à tapas dans la Barceloneta et enfin, à la tombée du jour, si douce, la plage et les rires des enfants. Le lieu et le moment exigeaient de ne pas se laisser oublier. J'ai bien évidemment autre chose à montrer de Barcelone que sa plage et ses modestes bâtisseurs de sculptures de sable. Tant d'autres choses à raconter aussi. Je voudrais écrire sur Gaudi, mais pour le moment j'en suis encore incapable. Cela viendra, j'espère.

lundi 15 janvier 2018

Irréductibles



Voilà,
je me souviens du choc ressenti devant des dessins réalisés au début des années 70 par un chaman Yanomami auquel on avait donné crayons feuilles et stylos alors qu'il n'avait encore jamais vu d'images et ne connaissait pas l'écriture. La représentation de l'espace s'y apparentait nettement à celle des dessins d'enfants. Pourtant s'y donnaient à voir les paysages de la transe et de l'hallucination, ceux du voyage intérieur et des mythes ancestraux qu'il avait reproduits. Ces traces constituaient une rupture majeure dans un milieu au mode de transmission uniquement oral, témoignant de l'irruption violente de la modernité au sein de cette micro-société archaïque et jusque-là préservée. Il y a quelques années j'ai appris qu'il existe encore cependant de rares endroits toujours difficilement accessibles et hostiles comme les îles Adaman dans l'Océan Indien et en particulier l'îlot des Sentinelles, où une population indigène irréductible vit comme il y a quinze mille ans et se méfie des étrangers, les chassant à coup de flèches lorsqu'ils s'approchent du rivage. Moi aussi j'ai mes sauvages.

vendredi 12 janvier 2018

Muret, journal et bière matinale

Homme appuyé sur un muret à Barcelone

Voilà,
je crois que ma résolution de réduire ma production ne tiendra pas longtemps. Car je fabrique beaucoup d'images et j'ai envie de les mettre en ligne afin qu'elles soient vues. Le graphisme, la photo, la peinture constituent pour moi l'équivalent de l'herborisation que Jean-Jacques Rousseau évoque dans "Les rêveries d'un promeneur solitaire". J'ai de plus en plus de mal à écrire, et si je ne sais que faire des insatisfaisants brouillons qui traînent sur mon ordinateur, il n'en va pas de même pour les photos qui souvent me semblent dignes d'intérêt. Celle-ci prise récemment par un paisible matin du début de l'année à Barcelone, me plaît beaucoup. Cette silhouette rejoint toute celles des solitaires ayant trouvé un moment de répit sur des bancs. Je l'ai prise au cours d'une délicieuse promenade dans le barrio gotico qui s'éveillait tout doucement (linked with the weekend in black and white)

jeudi 11 janvier 2018

La Jamaïque


Voilà
dans les transports, les promenades, les errances je m'abandonne de plus en plus aux souvenirs. Non que j'aille les chercher, mais ils remontent. Sans doute la lecture du livre de Jean-Christophe Bailly "Le Dépaysement" consacré au paysage français qui m'accompagne depuis quelques semaines, constitue-t-elle un puissant générateur de réflexions et de réminiscences. Des associations d'idées suscitées par la lecture me ramènent à des paysages anciens. Enfant, j'ai, en raison du métier de mes géniteurs militaires, souvent été contraint de déménager, vivant dans la sensation du précaire du provisoire. Les lieux étaient voués à être quittés. Je me souviens en particulier du déchirement éprouvé lorsqu'il fallut abandonner ce coin des Landes où pour la première fois de ma vie je m'étais senti accordé à la fois au paysage et aux gens qui vivaient là. Ces années là furent vraiment heureuses. Pour peu que j'y songe, cela réactive des sensations encore vivaces. La mémoire de ces lieux, de ces moments me travaille. Je pourrais rester des heures à me laisser submerger me livrant à ce que la méthode de l'actor's studio désigne sous le terme de "sense memory". C'est étrange, je me souviens des sensations (se rendre en vélo à l'école du bourg, le cartable accroché sur le porte-bagage avec des sandows, le pollen des genêts jaunissant la route, la première semaine de juillet où il y avait encore classe, mais qui consistait à ranger les livres, l'après midi on regardait le tour de France, les refrains de cette époque. Quelques chose de moi est à jamais fixé sur le Baby Love des Supremes.
Cette maison est la première que nous ayons habité dans les Landes. C'était un meublé qui avait été loué en attendant que nous puissions emménager dans une villa encore en construction dans une cité militaire. Nous avons vécu là environ trois mois. La maison était composée de deux logements. Dans l'autre, un studio, vivait un couple qui s'appelait les Guinde. Ils étaient jeunes. Parfois nous mangions en terrasse avec eux. Je me souviens qu'il aimait lire les aventures de Prudence Petitpas dans le journal de Tintin. Il adorait un personnage qui disait "Je suis un affreux jojo argh argh argh !". Répétant cette réplique il prenait un plaisir particulier à reproduire le son "argh argh argh !".  C'était donc au dernier trimestre de l'année 1964. Le jeune frère de ma mère, l'oncle stupide dont j'ai déjà parlé, Jean-Jacques le fan de Johnny, était venu en vacances quelques jours. Il dormait dans la même chambre que moi. De Septembre 64 à juin 65, j'ai fréquenté l'école de Biscarrosse-Plage. Je me souviens de cette année-là comme d'un émerveillement. Après les années de la guerre d'Algérie, la sinistre garnison de Châlons-sur-Marne où il faisait tout gris, le bord de l'Océan, la forêt de pins, la nature et l'espace ouvert, le soleil, l'air iodé et la classe de madame Ferris. Tout à coup, la vie semblait s'ouvrir, chargée de promesses.

Ecole de Biscarrosse-Plage, CE2, Année scolaire 1964-65

mardi 9 janvier 2018

Penser à Ella


Voilà,
ces matins où tu te réveilles avec ce sentiment d'incertitude, de vulnérabilité et d'insécurité, avec la sensation que le poids du monde est trop lourd et que cette journée va t'ensevelir. Mais il te faut avancer encore dans ce monde auquel tu ne comprends plus grand chose, tout en te demandant si c'est parce que tu vieillis ou bien si c'est parce que cette réalité est devenu réellement plus chaotique du fait de sa complexité croissante. Et puis tu penses à Ella Fitzgerald et ça va beaucoup mieux


lundi 8 janvier 2018

Qui te dérange ?


Voilà,
"Qu'est ce qui te dérange ? Qu'est ce qui t'arrache le soutien de ton cœur ? Qu'est-ce qui cherche à tâtons, la poignée de ta porte ? Qu'est ce qui t'appelle de la rue et n'entre pourtant pas par le portail ouvert ? Ah  ! c'est justement celui que tu déranges, auquel tu arraches le soutien de son cœur, dont tu cherches à tâtons la poignée de la porte, que tu appelles de la rue, et chez qui tu ne veux pas entrer par le portail ouvert "(Kafka in notes volantes et feuillets épars)
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vendredi 5 janvier 2018

La Plage


Voilà,
le 3 janvier au moment du coucher du soleil l'air était très doux sur la plage Sant Sebastià de Barcelone. C'était bien de commencer l'année là-bas où je n'étais encore jamais venu. Je reparlerai dans les jours prochains de cette parenthèse enchantée. Et de certains chocs esthétiques, aussi. J'ai pris beaucoup de photos là-bas. (linked with the weekend in black and white)

dimanche 31 décembre 2017

Bon bout d'an et à l'an qué vèn


Voilà,
l'usage et la bienséance supposent une forme d'allégresse dans la formulation des vœux tandis que la lucidité n'incite guère à l'enthousiasme et commande la retenue. On n'est jamais trop prudent, par les temps qui courent. Malgré tout, dans cette grande confusion qui caractérise notre monde, je ne peux que souhaiter aux uns et autres d'être résolument modernes. "Être moderne, écrivait Cioran, c'est bricoler dans l'Incurable". Quoiqu'il en soit, "bon bout d'an et à l'an qué vèn" comme on disait autrefois du côté de Marseille. Puissions-nous l'année qui vient, tout de même nous épanouir comme les fougères géantes du Monte Palace Tropical Garden de Funchal

mercredi 27 décembre 2017

Dormir pour oublier (25)


Voilà,
hors champ, à gauche rue Cujas, il y a un autre homme qui gît sur l'asphalte, à cinq mètres de celui-ci qui a trouvé, rue Saint Jacques une bouche d'aération où se réchauffer. Bien sûr c'est bientôt le Nouvel an tout ça la fête, la trêve des confiseurs et tout le tintoin, mais je ne peux m'empêcher de songer à cet article lu récemment."Il nous faut donc exposer jour après jour en pleine lumière les vampires hypocrites au pouvoir pour qu'ils s'effondrent ("nous expulserons, mais humainement" - tu parles, Collomb ! tentes lacérées, duvets confisqués, squatters jetés à la rue en plein hiver, chaussures confisquées, harassement permanent par la police de gens déjà épuisés, nourriture aspergée volontairement de gaz donc inconsommable etc -   ou  encore le mémorable (nous aimerions en tout cas qu'on s'en souvienne) :  "Je ne veux plus personne dans les rues d'ici la fin de l'année", du président Emmanuel Macron, prononcé devant la presse le 27 juillet à Orléans, lors d'une cérémonie de naturalisation (!!!) - la vraie réalité quelques jours avant la fin de l'année ? deux SDF morts dans la rue à Marseille rien que la semaine dernière... Jupiter est un menteur impuissant, entraîné par sa logique qui adore, respecte et s'incline bien bas devant le pouvoir formidable des riches, les dieux d'aujourd'hui (un prince saoudien vient d'acheter 200 millions d'euros et plus un château, il avait dû beaucoup travailler pour ça, et bien le mériter, forcément, d'après Macron et Trump et les banques on ne peut même pas le discuter, ce serait remettre en cause la sacro-sainte propriété privée, naturellement... Notre sentiment, c'est plutôt qu'on devrait tout prendre à ces gens, absolument tout, comme on reprend aux voleurs ce qu'ils ont volé, sous les applaudissements de tous... Où est la différence ? qu'est-ce qui la justifie dans ce cas ? la naissance avec une cuillère d'or dans la bouche, fils et petit fils de tyrans obscurantistes et esclavagistes ?)  et regrette l'existence (triste, déplorable, hélas réelle) des pauvres, ces créatures regrettables mais de trop, de plus en plus nombreuses dans nos pays riches, comme un à côté inévitable du progrès et de la libre circulation des capitaux". in L'Autre Quotidien

mardi 26 décembre 2017

Shoe Repairs


Voilà,
on est donc aux alentours de Noël. C'est une période où j'ai tendance à faire l'ours, à sortir le moins possible pour échapper à l'hystérie mercantile. D'ailleurs en général je me chope toujours un genre de bronchite qui me fait traverser cette période dans un état semi-comateux et ce n'est pas plus mal. C'est l'occasion de régresser de traîner au lit, de faire de menues choses. Je pose une guirlande quelque part dans la maison, et du moment que ça clignote hein! c'est la fête. Et puis j'écoute les vêpres de Rachmaninov, les oratorio de Noël de Bach, les christmas carols avec leurs chœurs d'enfants de Benjamin Britten, et bien sûr des enregistrements de Peter Skellern avec là aussi des chœurs d'enfants. Peter Skellern, j'adore, c'est si délicieusement british, il arriverait à nous faire croire que le jazz a été inventé dans le Devon ou le Lancashire pour des vieilles ladies un peu excentriques prenant le thé dans leur jardin. Les anglais sont tricheurs et roublards au rugby, et retors dans leur diplomatie, mais je les aime pour tout un tas de raisons et en particulier Peter Skellern. Il faut dire qu'en ce moment je suis très britichisé puisque je regarde enfin cette série "Downton Abbey" qui me réjouit à chaque plan, ne serait-ce que pour toutes cette palette d'accents anglais qu'on y entend, et pour cet humour distancé qui n'appartient qu'à ce peuple qui a inventé le Nonsense — le rugby pourrait d'ailleurs être assimilé à cette catégorie puisqu'il s'agit dans ce jeu d'avancer en se passant la balle en arrière —, Nonsense dont l'une des plus belles illustrations est cette réponse faite par George Harrisson  lorsque on l'avait interrogé sur la reformation des Beatles survivants : "Les Beatles ne se reformeront pas tant que John Lennon sera mort". Et puis il y a ce gag de ce dernier dans le film "A hard day's night" ou John coupe avec une paire de ciseaux la cravates d'un de ses copains en disant "je déclare cette cravate inaugurée". Bref, je digresse mais c'est bien aussi parce que je suis un peu en roue libre ces temps-ci. J'en ai aussi profité pour me replonger dans le merveilleux livre "Narcisse et Goldmund" d'Hermann Hesse, que j'avais lu, il y a bien longtemps. Cela avait été un moment de lecture très fort. Mais les détails de l'histoire se sont évanouis au cours de toutes ces années, si bien que je le redécouvre. Il en va d'ailleurs de même pour la plupart des livres qui se trouvent dans ma bibliothèque. je m'aperçois que j'ai oubliés pour la plupart ce qu'ils racontent. C'est là, mais ce n'est plus là, et c'est plus difficile à reparcourir et à réinterpréter qu'une vieille photo. Je regarde plus facilement mes anciennes photos que je ne relis les livres de ma bibliothèque. Celle-ci date de mon dernier passage à Londres, il y a plus de deux ans.
Sinon, je remercie tous ceux qui m'ont envoyé leur vœux ; j'en suis très touché. Je leur adresse les miens en retour. (The Weekend in black and white)

lundi 25 décembre 2017

Vierge à l'Enfant


Voilà,
j'avais promis début octobre une vierge à l'enfant. C'est aujourd'hui plus que jamais d'actualité. "Un Noël encore a passé sur ma tête, une année encore est tombée au gouffre sans m'avoir apporté la solution de rien, ni l'espérance de rien." écrivit autrefois Pierre Loti dans "Figures et choses qui passaient."  

vendredi 22 décembre 2017

Désarroi


Voilà,
ces moments étranges où la sensation de solitude vous mange. Où, malgré les lumières artificielles, on se sent égaré dans la nuit, comme un enfant qui ne reconnaît pas son chemin. Pour conjurer ce moment de désarroi on capte une image banale qui n'a de sens et de valeur que pour soi. On voudrait tant être ailleurs autre et autrement. Un instant on hésite à rebrousser chemin. (The weekend in black and white)

mercredi 20 décembre 2017

J'ai rêvé ma vie (Oblomoverie)


Voilà
J'ai rêvé ma vie
Les yeux grand ouverts
Me suis réveillé
Quand c'était l'hiver

La neige était là
Le ciel était gris
Le vent était froid
Je n'ai pas compris

Mes beaux soirs d'Avril
Que j'avais rêvés
Où donc étaient-ils
J'en aurais pleuré

Faites moi plaisir
Commencez sans moi
Laissez moi dormir
J'étais fait pour ça

(Francis Blanche)

dimanche 17 décembre 2017

Histoires de mots


Voilà,
Il y a quelques mois, Serge Volle, a envoyé à une vingtaine d'éditeurs une cinquantaine de pages du roman de Claude Simon "Le Palace", paru en 1962 aux éditions de Minuit. Le Huffington post rapporte ce résultat édifiant : 12 d'entre eux ont dit non, 7 n'ont même pas répondu. Serge Volle a raconté dans une radio publique qu'un éditeur avait justifié son refus en expliquant que "les phrases sont sans fin, faisant perdre totalement le fil au lecteur". "Le récit ne permet pas l'élaboration d'une véritable intrigue avec des personnages bien dessinés", a ajouté cet éditeur. Serge Volle constate que ces 19 refus attestent que les créations littéraires exigeantes ne visant pas à établir des records de ventes sont délaissées. Paraphrasant Proust, il a rappelé qu'avant d'écrire il fallait être "célèbre". ajoutant que "Aujourd'hui c'est le concept de livre jetable qui fait fureur". Claude Simon, mort en 2005, considéré comme un auteur difficile, y compris par ses admirateurs, demeure malgré son Nobel, obtenu en 1985, encore un écrivain plutôt confidentiel. Je profite de l'occasion pour rappeler ce très passionnant entretien avec Denis Roche où il aborde son activité de photographe. De nombreuses reproductions de son travail sont visibles. C'est un peu long mais vraiment intéressant, car évidemment il met tout cela en relation avec l'écriture, il y évoque aussi la notion de distance. Il existe aussi cet autre entretien concernant la relation entre le présent et le souvenir, la représentation par l'image, la perception de la réalité et son rapport à l'imaginaire en particulier au cinéma. Plus ancien, datant des années soixante, il mérite qu'on s'y attarde. Je ne sais pas pourquoi, en lien (très lointain) avec ce billet j'ai eu envie d'une photo bougée, imprécise, tremblée. Je devrais en réaliser de semblables plus souvent. Le bougé restitue la vie, et la dimension incertaine de la réalité lorsqu'elle passe au filtre du souvenir, il contribue à donner à l'image une dimension plus spectrale plus fantomatique. J'arrivais à faire cela très bien avec un autre appareil il y a quelques années. D'ailleurs au passage dans ce genre, il y a cette remarquable photo prise dans le grand ouest américain  dont je jalouse l'auteur.
Sinon hier j'ai aussi lu que la plus haute administration américaine en matière de santé publique devra désormais réduire son vocabulaire, au moins le temps du vote de son budget. Le gouvernement a en effet interdit aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC, qui forment ensemble une agence du Département américain de la santé) d'utiliser sept mots dans les documents officiels destinés à l'élaboration du budget de l'année prochaine. D'après une information du Washington Post publiée vendredi 15 décembre, lors d'un rendez-vous d'une heure et demi avec les directeurs des CDC en charge du budget, il a été demandé aux analystes de cet organisme de bannir de leurs notes et rapports  "fœtus", "transgenre", "diversité", "vulnérable", "prestation sociale", "fondé sur des données concrètes" et "fondé sur la science".
Dans certains cas, les analystes se sont vus proposer des formulations alternatives. Au lieu de dire "d'après des données concrètes" ou "d'après la science", ils leu est fermement suggéré par exemple d'écrire: "les CDC basent leurs recommandations sur la science en tenant compte des normes et des souhaits de telle communauté". La question du vocabulaire à utiliser pour parler d'orientation sexuelle, d'égalité des sexes ou d'avortement a refait surface avec l'élection de Donald Trump alors que ces sujets avaient une visibilité importante sous les mandats d'Obama, rappelle le quotidien américain. Le président américain se montre régulièrement hostile à l'évolution des droits des personnes transgenres et au mariage homosexuel. Le département américain de la santé et des services sociaux a même supprimé de son site internet les informations à destination des personnes LGBT. En octobre, l'administration Trump avait étendu à toutes les entreprises commerciales une exemption accordée à des institutions religieuses leur permettant, au nom de leurs convictions religieuses et morales, de refuser de proposer des moyens de contraception gratuits à leurs salariées. Le décret a été suspendu temporairement vendredi par une juge fédérale. D'après l'analyste interrogé par le Washington Post, les réactions de la salle lors de la réunion étaient "incrédules". "Vous êtes sérieux?", "Vous rigolez?", pouvait-on entendre.
"Brave new world"
Allez que ce dimanche ne soit pas maussade. Il y a Ella et Louis, pour le rendre plus doux, plus serein. J'ai découvert que cette interprétation a le même âge que moi.


vendredi 15 décembre 2017

Falafel


Voilà
la jeune touriste japonaise qui, dans le quartier juif a commandé un falafel, en filme la confection par le vendeur qui le lui prépare

mercredi 13 décembre 2017

Insomnie encore


Voilà,
chaotiques elles fièvrent les pensées, ils tumultent les souvenirs, et si les noms tohubohutent de-ci de là, je ne reconnais pourtant plus rien, ne retiens plus rien, ne suis plus rien. Des moments passés s'agrègent, mais peut-être n'ont ils été que rêvés. Je ne sais pas qui est cette danseuse arrivée des Etats-unis, que j'étais supposé attendre dans un aéroport et dont j'ai aperçu  – c'était où déjà – le visage triste à travers une vitre. Je suis l'hôte du vertige et de la confusion. Parfois tout semble aller à une vitesse folle et quelques temps après tout paraît s'engluer dans l'épaisseur d'un présent sans relief. Je suis dans le frottement, dans tout ce qui vibre et s'effrite, dans le temps grumeleux de l'incertitude, dans le froissement du silence où trébuchent les fantômes. Mon sommeil agité tousse des songes informes. Des obsessions grattent, en bourdonnant comme des mouches, au fond du terrier de l'épuisement dont j'espérais pourtant quelque répit. Alors comme dit le poème d'Aragon,"on veille on pense à tout à rien / on écrit des vers, de la prose / on doit trafiquer quelque chose / en attendant le jour qui vient"

dimanche 10 décembre 2017

Les "Funérailles populaires"


Voilà....
il y a bien des années lors de l'enterrement de Tino Rossi où fut prise la photo pathétique de l' homme au petit sac, et celle plus tendre de l'enfant au pied des barrières sous les jupes de sa mère, j'avais envisagé la possibilité des funérailles de Johnny Hallyday. Donc hier matin je ne pouvais faire autrement que d'aller traîner du côté des Champs-Elysées et de la place de la Concorde, pour prendre quelques photos. C'était comme un vieux contrat que j'avais avec moi-même. Il faisait froid, un grand soleil, une lumière crue et il y avait bien plus de monde que pour Tino Rossi, ça c'est sûr. Une France assez peu métissée, une France bien blanche se trouvait là, avec sans doute pas mal d'électeurs du Front national dedans. Des familles, des vieux rockers avec leur cuir, des motards, des gens modestes, ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts. Nombre d'entre eux semblaient avoir fait le déplacement de province pour rendre hommage à leur idole. Mais aussi des gens plus aisés aux vêtements chics. Beaucoup de gentillesse, de fraternité. De la tristesse mais aussi des chansons que certains fans connaissaient par cœur. J'ai ainsi de nouveau entendu pour la première fois depuis des années "Pour moi la vie va commencer" qui m'a rappelé mes sept ans. Quand sont arrivées les bikers sur leurs Harley-Davidson et leurs Triumph, je me suis tiré. Trop de dioxyde de carbone à ce moment là ; je sais bien que Johnny est mort d'un cancer du poumon, mais quand même... J'ai pensé que les bonnes résolutions de la COP21 étaient déjà loin, et les priorités écologiques de notre petit pharaon de la foutaise. Et puis j'ai encore plus la phobie des foules depuis les attentats. Je suis assez vite rentré à la maison. J'ai un peu regardé la cérémonie à la télévision. Le discours de Macron était plutôt médiocre. J'ai cru au début qu'il avait pompé sur la tirade de Depardieu "ton pote Mozart, réincarné, tu vois le coup bonhomme, il est là dans la rue..." dans "Préparez vos mouchoirs" de Bertrand Blier. Heureusement, après il y a eu de belles interventions d'artistes, et les musiciens ont assuré avec beaucoup de classe et de dignité. Ce soir, la télévision raconte que c'est un événement rare, tant de monde dans la rue pour un enterrement. On oublie que le cercueil d'Ambroise Croizat, l'un des fondateurs de la sécurité sociale et du régime des retraites fut accompagné au cimetière du Père-Lachaise par un million de personnes, tout comme celui de Maurice Thorez. Mais tous deux étaient communistes, alors évidemment c'est de l'histoire plus qu'ancienne et surtout c'est celle des vaincus en ces temps de néolibéralisme triomphant.


Bref, beaucoup de gens ce sont aujourd'hui fabriqués des souvenirs. Dommage qu'il n'y en ait pas eu autant pour protester contre la réforme patronale du code du travail ou les nouvelles dispositions liberticides adoptées récemment. Mais bon, on vit dans un monde où l'émotion prévaut sur la réflexion. Quoiqu'il en soit, il est vraisemblable que dans certaines familles on parlera longtemps, de cette journée on se montrera les videos et les photos qui auront été faites au cours de ces heures. Car on se sera beaucoup photographié durant la matinée. Beaucoup. Peut-être que certains se souviendront "c'était quand Trump a décidé de déménager l'ambassade US en Israël de Tel Aviv à Jerusalem !!!". 
Non je déconne.

samedi 9 décembre 2017

John Lennon


Voilà,
le 8 décembre 1980 John Lennon a été assassiné à New-York. C'était peu de temps après la parution de l'album "Double Fantasy", qui semblait être celui d'un homme enfin apaisé. A l'époque je répétais un spectacle qui s'appelait "Les fils meurent avant les pères" d'après un livre de Thomas Brasch. Un de mes partenaires était un de ces militants communistes qui s'employaient alors à saboter l'union de la gauche à six mois des élections. En plus c'était un gros connard dénué de talent. Le lendemain de la mort de Lennon qui faisait la une de la plupart des journaux il est venu me faire chier avec un article du journal "L'Humanité" où il était question d'un truc que Mitterrand aurait dit ou fait qui contrevenait à la ligne du parti. J'avais juste envie de lui coller un grand coup de boule et lui latter les couilles, mais bon la production était fragile et les metteurs en scène un couple d'amis. Même par la suite ils n'ont d'ailleurs jamais vraiment été foutus de m'expliquer clairement pourquoi ils avaient engagé une telle buse,— un des plus mauvais acteurs avec lequel il m'a été donné de jouer — qui interprétait tout de même le rôle d'un allemand de l'est qui veut passer à l'Ouest. Enfin bref, c'est une autre histoire. 
La mort tellement absurde et si injuste de Lennon m'avait alors terriblement attristé, parce qu'il me semblait qu'il avait encore beaucoup à inventer et que sa sensibilité manquerait désormais terriblement au monde. Cet homme à l'humour si subtil était aussi un écorché vif. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de chanteurs qui se soient exposés et livrés de manière aussi déchirante que lui dans cette interprétation de "Cold Turkey". Il ne triche pas quand il exprime la douleur du sevrage. Le timbre si particulier de sa voix me bouleverse toujours autant aujourd'hui. première publication 9/12/2017 à 4:30
shared with digital whisper  - friday face off -

vendredi 8 décembre 2017

J'aime / Je n'aime pas (4)


Voilà,
j'aime les journées ensoleillées d'hiver quand il fait froid et sec
je n'aime pas devoir me réveiller tôt contre mon gré
j'aime déambuler mollement parmi des œuvres d'art contemporain
je n'aime pas nettoyer le dessus des meubles de cuisines ni derrière le réfrigérateur
j'aime marcher dans les amoncellements de feuilles mortes en traînant des pieds
je n'aime pas ce que Trump et les Evangélistes américains font au monde ni le tour que prennent les événements
j'aime la voix sensuelle de Chrissie Hynde
je n'aime pas l'heure d'hiver
j'aime les paysages merveilleux que les rêves peuvent parfois vous offrir
je n'aime pas cette panique d'attentat qui me saisit parfois dans les transports en commun
j'aime encore à mon âge les calendriers de l'avent 
je n'aime pas les gens qui toussent dans les espaces publics sans mettre leur main devant la bouche
j'aime aller regarder des matches de rugby au pub écossais de la rue François Miron
je n'aime pas les homme assis  les jambes écartées dans les espaces publics
j'aime quand la foule du stade de Murrayfield, juste après les cornemuses reprend a capella "Flowers of Scotland"
(linked with the weekend in black and white)

mercredi 6 décembre 2017

Un Mort chasse l'autre



Voilà,
une mort éclipse l'autre. Hier on n'en avait que pour Jean d'Ormesson, cet aimable écrivain de droite mais si médiatique, et si sympathique, télégénique, affable, courtois au point qu'on se disait, "ah si tous les aristocrates avaient été aussi distingués, il n'eût point été nécessaire d'en décapiter autant". Et puis cette nuit Johnny Hallyday est mort. Les journaux du matin n'ont pas pu faire leur première page sur ce  récent événement qui supplante l'autre. Du coup deux images de la France sont offertes en couverture du journal "Le Monde" et du "Figaro". C'est vrai que la disparition d'un artiste de variétés renommé ou d'une vedette de cinéma populaire atteste du fait que, quoiqu'on veuille, on est assigné à une appartenance, une histoire collective, une identité nationale. Johnny Hallyday, malgré son pseudo à consonance américaine (assez ridicule quand on y songe) et le fait qu'il soit d'origine belge, constitue un élément important et particulièrement représentatif de la culture populaire française des soixante dernières années. Même si je ne l'ai jamais particulièrement apprécié (je ne possède aucun disque de lui dans ma discothèque et j'avais plutôt tendance à le considérer comme un gros blaireau), il a toujours existé et fait partie du paysage. Dans le milieu des années soixante il était la vedette incontestée des baby-boomers. C'était l'époque où tout ce qui venait d'Amérique, et en particulier le rock, les vêtements (c'est l'apparition des jean's) les films était objet d'adoration. Et puis les Américains avaient délivré la France, ils disposaient de bases militaires dans ce pays, et le commandement intégré de l'OTAN se trouvait même non loin de Paris. Ce chanteur tout au long de sa carrière a épousé presque toutes les modes sans jamais quitter le paysage médiatique national. Je ne peux pas m'empêcher pour ma part de l'associer à un oncle ( l'oncle Jean-Jacques, tu me rappelles Jean-Jacques disait la génitrice quand elle voulait être blessante) que je trouvais très con et qui était un de ses fans absolu, et aussi bien sûr à des souvenirs souvenirs d'enfance. Par exemple l'Algérie, ses disques  — mais aussi ceux de Danyel Girard (Petit Gonzalez) ou Richard Anthony (quand j'entends siffler le train) — diffusés sur le bord de la piscine de l'hôtel de Djelfa, lors de soirées dansantes. Je me rappelle après l'une d'elles, un retour terrifiant dans une Mercédès décapotable conduite par un certain Sportès, où debout derrière, je hurlais d'effroi à cause de la vitesse, et mon géniteur assis à la place du passager s'esclaffait joyeusement. Je me rappelle aussi de vacances chez mon grand-père, et l'on rapportait dans le journal Ouest-france que lorsqu'il était passé dans la commune de Doué-la-Fontaine, des jeunes (ceux qu'on appelait alors les blousons noirs) avaient dévasté la salle de concert (c'était comme un rituel). Enfin bref, Johnny est mort, il a toujours fait partie de mon paysage sonore, et donc pour beaucoup c'est le premier jour de la France sans lui. Mais ce peuple n'en continuera pas moins d'être arrogant braillard chauvin râleur et d'une grande veulerie, et ses garçons de cafés seront toujours aussi désagréables dans l'ensemble.
A part ça les Italiens ont encore Adriano Celentano. C'est un autre style, plus roublard, plus coquin, et assez déjanté. Il a quand même fait en 1973 un rap en mishmash.

mardi 5 décembre 2017

Between the moonlight and the lane


Voilà,
l'hiver t'angoisse. Tu te sens plus fragile que jamais, périssable. Est ce à cause de tous ces arbres nus, des jonchées de feuilles mortes, de ce gris uniforme où le jour se noie ? La pâle clarté de la lune émergeant des nuages derrière un lacis de branches te semble un cadeau. Cette maison te fascine. Tu t'es toujours demandé à quoi pouvait ressembler son intérieur. Tu voudrais refaire le chemin inverse. Retrouver ce temps où tu n'étais pas encombré de ce que tu es devenu. Où tu avais encore quelques croyances et de naïves certitudes. Où tu étais encore au printemps de ta vie. Le soir tu écoutais "Songs of love and hate". A présent tu te sens "between the hour and the age". And "the street is the very same". Peut-être es tu simplement en train d'éprouver ce que la langue allemande nomme la Torschlusspanik, la peur qu'il soit trop tard pour faire quelque chose, pour trouver une solution afin de se tirer d'affaire


dimanche 3 décembre 2017

Dans des temps et des espaces enchevêtrés


Voilà,
une image qui rend (un peu) compte de ce que j'éprouve et de la façon dont je perçois les choses. J'existe dans des temps et dans des espaces enchevêtrés. Ma perception elle est comme ça, et je ne peux pas faire autrement. Elle est dans l'intrication de lieux et de moments différents. Mon imaginaire, ou plus précisément l'imaginaire dans lequel je me trouve, ce par quoi je suis possédé, je me le représente comme un univers perpétuellement en inflation, constitué de rubans de moebius aux surfaces légèrement réfléchissantes où s'inscrivent de nouvelles images. Ils ne cessent de s'ajouter les uns aux autres et de s'entrelacer tels des anneaux boroméens de sorte que tout ce qui peut apparaître, apparaît toujours dans un infini processus de transformation. Je ne peux me satisfaire qu'ici et maintenant ne soit pas non plus ailleurs et entre-temps. Je voudrais être musique.

samedi 2 décembre 2017

Seine, hiver, jour tombant


Voilà,
c'était le mercredi 29 Novembre 2017, vers 17h30. Le jour était en train de tomber, je traversai la Seine, et la lumière m'a soudain paru très belle. En fait un bateau-mouche venait de passer, un autre allait venir. Je regrettais de n'avoir pas eu le réflexe de prendre une photo de gens sur le pont en train de photographier avec leur smartphones et leur tablettes. J'aimais bien toute ces petites lueurs. Et puis je me suis aperçu que les batteries de mon appareil photo et de mon smartphone étaient épuisées. Alors je me suis dépéché de saisir cet instant. J'étais quand même content d'être là, à ce moment précis. J'ai pensé que cette ville était vraiment splendide à certaines heures. Une vie que je traîne, que je flâne dans ces quartiers, que je m'étonne toujours de la beauté des bords de Seine, à quelque saison que ce soit de l'année. Les jours qui avaient précédé, ne vague et hivernale mélancolie s'était pourtant insinuée en moi, à cause de la faiblesse, de la santé déclinante, des symptômes divers de dégradation, de la fatigue, bref à cause de la jeunesse enfuie. Je songeais à toutes les choses que je n'ai pas accomplies parce que je suis fondamentalement lent paresseux et velléitaire, et à celles que je n'aurais pas la force ni le courage de réaliser ou d'achever. Le temps passe de plus en plus vite. Il me faudrait encore mille vies pour jouir de toutes les beautés du monde.

vendredi 1 décembre 2017

J'ai enterré ma raison dans ma main


Voilà,
"J'ai enterré ma raison dans ma main, ma tête je la tiens droite et gaiement, mais ma main pend d'un air las, ma raison la tire vers la terre. Voyez la un peu cette main, cette petite main à la peau dure, parcourue de vaisseau, couturée de rides, avec ses grosses veines et ses cinq doigts, comme il est bon que j'ai pu sauver ma raison en la mettant dans ce récipeint discret. Ce qui est surtout avantageux, c'est que j'ai deux mains. Comme dans un jeu d'enfant je demande : dans quelle main ai-je mis ma raison ? Personne ne peut le deviner, car en un clin d'œil je peux joindre les mains et faire passer ma raison de l'une à l'autre" Franz Kafka (Cahiers divers et feuilles volantes) - the weekend in black and white

vendredi 24 novembre 2017

Blue Lagoon


Voilà,
sans doute ai-je tendance à montrer autre chose que ce que j'ai vraiment vu, ou plus précisément, j'entrevois toujours autre chose que ce qui s'offre réellement à mon regard. L'image de la réalité ne me suffit pas, ne m'a jamais suffi. J'ai besoin que cela soit autrement, à ma convenance. Si je ne transforme pas un tant soit peu, j'ai l'impression que cela ne vaut pas la peine d'être là. Déjà, que toutes ces photos ne représentent en fait qu'une poignée de secondes dans mon existence (comptons en un bon millier sur ce blog, prises au 125ème de seconde et faites le calcul ça ne fait pas bézef). Evidemment, je ne suis pas architecte et je n'interviens que fort modestement sur le monde. Je suis plutôt du genre contemplatif voire paresseux, alors les photos c'est très bien. Mais revenons à celle-ci. Elle a été prise au blue lagoon, considéré par ses promoteurs comme une des vingt-cinq merveilles du monde. Oui c'est vrai, c'est bien, ça m'a plu, j'ai adoré, en dépit de l'odeur d'œuf pourri, me tremper dans cette boue chaude et soufrée dont la couleur fait vraiment la joie du daltonien que je suis, mais bon faut pas exagérer non plus, ce n'est pas la barrière de corail, ni les Marquises. Comme je n'avais que du noir et blanc, et que je ne pourrais pas faire la même photo que tout le monde, j'ai plutôt imaginé ça. D'ailleurs, il s'agissait moins pour moi de garder le souvenir de ce paysage que d'en imaginer une possibilité (the weekend in black and white)

mercredi 22 novembre 2017

Main gauche


Voilà,
c'est moi, un bout de moi,  de ma peau, un carré de ma peau
la peau de ma paume 
cette main que je n'ai pas vu vieillir se rider se friper c'est moi
ce paysage de plis de sillons c'est moi 
c'est moi encore vivant

vendredi 17 novembre 2017

Musée du Jeu de Paume


Voilà,
être là sans pour autant paraître indifférent.
S'en tenir à la simple présence des choses ou des formes.
Juste leur attribuer une densité particulière

Publications les plus consultėes cette année