dimanche 7 août 2016

Dormir pour oublier (21)


Voilà,
j'aimerais ne pas avoir à m'attarder sur cela. Mais cela me choque à chaque fois. Je ne connais pas l'histoire qui a conduit à cette détresse. Simplement on est au cœur de l'été, rue Percier. Dans un quartier riche et désert en ce début du mois d'Août, où à trois rues de là je viens de voir de jeunes adultes traquer des Pokémon avec leurs portables, cette solitude absolue me dévaste. Les souffrances qui ont conduit à cet état des choses, à ce renoncement, cet abandon, cette démission, je ne peux que les imaginer. Mais je vois toute cette misère se répandre sur les trottoirs, et je ne parviens pas être indifférent. Ces personnes n'ont désormais plus d'autre refuge que le sommeil. C'est si long de mourir parfois, si difficile. Cette femme autrefois, elle aussi fut petite fille.

samedi 6 août 2016

Autoportrait dans la vitre


Voilà,
C'était il y a un an comme le temps passe. J'avais eu envie de faire un autoportrait, un selfie comme on dit aujourd'hui. J'étais en train de bidouiller quelques images et de nouveau, comme cela m'était arrivé à la fin du mois précédent, une terrible crise d'angoisse m'avait saisi. Sans doute le programme diffusé par la télévision y était-il pour quelque chose. Ce documentaire sur Hiroshima, soixante-dix ans après, expliquant l'enchaînement des événements et où se croisaient nombre de témoignages était vraiment flippant. Il mettait en évidence combien le commun des mortels a finalement peu de marge de manœuvre dans la maîtrise de son propre destin et combien les peuples ne sont que des otages et qu'ils comptent pour peu aux yeux des dirigeants – selon les époques banquiers militaires industriels de l'armement, oligarques de tous poils. Il m'avait alors semblé qu'il en était de même aujourd'hui. Un an donc a passé entre cet aujourd'hui d'alors et celui de maintenant, avec tous les ėvénements que l'on sait. D'année en année la situation me semble de plus en plus menaçante et incertaine. Il faut faire comme si de rien n'était. Programmer des projets pour l'année qui vient, remplir son agenda et faire encore semblant de croire que ce n'est ni la guerre ni la crise. À chaque attentat il y a des gens qui disent qu'il va falloir beaucoup s'aimer, se prendre dans les bras, se parler et bla-bla-bla. Mais cela n'est jamais comme cela que cela se passe bien sûr.

vendredi 5 août 2016

Livraison



Voilà,
je me souviens de ce lointain séjour à New-York avec C. Lorsque j'ai pris cette photo, à Cortland alley dans chinatown cela m'a évoqué l'impasse dans laquelle avait été tourné le scopitone où Bob Dylan, face à la camera montre des cartons avec inscrits dessus certains mots de sa chanson "subterranean homesick blues". Peut-être même ai-je alors pensé que c'était là que cela avait eu lieu. Là-bas ce qui souvent retenait mon attention, je ne sais pas pourquoi, c'était les choses à l'abandon, la décrépitude de certains lieux, qui me semblaient constituer l'envers du décor, la face sombre de la ville, les coulisse du cliquant et de la prospérité. Evidemment, je ne pouvais pas non plus penser à ce merveilleux recueil de textes et d'images de Raymond Depardon "Correspondance New-Yorkaise" qui reste pour moi un des livres les plus précieux de ma bibliothèque, je veux dire un de ceux auxquels je suis le plus physiquement attaché. 

mercredi 3 août 2016

Hallucinations


Voilà,
flirter avec le vertige, titiller l'effroi, chercher les états limites, les états seconds, il avait aimé cela autour de ses vingt ans. Plusieurs fois il avait eu la sensation de mourir, de frayer avec sa propre disparition. C'était juste une affaire entre son corps et lui, mais son esprit lui avait alors semblé délivré de toute contrainte. Les choses les plus banales, se transformaient comme si d'autres mondes et d'autres temps s'y intriquaient ; et lui même devenait chacun des objets qui entraient dans son champ d'observation. Il croyait percevoir des dimensions de l'univers auxquelles nos sens ne permettent ordinairement pas l'accès, il s'éprouvait à la fois lenteur et vitesse, détail et totalité, angle et courbe tout ensemble. Parfois il discernait des formes fantomatiques si bien qu'un pauvre fauteuil pouvait receler bien des mondes cachés. Souvent il aspirait à rejoindre cette antériorité peuplée d'énigmes qui l'avait en partie constitué, ce lieu irréel, invisible, mathématique où un code tenait lieu de langue et dont il ne constituait qu'une des séquences aléatoires. Lointaine jeunesse propice aux expériences. Il ne pensait pas vieillir. Sa vie alors comme une impasse. Nul désir de se frayer un chemin. Comme le saumon, ne souhaitait que rejoindre sa source.

lundi 1 août 2016

Nuage, fumée


Voilà,
un message à peine codé pour qui s'y reconnaîtra sans peine

Ne cherchez pas à lire mon nom sur mes papiers
J'ai lavé mes empreintes et j'ai perdu mon âge
Appelez-moi nuage appelez-moi fumée
Laissez le reste en blanc sans rien me demander


Je n'ai jamais volé que mes instants de chance
Je n'ai jamais tué que le temps qui passait
Mes poches sont percées mais je garde en secret
Le coquillage bleu du fond de mon enfance


Vous n'avez pas le droit de me prendre mes bretelles
Ouvrez-moi cette porte; rendez-moi mes lacets
Je n'ai rien demandé seulement je passais
Si je n'ai pas de nom c'est que nul ne m'appelle


Je suis très bien ainsi laissez-moi m'en aller
Je ne mendiais pas, n'étais même pas ivre
Et s'il faut à tout prix mettre un nom sur vos livres
Appelez-moi nuage appelez-moi fumée
                                               (Francis Blanche)

vendredi 29 juillet 2016

Projections



Voilà,
j'ai parfois la vision d'un monde d'après la catastrophe, un monde où le pétrole manque. Trop coûteuses les voitures, devenues rares sont réservées à une minorité fortunée ainsi qu'à la police et à l'armée. On a pris l'habitude se déplacer dans des carrioles légères en titane recyclé. Profilées comme des chaussures de sport, elles sont trainées par des chevaux, parfois même des chameaux ou encore tractées par des réfugiés climatiques du quart monde constituant une main d'œuvre à bas-coût. Les jeunes se déplacent vite, en rollers ou en skate. Sur les voies ferrées ne circulent que des draisines comme celles que l'ont voit dans "Stalker" le film de Tarkovski, ou d'autres sur lesquelles des vélos ont été posés. (Linked with the weekend in black and white)

mardi 26 juillet 2016

Le pavillon chinois


Voilà,
Comment ça s'appelait déjà ce petit bar à côté de notre hôtel, le pavillon chinois je crois mais je n'en suis pas tout à fait sûr. C'était si doux ce voyage avec ma fille. J'étais content de lui montrer une ville que j'avais découverte quelques mois auparavant. Mais cet endroit, je n'y étais pas encore venu. Nous sommes allés y boire un verre, un soir. C'était bien. Il y régnait comme un parfum d'enfance.

vendredi 22 juillet 2016

Un certain Immeuble


Voilà,
depuis que j'habite cette ville, j'ai toujours été fasciné par cet immeuble et particulièrement cette tourelle, tout en haut, recouverte d'ardoises. J'ai commencé à traverser le jardin du Luxembourg dès mes 14 ans (c'est l'âge de ma fille cette année) pour me rendre au collège, et donc j'ai toujours aperçu le sommet de cet immeuble. Aujourd'hui encore je me demande bien à quoi cela peut ressembler à l'intérieur. Une fonction particulière était-elle dévolue à cette tourelle ou bien était-ce juste une fantaisie d'architecte ? (linked with The weekend in black and white)

mercredi 20 juillet 2016

Le Poème dans la vitre du train


Voilà
c'est à ce poème de Charles Reznikoff que je pensais ce jour là regardant à travers la vitre du train :
 
                                                    Ils étaient trois sur la locomotive
                                                    le signaleur le chauffeur et le mécanicien
                                                    À environ deux cents mètres de l’homme
                                                    – sourd comme un pot –
                                                    le signaleur commença à sonner la cloche ;
                                                    à moins d’environ une centaine de mètres
                                                    le mécanicien commença à actionner son sifflet
                                                    trente ou quarante coups brefs. 


                                                    L’homme ne quitta les rails ni ne leva la tête.

Cela me fait penser à ce que nous vivons aujourd'hui, parce que bien sûr l'humanité ressemble à l'homme sourd. Depuis des années des gens expliquent que nous ne pouvons à ce point continuer avec ce mythe de la croissance permanente dans un monde fini, qu'il est malsain de faire perdurer un système financier basé non sur la production mais sur la spéculation, de saccager la planète à ce point et pourtant on continue, on continue comme si tous les signes annonciateurs de la Catastrophe ne comptaient pour rien. On continue avec cette idée folle que, puisque jusqu'à présent l'Humanité s'en est toujours sortie, il n'y a pas de raison que cela change

dimanche 17 juillet 2016

Panique


Voilà,
il n'est plus de lieu où je me trouve, dès lors qu'il y a du passage, de la foule, sans qu'une sensation de panique intérieure ne s'empare de moi. J'ai connu ça enfant lorsque je vivais en Algérie, pendant la guerre. Il fallait toujours être sur le qui-vive ; le danger, sans cesse présent pouvait surgir à tout instant. Vers l'âge de huit ans lorsque nous sommes arrivés dans les Landes, j'ai commencé à me détendre un peu. Même si, de façon générale, je continuais à me méfier des autres, j'ai fini par éprouver un sentiment de sécurité inconnu jusque là. Les landais étaient accueillants, généreux. La nature belle odorante et apaisante. Bien sûr parfois la violence de l'océan m'effrayait, mais il me procurait aussi tant de joies. On parlait toujours de guerre, à la radio, on la voyait à la télévision, celle du Vietnam, elle s'invitait ã l'heure des repas. Le géniteur suivait cela avec attention, lui qui, un peu plus de dix ans auparavant y était allé guerroyer quand ça s'appelait l'Indochine. Pour lui c'était encore très présent. Il vivait avec, imposait à son entourage cette proximité. D'une certaine façon, je n'ai jamais connu la paix, je veux dire la paix intérieure. Heureusement, il y avait la nature, les longues randonnées en bicyclette à travers la forêt de pins, le long du lac de Sanguinet. Aujourd'hui, je n'ai plus d'autre horizon que les murs de la ville et je sens une tension terrible dans les rues. Tout à coup la population réalise que le monde dans lequel nous vivons à généré des monstres qui sont parmi nous. Nos gouvernant sont impuissants. Ils utilisent de vieux mots, continuent à vendre des armes à des puissances qui financent des organisations qui nous sont hostiles. Ces fabricants d'armes détiennent aussi des organes de presse. L'art, la littérature ne me sont plus d'aucun secours. Je voudrais être parfum, la trille de l'oiseau, les embruns qui fouettent le visage, le chant de la cigale, l'ombre fraîche de l'église, la pierre sous le fenestron de la cuisine reposant contre le mur. Je voudrais que cette inquiétude me quitte, comme le font les idoles de mes vingt ans


vendredi 15 juillet 2016

Ruhl Plage


Voilà,
comment ne pas penser à Nice. Vingt ans déjà, c'est loin. Je suis là, au bord de la mer, il ne fait pas très beau, il y a du vent, ce n'est pas un printemps précoce, mais je me sens bien quand même. Je suis avec quelqu'un que j'aime, qui m'inspire confiance, logé dans un bon hôtel, on s'endort chaque soir dans du linge frais, le travail se passe harmonieusement. Chaque soir le spectacle se donne devant une salle comble. J'ai d'autres projets pour lesquels je suis déjà prêt. Je n'ai pas de problème d'argent. La vie semble simple, je surfe sur le cours des événements. Pourtant, ces soudains moments de plaisir et d'énigmatique félicité qui surgissent sans qu'on s'y attendent me semblent bien précaires, si peu conformes à ce que me semble être la loi du monde qu'il m'est difficile d'en jouir pleinement. Je ne peux m'empêcher de redouter le possible accident qui pourrait survenir. C'est ainsi, j'ai été élevé dans l'idée que le bonheur est suspect. Il m'en restera toujours des traces. Voilà pourquoi, même si j'ai le cœur léger je prends des photos de ce jour gris avec son ciel lourd de nuages. Pourtant à ce moment je suis heureux sur la promenade des Anglais. J'ai l'impression de voyager dans un autre monde comme ceux que l'on s'invente quand on est enfant. Jusqu'à ce sinistre 14 juillet, c'était cela pour moi Nice. Aujourd'hui je suis incapable de regarder la télévision, je n'allume pas la radio. Quelques photos sur les réseaux sociaux m'ont suffi. L'horreur, l'horreur. Je repense à ces vers de Paul Eluard lus il y a peu sur un site de poésie "J'avoue je viens de loin et j'en reste éprouvé / il y a des moments où je renonce à tout / Sans raison simplement parce que la fatigue / m'entraîne jusqu'au fond des brumes du passé / et mon soleil se cache et mon ombre s'étend " (linked with The weekend in black and white)

jeudi 14 juillet 2016

Révolution numérique


Voilà,
encore une photo de banc prise le 14 juillet 1983. Évidemment, ce qui est l'essence même de cette célébration s'est perdue au cours des années. Le 14 juillet commémore un acte révolutionnaire, une insurrection populaire. Maintenant des gros cons militaristes viennent voir défiler l'Armée française, et la Révolution n'est plus qu'une mythologie républicaine dont le sens s'est perdu pour la plupart de ceux qui viennent assister à ce rituel. Je ne suis pas dans l'actualité. J'ai écrit ce billet dix jours avant sa publication, avec une photo de plus de trente ans et un texte trouvé il y a quelques semaines et qui me plaît bien, et qui a sa façon est un manifeste révolutionnaire, rédigé je crois par l'homme qui a instigué l'affaire des Panama papers, raison pour laquelle il se fait appeler Mr X.
"La conséquence collective des échecs du droit international à punir la fraude fiscale est l’érosion totale des standards déontologiques, menant en fin de compte à un nouveau système que nous appelons toujours capitalisme, mais qui se rapproche davantage d’un esclavage économique. Dans ce système – notre système – les esclaves n’ont aucune idée de leur propre statut ni de celui de leurs maîtres, qui évoluent dans un monde à part où les chaînes invisibles sont soigneusement dissimulées au milieu de pages et de pages de jargon juridique inaccessible. L’ampleur terrifiante du tort que cela cause au monde devrait tous nous faire ouvrir les yeux. Mais qu’il faille attendre qu’un lanceur d’alerte tire la sonnette d’alarme est encore plus inquiétant. Cela montre que les contrôles démocratiques ont échoué, que l’effondrement est systémique, et qu’une violente instabilité nous guette au coin de la rue. L’heure est donc venue d’une action véritable, et cela commence par des questions. Les historiens peuvent aisément raconter comment des problèmes d’imposition et de déséquilibre des pouvoirs ont, par le passé, mené à des révolutions. La force militaire était alors nécessaire pour soumettre le peuple, alors qu’aujourd’hui, restreindre l’accès à l’information est tout aussi efficace – voire plus –, car cet acte est souvent invisible. Pourtant, nous vivons dans une époque de stockage numérique peu coûteux et illimité et de connexion Internet rapide qui transcende les frontières nationales. Il faut peu de choses pour en tirer les conclusions : du début à la fin, de sa genèse à sa diffusion médiatique globale, la prochaine révolution sera numérique. Ou peut-être a-t-elle déjà commencé." ( John Doe)

mercredi 6 juillet 2016

Terreurs


Voilà,
ces jours-ci, j'oscille entre le besoin de sortir de chez moi où j'ai l'impression de rancir, et la terreur croissante que m'inspirent la rue et l'espace public. Surtout lorsque je dois me rendre à La Défense et prendre les transports en commun aux heures de grande affluence. Heureusement, il arrive parfois qu'il y ait de bonnes surprises. Il suffit d'un rien. Le graffiti aperçu par hasard, il y a quelques jours, sur un mur du sixième arrondissement de Paris, m'a séduit et ému. Je n'en connais pas l'auteur, mais il me semble parent. J'aurais pu en tracer un semblable. Sinon, je me fatigue de plus en plus de cette dépendance croissante aux machines informatiques, et des addictions et contraintes que cela entraîne, de l'aliènation qui en résulte. Je ne parviens pas à décrocher.

mardi 5 juillet 2016

Pique-Nique avec MDMA





Voilà,
comme promis, la suite de mes variations autour du Déjeuner sur l'herbe de Manet. Ce sont paraît-il les vacances, puisque toutes les chaînes de radio ont mis en place leurs "grilles d'été", pendant que leurs animateurs vedettes et journalistes s'absentent deux mois des ondes. Alors n'est-ce-pas on peut s'autoriser un brin de légèreté et même pourquoi pas une once de désinvolture.

lundi 4 juillet 2016

Pique-nique avec volatile et batracien


Voilà,
il y a sans doute quelque chose de paradoxal à traiter ce déjeuner sur l'herbe alors que mai, juin de cette année n'ont jamais été aussi gris et pluvieux ni aussi peu propices à des excursions champêtres, et que juillet s'annonce incertain. Cette version à défaut d'être bestiale est tout de même un peu plus animalière puisque j'y ai ajouté le bouvreuil et la grenouille qui sont sur le tableau de Manet. 
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dimanche 3 juillet 2016

Pique-Nique



Voilà
J'ai retrouvé dans ma bibliothèque un recueil de nouvelles que je ne me rappelais absolument pas avoir en ma possession. Cela s'appelle "Le pique-nique des coiffeurs" et cela a été écrit par une allemande du nom de Félicitas Hoppe. Sur la page de garde il y était noté que je l'avais acheté à Grenoble le 1er juin 1999. Que pouvais-je bien faire à Grenoble le 1er juin 1999 ? Je n'avais aucunement le souvenir d'être allé à Grenoble le 1er juin 1999. J'ai donc jeté un œil sur mes carnets qui sont rangées dans un tiroir. En fait j'ai bien raison de garder des carnets et de noter sur les agendas ce que je fais chaque jour. Donc le 1er juin 1999, je suis allé rendre visite à Chantal Morel, une metteuse en scène de théâtre plutôt douée, que j'avais de temps à autre croisėe sur ma route. J'étais allé voir un spectacle qu'elle avait mis en scène dans une minuscule salle à Grenoble (le théâtre 38, je crois). Et c'est dans ces circonstances là que j'ai acheté ce livre. Je crois qu'il n'y a aucun rapport entre ce livre et le spectacle vu là-bas, dont je n'ai d'ailleurs pas grand souvenir, sinon qu'il s'agissait d'un monologue. J'ai reparlé de Chantal que je n'ai pas revue depuis longtemps avec Jean-Cyril V. un jeune auteur de la région que j'ai croisé au début du mois dernier alors qu'il était de passage à Paris. Quant à cette image, c'est l'une de celles que j'ai récemment bidouillées autour du "déjeuner sur l'herbe" de Manet. Il est possible que d'autres variations de cette série apparaissent dans les semaines ou les mois à venir. A part ça week-end de merde où un grand poète et aussi traducteur de Shakespeare (Yves Bonnefoy), un homme politique respectable  —ils sont rares — (Michel Rocard), un humaniste survivant des camps (Elie Wiesel), et un un grand cinéaste (Michael Cimino) ont tiré leur révérence.

vendredi 1 juillet 2016

Portrait de groupe avec chien


Voilà,
j'ai déjà mis en ligne des photos prises ce jour de juillet 1983, lors de l'arrivée du Tour de France. C'était une bonne moisson. Plus de trente ans après je me réjouis de revoir ces silhouettes inspirées que l'on sent toutes plus ou moins habitées par quelques grandes songeries, certaines même, frappées d'une illumination que rien ne laissait prévoir et comme prises d'un soudain élan pour changer enfin le cours fléchissant de l'Humanité. Oui oui, c'était l'année de "New Frontier" de Donald Fagen, de Original sin de INXS, de "Sweet dreams" de Eurythmics, de "Let's go dancing" et de "Sunshine reggae".Et c'est aussi l'année où j'ai découvert la merveilleuse musique de King Sunny Adé si délicieusement nonchalante. (linked with the Weekend in black and white).

lundi 27 juin 2016

Leur avant-guerre


Voilà,
Ils sont là, jeunes, paisibles et studieux dans une Europe devenue épileptique et gagnée par le Chaos. Bien sûr leur avant-guerre est aussi la mienne, mais en ce qui me concerne il me reste bien moins à vivre que je n'ai vécu. Les jeux sont faits. Je n'ai, désormais, plus guère d'autre choix que de me faire plaisir et tant que possible jouir de l'instant sans me soucier du futur, puisque, dans la succession des jours, son terme se précise ou du moins se laisse entrevoir sans que je puisse faire semblant de l'ignorer. Ainsi dois-je paisiblement me préparer à quitter sans trop de regrets ni d'amertume ce monde, quand, lassé, je sentirai que je n'ai plus rien à y faire et n'y suis plus utile pour personne. Sans doute m'en éloignerai-je insatisfait du peu que j'ai pu y accomplir, mais avec la certitude cependant qu'au moins j'aurais aimé, été aimé, et réalisé certaines choses qui valaient la peine d'échapper à la fugacité afin qu'elles demeurent dans ce qui subsiste, même modestement. J'évoque là, bien sûr une hypothèse optimiste et présomptueuse. Qui peut prétendre être vraiment maître de son destin ? En fait, je crains, dans cette époque de plus en plus imprévisible et tourmentée, de ne pouvoir disposer de la sérénité à laquelle j'aspire pour mes vieux jours, et souvent redoute que les circonstances ne m'autorisent même pas la possibilité de choisir une paisible issue.

vendredi 24 juin 2016

Statistique météorologique


Voilà,
il paraît que depuis 150 ans, il n'y a pas eu de printemps aussi pluvieux à Paris. Une chance pour nos misérables gouvernants. Eût-il fait plus chaud, la mobilisation sociale et les manifestations de rue auraient été probablement de plus grande ampleur, tant le mécontentement se propage dans la population. N'empêche, il y a eu quelques rayons de soleil dimanche dernier en dépit d'un ciel très couvert. Avec ma fille nous nous sommes longuement promenés en vélo, passant le long des berges de la Seine, peuplées de touristes, sans doute en raison de l'Euro de football qui a lieu en France. Non seulement la météo n'est pas fameuse, le climat social plutôt frais, et les pelouses de nos stades de foot dans un état lamentable, mais en plus il n'est pas un jour sans qu'on évoque de possibles attentats, ou que l'on nous rapporte qu'on en a empêché un. Le gouvernement joue bien évidemment avec cette peur pour interdire les manifestations sociales. Pourtant, on continue de vivre, malgré ces menaces. On s'efforce de sourire, mais ce ne sont pas forcément les refrains les plus gais qui remontent à la mémoire. La vie continue cependant. Depuis quelques jours, je travaille à des variations autour du "déjeuner sur l'herbe" de Manet, c'est à cela que je m'occupe quand je ne suis pas contraint à des travaux stupides qui me permettent de gagner ma vie. Pendant que je m'occupe à cela, je n'ai pas conscience que le temps passe sur moi. Cela m'ėvite d'être accaparé par des pensées qui me terrifient et que je ne peux chasser. C'est déjà l'été. Je ne sais pas comment ni où je vais le passer. (Linked with The weekend in black and white)

P.S.
Au moment où j'ai rédigé ce billet, un peu après minuit, les sondages annonçaient un maintien du Royaume-Uni dans la communauté européenne. Ce matin c'est un choc. Le vote anglais et gallois, au contraire de celui des écossais et des irlandais de l'Ulster s'est prononcé pour une sortie de l'Union. La peur de l'immigration des populations du sud plus que l'incohérence de la politique Européenne auront sans doute été déterminants. Il est probable que dans un premier temps une crise financière va secouer les places boursières du monde entier. Sensation d'un monde qui de plus en plus se délite. 

mardi 21 juin 2016

Comme une poussière de fleurs


Voilà,
"Être dans le tournoiement des mondes comme une poussière de fleurs, qu'un vent inconnu soulève dans le jour finissant, et que la torpeur du crépuscule laisse tomber au hasard, indistincte au milieu de formes plus vastes. Être que cela de connaissance sûre, sans gaîté ni tristesse, mais reconnaissant au soleil de son éclat et aux étoiles de leur ēloignement. En dehors de cela, ne rien être, ne rien avoir, ne rien vouloir"  (Fernando Pessoa in Le livre de l'Intranquillité)

dimanche 19 juin 2016

Variations sur un motif de Paul Klee


Voilà
Rêver, presque dormir. Dormir des paysages,
  Peindre avec du sommeil de très lourds horizons
Où n'ont surgi jamais ni souliers, ni maisons,
Mais seulement parfois d'impalpables visages

Peindre rien, presque rien, en tons subtils et doux.
Ne se frôler les yeux qu'avec des robes d'âmes,
Ne pas troubler de bruit ces visions de femmes
Qui rôdent longuement dans l'intime de nous

 Chanter, chanter très bas la chanson irréelle.
Souffler le dessin net et la touche cruelle,
Copier le non-être avec soin et très bien

Au bas d'un brouillard flou mettre sa paratafe.
Par impuissance, hélas... n'être rien, presque rien.
N'être rien !... mais surtout n'être pas photographe !

                                                                                    Georges Lorin (Revue "Le chat noir", 24 juin 1882)

vendredi 17 juin 2016

L'Appartement communautaire


Voilà,
lorsque j'ai pris cette photo, rue Boulard, je songeais à tout autre chose. cette apparition avait juste interrompu le cours de ma songerie. En effet, le confus tumulte des pensées qui souvent s'agrègent de façon inexpliquée lorsque je marche, et qui fait que je ne suis jamais tout à fait en réalité à l'endroit où je me trouve, avait sans raison objective convoqué le souvenir de l'appartement communautaire de la rue d'Athènes, où j'allais parfois, il y a une quarantaine d'années retrouver Olivier, pour y taper l'incruste et fumer avec lui quelques joints, car chez lui il y avait toujours de quoi fumer. Un soir, comme l'heure du dernier métro était passée, j'étais resté dormir. Sa copine absente, nous avions partagé le même lit, et continué à discuter, allongés l'un à côté de l'autre en écoutant les concertos brandebourgeois. Je crois que c'est ce soir là que je les ai découverts. C'était nouveau pour moi, Bach. C'était un signe distinctif d'une classe dont je ne faisais pas partie. Écouter Bach après une soirée de défonce, avait aussi quelque chose de très exotique. Je ne me souviens plus du cours de la conversation, probablement décousue, vu les circonstances mais Olivier s'était étonné lorsque je lui avais dit "J'aimerais bien voir la fin du monde". Il avait juste dit "Ah bon tu as des fantasmes eschatologiques toi ?". J'avais découvert un mot nouveau ce soir là, masquant toutefois mon ignorance. Pourtant le futur agonisant d'où j'écris à présent n'existait que comme une improbable fiction. Je n'imaginais pas faire de vieux os. J'avais opté pour "un lent et patient dérèglement de tous les sens". Inconsciemment j'aspirais à me dissoudre dans la folie. Toutefois il y avait en moi une instance vigile qui me recommandait de n'y demeurer qu'au seuil. J'obtempérai. J'avais grandi avec des images d'Apocalypse nucléaire dans la tête, en lisant ces vieilles bandes dessinées des éditions Artima, mais aussi des livres tels que "Le dernier rivage" de Nevil Shute, si bien que ma croyance en un avenir radieux s'en était sans doute trouvée terriblement amoindrie. Ceux qui vouaient ces lectures aux gémonies les considérant néfastes pour de jeunes esprits avaient probablement raison. Que l'apocalypse nucléaire n'ait pas encore eu lieu sous la forme d'une déflagration militaire en chaine, comme le laissaient supposer les scénarios élaborés au temps de la guerre froide, n'empêche cependant pas que nous sommes désormais et irrémédiablement condamnés à vivre ou survivre dans un futur obéré par le Nucléaire. Oui, on y est dans le No Future... Pour de bon pour de vrai. Ça prend un certain temps. Ce qui est surprenant c'est que l'on se voile à ce point la face. On oublie Tchernobyl. On fait comme si Fukushima n'avait jamais existé. On en parle peu. On ne veut pas y penser. Il y a peu j'ai lu un journal japonais édité en français où l'on évoque la reconstruction après le tsunami. A aucun moment n'y sont évoqués les ravages causés par le délabrement de la centrale. Mais bon il y a tout de même des informations qui fuitent, peut-être un peu moins vite que les radiations, mais il y en a. Quoiqu'il en soit je parviens encore à me projeter dans le futur puisque cet article commencé il y a plusieurs années, apparaît en ligne aujourd'hui. (Linked with The weekend in black and white)

jeudi 16 juin 2016

Un Fleuve et son Affluent


Voilà,
J'ai déjà parlé de cela. A l'occasion d'une brocante sans doute. Chaque fois que je retombe sur une de ces cartes Vidal-Lablache qui étaient accrochées dans les salles d'écoles de mon enfance, j'éprouve une sorte de transport non dans le passé, mais dans un monde parallèle qui peu à peu s'est constitué au cours des rêveries et des distractions que suscitait l'ennui de trop longues journées de classes. Lorsque l'attention se dissipait et que le discours de l'instituteur n'était plus que bribes, ces images accrochées au murs offraient alors la possibilité de divagations réparatrices. Je me suis souvent laissé absorber par ces paysages fixes qui selon S. ont quelque chose d'angoissant. Pour ma part au contraire ces images m'apaisaient, et m'apaisent encore. Toute chose y paraît à sa place, selon un ordre définitif et immuable. Ainsi de ce paysage. On le montre façonné par l'homme et cependant la vie semble s'en être absentée. Il est possible sinon probable que cette dimension fantomatique soit ce qui précisément me séduit. J'ai si souvent eu l'impression de grandir parmi des spectres. Enfant j'entendais souvent mes géniteurs parler d'un monde, de gens et d'un temps où je n'étais pas vivant. Et il est possible que j'associe aussi ces images à cela. Ces lieux n'existent pas vraiment. Ce sont des utopies qui illustrent des mots. Ici sans doute, "fleuve", "affluent", "confluent", "transport fluvial". Celle-ci me touche particulièrement parce que je suis né dans une ville située au confluent du Rhin et de la Moselle. Je pourrais rêver qu'elle fût ainsi, que c'est cet endroit qui m'a vu naître, et même aujourd'hui où la tombe est bien plus proche que le berceau, cette hypothèse bien qu'invraisemblable me semble toutefois plausible. Je voudrais me promener dans ces rues où la possibilité du terrorisme est exclue, longer ces berges que nulle pollution n'abîme, traverser ces champs où aucun pesticide n'a été pulvérisé. J'aime infiniment la naïveté de ces images, qui finalement évoquent un monde idéal et harmonieux. Tout à l'heure je me rends à La Défense. J'y ai beaucoup moins travaillé que l'année dernière, mais chaque fois que j'y passe, je devine les grands massacres qu'on peut y faire. Désormais, je n'y vais jamais sans une certaine appréhension.

mardi 14 juin 2016

Des Temps troublés


Voilà,
ce qui se passe dans ce pays est étrange. Du moins dans cette ville. Les gens ne veulent pas de cette nouvelle loi qui remet en cause les règles régissant les rapports entre les employeurs et les salariés. Au parlement, il n'y a pas de débat puisqu'un article de la constitution permet de faire passer ce projet sans discussion ni possibilité d'amendement. Les gens sentent bien que ce mode de gouvernance est exactement celui qui leur est promis dans leurs entreprises. Que cette loi émane d'un gouvernement qui se prétend de gauche, bien évidemment, choque, exaspère. A ceux qui descendent dans la rue pour protester on oppose une violence policière sans discernement. On veut imposer par la force des décisions édictées par la commission européenne. L'Europe des peuples n'existe pas. Celle des banques, oui. En France, il n'existe aucune alternative politique. Comme en Grèce, la majeure partie de la population est trompée par ceux qui avaient précisément promis d'assurer la défense de ses intérêts. Pourtant la classe politique relayée par les grands médias tous aux mains de grands capitalistes ne veut rien entendre de ce qui gronde. D'ailleurs en terme journalistiques on ne parle plus de mouvement ou de colère sociale, mais de "grogne". La revendication est réduite à un comportement animal dénué de toute réflexion, alors que la bestialité se trouve être la plupart du temps le fait des forces dites de l'ordre. Jamais un président de la République n'a été aussi impopulaire. On s'est débarrassé il y a quatre ans d'un crétin pour s'encombrer d'un nigaud. Aujourd'hui le favori de la prochaine élection est un septuagénaire dont le programme économique ultralibéral plongera encore plus de gens dans la détresse. On ne se souvient même plus que lorsqu'il était premier ministre, des millions de gens ont manifesté contre un projet de loi dont personne ne voulait à tel point que le Président d'alors a dissous le parlement qui lui était pourtant favorable, et fait perdre à son parti les élections qui s'ensuivirent. Ainsi, n'y a-t-il d'autre alternative en ce pays, que la peste ou le cholera. Pour nous divertir on nous jette en pâture le championnat d'Europe de football. À cette fin on a exonéré d'impôts sur les sociétés, l'UEFA et ses filiales françaises, au prétexte que les retombées de cette organisation sportive sont bénéfiques pour l'économie nationale. De quoi se plaint le populo ? Il devrait être content, avec tout ce qu'on fait pour lui. (Linked with Monday mural)

vendredi 10 juin 2016

Le Coin des Tanneurs


Voilà,
celle-ci a été prise il y a longtemps, en Septembre 1991, au Maroc, mais je ne me souviens plus dans quelle ville. Était-ce Tanger, Safi, Essaouira ou Marakech ? Je me rappelle simplement que cet endroit se trouvait dans le quartier des tanneurs et que l'odeur y était insupportable pour des narines occidentales. Après mon voyage au Pakistan, j'étais allé jouer "Fin de partie" de Beckett dans le centre de la France avant d'aller ensuite retrouver des amis en tournée avec un Molière au Maroc. A Tanger j'avais logé au Minzah un grand hôtel assez luxueux, et mangé un soir chez un riche marocain du majoun, une préparation à la fois euphorisante et légèrement hallucinogène à base de kif de miel de dattes de cardamone et de datura que sa mère avait confectionnée. C'est du soleil pour la tête avait dit notre hôte qui nous l'avait servi avec l'inévitable thé à la menthe. (Linked with the weekend in black and white).

mercredi 8 juin 2016

Très tôt dans ma vie


Voilà,
en consultant la page de Bobi-bobi, j'ai découvert cette citation de Marguerite Duras "Très tôt dans ma vie, il a été trop tard". On croirait presque du Raymond Devos, et c'est très surprenant. Margot, moi je l'aime bien quand elle est drôle. Son film, "Les Enfants" est d'ailleurs d'un humour très subtil. Mais bon, on ne peut pas dire que c'est par là qu'elle a souvent brillé. Plutôt par son narcissisme et sa prétention. C'est dommage que – surtout à partir des années soixante-dix – elle ait cru nécessaire de donner son point de vue et de pontifier sur tout et n'importe quoi de façon si péremptoire. A force, ça la rendait très déplaisante. Et puis parfois bien ridicule. Son interview de Michel Platini, oui le footballeur, était tout de même un sommet de sottise. Bien sûr on ne va pas réduire son œuvre à ça. Je me souviens en tout cas que c'était la coqueluche des universités, que les femmes des années soixante-dix l'aimaient beaucoup. À l'époque où j'étais jeune et beau et que je ne m'en rendais pas compte, deux filles m'ont même écrit des déclarations d'amour en margotdurassien. Mon intransigeance littéraire m'a peut-être fait rater de bons moments

lundi 6 juin 2016

D'une photo volée


Voilà, 
l'iPhone a ceci de formidable qu'il permet de faire des photos volées. Il remplit avantageusement les fonctions des minox d'autrefois. Je sais que cela peut, pour certains, paraître choquant, mais je n'ose pas aller vers les gens pour leur demander si je peux les photographier. Et puis, si par chance j'avais eu le consentement de ce monsieur, jamais je n'aurais pu obtenir cette expression. Je l'ai longtemps regardé. Je n'avais pas d'intention particulière. Et puis cette solitude, où il m'a semblé percevoir de l'égarement et aussi un vague effroi et une certaine tristesse, m'a tout à coup ému. De plus en plus souvent je regarde les vieux maintenant qu'a moi aussi comme Lear, il semble que les cieux ne sont plus dans leur prime jeunesse. À quoi pouvait il bien songer ? Était-il inquiet ? Son corps le faisait-il souffrir ? Avait-il du mal à dormir ? Songeait il à ses enfants ? Se sentait-il abandonné ? Avait-il le sentiment d'une vie remplie ? Avait-il donné de l'amour ? En avait-il reçu ? En réclamait-il encore ? Avait-il encore du goût pour le sexe ? Des mains caressaient-elles encore son vieux corps ? Etait-il fatigué de vivre et effrayé de devoir mourir ? J'en étais là de mes questions lorsque je fus dérangé de cette même façon qui souvent m'exaspère. Car prendre le métro ce n'est pas simplement s'affliger du spectacle de tous ces visages tristement résignés ou encourir le risque d'un possible attentat terroriste ; c'est aussi devoir subir ces affronts â la langue française que nous infligent régulièrement les messages d'alerte de la RATP. Ainsi de l'insupportable "le trafic est perturbé sur la ligne 6, cela fait suite à un incident voyageur" : un professeur d'autrefois l'aurait souligné d'un trait rouge associé à l'annotation "lourd". La formule s'avère systématique donc sûrement réglementaire et obligatoire. "En raison de" serait pourtant plus élégant. Mais bon, je ne vais pas me battre pour la sauvegarde de la langue française. En fait à l'heure qu'il est j'en ai plus grand chose à battre. Elle me survivra bien assez. Elle tiendra bien jusqu'à l'extinction de l'espèce ; je ne parle que de cette espèce le plus souvent braillarde chamailleuse et malpolie qu'on appelle les français qui depuis bien longtemps ne produit plus ni de grande pensée ni de grands stylistes. J'avais une correspondance à prendre. Je dus à regret abandonner ce visage à tous les fantômes qui semblaient le hanter. Mais durant quelques minutes, je l'avais éprouvé, lui que je ne connaissais pas comme mon semblable et mon prochain. Terriblement.

samedi 4 juin 2016

Sur la beauté encore.


Voilà,
J'essaie. Je fais des efforts. On m'a si souvent reproché mon pessimisme. De voir les choses en noir. C'est pour cela que j'ai recopié ce poème de Kenneth White, hier. D'ailleurs j'y crois d'une certaine façon. Sinon je ne photographierais pas si souvent des choses banales, presqu'insignifiantes. Mais il est inexact que la beauté soit partout. Il est certes possible de la trouver en des lieux inattendus. Mais pas partout. Dans ce camp de réfugiés dressé à la hâte, alors que Paris n'a pas connu de telles pluies en mai depuis que les relevés météorologiques existent, il n'y a pas de beauté. De la misère, de la saleté, de la puanteur oui. Pas de la beauté.


Quand ton œil croise par hasard dans un quartier relativement confortable, une affichette comme celle-ci  tu ne songes pas non plus à la beauté. Tu réalises que ton proche environnement se dégrade de plus en plus vite. Que l'Europe s'effondre. Que tu vis une époque historique majeure. Où les pauvres meurent de plus en plus souvent dans les rues, ici à Paris au début du 21ème siècle. Où les flics tapent avec une sauvagerie sans pareille sur des jeunes des vieux des enfants. Où des dirigeants corrompus veulent gouverner contre la volonté des peuples. Où la peur infuse partout. Où des fanatiques de tout poils veulent imposer leur loi. Et en dépit de tout cela, tu continues de croire en la Beauté

vendredi 3 juin 2016

The loveliness is everywhere


Voilà
"the loveliness is everywhere / even / in the ugliest / and most hostile environment / at the turning of a corner / in the eyes / and on the lips / of a stranger / in the emptiest areas / with no place for hope / and only death / to invite the heart / the loveliness is everywhere / it emerges / incomprehensible / inexplicable / it rises in its own reality / and what we must learn is / how to receive it / into ours (Kenneth White) linked with "the weekend in black and white"

jeudi 2 juin 2016

Stratégies intimes


Voilà,
dans la salle d'attente, quelqu'un, pour paraître désinvolte fait des plaisanteries à voix haute et rit très fort avec sa copine. Échanges furtifs de regard entre les autres patients. Certains tentent de dissimuler leur gêne en se plongeant dans un magazine, d'autres manifestent par une mimique leur agacement. Personne cependant n'ose lui demander de se taire. Je regarde sur mon smartphone la photo de ces fauteuils très laids que j'ai photographiés il y a peu dans un hôtel du Luxembourg. Moi aussi à ma façon je voudrais feindre l'indifférence.

mercredi 1 juin 2016

La Situation du Sujet


Voilà,
"Adoptant les outils de la sémiotique subjectale et discursive, l'A. propose une lecture sémiotique du récit de Blanchot en analysant le statut que l'instance énonçante peut avoir dans ce texte, et en soulignant la manière dont cette instance est mise en question. Par cette approche, l'A. peut traiter ainsi de la situation du Sujet par rapports aux actants du texte" Ah ben oui c'est sûr. 

vendredi 27 mai 2016

L'Injonction


Voilà,
Celle-ci je l'ai prise en pensant à Peggy Je crois vraiment que c'est un plan qu'elle aurait pu faire si elle était passée par là. Ce qui m'a plu bien sûr c'était la flaque mais aussi cette sensation de n'être pas tout à fait dans un paysage parisien. Ce quartier de la Gare Montparnasse, de la rue Vercingetorix, du pont Pasteur, violemment réurbanisé dans les années soixante-dix et quatre-vingts, m'attire et m'intrigue, avec son aspect agressivement minéral. Je regrette que le cinéma ne l'ait pas encore honoré. La banalité de cet urbanisme brutal dans sa stricte fonctionnalité suscite à la fois inquiétude et malaise. "Circulez, il n'y a rien à voir" semble-t-il nous ordonner. Mais bon, c'est une ville, qui existe, vivante. Et je ne peux m'empêcher de songer (sans doute en raison de la visite du Président Obama à Hiroshima), à cette chanson qui dans mon enfance me terrifiait. (The weekend in black and white). 

mardi 24 mai 2016

C'est du passé, la situation était différente

  

Voilà,
hier, sur Arte (ah oui, il reste au moins ça de gratuit et d'intéressant à la télévision) était programmé le premier film allemand de l'après-guerre "Les assassins sont parmi nous". J'en avais souvent entendu parler, par ma mère me semble-t-il, qui vivait en Allemagne au début des années cinquante (c'est là-bas que se sont connus mes géniteurs, tous deux appartenant aux troupes d'occupation françaises en Allemagne qui est ma terre natale). Cette période d'immédiate après-guerre outre-Rhin, m'a toujours intrigué, sans doute à cause des photos de ruines, que j'ai vues dans mon enfance, et en particulier celle de l'église du souvenir de Berlin que l'on a gardée telle quelle. Sans doute aussi à cause de ce film de Rossellini, "Allemagne, année zéro", que j'ai vu très jeune, je ne me souviens plus dans quelles circonstances. Mon existence est une continuation de cette guerre, c'est curieux quand j'y pense. La guerre au fond m'a toujours accompagné, hanté, pollué. Les deux, le Guy et la Yolande se sont trouvés sur les ruines de la seconde guerre mondiale, ils se marient, puis mon père va en Indochine huit jours après, il revient en Allemagne il assure sa postérité, puis part guerroyer en Algérie. ma mère le rejoint là-bas et m'emmène avec elle. J'ai évoqué ces années là, maintes fois (il suffit de taper sur le label Enfances). De retour en France, ce sont les garnisons de l'Est. Je fais connaissances avec les champs de manœuvres de Suippes, Mourmelon où le paternel continue de jouer à la guéguerre (c'est que les soviétiques sont à trois jours de char de Paris, dit on alors). Parfois on va visiter les champs de batailles de la première guerre mondiales, les alignements de croix, les ossuaires, ah les beaux dimanche. En 1964, pourtant, l'horizon se dégage on va vivre dans les landes. C'est beau, il y a le soleil, l'Océan, les lacs, les gens sont gentils, l'air est doux, je découvre le Rugby, il me semble que le bonheur est là, en tout cas quelque chose qui ressemble à la paix. Oui mais le soir il y a la télé, le Vietnam tous les soirs aux infos, le vieux refait sa guerre, se fait stratège, il connaît tous ces coins, il dit qu'à la saison des pluies les américains devraient bombarder les digues à Hanoï, quand est connu le massacre de My-Laï, il dit qu'on ne fait pas d'omelettes sans casser d'œufs et laisse entendre qu'il a lui aussi été amené à faire des choses comme ça. Tout ça sur fond de guerre froide et de bandes dessinées de SF qui se trouvent à la maison que je dévore et où il est toujours question de guerre. A dix-sept ans je rencontre la famille Tiry, qui m'ouvre les yeux sur d'autre choses, l'art, la peinture, le théâtre, le vin, la cuisine, mais je suis trop sali, déjà, trop pollué de l'intérieur, la paix, l'harmonie, la joie, j'ai du mal avec ça. Etrange encore, le premier grand spectacle où je joue, s'appelle "Prends bien garde aux Zeppelins" et c'est une évocation de la guerre de toutes les guerres, mon premier téléfilm est sur "la nuit de Cristal", quelques années plus tard je joue dans "Les derniers jours de l'humanité" de Karl Kraus... Mais bon je digresse, je digresse, je voulais parler d'un film. C'est très beau, très étrange, "Les Assassins sont parmi nous". Ce qui est curieux, c'est qu'il encore marqué par l'esthétique expressionniste des années trente (les ombres, les images désaxées, l'usage de la profondeur de champ, des contreplongées, l'abondance de scènes nocturnes, l'image contrastée), que Carol Reed, dans son film "The third man" lui aussi utilisera abondamment quelques années plus tard, comme si les fantômes de l'époque d'avant-guerre rôdaient encore dans ce monde ravagé.

lundi 23 mai 2016

dimanche 22 mai 2016

Digital Detox (un projet)


Voilà
je continue mais cela n'a plus grand sens, et je n'ai plus très envie d'ailleurs, ni trop la force. Je le fais pour me donner l'illusion que je tiens encore dans le chaos de ce monde où j'essaie de trouver du répit. Cela ne me satisfait plus. La sensation du temps désormais compté, et qui de plus en plus va manquer, la crainte que la fatigue dévoreuse d'énergie n'ait raison de moi, m'incitent à produire encore des images, mais je n'y trouve plus mon compte. Peut-être au fond n'est ce qu'une peur déraisonnable, mais il est tellement étrange cet état : la sensation d'être englué dans un présent dénué de toute perspective. Désormais je vis dans un presque monde. D'ailleurs est ce vraiment cela vivre ? De moins en moins en phase avec les choses je traverse la réalité comme un somnambule, et je passe de plus en plus de temps non à dormir mais à somnoler précisément. La fatigue est un territoire que j'arpente avec des façons de lémurien. Parfois comme ce dimanche matin un rêve absurde me sort du sommeil. Je passe chez quelqu'un devenu très riche et que j'ai perdu de vue depuis longtemps. curieusement, la porte d'entrée est ouverte donnant sur une sorte de sas, et une autre porte entrouverte au delà de laquelle je devine un vaste séjour. J'entends des cris d'enfants turbulents qui jouent dans la maison. Je sonne néanmoins pour avertir de ma visite que je pressens inopportune d'autant que je m'aperçois que je tiens à la main, un léger pantalon de coton bleu aux motifs imprimés africains, que dans la réalité j'ai récemment déchiré et converti en chiffon à poussières. Mais là dans le rêve il est dans son état d'autrefois, et c'est précisément alors que j'essaie d'enfiler la deuxième jambe que le propriétaire de la maison m'ouvre. Je m'excuse maladroitement en bredouillant - il est même possible que mon élocution ressemble à celle d'un chihuahua réclamant sa gamelle - de vagues et confuses excuses. Il me fait entrer. Il y a là ses enfants, sa femme. Ils ont tous l'air interloqués. Peut-être ai-je l'air de m'être échappé d'un asile. Je dis que si je dérange je peux aussitôt repartir. L'air embarrassé de mon hôte et le long silence qui s'ensuit me réveillent. Et c'est de nouveau le jour gris d'un mois de Mai qui ressemble à Mars. Je dois partir en train dans l'après-midi rejoindre une ville où demain je vais accomplir un travail inutile. Mon appartement est en plan, avec un tas de choses commencées dont je me demande bien si je les finirai un jour. Dans mon ordinateur, des centaines de brouillons, des images qui attendent leurs phrases, des phrases qui cherchent leurs images. Je regarde cela avec de plus en plus de circonspection. Parfois je songe qu'une petite citation suffirait à légender photos ou dessins et que cela serait aussi simple. Par exemple celle-ci de Beckett : "le soleil brillait, n'ayant pas d'alternative, sur le rien de neuf". Mais non même pas. Le soleil ne brille pas. Dehors il fait froid. Allez haut-les-cœurs. Je vais écouter Ella et Louis, cela me réchauffera. 
P.S. 
J'écris cela qui peut paraître triste ou mélancolique, mais dans la vie courante je suis assez souvent drôle plaisantin et même, oui, sans me vanter plutôt rigolo. Je connais des tas d'histoires (mes préférées sont celle de l'étudiant cévenol en anthropologie qui fait son premier terrain en Papouasie, et celle des trois rabbins et du chauffeur de taxi pakistanais à New-york), mais je suis incapable d'écrire comme Alphonse Allais, par exemple. C'est comme ça, entre l'oral et l'écrit je suis clivé, eh oui clivé.

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