Voilà,
c'est une fin de journée il y a quelques semaines ; en passant je vois ça sur le parvis de la Défense, ce sac à main géant, je ne sais pas ce que c'est, un décor pour une pub ou bien une sculpture éphémère. Juste avant je suis en train de me dire que je commence à en avoir vraiment ras-le-bol de toutes ces contradictions dans lesquelles je m'épuise, de tous ces compromis auxquels je dois consentir. Les pensées se mélangent, je songe aussi au hasard cette loi qui, selon un poète arabe, voyage incognito, en même temps qu'à toutes ces nouveaux mots insupportables qui font aujourd'hui florès, comme "le ressenti", le "vivrensemble", "l'empathie" mise à toutes les sauces, ou encore ces expressions à la con telles que "pas de souci", "on gère", "bonjour l'ambiance", "un truc de ouf", "être en mode ceci ou cela"... Les intuitions s'emberlificotent dans mon crâne, fusent sans qu'il ne me soit possible de les formuler : je réfléchis au marketing qui prend le contrôle autant des consciences que de l'inconscient collectif et laisse libre cours aux pulsions, je pressens que pour beaucoup il transforme l'existence en quelque chose de douloureux et la vie en commun en quelque chose de triste : le manque appelle perpétuellement sa satisfaction, mais faute d'être assouvi, n'engendre que frustration et névrose. Je gamberge aussi sur tout ce qui avance à bas bruit auquel le rythme médiatique est peu adapté : les conflits de plus ou moins basses intensité, les droits de l'homme bafoués un peu partout sur terre, les transformations écologiques, l'acidité des océans, l'accord commercial transatlantique en train de sournoisement se mettre en place, la lente dégradation des conditions de travail, mais je m'arrête quand même, devant cette scène, non parce qu'elle me semble insolite mais parce que ce que j'ai besoin de ne plus penser, de fuir en quelque sorte dans l'instant et de me réduire à cette infime fraction de présent qui s'offre à mon regard.