Voilà,
je pourrais, sur ce blog, m'en tenir à la stricte présentation d'instants qui m'ont capté, ou de certaines visions que j'ai cru bon figer sous forme de photos, sans pour autant y adjoindre un texte. Ce serait au fond, bien plus simple, moins chronophage aussi. Mais bon, j'ai besoin que des mots accompagnent les images. Non qu'ils m'inspirent confiance, les mots (j'en ai parlé
ici ou
là), mais s'ils sont souvent effrayants, malcommodes et parfois duplices, leur usage rassure néanmoins. Car, tant que je parviens à agencer des phrases cohérentes, à composer des paragraphes, à formuler des pensées, aussi sommaires soient-elles, cela signifie que je suis encore au monde, que j'y participe (même modestement),
que j'ai mon mot à dire, que je peux encore à peu près me situer dans le chaos ambiant sans tout à fait céder à la confusion.
Avec les images il arrive parfois que je me perde à dessein, comme dans ces reflets où, en un même temps et un même cadre, divers pans de réalité s'enchevêtrent. J'aime le trouble et la surprise que cela suscite, ce doux vertige pareil à celui que l'on peut éprouver au sortir d'un rêve. C'est pour de tels étonnements que je marche dans la ville au gré de ma fantaisie. Si je m'efforce d'écrire, au contraire, c'est souvent pour me contraindre, m'obliger à formuler le plus clairement possible ce que je peux ressentir ou penser. C'est ma façon de lutter contre la sensation de dépossession, de perte de contrôle que de plus en plus souvent je crois éprouver, et dont je redoute qu'elle en vienne peu à peu à me submerger. Ecrire pour aussi partager des points de vue, inventer des histoires dont j'ai peut-être besoin de me débarrasser, traficoter des dispositifs rendant la réalité plus supportable. Et puis encore, pour donner du relief à ce qui pourrait sembler ordinaire ou insignifiant, mais qu'une raison obscure ou indéfinie rend toutefois nécessaire.