samedi 18 février 2023

Mauvais film

 
Voilà,
franchement ces jours-ci, j'ai un sérieux coup de blues. J’aimerais pouvoir mettre un peu de distance, mais j’en suis incapable. Tout m’afflige et je suis en train de perdre pied. le matin je n'ai même plus envie de sortir de mon lit.
J'aimerais bien avoir l'inconscience de mes vingt ans. Me prendre un petit acide à la campagne, histoire d'avoir des extases mystiques, de faire un avec le cosmos, de me sentir dans un état sans mesure, traversé d'ondes, de particules ou bien feuille, lichen, poussière d'étoile, parler avec la fourmi, voyager dans l'écorce, me connecter aux racines, accepter l'étreinte de spectres bienveillants communier avec le grand-tout et autres foutaises comme ça. Mais à vingt ans mon inconscient était moins chargé. 
J'avais certes un bon petit bagage, amassé dans mon enfance algérienne qui ne m'incitait pas trop à l'optimisme concernant la nature humaine, mais tout de même, j'avais l'âge des illusions, et encore biens des fraîcheurs en moi qui rendaient solubles les angoisses. Je lisais de la poésie, les coïncidences me semblaient des énigmes à déchiffrer. Je croyais au mystère, aux connexions secrètes, à l'amour et aux forces de l'esprit comme disait Tonton. 
Les années ont passé en même temps que le monde s'est enlaidi, rétréci, et moi avec. Non seulement j'approche du bord, le sol devient friable, mais de plus en plus d'amis, de connaissances meurent. Question sérénité je ne suis pas au mieux. L'impression d'être sur une liste d'attente.
Non, peut-être que prendre un trip, à la réflexion, ne serait pas vraiment une bonne idée. Ou alors il faudrait qu'il soit très bon, pas speedé, avec une gentille doctoresse pour me tenir la main ou plus si affinités. Ou même à la rigueur une infirmière. Mais je crois qu'elles ont autre chose à foutre les doctoresses et les infirmières que de s'occuper de moi. C'est pas trop la fête pour elles non plus ces derniers temps. 
Et puis il y a toutes les choses que je ne peux pas ignorer, parce qu'elles sont là, elles sont là quoi ! Faut vraiment y mettre beaucoup de volonté pour pas les voir. La nuit, je me fais des mauvais films. Je rêve de choses effrayantes. On me poursuit dans des villes ravagées. Ils font comment les gens pour être bien dans leur tête ?  Pour ne pas y penser : feux de forêts et sécheresse au Chili, nappes phréatiques pas rechargées en France, tremblement de terre en Turquie et en Syrie, secours qui ne peuvent accéder à certaines zones, malhonnêteté des promoteurs et la corruption du régime d'Erdogan révélées par l’ampleur du désastre, histoires de ballons-espions chinois collectant des informations sur les sites sensibles américains, lâcheté des puissances occidentales ne soutenant l'Ukraine qu'en paroles, agissements des multinationales absolument pas à la hauteur des plans qu’elles annoncent pour réduire leur empreinte carbone, vents violents et abondantes précipitations sur l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande, l'idée de plus en plus répandue à Taïwan que la paix ne va pas durer longtemps, fort regain de climato-scepticisme sur les comptes français du réseau Twitter, troubles dépressifs en France pour un jeune sur cinq, manque de munitions en Ukraine alors que se profile une nouvelle offensive russe, pollution aux particules fines sur l’ensemble du territoire française, subventions de mille milliards accordées en 2022 par les États aux énergies les plus créatrices de gaz à effet de serre, soit le double de l'année précédente, déraillement à East Palestine, Ohio, d’un train transportant des produits toxiques, population inquiète des conséquences sanitaires de l'accident, annexion de territoires en Palestine par les colons israéliens avec neuf nouvelles colonies, répression en Iran qui continue et s'intensifie, record de fonte battu pour la deuxième année consécutive en Antarctique, "exode d’ampleur biblique" selon ses propres termes, prévu par l'ONU en raison de la montée des eaux dans les prochaines décennies, centrales nucléaires obsolètes et toujours en service et puis tout ce qu’on oublie d’évoquer car c’est sorti de l’actualité : les massacres impunis, les tyrans relégitimés à l’ère des mensonges exponentiels au nom de la real- politik…
Comme si ce n'était pas suffisamment le bousin sur terre, on s'aperçoit qu'autour de la planète c'est un peu dégueulasse aussi. Bien sûr il y a des gens qui essaient de trouver des solutions, du moins des aménagements. Steve Wozniak, par exemple. Le cofondateur d'Apple a créé une entreprise nommée Privateer. Son principal objectif est de proposer la prise en charge des centaines de milliers de déchets spatiaux en orbite autour de la Terre. Dans un premier temps, il s'agit de cartographier ce chaos qui tourne au-dessus de nos têtes, afin de rendre l'orbite terrestre basse plus cohérente et mieux exploitable.
L’aérodynamicien Moriba Jah, appelé à diriger cet ambitieux projet, a précédemment travaillé comme navigateur de vaisseau spatial au Jet Propulsion Laboratory de la NASA, ainsi que sur un certain nombre de projets d’exploration de Mars, notamment la mission Mars Reconnaissance Orbiter ainsi que sur le Mars Exploration Rovers, qui a envoyé Spirit et Opportunity sur la planète rouge. Expert dans la gestion des déchets spatiaux, il est en outre très engagé dans son domaine. Il compte au nombre de ceux qui, depuis longtemps exhortent l’humanité à veiller à la sûreté, la sécurité et la durabilité de l’exploitation de notre orbite afin de de laisser aux générations futures un ciel aussi propre que possible. L'entreprise dispose d'ores et déjà d'un impressionnant outil Wayfinder déjà en ligne qui permet de visualiser l'ampleur du problème. Soixante-cinq années, durant lesquelles au passage la population terrestre a doublé ont suffi pour en arriver là. D'une certaine façon c'est terrifiant. Quelque chose va bien finir par nous tomber sur la tronche.
On ne fera pas long-feu, c'est sûr. On ne battra pas le record de longévité des dinosaures c'est probable. Pour mémoire, les premiers hominidés sont apparus il y a neuf millions d'années, les dinosaures ont occupé la planète 170 millions d'années. 
A-t-on inventé des dieux pour à la fois se consoler et se punir d’être aussi cons ? L’humanité aurait du s’éteindre il y a 35 000 ans, à l’époque de l’art pariétal ça nous aurait évité l’affligeant spectacle de notre prétendue évolution. Si l’apothéose de l’espèce est, après tant de ravages écologiques et de massacres à grande échelle de se voir gouvernés par tous les pitres séniles et mégalomanes qui ces temps-ci décident plus ou moins de notre sort, alors mieux vaut-il peut-être en finir tout de suite et faire sauter toutes ces bombes fabriquées et entassées au cours de ces soixante-dix dernières années. Parce que tout de même l’objectif plus ou moins avoué c’est bien ça non ? Le suicide collectif comme rançon de l’hubris. 
Mais bon, les choses arrivent souvent autrement qu'on les imagine. Il est possible que le chaos prenne une forme singulière qu'on n'aura pas supposée. Quoi qu'il en soit, au milieu de tant d'anomalies, de dysfonctionnements, submergé par la conscience de tout ce qui nous menace, je ne peux avancer qu'abasourdi, c'est à dire littéralement saisi par l'absurdité de l'état présent du monde et des choses. Car l'homme a tout sali. Pas simplement son espace vital, mais aussi la mémoire de ses plus belles réalisations. Des reproductions d'œuvres d'art, des erzatz de musique autrefois composées servent désormais à vendre tout un tas de saloperies qu'on nous enjoint de consommer. Même les noms propres sont détournés. Picasso est un nom de bagnole, Wagner désigne une entreprise de mercenaires sanguinaires. Quand je pense que l’ouverture de Tannhauser qui illustrait l’arrivée de la nuit au planétarium du Palais de la Découverte fut mon sésame pour la musique classique… Well well…
Abasourdi oui pas mieux. Mais qu’importe. Dans ce chaos croissant qu'est devenu le monde contemporain le malaise de quelques européens vaguement tourmentés du XXI ème siècle, leur secrète inquiétude de ne pouvoir jouir plus longtemps de tant de futiles agréments – comme par exemple celui de la plainte –  offre juste le pitoyable spectacle d'une peu glorieuse tragédie virant la plupart du temps à la farce.

vendredi 17 février 2023

Un cadre mélancolique

Voilà,
c'est assez mystérieux la raison pour laquelle on saisit une photo au vol comme ça. Qu'ai-je vu exactement ce jour là, dans la grisaille de l'automne ? L'homme pressé ? l'oblique de la rampe et l'ellipse du trottoir ? L'impasse ? Je me souviens en tout cas que je n'étais pas particulièrement triste, mais que j'ai tout de suite eu conscience que ce cadre pouvait suggérer quelque chose d'infiniment mélancolique. C'est un étrange paysage que cette section rénovée de la rue de la mare. Je me souviens l'avoir empruntée pour me rendre de la librairie "l'Atelier" à la librairie "Le Monte en l'air"

mercredi 15 février 2023

En apparence

Voilà 

tout semble normal. Dans les rues, les transports en commun. Il y a même des femmes qui tricotent dans l’autobus. Des gens vont transpirer à la salle de sport, achètent dans les magasins. Ils boivent des verres dans les cafés. Quand ils sont seuls ils tapotent ou scrollent sur leur smartphone. Ils travaillent dans des bureaux. Commandent des repas rapides à la pause de midi que des cyclistes avec des glacières sur le dos déposent à la réception. On ne les voyait pas ces cyclistes bizarrement accoutrés, il y a, disons seulement cinq ans. Des artistes passent des coups de fil envoient des mails font des relance pour donner quelque visibilité à leur projet, des cadres suent sang et eau pour préparer une présentation. Des hauts fonctionnaires rédigent des rapports qui ne seront jamais lus, des sportifs passent des heures à soulever de la fonte afin d'être prêts pour une échéance importante. Les jours rallongent. La lumière change. L’anticyclone persiste. On craint une sécheresse pour les mois à venir. On prévoit déjà un été caniculaire. Les températures deviennent plus clémentes. Sur le bitume, encore longues, les ombres de l’hiver. Les nouvelles de l'Est ne sont pas bonnes mais ici tout semble encore normal. En apparence.

shared with  thankful thursday - little things thursday - skywatch friday -

dimanche 12 février 2023

Jardin d'hiver



 
Voilà
quelques années j'avais publié une photo de la Tour aux figures qui se trouve sur l'île Saint Germain à Issy-les-Moulineaux. Le centre Georges Pompidou expose cette maison-sculpture, intitulée "le jardin d'hiver" conçue par Georges Dubuffet. Voici ce qu'en dit Sophie Duplaix, sur le site internet du Musée : Si le jeu de construction énigmatique et hautement mental de « L’Hourloupe » rendait toute surface instable et résistante à la fixité du regard, tant les circonvolutions des tracés et le traitement des zones sobrement colorées faisaient danser la toile, il restait à prouver que ce système pouvait aussi bien fonctionner en volume. Aussi, dès 1966, naît la tridimensionnalité, avec des sculptures, puis des projets d’édifices, dont plusieurs prendront corps. Le Jardin d’hiver (Fasc. XXIV, n° 100) est, comme beaucoup de ces tentatives, né d’une maquette en polystyrène peint au vinyle, de laquelle a été tirée une autre en époxy peint au polyuréthane (toutes deux datées du 16 août 1968). L’agrandissement a été réalisé de juin 1969 à août 1970. Dans ce « jardin », où il n’est en rien question de nature et qui s’apparente plutôt à une grotte, à une caverne, le décor se résume à de simples tracés noirs sur fond blanc. Mais l’entreprise est complexe : le sol et les parois sont bosselés, cabossés, et les dénivellations ou accidents sont tantôt soulignés, tantôt contredits par les tracés. Par-delà la leçon donnée à l’œil, c’est une remise en question de la perception toute entière que proposent ces architectures méditatives. 

mercredi 8 février 2023

D'obscurs visages

  
Voilà,
en fait, les images n'ont d'autre fonction que d'apparaître. Il m’arrive d’en composer en agençant des fragments que je transforme. Je les regarde émerger avec autant d’étonnements que de curiosité. Elles m'inspirent toutes sortes de réflexions, pas toujours en relation avec ce qu’elles représentent ou suggèrent. Ainsi, cet après-midi j’ai songé au fait que nous étions particulièrement conditionnés par notre environnement. Ainsi, je me sens parfois très étranger à l'idée que les autres ont de moi autant qu'à l'idée que j'ai pu, en d'autres temps, quand j'étais autre que je ne le suis maintenant, me faire à mon sujet. Je me perçois moins comme une identité que comme un jeu de formes qui ne cessent de se modifier. Cette image, dans sa confusion et ses enchevêtrements, peut donc constituer une sorte d'autoportrait. Je m'y laisse vaguement deviner sans pour autant y être.

lundi 6 février 2023

Bar du 104

 
Voilà,
nous ne nous étions pas vus depuis longtemps. Était-ce la mort récente au cœur de l'été d'une relation commune qui nous a incités à nous recroiser ? Ce fut un déjeuner sympathique. Je regardais cet homme qui avait influencé le cours de ma vie, avec amitié mais en même temps je constatais qu'en dépit des années et de l'inévitable altération physique, il ne changeait pas. Il avait toujours autant de projets personnels de films et de spectacles qui jamais n'aboutiraient, mais en parler semblait lui faire du bien. Des années que cela durait. Toutefois il continuait de vivre confortablement en poursuivant sa carrière "d'acteur de second rôle" dans des films de cinéma ou de télévision plus ou moins prestigieux qui, outre de confortables revenus, lui assuraient reconnaissance et visibilité non seulement dans sa profession mais auprès du public. pour ma part, ça m'aurait suffi.
 Sans enfant, d'ailleurs au passage il me fit remarquer — comme il l'avait déjà fait vingt ans auparavant lorsque j'étais devenu tardivement père — que j'avais fini par "y passer" selon son expression non dénuée d'un fond d'ironie, il ne s'est jamais occupé que de lui-même, de son confort de son bien-être. Il est très représentatif de cette génération de baby-boomers narcissiques et hédonistes dont la vie à coïncidé avec les soixante dix années de paix relative qui (à l'exception de l'Irlande du nord, et plus tard de la Yougosavie) se sont écoulées en Europe occidentale. Même si c'est l'un des êtres les plus égoïstes que je connais, je ne peux m'empêcher de l'aimer bien, sans doute en raison des quelques aventures artistiques et professionnelles que nous avons vécues ensemble, et aussi de ce séjour à Manille en 1989, lorsque nous étions allés travailler au centre Culturel Philippin. J'avais alors la moitié de l'âge que j'ai maintenant. Et puis quand même, je lui dois mes premiers cachets de comédien.
Vers trente ans, il avait réalisé un merveilleux spectacle auquel j'avais eu la joie de participer. Le tout-Paris artistique était alors à ses pieds qu'il s'est ensuite pris dans le tapis, car il voulait faire à la fois, l'acteur au cinéma, et aussi la mise en scène de spectacles coûteux, nécessitant une grande mobilisation, et de soutiens dont il ne pouvait disposer. Bref il a finalement préféré faire l'acteur, où l'on est choyé, bien payé, et a continué de nourrir des rêves irréalisables. Et puis peut-être appartient-il à cette catégorie de gens qui trouvent plus de jouissance à dire "non" plutôt que "oui".
 Dans ce restaurant, il parlait, il parlait... particulièrement de ce nouveau projet qu'il avait en tête. Une adaptation absolument improbable au regard du budget que cela nécessite en ces temps de pénurie et d'incertitude, d'une pièce de Shakespeare rarement montée. Je le regardais, un peu médusé par ce flot de paroles (la concision n'a jamais été son fort), et ce débit frénétique qui l'avaient toujours caractérisé. Était-ce pour lui, une façon de tenir la mort à distance, de nier la vieillesse ? me demandais-je en regrettant ce que j'avais choisi sur la carte.  Mahlneid est le mot allemand qui exprime ce sentiment de convoitise pour le plat commandé par votre voisin de table au restaurant.

dimanche 5 février 2023

Montreuilloise


Voilà,
quelques mètres plus loin, une peinture murale fait l'éloge de la diversité en honorant les femmes de Montreuil. Quelques indications sur Montreuil pour mes lecteurs étrangers. Cette curieuse commune de banlieue est la plus grande ville Malienne, et celle où l'on trouve aussi une forte concentration d'artistes plus ou moins fortunés. Bref, une population de bourgeois bohèmes et de familles originaires d'Afrique noire et d'Afrique du nord, qui se côtoient jusqu'à présent en bonne intelligence semble-t-il.
Depuis une vingtaine d'années, la commune s'est considérablement gentrifiée et une vie culturelle très foisonnante s'y est développé. Elle dispose de nombreux petit théâtres et d'un centre dramatique national, d'un complexe de salles de cinéma très peu chères avec une programmation de qualité. On y trouve en outre quelques galeries d'avant-garde et de nombreux cafés et restaurants sympathiques. C'est un peu, pour Paris, ce que Brooklyn est à présent à New-York.

samedi 4 février 2023

Dormir pour oublier (31)

 
 
Voilà
bien sûr l'image parle d'elle-même, la tente, le sac de couchage à côté, avec un homme dedans qui pourrait tout aussi bien être un cadavre, la poubelle... Tout ça dans un même cadre, comme des poches où tout est réduit à l'état de chose, de rebut. Ce n'est pas cynisme de ma part, c'est juste un constat objectif de ce que nous inflige l'époque. Je ne me fais pas d'illusion. Ce billet suscitera peu de réactions. Mais tout de même, on nous parle de progrès, d'intelligence artificielle, de retarder l'âge de la retraite en raison de l'allongement de l'espérance de vie, de sobriété heureuse et consentie, de mobilité du futur, et ce que l'on voit dans les rues de la plupart des grandes villes occidentales ressemble à ce que photographiait Jack London dans le East End de Londres en 1902 et qu'il a décrit dans son livre "Le Peuple de l'Abîme". À Paris cela ne cesse d'empirer.
je ne peux que citer intégralement cet article de Laurent Greilsamer, publié en 2014 dans le journal le 1hebdo, mais qui demeure d'une consternante actualité : "C’est une tente très légère, idéale pour partir camper. On la glisse dans son sac à dos et le soir, après la randonnée, on la ­déplie derrière un rideau d’arbres. Un simple bout de toile, arceaux flexibles intégrés, montage instantané, comme le café. Poids plume, prix modeste. Longtemps, elle a représenté la ­liberté. Son nom exotique, Quechua, faisait rêver.  Et puis ces tentes ont quitté la montagne, déserté les vallées pour gagner les villes. Conçues pour être dressées sur l’herbe ou le sable, elles ont migré sur le bitume. Terminus, tout le monde descend ! Elles invitaient au voyage, les voilà comme échouées. On ne voit qu’elles alors qu’on aimerait tellement ne pas les voir. Leur discrétion est devenue ostensible. Une marque de misère, d’abandon et de régression. Car nous savons bien que sous les tentes, il y a des hommes. Un peuple de sans-dents, de gueux modernes campe sous nos fenêtres, et nous ne savons que faire. Ils survivent dans de micro-bidonvilles mobiles sous les arches du métro aérien, sous les ponts. Ils veillent en somnambules au pied de nos immeubles. La puissance publique laisse faire. La puissance est impuissante. Elle veut faire croire qu’elle garantit les libertés. La liberté de stagner. La liberté de crever comme un réfugié sans refuge." 
Je rappelle au passage cette promesse de Macron, qui ose tout, au point qu'on se demande s'il est juste un peu con ou si vraiment il se fout ouvertement de notre gueule. Ça date de Juillet 2017. "Plus de SDF avant la fin de l'année, c'est une question de dignité". 
shared with Rain's TADD

jeudi 2 février 2023

Tout juste un an (et aussi cinquante)

Voilà,
Sur l'invitation de l'amie Christine, j'étais venu faire une lecture dans un lieu culturel qui venait d'ouvrir dans ce village landais. Il ne faisait pas très beau ce jour-là, mais j'étais content d'être venu. J'aime beaucoup l'ambiance des stations balnéaires l'hiver. Surtout dans cette région où j'ai passé mes plus belles années d'enfance.
Sur la route Christine m'avait fait découvrir cette merveilleuse chapelle non loin d'Ychoux, et ensuite m'avait baladé dans ce territoire auquel elle est attachée, où se trouvent ses racines. Plus tard, en début de soirée Pierre, dont j'envie la bonhomie, le talent de conteur et le perpétuel optimisme, m'avait fait la surprise de passer (le secret avait été bien gardé) et cela m'avait fait immensément plaisir. Nous avons commencé à faire du théâtre ensemble dans la même troupe quand nous avions vingt ans. Nous nous voyons de temps à autre, mais trop rarement...
C'était il y a tout juste un an. Cela me semble pourtant si loin. Sans doute à cause de tous ces événements majeurs advenus ces douze derniers mois : l'invasion de l'Ukraine, les canicules, les grands incendies liés à la sécheresse et à l'imprévoyance des hommes. Le chaos en Centrafrique, la décadence de l'empire américain qui glisse vers une théocratie néofasciste, la montée des extrémisme un peu partout, ici aussi en France, la Chine belliciste... comme si tous les voyants passaient au rouge....
 
Et puis je ne sais pas ce qu'il se passe en moi. 
Ma relation au temps se transforme depuis peu. J'ai décidé de ne plus faire que ce qui m'intéresse et de ne pas perdre mon énergie à des activités qui m'ennuient ou me semblent dénuées d'intérêt. Je ne veux plus en faire qu'à ma tête. Je supporte de moins en moins les contraintes, les emplois du temps. J'ai besoin de grasse matinée, de plaisir d'amitié de chaleur, d'échanges qui élèvent, d'humour d'étonnements et de relations stimulantes. Je replonge dans la lecture et l'observation d'images. Je constate aussi que la communication contemporaine, me gonfle. J'ai l'impression de vivre dans un monde d'injonctions permanentes, dont il m'arrive pourtant de me rendre complice. Et j'ai de plus en plus de mal à gérer ces contradictions.
P.S.
Je viens de réaliser qu'il y a cinquante ans, jour pour jour, j'ai fait une rencontre qui a radicalement changé le cours de ma vie. Je me souviens que les températures du mois de février avait été très douces cette année là.

mercredi 1 février 2023

Apnée

 
Voilà 
ces derniers mois, j'ai beaucoup regardé un spectacle en train de se fabriquer. J’ai fait ce qu’on appelle « l’œil extérieur », métaphore qui m’a inspiré cette image dont je suis plutôt content. Mon rôle était de soumettre aux comédiennes qui l'ont conçu collectivement à partir de la proposition de l'une d'entre elles, quelques recommandations de jeu, parfois des suggestions de mise en place, de transitions d'une scène à l'autre. J'y ai pris beaucoup de plaisir parce que les actrices sont talentueuses, le texte d'une rare qualité, le sujet très puissant, et que les artistes qui ont contribué à la lumière, à la scénographie et au son offrent à cette réalisation un fort bel écrin.
Bref, je trouve que ça vaut vraiment le détour, et je recommande à mes lecteurs de la région parisienne de s'y rendre toute affaire cessante. Pour ceux qui viendraient aux six premières représentations je peux même proposer quelques astuces pour obtenir une réduction (il suffit de me joindre par le formulaire de contact sur ma page).

Apnée
Docu-fiction théâtral de Sophie Torresi


Du 5 au 28 février 2023, dimanche lundi mardi à 19h 

Les Déchargeurs 
3 rue des déchargeurs 75001 Paris - M° Châtelet 

Du 1er au 4 mars 2023 à 19h

La Reine Blanche 
2bis passage Ruelle 75018 Paris - M° La Chapelle

 
Réservation sans frais par tél au 01 40 05 06 96 ou par mail 
(avt 17h pour le soir même, et au plus tard la veille pour le samedi) - 
Réservation sur le site (possible jusqu'au dernier moment, 2€ de frais en sus)

Durée du spectacle 1 heure 

 

 

Présentation

La mère mange des pâtes avec Lucas, son fils de 14 ans, quand le pneumologue de l’enfant appelle. C’est l’histoire d’un coup de téléphone qui fait basculer l’existence. 
À qui appartient la maladie ? Qui a raison ? Qui a tort ? Qui décide ?
Porté par une mise en scène chorale, Apnée questionne la responsabilité de parent, la relation médecin /​patient, et le rapport du citoyen à l’institution.

Mentions
Texte : Sophie Torresi - Mise en scène et interprétation : Domitille Bioret, Violaine de Carné, Madeleine Mainier, Isabelle Saudubray et Sophie Torresi - Regard extérieur : Arnaud Carbonnier - Création sonore : Didier Léglise - Création lumière : Véronique Hemberger – Scénographie Alain Burkarth

dimanche 29 janvier 2023

Baudelaire sur un mur

Voilà,
en Octobre dernier dans le quartier de la Butte-aux-cailles, paradis des muralistes, où je me suis souvent attardé à la recherche de bonnes surprises, j'ai remarqué celui-ci assez récent légendé par un extrait de poème de Charles Baudelaire qui dit en substance ceci
 
je verrai les printemps les étés les automnes
et quand viendra l'hiver aux neiges monotones
je fermerai partout portières et volets
pour bâtir dans la nuit mes féériques palais
 

 
Je crois qu'il est peint sur un mur de l'ancienne école des Télécoms Paris qui va être aménagée en un nouvel "ensemble de logements intermédiaires pour des personnes de classe moyenne" ai-je lu quelque part sur le net, classe qui toutefois, tend à disparaître ces derniers temps dans Paris, et en France d'ici quelques années au train où vont les choses, mais c'est une autre histoire.

jeudi 26 janvier 2023

Divertissement


Voilà 
ici en Occident où la paix est devenue pourtant si fragile, beaucoup se réjouissent au spectacle de blockbusters où il n'est questions que de guerres de conspirations de ravages d'invasions de tentatives plus ou moins abouties d'exterminations. Comme si la réalité ne nous suffisait pas. Comme si se manifestait un désir — jusque là enfoui — qu'il n'y ait plus ni réel ni fiction, plus de vrai ni de faux mais de préférence, entre la nostalgie d'un passé enfui et la terreur d'un avenir qui sera tout sauf radieux, une perpétuelle et brutale hallucination qui tiendrait lieu de divertissement en se substituant à ce monde en passe de disparaître plus ou moins lentement.
Où n'est de joie possible sans que l'idée du désastre ne l'assombrisse, l'hallucination qui nous permet de saisir avec tant d'intensité la sensation d'une agonie ne s’affirmerait-elle pas, dès lors, comme la seule possibilité, dans un même espace, d'un partage collectif voire même d'une extase commune

mercredi 25 janvier 2023

Sous le ciel uniformémént gris

Voilà,
c'était l'année dernière au mois de Janvier. Sous le ciel uniformément gris, je marchais dans le jardin des Tuileries. J'allais retrouver une amie perdue de vue depuis longtemps, afin de visiter en sa compagnie une exposition consacrée à De Kooning, au musée de l'Orangerie. Levant la tête, la possibilité d'une photo géométrique, presque constructiviste s'offrit à mon regard. En même temps émergeait de ma mémoire ce malaise éprouvé dans les allées du jardin des plantes, un autre matin d'hiver, alors que je n'avais que quatorze ans. Une vague de tristesse et d'incompréhension m'avait alors submergé. Le lugubre spectacle des arbres squelettiques dépourvus de feuilles et si absurdement taillés en avait été la cause. 
Un demi-siècle après, la perspective d'un cadre précis, le projet d'une composition froide et rigoureuse, presque abstraite, opposant les courbes de la nature à la férocité sécatrice de l'homme, me préserverait d'un brusque accès de mélancolie. 

dimanche 22 janvier 2023

Nuages et papillons


Voilà,
non loin du rond-point Franklin Roosevelt, sur le trottoir de droite, lorsque l'on remonte les Champs-Élysées en direction de l'Arc de Triomphe, un vaste immeuble dont je ne me souviens plus ce qu'il abritait est actuellement en réfection. Une vaste bâche, très sobrement décorée de papillons en relief, le dissimule. Elle rappelle un peu, par sa blancheur et son élégance, celle que l'on a dressée sur la façade du futur siège de la maison Dior

samedi 21 janvier 2023

Les ombres du passé

 
Voilà, 
il y avait cette étudiante à la fac qui était en section théâtre, assez drôle, assez grande gueule, une brune racée, le type un peu espagnol. Elle avait beaucoup de quincaillerie aux poignets, des boucles d'oreilles des colliers. Elle posait d'ailleurs pour cette photographe très en vogue dans les années 70, Irina Ionesco, qui réalisait des images assez baroques, — un peu kitsch de mon point de vue — peuplées de femmes très fardées, parées de bijoux posant au milieu de décors chargés. Irina Ionesco avait aussi fait poser sa propre fille dès ses quatre dans des photos à caractère sexuel, que ne réprouvait pas la morale de l'époque. Cela suscita une plainte de sa progéniture au début des années 2000, et aboutit, je crois à un procès, mais ça c’est une autre histoire. L’étudiante – ça me revient – avait un nom désuet, vraiment pas en usage l'époque, un nom de ... oui c'est ça Viviane je crois, un nom de fée. Je me demande ce qu'elle est devenue.

(...)

J'ai consulté mon vieux répertoire de l'époque, — celui-là je ne le jette pas— dans lequel j'écrivais à la plume calligraphique les noms les adresses et les numéros de téléphone, et où parfois Agnès en rajoutait d'autres de son étrange et enfantine écriture, oui Viviane P. qui habitait rue Amelot, j'ai retrouvé son nom de famille... 
D'autres visages de cette époque ressurgissent confusément. il y a aussi tous ces noms, qui me rappellent des circonstances, des raisons d'avoir été inscrits, des moments précis, mais qui ne renvoient plus à aucun visage. 
Oui, certes  je rencontrais des gens qui me laissaient leur numéro de téléphone, mais souvent je ne donnais pas suite, j'étais trop introverti, les gens me faisaient peur (encore aujourd'hui, mais avec l'âge je dissimule mieux mon inconfort en société).
Je me suis souvenu de ce passage de Louis-Ferdinand Céline, dans "Voyage au bout de la nuit", "Dans l'obscurité il continuait à me parler pendant que je remontais dans mon passé avec le ton de sa voix comme un appel devant les portes des années et puis des mois et des mes jours pour me demander où j'avais bien pu le rencontrer cet être là. Mais je ne trouvai rien. On ne me répondait pas. On peut se perdre en allant à tâtons parmi les formes révolues, c'est effrayant ce qu'on en a des choses et des gens qui ne bougent plus dans son passé. Les vivants qu'on égare dans les cryptes du temps dorment si bien avec les morts qu'une même ombre les confond déjà.
On ne sait plus qui réveiller en vieillissant, les vivants ou les morts"  

jeudi 19 janvier 2023

Pas un pas de plus

 
Voilà, 
Il ne fera pas un pas de plus. Il ne cherchera pas à fuir son bourreau. Il se tient face à lui, déterminé. Il n'enlèvera pas les mains de son dos lorsqu'on le lui demandera. Il attend. Simplement. Sans rien laisser deviner de sa peur.  Il se rappelle ces moments lointains où tout semblait si clair. Le monde alors était à ses pieds. Il ny aura bientôt plus rien à saisir. Pas même les clés serrées dans son poing fermé, inutiles, à présent. Ce qu'il reste de portes n'ouvre plus désormais que sur du vent, des cendres, des fantômes.
shared with TADD

dimanche 15 janvier 2023

Pois et poupée

Voilà,
le bâtiment qui se dresse à l'angle de l'avenue Georges V et des Champs-Elysées, abrite le magasin Louis Vuitton. Une poupée géante représentant Yayoï Kusama chevauche l''immeuble depuis quelques jours. La façade de l’entreprise de luxe qui entretient avec elle un fructueux partenariat commencé il y a plus de dix ans déjà, est constellée de pois de couleurs, caractéristiques du travail de la plasticienne japonaise. Celle-ci a imaginé pour cette nouvelle année une collection de 400 pièces intitulée « Creating Infinity », composée d’éléments de maroquinerie, de parfum, d’accessoires…

samedi 14 janvier 2023

Une maladie me vidait de ma propre substance

 

 
Voilà,
je réalisais que, dans une réalité périphérique sûrement constituée d’un plus grand nombre de variables et de dimensions que celle-ci, dont ce rêve constituait en quelque sorte une chambre d'écho, j'étais atteint d’une maladie qui me vidait de ma propre substance. Quelque chose creusait mon corps par endroits. Une de mes fesses n'était plus qu'une gigantesque escarre purulente et sanguinolente. J'avais été en certaines surfaces, creusé, raclé. 
Des bouts de chair avaient disparu. Je n'étais plus que plaies vives. Étrangement, je ne souffrais pas. Cherchant à atteindre des parties de mon corps qui n'étaient pas des membres, (car de ceux ci j'avais encore l'usage) je m'apercevais qu'elles manquaient. Soudain l'angoisse d'avoir — sans que je n'en ai de souvenir —  en quelque sorte été mangé par une force inconnue, se transforma en douleur me ramenant à cette-réalité-ci. Une odeur d'ananas flottait dans l'air

vendredi 13 janvier 2023

Une épave

 
 
Voilà,
je scanne des vieilles pellicules. Je remonte le temps. Cette photo doit dater du début des années quatre-vingts. Je m’étais alors acheté un minolta un peu conséquent avec une partie de l’argent gagné sur le spectacle « Prométhée porte-feu » monté par André Engel pour le festival de Nancy. En ce temps là, il m’arrivait encore de passer de temps à autre chez mes géniteurs qui habitaient dans le Sud-Ouest. Au bord du sentier menant de leur maison à la rivière, il y avait cette épave d'une voiture construite avant la deuxième guerre mondiale. Elle est longtemps restée abandonnée là. Au début des années quatre-vingt-dix il en restait encore des traces. Au bout d’un moment les ferrailleurs ont fini par la désosser complètement.

jeudi 12 janvier 2023

Une autre ville

 
 
Voilà,
le nouveau quartier Europe de Lille. Notre époque. Récents immeubles de bureaux aux façades clinquantes. Sont-elles adaptés aux changements climatiques à venir ? La tour d’habitations résidentielle pour catégories socioprofessionnelles supérieures. La grille de protection qui ferme la nuit. Le livreur uber en vélo, parfait représentant du lumpen-prolétariat de ce début de siècle. Les descendants d’esclaves devenus les nôtres. Comme si de rien n’était. Une belle matinée ensoleillée. Un temps froid et sec comme j’aime. Plaisir de marcher dans une autre ville. Pourtant un journaliste russe de la chaîne officielle a déclaré qu’il fallait rayer la France de la carte du monde. Jeff Beck est mort. Une comète s’approche qui sera visible à l’œil nu. La dernière fois qu’elle est passée à proximité, la terre était peuplée de chasseurs cueilleurs.

mardi 10 janvier 2023

Dans le cabinet d'une doctoresse


Voilà, 
dans le cabinet d’une doctoresse ni belle ni moche et sensiblement plus âgée que moi, nous discutions depuis un certain temps. Bien que je fus venu pour une raison médicale, la conversation avait dévié sur le maoïsme et les utopies qui s’y attachaient alors, et dont, me confiait-elle, elle avait encore la nostalgie. Nous nous étions longtemps tenus assis côte à côte, légèrement de biais. Si j’avais remarqué la grande fenêtre d’un seul tenant qui était derrière elle, presque une vitrine, ce ne fut qu’au cours de la conversation que devant le paysage qui soudain m’était apparu, (sans doute avait il été précédemment dissimulé dans le brouillard) paysage où je distinguais un vaste cours d’eau bordé d’une verte forêt et des montagnes au loin, (ce qui me faisait à la fois songer à Ornans, le village de Gustave Courbet et à une région du Québec, où je ne suis pourtant jamais allé) ; devant ce paysage donc je m'étais alors bruyamment extasié, accumulant autant de clichés que de superlatifs, répétant souvent "c't’ incroyable, c't’incroyable" tout en éloignant mon fauteuil vers le fond de la pièce. Non sans une certaine précipitation d'ailleurs, je dois bien l’admettre.

lundi 9 janvier 2023

L' Avenir


 Voilà
Silence des ruines
solitaire un monstre guette
bave sur nos peurs
(Kaoru Tanaka)

(...)
 
et puis tout à coup je me suis souvenu de ça, et particulièrement de ce morceau sur ce disque que j'avais acheté en même temps que le premier album de Madness et le premier des B52's (c'était le jour des premiers albums), à la FNAC du forum des Halles qui venait d'ouvrir depuis peu. Je commençais tout juste à travailler au centre Pompidou... C'était fin 1979 Plus de quarante ans ont passé. Le corps a vieilli, mais il est encore vivant contrairement à celui de Terry Hall, le chanteur des Specials disparu depuis peu et qui ne fera plus le chien. 
Je suis toujours aussi largué, d'une façon différente, bien sûr, mais pas moins déconcertante. D'ailleurs de temps en temps je ne peux m'empêcher de faire le même genre de collages. Je ne sais si c'est le manque d'inspiration ou le besoin de passer un petit bonjour au jeune homme que j'étais alors. D'ailleurs j'ai de nouveau envie de me réfugier dans ma tanière et de n'en point sortir. L'hiver sans doute, pourtant pas très rigoureux pour le moment.

dimanche 8 janvier 2023

Cariatides et trompe-l'œil


Voilà, 
le cinéma "Le Mazarin" à Aix en Provence décline une série de trompe-l'œil, sur sa façade. Au dessus de l'entrée, ainsi que pour l'encadrement des affiches. Mais le plus remarquable tient à ses fausses cariatides représentant l'une Hitchcock (que je trouve très drôle) et l'autre Orson Welles, je crois.
 
 
 

vendredi 6 janvier 2023

Château de Saumur


Voilà,
cette photo j'ai du la prendre en 1992, je crois. Je l'aime bien parce qu'elle offre un angle tout à fait insolite depuis la falaise crayeuse, avec ce bout du château et le clocher de l'église Saint-Pierre en contrebas dont on aperçoit la flèche polygonale et légèrement vrillée.
C'est une ville où je suis souvent retourné au cours de mon enfance car mon grand-père habitait à proximité. Je n'ai jamais su comment ni pourquoi il avait débarqué là plutôt qu'ailleurs.
Je crois que c'est dans cette ville, en  tous cas dans cette région que je suis allé pour la première fois à l'école maternelle.
Vers douze treize ans un certain été, je me rendais seul en vélo à la piscine locale située sur la rive opposée de la Loire. J’y sautais depuis le plongeoir de cinq mètres et j’en étais très fier.
Je n'ai jamais visité le château je crois (ou alors je ne m'en souviens pas), ni les caves à vins Mercier, où l'on fabriquait du pétillant selon la méthode champenoise. 
La ville est connue pour sa célèbre institution militaire équestre "Le cadre noir", corps de cavaliers d'élite français, instructeurs à l'École nationale d'équitation. La doctrine du Cadre noir, fixée par le général L’Hotte au dix-neuvième siècle, est "le cheval calme, en avant, et droit" .
C'est une ville à laquelle me rattachent beaucoup de souvenirs et à laquelle je repense parfois avec des sentiments mêlés.  

jeudi 5 janvier 2023

Étrangement doux pour la saison

Voilà,
on verra bien si le vieil adage en vogue dans nos campagnes "Noël au balcon, Pâques au tison" se trouvera vérifié d'ici quelques mois. Cette photo a été prise le 31 décembre dernier, à la fin d'une semaine particulièrement douce pour la saison (mais il en était de même ici les trois dernières année à la même époque). Et aujourd'hui encore il fait 13°c. avec un ciel couvert, très gris.
 
 
Sur le grand bassin du jardin des Tuileries, les mouettes semblaient particulièrement paisibles et joyeuses pendant que les touristes assez nombreux cette année profitaient de cette ultime journée de l'année.
 

C'est donc un temps à promenade pour les paresseux de mon espèce. Mais si toutefois il ne pleut pas abondamment dans les semaines qui viennent, la sécheresse risque, dit-on, d'être terrible cet été pour les agriculteurs.

mercredi 4 janvier 2023

Il faudrait être capable...

 
Voilà,
il faudrait être capable de s’en tenir à cette sage résolution d’Henry Miller : « Ne pas dire un mot de toute une journée, ne pas voir de journal, ne pas entendre de radio, ne pas écouter de commérage, s'abandonner absolument, complétement à la paresse, être absolument, complètement indifférent au sort du monde, c'est la plus belle médecine qu'on puisse s'administrer. Il n'y a pas plus grande, plus extraordinaire bénédiction que l'absence de journaux, l'absence de nouvelles sur ce que peuvent inventer les humains aux quatre coins du monde pour rendre la vie vivable ou invivable. Si seulement on pouvait éliminer la presse, quel grand pas en avant nous ferions, j'en suis sûr ! La presse engendre le mensonge, la haine, la cupidité, l'envie, la suspicion, la peur, la malice. Qu'avons nous à faire de la vérité, telle que nous la servent les  quotidiens ? Ce qu'il nous faut, c'est la paix, la solitude, le loisir...»   
Cela exige de nos jours, une plus grande détermination encore, une aptitude au renoncement que je n’ai pas. Je redoute, chaque fois que je tente d’adopter cette ligne de conduite, d’être surpris par la violence du Réel comme ce fut le cas il y a huit ans ou encore ce matin de février, l'année dernière. Ce sont des temps où il faut se tenir aux aguets, sur ses gardes. Il faut retrouver les vieux réflexes, mais au fond les ai-je jamais perdus ? Tout cela m'épuise. A défaut de me "retrancher du cocotier de l'espèce", je voudrais être capable de me promener, plus souvent sans songer aux catastrophes qui ne cessent de se répandre sur le monde, juste flâner, et m'attarder parfois sur d'étranges reflets, sur des bouts de réalité insolites, comme ce jour là dans le jardin de la galerie de l'Institut, découvert un peu par hasard, un soir d'Octobre lors d'un vernissage où je m'étais invité.
De toute façon les années passent et je ressasse les mêmes conneries. Il y a trois ans déjà, les choses en étaient, pour ma part, sensiblement au même point. Anamorphose et poids du monde. Besoin de fuite aussi. Mais depuis, il s'en est tout de même passé, des trucs bizarres et un peu inquiétants. Je n'y suis vraiment pour rien.

mardi 3 janvier 2023

Marché de Montreuil

 
 
Voilà,
en Iran, depuis trois mois, chaque jour, au péril de leur vie, des femmes manifestent et s'opposent à la police parce qu'elles ont décidé de se libérer du voile et de réagir aux diverses formes d'oppression qu'exerce à leur encontre un clergé sénile et réactionnaire. C'est aussi une grande partie de la jeunesse de ce pays qui se rebelle contre les mollahs. Ailleurs, en Afghanistan depuis plus d’un an, les talibans interdisent aux filles d’aller à l’école et aux femmes de se rendre à l’Université. Alors je peux bien écrire que ça me casse vraiment les couilles de voir ce genre de choses ici au marché de Montreuil à une demi-heure en métro des Champs-Élysées et de la résidence du Président de la République.
Il y aura certainement, parmi les quelques lecteurs de ce blog, des gens pour s'offusquer de cet article, mais qu'ils sachent que je n'en ai rien à foutre car je déteste la bêtise de la bigoterie qui n'est pas simplement le fait de musulmans traditionalistes, mais aussi des juifs orthodoxes, des popes russes, des catholiques rétrogrades des évangélistes réactionnaires et j'en passe, en fait de tous ces trous-du-cul qui se permettent au nom de la religion de dire comment les autres doivent vivre. Et aussi parce que sous toutes les latitudes ce sont toujours les femmes les premières victimes de ces institutions patriarcales et rétrogrades.
shared with friday face off -

dimanche 1 janvier 2023

Next year's words

 
Voilà
“For last year's words belong to last year's language. 
And next year's words await another voice. 
And to make an end is to make a beginning." 
T-S Eliot 

Publications les plus consultėes cette année