vendredi 18 octobre 2013

Les pieds sur terre


Voilà,
sans doute l'aimait-il aussi pour cela : pour son honnêteté, pour sa franchise. Elle ne lui avait rien promis, lui évitant ainsi de s'illusionner. Certes, elle n'était pas amoureuse, plus exactement se refusait à cet état qu'elle associait à l'idée de chute et de dependance, mais elle l'accueillait souvent avec sollicitude et bienveillance, le désirait intensément parfois (après tout, les hommes doux ne courent pas les rues), et les tendresses et l'affection qu'elle lui prodiguait apaisaient autant qu'elles déconcertaient Damaso Torrontés. Contre sa peau toute une vie d'apparence semblait s'évanouir. Il renaissait à lui-même étonné que cela fut encore possible.

mercredi 16 octobre 2013

L'Adieu

 

Voilà,
aujourd'hui en l'église St Sulpice ont eu lieu les obsèques de Patrice Chéreau. En cette église, parce que Chéreau aimait venir y voir le tableau de Delacroix représentant "la lutte de Jacob avec l'Ange". Sur la place, indifférente à ce qui l'entourait, cette femme au cheveux rouges nourrissait des pigeons. C'était franchement répugnant. C'est ce que j'ai dit à M. avec qui j'étais à ce moment là. Je déteste les pigeons.


Il y avait du monde à l'intérieur et c'était bien, je veux dire c'était rassurant cette foule venue honorer un tel artiste. Penndant que Richard Peduzzi évoquait la mémoire de son ami et compagnon de travail, j'ai repensé à cet entretien avec lui diffusé dimanche soir (il commence à la 94 ème minute). Dix jours que les souvenirs se bousculent. J'ai du mal à me faire à l'idée qu'il n'y aura plus de spectacle de Chéreau à voir, que cette imagination ne produira plus rien qu'elle est morte imagination morte, qu'on n'entendra plus sa voix où la douceur se mêlait à l'incandescence. J'ai toujours connu le théâtre avec Chéreau. Son nom revenait toujours à un moment ou un autre dans les conversations des passionnés de théâtre. Il était comme l'étoile polaire. On s'orientait en le prenant comme repère. On pouvait ne pas être d'accord parfois avec ses options, mais voilà un spectacle de Chéreau même raté, était toujours plus riche d'enseignement que des spectacles réussis de nombre de petits maîtres. Simplement parce que c'était un génie. Ma première grande émotion dans un théâtre me vient de lui : je me souviens du Prince et d'Hermiane sur la passerelle au-dessus d'une fosse d'orchestre enfumée, de ce passage menant à cette clairière cernée par la nuit et les hauts murs du domaine, et la vaste forêt au-delà, oui je me rappelle l'émerveillement mêlé d'effroi devant la représentation de cette expérience où de jeunes corps en proie au désir reniaient leurs promesses. J'avais 20 ans, et ce qui se jouait là, dans "La Dispute" de Marivaux au théâtre de la Porte St Martin fut alors la révélation que le théâtre pouvait aussi avoir l'énigmatique densité d'un rêve et ouvrir sur des nuits peuplées de questions. J'étais donc là, et comme la plupart de ceux qui étaient présents, c'était un adieu à celui qui à un moment ou à un autre nous a enchanté, a nourri nos songes, ajouté de la beauté au monde et peut-être aussi changé notre façon de voir de penser ou d'éprouver les choses. Quand la bière a été transportée, les gens ont applaudi. Ils ont applaudi celui qui à jamais quitte la scène. J'aime bien qu'on applaudisse les gens de spectacle dans une église. C'est une revanche sur ces temps où ils étaient bannis et où on les enterraient de nuit dans la fosse commune. 


Dehors, alors qu'on chargeait le cercueil dans le corbillard il y eut encore des applaudissements. Une petite pluie fine tombait. J'ai alors pensé aux parapluies qu'on voyait dans tant de spectacles des années soixante-dix, à ceux de "Massacre à Paris" de Marlowe dont je n'ai vu que des photos... C'était fini. j'ai repensé à cette réplique du dernier acte de Richard II qu'il avait si magistralement interprété, "Apprends chère âme à regarder notre première condition comme un rêve heureux dont nous nous sommes réveillés, pour découvrir enfin notre condition véritable... Par une sainte existence, il nous faut regagner dans un monde nouveau la couronne qu'ici-bas nos heures profanes nous ont ravie"  et puis je me suis aussi souvenu de ce petit homme pathétique, que j'avais photographié il y a bien des années lors d'autres obsèques. Peut-être à présent étions nous nombreux à lui ressembler.


.... et pendant ce temps, évidemment, Jack Lang donnait une interview. C'est plus fort que lui, il ne peut pas s'en empêcher...
J'ai ensuite rencontré D. On est allé prendre un café "chez Georges" rue des canettes où je n'étais pas venu depuis bien des années. 
C'était sympa. Les enterrements finalement, ça sert à ça aussi, à rassembler la famille, à retrouver des amis qu'on n'a pas vus depuis longtemps...

mardi 15 octobre 2013

L'Aveu


Voilà,
me dit-il
"je n'ai su ni être autrement ni vraiment moi-même, toujours un peu au bord du cadre, comme si je n'avais jamais osé entrer tout à fait dans la vie"

dimanche 13 octobre 2013

Haunted


Voilà,
depuis quelques semaines je ne peux m'empêcher de songer avec peine à qui vit désormais des jours éprouvants dans la proximité d'un être que le malheur a foudroyé. Je voudrais pourtant ne pas avoir à y penser. Les cicatrices n'ont pas apaisé toutes les blessures. Les regrets parfois rôdent encore. Comme des spectres. De ça non plus je ne veux pas.

samedi 12 octobre 2013

C'est ça Paris


Voilà,
l'automne revient et le froid la grisaille
"le ciel si bas qu'on le croit au rez-de-chaussée"
 - c'est dans une chanson de Léo Ferré, mais je ne me souviens plus laquelle -
Mon cerveau aussi embrumé que ce paysage.
Le crâne comme une ruche
je voudrais fermer les yeux sans avoir mal
'shared with skywatch friday

vendredi 11 octobre 2013

Dévasté

Paris 14ème (1990)
Voilà
autant que la somme de tous ces hasards heureux ou malencontreux qui infléchissent le cours de la vie, nos existences sont aussi constituées de ces possibles que nous n'avons pas pu, pas su ou pas voulu investir en d'autres temps, et qui peut-être nous auraient fait différents.

jeudi 10 octobre 2013

Ailleurs partout nulle part


Voilà
il y a donc les maladresses, les noms oubliés et qui ne reviennent pas, les actions laissées en plan, la fuite dans les idées, les égarements qui chaque fois prennent une dimension plus angoissante. Les fausses routes aussi : il lui arrive de s'étouffer dans sa salive - et c'est comme si son souffle se noyait dans les poumons -, mais il peut tout aussi bien se perdre sur des chemins autrefois familiers. Les douleurs inconnues surgissent et les fautes d'orthographe ; d'étranges perturbations sensitives aussi : un parfum soudain venu de nulle part, un morceau de son corps qu'il ne sent plus ; déconcertantes aussi toutes ces paramnésies, ces réviviscences qui le fragmentent et l'éparpillent dans une sorte de temps quantique peuplé de fantômes...  Mais il y a aussi cette indifférence aux choses qu'il contemple parfois longuement sans immédiatement saisir la nature de la relation qu'il est supposé entretenir avec elles. Désormais il bivouaque dans cette lente et irrémédiable débâcle qui souvent prête à sourire et dont lui même parvient à plaisanter quelquefois. Alors dans la mesure de ses moyens il essaie de mettre un peu d'ordre dans ses affaires. C'est fou quand même ce qu'on peut en une vie accumuler de choses inutiles et comme on s'accroche, comme on s'accroche aux livres aux objets, comme s'ils étaient les dépositaires de notre existence.

mercredi 9 octobre 2013

Par un large score


Voilà,
dans ce vaste duplex aménagé dans un hôtel particulier, accoudé à la rambarde de la mezzanine et se livrant à son grand numéro d'artiste torturé incompris en proie à ses démons, le réalisateur n'a, d'après ce qui m'a été rapporté, cessé de traiter d'incompétent, de borgne, de sous-merde et autres noms de volatiles son chef-op si bien que celui-ci a fini par monter s'expliquer avec lui et qu'une brève bagarre s'en est suivie, assez vite interrompue d'ailleurs par les techniciens qui les ont séparés dès qu'ils en sont venus aux mains. Du coup une pause a été décrétée pour que chacun retrouve un peu de calme et de pondération, et c'est précisément à ce moment là que je suis arrivé. L'ambiance était tendue je suis donc allé retrouver les comédiens réunis dans une des chambres faisant office de loge. A voix basse chacun y allait de son commentaire, car beaucoup parmi eux avaient, tout comme moi, déjà travaillé avec le réalisateur au temps où il montait des pièces de théâtre. Untel a raconté que ce dernier avait chez lui une collection d'armes à feu mais aussi qu'il avait encore les peluches de son enfance disposées sur son lit, un autre a évoqué la fois où il s'était entaillé la joue avec un couteau à large lame simplement parce qu'un effet de lumière n'était pas arrivé à temps. Pour ma part j'ai préféré ne rien à dire, juste peiné qu'il puisse parfois se comporter de façon aussi conne, mais après tout c'est son problème, on n'est pas intimes. Et puis il y a eu cette grande fille blonde au visage assez quelconque mais très bien gaulée qui m'a proposé de la suivre dans la salle de bains. Elle a pris ma main, m'a serré dans ses bras, a posé sa tête sur mon épaule en murmurant "j'espère que tu viendras au pub avec nous". On a ensuite partagé une flasque d'alcool fort et ensuite je ne me souviens plus très bien, si ce n'est que je me suis discrètement éclipsé. J'y suis au pub, maintenant. Je n'y reconnais personne. Je me demande ce que je fais là, parce que je m'en rends compte à présent, je n'avais aucune raison de passer sur ce tournage. Je n'aurais peut-être pas du commander un alcool fort non plus, j'ai un peu les abeilles dans la tête. Au dessus du bar il y a une télévision qui diffuse un documentaire auquel je ne comprends strictement rien. Il y est question de l'Islande qui autrefois était une colonie française composée de quatre îles, une au nord de l'Angleterre, une autre dans la mer du Nord entre le Danemark et la côte britannique, et deux autres entre le Groenland et l'Ecosse que le gouvernement français de l'époque a complètement abandonnées. Parfois, un historien aux doigts jaunes et qui fume clopes sur clopes évoque les ravages d'une bactérie sur le paysage. Je me demande si ce n'est pas une émission des Monty Python. Je crois aussi que ce la fait un petit moment que je parle à la chaise vide qui est en face de moi lui faisant part de ma stupéfaction à me retrouver dans cet endroit où je me souviens avoir vu un extraordinaire match opposant les Springboks aux All Blacks, match que bien entendu les All Blacks avaient gagné par un large score en dépit de la résistance acharnée de leurs adversaires. C'est étrange j'ai aussi l'impression qu'on me regarde bizarrement, surtout le gros lapin qui vient soudain de se dissimuler derrière le pilier.

lundi 7 octobre 2013

S'adosser à la nuit


Voilà
l'ombre, l'a-t-on simplement choisie parce que la lumière ne voulait pas de nous ? On aimerait s'adosser à la nuit toute crépitante de questions, chuchoter avec les étoiles qui semblent murmurer d'heureux présages, mais non ce ne sont pas les étoiles juste des néons. Comme privé de langage on se cogne aux mots. Continuer pourtant comme un qui titube ivre de fatigue ne trouvant ni ses pas ni son chemin. Et chercher encore chercher dans toute cette confusion à donner forme acceptable à ce qui parfois nous traverse.  (première publication 7/10/2013) à 23:48)

samedi 5 octobre 2013

Vitrine du cordonnier

Rue Gassendi 75014 Paris
Voilà,
cette vitrine semble vraiment d'un autre siècle,
les bottes, les chaussures qui y sont exposées, cette écharpe
plus personne n'en porte de semblable de nos jours.
Un jour je passerai par là, et sans que je ne m'en sois rendu compte
la boutique aura fermé...

vendredi 4 octobre 2013

Passant, avenue du Maine


Voilà,
 comme cette ombre il n'aura fait que passer 
croyant encore durer lors même qu'il n'était déjà plus 

jeudi 3 octobre 2013

Surprise


Voilà,
ce matin rue de Rennes, de très fins cirrus, en bandes parallèles, ont attiré mon regard 
légers filaments comme délicatement brossés sur le bleu du ciel
où coïncident évanescence et apparition
ça valait le coup d'être dehors à cette heure là, 
dehors et vivant à cette heure là 
rien que pour ça
oui

mercredi 2 octobre 2013

Le livre ouvert par hasard


Voilà,
"le temps de trouver le sommeil, tu vas d'une pensée à une autre. Il y a les peurs, les projets qui n'ont pas abouti, dont tu attends qu'ils aboutissent, dont tu sais qu'ils ne vont probablement pas aboutir ; ils s'embrouillent, s'emmêlent et se séparent, créent des formes qui se dissolvent facilement, et se remodèlent autrement jusqu'à ce que tu en perdes l'enchaînement et que tu sombres dans un vide plein de grincements de bois, d'aboiements lointains..." ( Odysseus Elytis, "Vingt-quatre heures pour toujours")

mardi 1 octobre 2013

The Look



Voilà,
je viens de lire dans Culture Visuelle que "l'œil-fragment" c'est très tendance. Alors j'en profite pour caser cette photo prise il y a quelques mois dans les couloirs du métro.

lundi 30 septembre 2013

Terres d'asile

 

Voilà,
lorsque j'ai vu ça la semaine dernière dans une brocante, j'ai été à deux doigts de succomber à la tentation de les acheter. Ces images autrefois exposées dans les salles de classes me fascinent encore. Quoique rien ne soit à l'échelle, tout est cependant bien à sa place. Je crois que ces planches naïves et colorées (mais qui faisaient la joie du daltonien que je suis) me rassuraient autrefois. Elles représentaient un monde paisible, un monde irréel mais que j'espérais possible, un monde où la guerre n'existait pas, et où tout allait pour le mieux, Ces images masquaient certains souvenirs, et diluaient en quelque sorte l'inquiétude que ceux-ci avaient générée. elles appelaient la contemplation. J'aurais voulu me fondre dans ces paysages, y figurer, comme j'en ai eu le fort désir en certaines circonstances, être un de ces scouts, le petit pêcheur sus sa barque, un promeneur sur le port. Les regardant, je comprenais l'expression "sage comme une image"

dimanche 29 septembre 2013

S'obstiner, quoiqu'il en soit, envers et contre tout...



Voilà,
On se croise parfois à la sortie d'un théâtre, on se salue on se donne des nouvelles ... On se connait un peu mieux que de vue, on a sympathisé bien des années auparavant, mais on ne se fréquente pas vraiment quoiqu'on ait des relations communes. On se dit salut comment ça va, on papote un peu et puis bonne suite, à une prochaine, et un jour cette personne là qui ne passait jamais inaperçue, et dont l'apparition toujours faisait ressurgir les images figures et silhouettes d'un lointain été - c'était en 1990 à Lapleau, l'année de la coupe du monde de foot en Italie qu'on regardait à la télé au restaurant, de l'invasion du "Kovette" comme prononçait Mitterrand, de Bosko, de Pagès, de Damien, de Dominique et Blandine, de la maison sur la place partagée avec Éric, des heures passées a trainer l'après-midi au bord du lac, l'été de ce petit festival où on avait fait connaissance - un jour donc on apprend comme ça par un réseau social que cette personne vient, dans sa maturité, de quitter ce monde, que jamais plus on ne la recroisera, qu'elle aussi a succombé à cette maladie dont on ne dit pas encore qu'elle est une épidémie liée à tous les poisons qui se propagent dans notre environnement, notre alimentation. Et l'on réalise soudain que la menace se précise, que l'on commence à faire partie de la population des sursitaires. Alors oui, en dépit des doutes il faut s'obstiner, non pour laisser une trace, mais pour partager avec les moyens que ces temps proposent quelques moments quelques images. Ce n'est pas que l'on ait forcément toujours des choses sublimes à montrer ou à dire, mais au moins tant qu'on donne encore à voir, on donne et l'on est vivant. On dépose quelque chose de soi qui est aussi un monde en-soi. Bien sûr ce n'est pas grand chose, c'est dérisoire, mais c'est toujours ça de partagé sur cette planète où il est si difficile de trouver sa place et des complices. C'est juste un peu de rêve un peu de beauté volés à ce qui de toute façon allait vers l'oubli. Mais ailleurs il arrive que quelqu'un se reconnaisse s'y retrouve et laisse un signe. Et c'est bon de savoir qu'ils sont là : Colo sur son île traduisant des poèmes rares, BC arpentant les rues de Chicago à la recherche d'une bonne image, Murièle ciselant ses textes, Gracie aux antipodes, amoureuse de sa ville et Angel, Paco, Sophie, et encore Robert dans ses bois froids et solitaires et tous ceux qui font un signe, laissent un message parfois, et tant d'autres encore qui de là où ils sont, à leur façon tentent de réenchanter le monde...
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samedi 28 septembre 2013

Une maison abandonnée

 


Voilà,
soudain la maison de village où durant son enfance il avait passé quelques étés lui était soudainement apparue sans qu'il ne le réalise tout de suite. Il avait fallu un certain temps pour que son regard accommode cette ruine aux souvenirs qui s'y rattachaient : cette grand-tante qui n'avait jamais eu d'enfant et dont la compagnie était si douce. Les promenades avec elle le long de la voie ferrée, sur ce qu'elle appelait "le chemin vert". Elle s'installait sur son pliant et tricotait. C'est là qu'il avait appris à fabriquer des danseuses avec des fleurs de coquelicots. Il jouait aux petites voitures, ou bien dévorait son "Spirou" hebdomadaire qui était sa lecture de l'été. Il se souvenait des petits livres à fabriquer soi-même, de son grand-oncle qui lui avait appris à faire de la musique avec un peigne et une feuille de tabac à rouler, des excursions en micheline jusqu'à Niort pour aller au marché, et aussi de tous ces pots de fleurs dans la courette, du lait qu'il allait chercher à la ferme directement à l'étable, des bateaux qu'ils se fabriquait dans une écorce et qu'il faisait flotter dans le petit ru. Il était rentré dans cette bicoque. Le lit où ils dormaient était encore là. Quelque chose d'un monde ancien survivait... Des objets, rien que des objets abandonnés, et quelques lettres... première publication 28/09/2013 à 00:12


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vendredi 27 septembre 2013

Petit matin


Voilà,
il y avait eu cette promenade solitaire par un matin brumeux, sur la place Jemaa El Fnaa, avant que ne s'installe la foule des marchands et j'avais alors aimé ce calme alentour, cette fugitive sensation de quiétude intérieure et ce sentiment de légèreté éprouvé à n'être que de passage. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 25 septembre 2013

Envie


Voilà,
juste ça 
l'envie de boire un verre en terrasse
avec chips et cacahuètes
allez,  hop ! hop ! hop !
j'y vais

lundi 23 septembre 2013

Coffee shop à Walker St


Voilà,
c'est la première fois où elle m'a engueulé. Le jour où elle a acheté son minox. C'est à cause de l'achat du minox que ça s'est passé. Je voyais bien que le marchand ne comprenait pas tout ce qu'elle disait. J'ai voulu rendre service j'ai reformulé une de ses phrases à elle voilà juste ça. Putain qu'est ce que je n'avais pas fait ! Parfois mieux vaut fermer sa gueule, laisser les gens se débrouiller. Après dans la rue je me suis fait pourrir. Soi-disant je l'avais humiliée, à cause de ça elle n'oserait plus parler anglais devant moi, c'était un manque de respect de ma part, c'était incroyable de se comporter de la sorte etc... Bon là, pour sûr, j'avais touché un truc sans m'en rendre compte. J'avais beau m'excuser me justifier rien n'y faisait. Plutôt que de me faire chanter pouilles dans la rue, j'ai proposé qu'on aille dans un coffee-shop. Au moins on serait au chaud. J'ai poussé la porte de Exterminator chili, à l'angle de Walker St et Church St, et on s'est posés. Mais ça a continué. À voix basse, mais quand même ça a continué encore un peu... Ça commençait à bien faire ces conneries, ça va j'avais compris. C'était la première fois qu'on voyageait ensemble. On ne se connaissait pas depuis longtemps. J'ai alors pensé que peut-être lui avoir proposé de m'accompagner à New-York n'avait pas été une bonne idée. Elle était là en face de moi, elle récriminait... Et puis j'ai vu ce visage au dehors qui se penchait vers la vitrine pour y lire le menu. Je me suis excusé j'ai prévenu que je voyais un truc à cadrer que ça pourrait toujours donner quelque chose (bien sûr elle a dit ça ne t'intéresse pas ce que je raconte) et puis intérieurement je songeais que ça me ferait un souvenir (je t'écoute j'ai dit je peux faire deux choses à la fois), un repère. Ce moment voulait intensément devenir une image. C'est comme ça que ça se passe dans ma tête. Je n'y peux rien. A huit ans  — je n'avais lu ni Proust ni Pierre Dac, mais j'avais des intuitions —  je considérais déjà le présent comme du passé en devenir. Je dis ça aujourd'hui alors que précisément l'été n'est plus qu'un participe passé.
première publication 23/9/2013 à 00:30

dimanche 22 septembre 2013

Galets


Voilà,
cette photo c'est un secret partagé, et le souvenir d'un jour heureux. Et aussi une joie enfantine au moment de la prendre. Comment dit-on déjà ? Ah oui, un jour à marquer d'une pierre blanche... De pierre blanche, je n'en avais pas sous la main, mais quelques galets ont suffi pour donner le change. 

samedi 21 septembre 2013

Vache et rochers


Voilà,
non loin de l'île j'avais remarqué que les vaches étaient de la même couleur que les rochers, et j'avais absolument tenu à faire une photo. C'était l'année de la comète Hale-Bopp. Tout au long du chemin vers la Bretagne, elle avait été visible dans le ciel. (Linked with the weekend in black and white)

vendredi 20 septembre 2013

Le Reproche



Voilà
ce qui est écrit : une sorte de long travelling au bord d'une plage. Tu es là. Au début du rêve tu te tiens debout et tu observes l'océan avec un regard déterminé et perçant. Tu portes une sorte de manteau léger beige, mais ce sont tes yeux que je vois, c'est à dire que je vois tes yeux de près et ta silhouette à distance. Une phrase me traverse qui dit je crois "Comme tu te tiens droit comme tes épaules dominent ton corps et se redressent, un corps apaisé" prononcée doucement un peu à la façon de "que vous êtes joli que vous me semblez beau" dans la fable de La Fontaine, mais tu ne l'entends pas. Ensuite, il y a une sorte de hutte, très sommaire, qui bouge un peu. Image floue. Brume peut-être. Un bleu très profond, très gris aussi, un gris bleu quoi. Je te retrouve après et je te demande si tu veux venir nager avec moi dans cet océan. Je précise "elle est froide tu sais". Je suis persuadée que tu vas répondre non je n'aime pas nager je n'aime pas le froid je n'ai pas envie et là tu dis oui. Mais le rêve se termine avant que nous n'allions vraiment dans l'eau... Bien des années après, une femme évite de me parler, se détourne quand elle m'aperçoit. Elle avait pourtant semblé admettre comme tout à fait déraisonnable la perspective de me baigner dans ses songes. (linked with the weekend in black and white)

mercredi 18 septembre 2013

Embué


Voilà,
c'est une photo d'automne prise en juin dernier quand il semblait que l'été ne viendrait jamais et que mon objectif était tout embué. Mais aujourd'hui il fait de nouveau tout gris et pluvieux, un temps à rester au lit, à lire et somnoler. J'ai pris froid j'ai mal à la gorge. C'est comme si mon corps me disait que c'est déjà l'hiver. C'est moi désormais qui me sens embué, et je ne peux pas vraiment dire que j'ai quelque chose qui ressemble à un objectif. Pourtant j'ai encore envie de soleil, de chaleur, de filles qui passent légèrement vêtues. Mais les jours raccourcissent. Il va bientôt falloir de nouveau sortir les lainages, les écharpes, remiser au placard Tshirts chemisettes, et pantalons légers... C'est dingue, les saisons passent de plus en plus vite. Sensation parfois d'être emporté dans une spirale. Il y a comme un bruit d'évier qui se vide.

mardi 17 septembre 2013

Sentimental ?


Voilà,
la femme prend délicatement le visage de l'homme entre ses mains, le regarde longtemps dans les yeux, dépose un baiser sur ses lèvres, penche sa tête en arrière puis lui sourit. L'homme alors l'enserre longuement dans ses bras et elle repose sa tête dans le creux de son cou. Ils se tiennent là, sur le quai du métro, près de la paroi. Une rame passe puis une autre. Je reste moi aussi juste pour les regarder. Ils me rappellent le couple surpris à Guethary. Rien d'autre pour eux ne semble exister que la chaleur et l'intensité de cette étreinte. Un vieil homme usé, vêtu d'un pardessus fatigué, s'en approche, les observe un instant puis secoue la tête en signe de dénégation avant de rebrousser chemin. 

dimanche 15 septembre 2013

Bras de Loire



Voilà,
je ne sais pas si jamais je retournerai un jour ici,
cela me semble peu probable.
J'aime l'odeur de la Loire à cet endroit,
(juste en face, il y a l'île)
"cette froide et pénétrante odeur de vase et de poisson"
disait Julien Gracq
Pas loin, il y avait la maison de Florentine
qui parfois venait faire la sieste avec mon grand-père,
je l'aimais bien Florentine...

vendredi 13 septembre 2013

Trinquons avec les fantômes



Voilà,
il y eut des tentatives sans suite, des expérimentations stériles, mais qui des années après n'en conservent pas moins un certain pouvoir de séduction. Que cherchait on alors on ne sait plus trop. C'était une vie secrète, un peu fantôme. On jouait avec le feu et bien des choses avaient un goût de cendre. On laissait venir les apparitions, on flirtait avec les spectres et les sorcières. Mais on avait de si beaux refrains, si peu de comptes à rendre, Plenty of time with nothing to do / Give me new noise / give me new affection / Strange new toys from another world /I need to see more / than just three dimensions / stranger than fiction / faster than light....
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jeudi 12 septembre 2013

Une rencontre inopportune

Paris, 12ème arrondissement
Voilà
dans ce lieu qu'il ne connaissait pas, après quelques civilités d'usage, il avait renoncé à converser avec l'homme qu'il n'avait pas vu depuis longtemps. Discuter avec un alcoolique lui avait toujours paru délicat et même assez pénible au bout d'un moment. Ou bien craignait-il qu'il lui demandât des nouvelles d'une commune connaissance qu'il aurait bien été en mal de lui donner. Et puis sans doute aussi n'avait il pas envie d'évoquer la situation particulièrement désolante dans laquelle lui-même se trouvait. Le retrouvant, il avait soudain réalisé que les quelques images associées à sa présence, n'étaient pas très heureuses. Il les avait refoulées mais à présent elles remontaient. Ainsi, cet apéritif pris dans un appartement sale où l'homme vivait au milieu des livres et des babioles avec sa femme. Sur les murs jaunis par la fumée de cigarette la peinture se décollait par plaques en certains endroits. Il avait alors redouté de lentement décatir de la sorte parmi tout un tas de vieilleries dont il serait incapable de se débarrasser. Ensuite un repas partagé au restaurant avec eux pendant laquelle cette fameuse connaissance commune avait soudain quitté la table sans explication. Et puis ce tournage d'un film stupide dont il espérait qu'il ne demeure aucune trace, et un verre pris dans un café bruyant après avoir assisté à un fort mauvais spectacle...  De cette brève et inopportune rencontre il savait que ne resterait que le souvenir de cette maison jaune toute proche au pied du viaduc. Avec son lampadaire, la nuit, peut-être évoquait-elle un paysage d'un tableau de Delvaux si ce n'étaient, à l'abri du vent sous l'arche de pierre, ces tentes offrant un refuge précaire pour quelques sans-domicile-fixe.

mercredi 11 septembre 2013

Nage



Voilà,
quand Clément Rosset a évoqué le malaise qui l'avait saisi dans une crique des Baléares pourtant familière, je me suis alors rappelé ce moment de solitude éprouvé en rejoignant à la nage l'ilot Gosier. Durant cette courte traversée, une légère ivresse mêlée d'inquiétude m'avait alors gagné à l'idée que j'étais peut-être en train d'accomplir un acte au-dessus de mes forces, et qu'après tout je n'étais pas à l'abri d'une défaillance. Finalement l'îlot n'était pas aussi proche qu'il en avait l'air et les bateaux au mouillage plus éloignés les uns des autres que je me l'étais figuré. première publication 11/09/2013 à 00:47
 



Mais bon, une fois parvenu à destination, j'avais aussitôt eu envie de revenir à la nage, sûr que le courant me porterait. Et en effet, le retour avait été un jeu d'enfant et pris beaucoup moins de temps. J'en avais conçu par la suite une certaine fierté, me disant qu'après tout j'étais beaucoup plus robuste et vaillant que je ne me l'imaginais.

mardi 10 septembre 2013

Soir sur la dune

 
Voilà,
je me souviens, ce n'est pas un hasard si je me tiens en retrait, à distance. Je ne fais pas partie de la tribu. Je n'en connais pas tout à fait les rites. Je suis un étranger, là. Je ne suis que de passage. Cette image apparaît comme une image de bonheur, de quiétude, de paix. Les serviettes sèchent, les planches de surf sont suspendues. Mais quelqu'un manque. Cela, la photo ne peut le montrer. Quelqu'un manque à jamais. Je sais qu'il est impossible qu'en ce moment précis, dans ce groupe, quelqu'un ne songe pas, à cet absent qui se tenait autrefois parmi eux. (shared with the weekend in black and white - my corner of the world

lundi 9 septembre 2013

Midi pointe Est


Voilà,
rien de moins désirable que l'île de la Désirade en Guadeloupe, ainsi nommée paraît-il parce que, lors de la deuxième expédition de Christophe Colomb en 1493, ce fut, après 21 jours de navigation, la première terre aperçue par les marins qui s'exclamèrent "O île tant désirée". Pauvre en eau, peu propice à l'agriculture elle fut à son extrémité ouest un lieu de relégation pour délinquants de Grande-Terre et pour quelques nobles métropolitains. A la pointe est, à Baie-Mahaut, au début du 18ème siècle, une léproserie fut installée qui ne ferma ses portes qu'en 1952. S'y trouve aussi une station météo, aujourd'hui désaffectée. C'est là que j'ai pris cette photo. J'aime le contraste entre la rigueur géométrique de cet édicule et la rondeur vaporeuse du nuage. Et puis c'est aussi un petit hommage à Kertesz.

samedi 7 septembre 2013

Revenants


Voilà,
"il y a puéril en la demeure" murmurait une voix. 
Et sous la pâle clarté d'une lune aux abois, 
émergeant d'une brume où l'obscurité s'éparpillait en cendres fines, 
muets et hagards venaient à moi les enfantômes.
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vendredi 6 septembre 2013

Agencement


Voilà,
pendant que je me concentrais sur ça, je ne pensais à rien et c'était bon d'être tout entier dans cette surface qui n'avait de sens que pour moi. La peur et la colère s'effaçaient dans la couleur, je trouvais une forme pour me soustraire d'une possible démence. Sans avoir à parler je me débarrassais. J'ai retrouvé ce collage ancien que j'ai numérisé il y a quelques mois. Je ne peux m'empêcher de l'associer à cette image beaucoup plus récente. Je ne sais pas si c'est à cause du bleu. Comme si elles étaient sœurs, quoique procédant l'une et l'autre de deux intentions différentes. Celle-ci est une construction, l'autre un cadre glané par hasard, au petit bonheur la chance. Mais elles existent, elles sont au monde. Les voir me fait du bien. Elles sont comme une sorte de talisman, d'antidote, même celle-ci encore aujourd'hui. Elles me rendent la vie plus supportable. première publication 6/9/2013 à 00:53)

jeudi 5 septembre 2013

Alerte rouge

Polarelief (1990)

Voilà,
souvent j'étais hanté par des visions catastrophiques. Mes lectures d'enfance, les bandes dessinées d'E.P. Jacobs ou bien encore les brochures de Science Fiction éditées par Artima dont le géniteur était si friand, devaient y être pour beaucoup. Les reproduire tenait lieu d'exorcisme. Comme si "représenter" le malheur suffisait à en conjurer la peur à la tenir à distance. J'utilisais le format Polaroïd à l'intérieur desquels je composais des collages pour créer des "Instantanés de souvenir", j'avais déjà le goût de l'oxymore. Je réactualisais de vieilles images. Je passais le temps comme on passe l'éponge.


  

mercredi 4 septembre 2013

Your Life


Voilà,
muré dans le tourment de l’avenir on rêve d’un futur purgé de ses déchets. On voudrait respirer un air plus stimulant mais on n'en continue pas moins de macérer dans le dégoût de son espèce et l'aversion de son semblable. Difficile ainsi de s’accorder à ce monde si souvent séduit par la force et le mensonge et où tant de paroles semblent trempées autant à l’encre de la bêtise qu'à celle de la médisance. Pourtant c'est l'âme sereine qu'on voudrait se sentir, pareil à l'homme désormais sédentaire qui après une vie de voyages avance vers son achèvement avec la paisible certitude d'avoir donné un sens à son existence.

lundi 2 septembre 2013

Dormir pour oublier (13)

Paris, Place de Catalogne, 16 août 2013 au matin

Voilà,
"Le sujet SDF nous interroge nous préoccupe. Il nous convoque à un endroit qui, il faut bien le dire nous dérange. Il est notre semblable, et pourtant, il paraît lointain, insaisissable. Il symbolise l'étranger, le différent, l'informe et l'inquiétant. (...) Si la société pouvait être comparée à un appareil psychique, l'errant en représenterait la part archaïque, le Ça (...) Il actualise "le manque, la perte, la non-possession, voire la chute" in "L'errance psychique des Sujets SDF" de Franck Mathieu

dimanche 1 septembre 2013

Méduse


 

Voilà,
ce matin, en allant faire très tôt les courses, j'ai vu une méduse sur le trottoir et aussi une espèce inconnue de céphalopode bitumeux. J'ai aussitôt pensé au calamar de la rue Custine dont il ne me reste aucune trace, à Marie-Amélie Michel Odile Guy Laetitia Primo Pierre et Dany à "L'art tangent est il toujours aussi tangent dès qu'il est exposé dans un white cube ?", à l'atelier de Choisy et à tous ces bricolages farfelus qu'on y faisait alors, à la vie qui était la mienne à l'époque, au temps passé depuis, aux errances, aux amis perdus à ceux découverts depuis.
Ensuite, enfin un peu plus tard dans la matinée je suis allé à la fête de Ganesh dans le quartier indien, vers le métro La chapelle. Mais je ne suis pas vraiment parvenu à réaliser des photos intéressantes.


samedi 31 août 2013

Tables

 

Voilà,
sur une table, il y avait ses découpages, 
sur l'autre dans une boîte, les reliques de son été, 
cailloux et coquillages.
Un rêve est passé infiniment doux
qui murmurait des histoires d'un autre âge

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