mercredi 9 octobre 2013

Par un large score


Voilà,
dans ce vaste duplex aménagé dans un hôtel particulier, accoudé à la rambarde de la mezzanine et se livrant à son grand numéro d'artiste torturé incompris en proie à ses démons, le réalisateur n'a, d'après ce qui m'a été rapporté, cessé de traiter d'incompétent, de borgne, de sous-merde et autres noms de volatiles son chef-op si bien que celui-ci a fini par monter s'expliquer avec lui et qu'une brève bagarre s'en est suivie, assez vite interrompue d'ailleurs par les techniciens qui les ont séparés dès qu'ils en sont venus aux mains. Du coup une pause a été décrétée pour que chacun retrouve un peu de calme et de pondération, et c'est précisément à ce moment là que je suis arrivé. L'ambiance était tendue je suis donc allé retrouver les comédiens réunis dans une des chambres faisant office de loge. A voix basse chacun y allait de son commentaire, car beaucoup parmi eux avaient, tout comme moi, déjà travaillé avec le réalisateur au temps où il montait des pièces de théâtre. Untel a raconté que ce dernier avait chez lui une collection d'armes à feu mais aussi qu'il avait encore les peluches de son enfance disposées sur son lit, un autre a évoqué la fois où il s'était entaillé la joue avec un couteau à large lame simplement parce qu'un effet de lumière n'était pas arrivé à temps. Pour ma part j'ai préféré ne rien à dire, juste peiné qu'il puisse parfois se comporter de façon aussi conne, mais après tout c'est son problème, on n'est pas intimes. Et puis il y a eu cette grande fille blonde au visage assez quelconque mais très bien gaulée qui m'a proposé de la suivre dans la salle de bains. Elle a pris ma main, m'a serré dans ses bras, a posé sa tête sur mon épaule en murmurant "j'espère que tu viendras au pub avec nous". On a ensuite partagé une flasque d'alcool fort et ensuite je ne me souviens plus très bien, si ce n'est que je me suis discrètement éclipsé. J'y suis au pub, maintenant. Je n'y reconnais personne. Je me demande ce que je fais là, parce que je m'en rends compte à présent, je n'avais aucune raison de passer sur ce tournage. Je n'aurais peut-être pas du commander un alcool fort non plus, j'ai un peu les abeilles dans la tête. Au dessus du bar il y a une télévision qui diffuse un documentaire auquel je ne comprends strictement rien. Il y est question de l'Islande qui autrefois était une colonie française composée de quatre îles, une au nord de l'Angleterre, une autre dans la mer du Nord entre le Danemark et la côte britannique, et deux autres entre le Groenland et l'Ecosse que le gouvernement français de l'époque a complètement abandonnées. Parfois, un historien aux doigts jaunes et qui fume clopes sur clopes évoque les ravages d'une bactérie sur le paysage. Je me demande si ce n'est pas une émission des Monty Python. Je crois aussi que ce la fait un petit moment que je parle à la chaise vide qui est en face de moi lui faisant part de ma stupéfaction à me retrouver dans cet endroit où je me souviens avoir vu un extraordinaire match opposant les Springboks aux All Blacks, match que bien entendu les All Blacks avaient gagné par un large score en dépit de la résistance acharnée de leurs adversaires. C'est étrange j'ai aussi l'impression qu'on me regarde bizarrement, surtout le gros lapin qui vient soudain de se dissimuler derrière le pilier.

2 commentaires:

  1. Artística fotografía...también me gustaron mucho las fotos anteriores en blanco y negro, felicidades!!!

    Un gran abrazo!!! ;)

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  2. savoureux glissement :)
    à moins que ce soit la réalité qui relève du rêve...

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