dimanche 21 octobre 2012

Après toutes ces années



Voilà
ça serait bientôt fini cette affaire, un dernier petit tour et on n'en parlerait plus, c'était décidé. Ses jouets il allait les enterrer pour de bon. Bien sûr, Augustin Tannat aurait pu prendre la décision de les donner, cela aurait été plus simple. Mais il était de ceux qui persistent à croire que les solutions les plus simples ne sont pas toujours les meilleures. Et puis d'abord les donner à qui ? De nos jours les enfants préfèrent l'électronique. Non, ses jouets avaient une âme, une histoire. Ou bien une sculpture, il en ferait une sculpture ou un pied de lampe. En les soudant les uns aux autres. Oui un pied de lampe c'était pas une mauvaise idée. Ils seraient toujours là, mais autrement. Quoiqu'il en soit, il trouvait juste de les faire voyager encore un peu, une dernière fois, profiter de cette belle journée pour les sortir leur faire prendre l'air. De temps en temps il se retournait sur eux avec affection, il était content de leur offrir ce bonheur à son gros tracteur en plastique, à ses camions, ses engins de chantier, son semi-remorque son véhicule de pompiers et la voiture de police. Rouler sur une vraie route, quand même, c'était une belle récompense, non, après toute ces années ?

samedi 20 octobre 2012

Esplanade

Beaubourg Juillet 2011

Voilà,
il pleuvait dehors et ce type jouait avec son chien de l'autre côté de la vitre
pour obtenir cet étrange effet dû à la pastille collée dessus 
il a fallu tout de même attendre un petit moment que vienne quelqu'un 
c'est alors que de façon inexplicable 
est remonté le souvenir des lettres que Nietzsche écrivait depuis Turin
avant qu'il ne sombre tout à fait dans la folie

jeudi 18 octobre 2012

Le livre aimé


Voilà,
ce que j'aimais de ce livre, et que j'aime encore par delà les années, c'était moins son contenu que son principe, son architecture si singulière. Sa couverture, abstraite et colorée et tellement identifiable, représente des griffouillis. En son envers figure en négatif (blanc sur fond noir) la reproduction manuscrite d'un bref avertissement de l'auteur, à la fois exergue et incipit "tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman". Puis la page de garde, avec les remerciements, et derrière une photo de sa mère un peu floue, prise sur une plage où j'ai aussi connu des jours heureux. Vient le titre du livre qui est aussi le nom de celui qui l'écrit. Ensuite agençant textes typographiés en italiques et photos évoquant une époque révolue quelques pages inaugurent paradoxalement l'ouvrage sous le signe de son achèvement "Voici pour commencer quelques images : elles sont la part du plaisir que l'auteur s'offre à lui-même en terminant son livre". Cette première section s'achève par une photo de palmier sur la page de gauche, et sur la page de droite, d'un poème d'Heinrich Heine, précédé d'une métaphore liant le palmier et l'écriture. Page suivante, une photo : l'auteur en imperméable allumant une cigarette. Ensuite le corps principal du livre rassemble une suite de fragments, nettement détachés les uns des autres, classés par ordre alphabétique où sont répertoriés et analysés tous les sujets que son auteur a abordés tout au long de sa vie passée. C'est une sorte de reader's digest ou plus exactement de "'author's digest" qui est d'ailleurs au principe même de la collection dans laquelle ce livre est édité. Il y a là d'ailleurs une singulière mise en abyme (terme qui d'ailleurs et le titre d'un de ces fragments), puisque finalement l'ouvrage est une collection de texte brefs, se renvoyant les uns aux autres. Et à l'intérieur même de ces fragments, s'insère un autre en italiques, qui opère comme une rupture et rassemble de plus petits paragraphes suggérant des souvenirs "des choses vues".  On se plaît à rêver d'une édition électronique avec liens hypertexte dont l'auteur disparu trop tôt aurait sûrement fait un usage pertinent tant il semble adapté à son fantasme de "textualité". Parcourant aujourd'hui, ce livre, je le considère avec tendresse. Le style est ampoulé, précieux souvent amphigourique à cause de sa volonté affichée de faire "scientifique", inévitablement narcissique (l'auteur s'y désigne même parfois à la troisième personne du singulier sous ses seules initiales) maniéré donc, mais cependant traversé de fulgurances saisissantes ("sidérantes" aurait-il dit). Mais il constitue un objet au charme encore puissant et somme toute toujours aussi mystérieux. Enfin sur la troisième de couverture, toujours en lettres manuscrites blanches sur fond noir cette conclusion en forme de profession de foi :
"Et après ?
- quoi écrire maintenant ? pourriez vous encore écrire quelque chose ?
- on écrit avec son désir, et je n'en finis pas de désirer"

mercredi 17 octobre 2012

Encore une main



Voilà,
la main s'accrochait à la barre, le regard à la main. Il en serait ainsi : de cette personne croisée un bref moment ne resterait que ce détail, qui finirait par effacer le souvenir du visage, par en prendre la place, toute la place. Pourquoi la main à cet instant précis a-t-elle semblé sous cet angle digne d'intérêt ? Est-ce parce qu'elle n'apparaissait pas tout entière ? Une rêverie s'est-elle une fraction de seconde ébauchée à son sujet ? Fascination des mains, qui caressent, qui relient, qui tâtonnent, infatigables travailleuses, toujours sollicitées, des tâches les plus nobles aux plus basses besognes, mains si souvent secourables à celui où celle qui en est maître....

lundi 15 octobre 2012

Mais il habite une ville

Rue de Grancey, Paris 2012
Voilà
depuis longtemps il sait ce qu'être perdu veut dire et que signifie ne trouver ni sa place ni son chemin. Et quoique il sache désormais que tout cela ne se prolongera guère - car de ce qui le tourmente et le ronge, on ne guérit pas - Benjamin Chelois s'obstine encore cependant à essayer de faire bonne figure, comme si de rien n'était. S'agit-il, alors même que son présent n'est plus que l'attente solitaire et sans espoir des premiers signes programmés d'un inévitable délabrement, de laisser à ses proches un masque présentable ou bien est-ce manière de maquiller la honte de n'avoir produit que cela, une existence terne, médiocre, sans relief, quand autrefois l'avait gagné l'ivresse de plus hautes prétentions ? Il lui arrive encore d'errer dans les rues, de temps à autre, pour le simple plaisir de marcher. Mais il habite une ville et les murs trop souvent semblent raconter des histoires auxquelles il préfèrerait ne pas trop songer. C'est ainsi : les choses laides abîmées décrépites n'ont plus pour lui l'attrait qu'il y trouvait autrefois.

Rue de Turenne, Paris

dimanche 14 octobre 2012

Rêve de pierre


Burano (1984) 
 
Voilà,
on a beau saluer une statue, elle vous ignore.
C'est Lao-Tseu qui l'a dit.
À ce qu'il paraît.
C'était pas le derniers des cons Lao-Tseu.
À ce qu'on raconte

Linked with the weekend in black and white - friday face off -

samedi 13 octobre 2012

Mort d'un Yéyé

Châlons sur Marne printemps 1964
Voilà,
il y a deux jours Frank Alamo est mort. Les yéyés à l'époque se fabriquaient des pseudos ridicules à consonance américaine. Quand j'avais six ou sept ans une de mes chansons préférées était celle-ci. J'ai vraiment honte maintenant. Je l'associe à ces deux années passées à Châlons sur Marne rebaptisée depuis Châlons-en-Champagne c'est plus chic, et à l'apparition de la télévision chez mes parents. Ils avaient fait l'acquisition d'un téléviseur - c'est ainsi qu'on disait à l'époque - Grammont, et comme ils n'étaient pas sûrs d'aimer vraiment ce nouvel objet, ils l'avaient dans un premier temps loué (il fallait mettre des pièces dedans pour qu'il fonctionne). Très vite, ils sont devenus addicts. Les années qui ont suivi, la boîte-à-rendre-encore-plus-con est restée de plus en plus souvent allumée chez eux. Dans ces années là, il n'y avait qu'une chaîne d'État. Le jeudi à midi, c'était "la séquence du jeune spectateur", "les aventures d'Ivanhoé", un feuilleton que j'adorais "Aventures dans les îles". Les émissions d'Albert Raisner "Age tendre et tête de bois", et aussi, le mercredi soir, "La piste aux étoiles" de Gilles Margaritis, et aussi Janique Aimée le feuilleton qui passait le soir juste avant le journal télévisé. C'est à cette époque que j'ai eu le droit de regarder un film en entier le dimanche soir, parce que j'avais la rougeole. C'était "Johnny Guitar" de Nicholas Ray. Je trouvais que l'actrice principale Joan Crawford  ressemblait à ma mère. Je n'étais déjà pas très physionomiste à l'époque. Sur la photo, devant cette tente militaire qui faisait partie du paquetage de mon père pendant la guerre d'Algérie, je suis en compagnie de Marie-Claire Trichaut (en vêtements clairs) dont j'étais secrètement amoureux comme on peut l'être à cet âge. Je ne sais plus si elle aussi aimait "biche oh ma biche".

vendredi 12 octobre 2012

Empty space



Voilà
rien un jour pour rien pas d'envie pas de désir pas d'idée 
juste une vague sensation de creux d'ennui 
d'absence de perspective 
et cette basse fréquence obsédante 
qui n'en finit pas 
n'en finit vraiment pas de vibrer

jeudi 11 octobre 2012

Boucherie Rue Brançion


Voilà,
c'était à la fin des années soixante dix, les abattoirs de Vaugirard étaient démolis, mais il restait encore quelques boucheries chevalines aux alentours. Ce jour là vers midi, il m’a semblé apercevoir des fantômes suspendus à des crocs de bouchers. Modiano a très bien évoqué l'atmosphère des abattoirs de Vaugirard dans un de ses livres, "Des inconnues" je crois mais je ne suis plus tout à fait sûr. Comme pour certains de ses personnages tout se mélange un peu dans mon souvenir. (Linked with The weekend in black and white)

mercredi 10 octobre 2012

L'Aumône





Voilà,
son maître s'était absenté, et le chien a vraiment bien joué le jeu. Je me suis mis à sa hauteur, j'ai pris le temps de cadrer, et lui un peu cabot (ah! ah! mais que se passe-t-il donc je suis très en verve ce matin) a pris la pose, demeurant immobile un long moment. Rien à redire, beau travail le chien, tu l'as bien mérité ta petite pièce.  première publication 10/10/2012 à 9:23

mardi 9 octobre 2012

Regarder le mur, encore


 
Voilà,
on rêvasse, on veille à l'affût d'un indicible mystère, on voudrait traquer l’invisible pour le connaître ou mieux, pour qu’en surgisse le signe annonciateur d’une révélation qui abolirait la mélancolie. On aspire à se délivrer des anamorphoses de la pensée et des contradictions qui s'y enchevêtrent. Si du moins l'on pouvait comprendre tous les échanges secrets que celle-ci opère avec la nature.... On songe à tout ce qui a jailli de ce néant d'où la vie a émergé et où, irrévocablement, sans voix ni parole pour nommer ou appeler, on devra, on le sait, replonger tôt ou tard. Est-ce pour cela que, tel un fantôme, toujours en retard sur le mystère de l'idée naissante, on continue de se tenir à la lisière de soi, soucieux de saisir avec de trop misérables mots ce qui, à peine apparu, à peine constitué fuse et fuit aussitôt ? Peut-être que l’origine de la tristesse, c’est juste ça, ce pénible et permanent commerce avec le langage, cet ardent désir toujours contrarié de vouloir à toute force, en dépit de tout, s’y retrouver quand on ne peut que s’y chercher et s’y perdre. Vient un moment où, tandis que le Temps s’éparpille et se répand comme une tâche, l’on regarde le mur avec résignation. Alors, empli de la nostalgie du vide, du pur du clair de l’innommé, on se demande, s'il sera possible un jour de demeurer enfin dans la paix des choses..
(première publication 9/10/2012 à 12:00)

lundi 8 octobre 2012

Vente détail


Voilà,
parfois une sorte de sidération me saisit lorsque je m’attarde devant une façade ou à un coin de rue. Ainsi de cette vitrine, aperçue, au début de ce siècle, un matin, à Marseille, alors que je regagnais la gare St Charles pour y prendre un train. Elle suscita une sorte de nostalgie pour un temps qui avait existé sans ma présence, au point que j'en conçus presque le regret de n'y être pas né. Cette modeste devanture avec sa banalité quotidienne et son absence d’événement exigeait malgré tout de survivre. Aujourd’hui je pense à Jacques qui, lorsque ce cliché fut pris, était encore de ce monde, pouvait marcher, sortir et passer devant ce magasin pour se rendre à ce restaurant où je l'avais une fois accompagné. (Linked with the weekend in black and white - - weekend reflections)

samedi 6 octobre 2012

Portrait de groupe avec femme assise

Arrivée du tour de France, Champs-Élysées Paris 1983
Voilà,
les circonstances exigent qu'un peu d'ordre soit mis dans les photos. Celle-ci - assez réjouissante - à garder. Il y en a plusieurs comme ça, de gens debout sur des bancs assistant au défilé ou à l'arrivée du tour de France cycliste. Il est probable que ceux-ci doivent à présent être bien vieux et même pour certains bien morts. La représentation de personnes en train de regarder intensément quelque chose, ou bien en position d'attente m'a toujours paru très photogénique et porteuse de sens. Ce qui fascine là, c'est l'unité physique de ce groupe qui en même temps n'en est pas un puisque aucun des protagonistes ne regarde vraiment dans la même direction. Cette petite et éphémère communauté raconte quelque chose de l'humanité en général. Le hors-cadre pourrait être une métaphore du futur. On regarde ailleurs, on se projette plus loin, et c'est à peine si l'on se rend compte de ce qui advient au moment présent, ou bien on ne veut pas le voir.
Cette année là, le vainqueur de la grande boucle fut Laurent Fignon. Un coureur blond qui portait des lunettes. Il sprinte à présent dans l'Outremonde. Il est mort jeune, il y a un ou deux ans des suites d'un cancer vraisemblablement causé par les produits dopants que son organisme avait dû absorber durant sa carrière sportive.
shared with Paris in July

vendredi 5 octobre 2012

Café Hafa

Tanger, Café Hafa 1991)
 
Voilà,
ce matin— je ne sais pourquoi — j'ai repensé au café Hafa, et aussi à G. qui était il y a peu de temps là-bas au festival de Jazz et que j'aimerais tant revoir. Je me suis souvenu du chien sur le toit, de l'homme paisiblement assis face au détroit, mais aussi de cette imperceptible langueur d'arrière-saison, quand l'été semble s'attarder sur les terrasses, que le soleil décline à l'horizon et que les effluves de menthe et de kif se mêlent à la douce fraîcheur de la brise marine. (première publication 5/10/2012 à 11:36)


jeudi 4 octobre 2012

Deux Irlandais

Londres 1976
Voilà,
j'ai toujours supposé que ces deux hommes étaient des irlandais. Je n'ai aucune raison objective de penser cela, mais pour moi ils resteront toujours les deux irlandais sur un banc. Je me souviens à l'époque - c'était après le deuxième choc pétrolier - avoir, au cours de ce bref séjour, souvent, juste pour le plaisir de la marche, erré sans but dans la froide grisaille de cette ville sinistrée par la crise et abominablement triste. J'avais alors un vieil appareil photo allemand à visée reflex sur lequel était gravé exa, et en-dessous Ihagee Dresden. J'utilisais un objectif fixe de 50 mm. Linked with the weekend in black and white

mercredi 3 octobre 2012

La mare, l'église

 

 
Voilà,
encore un de ces "lieux poignants" ; c'était autrefois un coin paisible et une possibilité de bonheur, de retrait. Mais là-bas, depuis, l'agriculture intensive a tout sali, et pollué les alentours. Ceci est l'image d'un monde aboli. Il n'a suffi que d'une trentaine d'années. Je me souviens que pendant les vacances, j'allais, adolescent, demander à la propriétaire de la ferme voisine - une très aimable dame -, la lourde clé de l'église presque désaffectée, pour pianoter sur un vieil harmonium à bout de souffle. Et là, dans l'odeur de poussière et de salpêtre je m'essayais solitaire à de sommaires et maladroits accords. Temps suspendu ; s'évanouissaient alors peurs et incertitudes. Et douce était l'illusion d'avoir toujours appartenu à ces murs.
première publication 3/10/2012 à 9:56

lundi 1 octobre 2012

Perspectives


Voilà,
cette nuit je crois que j'ai trouvé de nouvelles pistes à explorer. Peut-être un excès d'optimisme dû à cet état second suggéré par l'insomnie, semi-veille où pas encore tout à fait conscient, mais trop cependant pour retrouver le repos du sommeil, je m'efforce, en dépit de la fatigue, d'optimiser cet état. Comme souvent dans ces circonstances, je vais bidouiller des images sur mon ordinateur, tenter quelques expériences ou simplement mettre de l'ordre dans mes fichiers. De toute façon aujourd'hui était programmé comme un day off. Ce qui ne veut pas dire grand chose dans ma situation. De nouvelles pistes à explorer, comme si j'en avais les moyens... Il est à présent midi, je n'ai rien fait d'autre que me réveiller. Le temps passe trop vite en ce corps devenu très lent. Je tourne mes yeux vers le ciel. Les nuages m'apaisent. 

dimanche 30 septembre 2012

Les Lieux poignants

 

Voilà
je ne sais plus où j'ai entendu parler de ça, dans une émission de radio peut-être, à moins que je n'ai rêvé cette expression. Il était question des "Lieux poignants", ceux qui ne vous lâchent pas et reviennent parfois à la mémoire sans raison particulière. Non qu'au moment où l'on s'y trouvait on eût a révélation que la vie était d'une stupéfiante densité — ce qui peut arriver bien sûr — mais, souvent sans charme particulier, d'une grande banalité et en apparence totalement dénués de sens, leur souvenir s'immisce néanmoins dans certains moments d'ennui, au détour d'une phrase ou sur un chemin d'habitude cent fois refait. Je crois que c'est une des raisons (mais peut-être aussi à cause de cette boîte en fer blanc dans la bibliothèque familiale où s'entassaient des photos évoquant des lieux et des périodes d'un monde où je n'étais pas même une possibilité) une des raisons donc, pour lesquelles m'est venu le goût de la photographie. Certains clichés disent juste ceci : au lieu même de cette insignifiance —qui peut-être émergera plus tard par intermittence— quelque chose est en train d'advenir pour moi. Autant le fixer, le transformer en image, afin qu'il n'encombre pas la mémoire. (Shared with the weekend in black and white - Rain'sTADD  -

jeudi 27 septembre 2012

Ciel

 
Voilà
hier fin d'après midi sur Paris
rainbow à l'est et ce ciel vers l'ouest presque jaune 
si surprenant 
entre deux ondées

mercredi 26 septembre 2012

Père et enfant


Voilà
il y avait ce geste universel, empreint d'une grande tendresse : attentif, précautionneux, un père accompagne et guide son fils dans ses premiers pas. De ces deux corps délicatement liés en un temps partagé qui n'appartient qu'à eux, il y a le miracle de tous les commencements. Se tenir debout, marcher. Cette conquête si merveilleuse à éprouver, cette sensation de puissance qui en résulte, nous lie à nos origines, à notre animalité première, à nos lointains ancêtres de la préhistoire qui après bien des efforts peut-être, se sont aperçus qu'ils pouvaient enfin se dresser. C'est ce geste là qui nous fonde et de toutes les autres espèces, nous distingue comme la plus inventive, mais aussi la plus cruelle la plus rusée et la plus prédatrice. Mais cela c'est une autre affaire. Vingt ans ont passé depuis cette image où la douceur des corps contraste avec l'agressive monumentalité du lieu qui cependant les protège et exalte ce qui donne un sens à leur existence. L'homme et l'enfant sur les marches de la grande mosquée d'Islamabad, que sont-ils aujourd'hui devenus, dans les soubresauts d'une époque confuse et, sous ces latitudes, particulièrement sanglante et agitée ? (Linked with the weekend in black and white)

mardi 25 septembre 2012

le dernier rivage


Voilà
elle envoie des photos de jardins florissants, évoque l'odeur des frezias qui persistera jusqu'à Noël. Elle écrit depuis les antipodes, au Sud-Ouest de la Terre et se réjouit du printemps qui commence en cet ultime rivage, Ici la grisaille gagne peu à peu. Et la morosité, sur ce vieux continent exténué par les crises. L'été est vraiment fini. Il aimerait tant, comme elle, demeurer à l'écart, ailleurs, au soleil, oublieux des convulsions de ce monde dont imperceptiblement il prend peu à peu congé. 

samedi 22 septembre 2012

Inhabituel



Voilà
quelque chose de tout à fait surprenant (jamais encore vu dans les parages) aperçu tout à l'heure. Pourquoi avaient-ils choisi de s'installer là, en fin d'après-midi, sur ce trottoir étroit, dans cette rue peu large et très passante, alors qu'il y a une place non loin, et même un petit square ? J'étais pressé, je n'ai pas eu le temps de m'attarder. Une photo prise à la sauvette. (première publication 22/09/2012 à 22:05)

vendredi 21 septembre 2012

Déjà l'automne


Voilà
l'été radieux dans le printemps de la vie
un battement de paupière et tout s'évanouit
joies éphémères châteaux de sable
déjà l'automne

 

 

mercredi 19 septembre 2012

Sérendipité

  
  
Voilà,
encore un effet de la sérendipité, - cela m'arrive assez fréquemment ces derniers temps - ; cherchant  certains dessins dans une armoire, j'ai retrouvé quelques fascicules confectionnés pendant la seconde moitié des années quatre-vingts. L'un s'intitule "Les écrits clandestins" (sous-titré les brouillons d'un graphomane), pages pleines de "signifiant sans signifié" comme aurait dit Roland Barthes, et l'autre "Les montreurs de Change" (référence aux "diseurs de change" évoqués en quelques très émouvantes pages du magnifique livre de Ian Watson "L'enchâssement").  Ce sont des graphies et des dessins réalisés voici bien des années pendant les longues répétitions d'un spectacle où le metteur en scène nous infligeait des heures de discussions vaseuses passées à couper les cheveux en quatre et à nous livrer à des activités que la morale réprouve sur toutes sortes de diptères que nous pouvions non seulement connaître mais aussi imaginer. Bref c'était du théâtre expérimental, stérile et cependant boursouflé de prétention. Alors la main dessinait pour offrir des vacances à la pensée de sorte que ce temps ne fût pas tout à fait gâché.
 
 
première publication 19/9/2012 à 10:31

lundi 17 septembre 2012

Dormir pour oublier (9)


Voilà
ce matin, entendu à la radio, extraite de journaux portugais, une revue de presse effroyablement pertinente, avec en particulier ce féroce éditorial du journal lisboète Publico qui fait froid dans le dos, mais renvoie d'ores et déjà à une réalité déjà tristement quotidienne dans ce pays où je vis, alors même qu'il ne subit pas encore les injonctions que la Troïka réserve déjà à la Grèce et au Portugal. Merci à Thomas Cluzel d'avoir diffusé ce texte. 

dimanche 16 septembre 2012

Touriste

Voilà,
hier j'ai fait le touriste dans ma ville. Je suis allé au Louvre voir les installations de Wim Delvoye. De très belles pièces comme celle exposée sous la pyramide.


Présentées dans la reconstitution des appartements de Napoléon III, d'autres plutôt kitsch. Amusantes cependant : ainsi ces pneus sculptés de motifs gothiques


Évidemment l'émotion est d'une toute autre nature avec les aquarelles d'Eugène Isabey que je ne connaissais pas. Ces paysages de Normandie et de Bretagne sont très émouvants. La technique est totalement aboutie, la palette subtile et nuancée, le dessin d'une incroyable précision. Mais au-delà du savoir faire, un petit quelque chose d'indéfinissable fait la différence. Une lumière saisissante. Ces dessins sont d'autant plus touchants qu'ils rappellent une réalité oubliée (je pense à ces images de maisons de pêcheurs au pied des falaises à Dieppe)

 
  
Par contre je suis passé à côté de l'exposition de dessins de Richter dont j'ignorais la programmation. Ensuite j'ai flâné dans les salles françaises et revu les tableaux d'Hubert Robert dont j'ai photographié quelques détails.


Découvert au passage un charmant tableau de Boucher, qui était à l'origine un dessus de porte, un autre de Pierre Patel, peintre que j'ai déjà évoqué précédemment,  ainsi qu'une toile de Joseph Vernet (le matin : les baigneuses)

Pierre Patel - Paysage composé avec ruines antiques (1647)

François Boucher - Le moulin (1751)

Joseph Vernet - Le matin : les baigneuses (1772)
 
Et puis bien sûr Poussin, Lorrain... Hallucinante puissance de suggestion de ces improbables paysages. Envie de se fondre, disparaître dans ces évocations bucoliques où tout est à sa place, harmonieux, équilibré. Recomposant la nature sur un mode paradisiaque, ces utopies témoignent d'un temps où le monde n'est pas fini comme aujourd'hui. On est dans le fantasme de domestication de la nature. L'humanité n'a pas encore perdu cette part d'innocence de merveilleux qui semble avoir disparu au fur et mesure du développement de l'industrialisation. Bien sûr, ces temps étaient difficiles, il y avait en Europe des famines, des pandémies, des guerres. On ne vivait pas vieux. Mais on honorait la nature. On souhaitait s'en accommoder, se marier à elle, comme au temps de l'Eden. Trois siècles ont suffi pour l'asservir et la souiller.

Bref, il faisait bon se perdre au Louvre. Quand je suis sorti la température m'a semblé très douce, et la lumière encore franche, l'air agréable. Une belle fin d'après midi quand décline l'été, que les ombres s'allongent. Il y avait de la nonchalance dans l'air, en dépit de cette période tourmentée où l'actualité donne peu de motifs de se réjouir. J'ai regardé les touristes se photographiant devant la pyramide sur des plots aménagés qui semblent destinés à cet usage. C'est un motif qui me plaît, celui du photographe et de son objet. Il y en a quelques exemples dans ce blog. Je n'ai pas résisté.

  

samedi 15 septembre 2012

Peut-être un chat


Voilà
sur un mur simplement quelques lignes et quelques courbes 
qu'il aurait bien aimé tracer
shared with tag tuesday

vendredi 14 septembre 2012

Station Denfert


Voilà,
une certaine lassitude à refaire encore les mêmes chemins
hanter des lieux toujours semblables

mardi 11 septembre 2012

Géométrie encore



Voilà,
on rapporte que l'adage "Nul n'entre ici s'il n'est géomètre", aurait été gravé sur le fronton de l'Académie fondée à Athènes par Platon. Pour ce dernier la géométrie pas plus que les autres sciences mathématiques, n'était une fin en soi, mais seulement un préalable destiné à tester et développer la capacité d'abstraction de l'étudiant, c'est-à-dire son aptitude à dépasser le stade des sensations qui nous maintiennent dans l'ordre du visible et du monde matériel pour s'élever jusqu'au pur Intelligible. Et la géométrie, comme le montre l'expérience avec l'esclave dans le Ménon, peut aussi nous faire appréhender des "vérités" que l'on peut dire "transcendantes" puisqu'elles ne sont pas le produit de notre pensée, mais s'imposent à quiconque est doué de réflexion. Ainsi la géométrie nous inciterait-elle à réfléchir sur le fait que de telles vérités transcendantes peuvent aussi — que nous ayons ou pas le moyen de les démontrer — se révéler dans bien d'autres domaines. Pour ma part, je n'ai guère de don pour la géométrie, mais je sais "dans l'ordre du visible" la reconnaître. Qu'elle vienne ainsi à moi, je l'accepte sans déplaisir, mais avec avec une certaine suspicion, toutefois. La beauté et la rigueur de ces lignes rendent suspecte la moindre présence et déplacée toute forme d'humanité.
première publication 11/9/2012 à 11:01

lundi 10 septembre 2012

Un dessin énigmatique


Voilà,
hier l'ai retrouvé en faisant des rangements. Je l'avais complètement oublié celui-là. Il me plaît, il me plaît vraiment. Il est indiscutable. Nous en faisions beaucoup ensemble vers 2004, 2005. Peut-être encore vers 2006, au début... Car ensuite 2006, fut l'année d'un grand désordre dans ma vie... En général je faisais le fond, avec des pastels secs, et ma fille dessinait les personnages et les motifs. A moins que j'aie recopié l'un de ses dessins en le coloriant ensuite. Enfin, ce qui est certain c'est que je n'y suis pas pour grand chose, juste un travail d'exécution et d'interprétation. L'inspiration n'est pas la mienne. C'est précisément à cette époque, la regardant faire, que je suis enfin parvenu à m'intéresser au travail de Cy Twombly, à y trouver de l'intérêt et à en reconnaître la valeur. Être capable de libérer son esprit pour se retrouver dans l'enfance de l'art ne va pas de soi.
première publication 10/9/2012 à 6:30

Publications les plus consultėes cette année