mardi 19 avril 2011

Vevey, Mai 90


Voilà
Vevey, mai 90. c'était l'époque de "Good Thing". Le printemps avait tardé celle année là. Aux premiers beaux jours, il fit tout à coup très chaud. Au bord du lac, où j’étais venu passer un week-end, j'ai essayé d'imaginer ce qu'aurait pu être une enfance sur ce rivage, et quel tour aurait bien pu prendre ma vie si j'avais grandi ici. J'ai aussi pensé à Charlie Chaplin et à Paulette Godard. Tous deux vécurent des années dans cette région où ils avaient choisi de finir leur existence, sans jamais manifester le désir ou le besoin de se revoir, alors qu'ils n'étaient séparés que de quelques kilomètres à peine.

lundi 18 avril 2011

Insomnie


Insomnie

Voilà
les questions les doutes les remords les secrets repentirs, réclamant leur heure, l'arrachaient du sommeil au cœur de la nuit. Guy-Pierre Mauziac était comme pétrifié devant ce qui demeurait — à jamais sans doute — irrésolu, effrayé aussi par l'ampleur de ce qu'il projetait d'accomplir au regard du peu de temps et des maigres forces dont il disposait. Il ne pouvait cependant se résoudre à s'avouer vaincu, comme ces vieux dictateurs déclinants, cramponnés à l'idée qu'ils se font de leur propre puissance qui, tout au refus d'admettre que leur temps est passé, s'obstinent à croire que la chance est encore avec eux. Pourtant l'affaire se précisait et les dénégations n'y pourraient rien changer.  Dans les exhalaisons fétides d'un corps que ses abandons assimilaient déjà au cadavre, il s'inquiétait de ne pas être capable d'une sortie honnête et digne. La mort ne l'effrayait pas mais il craignait de mal mourir. Il lui était si souvent arrivé de manquer d'élégance en certaines circonstances de sa vie qu'il redoutait de ne pas être à la hauteur de l'événement...

samedi 16 avril 2011

Cornue et cornuelle


Voilà,
dans le Limousin et dans le Périgord, la cornue est un pain au lait brioché sucré, dont la taille peut aller de 15 à 80cm. Un côté du pain porte des cornes. La symbolique païenne rattachée aux fêtes priapiques célébrant le début du printemps est celle du sexe masculin, la symbolique chrétienne celle de la Sainte Trinité. La tradition de la cornue se perpétue depuis plus de huit siècles. En effet, une chronique datant de 1175 rapporte que l’abbé Hysembert fit distribuer, le second dimanche de Pâques, de ces gâteaux cornus à tous les frères de l’abbaye de Saint-Martial, à Limoges…
Traditionnellement préparée pour les Rameaux, le dimanche précédant Pâques, il était d’usage que le parrain l’offre à son filleul, pour favoriser sa virilité !  D'ailleurs on l'appelle aussi "Pine des rameaux". En 1750, l’évêque de Limoges, Monseigneur Jean-Gilles de Coëtlosquet, aurait demandé aux pâtissiers d’en « moraliser » l’aspect. La coutume limousine de la cornue est à rapprocher de celle de la cornuelle (cornue « femelle » de forme triangulaire percée d’un trou central, en pâte sablée et décorée de grains d’anis enrobés) dans le département de la Charente voisin. (In Wikipedia)
 C'est donc à la boulangerie de Mussidan, la découverte du jour. Quant au bonheur du jour c'est ma fille qui me dit au petit déjeuner "merci de m'avoir donné la vie". J'espère qu'elle ne me le reprochera pas un jour, quand elle comprendra mieux le monde dans lequel il lui est donné de vivre. Les derniers communiqués du CRIIRAD n'incitent guère à l'optimisme.
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vendredi 15 avril 2011

Jardiland

  
Kaya 
  
 
Voilà
Des plants de chanvre dans un sac bleu. Hall Pasteur de la gare Montparnasse.

lundi 11 avril 2011

Un secret

 Voilà
penché sur sa poelle, déconcerté, tenant hagard, abasourdi, dans sa main droite un bocal de citron confit au gingembre il songeait à l'objet primordial perdu. Plus grommelant que parlant d'ailleurs (car il avait abusé de ce rhum un peu rustique qu'on lui avait offert, quelques semaines auparavant), bref à moitié bourré, conscient de la nécessité de rassembler ses idées, il tentait à nouveau de se constituer en sujet signifiant et pour cela causait tout seul à voix haute.  L'omelette semblait dissimuler un secret. Péniblement il s'efforçait de le déchiffrer avant qu'elle ne s'envole. Mais une question tournait en rond dans sa tête :  "il reviendra là quand ?"

dimanche 10 avril 2011

Patrouille



Voilà
dans l'œil mort du civil gisant à terre, frémissaient encore les mirages d'un autre monde. Des insectes aux ailes froissées palpitaient sous la lumière chancelante. Quelqu'un dans la pièce à côté implorait — sans grande conviction — qu'on l'épargnât. Une voix frêle et contrefaite, presque enfantine répondit par un juron. II y eut une détonation sourde. Nous n'avions pas voulu ça, non pas vraiment. Mais cet adieu éclaté dans la chair était le tribut que semblait parfois exiger Notre Cause. Peut-être nous étions-nous engagés un peu trop à la légère. "Ça c'est du bout touchant" remarqua celui qu'on surnommait le Triton. Puis il y eut un long silence. Et tout le temps qu'il dura, vaguement songeur, la tête légèrement penchée en avant, avec l'index et le pouce de sa main gauche, le Triton le passa à se tripoter le lobe de l'oreille droite qu'il avait —je le remarquai alors — plutôt gras. première publication 10/04/2011 à 02:23

samedi 9 avril 2011

Narcisse et Goldmund



Voilà,
croiser quelqu'un en train de lire un livre qui en son temps laissa une empreinte... vivre à l'époque de la peste.... quelque chose à voir avec l'élévation l'art et le meurtre... ne m'en souviens plus très bien finalement... peut-être suis je passé à côté de ce qu'il signifiait pour n'en retenir que ce qui flattait alors l'idée que j'avais de moi... Catherine Goffinet qui nous avait dit que c'était son livre préféré... Agnès l'avait beaucoup aimé... je crois que c'est elle qui l'a d'abord lu mais pas sûr... l'ai prêté il y a deux trois ans à la baby-sitter qui ne me l'a jamais rendu... pas grave trop de bouquins à la maison... tant qui attendent dans la bibliothèque d'être enfin lus... n'aurais peut-être bientôt plus ni le loisir  ni l'envie...  les gens associés à des livres... oui je vais en faire la liste... mais plus tard... ciel bleu dehors... qu'il bleuisse...  c'est joli comme ça... et puis ça donne une bonne lumière dedans... parfois j'arrive une fraction de seconde à imaginer l'ordre ici.... l'ordre que ça devrait être...  une semaine au moins il faudrait pour que ça prenne forme... et ne rien faire que ça... juste une question de détermination.... d'engagement...  l'engagement c'est ce qui manque le plus de nos jours... j'en suis assez content de celle-là.... j'arrive encore à me faire marrer tout seul...  toujours ça de pris... elle est devenu quoi Catherine avec sa maladie... ça a commencé tôt pour elle... tous ses voyages avec les marionnettes... au moins jeune elle aura voyagé... rien qu'en répondant à une annonce sur fip... elle a fait le tour du monde... est ce que ça sert vraiment à quelque chose de faire le tour du monde... à part faire envie à ceux qui restent... la carte postale d'Australie... ah oui ça oui l'Australie...  j'irai sans doute jamais dommage... je l'ai toujours quelque part la carte... je sais où... peux même la retrouver tout de suite... pas si en désordre que ça donc...  la carte postale avec les trois koalas... des listes oui je vais faire des listes...

vendredi 8 avril 2011

De l'amour fou à l'amour flou


Voilà
cette façon qu'elle avait eue un jour après de longs et tendres préliminaires de les extraire du lit et de l'entrainer vers le piano contre lequel elle s'était aussitôt appuyée se pliant en deux les jambes tendues, Fabien Arinarnoa s'en souvient encore, parfois. C'est là qu'il avait découvert combien son corps était souple. Elle avait voulu qu'il la prenne ainsi et lui, avait immédiatement songé que, ce qui l'excitait peut-être elle, à ce moment précis, c'était la possibilité par cette perspective inversée d'observer d'en bas une queue la pénétrer. Sans doute alors importait-il peu que ce fùt la sienne ou celle d'un autre. Seule comptait pour elle la vision crue du spectacle de ce qui était en train d'advenir à la jointure de ses cuisses. Quant à lui, cette sensation d'être en l'occurrence réduit dans son regard à un simple morceau de viande, à une bite qui pouvait être celle de n'importe qui d'autre, aussi bien un inconnu fantasmé qu'un amant précédent qui lui aurait laissé quelques bons souvenirs, tout cela l'excitait plutôt.... C'était au début de cette liaison, qui très vite devint une histoire si dense, si riche en émotions. Il lui arrive encore de se demander si de nouveau il partagera autant de bonheurs et d'intimité avec une autre. Louise Cardinal était si inventive, si généreuse et attentive. De ces femmes qui trouvent leur plaisir dans la satisfaction du plaisir de l'autre, qui donnent autant qu'elles exigent et non de celles qui crispées sur la recherche de leur orgasme se dispensent de toute attention et imagination à l'égard de leur amant, pensant vraisemblablement qu'être nue près de lui est une faveur suffisante pour mériter son hommage. C'était si doux d'être dans ses bras de s'abandonner en elle, d'être nu près d'elle et de se caresser l'un l'autre longtemps longtemps juste pour le plaisir de la caresse. Car il y avait aussi ces moments d'infinie tendresse, de baisers langoureux, où le monde se réduisait à cette proximité, à cet autre corps qui lui paraissait toujours avoir été à ses côtés. Il s'éprouvait alors sans âge, ou plutôt avec tous les âges de sa vie à la fois, il était à sa place, dans ses bras. ll l'aimait il ressentait un amour incroyable pour elle dont l'intelligence, la pensée subtile, la curiosité intellectuelle jamais rassasiée, la culture le fascinaient, même si parfois il éprouvait quelque réticence au langage universitaire dont il lui semblait qu'elle abusait parfois. Seul, un détail lui échappait. Fabien Arinarnoa ne parvenait pas à réaliser que tant d'années les séparaient. Que la destinée ne les eût pas rendus un peu plus contemporains, lui paraissait terriblement injuste. Il pressentait obscurément qu'un jour viendrait où...

mardi 5 avril 2011

Daltonien



Voilà
aujourd'hui, grâce à un article de Rue 89, j'ai retrouvé le test d'Ishihara sur le net et par là même découvert son nom que j'ignorais jusqu'à présent. C'est - citation wikipédia - un recueil de 38 planches utilisé pour dépister les anomalies de la vision des couleurs. Il permet de détecter toutes les déficiences dyschromatiques sauf la tritanopie (incapacité à identifier le violet) et la trianomalie (diminution de la sensibilité à la couleur bleue), d’ailleurs très rares, fin de citation. J'arrive tout de même à identifier quelques planches, à l'exception  des planches 10 à 13 qui paraît-il sont basées sur une confusion bleu vert - orangé, qui  me sont parfaitement impénétrables. Je l'ai aussitôt fait et me suis rendu compte que je n'étais pas aussi daltonien que ça, finalement. Je me souviens que la première fois où l'on m'a donné à lire ces planches (j'étais alors enfant), j'ai trouvé ça tellement absurde, que j'ai aussitôt pensé que c'était un test d'intelligence. Mais ma fille qui a fait le test avec moi, m'a suggéré de  prendre du recul. Et là j'ai  réalisé que je n'étais daltonien que de près.
J'ai aussi retrouvé le principe du test de Farnsworth D15 constitué de 15 jetons de plastique noir comportant une pastille de couleur qu'il faut classer dans un ordre qui varie progressivement du bleuâtre au rougeâtre (paraît-il). J'aimerais bien le refaire celui là.





















dimanche 3 avril 2011

San Sebastian peut-être ou Fontarrabie


Voilà
bien sûr c'est une photo d'un autre siècle, mais elle paraît vraiment très vieille... Je crois que c'est à San Sebastian en juin 1982, ou peut-être Fontarabie, lorsque j'étais allé passer quelques jours dans la maison de Pierre à Hendaye. il y avait plein d'anglais dans les parages à cause de la coupe du monde de football en Espagne... j'ai retrouvé ça aujourd'hui en scanant de vieux films. Ces deux enfants semblent seuls aux monde, comme si la ville n'appartenait qu'à eux. Ils ont l'air tellement sérieux. Je me souviens de cette pub qui passait à l'époque à la télévision. (shared with the weekend in black and white)

vendredi 1 avril 2011

La boulangerie de Souzay


Voilà
mon grand père me donnait l’argent j’allais chercher le pain et avec la monnaie je m’achetais des guimauves aux couleurs pastel en forme de serpent (c'est là que j'ai découvert les guimauves). C’est aussi dans cette boulangerie que, quelques années plus tard - j'étais presque adolescent -  je me suis acheté une tirelire rouge en métal, pleine de friandises, ayant l'aspect d’un coffre de pirate, et que je possède encore. C'est ma fille qui à présent y met ses petites pièces ....
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Encore le Musée


Voilà
peut-être l'ai je déjà dit, mais j'aime cette sensation de temps suspendu que procure la déambulation dans les musées. Le spectacle des corps immobiles, absorbés dans la contemplation, l'observation, le questionnement, l'incrédulité, la sidération, la curiosité, l'incompréhension et tant d'autres états. Cette relation entre les corps et les œuvres qui captivent et capturent tout à la fois, me fascine. Et puis, les musées sont aussi pour moi des lieux de partage, d'une densité particulière où passe du désir et s'opèrent de secrets échanges entre des êtres de passage et la matière que, par leur imagination leur volonté et parfois même aussi par leur folie ou leur désespoir des artistes ont façonnée.

mercredi 30 mars 2011

Le bout du monde


Voilà
Nous voilà donc entre rêve et ravage
abandonnés en ce lieu qui n'en est plus tout à fait un
moins un endroit qu'un envers
Ne sommes pas venus ici de notre plein gré
une force obscure nous a poussés à cette lisière du monde
et nous assigne à présent à demeurer par ces contrées
en proie à un amour douloureux et sans objet
sans savoir si notre désir est de fuite ou de retour

Des fantômes nous habitent, une tristesse souveraine règne sur nous

mardi 29 mars 2011

Regard


Voilà
c'est peut-être cela et rien que cela notre regard sur l'actualité. Nous contemplons la forme que cela prend, observons comment ça évolue, comme si ça ne nous concernait pas. On trouve ça bizarre, étrange. On ne comprend pas trop ce qu'il se passe exactement. L'impression d'avoir déjà vu ça, ou rêvé ça, nous traverse, mais on n'en est pas vraiment sûr. Le monde change, et sans nous en rendre compte nous changeons avec le monde. La réalité semble le fruit de notre imagination, elle l'est d'ailleurs, la réalité est le fruit de l'imagination humaine, sauf que là, on ne sait pas trop bien à quel endroit de l'humanité nous sommes, enfin quelle est notre place là-dedans, parce qu'il y a les problèmes urgents à régler, acheter une visseuse à castorama, remplacer la chambre à air sur la roue avant du vélo du petit dernier, régler l'orthodontiste, aller chercher un chéquier à la banque et tant d'autres contingences matérielles... (Linked with the weekend in black and white)

lundi 28 mars 2011

Puzzle


 Voilà
je ne parviens pas à saisir la réalité comme une totalité. Je n'en perçois la plupart du temps que des bouts des morceaux des fragments. C'est un bordel ce puzzle. A la fin ça devient épuisant, il manque toujours une pièce.

dimanche 27 mars 2011

Primevère


Voilà
elle commençait sa journée en mettant le concerto en ré mineur de Jean Sébastien Bach sur la chaîne. Nous n'avions pas les mêmes horaires, et j'émergeais doucement du sommeil dans cette explosion d'allégresse et de pure beauté. C'était doux de vivre aux côtés d'un être si doué pour le bonheur auquel des parents aimants et raffinés avaient transmis le goût des belles choses. Je songe encore à elle parfois, avec qui je suis sorti de l'enfance et entré dans mon âge d'homme, qui fut à ma vie comme un cadeau de la destinée, et que je croise encore parfois, avec le même enchantement. Il suffit que j'écoute à nouveau ce morceau, pour être aussitôt transporté dans ce temps chargé de possibles, qu'elle savait avec grâce et légèreté rendre aussi paisible qu'harmonieux.

samedi 26 mars 2011

L'entretien


Voilà
je suis enténébré poursuit-il. "Je voudrais me rassasier de fleurs de lotus et quitter ce pays d'ombres que je suis à moi-même devenu. Des lueurs parfois traversent mes paysages, lointaines et inaccessibles. Le sont-elles vraiment d'ailleurs ? Rien n'est moins sûr. Si longtemps que je me tiens dans l'écart et le retrait, que je ne sais plus guère apprécier la distance. Je vais comme la nuit, mais une image de clarté me hante, d'où le blanc cependant disparaît. Un ours polaire, tourne en rond sur un morceau de banquise qui rétrécit à mesure qu'il dérive."Il s'interrompt alors que la voix restée en suspens laissait supposer une suite. Un long silence. Je ne dis rien. Il me toise un moment. Attend-il de moi quelque réponse, ou appréciation sur son monologue sans doute déjà ressassé à d'autres, qui suinte l'auto-complaisance et la préciosité narcissique, avec ses relents de poésie collégienne surranée. Comme il me fixe intensément et que je ne veux pas détourner le regard, je secoue très légèrement la tête de haut en bas et ne trouve rien d'autre à répondre que "C'est très curieux ce que tu dis là" et tout en parlant je redoute qu'il ne me demande pourquoi, question à laquelle je serais vraisemblablement incapable de donner suite a priori, quoique j'aie tout de même quelques dispositions pour improviser, oralement du moins, mais comme il commence vraiment à m'indisposer ce vieux poseur qui s'imagine parler comme un livre, je pourrais tout aussi bien l'envoyer se faire foutre ce qui serait tout à fait contreproductif bref le problème ne se pose pas car aussitôt il reprend sa péroraison, et vas-y que je t'étire quelques syllabes, mais il se prend pour Alain Cuny ou quoi ce  pédant je vérifie combien il reste de batterie sur l'enregistreur numérique, c'est que j'ai un article à rendre pour demain matin, et il continue d'enfiler des métaphores j'ai envie de lui demander s'il bande encore, si ses branlettes littéraires suffisent à alimenter sa libido, si ça nécessite un gros travail pour devenir aussi con, je pense aussi que, après tout nous sommes déjà une espèce nucléarisée depuis longtemps. Des nuages radioactifs il y en a eu  bien avant Tchernobyl, avec un nombre d'essais atomiques en surface considérable depuis 1945, (au moins 300 c'est certain, mais il est probable que ce soit beaucoup plus). Simplement à l'époque on ne nous mentait pas, c'est juste qu'on ne nous disait rien, on 'y pensait peut-être même pas, si bien que des fruits, des viandes du lait contaminés, on a du en ingurgiter à haute dose sans vraiment s'en rendre compte, et que c'est peut-être pour ça, que l'espèce dégénère, c'est peut-être qu'une victime après tout :-), combien de temps ça va durer encore, et tout à coup sans que je ne comprenne pourquoi, il y a le souvenir de cette vieille image qui s'interpose entre lui et moi, et aussi ce doute : et si moi aussi il m'était arrivé d'être comme lui sans même m'en rendre compte. 
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mardi 22 mars 2011

Patience dans l'usure

Here comes the sun king
Voilà
il se tient là et ne sait trop pourquoi un vague chagrin lui noue la gorge. Les beaux jours arrivent sans pour autant chasser cette indifférence aux événements qui le submerge depuis quelques temps, ni cette lassitude et cet accablement dont il ne peut se soulager. Il se voudrait pierre, caillou, sable ou poussière qu'importe, mais minéral cependant, taillé par l'artisan, jeté sur le chemin, poli par la marée ou dispersé au gré des vents, en tout cas épargné par la douleur et délivré de toute question. Face à la lumière il songe à tout ce qu'il lui faudrait quitter, s'il était un tant soit peu détaché des choses matérielles, à ce qu'il n'a pas su retenir, et aux endroits où de la sorte, il s'est abandonné à la douce caresse du soleil. Il cherche à retrouver cette sensation qu'il éprouvait autrefois en de semblables circonstances, sensation d'éternité et dont il peine à se souvenir, alors que chaque jour qui passe l'en rapproche un peu plus, et que la relative proximité de cette échéance à présent l'inquiète et le désole. 

lundi 21 mars 2011

Soleil soleil


Voilà
aujourd'hui, belle journée ensoleillée. Il paraît que c'est parti pour durer. Étrange printemps qui vient, dans ce pays désormais en guerre, démangé par le prurit du racisme et que ronge un populisme de bas étage. Loin encore, reléguée en quelques heures aux troisième rang dans les titres de l'actualité, la menace atomique demeure toujours. Latente. Mais dit un économiste ce soir à la radio, "la catastrophe qui s'est abattue sur le Japon est une aubaine car sa reconstruction à venir va favoriser la relance économique". Cynisme ou connerie ?
Cette longue déambulation au Jardin des Tuileries et sur les quai de Seine, le spectacle de ces corps s'abandonnant aux premiers rayons du soleil après un long hiver souvent gris et maussade,  la vision de ces amoureux plus très jeunes qui s'embrassent et  se caressent sur les bancs comme des adolescents qui se croient seuls au monde, le regard de la petite fille à l'arrêt du batobus jouant avec une peluche mécanique, et qui soudain s'arrête pour observer une personne promenée sur un fauteuil roulant, l'obstination du dompteur de bulles quai des arts,  la silhouette résignée de l'accordéoniste solitaire, et puis cette longue cordiale et imprévue conversation rue de Seine avec un belle inconnue, comment tout cela me parviendra-t-il dans quelques mois ou même d'ici quelques semaines ? Peut-être alors, rétrospectivement, m'étonnerai-je de cette disponibilité, de cette nonchalance, auxquelles les circonstances ne se prêtent guère et dont je suis de toute façon si peu coutumier. J'ai cependant fait ce que j'avais décidé aux premières heures du jour. Profiter de cette lumière, de cette douceur printanière, et me promener comme un étranger dans ma propre ville, comme si le reste ne me concernait plus. Écrivant cela, je pense à cette phrase de Kafka, dans son journal "2 Aout 1914, après-midi piscine". C'est peut-être aussi ça l'illustration de cette maxime qu'il s'était adressé. "Dans ton combat avec le monde, supplée le monde". Le monde a aussi tellement besoin de joies simples.

vendredi 18 mars 2011

Artima ou "Dans le passé même le futur était mieux "(karl valentin)

Invaders
Voilà
le géniteur, passionné de science-fiction avait conservé ces bandes dessinées idiotes achetées en 1959, 60. Sans doute les avait il lues alors,  c'est à dire au moment  où en Algérie,  en tant qu'engagé volontaire il était venu participer à des "opérations de maintien de l'ordre" comme on disait  en ce temps là.  Dans ces fascicules au format d'un cahier édités par une petite entreprise de Tourcoing, Artima, on trouvait des récits complets en noir et blanc.  Il y avait "Météor"  avec, dessinées par Raoul Giordan des histoires d'explorateurs intergalactiques, missionés par l'Organisation des Planètes Unies afin de civiliser d'autres populations vivant sur des astres lointains.  
A Biscarrosse, entre 1965 et 1969 livré à moi-même pendant que mes parents travaillaient, je profitais du jeudi pour me délecter des périples fertiles en aventures  de Spade, Texas, et de leur commandant à bord de la fusée "Space Girl", le capitaine Spencer qui avait une moustache lui, et un faux air d'Errol Flyn.  Je me rappelle ces grasses matinées dans l'abri tiède et douillet de mon lit. Je voyageais avec ces héros qui traversaient les espaces intersidéraux parce que les moteurs atomiques de leur astronef leur permettaient de franchir la vitesse de la lumière. Spencer était aussi docteur. « Vif, alerte, mais toujours pondéré, il pouvait résoudre un problème en un temps record, trouver un vaccin, en quatre cases, maîtriser une situation d'un claquement de doigts. Lorsqu'il débarquait avec ses compagnons sur une planète, il tentait de s'adresser en slanton, (la langue internationale de la galaxie) à des peuplades  avec lesquelles heureusement il était possible, la plupart du temps, communiquer par télépathie - et j'espérais alors qu'un jour, moi aussi je connaîtrais ce mode de communication -. Les noms étranges de ces aliens me fascinaient tout autant que leur apparence. Il y avaient les Vrocks de l'astéroïde inconnu Lambda, les géants de la planète Diriop naufragés sur un astre nommé Armen, les Nyctalopes de Guria esclaves des Héméralopes, les Chmocks au pouvoir magnétique qui les rend si redoutables, les Syrtiens aux prises avec les hommes-méduses, les narkys et les hommes singes tamias, les pieuvres cosmiques " très intelligentes " de la planète Jouvencia, que nos héros avaient fini par apprivoiser. C'était toujours des histoires néo-colonialistes où, ambassadeurs du progrès et de la civilisation, nos trois terriens à la morale irréprochable, venaient rétablir l'ordre et apporter les bienfaits que seule notre humanité était à même de dispenser. » (Jean-Pierre Dionnet)

Il y avait aussi "Aventures fictions" traduction d'un comic book américain  "Strange Adventures" dont les couvertures me fascinent encore aujourd'hui. Venus de l'espace des Envahisseurs malfaisants, souvent difformes et répugnants, mais capables aussi parfois de se dissimuler sous notre apparence tentaient d'asservir la population terrienne, toujours blanche et plutôt américaine. Je laisse encore Jean-Pierre Dionnet en parler : "De brèves histoires bâties autour d'une chute, apparemment très simples mais cependant jamais simplettes. Toujours la même trame : la Terre en péril, menacée par un ganymédien gazeux (et fou par surcroît) qui collectionne les planètes dans un globe de verre au-dessus de sa cheminée ou bien par un jupitérien débile qui pêche notre belle planète à la ligne ou la coupe en tranches ou l'attire avec un aimant géant. Mais, attention! Il y a chaque fois un brave petit gars bien-de-chez-nous qui trouve le truc et sauve la baraque! Derrière ce thème que de trésors d'invention, d'idées superbes, à peine esquissées (...) L 'efficacité visuelle du récit, de la mise en place, du découpage, du dessin, l'aisance dans la description de figures imaginaires : tout cela n'avait pas d'équivalent chez nous.".

Ces récits faisaient écho à l'épopée bien réelle de la conquête spatiale et de la course à la lune entre américains et soviétiques. Tous les trois quatre mois, une fusée était lancée, avec à son bord des hommes réalisant des exploits inédits et des prouesses qui pouvaient laisser supposer que oui, un jour peut-être pourrait-on vivre hors de cette terre, voyager dans des fusées, visiter la lune. Que des choses inouïes seraient possibles en l'an 2000.... Mais voilà l'an 2000 est arrivé, et finalement il ne s'est rien passé de bien spectaculaire. Les hommes ne voyagent plus dans l'espace, et la croyance dans l'avenir, s'est dissipée dans une ivresse du présent où l'on tente d'abolir l'idée du temps et les vertiges qu'elle engendre. Comme si on s'efforçait de ne plus penser au futur, dont on sait depuis Tchernobyl qu'il sera forcément radioactif. Et nul besoin non plus d'extraterrestres pour envisager la mort imminente de de l'humanité. L'espèce la plus intelligente de la planète est aussi la plus prédatrice....  La nature hostile, contre laquelle pendant des siècles, elle s'était battue, mais dont elle avait fait une alliée pour assurer sa survie, elle a voulu l'asservir. Et ce rêve prométhéen est devenu un cauchemar. Les puissances qu'elle a déchaînées, se retournent à présent contre l'Humanité. Et l'on peut  désormais affirmer avec certitude, que c'est bien l'instinct de destruction qui a pris le dessus sur toute autre forme d'intelligence. Le temps est probablement proche, où les vieux locataires de la planète que sont les insectes, pourront, en s'alimentant de tout ce que nous aurons laissé à leur disposition, continuer leurs mutations, sans risque d'être écrasés sous nos pas.

jeudi 17 mars 2011

Fukushima

Voilà
Il faut continuer de vivre non seulement avec toutes ces choses que nous avons conscience d'ignorer mais aussi avec toute celles qui nous demeurent inconnues, et dont nous n'avons même pas idée... Il y a tant de risques qu'on ne peut prévoir, tant d'éventualités que nous sommes incapables d'envisager, tant de conjonctions inimaginables, d'événements qui peuvent surgir par accident et rompre la cohérence que nous nous efforçons de donner au monde qui n'en a pas pour autant plus de sens.  Cependant, il y a aussi, tout ce qui est prévisible, envisageable et qu'on se refuse à considérer.

Un jour advient le désastre, ce désastre qui était prévu programmé, mais dont on s'efforçait obstinément de croire qu'il nous épargnerait. Et l'on sait que désormais ce désastre sera notre environnement. C'est dans ce désastre qu'il faudra continuer de vivre, d'aimer de pleurer, de rire aussi. Mais on ne veut pas s'y résigner tout à fait, il faut que l'idée fasse son chemin. Pourtant il est impossible de s'en échapper. Pas d'autre solution que de croire et faire confiance aveuglément. On vit intensément le présent parce qu'il n'est plus possible de faire autrement, tant le futur semble hypothéqué. Noyé sous le flot des informations contradictoires, on reste parce que c'est au cœur de la Catastrophe, s'efforce-t-on de croire, dans les entrailles du chaos, qu'on peut vraiment assigner une valeur à l'espoir. Il se pourrait que quelque chose d'autre arrive. Quelque chose à la mesure de ce qui nous a précipité dans ce désarroi. Pour nous en délivrer. Et quoiqu'il en soit, en dépit de tout, on se prend à espérer, à croire à l'insensé : an miracle.

mercredi 16 mars 2011

Geiger (1979)


Voilà
Toutes ces images qui me hantaient autrefois. 
Comme s'il s'agissait alors d'exorciser une trop probable catastrophe.

mardi 15 mars 2011

les beaux jours reviennent


Voilà
On reste là au soleil, on est amoureuse, le reste n'a plus d'importance. On a l'espérance avec soi, en dépit du monde tel qu'il va ou ne va pas. Un homme vous prend dans ses bras vous murmure des mots doux, vous embrasse dans le cou, et ce simple bonheur pourrait suffire à éloigner un temps les démons et les fantômes. On voudrait que cela dure toujours, mais il y a ces nouvelles de l'autre bout du monde, ces nouvelles atroces, qui jettent comme une ombre sur les premiers beaux jours....
première publication 15/3/2011 à 14:44)

samedi 12 mars 2011

Lost in translation


Voilà
l'Evénement est ce qui crée une rupture dans l'ordre de l'intelligible. Même lorsqu'il est prévisible, l'Evénement advient comme quelque chose qui tout à coup réfute le Réel, notre construction de pensée, qui est faite aussi de leurres, d'illusions de croyances qu'on oppose à la probabilité des faits. Pour vivre, on a besoin de se mentir, du moins par omission. On préfère se penser immortel, plutôt que d'accepter la précarité de notre condition et la mort certaine qui peut surgir à n'importe quel instant. Alors on se convainc que cette mort est forcément lointaine.  On mise sur l'hypothèse optimiste.  Par exemple on fume on sait que c'est dangereux, mais on le fait tout de même, parce que la satisfaction immédiate de notre plaisir, mise sur l'espoir que sûrement d'ici là on aura trouvé une solution au problème du cancer.  C'est exactement ce qui se passe avec le Nucléaire. On sait que c'est dangereux, que le problème des déchets se posera forcément à terme, qu'un tremblement de terre peut avoir raison de ces fiers édifices, mais on s'obstine néanmoins à construire des centrales sur des failles, en espérant que la catastrophe adviendra plus tard, dans bien longtemps, après qu'on ait trouvé d'hypothétiques solutions aux problèmes bien réels qui se posent dès à présent. Mais voilà, un jour c'est là, c'est bien là. Et ce qu'on s'était toujours obstiné à refouler, il faut bien tout à coup le considérer objectivement ; comme un fait. On se souvient soudain que c'est déjà arrivé. Mais ce n'était pas nous. Ce n'est pas arrivé à des gens comme nous. On s'était alors imaginé, que si ça leur était arrivé aux autres, c'est parce que leur organisation sociale, le désordre et la confusion générés par ce type d'organisation était la cause de cette catastrophe. Tchernobyl n'était pas une catastrophe écologique, c'était un dysfonctionnement du communisme. On se souvient qu'on n'avait pas voulu voir, qu'on préférait l'aveuglement à la lucidité, et que ceux qui étaient lucides on les traitait de pessimistes et d'oiseaux de mauvais augure. Mais maintenant on ne regarde plus le ciel ; les oiseaux ne passent plus. On regarde la télévision où repassent en boucle, les images d'un réacteur qui explose. Un nouveau mot va enrichir notre vocabulaire commun. Fukushima, qu'on ne connaissait pas, va rejoindre le patrimoine universel des grandes catastrophes. On n'aura pas tout perdu dans l'affaire.

vendredi 11 mars 2011

Fillette, Londres


Voilà
parce que j’étais très troublé par cette poupée aussi grande qu’elle et dont l’habit suggérait un uniforme de déporté, j’ai demandé à la fillette si je pouvais la photographier. Évidemment les conditions de l’observation peuvent parfois modifier la nature du sujet observé, et aussitôt elle a pris la pose. Peut-être s’est elle sentie contrainte, obligée de répondre à ma demande. Qui sait si dans ce visage qui me scrute encore à présent il n’y a pas de l’effroi, du reproche. 
Je garde de ce séjour, le souvenir de longues déambulations dans les quartiers les plus excentrés de Londres. La plupart des magasins étaient fermés, abandonnés. C’était un temps de crise, la misère menaçait certaines franges des classes moyennes. Une atmosphère morne, maussade se répandait un peu partout. La nuit dans la rue, ce qu’on n'appelait pas encore des SDF s’assemblaient sur les bouches d’aération pour y dormir. C’était l’époque des premiers punks, du no future, on sentait qu'un changement était dans l'air, mais chez les copains qui m'hébergeaient on écoutait plutôt Van der Graaf Generator (on était même allé les voir en concert dans une école d'art) ou Renaissance. Quant à moi j'avais vingt ans je ne savais pas trop quelle orientation donner à ma vie. Toujours est-il que Didier F. que je connaissais depuis peu, m’avait chargé de lui ramener une cellule Shure pour sa chaîne HiFi car c’était alors beaucoup moins cher en Angleterre. (shared with the weekend in black and white)

mardi 8 mars 2011

Le Début d'une Histoire


Voilà
ils se sont donnés rendez-vous là, en début d'après midi (c'est elle qui a choisi l'endroit) ils ont pris un verre ou un café. Ensuite  plutôt que d'aller à l'expo comme ils l'avaient initialement prévu, ils vont passer l'après-midi à marcher dans les rues de Paris, depuis les Halles jusqu'à République et le quai de Valmy. Ils ne se sont rencontrés qu'une ou deux fois auparavant, et un mois s'est écoulé depuis leur précédente rencontre. Mais entretemps, de nombreux mails ont été échangés qui laissent supposer qu'ils sont loin d'être indifférents l'un à l'autre. Puis ils font une longue halte dans un restaurant  au bord du canal, où il vont manger. C'est là qu'il se décide à lui dire ce qu'il ressent pour elle, cette attirance confuse. Timidement il  prend un instant sa main. Il se sent aussitôt un peu ridicule et embarrassé de tant d'audace. Cela fait longtemps qu'une telle chose ne lui est pas arrivée. Peut-être est ce prématuré. Il la sent réticente, et n'insiste pas. Alors ils continuent de se parler. Ils ne voient pas le temps passer,  ils ressortent, elle lui propose de marcher encore, elle dit qu'elle aime ça marcher, lui aussi il aime. Ils retournent vers la rive gauche où, après s'être longtemps attablés pour un dernier verre dans un café rue Mazarine, ils finissent par se séparer tard, devant l'église St Germain des Près, celle où, lui dit-elle, sa sœur a fait un très beau mariage.... C'est alors qu'elle l'embrasse... Ils s'embrassent un certain temps... Elle lui dit je ne te sens pas avec moi... Comment peut elle dire cela ? Pourquoi dit elle cela ? Il est bien là, il est bien, avec elle.  Pourquoi dit-elle cela ? Il a un peu peur. Quelque chose de vraiment étrange est en train d'arriver.... Un grand désordre se prépare. Il se prend déjà à espérer et croire à des choses impossibles, mais il ne sait pas encore ce qu'elle a en tête.... Longtemps il vont rester proches.... Et parfois il lui semble que s'engager en elle c'est avancer dans le futur ....Mais comme dit la chanson, la vie sépare ceux qui s'aiment....

dimanche 6 mars 2011

Un vacillement bref


Voilà
c'est un vacillement bref, puis un accablement furtif, à quoi succède une douce confusion. La pièce semble soudain ne plus correspondre à l'idée qu'il s'en faisait quelques secondes auparavant. Plus rien n'est en perspective. Marcher à tâtons vers la fenêtre, voilà l'objectif, mais les quelques mètres qui l'en séparent, lui semblent incroyablement longs autant qu'incertains. S'en tenir à la stupeur, ne pas céder à l'effroi. Étendre la main vers le dossier de la chaise, s'appuyer sur le rebord de la table, retrouver de l'épaisseur, de la densité malgré le tremblement des jambes qui rend incongrue toute tentative supplémentaire de déplacement. Ne pas laisser se former en soi l'image d'un oursin qui grossit dans la gorge jusqu'à atteindre le volume d'un poing serré, respirer calmement, convoquer une histoire drôle, une anecdote absurde un sketch stupide vu sur you tube ah oui tiens le congrès des phobiques anonymes c'est très bien ça bonne idée, adopter une attitude résolument positive et comme dit le formateur du stage "4322 entretiens difficiles" recommandé par la direction pour le cursus cadre, être assertif, jouer cartes sur table, se libérer d'une croyance dépréciative (pas question de céder à la panique comme la dernière fois) dire gentiment mais fermement "non" sans se sentir coupable, désamorcer le conflit. "Non l'Angoisse  toi qui tentes de m'ét(r)eindre, tu ne m'auras pas, vois-tu, je ne suis pas d'accord". Affirmer clairement sereinement sa position sans agressivité ni soumission ni ironie comme c'est écrit dans le fascicule, s'en tenir aux faits rien qu'aux faits, sortir de son système de référence, ne pas se laisser submerger par l'émotion, oui voilà putain ça passe, ça passe, mais c'est quoi là  ce bourdonnement dans l'oreille ?

mardi 1 mars 2011

Le Diable



Voilà
hier, au théâtre du Rond Point, projection du film d'Olivier Meyrou, "l'avocat du diable", en présence de Richard Delgenes avocat commis d'office pour défendre Monique Ollier la compagne de Fourniret, violeur et tueur en série. L'effroi suscité par ces pages écrites de la main de Fourniret d'une calligraphie précise, propre, élégante même. Phrases concises, claires, où il détaille par le menu ses crimes. Ou bien, billets glissés pendant l'audience dans lesquels il demande des piles pour son transistor, alors qu'un avocat de la partie civile parle de l'une des jeunes filles violées. Evocation aussi des familles des victimes. Où l'on apprend que certains pères de familles avaient eux même eu des relations incestueuses avec leur filles. Autre anecdote encore : à un des parents de victime qui s'est adressé à lui de façon véhémente, Fourniret ne répond pas immédiatement. Mais plus tard, s'adressant à lui il dit "Monsieur pour votre fille vous pouvez imaginer le pire".
Souvent, me promenant dans la rue, je me demande combien de détraqués, de pervers, de violeurs de types qui battent leur femmes, de meurtriers en puissance ou en acte on peut croiser sans même savoir ....  Je n'ignore pas non plus qu'un tortionnaire peut aussi faire de la broderie.

lundi 28 février 2011

Catalogue Dinky Toys


Voilà
il ne comprend pas. Se lever le matin devient pénible, difficile presque. Il lui faut s'appuyer, procéder avec lenteur, prudence. Veiller à maintenir l'équilibre. Des douleurs nouvelles et incompréhensibles sont apparues. C'est arrivé sournoisement sans qu'il y ait prêté garde. Il ne se reconnaît plus. S'étonne se questionne. Cet invisible ennemi a-t-il un nom ? Est ce une maladie ? Cela n'aura-t-il qu'un temps ou bien certaines forces commenceraient elles vraiment à prendre congé? Il faut se résoudre donc, acquiescer si ce n'est à la dégradation, du moins au déclin. Pourtant il est encore là l'enfant qui rêvait autrefois sur les catalogues Dinky Toys. Le semi-remorque argenté, il joue encore avec, la nuit, dans un autre corps une autre époque. La Caravelle et la Panhard traversent des paysages qui n'existent plus, des paysages où la circulation était rare, mais qui le hantent parfois la nuit, évocateurs d'une paix désirée qui n'a jamais eu lieu.  Il peut encore ressentir le plaisir tactile qu'il éprouvait alors à manipuler ces jouets ; l'odeur de la caisse en bois où il les entreposait, son cerveau peut la lui restituer avec une effarante précision. Benoît Moristel a tous les âges de sa vie, mais le corps à présent ne sait plus trop bien articuler ces années vécues. Il ne se sent pas vieux,  non, juste encombré. Trop d'histoires confuses entendues sans qu'il fut alors capable de les appréhender, de choses vues qu'un trop jeune regard n'était en mesure de supporter. Très vite il a su que toute la beauté du monde jamais ne pourrait suffire à cacher la laideur et la cruauté des hommes. Et pourtant il s'accroche. Tiens bon la rampe bonhomme, le pire est à venir.

dimanche 27 février 2011

Station St Germain

 
Voilà
devant le distributeur automatique de confiseries de boissons et de junk food de la station St Germain des Près, un homme a disposé par terre avec soin sur un carré de tissu, des fruits exotiques et un vase contenant une rose. Je crois deviner de sa part le désir affirmé de "présenter", au sens de faire un présent, une offrande. Peut-être cela est il du à l'environnement puisqu'ici la poésie nous est offerte tout le long du quai dans des vitrines où le voyageur, en attendant l'arrivée de sa rame, peut y découvrir des recueils de poèmes du monde entier. On sent là une tentative d'harmonie, un effort de goût une envie de manifester quelque chose qui serait comme l'expression d'un art de (sur)vivre.  Une petite barquette en plastique nous invite à déposer quelques pièces non seulement pour son besoin et peut-être aussi - mais là je m'abandonne au démon de l'interprétation - pour récompenser cette volonté de ne pas rompre l'équilibre "écologique" ni le standing de cette station. Sortant de la librairie "la Hune" où pendant une bonne heure j'ai erré à travers les rayonnages,  effrayé  par le nombre d'ouvrages que je ne lirai jamais, mais aussi par le constat résigné de ma propre solitude, me voilà soudain saisi par la vision d'une détresse sans commune mesure avec la mienne. Est ce pour m'exonérer de cet auto-apitoiement, pour m'acquitter de cette photo, où pour une toute autre et informulable raison que j'ai versé mon obole à l'homme endormi sur son banc ? Sur le chemin du retour, alors que je songeais à tout autre chose m'est revenue cette phrase  (d'une chanson  ?) "At  least it can't be said in every dream home a nightmare... »
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mardi 22 février 2011

Dans ma tasse


Voilà,
je ne prenais alors des images que dans le simple but de les partager avec celle auprès de qui je ne pouvais être. Je voulais qu'elle puisse voir ce qui passait par mon regard. Nous vivions alors sous les mêmes latitudes, et rêvions de donner forme humaine un jour peut-être à ce qui nous liait. Mais l'un et l'autre étions pareillement désarmés devant la complexité des choses, et sans doute peu disposés à succomber à leur tyrannie. C'était le temps de tous les possibles. Mais il y avait aussi cette entreprise qu'elle menait alors et qui, à ce jour, n'a pas encore abouti, et dont je me demande parfois si elle n'a d'autre raison d'être que celle de la retrancher du monde. Les années passent, elle avance agençant ses idées en un texte qui prend des dimensions monstrueuses – et c'est comme polir une même statue, sans jamais la montrer. Mais ce travail donne un sens à son existence. Elle a assigné un lieu à sa pensée, donné un cadre à son errance. Où qu'elle aille, elle voyage avec la même idée. Elle vit loin désormais. Je me souviens que parfois, lorsqu'un désaccord surgissait entre nous, elle s'exclamait "tu penses que je suis folle ?". Je ne comprenais pas. Jamais cette idée ne m'avait traversé. Mais je crois qu'un autre le lui avait dit autrefois. Et peut-être un temps, avait-elle réellement pensé qu'il avait raison. Est-ce pour cela qu'elle s'enferme en elle-même ? Elle rêve de grand large. elle est partie loin. Elle vit à présent sur une île où peu de gens lui ressemblent. Mais lorsqu'il nous arrive de converser, au téléphone il me semble, qu'en dépit de l'endroit non pas où elle se trouve mais où elle se cherche encore, le souci demeure toujours le même. Comment finir ce projet, dont sans doute au fur et à mesure qu'elle le développe, elle réalise à quel point il devient insensé.  Parce qu'il prend trop de place.  Parce qu'elle ne pourra jamais y mettre tout son être, toute sa complexité. Parce qu'il l'isole du monde. Parce qu'elle se perd en lui et qu'il occulte bien des rêves et l'éloigne en même temps de la réalité. (Linked with weekend reflections - T stands for tuesday

lundi 21 février 2011

Encore une histoire de tatouage

Voilà
le tatouage était généralement au poignet :  un moineau portant au bec une cerise. Par ce signe inscrit sur la chair de sa femme, le marin parti en mer faisait passer un message aux hommes restés à terre : elle était mariée (qui plus est à un marin) et mieux valait ne pas s'en approcher. Le Gilbert,  lui, la mer c'était pas vraiment son truc il était plutôt du genre marcheur. D'ailleurs il avait fait son armée dans les chasseurs alpins, Il faisait partie de ceux qui ont fait leur armée. Et surtout des connards qui en parlent avec nostalgie. Pour ma part ayant passé les seize première années de ma vie trimballé dans les casernes  par un géniteur sous-off, et une génitrice élevée sous les glorieux étendards de la coloniale, plus militariste encore que son époux de guerrier, et fermement convaincue de la mission civilisatrice de l'armée française, la camaraderie troufionnesque, les concours de branlette dans les chambrées, les joies des grandes manœuvres, le prestige de l'uniforme, toutes ces conneries on ne peut pas dire que ça ait particulièrement suscité mon enthousiasme. D'ailleurs le service je ne l'ai pas fait mais c'est une autre histoire. Gilbert, donc. Je me suis toujours demandé comment avec sa tronche et l'indigence de sa conversation il pouvait séduire autant les femmes. J'ai beau savoir que ce n'est pas là l'essentiel de l'affaire, cette histoire m'a toujours laissé perplexe. Les femmes il avait un certain ascendant dessus , ça oui. Il pouvait même les rendre folles à ce qu'on m'a raconté. Est ce pour ça que la mère de ses enfants d'ailleurs, a fini à la cabane bambou, chez les dingues gorgée de neuroleptiques, ou est ce qu'elle avait des prédispositions pour ça ? Cela dit, on ne doit pas vraiment fréquenter les mêmes, mais là n'est pas la question. Ce qui m'étonne encore le plus à ce jour c'est son instinct de propriété, si puissant, qu'il parvient à convaincre les  femmes qui lui succombent de se faire tatouer son propre nom sur leur corps. J'ai une amie d'enfance comme ça qui l'a fait. Elle avait des livres de Ronald Laing dans sa bibliothèque, passé quelques années sur un divan à réfléchir sur les nœuds familiaux complexes qui entravaient son devenir, elles pouvait parler des heures sur Gilles Clément le paysagiste, enfin elle ne me paraissait pas stupide, et bien elle a "Gilbert" tatoué entre ses omoplates. c'est dingue non ? Le tatouage d'accord pourquoi pas, mais pas dans le genre plaque d'immatriculation. Ça rappelle de mauvais souvenirs. Tant qu'à faire, on veut du style. Elle par exemple:




Je ne la connais pas. Une polonaise je crois. Je ne me souviens même plus de son petit nom. On a du échanger quelques mots, pas plus... Elle suivait un cours "Programmer dans un environnement client/serveur DOM-AJAX-PHP". Elle avait l'air plus douée que moi. Un jour j'ai remarqué son tatouage. J'ai mis l'Iphone sur silencieux, et hop, ni vu ni connu dans la boîte. Ce qui me plaît là-dedans, c'est l'écotone, l'effet de lisière suscité  par le tatouage qui relie doucement  deux milieux séparés et unis à la fois et vous guide d'une zone extime (le dos les reins) à une zone plus intime, privée... A part ça, j'aime aussi le format polaroïd SX 70. J'adorais ça dans les années 80...

dimanche 20 février 2011

Exposition




Voilà
à l'exposition "Peur sur la ville", un jeune type  - c'est du moins c'est ce que je suppose au timbre de sa voix, et malgré sa calvitie - demande à la femme d'une quarantaine d'années qu'il accompagne,  ce que c'est que l'OAS. Comme elle n'en sait rien, son regard se tourne  alors vers moi et, tout de même surpris par cette ignorance, je me permets de l'informer. Seulement voilà, en même temps que je parle, je me fais vraiment l'impression d'être d'une autre époque. Pourtant ce n'est pas si loin tout ça. Ces idées sont encore bien présentes dans le sud, en Languedoc, en Provence par exemple ; la haine de certains français vis à vis des maghrébins, elle sort de là... Il me remercie de mes explications puis, avant de prendre congé me fait remarquer que je ressemble à Albert Dupontel. Je trouve ça plutôt flatteur. D'habitude c'est Bigard.

mercredi 9 février 2011

Les Folles

Djelfa, place du marché (1983)

Voilà
parfois des silhouettes plus ou moins voilées, ou des corps enguenillés traversaient la place en poussant des cris stridents, se tapant la tête ou se frappant la poitrine. Il arrivait aussi qu'elles se déplacent par petits groupes de trois ou quatre criant de concert. Il demandait alors à sa mère ce qui était arrivé à ces femmes, pourquoi elles hurlaient de la sorte. Ce sont des folles, lui répondait elle laconiquement. Des folles.... Les folles.... Folle, avant d'être un adjectif avait d'abord été pour lui un nom commun désignant une déploration déchirante et gesticulante, un corps caché dissimulé sous des tissus et qui, de façon imprévisible s'avance dans le désordre de la douleur, éructant une langue rauque pour invectiver le ciel et aussi tout ce qui vient à sa rencontre et capable, du moins le craignait-il alors, de bondir et brutaliser l'enfant qu'il était. Il y avait quelque chose d'effrayant dans cette puissance désespérée — chagrin et colère mêlés — qui lacérait le silence intérieur où, quelle que fut l'heure du jour, il avait coutume de se réfugier lorsque la réalité lui semblait par trop incompréhensible, et qu'il croyait de la sorte tenir à distance le danger toujours présent. C'était la violente incarnation du malheur qui s'approchait comme une menace. Un malheur dont il ignorait la cause mais qui le prenait aussi à témoin, sans qu'il ne sache pourquoi, et qui parfois malgré la distance, paraissait le toucher. Il y avait sans doute du vrai dans cette impression car il sentait aussitôt la main de sa mère se crisper sur la sienne, et comme s'il s'agissait de s'arracher à l'envoûtement possible qu'elle aussi peut-être redoutait, elle l'entraînait précipitant le pas. Folles mais qu'est ce que cela voulait dire ?  Naissait-on comme ça ? Cela n'arrivait-il qu'aux femmes ? Y avait-il un lien avec ce qui se passait ici ?   Était-ce dû à la rudesse du climat à quelque chose qu'on attrapait dans l'air ? En rapport avec l'odeur des gens d'ici ? La nourriture ? Ce n'est que bien des années plus tard qu'il envisagea que peut-être elles avaient perdu un fils un frère un mari, tué par les français, et que là précisément, dans cette souffrance se trouvait la cause possible sinon probable de leur errance.
première publication 9/2/2011 à 13:11

lundi 7 février 2011

Sillages


Voilà
dans la froide clarté du matin les avions traversent le ciel pur, laissant dans leur sillage de longues trainées orangées, qui, plus tard, s'éparpilleront en vagues nuages avant de se dissiper dans l'azur. C'est un émerveillement très enfantin qui me fait saisir cet instant, comme autrefois lorsque, allongé sur la plage, je me tournais vers le ciel, plein d'étonnement pour le spectacle des ces lignes devenant peu à peu étendues. A présent, c'est une sorte de gratitude qui me fait lever les yeux. En dépit des chagrins passés des douleurs présentes et de la fatigue que le corps ne parvient à comprendre, je suis content d'être ici, d'être au monde d'avoir jusqu'à présent vécu ce que j'ai vécu. D'ici quelques semaines je retrouverai peut-être le plaisir de travailler tôt dans le salon baigné de lumière. C'est encore l'hiver mais une journée ensoleillée s'annonce, et qui sait? un printemps précoce. Les jours rallongent, il me semble que l'avenir à nouveau se déploie devant moi.  Je me surprends à espérer,  à croire même en des jours meilleurs. Mais aussitôt je ne puis m'empêcher de redouter que ce bref instant d'optimisme ne se retourne contre moi. (Linked with skywatch friday)

dimanche 6 février 2011

Hommage à Frank Horvat

On n'entendait qu'eux
Voilà
c'était un temps heureux, mon premier séjour à New York, qui était exactement comme dans le film "Recherche Suzanne désespérément", l'année où l'on a joué "Rêves de Kafka" au Pepsico Summerfare Festival. On trouvait alors que "L'ère du vide" de Gille Lipovetski était un livre représentatif de notre époque. Je me souviens de cette phrase : "Le narcissisme est un nouveau stade de l’individualisme au moment où le capitalisme autoritaire cède le pas à un capitalisme hédoniste et permissif. Il inaugure la postmodernité, l’ultime phase de l’homo aequalis." Un quart de siècle après, ça laisse songeur... (Linked with the weekend in black and white)

Publications les plus consultėes cette année