vendredi 11 mars 2011

Fillette, Londres


Voilà
parce que j’étais très troublé par cette poupée aussi grande qu’elle et dont l’habit suggérait un uniforme de déporté, j’ai demandé à la fillette si je pouvais la photographier. Évidemment les conditions de l’observation peuvent parfois modifier la nature du sujet observé, et aussitôt elle a pris la pose. Peut-être s’est elle sentie contrainte, obligée de répondre à ma demande. Qui sait si dans ce visage qui me scrute encore à présent il n’y a pas de l’effroi, du reproche. 
Je garde de ce séjour, le souvenir de longues déambulations dans les quartiers les plus excentrés de Londres. La plupart des magasins étaient fermés, abandonnés. C’était un temps de crise, la misère menaçait certaines franges des classes moyennes. Une atmosphère morne, maussade se répandait un peu partout. La nuit dans la rue, ce qu’on n'appelait pas encore des SDF s’assemblaient sur les bouches d’aération pour y dormir. C’était l’époque des premiers punks, du no future, on sentait qu'un changement était dans l'air, mais chez les copains qui m'hébergeaient on écoutait plutôt Van der Graaf Generator (on était même allé les voir en concert dans une école d'art) ou Renaissance. Quant à moi j'avais vingt ans je ne savais pas trop quelle orientation donner à ma vie. Toujours est-il que Didier F. que je connaissais depuis peu, m’avait chargé de lui ramener une cellule Shure pour sa chaîne HiFi car c’était alors beaucoup moins cher en Angleterre.

2 commentaires:

  1. Très belle photo, très troublante

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  2. Van der Graaf Generator et la cellule Shure : peut-être s'est-on croisés à Londres !?

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