lundi 30 mars 2015

À quai


Voilà
"Il est des bateaux qui aborderont à bien des ports, mais aucun n'abordera à celui où la vie cesse de faire souffrir, et il n'est pas de quai où l'on puisse oublier." écrit Fernando Pessoa dans "Le livre de l'Intranquillité". J'ai repensé à cette phrase l'autre soir, après un moment de grande douceur et de félicité, pourtant. Au lieu de m'endormir paisible et épuisé, je songeais au commandant de bord de l'avion tentant de défoncer la porte blindée du cockpit à coup de hache et aux hurlements des passagers pris de panique devant l'imminence d'une fin aussi atroce qu'absurde, et combien alors le temps avait du paraître long. Oui, propagée sur les ondes, les écrans, petits ou grands, avec ses commentaires multipliés et incessamment répétés, l'information permanente est devenue une sorte de poison qui contamine nos pensées. Elle nous donne à ressentir jusqu'à l'écœurement un monde malade chaotique et suicidaire où peu à peu ni l'amour ni la beauté ne sont à même de nous offrir consolation ou réconfort. J'essaie de me cramponner aux choses simples. Mon forsythia a fait sa première fleur il y a deux trois jours. Un peu plus tardivement que les autres années. Linked with the weekend in black and white)

samedi 28 mars 2015

Sans Repos


Voilà,
hier, à l'occasion de la Journée Nationale du Sommeil, des étudiants en théâtre de l'Université Paris Diderot ont, dans le hall d'accueil de l'Hôpital Bichat, où beaucoup de gens attendent, proposé une performance intitulée "Sans repos". Afin de suggérer des états suscités par des pathologies observées et soignées dans ce centre hospitalier, les performeurs, tout en manipulant des objets oniromanciques (doudous et autres talismans qui parfois aident à trouver le sommeil) se déplaçaient les yeux mi-clos avec lenteur parmi les visiteurs et les patients, parfois indifférents, souvent étonnés mais rarement hostiles. Alentour, des médecins distribuaient des brochures informant des différents risques encourus liés aux troubles du sommeil et de la nécessité d'une alimentation saine au motif que sommeil et appétit influencent notre équilibre hormonal. Sur un banc, une vieille femme dévorait un sandwich sans trop paraître comprendre ce qui se passait autour d'elle.p

vendredi 27 mars 2015

Une Chambre en soi


Voilà,
"tout homme porte une chambre en lui. On peut même le vérifier en écoutant. Quand quelqu’un marche vite et que l’on tend l’oreille, la nuit par exemple, lorsque tout est tranquille, on peut entendre le petit bruit d’un miroir mal fixé au mur ou celui d’un chapeau de lampe." (Franz Kafka)

mercredi 25 mars 2015

Titanik bar


Voilà,
en regardant "Damnation" le film de Bela Tàrr dont les plans sont souvent très longs, il m'a semblé que tous ces cinéastes de la lenteur (comme lui, Angelopoulos, Nuri Bilge Ceylan, Tarkovski ou Antonioni) passés maîtres dans l'art du plan-séquence, parvenaient – mais pour des raisons totalement opposées à celles que suggère Kafka – à obtenir le résultat que redoutait l'auteur de "La Métamorphose". "Je suis de ces êtres chez qui prime la vueécrivait-il "Or le cinéma perturbe la vision. La rapidité des mouvements et la succession précipitée des images vous condamnent à une vision superficielle de façon continue. Ce n'est pas le regard qui saisit les images, ce sont elles qui vous saisissent le regard. Elles submergent la conscience". En fait, j'ai plutôt l'impression que plutôt que de submerger la conscience "la succession précipitée des images" dont il parle a plutôt tendance à l'annihiler complètement. C'est sans doute la raison pour laquelle elle est à ce point utilisée dans les publicités et les films d'action, et qu'au contraire c'est la lenteur qui saisit le regard et submerge la conscience. Lorsque je vois un film d'Angelopoulos, par exemple, il me semble que je me dilue dans le récit, que mon imaginaire est devenu une matière de ce film et qu'en effet ma conscience est "totalement submergée".

lundi 23 mars 2015

L'Animal des Bois


Voilà,
"à peu près ce qu'il en est : j'étais un animal des bois qui, en ce temps là, ne vivait presque jamais dans la forêt, mais terré n'importe où dans un sale fossé (sale en raison de ma seule présence, naturellement), lorsque je vis au grand soleil la chose la plus merveilleuse que j'eusse jamais aperçue ; je ne songeais plus à rien, je m'oubliais totalement ; je me suis levé, je me suis approché, craintif, au sein de cette liberté nouvelle qui me rappelait pourtant l'air natal, je me suis approché malgré ma peur, et je suis arrivé jusqu'à toi. Que tu étais bonne ! je me suis couché à tes pieds, comme si j'en avais le droit, et j'ai posé mon visage dans tes mains, je me suis senti heureux, fier, libre, puissant, chez moi ; tellement chez moi ! (toujours, toujours tellement chez moi!). Mais au fond j'étais resté la bête, je n'appartenais qu'à la forêt, je ne vivais ici, au grand jour, que par ta grâce. Sans le savoir (j'avais tout oublié) je lisais mon destin dans tes yeux. Cela ne pouvait durer. Tu ne pouvais éviter, même en me caressant de la main la plus bienveillante, de découvrir en moi des singularités qui relevaient de la forêt, de cette origine, de cette véritable patrie ; il a fallu te donner, fallu te répéter ces explications sur la "peur" qui me torturaient (toi aussi, mais injustement) comme si j'avais déjà les nerfs à nu ; j'ai senti quelle plaie répugnante je représentais dans ta vie, et quel obstacle universel ! "(Franz Kafka, lettre à Milena)

samedi 21 mars 2015

Quai de la Bastille


Voilà,
je pourrais, sur ce blog, m'en tenir à la stricte présentation d'instants qui m'ont capté, ou de certaines visions que j'ai cru bon figer sous forme de photos, sans pour autant y adjoindre un texte. Ce serait au fond, bien plus simple, moins chronophage aussi. Mais bon, j'ai besoin que des mots accompagnent les images. Non qu'ils m'inspirent confiance, les mots (j'en ai parlé ici ou ), mais s'ils sont souvent effrayants, malcommodes et parfois duplices, leur usage rassure néanmoins. Car, tant que je parviens à agencer des phrases cohérentes, à composer des paragraphes, à formuler des pensées, aussi sommaires soient-elles, cela signifie que je suis encore au monde, que j'y participe (même modestement), que j'ai mon mot à dire, que je peux encore à peu près me situer dans le chaos ambiant sans tout à fait céder à la confusion.
Avec les images il arrive parfois que je me perde à dessein, comme dans ces reflets où, en un même temps et un même cadre, divers pans de réalité s'enchevêtrent. J'aime le trouble et la surprise que cela suscite, ce doux vertige pareil à celui que l'on peut éprouver au sortir d'un rêve. C'est pour de tels étonnements que je marche dans la ville au gré de ma fantaisie. Si je m'efforce d'écrire, au contraire, c'est souvent pour me contraindre, m'obliger à formuler le plus clairement possible ce que je peux ressentir ou penser. C'est ma façon de lutter contre la sensation de dépossession, de perte de contrôle que de plus en plus souvent je crois éprouver, et dont je redoute qu'elle en vienne peu à peu à me submerger. Ecrire pour aussi partager des points de vue, inventer des histoires dont j'ai peut-être besoin de me débarrasser, traficoter des dispositifs rendant la réalité plus supportable. Et puis encore, pour donner du relief à ce qui pourrait sembler ordinaire ou insignifiant, mais qu'une raison obscure ou indéfinie rend toutefois nécessaire.

jeudi 19 mars 2015

Requin


Voilà,
ce que j'ai vu un jour dans la boutique de l'aquarium de Lisbonne. C'était il y a un mois et cela me paraît déjà bien loin. Entretemps j'ai la sensation de ne pas avoir fait grand chose et de m'être éparpillé dans des tâches insignifiantes. Il me semble que le temps me file entre les doigts. Les insomnies me perturbent et me fatiguent.

mardi 17 mars 2015

Un Bernard Buffet rue des Saints-Pères


Voilà,
passant mercredi dernier, rue des Saints-Pères, mon regard a été attiré par cette devanture. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un tableau de Bernard Buffet exposé dans une galerie. Buffet, tout de même, c'est une image du Saint Germain-des-près des années cinquante au même titre que le café de Flore, les caves et les existentialistes. Cela relève presque de la carte postale, du cliché. Je me rappelle que jusqu'à la fin des années soixante-dix on en voyait encore beaucoup dans le quartier. Pour ma part, je n'aimais alors pas trop sa manière, ni cette façon d'apposer une signature géante sur ses toiles. Je trouvais que tout cela relevait du procédé, et que toutes ses peintures se ressemblaient. Durant ces trente dernières années, il me semble — mais peut-être n'est ce qu'une impression — que son œuvre a connu une sorte de purgatoire, du moins en France, car j'ai lu quelque part qu'il est très populaire au Japon où ses toiles sont rassemblées dans un musée qui porte son nom. Aujourd'hui je regarde cela d'un œil moins hostile. Je n'irai pas jusqu'à écrire que cela me plaît, mais cela me touche, sans doute moins à cause de la toile que du temps écoulé entre ma perception présente et celle d'autrefois. Est-ce là une manifestation de faiblesse, une forme d'auto-apitoiement, qui sait, peut-être même de gâtisme ? Ce qui, par contre, continue de m'intriguer, c'est la capacité que peuvent avoir certains artistes de toujours creuser le même sillon sans pour autant jamais s'ennuyer d'eux-mêmes. C'est une question que je me pose de temps à autre.

dimanche 15 mars 2015

Vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises...


Voilà,
souvent, pour expliquer le sens de son action, il avait coutume de dire qu'il était "l'âne qui porte les prophètes". C'est une ânesse qui, pendant qu'une enceinte diffusait les suites pour violoncelles de Bach, a précédé la carriole transportant son cercueil décoré par ses filles de motifs de tapas océaniens qu'il aimait beaucoup. Dans le petit cimetière, quelqu'un a lu "la prière pour aller au paradis avec les ânes" de Francis Jammes. Des amis ont ensuite rendu des hommages sobres et émouvants, où des sanglots parfois s'étouffaient au détour d'une phrase. Il y eut d'autres discours après, plus officiels et convenus. C'est alors que l'ânesse s'est mise à souffler un peu. Mais quand ensuite fut diffusé le poème de Verlaine chanté par Léo Ferré qui commence par "âme te souvient-il au fond du paradis de la gare d'Auteuil et des trains de jadis..." Il y eut un grand silence, et des larmes difficiles à retenir. Le curé d'origine africaine qui autrefois venait donner la communion à Dominique quand elle ne pouvait plus se déplacer a pris alors la parole. Non pour une bénédiction que le défunt ne souhaitait pas, mais pour, en peu de mots, mais si justes et sincères, s'adresser une dernière fois de sa voix chaude et apaisante, à "Papa Philippe" comme il l'appela. Il savait que dans cette assemblée, nombreux étaient ceux pour qui il avait été comme un père. Ensuite, ce fut la mise au caveau au son de l'adagio du concerto pour hautbois en Ré mineur de Alessandro Marcello, les pétales de fleurs jetés sur la bière, et une dernier poème, celui des "deux escargots qui s'en vont à l'enterrement d'une feuille morte" de Prévert, chanté par les Frères Jacques, ses amis d'autrefois. On s'est ensuite retrouvés dans la salle des fêtes du petit village pour boire et manger comme il aimait tant le faire... Le portrait peint par Yves Faucheur qui se trouvait autrefois dans l'entrée de l'appartement de la rue de Vaugirard y était accroché. Cette matinée de séparation, ses filles ses petits-enfants et ses proches ont su en faire un adieu tendre et paisible, un moment partagé qui lui ressemblait, atténuant ainsi le chagrin éprouvé. Par delà la mort, quelque chose de lui se perpétue, essentiel : cet art de vivre qui lui était si singulier, prodigue de tant de bonté, d'attention et de générosité. 

Portrait de Philippe Tiry par Yves Faucheur

Les liens qui évoquent Philippe

jeudi 12 mars 2015

Où le vent m'emporte


Voilà,
"Ce matin je suis sorti très tôt parce que je m’étais éveillé encore plus tôt et qu’il n’y avait rien que j’eusse envie de faire… Je ne savais quelle direction prendre, mais le vent soufflait fort, il poussait d’un côté, et je suivis le chemin vers quoi le vent me soufflait dans le dos. Telle a toujours été ma vie, et telle je désire qu’elle soit à jamais ; je vais là où le vent m’emporte et je ne me sens pas penser. "(Fernando Pessoa) Linked with "the weekend in black and white"

lundi 9 mars 2015

Philippe Tiry


Voilà,
on s'est perdus de vue depuis longtemps, on reçoit de loin en loin, par des tiers, des nouvelles... On a beau avoir pris conscience que, à plus ou moins brève échéance, cela finira bien par arriver — c'est inéluctable, une loi de la nature —, on a beau s'y attendre, lorsqu'il advient, l'événement laisse décontenancé, abasourdi et plonge dans le chagrin.  Philippe n'est plus de ce monde. J'ai beau avoir aujourd'hui à quelques mois près, l'âge qu'il avait sur cette photo prise en Provence à l'été 1986, je me sens moi aussi comme orphelin. Je l'ai souvent évoqué ici ou . Le rencontrer, lui et son épouse Dominique, à l'âge des incertitudes, quand on ne peut plus, ne veut plus être enfant et que l'on ne sait comment devenir un adulte, a été une chance qui m'a sûrement évité bien des déboires, des fausses routes et des folies. Il m'a appris à regarder le monde autrement, à le goûter autrement aussi. Peter Brook a réalisé autrefois un film "Rencontre avec des hommes remarquables". Philippe Tiry, sans aucun doute, était lui aussi de cette espèce là. Il était merveilleux, de gentillesse, d'humour et d'intelligence. Et par dessus tout, il aimait partager la table et le vin, avec élégance imagination et fantaisie...

dimanche 8 mars 2015

Journée internationale des droits des femmes


Voilà,
aujourd'hui c'est la "journée internationale des droits des femmes".
Et ça une vitrine rue Oberkampf. Je ne ferai pas d'autre commentaire.

vendredi 6 mars 2015

Et dans cette songerie...


Voilà,
"Et dans cette songerie sans calme ni grandeur, dans cette flânerie sans but ni espoir, mes pas usaient cette matinée de liberté, et mes phrases prononcées tout haut à voix basse résonnaient, en se multipliant, dans ce simple cloître de mon isolement." (Fernando Pessoa) (Linked with the weekend in black and white)

mardi 3 mars 2015

Intuitions


Voilà,
"On peut ainsi imaginer que les écrivains et les artistes pressentent des formes qui n'ont pas encore cours et auxquelles seule leur intuition permet d'exister, avec un temps d'avance plus ou moins long. (...) Les créateurs perçoivent autour d'eux les éléments annonciateurs d'événements qui ne se sont pas encore produits mais dont les premiers signes sont perceptibles à ceux qui disposent d'une sensibilité exacerbée (...) ils sont attentifs à des mouvements collectifs subtils auxquels tous les êtres n'ont pas accès, et ils en tirent les conséquences dans leurs fictions, en prolongeant les lignes de force invisibles perçues dans la réalité". Pierre Bayard in "Il existe d'autres mondes"
Linked with skywatch friday

lundi 2 mars 2015

Foudroiement


Voilà,
Un après-midi au cœur de l'été, apercevant ces arbres fantomatiques, de vieilles terreurs ressurgissent. Ce qui tout à coup, sans qu'on s'y soit préparé réduit une existence à néant. L'infarctus, l'accident vasculaire cérébral, la faute d'inattention qui dans la rue ou sur la route vous fait passer immédiatement de vie à trépas, l'agression inexpliquée, l'attentat aveugle et meurtrier qui saccage tout, sans distinction, le train qui déraille sur une voie mal entretenue, l'opération bénigne qui tourne mal, la nouvelle effroyable qui vous plonge dans le malheur et le chagrin (la liste n'est pas exhaustive bien sûr, mais là j'ai un peu la flemme d'en rajouter car en peu de mots ça fait déjà beaucoup). Et puis un souvenir de lecture aussi : ces pages traumatisantes dans "Ostinato" acheté et lu à Annecy début 1997. Louis-René des Forêts y évoque la tragique disparition de sa fille frappée par la foudre. L'incrédulité qui s'en était alors suivie devant ces pages si pudiques et émouvantes. Et aussi l'accablement qui m'avait alors accompagné se prolongeant plusieurs jours durant. Bon si je n'ai jamais pris d'antidépresseurs de ma vie c'est parce que ça rend tout mou paraît-il (Linked with skywatch friday)

samedi 28 février 2015

Récentes promenades


Voilà,
dans la salle d'attente au sortir d'un examen radiologique, une jeune femme raccompagne sa vieille mère dont la démarche hésitante nécessite qu'elle se rasseye un moment. C'est aussi qu'elle voudrait retrouver dans son sac ou dans ses poches elle ne sait plus très bien un document dont elle a besoin pour un rendez-vous suivant, à la banque crois-je comprendre. Cela dure un certain temps. Le visage de la fille et surtout ses intonations lorsqu'elle questionne sa mère laissent transparaître son agacement. Voyant cela, c'est évidemment à moi que je pense. Je redoute la possibilité qu'un jour nous nous donnions aussi, père et fille, à notre insu de la sorte en spectacle. J'essaie de chasser cette idée de mon esprit en convoquant les doux souvenirs de nos récentes promenades.

vendredi 27 février 2015

La Fille au bord du Tage


Voilà,
le jour du mardi gras qui est un jour férié là-bas, 
j'ai passé un long moment à regarder cette jeune femme qui n'arrêtait pas de faire des selfies sur le bord du Tage. 


Elle avait l'air plutôt contente comme ça toute seule, 
quoique, à son sourire, je supposais qu'elle devait être, du moins en pensée, en compagnie d'une personne aimée à qui elle destinait ces photos. 


Elle y prenait beaucoup de soin, recommençant souvent et fignolant son cadre, 
sans même se rendre compte à quel point elle attirait l'attention
(Linked with skywatch friday)

jeudi 26 février 2015

Le Héros


Voilà
le héros s'appelait Jim Curtiss. Non, pas le héros, le double. C'était un lointain parent de Ted Curtiss le fameux parachutiste, dont j'ai fait la connaissance vers 63 ou 64. L'adversaire s'appelait Roy Boy. Il avait une sacrée carrure était bien plus grand que Jim, les yeux clairs, le cheveu blond et ras, totalement antipathique mais sacrément coriace. C'est lui qu'il fallait absolument battre aux dames, aux dominos, au mikado, à la course en vélo en solitaire-mais-pas-vraiment, lui qui attaquait en traître dans la forêt, qui portait continuellement la contradiction et manigançait des mauvais coups. Je ne sais pas trop ce qu'ils sont devenus. Ils se sont évanouis dans la nature, à peu près à la même époque. La dernière fois où j'ai aperçu Jim, il paraissait un peu las, et préoccupé. Il fumait beaucoup. Il avait pris du poids. "Les héros sont fatigués" avait-il maugréé dans un demi-sourire. Il n'avait, de toute la conversation, quitté ses lunettes de soleil, de sorte qu'a aucun moment je n'avais pu croiser son regard. Nous avions été pourtant si proches, autrefois. (shared with friday face off

mercredi 25 février 2015

La Douceur


Voilà,
parfois, au détour d'une rue, une vision fugitive infiniment tendre et apaisante, un instant, vous réconcilie avec le monde
(qui d'ailleurs n'en a rien à faire)

mardi 24 février 2015

Le jour où le Sporting a battu Gil Vicente 2 à 0


Voilà,
Il n'y avait pas grand monde dans les rues de Lisbonne ce matin-là. Je ne sais s'il en est toujours ainsi, le dimanche. Ou si la fraîcheur en était la cause ou bien encore le début du carême. Ma fille et moi avons traversé le Tage juste pour voir à quoi ressemblait la ville depuis la rive opposée. On a traîné un long moment sur les quais abandonnés de Cacilhas. Parfois je ne pouvais m'empêcher de songer à cette horrible vidéo mise en ligne par Èva que j'avais, quelques jours auparavant, en partie regardée, sans trop comprendre dans un premier temps de quoi il s'agissait, si c'était une fiction ou pas. Réalisant soudain ce qui allait suivre, j'avais laissé tombé. Je pensais à ces temps pas si lointain où la réalité n'était pas encore devenue cette vaste pornographie que propage Internet. Des choses étaient encore cachées. Je me demandais pourquoi j'avais si peur de voir ou de regarder certaines fictions séquences ou documentaires relatant une réalité crue alors que les images fixes me semblent plus supportables. Et parce que dans la nuit j'avais cherché des informations sur l'origine des langues ibériques, me traversaient aussi de vagues considérations sur le déclin des civilisations, les mouvements migratoires, le délitement actuel de l'Europe, les menaces terroristes et les déclarations de guerre des Islamistes radicaux contre "les peuples de la croix". Parfois je claquais quelques photos, et puis comme je sais faire plusieurs choses à la fois, je plaisantais avec ma fille si heureuse de découvrir Lisbonne. D'ailleurs le grand projet du jour n'était pas de flâner sur ces berges ni même d'aller voir de plus près la statue du "Cristo Rei". Non le grand projet était d'aller, à l'Estadio José Alvalade XXI assister comme promis en fin d'après-midi à un match opposant le Sporting du Portugal contre Gil Vicente l'équipe de la ville de Barcelos qui porte tout de même le nom d'un poète classique portugais du XVème siècle. 
Oui c'est comme ça, ma fille aime le foot. 
Dans le très beau film "La vérification" que j'ai vu récemment dans le cadre d'une rétrospective qui lui est consacrée, le réalisateur soviétique Alexeï Guerman, fait un éloge appuyé du football au cours d'une conversation entre deux résistants communistes à l'occupation nazie. L'un d'eux dit  même que "c'est un sport très intelligent et subtil". Sur le moment j'avais trouvé cette séquence vraiment surprenante. 
première publication 24/2/2015 à 7:34

samedi 21 février 2015

Calçada


Voilà,
Petits cubes de calcaire blanc et de basalte noir, parfois glissants pour les semelles usées, ils forment une marquetterie brillante qui dépayse et c'est très bien. Cette ville me charme de plus en plus. Aujourd'hui le vent y souffle fort. Et la lumière y est continuellement changeante. Le linge sèche vite aux fenêtres.

vendredi 20 février 2015

Rétrospective Jeff Koons


Voilà,
je ne peux pas dire que j'ai vraiment visité la rétrospective Jeff Koons. Je m'y suis plutôt promené, je l'ai parcourue. C'était un début de soirée, en semaine, il y avait beaucoup moins de monde que je le craignais. J'y ai déambulé comme dans une galerie marchande, ou comme on s'attarde devant les vitrines des Galeries Lafayette ou du Bon Marché au moment de Noël. D'ailleurs peut-être n'est-ce pas tout à fait le fruit du hasard si cette expo a été inaugurée avant les fêtes de fin d'année. Ce n'était pas désagréable plutôt distrayant. L'ensemble est assez kitsch avec ses sculptures colorées représentant des icônes de la société de consommation américaines, ou des reproductions géantes de ces objets que l'on gagne dans les fêtes foraines. Ou encore avec ces objets gonflables plutôt mous durcis dans l'acier. L'artiste assez malin sans doute, s'amuse du paradoxe et de la prévisible interprétation freudienne qu'on peut en faire. Il a retenu les leçons de Duchamp et de Warhol.
Comme nombre de ses œuvres sont constituées de surfaces réfléchissantes que le public est autorisé à photographier, la plupart d'entre elles se révèlent ainsi à chaque fois comme une pièce unique qui n'existe qu'au regard de celui qui l'a enregistrée. Non seulement ce qui s'y reflète est toujours différent (les spectateurs ne sont jamais les mêmes) mais en plus l'observateur figure presque toujours sur la surface qu'il photographie conférant ainsi à l'œuvre capturée le statut de selfie qui est le comble de la contemporanéïté. C'est ça surtout qui m'a saisi (et que j'ai saisi) : le nombre incroyable de gens photographiant les "œuvres".


Sinon j'y ai appris qu'il avait étudié avec Ed Paschke. j'ai découvert ce peintre de Chicago, à la fin des années 70 au cours de mes pérégrinations adolescentes entre la rue Mazarine la rue de Seine et la rue Dauphine. Il était exposé à la galerie Darthea Speyer sise près du café "La Palette" rue des Beaux-Arts. Je me rappelle en particulier de grands toiles en noir et gris. Je reparlerai un jour de ces déambulations... (Linked with weekend reflections)

mercredi 18 février 2015

Le Funiculaire de Bica


Voilà,
"le funiculaire de Bica effectue une coupe transversale dans ce quartier de vieux escaliers inaccessibles aux automobiles. Cent fois par jour, le petit tram à crémaillère trouble les canaris et les chiens nonchalants, sépare les mégères, interrompt les livreurs pénètre en reflets chez la mercière des beaux et bons boutons et dans la bibliothèque d'un vieux républicain. Que les gens sont accueillants ! Quels transports pendant ce tendre parcours" (Christian Auscher)  (shared with the weekend in black and white - my corner of the world)
première publication 18/2/2015

mardi 17 février 2015

Demi-fou


Voilà,
lors du jugement de Jean-Claude Romand (cet homme qui a tué sa famille après s'être, pendant dix huit ans, fait passer auprès d'elle et de tout son entourage pour un chercheur et un médecin), le psychologue assermenté auprès du tribunal a déclaré le criminel à demi-fou "parce qu'il avait une vison altérée du réel". A juste titre au cours d'un entretien radiophonique le photographe Eric Delsaux en a conclu que "nous sommes tous des demi-fous puisque chacun cultive un rapport diffus bizarre et fuyant au réel". D'ailleurs ce post, lui aussi, atteste d'un rapport équivoque au réel, puisque, non seulement l'image n'illustre en rien le propos que je tiens mais en plus — comme bien de ceux qui vont lui succéder dans les jours à venir et comme de nombreux autres qui l'on précédé —, ce billet programmé à l'avance, se trouve en quelque sorte publié au futur antérieur. (Shared with Monday murals)

samedi 14 février 2015

Aux Eyzies


Voilà
Je repense souvent à ce lieu — vraisemblablement un des plus visités de France — peuplé depuis plus de 35 000 ans. Je me demande souvent si, à l'heure des téléphones portables et de l'informatique, ils se sentent reliés au monde d'une façon différente ceux qui, aujourd'hui encore vivent à proximité de ces grottes ou nos lointains ancêtres ont autrefois trouvé refuge.

mercredi 11 février 2015

Le chat de Chris Marker



Voilà,
j'aime bien apercevoir le chat de Chris Marker nous faisant coucou par l'une des fenêtres de la cinémathèque. J'attends avec impatience qu'une rétrospective lui soit ici consacrée (à Chris Marker, pas au chat). Il y a quelques mois j'ai manqué l'exposition le concernant au Centre Pompidou.

lundi 9 février 2015

A travers le hublot


Voilà,
quoique bien fatigué, pour tout dire assez lessivé, secoué, rincé comme il faut, essoré même, je me sentais malgré tout soulagé d'autant qu'il me semblait avoir un peu retrouvé des couleurs. J'éprouvais le sentiment d'être à la fois autre et neuf. J'étais pantalon, j'étais chemise ou culotte et même chaussette, mais uni à moi-même et non plus éparpillé dans ma propre diversité. J'avais cependant un peu froid. On viendrait bientôt me recueillir me sécher, cela ne faisait aucun doute. Il suffisait d'être patient. Contemplant le monde à travers le hublot, je savais qu'on qu'on ne m'abandonnerait pas. Je craignais juste d'être volé, ou qu'un morceau de moi ne soit oublié à l'intérieur de la machine.

samedi 7 février 2015

Pension de famille


Voilà,
celle-ci je l'ai prise il y a quelques années, à la vitrine d'un antiquaire, je ne me souviens plus exactement quand (vers 2011 ou 2012 vraisemblablement — mais est-ce que cela a vraiment de l'importance ? —), et  — ça j'en suis tout à fait certain —  c'était par une journée d'été  (sans doute au mois d'Août) dans le sixième arrondissement, un dimanche (car tout était fermé) non loin de la rue du Regard. Je me sentais alors très seul, et il m'arrivait souvent de traîner sans but. J'étais un peu comme la statuette du fond qui a l'air de se poser bien des questions quant à l'usage des tirets et des parenthèses,  —  semble-t-il ( mais je me trompe peut-être) —.  (Linked with weekend reflections

jeudi 5 février 2015

Théâtre de pierre


Voilà,
il y a ces instants où le malheur nous effleure. Il suffirait de quelques secondes en moins, de quelques mètres de plus. La mort nous fait signe de près. Le sort nous épargne l'accident et nous fait ainsi grâce des tourments et de la souffrance physique mais nous rappelle cependant qu'en dépit de ce que nous nous efforçons de croire, nous sommes bien peu maître de notre destin.

mardi 3 février 2015

Fin de la récréation


Voilà,
samedi dernier on était encore tous Charlie


Maintenant,
on est tous IPhone 6.

Bon je vais me coucher.

lundi 2 février 2015

La juste distance


Voilà,
parfois j'envie cette distance singulière et toujours juste que Jean-Louis Boissier, dans son blog, sait établir entre lui et les choses ou entre les événements et la perception qu'il en a. Le texte est précis toujours en lien avec l'image. Ce qu'il évoque doit à l'évidence le toucher — sinon il n'en parlerait pas —, mais la tentation de l'ego, la boursouflure de la métaphore, le sentimentalisme complaisant lui sont étrangers. Une élégante sobriété confère à son propos pertinence et fluidité. Le lisant, je repense souvent aux courriels ou textos qui m'étaient de temps à autre destinés et dans lesquels avec rigueur et concision M.A restituait ces choses vues ayant attiré son regard et alimenté sa réflexion. Son acuité me manque. 

dimanche 1 février 2015

Dans la nuit froide


Voilà,
juste marcher dans la nuit froide sans but sans perspective. Marcher, sans savoir pourquoi en si peu de temps, c'est devenu aussi difficile et douloureux. Marcher tant que c'est encore possible. Essayer de chasser les idées sombres. Celles se rapportant à soi. Celles qui concernent le monde. Des choses écrites il n'y a pas si longtemps reviennent en mémoire. Sensation que désormais le péril se précise, qu'il suffit d'un rien pour que l'Europe bascule dans le chaos. Il n'y a pas que les menaces de terroristes musulmans radicaux. Il y a aussi, évoquée dès 1996 par Viviane Forrester, "l'horreur économique" du Libéralisme qui est lui aussi un fanatisme, plus sournois, plus insidieux. D'ailleurs il est possible que tous deux se nourrissent de l'autre. En tout cas, l'émotion suscitée par les derniers attentats permet aux politiciens d'Europe (pantins au service des banques et de l'oligarchie financière qui constitue ces 8% de l'humanité détentrice de 84% de la richesse mondiale) de faire passer en douce quelques lois bien dégueulasses.
Pendant ce temps, les français se remettent de leurs émotions... Et parce que le président d'un pays meurtri, a su trouver les mots justes et une attitude digne, le voilà crédité de 21 points supplémentaires dans les sondages de popularité. On vit une époque formidable écrivait autrefois Reiser. Mais quoiqu'il en soit, les problèmes demeurent. Il y a fort à parier que d'ici quelques mois il ne restera pas grand chose de cette légitime indignation partagée et complaisamment réduite à un slogan. L'absence d'argent pour financer, la culture, la santé, l'éducation, sont au cœur des problèmes qui se posent ici dans nos banlieues.
Pendant ce temps là, les patrons des grandes entreprises, et ces entreprises elles-mêmes continuent de payer des impôts ridicules au regard de leurs profits.
Pendant ce temps, les mollahs de la pensée néo-libérale et les petits flics à leur service continuent de gesticuler proclamant qu'il n'y a rien à voir.

vendredi 30 janvier 2015

A travers la matière


Voilà,
"La vie est un voyage expérimental, accompli involontairement. C'est un voyage de l'esprit à travers la matière et, comme c'est notre esprit qui voyage, c'est en lui que nous vivons. Il existe ainsi des âmes contemplatives qui ont vécu de façon plus intense, plus vaste, plus tumultueuse que d'autres qui ont vécu à l'extérieur d'elles-mêmes. C'est le résultat qui compte. Ce qui a été ressenti, voilà ce qui a été vécu. On peut revenir aussi fatigué d'un rêve que d'un travail visible. On n'a jamais autant vécu que lorsqu'on a beaucoup pensé." Fernando Pessoa
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mercredi 28 janvier 2015

Encapuchonnée


Voilà,
solitaire et patiente juste une silhouette dans cet hiver doux et pluvieux. Qui est elle ? À quoi rêve-t-elle ? Comment fait-elle pour s'arranger de ce monde qui à présent m'échappe et où un jour je ne serai plus quand elle y sera encore ? 

lundi 26 janvier 2015

Le véritable poppers


Voilà,
tout à l'heure j'ai découvert avec étonnement que l'on vendait du poppers au bar tabac qui se trouve près du terminus de bus 58 au Châtelet

dimanche 25 janvier 2015

Miroirs encore


Voilà,
"Les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va. Du reste, regardez vous toute votre vie dans une glace et vous verrez la mort travailler comme les abeilles dans une ruche de verre." Ouais, ouais sûrement tu as raison Jean Cocteau, mais franchement qui est assez con pour se regarder toute une vie dans un glace ? En plus maintenant il y a les smartphones...  
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mardi 20 janvier 2015

Photo, photo, photo


Voilà,
un jour j'ai photographié un homme photographiant des photos. Il était appuyé contre un mur de photos et sur l'une de ces photos il y avait une femme qui prenait une photo. Peut-être quelqu'un était-il aussi en train de me photographier sans que je ne me rende compte que moi aussi j'allais devenir une silhouette sur une photo. Tout cela est totalement absurde. Cette profusion d'images, ce besoin d'être image ou de faire image, auquel je participe grandement, est sans doute le symptôme, ou peut-être même la maladie d'un monde où le sens des mots s'est perdu. Oui le poids des mots est, la plupart du temps bien léger comparé au choc des photos. Par exemple, cherchant sur internet des éléments relatifs à la notion de pardon dans le coran  —car en ce moment je me me demande pourquoi bien des musulmans modérés s'offensent plus particulièrement du fait que l'image du prophète soit sur la dernière couverture de Charlie-Hebdo et jamais ne commentent de la phrase qui est au-dessus "Tout est pardonné" — je suis tombé, dérivant de lien en lien au gré de la sérendipité, sur les images atroces de décapitations et d'exécutions sommaires commises par les membres d'ISIS ou (Daech en français). Que peut la raison face au dégoût que ces images suscitent ? Que peut la pensée quand il est vraisemblable que les actes qui ont précédé ces images fascinent certains au point qu'ils désirent en faire de même ? Les images s'inscrivent avec plus de persistance dans la mémoire que les mots qui pourraient les suggérer. Je me souviens avec précision de choses vues au début des années soixante en Algérie. je pourrais les décrire, les raconter (j'ai tenté parfois de le faire dans ces pages), mais quel impact à côté d'une image ? J'ai réouvert hier le livre de Bernard Wallet "Paysage avec palmiers" où il évoque en une séries de brèves notations les horreurs vues pendant la guerre du Liban. Ce livre m'avait terriblement impressionné sur le moment, tout comme celui de Velibor Čolić "Chronique des oubliés", évoquant la guerre civile intercommunautaire dans les Balkans. Mais le relisant, je m'aperçois que je n'en ai pas retenu grand chose, en dépit de  son incroyable précision et de sa qualité d'écriture, si ce n'est un malaise persistant et des images mentalement reconstituées, et quelques phrases. Pourtant le livre n'est pas un livre de réflexion, mais plutôt de sensations. J'ai même d'une certaine façon oublié les horreurs qu'il évoque. Sa relecture rappelle juste que ce qui se passe aujourd'hui, hier est déjà advenu pour d'autres mensonges, pour d'autres idées folles, pour d'autres conquêtes du pouvoir... Et puis les mots choisis avec précision, les phrases, leur agencement fluide, tout cela s'effacera de nouveau. Alors que les "folles" hurlant dans les rues de Djelfa, ou bien le corps mutilé de celui dont la grenade tout juste dégoupillée avait aussitôt explosé dans sa main plutôt qu'au restaurant qui en était la cible, ou encore l'image du petit cireur abattu Darse de l'Amirauté parce qu'on le soupçonnait de dissimuler une bombe dans sa boîte à chaussures, ces images-là restent inscrites dans ma mémoire, comme une empreinte photographique.

samedi 17 janvier 2015

Au souvenir de qui je fus

                                                                               
 
                                                                                    Voilà,
                                                                                    "Au souvenir de qui je fus, je vois un autre 
                                                                                    Et le passé n’est le présent qu’en la mémoire. 
                                                                                    De nostalgie blessée mon âme se languit 
                                                                                    Non pas de moi-même, ou du passé que je vois, 
                                                                                    Mais de celui que j’habite 
                                                                                    Derrière mes yeux aveugles. 
                                                                                    Rien, hormis l’instant, ne sait rien de moi. 
                                                                                    Même mon souvenir n’est rien, et je le sens bien 
                                                                                    Que celui que je suis et ceux-là que je fus 
                                                                                    Sont rêves différents."
                                                                                    Fernando Pessoa
                                                                                    shared with midweek muse challenge 

jeudi 15 janvier 2015

Nouvelles tentatives


Voilà,
dehors il fait froid il pleut il y a du vent je n'ai pas envie de sortir. J'écoute distraitement des jeunes acteurs parler à la radio de la notion de personnage. J'essaie de mettre à profit le temps libre que je n'ai pas eu depuis longtemps. Je fais de nouvelles tentatives dont je ne sais si je les prolongerai ou si ce sont que des impasses. J'y pense depuis des semaines et je m'aperçois que c'est beaucoup plus laborieux que je ne l'imaginais. Je n'ai parlé à personne depuis des heures. Il faudrait que je fasse du ménage, que je range des papiers. J'ai la flemme. J'ai envie d'expédients, j'ai envie de sexe, j'ai envie d'être une fiction. J'ai envie de n'importe quoi qui m'arracherait à la pensée consciente. Peut-être vais-je dormir. Où aller au cinéma. Ou regarder un vieux film à la maison. "Demon seed" par exemple...

mercredi 14 janvier 2015

S'émerveiller quoiqu'il en soit


Voilà,
je m'arrête encore pour regarder le dompteur de bulles. Pendant quelques minutes je m'attarde. Même si les mots ne viennent plus, même si je suis incapable de formuler la moindre réflexion, au moins ai-je encore des dispositions à m'émerveiller de choses simples et enfantines. Ces derniers jours tant de gens autour de moi ou sur les réseaux sociaux développent des analyses subtiles, affirment leur point de vue, se révèlent avoir des considérations très pertinentes à exprimer au sujet du drame qui vient de secouer ce pays et à propos du malaise qui gagne notre société. Au moins tout cela me donne-t-il l'occasion d'éprouver mes limites. Sans doute suis-je ce qu'on appelait autrefois un honnête homme. J'ai un peu de culture générale et suis aussi capable de réaliser un certain nombre de choses plutôt bien, sans pour autant avoir de don précis ni de disposition particulière. Parfois je ressens la nécessité de parler ou d'écrire alors qu'il suffirait simplement de se taire. Ces derniers temps les mots me fatiguent considérablement. Ils ne me sont pas d'un grand secours. Les pensées sont un peu comme ces bulles qui éclatent à peine formées....

lundi 12 janvier 2015

Impuissante Colère


Voilà,
Je dois à Murièle Modély  — dont je recommande par ailleurs la consultation du site "l'œil bande" et la lecture de ses recueils de poésie — , la découverte de ce texte, qui me semble d'une effroyable actualité : "Une société en déficit de représentation oscille en effet entre la passivité et les peurs. Elle tend à être dominée par le ressentiment, qui marie la colère à l'impuissance, et ne peut donc penser concrètement l'action sur elle même. Elle doit en effet sans cesse simplifier et caricaturer le réel pour espérer le rendre malléable. La mal représentation conduit à gommer la réalité, à le rendre indicible. Un rapport simultanément magique et soumis au monde se durcit sur cette base. La société finit par ériger des boucs émissaires en uniques causes de tous ses maux et à ne plus pouvoir s'appréhender que sous les espèces d'un bloc indistinct en butte à des puissances maléfiques radicalement étrangères. En même temps la politique est de plus en plus violemment rejetée et assimilée à ce qui est structurellement extérieur à la vie des gens. C'est dans ces termes qu'il faut aussi comprendre ce qui apparait comme une crise de la volonté. Le sentiment d'impuissance que beaucoup d'hommes et de femmes ressentent tragiquement aujourd’hui n'a pas seulement pour origine une démission paresseuse du politique. Il naît également de la résistance de la réalité aux vieux concepts avec lesquels on l'appréhende. Les mots ne disent plus les choses et s'avèrent donc incapables de les modeler. L'écart entre la réalité vécue et la réalité pensée constitue pour cela désormais un verrou majeur à la transformation de la société autant qu'à la reconquête de la dignité des individus. Une société illisible à ses propres yeux, dominée par l'ignorance d'autrui est simultanément une société opaque pour les gouvernants. c'est l'autre face du probleme. Ces derniers s’avèrent incapables d'en saisir les ressorts, d'en cerner les attentes. eux aussi perdent le contact avec le réel. La langue de bois politique se développe sur cette base, expression d'un rapport également incantatoire à la réalité. Le populisme des gouvernés et l'impuissance des des gouvernants entrainant la vie politique dans une spirale fatalement régressive. [...] "Raconter la vie" contribuera aussi à encourager l’intérêt pour autrui ; c'est en cela que le projet a également une dimension morale [...], il s'agit de sortir de l'invisibilité toute la société, et de produire une connaissance qui rapproche ses membres entre eux. C'est une connaissance interactive de l'ordinaire en lieu et place d'une mise en scène de l'extraordinaire. [...] la démocratie, on l'a dit ne peut vivre si les hommes et les femmes ne font pas société. La connaissance d'autrui est le socle de cette entreprise etc."
Le parlement des invisibles, Pierre Rosanvallon, (Raconter la vie), Seuil, 2014
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dimanche 11 janvier 2015

Le 11 janvier 2015 à Paris


Voilà,
ça c'était hier soir, l'hommage discret de quelques anonymes, place de la République. Aujourd'hui une foule immense, incroyable... Bien des gens qui ne lisent pas Charlie-Hebdo ce journal libre et sans publicité ont marché dans la rue. Peut-être le temps d'un après-midi, les français se sont-ils surpris à être capable de se rassembler pour une juste cause : celle de la liberté d'expression. Après, reviennent les émissions compassionnelles, l'obscénité des bons sentiments jetés en pâture à la radio à la télévision, le festival des ego, les tentatives de récupération politiques, le mercantilisme... Pour l'analyse, la réflexion et l'intelligence on repassera. Je n'ai pas pris beaucoup de photos aujourd'hui. les foules ne m'inspirent pas. Et puis je n'avais pas trop envie. Mais tout de même il y avait cette fille qui tenait absolument à être visible et qui a beaucoup été photographiée sans doute, et cette pancarte en hommage à Georges Wolinski. J'ai déclenché.

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