mardi 20 janvier 2015

Photo, photo, photo


Voilà,
un jour j'ai photographié un homme photographiant des photos. Il était appuyé contre un mur de photos et sur l'une de ces photos il y avait une femme qui prenait une photo. Peut-être quelqu'un était-il aussi en train de me photographier sans que je ne me rende compte que moi aussi j'allais devenir une silhouette sur une photo. Tout cela est totalement absurde. Cette profusion d'images, ce besoin d'être image ou de faire image, auquel je participe grandement, est sans doute le symptôme, ou peut-être même la maladie d'un monde où le sens des mots s'est perdu. Oui le poids des mots est, la plupart du temps bien léger comparé au choc des photos. Par exemple, cherchant sur internet des éléments relatifs à la notion de pardon dans le coran  —car en ce moment je me me demande pourquoi bien des musulmans modérés s'offensent plus particulièrement du fait que l'image du prophète soit sur la dernière couverture de Charlie-Hebdo et jamais ne commentent de la phrase qui est au-dessus "Tout est pardonné" — je suis tombé, dérivant de lien en lien au gré de la sérendipité, sur les images atroces de décapitations et d'exécutions sommaires commises par les membres d'ISIS ou (Daech en français). Que peut la raison face au dégoût que ces images suscitent ? Que peut la pensée quand il est vraisemblable que les actes qui ont précédé ces images fascinent certains au point qu'ils désirent en faire de même ? Les images s'inscrivent avec plus de persistance dans la mémoire que les mots qui pourraient les suggérer. Je me souviens avec précision de choses vues au début des années soixante en Algérie. je pourrais les décrire, les raconter (j'ai tenté parfois de le faire dans ces pages), mais quel impact à côté d'une image ? J'ai réouvert hier le livre de Bernard Wallet "Paysage avec palmiers" où il évoque en une séries de brèves notations les horreurs vues pendant la guerre du Liban. Ce livre m'avait terriblement impressionné sur le moment, tout comme celui de Velibor Čolić "Chronique des oubliés", évoquant la guerre civile intercommunautaire dans les Balkans. Mais le relisant, je m'aperçois que je n'en ai pas retenu grand chose, en dépit de  son incroyable précision et de sa qualité d'écriture, si ce n'est un malaise persistant et des images mentalement reconstituées, et quelques phrases. Pourtant le livre n'est pas un livre de réflexion, mais plutôt de sensations. J'ai même d'une certaine façon oublié les horreurs qu'il évoque. Sa relecture rappelle juste que ce qui se passe aujourd'hui, hier est déjà advenu pour d'autres mensonges, pour d'autres idées folles, pour d'autres conquêtes du pouvoir... Et puis les mots choisis avec précision, les phrases, leur agencement fluide, tout cela s'effacera de nouveau. Alors que les "folles" hurlant dans les rues de Djelfa, ou bien le corps mutilé de celui dont la grenade tout juste dégoupillée avait aussitôt explosé dans sa main plutôt qu'au restaurant qui en était la cible, ou encore l'image du petit cireur abattu Darse de l'Amirauté parce qu'on le soupçonnait de dissimuler une bombe dans sa boîte à chaussures, ces images-là restent inscrites dans ma mémoire, comme une empreinte photographique.

4 commentaires:

  1. una bella e curios immagine e interessanti considerazioni sulla Fotografia
    saluti
    Marco

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  2. yes indeed i wonder how the volume of photos we are taking is changing the biology of thinking....

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  3. bonsoir Kwarkito
    ce personnage en couleurs m'intrigue...La posture probablement

    votre texte m'intéresse puisque j'ai eu la même réflexion dernièrement

    une photo, un film irrémédiablement à plus d'impact sur notre subconscient qu'un livre ou un texte
    ça s'oublie très vite

    merci pour ce moment de détente...

    Jorge

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  4. l'arroseur arrosé.... de photos ! j'aime l'image mais les mots aussi qui me permettent d'imaginer !
    ici on trouve les deux....
    mais je ne regarde pas les horreurs sur internet ! savoir que tout ça existe
    me fracasse assez
    bonne journée Kwarkito

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