jeudi 28 février 2013

Porte des Lilas

les lilas
Voilà
bon ce n'est pas une surprise, je le savais depuis un moment ça quand même, qu'il n'y a plus de poinçonneur aux Lilas, ni même ailleurs. Je ne viens jamais ici, pour moi c'est très exotique, comme les bords de Seine pour les japonais. Mais enfin j'espérais que peut-être il y aurait une statue en l'honneur de la chanson de Gainsbourg, ou une plaque, enfin un truc dans le genre quoi. De même que si je sais qu'il n'y a plus de première ni de seconde classe dans le métro depuis longtemps (ah oui tiens ça fait combien de temps que la différence de classe a été abolie dans le métro ?), que le monde a changé, que même en France beaucoup de choses ont changé ces dernières années, eh bien quand même j'ai reçu un gros coup de massue l'autre soir où contraint de garder le lit et incapable de lire et de me concentrer sur quoi que ce soit j'ai regardé à la télévision une émission sur les syndicats. Et là jai entendu une dame de la CGT qui s'appelle Françoise Geng dire à propos du probable prochain secrétaire général de son organisation "Je pense que ses compétences à la tête de la CGT c'est une plus-value pour l'ensemble du syndicalisme en France". Peut-être après tout vivrais-je assez longtemps pour voir - allez pourquoi pas ? - le Parti Communiste vendre son siège à une  banque ou une multinationale. 

lundi 25 février 2013

Sur la route de Taxila



Voilà,
il y avait eu des paysages parfois anodins, bien sûr, d'autres plus majestueux, ou rendus tels par la densité du moment, mais ce qu'on ne pouvait s'empêcher de voir, qui faisait partie du quotidien c'étaient ces vieux camions Bedford outrageusement décorés qui sillonnaient les routes du pays. Sans doute étaient-ils pour la plupart comme le vaisseau d'Ulysse, complètement transformés sans aucune pièce originale, mais il n'en continuaient pas moins de rouler, parfois sur des pistes vertigineusement impraticables, à flanc de montagne, conduits par des seigneurs du volant risquant tous les jours leur vie. Il y avait eu cette sorte de relais routier où nous avions fait une halte sur la route de Taxila, et cette dimension de bricolage généralisé qui caractérisait ce pays m'avait alors une fois de plus effrayé et fasciné.
 
 
Et puis aussi l'étrangeté des panneaux publicitaires Coca-Cola, le salut surprenant presque incongru du jovial bonhomme Michelin dans ces endroits pourtant peu souriants et parfois même hostiles
première publication 25 Février 2013

dimanche 24 février 2013

Je serai dedans


Voilà
(...) il est impossible que j'ai des pensées, et je parle et pense, je fais l'impossible, ce n'est pas possible autrement, c'est lui qui a vécu, moi je n'ai pas vécu, il a mal vécu à cause de moi, je vais raconter ça (...) la fin de sa vie, au fur et à mesure au présent (...) s'il râle c'est lui qui râlera, moi je ne râlerai pas, c'est lui qui mourra moi je ne mourrai pas (...) comment il va faire pour finir, il est impossible que je le sache, je le saurai au fur et à mesure, il est impossible que je le dise, je le dirai au présent, il ne sera plus question de moi, seulement de lui, de la fin de sa vie et de sa mort (...) il ne dira plus jamais rien, il ne parlera à personne, personne ne lui parlera, il ne parlera pas tout seul, il ne pensera pas, il ira, je serai dedans, il se laissera tomber pour dormir, pas n'importe où, il dormira mal à cause de moi, il se lèvera pour aller plus loin, il ira mal à cause de moi, il ne pourra plus rester en place, il n'y a plus rien dans sa tête, j'y mettrai le nécessaire (Samuel Beckett in "Pour finir encore")
première publication 24/2/2013 à 14:00
shared with friday face off

samedi 23 février 2013

Cadaquès


Voilà,
entassés dans la Trabant verte de Anne, On était allé faire un saut à Cadaquès. La guerre du Golfe venait juste de commencer, et on en ignorait encore l'issue. Mais on avait conscience que quelques chose était en train de changer. De toute façon, elle était lointaine, mais cependant fascinante sur les écrans de télévision qui nous en renvoyaient des images verdâtres aussi abstraites que de la vidéo expérimentale. A Béziers, ville bien raciste, les maghrébins redoutant d'être assimilés à ceux dont on bombardait le pays ne sortaient plus le soir par crainte de se faire agresser. La vie semblait absurde. Il y avait quelque chose d'incongru à jouer une pièce de Molière en ces temps obscurs et tourmentés. Mais cette absurdité nous rendait joyeux, car au moins il se passait quelque chose qui venait contrarier le cours ordinaire des événements. Nous ne soupçonnions pas que c'était là, le commencement d'un chaos qui depuis ne cesse de se propager dans tout le monde arabe. Cet après midi d'hiver, le petit port de pêche offrait un contraste déconcertant. Tout y était si lent, si calme, presque évanescent. Après une longue promenade dans les ruelles désertes, et avant de repartir nous étions allés prendre un verre dans ce café où il n'y avait pas foule. Je me souviens avoir dit en plaisantant à Frédéric, que j'allais essayer de faire une photo "façon Libé", le journal de la gauche bohème et bourgeoise d'alors.... Nous étions alors bien désinvoltes plutôt moqueurs et nos soucis d'une autre nature... 
(première publication 23 février 2013)

vendredi 22 février 2013

Démocratie

Boulevard St-Michel 2013
Voilà,
sous certaine latitudes, le mot désigne quelque chose qui relève encore de l'espérance, un idéal pour lequel on se bat encore et pour lequel l'on meurt parfois, quoique en général ces aspirations finissent souvent sous le joug de dictatures religieuses. Ici, c'est devenu une enseigne qui vend des fringues. Peut-être parce qu'on y croit de moins en fait, à la démocratie. Je ne sais pas... J'ai juste trouvé ça étonnant, incongru... Ou peut-être s'est-on résolu à ce que la démocratie soit juste devenue un espace apparent de liberté où la tyrannie de l'argent (qui reste peut-être encore une tyrannie relativement soft au regard de celles qui ensanglantent d'autres régions) peut s'exercer avec cynisme et en toute impunité. Ou peut-être l'image de la démocratie n'est-elle plus que cela : des silhouettes sans corps réduites à une apparence.

mercredi 20 février 2013

Coincé là-dedans

 
 

Voilà,
il me semble parfois qu'il n'en réchappera pas, le petit bonhomme enfermé dans la bouteille, j'ai beau essayer de grimper, d'en sortir, il restera coincé là-dedans, avec mes pensées impossibles à mettre en ordre, oui coincé à mi-chemin sur l'échelle appuyée au réel, au monde réel que je ne comprends pas, à la fois loin et proche et tout déformé, il ne bouge plus je me tiens sur son barreau, il s'accroche, immobile, je n'ai plus les mots il n'a plus d'horizon combien de temps encore allons nous tenir lui et moi, combien ? une ombre lui survivra-t-elle quand je lâcherai prise ? première publication 20/2/2013 à 12:20

dimanche 17 février 2013

Flashback


Voilà,
au marché ce matin j'ai subitement réalisé qu'il y a trois ans jour pour jour je m'embarquai pour changer d'air et me laver les yeux à d'autres lumières. J'ai finalement, au cours de ces trois dernières années, assez peu évoqué ce séjour. Une photo de plage et une autre de bateau, un bout de film aussi, et puis c'est tout. Quelques mois auparavant j'avais tout autrement rêvé cette escapade, et d'une certaine façon j'en garde un souvenir mitigé. Durant une dizaine de jours j'ai parcouru l'île en solitaire, vague et mélancolique, marchant beaucoup, au bord des larmes parfois, essayant de laver mon chagrin à la beauté radieuse des paysages qui s'offraient à moi. Le premier matin, dans la confusion du jet-lag j'étais parti vers cinq heures au petit bonheur la chance, attrapant des bus aux horaires de passage très approximatifs avec l'idée de me rendre à mon rythme sur une belle plage.  (Lin,ked with skywatch friday

  

Je me souviens de la litanie des noms égrenés que diffusait dans le car la radio locale pour annoncer, comme le veut l'usage en ces terres, les récents décès... Je me rappelle Sainte-Rose aussi dans le matin désert mais déjà chaud, les jappements des chiens, le chant des coqs - et un moment j'eus l'impression d'avoir déjà vécu cet instant bien des années auparavant aux Philippines - et ce poulet mort entrevu sur le bitume se décomposant pareil à un amour déçu. 


Un peu plus tard il y eut la plage de Grande-Anse, et cette sensation de perfection d'harmonie et d'équilibre où, en dépit de tout, il est possible, ne serait-ce qu'un instant, d'éprouver "la proximité folle du bonheur" expression d'Alain Hervé qui a ainsi titré un recueil de ses textes de voyages.

vendredi 15 février 2013

Cocotier

Palais de Tokyo, Avril 2012
Voilà,
j'aime bien les musées, et il m'arrive quelquefois d'y prendre des photos quand c'est possible. Là je me suis vraiment demandé ce que pouvait bien penser ce gardien antillais devant cette sculpture évoquant un palmier ou un cocotier. 

mercredi 13 février 2013

Summer 85



Voilà
J'ai retrouvé celle là, faite il y a longtemps, dans un parc d'attraction lors du premier été new-yorkais. J'étais à deux doigts de la balancer. J'ai eu un peu de mal à la tirer. Mais bon je l'aime bien quand même. La grimace du garçon me plaît. Et puis il y a un parasol, et ce regard jeté hors-cadre. (première publication 13/02/2013 à 23:53

mardi 12 février 2013

Stumbling in the neon groves


Voilà,
des écrans au loin projettent leurs images en haute définition, la lumière bave sur des surfaces dont la transparence froissée fait écran, et comme égaré dans la trouble et déconcertante incertitude des choses, un visage semble se dissiper dans le flou. Froide est la nuit. Quelqu'un erre quelqu'un cherche mais ne souvient plus de ce qui depuis si longtemps l'accapare.

samedi 9 février 2013

Hamlet goes shopping


Voilà
parce que cette silhouette me paraissait étrange, incongrue, j'ai pris cette photo devant Shakespeare &Co qui est un des endroits que je préfère à Paris. Je ne réalise que maintenant avoir vu passer Hamlet sans même m'en être rendu compte. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 6 février 2013

Colle papiers et reflets


Voilà,
sans doute cette image satisfait-elle à la fois mon goût pour les papiers décollés et arrachés, pour les signes provisoires de l'abandon et du délabrement, pour les reflets aussi, les transparences plus ou moins opaques les fenêtres et les menus détails. C'est ici ailleurs aussi bien autrefois que naguère ou maintenant, qu'importe. Juste la fraction de seconde d'un mystère entrevu.

mardi 5 février 2013

La rue sans grâce


Voilà,
Partant de l'avenue du Maine et finissant rue Jean Zay, ce tronçon de la rue Vercingetorix - qui continue ensuite jusqu'à la porte de Vanves après s'être interrompue au niveau de la place de Catalogne  - m'a toujours fasciné. Il n'y a rien, aucun commerce, quelques portes d'entrée d'immeuble, des entrées de service du grand hôtel Pullman, des accès de parking, des murs de briques rouges ou orange. Quant à cette passerelle, elle relie l'école primaire du quartier à une vaste terrasse sans ombre qui lui tient lieu de cour de récréation. Sur les sol en tartan sont tracées les lignes de trois courts de tennis adjacents à un gymnase. Il paraît qu'autrefois, avant la destruction, cette partie de rue, était très commerçante et abritait une multitude d'ateliers d'artisans et d'artistes. Gauguin, y passa même quelques temps avant son dernier voyage pour les Iles. A présent ce n'est plus dans le tissu urbain qu'un lieu de passage de transit où très tôt le matin s'arrêtent les camions de blanchisserie qui chargent des paquets de linge sale de l'hôtel (mais à la réflexion cela pourrait tout aussi bien être autre chose). Sans grâce aucune, cet endroit - sans que je ne me l'explique vraiment - n'en demeure pas moins insolite et mystérieux à mes yeux. Presque fictif. 

lundi 4 février 2013

Un temps à capuche



Voilà,
il y avait eu ça aussi : comme un grand vent de plaine. Pareil à une rumeur, ce frémissement balayant les joncs. Et puis au loin, encore séduisante à cette distance, la ville. Désertes, ses larges avenues froides et humides ruisselaient cependant du morne ennui des dimanches. première publication 4/2/2013 à 00:17)

dimanche 3 février 2013

Plat de pâtes


Voilà,
si les mots ne viennent plus ces derniers temps subsiste encore
dans l'opacité des choses et la rumeur confuse du monde, l'envie d'images.
Celle aussi parfois d'un bon plat de pâtes.
Le point positif dans cette affaire, c'est que d'ici peu 
je retrouverai ma silhouette de jeune homme.

samedi 2 février 2013

Parapluies


Voilà
elles étaient quatre japonaises à visiter Paris par un jour de pluie. Quatre amies partageant le bonheur d'être ensemble dans un pays étranger. Je les ai remarquées sur la place de l'Institut de France où elles ont toutes les quatre en même temps, et à peu près du même endroit, photographié la coupole de l'Académie. Dans ce jour gris et pluvieux, je les ai vues s'éloigner vers l'autre rive du fleuve. Il y avait quelque chose de joyeux et d'enfantin dans leur démarche, Une certaine façon d'aller de l'avant. Au Louvre sans doute. 

mardi 29 janvier 2013

En présence de l'auteur


 
Voilà, 
hier au Reed Hall, rue de Chevreuse, où je suis passé un peu par hasard, Nicolas Pignon brillant et inspiré lit des passages de "L'invisible" et de  "Récit d'un noyé" en présence de l'auteur. Fragile et touchant, Clément Rosset s'excuse ensuite d'écrire d'une certaine façon le même livre depuis "Le réel et son double". Quelque chose d'incertain dans ce corps vieilli, qui parfois cherche longtemps ses mots - "J'écris lentement des textes courts" dit-il. Et son humour, lorsqu'il évoque sa noyade à Majorque "Soudain j'ai eu envie de me reposer au fond de l'eau oubliant que je n'étais pas équipé comme un poisson", et aussi la douleur éprouvée lorsqu'on ne peut pas boire d'eau : "certain savent que j'aime le vin, mais le verre d'eau que l'on peut enfin boire quand on en a été sevré, vaut tous les bourgognes. Après, à la librairie Tschann, lorsque l'organisatrice qu'il ne reconnaît pas tout à fait lui donne rendez-vous au prochain livre, il répond par une longue citation dont je ne me souviens pas mot pour mot mais qui semble de Shakespeare, où il laisse entendre qu'il ne sera bientôt plus de ce monde. Plus tard encore, alors que le libraire aimerait bien fermer, cette auteure (durant la lecture, elle était assise près de moi et sentait très bon) qui, après lui avoir lui un passage d'un livre qu'elle a publié et qu'elle lui offre ensuite finit par lui demander s'il ne pourrait pas lui consacrer une préface pour son prochain ouvrage. Son embarras et sa fatigue soudain en évoquant le temps qui manque et les tâches qui s'accumulent.

lundi 28 janvier 2013

Mousses et brindilles


Voilà,
devant cet agencement fortuit de brindilles de feuilles et de mousses que le vent et le froid ont ainsi momentanément fixées sur la pierre mouillée, une inexplicable émotion et l'envie d'en garder la trace. Non pour reproduire le visible, mais pour rendre visible ce qui ordinairement passe inaperçu. Et puis aussi, ces petites graines ailées de conifères, gisant-là comme des papillons morts, mais qui en profonde mémoire voltigent toujours dans de furtifs paysages d'enfance.

dimanche 27 janvier 2013

jeudi 24 janvier 2013

Voyage fantôme


Gray (1992)

Voilà,
je me souviens la neige et le froid
cette locomotive fantomatique figée dans le paysage
la désolation de cette localité autrefois prospère
et le nombre d'alcolos qu'on y croisait
l'entreprise un peu folle qui nous avait menés là
les sinistres néons du foyer des jeunes travailleurs
le vieux billard électrique au bar du théâtre
qui faisait
"baaad caaats !!!!"
quand on claquait une partie
Sara Mandiano dans le juke-box
Anne à qui je venais rendre visite parfois
pendant qu'elle fabriquait ses costumes dans les combles du théâtre
pour causer tout en frottant à la mine de plomb 
des feuilles de papier Canson posées à même le vieux parquet 
afin d'en relever les empreintes 
à la façon de Max Ernst
les visages et les rires
oui tout ça oui qui revient
ce n'est pourtant plus un temps à neige

mercredi 23 janvier 2013

Muerte y reencarnation en un cowboy


Voilà,
la question pour ma part n'est plus de savoir si c'est bien ou pas bien... Deux mecs passent d'abord les 20 premières minutes à piétiner des guitares électriques saturées, ou bien à faire semblant de se bagarrer dessus ou encore, vautrés sur l'une d'elles et enlacés dans un même vêtement, à se frotter la bite l'un contre l'autre... Oui pourquoi pas, ça fait beaucoup de bruit et ça occupe l'espace et le temps, mais c'est tout de même un peu long. Parfois, ils esquissent quelques pas de danse avec des cagoules à clochettes enfilées sur la tête et c'est assez drôle. Même si on souhaiterait bien être à leur place pour faire ce genre de conneries - je parle de la danse - on peut tout de même demeurer perplexe sur la nécessité de toute cette agitation. Ils aiment bien montrer leurs queues, ces acteurs, courir en se tripotant comme des bambins, se tirer joyeusement l'élastique, s'enfiler de petites olifants sur la quéquette en soufflant dessus, se mettre des chapeaux de cow-boys et chanter un air de country music en dansant à poil. C'est kitsch régressif et pulsionnel. Oui peut-être que c'est ça la seule réponse au monde tel qu'il est... Retourner au stade anal, ricaner pour ne pas nommer de grandes catastrophes qui ne tarderont pas à succéder à la lente déréliction du monde occidental. A un moment un homme, la langue ficelée tente d'articuler un discours qu'on ne comprend évidemment pas. Me revient alors cet échange dans "Fin de partie" de Beckett : " Est ce qu'on ne serait pas en train de signifier quelque chose par hasard ? Nous signifier ! Ah la bonne blague !". Mais voilà, cette pièce qui en son temps dénonçait déjà l'arbitraire de la représentation se joue aujourd'hui à guichets fermés dans un théâtre national, et Beckett est devenu un auteur du patrimoine. Revenons au spectacle de Rodrigo Garcia : vers la fin de la représentation les deux comédiens allongés sur des transats philosophent sur le rire ("Si nous rions de la façon dont nous rions, c'est qu'à l'évidence nous ne sommes pas heureux") et sur les relations entre hommes et femmes inéluctablement voués à toujours se séparer. Tout ça en présence d'animaux, en l'occurrence des poussins dont les pépiements sont amplifiés et un chat disposés dans une même boîte transparente, mais cependant séparés par une paroi. Et ce sont eux qui, d'une certaine façon incarnent la dimension dramatique, qui dans la tragédie classique échoit au chœur. La scène du théâtre est leur cosmos. Ils sont jetés dans un monde incompréhensible et chaotique dont ils ne saisissent pas les enjeux et où ils n'ont même pas la parole pour questionner. Pris en otage vulnérables et sans défense, mais néanmoins protégé de l'extérieur dans leur caisse en plexiglass, leur effroi n'est pas feint, et l'inquiétude que l'on éprouve avec eux, est semblable à celle que l'on peut ressentir à l'égard de ce monde désormais réduit à un divertissement obscène cruel et grotesque, et qu'un flot continu d'informations aussi mensongères qu'infantilisantes convertit en fiction. 

lundi 21 janvier 2013

Let's dance


Voilà,
Une heure après au même endroit tout avait été déblayé.
et même les silhouettes de Cyd et Fred avaient disparu
C'eût été tout de même dommage de ne pas s'attarder
(linked with monday murals
 

dimanche 20 janvier 2013

Saules Cortot


Voilà,
aujourd'hui quand même c'était difficile de ne pas échapper à la tentation. La neige n'est pas si fréquente à Paris. Les bus ne circulaient plus, les rares voitures - c'était dimanche - roulaient prudemment, et Montmartre, en dépit des touristes, ressemblait à un village.
Silence, lenteur...
Toute action entreprise à pas mesurés

samedi 19 janvier 2013

Exorcisme

Voilà,
s'inventer des apparitions, agencer d'improbables espaces, reconfigurer les traces d'un rêve dissipé et pour un instant du moins, annuler cette réalité-là, conjurer la sinistre, pitoyable et pathétique vision que sournoisement ce jour gris aura - de façon durable c'est certain - imprimé dans la mémoire : le visage si peu ressemblant à ce qu'il était, transformé en une obscène caricature. Puis il y eut le couvercle. Les écrous. Le sceau. Et à la fin les témoins assemblés, applaudissant soudain l'artiste pour sa dernière sortie.

jeudi 17 janvier 2013

Avec le noir, tu te soulages toujours ?

  

Voilà,
hier au Franprix en faisant mes courses je n'ai pas pu m'empêcher.
Encore une fois, je me suis laissé happer par cette scintillante surface
le jeu de la lumière sur les plis
les nuances de noir les tâches...
Menus détails encore.

mercredi 16 janvier 2013

Menus détails


Voilà,
A jamais tributaire de ces éphémères paysages d'ombres et de reflets que la réalité semblait parfois lui offrir et au devant desquels il allait, il essayait de se persuader que le bonheur pouvait se trouver là, dans les menus détails, le bref éblouissement d'une perspective inversée ou déformée, la surface incertaine d'une transparence qu'une simple averse rend soudain granuleuse, l'énigme inexplicable d'un lieu et d'un moment où il avait aussi peu de raison d'être que de n'y être pas.

lundi 14 janvier 2013

Attendre que vienne un rêve peut-être

Esplanade de La Défense, sous la grande Arche (Mars 2010)
Voilà,
Je n'y avais pas prêté une attention particulière, à première vue, mais finalement elle me plaît bien maintenant, cette image, je lui trouve un certain charme dans le genre urbain. Mais d'après Kafka: "On photographie les choses pour se les chasser de l'esprit". Et il ajoute : "mes histoires sont une façon de fermer les yeux". Je tente l'expérience : tel qu'il est sur la photo ci-dessus, le paysage ne se laisse pas tout à fait oublier. Si je ferme les yeux deviendra-t-il une histoire ?

dimanche 13 janvier 2013

Triste dimanche


Voilà,
Il aimait les chevaux. Celui-là, nous étions allés le voir ensemble près de chez lui, un jour de printemps 2009. C'était un homme de la terre et une âme de poète. Il a trop tôt quitté ce monde aujourd'hui. Quoi dire ? Une grande tristesse, oui une grande tristesse. Je ne peux pas faire comme si ça n'avait pas eu lieu. Je me souviens qu'il avait imaginé à quoi pourrait, lorsque sa fille aurait dix-huit ans et viendrait avec ses copines, ressembler cette maison qu'il avait en partie rebâtie de ses mains... Eh bien non, il ne verra pas ça. C'est tellement absurde. Au moins ne laissera-t-il pas sans rien ceux qu'ils a aimés. C'est bien de t'avoir croisé et un peu connu... Chevauche en paix Didier Agostini ...

samedi 12 janvier 2013

Trace couleur et passage

  

Voilà,
rien que ça.
la couleur dans le gris uniforme de l'hiver
juste ça
sujet aboli oublié

mercredi 9 janvier 2013

Couples la nuit et dessins sur un mur

Pochoirs de Miss Tic à l'entrée d'un hôtel
Voilà,
après une soirée dans un lounge d'hôtel très huppé où, échoué au milieu d'une bohème chic essentiellement composée de lesbiennes pour la plupart cloutées et tatouées, mais néanmoins élégantes et parfois même assez sophistiquées, il m'avait été donné d'entendre une lecture de textes poétiques et militants de l'avant-garde new-yorkaise des années 90, en buvant, dans l'accueillante mollesse d'un confortable et profond canapé, un champagne léger et plutôt fruité, et aussitôt achevées les civilités d'usage, les échanges creux, les conversations superficielles et faussement érudites qui succèdent en général à de tels événements, je m'étais, une fois dehors, laissé doucement dériver dans la nuit froide vers des quartiers plus populaires, aux alentours de la Place Clichy . Soudain, à la porte de ce qui m'avait alors semblé une pension bon marché, ce jeune couple dans cette lumière particulière entre deux pochoirs de Miss Tic avait immédiatement retenu mon attention.

dimanche 6 janvier 2013

Non mais maintenant seulement rester là

Rue Pernelle, Paris
Voilà,
certaines photos renvoient à d'autres : même motif même scène, corps fatigués, abandonnés, corps en partie cachés. Et les pigeons aussi, déjà vus, petits vautours guettant la charogne. Figures de la misère dans des boîtes, des cartons ... De plus en plus nombreuses à peupler le paysage urbain de leur déchéance. "Un instant je vois le ciel, les différents ciels, puis ils se font visages, agonies, les différentes amours, bonheurs aussi, il y en eu aussi, malheureusement. Bonheurs, quels bonheurs, mais quelles morts, quelles amours, je l'ai su c'était trop tard (...) Non mais maintenant seulement rester là (...) et voir le ciel un peu longuement, mais non, hoquets et spasmes, mer d'une enfance, d'autres ciels, un autre corps (Samuel Beckett in "Pour finir encore" éditions de minuit)

samedi 5 janvier 2013

Au spectacle

Obsèques de Tino Rossi, 29 septembre 1983
Voilà,
dès le premier quart d'heure, j'avais compris que ces acteurs gesticulant sur le plateau ne m'emporteraient pas très loin, et que j'aurais du mal à m'intéresser à l'histoire qu'ils interprétaient. Sans doute n'était-ce pas totalement leur faute, je n'étais guère disponible : sans que je puisse me l'expliquer le souvenir de cette photo prise il y a longtemps occupait mon esprit et j'essayais mentalement de la recomposer. Ce visage et cette solitude m'avaient alors beaucoup ému. Oui je me souvenais de ce type serrant son petit sac contre son cœur et je m'étais alors demandé ce que représentait pour lui Tino Rossi cette idole d'un temps pour moi lointain que l'on enterrait. C'était vraisemblablement sa jeunesse et tout un cortège de souvenirs qu'il voyait défiler, et je me rappelle avoir alors supposé qu'un jour viendrait où peut-être je photographierais en de semblables circonstances des rockers croulants et pathétiques, fans de Johnny Hallyday ou d'Eddy Mitchell dont les chansons paraîtraient alors aussi kitsch et désuètes à des jeunes gens de vingt ans que celles de Tino, mais cette perspective m'avait alors paru lointaine. Ainsi pendant qu'une histoire semblait prendre forme au pied des gradins, c'est à cela que je songeais, mais aussi à quelqu'un avec qui j'ai quelquefois passé des soirées de camaraderie et qui lutte à présent contre la mort sur un lit d'hôpital. Toutes ces réminiscences ces réflexions se mélangeaient aux scènes qui se constituaient sous mes yeux, élaborant une soupe mentale à laquelle s'ajoutait pour épicer le tout, le souvenir de quelques conneries proférées en d'autres lieux d'autres temps par le vieux soldat qui continue de me hanter et de se décomposer dans ma mémoire, bref, j'étais incapable de me concentrer sur ce que je voyais. Mon corps au milieu du public, ma pensée loin, dans une autre temporalité, aux prises avec le muet tumulte des images et des idées, là et pas là, distrait donc, je me sentais un peu comme cet enfant photographié ce jour de septembre à mille lieux de l'événement auquel il avait été malgré lui convoqué pour en devenir l'involontaire et dissipé spectateur...

Obsèques de Tino Rossi, Rue Royale

mercredi 2 janvier 2013

La patience

 

Voilà
c'était l'hiver dernier dans un quartier où je ne viens jamais le soir. Il y avait cette fille avec de jolies jambes qui semblait attendre quelqu'un. Elle devait être d'un grand calme et d'une grande patience. Elle est restée longtemps immobile sous la pluie. Moi dans ces cas là mes pieds s'ennuient très vite. Un instant j'ai songé guetter celui ou celle qui viendrait à sa rencontre. Finalement j'ai renoncé préférant traîner dans le coin. C'était un bon soir, un soir à photos. Oui j'en ai profité pour en faire quelques autres dans les parages. Je n'ai pas tout montré encore...
shared with  digital whisper

lundi 31 décembre 2012

L'année en train d'arriver


Voilà
l'année qui est en train d'arriver en une année passera  
moi je suis en train de m'y préparer, c'est ça la nouvelle (Lucio Dalla)

dimanche 30 décembre 2012

Pochoir sur un mur de Paris

Impasse St Claude près de la Rue de Turenne, Paris
Voilà,
Bye-bye 2012.
Ne laissera pas un souvenir impérissable

samedi 29 décembre 2012

Passage d'un spectre


Voilà
d'un pas léger il semble glisser parmi les décombres
d'une ville fantôme désormais soumise
à l'effroyable et sinistre contagion des ténèbres
et l'accompagne pourtant cette obsédante sensation
que chante encore oui chante encore
un oiseau quelque part

mercredi 26 décembre 2012

En songeant à Saul Leiter....



Voilà,
en songeant à Saul Leiter
on finit par être rattrapé par Francis Bacon





Du café chez Félicie au, avenue du maine au Café "La Palette" en face des Beaux-Arts (Paris 6)
(shared with weekend reflection)

dimanche 23 décembre 2012

Tour Montparnasse


Voilà,
le Boulevard Edgar Quinet et la Tour Montparnasse il y a quelques jours par un soir de semi-brume un peu pluvieux, semblables à des illuminations de Noël. Hier, en feuilletant le recueil de Brassaï "Paris la nuit", j'ai découvert cette photo où il est question "d'un coin peu connu du quartier Montparnasse, le tunnel sinistre par où, sous le chemin de fer, le boulevard Edgar Quinet débouche sur l'Avenue du Maine. J'aimerais retrouver des vieux plans et d'autres photos anciennes pour voir quelle configuration pouvait alors avoir le quartier.

samedi 22 décembre 2012

RER, ligne C Pont de l'Alma

Ligne C, pont de l'Alma (Décembre 2008)

Voilà
chaque fois que je passe sur ce tronçon, affleure le souvenir imprécis d'un livre lu dans mes premières années parisiennes alors que je sortais à peine de l'enfance. Il racontait les errances de trois jeunes collégiens dans le Paris des années trente. Il me semble que dans un chapitre il était question de cette voie ferrée qui longe la Seine non loin de la tour Eiffel. J'ai racheté ce livre il y a quelques années, me promettant de le relire, mais je crois que je ne le ferai jamais. Tant d'autres qui attendent d'être ouverts. Je l'ai néanmoins parcouru sans pour autant y trouver les lignes qui m'avaient ému. Peut-être après tout ai-je confondu ou inventé. À moins qu'il ne s'agisse d'un autre ouvrage du même auteur - au demeurant plutôt mineur et dont le style date terriblement - qui lui aussi aurait évoqué les vagabondages d'autres jeunes gens. Tout cela d'ailleurs n'a vraiment plus d'importance, à bien y songer. Allez qu'il aille au diable aux champs à Cuges ou bien ailleurs rejoindre ses ruines et qu'il ne nous emmerde plus l'encombré. Pas même la peine de lui coller un vieux clébard pour la compagnie de toute façon il est sorti du cadre. Ses souvenirs ne sont plus les miens. Et quant à moi - pour peu que ces trois lettres aient encore un sens, une réalité, et que quelque chose en subsiste - je n'y suis déjà plus pour personne.

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