mercredi 7 octobre 2020

Mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe (2)



Voilà
Ça me revient, 
j'ai été un des derniers lecteurs du journal "Combat" qui a disparu en Aout 1974. Il eut un éphémère héritier qui s'appelait "Le Quotidien de Paris"

Ça me revient, 
le labdanum est une fragrance que j'aime particulièrement, j'ai trouvé son nom au Musée des parfums du Palazzo Mocenigo à Venise

Ça me revient 
Je ne sais pas pourquoi n'associe la chanson "Paris s'éveille" à un cours de sport en plein air au lycée de Parentis-en-Born. Dans mon souvenir c'est un matin, il fait un peu frais. Paris m'est alors inconnu, mais ce matin-là cette chanson me rend nostalgique d'un endroit que je ne connais pas.

Ça me revient, 
à l'époque de la parution de l'album "Greetings from Asbury Park" on désignant Bruce Springsteen comme le nouveau Bob Dylan

Ça me revient, 
rue de la montagne Sainte Geneviève, il y avait dans les années soixante-dix, juste en face de l'Ecole Polytechnique, une boite de nuit appelée le Sélénite qui disait on appartenait à Johnny Halliday et  dont la façade argentée rappelait vaguement Le Lunar Module, mais peut-être que je confonds et qu'il s'agissait de "La bulle"

Ça me revient, 
ma mère trouvait dans les années soixante que la chanson de Gainsbourg "Couleur café", était raciste. Pourtant en la matière, elle avait quelques longueurs d'avance. Elle trouvait aussi que la chanson "Je voudrais être noir" de Nino Ferrer était du racisme à l'envers

Ça me revient, 
dans les années soixante, ce qu'on avait appelé le "drame de Cestas", un petit bled dans la Gironde, un type s'était retranché avec ses deux enfants dans sa ferme et avait fini par se suicider après les avoir tués

Ça me revient : 
les clarks, ces chaussures qui étaient à la mode quand j'avais entre 15 et 17 ans. De même qu'on était Soit beatles ou Rolling stones, qu'on achetait Best ou Rock et folk les journaux musicaux, eh bien on était soit Clarks, soit comme Agnès, Kickers. Pour ma part, les clarks finissaient toujours par être percées au niveau du gros orteil..

Ça me revient : 
certains noms, Dhuizon j'ai mis un moment à retrouver le nom du village où habitait Felix Guattari situé près de la clinique de la Borde et où je suis allé une fois . Celui qui tenait le bureau de tabac où se rendait mon grand père était-ce Malardeau ? par contre le boucher de Dampierre qui faisait une viande très tendre s'appelait Gentillot ou Gentilleau

Ça me revient, 
cette excursion en Février dernier avec ma fille à la fondation Vuitton pour voir l'exposition Charlotte Perriand, où j'ai pris cette photo

Ça me revient : 
le générique de fin de la deuxième chaîne dans les années 70 avec les hommes volants de Jean-michel Folon et la musique de Michel Colombier dont je me suis aperçu bien des années après, plus précisément lors de l'enterrement de PhilippeTiry, qu'elle était très inspirée d'un adagio du concerto pour hautbois en ré mineur de Alessandro Marcello qui fut diffusé en cette circonstance et qui fut retranscrit par Bach pour devenir l'adagio BWV 974

Ça me revient, 
cette histoire que racontait mon père à propos de Juliette Gréco qui vient de mourir. Il disait qu'elle lui devait un sandwich qu'il lui avait payé dans sa jeunesse à Saint Germain des prés où il l'avait soi-disant côtoyée dans les années d'après-guerre
 
Ça me revient, 
que pour mes quarante ans, lors de ce repas surprise organisé par Christelle, me fut offert un coffret de l'intégrale de Georges Brassens

Ça me revient, la première fois où j'ai failli tomber dans les pommes, c'était lors d'une répétition avec Didier au gymnase Japy — et cela me faisait bizarre de faire du théâtre dans un endroit où l'on avait parqué des juifs avant de les déporter —

Ça me revient
ces excursions que nous faisions parfois avec Dominique Philippe et les filles, le dimanche matin au  Musée des Arts et traditions populaires, près du jardin d'acclimatation

Ça me revient,
dans les années 70, il y avait souvent à l’angle de la rue de Buci et de la rue Jacob un type qui jouait de l’orgue de Barbarie posée sur une carriole noire qu’il poussait et sur laquelle se trouvait un babouin attaché à une chaîne. C’était aussi l’époque où de nombreux hare krisna vêtus de toges oranges se trimballaient dans le quartier en psalmodiant leurs prières
 
Ça me revient 
De Gaulle en1963 disant "la mano en la Mano"(j'habitais à Châlons sur Marne) à Mexico, et aussi pendant l'été 1967, j'étais en vacances avec mes parent à La Mongie "vive le Quebec libre" et je sais qu’il a aussi dit "Fécamp une ville du courage une ville du lointain, une ville de la mer et qui veut le rester et le reste", mais ça on me l’a rapporté bien plus tard

Ça me revient 
la librairie « La joie de lire » de François Maspero Rue Saint Séverin vers Saint Michel

Ça me revient
lorsque j'avais huit ans, c'est à dire vers 1964, il y avait encore des pièces d'un ancien franc qui dataient de l'époque de Pétain puisqu'il y avait la francisque sur l'une des faces et qu'elles comptaient pour un centime
 
Ça me revient, 
c'est Pierre Schoeller, le cinéaste qui le premier m'a parlé du livre d'Anna Tsing "Le champignon de la fin du monde"
 
Ça me revient 
le regard clair de Jean-Marie Lhôte dans son bureau du Musée des Arts Décoratifs, sa bienveillance sa modestie et sa grande érudition dont témoigne sa bibliographie, et sa connaissance des jeux à travers les siècles

Ça me revient, sans que je ne sache pourquoi, mais il y a toujours quelque chose qui m'échappe...

linked with the weekend in black and white

mardi 6 octobre 2020

Poinciana


 
Voilà 
dans la grisaille parisienne songer à la douceur des îles en écoutant Ahmad Jamal jouer "Poinciana" C'est un morceau à la fois solaire et apaisant tout empreint de douceur. Oui j'aimerais bien qu'on le joue quand il me faudra quitter ce monde. Il suggère pour moi cette nostalgie des lieux ou des choses que l'on ne connaît pas sans qu'il y ait pour autant quoi que ce soit de mélancolique ou de triste. "La langue allemande possède un mot pour désigner cet état : « Fernweh ». Linked with our world tuesday
 


dimanche 4 octobre 2020

Dans l'instabilité

 

 
Voilà,
désormais, nous sommes, durant un temps indéterminé, condamnés à vivre dans l'instabilité, sinon dans une forme de débâcle. A quoi bon s'illusionner, plus rien ne sera comme avant. Et la promesse des jours heureux, que nous adressa notre président au début du confinement, va exiger de ceux qui sont encore assez naïfs pour les espérer, beaucoup de patience. Nous ne pourrons pas continuer à vivre sur le même système de valeurs, ni dans l'ordre, ou l'illusion d'ordre que nous avons connu, même si certains, inébranlables malgré les circonstances, continuent pourtant de l'affirmer. 
En raison de cette épidémie — que l'on s'obstine à nommer pandémie — la réalité doit se reconfigurer. Comment ? On ne sait trop encore, mais c'est sans alternative. Et il est vraisemblable que cela se fera dans la douleur, que cela engendrera beaucoup de révolte, de colère et aussi beaucoup de désespoir et de souffrances.
C'est tout un écosystème basé sur la circulation des marchandises, l'accumulation des biens, l'exploitation des ressources naturelles, l'organisation des services, la mondialisation des échanges qui depuis quelques mois se trouve perturbé et déstabilisé. Nos sociétés capitalistes apparaissent soudain vulnérables, fragiles. Et cette pandémie fait vaciller, mais vaciller seulement, l'idéologie de la croissance continuant de prévaloir pour le moment qui ne repose que sur l'ingénierie financière essentiellement spéculative.
Elle agit aussi comme un retour de refoulé. Et ce qu'on a refoulé jusqu'à présent c'est le principe de réalité. Le réel c'est, a écrit John Warren, paraphrasant Lacan, ce qui fait mal quand on a éteint l'ordinateur. Par exemple s'apercevoir que les tâches de maintenance du bien commun ne peuvent plus être convenablement exercées parce qu'on a tout fait pour les détruire ainsi que ceux qui les assurent. C'est principalement la raison pour laquelle nous sommes tous plus ou moins assignés à résidence.
Pourtant cette épidémie ce n'est pas grand chose au regard des désastres écologiques qui nous attendent et qui se manifestent déjà ici et là, et l'on peut d'ores et déjà entrevoir tout ce que les calamités à venir entraîneront de dérèglements économiques et de désordres croissants. Il est possible alors, qu'au sentiment de peur qui permet aux pouvoirs politiques en place de tenir pour le moment les populations dans un état de servitude sinon volontaire du moins consentie, succèdent paniques révoltes conflits migrations. C'est déjà le lot de bien des populations d'Afrique qui, en matière d'enfer, ont quelques années d'avance sur leurs anciens colons. Il est cependant à craindre que, d'ici peu, même en enfer, il n'y ait de place pour tout le monde. 
En attendant réjouissons nous que, par ces temps indécis, certains recouvrent d'un peu de couleur et de motifs étranges le morne horizon de notre intranquillité. (linked with monday murals).

vendredi 2 octobre 2020

Ruminations amiénoises

 
 
Voilà,
avant-hier dans une des salles du cinéma "les sept parnassiens" récemment rénové, on projetait l’excellent film de David Dufresne intitulé "Un pays qui se tient sage" consacré aux violences policières à l'encontre du mouvement de protestation des gilets jaunes apparus il y a deux ans bientôt. 
Beaucoup d'images difficilement soutenables prises à partir des smartphones des manifestants y sont montrées. André Gunthert a écrit des choses fort interessantes à ce sujet. Donc le film "confronte diverses personnalités aux récents dérapages de l’institution pour de fructueux dialogues" comme le rapporte son éminence "Le Monde". Des séquences crues, brutes et brutales donnent de la police une vision peu rassurante et particulièrement honteuse. Elles alternent avec des commentaires et de réflexions de personnalités d'horizons différents (avocats, ethnographe, historiens, représentant du syndicat de la police "Alliance", manifestants ayant subi des mutilations suites à ces interventions). Ensemble elles questionnent la notion de la violence légitime de l'Etat, telle que l'a définie le sociologue Max Weber, au début du XXème siècle. 
Des analyses assez fines et complexes de la situation dans laquelle se trouve notre pays, sont ainsi partagées. Elles attestent aussi l’état de dégradation de l’institution policière, instrument d'un pouvoir aux abois, qui ne trouve d'autre réponse au mécontentement légitime de sa population qu'une répression  sans discernement.
Mais revenons à cette soirée.  Ce cinéma accueille habituellement un public de la moyenne bourgeoisie intellectuelle. Pour faire simple celle qui lit "Télérama", "Le Monde", "Libération" ou "Les Inrocks". Cependant  dans la salle se trouvent quelques ardents supporters des gilets jaunes, venus en famille et en groupe. Leur comportement contraste avec la discrétion feutrée dont font ordinairement preuve les habitués de l'endroit. Avant la projection ils parlent fort, commentant ce qu'ils voient, peu soucieux du dérangement possiblement causé.
Très vite, à peine le film commencé avec l’apparition de victimes ayant perdu un œil à cause des tirs tendus de LBD, fusent des manifestations d'indignation et des invectives à l’égard de la police, redoublant lorsque apparaît à l'écran Macron aussitôt traité de "pédé", "enculé". Visiblement les codes du lieu ne leur sont pas familiers. Pas plus que la notion d'insulte homophobe. Ils réagissent au premier degré, sans distance. Mais le film raconte quelque chose qu'ils ont vécu, qu'ils ont vu. Peut-être est-ce là aussi le grand événement de leur vie, l'ivresse d'un sentiment collectif et partagé qui est réactualisée là, en même temps que leur ressentiment face dédain dans lequel ils se sentent relégués.
Je sens bien là qu'entre ceux qui manifestent  — pour la plupart victimes du déclassement, de la violence économique exercée par le pouvoir, France des provinces délaissées, des banlieues défavorisées, des espaces périurbains, majorité silencieuse qui ouvre enfin sa gueule, mais aussi parfois France frustre, peu cultivée, abêtie par les émissions de télé-réalité, (je la connais bien j'en viens) Cyrille Hanouna et Eric Zemmour, mais que l'Etat laisse crever la gueule ouverte, français asphyxiés qu'on méprise  et la première forme de mépris, c'est bien la télévision qui l'exerce à l'égard de citoyens transformés en consommateurs — entre eux donc et le public de cette salle, sûrement composé en majorité de bourgeois intellectuels, d'étudiants, de retraités, attentifs à la parole d’autres intellectuels qui  sur l'écran citent Foucault, Hannah Arendt,  Guy Debord, Bourdieu, la gauche bien pensante quoi, la coupure est manifeste. Pourtant...
je comprends la colère de tous ces gens, même s'ils ne sont pour la plupart pas des amis des arts et des lettres, avec lesquels je n'ai sans doute pas beaucoup d'affinités, qui sûrement doivent me considérer comme faisant partie de l'élite pourrie, parce que je connais le langage de l'élite sans pour autant en être.
Je suis effaré par le manque de considération de ceux qui sont en charge des affaires à l'égard des citoyens, devenu des variables d'ajustement du marché. Je suis consterné par le silence et la condescendance des élites intellectuelles à l'égard des foules de prolétaires (qui ne s'autodésignent plus comme ça), de classes moyennes en voie de paupérisation, de chômeurs, précaires, travailleurs intérimaires qui manifestent colère et inquiétude et auxquels le pouvoir ne répond que par la force et l'intimidation. Je suis consterné devant le climat délétère qui règne dans les plus hautes sphères du pouvoir ou des clans affairistes et semi-mafieux sont couverts par le chef de l'État sans que cela ne suscite de scandale. Je suis affligé de voir comme la presse et les médias, à quelques rares exceptions près, sont muselés par le pouvoir politique et financier. Je suis sidéré du comportement de ces anciens socialistes aujourd'hui au gouvernement qui font voter des lois liberticides sans précédent depuis la fin de la guerre d'Algérie. Enfin je suis navré du pitoyable spectacle offert par l'opposition de gauche et par son tropisme suicidaire. 
 Il y a plusieurs mois j'avais brouillonné ces lignes. Elles me paraissent encore d'actualité. Et la crise sanitaire où les premiers de corvée dont on a pu apprécier la nécessité autant que l'abnégation, d'ailleurs misérablement récompensée, alors que les "premiers de cordée" ont fait preuve d'une grande incompétence cependant gratifiée par des promotions (Agnès Buzyn, en est le parfait exemple), cette crise sanitaire n'y a rien changé bien au contraire. Aujourd'hui elle nous musèle un peu plus que ne l'avait fait le projet de loi du 3 octobre 2017 introduisant l'état d'urgence dans le droit commun. Mais ses implications économiques, mettant des millions de gens au rebut, ne seront vraisemblablement pas sans conséquences. Des colères s'additionnent sans rapport entre elles, dont l'agrégat constitue une bombe à retardement. Ils sont de plus en plus nombreux les gens qui bientôt n'auront plus rien à perdre. 
Dans la grisaille automnale des rues d'Amiens où a grandi notre actuel président, (mais Dorgelès y est né, Jules Verne y vécut et y mourut) au pied de cette majestueuse cathédrale à l'intérieur de laquelle pleure un angelot, je songeais à tout cela et aussi au fait que j'aurais bien besoin d'un ange en ce moment, comme celui-ci musicien ou plutôt celui-là, déguisé en libellule, qui m'était un jour apparu dans une rue de Lisbonne. (linked with skywatch friday)  (linked with weekend reflections)
 

mardi 29 septembre 2020

Caramel

Voilà,
je me souviens très bien de ce jour, c'était le lundi 21 septembre, premier jour de l'automne ou dernier de l'été. Il faisait très chaud. J'avais somnolé sur un fauteuil en fer en début d'après-midi à l'ombre d'un citronnier —les italiens appellent cela meriggiare — avant que Charlotte, ma partenaire sur un prochain spectacle ne vienne me retrouver pour travailler un peu au soleil. A un moment, j'avais laissé un message à ma fille pour lui dire que je serai dans le coin à sa sortie de cours. Elle m'a rappelé et en effet nous nous sommes retrouvés aux alentours de 18 heures, sur le Bd Saint-Michel. Comme il faisait beau, nous sommes rentrés à pied en passant par le jardin du Luxembourg. Lorsque j'ai aperçu ce chien sur sa serviette et les deux dames qui parlaient, je suis immédiatement revenu sur mes pas. Ma fille a l’habitude. La situation exigeait son image et j'ai tout juste eu le temps de shooter sans que ni l'une ni l'autre ne s'en rende compte. C'est alors que j'ai entendu que le chien s'appelait "Caramel" (linked with my corner of the world

dimanche 27 septembre 2020

J'aime / je n'aime pas (12)

 

Voilà
J'aime les bains de mer l'été
Je n'aime pas quand les gens mâchent bruyamment leur chewing-gum
J'aime découvrir des paysages que je ne connaissais pas
Je n'aime pas l'incertitude dans laquelle nous tient actuellement l'épidémie de covid
J'aime rencontrer dans la réalité des correspondant(e)s de blog
Je n'aime pas l'usage abusif du mot "historique" dans les commentaires sportifs
J'aime retrouver mon appartement bien rangé après une longue absence
Je n'aime pas quand facebook me propose de fêter l'anniversaire de quelqu'un qui est mort
J'aime particulièrement cet objet qu'on appelle cuiller à pamplemousse mais qui est aussi très pratique pour les melons et les kiwis
Je n'aime pas qu'on laisse un message sur le répondeur où l'on me demande de rappeler sans m'en donner la raison
J'aime la chanteuse de jazz Jeanne Lee parce qu'elle ne fait pas de trémolos ni de fioritures. Et puis c'est elle qui chante "Blasé" d'Archie Shepp
Je n'aime pas la nouvelle version de blogger qui est totalement contre intuitive
J'aime les longues marches dans la campagne
Je n'aime pas l'accumulation de signes inquiétants concernant le devenir des USA contaminés par la folie et l'incompétence d'un seul homme
J'aime regarder les résumés des matches de rugby de la Mitre10 cup
Je n'aime pas devoir me peser, faire un régime, prendra régulièrement ma tension
J'aime recevoir des SMS ou des appels téléphoniques de ma fille pour des rendez-vous surprise
Je n'aime pas les douleurs nouvelles et inconnues
J'aime les nuits où, concentré sur une tâche précise, je ne vois pas le temps passer
Je n'aime pas la sensation de rentrer dans l'hiver
J'aime réentendre le générique de l'émission radioscopie si populaire dans les années 70
Je n'aime pas les bigots de quelque religion que ce soit
J'aime réussir une bouture
Je n'aime pas lorsque les gens font semblant de s'intéresser à vos problèmes
J'aime réaliser une nouvelle recette de cuisine
Je n'aime pas la violence croissante des rapports sociaux entretenue par les classes dirigeantes
J'aime retrouver des vieux amis perdus de vue depuis longtemps
Je n'aime pas les trous de mémoire
j'aime le décor étrange de cette porte de l'hôpital Saint-Louis
linked with monday mural

jeudi 24 septembre 2020

Arc-en-ciel

 
Voilà, 
c'est l'automne. L'air devient plus frais, humide. Les jours raccourcissent. De nouveau, des mesures restreignant le droit de circuler de se rassembler, de s'attarder au prétexte que l'épidémie reprend de la vigueur. La situation sanitaire se dégrade en Europe de l'Est ainsi qu'en Espagne. On parle de deuxième vague. Des gens disent que c'est vrai d'autres que non. Pourtant ce weekend dans les hôpitaux de Paris, on reporte des opérations prévues. Il faut libérer des lits de soins critiques, afin d'accueillir de possibles patients covid. On ferme les salles de sports, les piscines. Je répète pour un projet de pièce dont je me demande bien si elle pourra voir le jour. Sans doute les mois prochains faudra-t-il hiberner, je vois ça venir gros comme une maison. Tout à l'heure dans la rue, j'ai entendu un enfant crier "papa il y a un arc-en-ciel, un arc-en-ciel !". Il y avait tant de joie et d'émerveillement dans cette voix. L'innocence s'extasiait et c'était bon à prendre. (linked with skywatch friday

mardi 22 septembre 2020

Les trois filtres


Voilà,
le jeune disciple d’un sage arrive chez celui-ci et lui dit :
– Maître, un de tes amis a parlé de toi avec malveillance.
– Attends ! L’interrompt le Maître. As-tu déjà fait passer par les trois filtres ce que tu vas me raconter ?
– Les 3 filtres ?
– Oui. Le premier est celui de la vérité. Es-tu sûr que ce que tu veux me rapporter est absolument certain ?
– Non, je l’ai entendu dire à quelques voisins.
– L’auras-tu au moins fait passer par le deuxième filtre, qui est celui de la bonté ? Ce que tu veux me dire, est-il bon pour quelqu’un ?
– En réalité, non. Au contraire…  
– Le dernier filtre est celui de la nécessité. Est-il nécessaire de me faire savoir ce qui t’inquiète tellement ?
– A dire vrai, non.
– Alors, dit le sage en souriant, si ce n’est ni vrai, ni bon, ni nécessaire, enterrons-le dans l’oubli.

lundi 21 septembre 2020

Pendant le grand Confinement


 
Voilà,
pendant le grand confinement, par une douce fin d’après-midi je me suis, conformément aux règles en vigueur, autorisé une petite virée dans mon quartier en écoutant au casque « Dove » de Cymande, et c’était très bien. C'est là que j'ai pris cette photo avec ces vers d'Apollinaire écrits sur le mur. A l'époque on pouvait sortir une heure par jour, sans masque, puisqu'il n'y en avait pas de disponibles ni dans les pharmacies ni dans les supermarchés
 
pendant le grand confinement j'ai appris le mot "ultracrépidarianisme" qui désigne le comportement qui consiste à donner son avis sur des sujets sur lesquels on n'a pas de compétence crédible ou démontrée. Même si on a déjà "Outrecuidance" qui est assez élégant.
 
pendant le grand confinement j'ai été content que mon impuissance à agir soit considérée comme une vertu et je suis donc resté à la maison à ne rien foutre sans aucun problème
 
pendant le grand confinement, tout au début, les Rolling Stones ont sorti un de leurs meilleurs morceaux depuis longtemps intitulé "living in a ghost town" qui collait terriblement à l'actualité.
 
pendant le grand confinement, je suis devenu retraité, et j'ai compris que ma vie basculait dans une plus grande précarité
 
pendant le grand confinement j’ai appris que notre économie s’effondre dès qu’elle cesse de vendre des trucs inutiles à des gens surendettés, qu’il est possible de réduire la pollution, et que ce sont les personnes les moins bien payées qui sont les plus nécessaires à la population,
 
pendant le grand confinement j'ai pour la première fois entendu parler de "la théorie du nudge" autrement nommée théorie du paternalisme libéral un concept des sciences du comportement, de la théorie politique et d'économie issu des pratiques de design industriel, qui fait valoir que des suggestions indirectes peuvent, sans forcer, influencer les motivations, les incitations et la prise de décision des groupes et des individus, au moins de manière aussi efficace sinon plus efficacement que l'instruction directe, la législation ou l'exécution. C'est ainsi que les petites mouches peintes dans les urinoirs de certains cafés participent de ce concept pour inciter les mecs à pisser bien au milieu de l'urinoir
 
pendant le grand confinement j'ai sensiblement amélioré ma culture musicale et considérablement mon tour de ventre
 
pendant le grand confinement j'ai appris que Maurice Martenot l'inventeur des ondes, dispensait gratuitement ses cours, qu'il donnait aussi des cours de yoga, et qu'il organisait des séances d'écoute  ayant permis à des musiciens de découvrir le son du gamelan
 
pendant le grand confinement un jour en fin de journée j'ai poussé à pied jusqu'à Saint Germain-des-prés. Dans la lumière déclinante un parfum de violette se répandait sur la place Furstemberg déserte. Des pétales de fleurs secouées par la pluie tapissaient le sol encore humide au pied des quatre grands paulownias qui, lorsque le soleil est au rendez-vous dispensent, au passant qui s'attarde dans les parages leur ombre bienveillante et chargée de senteur. Les fantômes de Delacroix, de Monet de Bazille qui eurent leur atelier ici, rôdaient peut-être aux alentours, maintenant que la ville était rendue à un silence de couvre-feu
 
pendant le grand confinement, j'ai assez peu écouté les nouvelles à la radio et encore plus rarement à la télévision, mais bon cela m'arrivait tout de même parfois. On y voyait des journalistes dispenser leurs analyses leurs points de vue, parfois même des leçons de savoir-vivre depuis chez eux, et l'on pouvait s'apercevoir à quel point ils vivaient, dans des endroits raffinés parfois luxueux, et combien ces gens là, toutes tendances confondues, constituent une aristocratie bien éloignée du populo auquel ils s'adressent
pendant le grand confinement, j’ai beaucoup regardé instagram, et facebook
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vendredi 18 septembre 2020

Formes silencieuses


Voilà
"Leur enfance disparue avait pourtant déposé sur la pellicule des traces de sa réalité aussi tangible et immédiate que l'empreinte d'un pas dans un sol d'argile et il semblait, que tous les lieux familiers et, depuis ces lieux, l'immensité du monde entier, s'emplissaient de formes silencieuses comme si tous les instants du passé subsistaient simultanément, non dans l'éternité, mais dans une inconcevable permanence du présent. Pourtant, Antonia savait bien que tous les adultes ont été des enfants, elle savait que les morts ont un jour vécu et que le passé, si lointain qu'il fût, a d'abord été présent ; en quoi la preuve de la vérité de ces lieux communs pouvait-elle se révéler énigmatique ou bouleversante ? Il était vain de chercher une réponse intelligente ou profonde à cette question: les photographies opposaient l'impénétrabilité de leur surface à toute quête de profondeur" 
Jérôme Ferrari in  "A son image"

jeudi 17 septembre 2020

Sans raison

 Voilà, 
"Peut-être que si je pleure sans raison, c'est la preuve que mon cœur est dans un tel état de faiblesse que je ne peux même pas me venir en aide moi-même. Mais pas du tout. C'est plutôt le contraire. Votre cœur revendique de toutes ses forces son existence" (Yoko Ogawa in "Cristallisation secrète")
Linked with skywatch friday

mardi 15 septembre 2020

Vaches



Voilà,
s'il y a une figure vraiment tragique c'est bien la vache. Elle est là paisible à l'abri dans son pré sans avoir autre chose à faire que de se nourrir. Nous la regardons et voyons bien bien qu'elle ne sait pas ce qui l'attend. Nous non plus, en ce qui nous concerne ne savons pas trop, mais nous avons tout de même une vague idée de sorte que l'inquiétude nous saisit parfois. Pas la vache. Contemplative, broutant, lâchant parfois une bouse ou pissant dru, agitant sa queue pour chasser les mouches – son grand souci – , la vache se répand dans le présent de son ignorance, imperturbablement placide, peut-être même confiante. Son inexpressivité autorise toutes les hypothèses. C'est ce qui la rend si pathétique. Dans la splendeur de paysages découpés en prairies et façonnés pour son épanouissent, l'abattoir est pourtant son unique horizon
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samedi 12 septembre 2020

Et rien de plus



Voilà,
Il est bien regrettable de se retrouver en si piteux état devant un tel paysage.
On tousse dans son coude comme l'exige le nouveau protocole
Songeant devant cette parfaite symétrie à un un certain poème de Roberto Juarroz

Etre.

Et rien de plus.
Jusqu'à ce que se forme un puits au-dessous.

Ne pas être.
Et rien de plus.
Jusqu'à ce que se forme un puits au-dessus.

Ensuite,
entre ces deux puits,
le vent s'arrêtera un instant .

mercredi 9 septembre 2020

Ajoutez un peu de nature à vos journées


Voilà, 
parfois sur ta boîte mail tu reçois des messages un peu weirdo comme "expiration imminente". Ça fout les jetons, en particulier par les temps qui courent. Tout ça pour t'avertir qu'une réduction, un crédit favorable ou un code d'accès à je ne sais quelle connerie, va bientôt prendre fin. Ou bien — est-ce le signe annonciateur d'un prochain confinement ? — ton navigateur t'envoie ce petit memo  "Travailler à la maison, c’est tristounet ? Ajoutez un peu de nature à vos journées avec nos vidéos apaisantes et le mode d'incrustation vidéo". Et chaque jour est fait de telles injonctions qui en d’autres temps t’auraient semblé aussi absurdes que déplacées. Désormais tu t’en accommodes comme d’une chose ordinaire, inévitable. Tu es un homme de ton temps. Le big data connaît tous tes secrets même si l'époque t'enjoint de retourner masqué dans le souterrain. Et tu te souviens qu'allongé sur la plage, enfant, aux nuages, tu donnais des noms de tribus indiennes : comanches, sioux, arapahos, seminoles ou iroquois....

dimanche 6 septembre 2020

Des Images fugaces de films



Voilà,
à Chartres, voyant ce mur avec ce magnifique trompe-l'œil représentant un plateau de tournage, je me suis efforcé dans les heures qui ont suivi de me remémorer quelques scènes de film parmi les nombreux que j'ai pu voir
des nains très nombreux et très méchants dans un paysage grec
un chien qui erre sur une dune déserte à la recherche de nourriture.
les trois amis accrochés aux grilles d'une vaste propriété appartenant à un de leurs amis d'enfance qu'ils ont perdu de vue depuis longtemps
la femme qui regarde dans la rue un marionnette à fil en forme de squelette qui danse un rock effréné. Elle s'accroupit l'observe longuement et pose une pièce dans le béret qui est à ses côté
les deux petites filles avec un tutu orange qui courent sur un muret, font un de ces jeux où l'on se tape dans les mains. Cela dure assez longtemps, puis elles repartent en riant
l'homme qui chie au pied de son camion apercevant une Volkswagen qui roule à toute vitesse et se jette dans un fleuve
le jeune homme qui dit à la jeune fille devant un dancing "j'aime bien votre style de poitrine"
les amis vus de dos devant un paysage brumeux qui est supposé être le lac Michigan
la scène sur la gare dans "crépuscule à Tokyo", une femme marche parmi des permissionnaires
le chauffeur de taxi chez lui faisant basculer avec son pied la télévision qu'il est en train de regarder
l'homme allemand sur son lit d'hôpital qui articule péniblement  le mot "muß" en touchant la poitrine de l'infirmière
l'enfant qui parle à ses petits doigts
la jeune fille qui se lève la nuit pour tenter de démarrer une voiture
l'homme qui regarde par l'œil de bœuf à l'intérieur d'un hôtel celui qui se fait flageller
le motocycliste qui de nuit traverse à toute vitesse un petit village italien
les enfants qui volent les photos d'actrice à l'entrée d'un cinéma
le vieux sage africain qui parle à une chèvre perchée dans un arbre
celui très défoncé qui se retourne dans le bar de l'hôtel et aperçoit des animaux préhistoriques en costumes en train de partouser
Le ballon dirigeable désamarré, devenu un peu fou qui vole dans tous les sens au dessus d'une rue de  Londres en ruines
l'homme portant un cadavre dans la foule pour l'amener vers un grand feu de joie lors de la Guy Fawkes night où l'on brûle des mannequins à son effigie
le cheval blanc que chevauche un petit garçon qui avance dans la mer vers la noyade 
le rhinocéros dans les cales du transatlantique
l'homme au pardessus et l'enfant qu'il tient par la main se dirigeant vers une frontière barbelée
des hordes barbares pénétrant à cheval dans une église pour massacrer les villageois qui s'y sont réfugiés
le spectateur qui soudain aperçoit un homme armé sur le toit d'une tribune où va se dérouler un match de football américain 
l'homme qui revient avec ses bières et découvre que sa maison où se trouve sa famille est en train de brûler
la femme qui chaque jour trouve une cassette vidéo posée ur le palier de sa luxueuse demeure
la femme nue sous son imperméable qui court apeurée la nuit sur une route déserte et manque de se faire écraser
l'homme sur son lit d'hôpital qui se penche pour voir passer les jambes d'une infirmière et en meurt
le jeune homme et la jeune fille qui prennent un petit bateau la nuit pour se rendre sur une île aux alentours de Stokholm
le vieil homme si heureux de parcourir des routes suisses sur son vélomoteur 
lors de la guerre d'Indochine le chef de section qui fait une pipe au soldat mourant au bord d'une rizière 
le couple qui devait partir en Afrique et vit les volets clos dans l'appartement qu'il n'a finalement pas quitté
l'homme qui se castre avec un couteau électrique
l'homme qui s'approche du grizzly et lui intime de se tenir tranquille
etc etc, mais vous pouvez continuer cette liste
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vendredi 4 septembre 2020

Un petit tour à Chartres


Voilà,
puisque la journée avait mal commencé, je me suis dit qu'il valait mieux mettre les bouts. J'ai jamais vu Chartres ni sa cathédrale alors que c'est à peine à un peu plus d'une heure de Paris et si je le faisais pas maintenant je le ferai peut-être jamais. Donc je me suis cassé. Au moins ça serait une journée où j'aurais fait quelque chose de nouveau. Je n'ai pas grand chose à dire pour le moment sur la cathédrale, puisque j'ai choisi de faire vite plutôt que de faire bien. C'est en tout cas très bien expliqué dans wikipedia. C'est, avec ses deux tours dissymétriques, un édifice assez étonnant, gothique à l'intérieur et avec des aspects romans à l'extérieur, qui a beaucoup brûlé, a souvent été rebâti. Ses vitraux datent du XIII ème siècles et sont absolument extraordinaires, et la restauration intérieure, encore inachevée consistant à redonner aux murs leur blancheur initiale permet de voir tous les détails du tour de chœur en pierre sculptée qui est sûrement un des plus bel ensemble de bas-reliefs que l'on puisse voir en France.  J'ai été très touché de savoir et là je cite wikipedia que "la cathédrale a été sauvée de la destruction le , pendant la Seconde Guerre mondiale grâce au colonel américain Welborn Griffith. Celui-ci a remis en question l'ordre reçu de détruire la cathédrale, ses chefs croyant que les Allemands s'y abritaient. Il se porta volontaire pour aller vérifier avec un autre combattant la présence de soldats allemands à l'intérieur. Constatant que la cathédrale était vide, il sonna les cloches pour avertir de l'absence d'ennemi. Il fut tué au combat le même jour à Lèves près de Chartres. Il a été décoré à titre posthume de la Croix de Guerre avec palme, de la Légion d'Honneur et de l'Ordre du Mérite par le gouvernement français, ainsi que de la Distinguished Service Cross du gouvernement américain". Je trouve pour ma part l'Eglise catholique apostolique  et romaine bien ingrate, car cet homme mérite d'être au moins béatifié sinon canonisé pour avoir sauvé un joyau de la chrétienté.
Parole de mécréant.
Je me suis ensuite baladé sans masque, dans la vieille ville car la zone est considéré comme verte, et j'y ai fait quelques photos. C'était agréable de voir des visages pour la plupart découverts. J'ai repensé au médecin que j'ai vu ce matin, qui n'est pas mon médecin traitant, qui émettait de sérieux doutes sur la nécessité de masquer toute la population. Vraiment je ne comprends rien à cette affaire. Je suis rentré en fin d'après midi à Paris et dans le train, j'ai vu sur mon smartphone que l'on donnait dans un cinéma près de chez moi "Manchester by the sea" un film de Kenneth Lonergan, dont j'avais à sa sortie entendu dire beaucoup de bien mais je l'avais manqué. Casey Affleck dans le rôle principal y est tout à fait prodigieux. C'était peut-être pas la meilleur idée, cependant, de regarder ça. C'est certes un chef d'œuvre comme je n'en ai pas vu depuis longtemps, mais toutefois d'une tristesse abominable, et à l'heure où j'écris ces lignes, je crois qu'il me faudrait une dose massive d'euphorisant pour m'en remettre. J'ai beaucoup pleuré. Il me reste un fond de CBD je crois que je fais finir le flacon.
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mercredi 2 septembre 2020

Hasard constructiviste


Voilà
de l'anomalie, du détail, du fugace. Une légère altération de la perception. Comme si, sous la fine pellicule du cours des choses, une autre réalité exigeait d'apparaître. On s'émerveille d'un rien. On croit se rappeler que très petit enfant c'était déjà le cas. Qu'on éprouvait un certain plaisir à être jeté ainsi dans la confusion provoquée par les reflets. Et aujourd'hui encore, retrouvant par hasard une vieille photo, alors qu'on en cherchait une autre, on se réjouit de ce paradoxe : une surface ajoute de la profondeur. 

mardi 1 septembre 2020

Un souvenir de cet été


Voilà,
c'est donc la rentrée, avec masques de protection gestes barrières, et moi ce matin à Paris je songe aux images de l'été, à ce dimanche de juillet sur le modeste champ de courses de Cluny en Bourgogne, si paisible et désuet avec son ambiance familiale. Pour occuper mes journées je me fabrique de nouveaux rituels, je fais plus d'exercice physique que je n'en ai jamais fait, mais pour être franc je n'ai pas vraiment envie d'être là. J'ai envie de nature où pouvoir me déplacer librement, musarder, flâner, me laver les yeux à de nouveaux paysages. Je ne veux plus me fixer d'objectifs ou de contrainte


J'ai envie d'être ailleurs, parce qu'ici bien des choses me contrarient. Des phrases me hantent comme celle-ci entendue récemment : "nous allons dans le mur, mais nous avons allumé les phares". Je suis incapable d'écouter les bavardages à la radio, avec ces journalistes qui parlent fort, et souvent de façon péremptoire. Le monde fait trop de bruit. J'ai besoin d'air de musique et de chant.


Je ne parviens pas à me projeter dans le futur, même proche. J'ai du mal à faire le point sur ces derniers mois. Je suis désemparé parce que les neuf semaines de confinement, mais aussi tout ce qui a précédé, ont acquis un caractère d'irréalité. Tant de choses se sont dites pendant ce moment exceptionnel, et maintenant tout semble effacé.
Et puis le chemin des mots est bordé de ronces. Je m'y écorche.

jeudi 27 août 2020

Un vent de sud, sud-ouest


Voilà,
hier, un vent chaud soufflait fort sur la ville. Comme un vent venu du désert, mais le désert est loin pourtant. J'ai vérifié sur mon smartphone. C'était un vent de sud sud-ouest, un truc anticyclonique donc. Je ne me souvenais pas avoir vu quelque chose comme ça, dans les rues de Paris depuis que j'y habite. Cela créait une étrange ambiance.

(...)

Il semblerait que les gens soient rentrés. La  ville se repeuple. La circulation est plus dense. Les piétons plus nombreux. Beaucoup de gens portent des masques. Quelques uns s'en dispensent. Les terrasses sont encore bondées, surtout le soir. Certaines petites rues sont même devenues des cafés et des restaurants à ciel ouvert en raison du dispositif adapté pour compenser les pertes des cafetiers durant le confinement. Bientôt ces terrasses provisoires qui empiètent sur les places de parking seront démontées. Il paraît que la vie doit reprendre son cours. Mais les informations sont confuses concernant une éventuelle reprise de l'épidémie. Tout le monde semble dans l'expectative. C'est un temps suspendu.

(...)

On semble avoir ou vouloir oublier le traumatisme de la première vague d'épidémie. Personne ne parle plus des mensonges de l'appareil d'État, comme si le remaniement ministériel de juillet avait suffit à résoudre les incohérences de l'époque. Plus rien concernant les sacrifices des médecins et des infirmières dans les hôpitaux, des aide-soignants dans les Ehpad dont le dysfonctionnement et la dimension carcérale se sont révélés au grand jour. La "raison économique" semble sournoisement avoir repris le dessus. Rien non plus au sujet des professions sinistrées par la pandémie et pour lesquelles des solutions peinent à être trouvées. C'est comme si ces visages d'infirmières marqués par les lunettes de protection et la fatigue, comme si ces vidéos de soignants vêtus de sacs-poubelle en guise de surblouses, ces messages désespérés de médecins éreintés, ces morgues provisoires dans le marché de Rungis, ces empoignades à propos de la chloroquine, ces parents désemparés avec leurs enfants à la maison, ces profs incapables d'assurer leurs cours, comme si tout cela s'était dilué dans l'été

(...)

On regarde le monde, la résistance populaire en Biélorussie, les velléités expansionnistes turques au large de la Grèce, la banquise qui fond, les incendies en Sibérie en Californie, les troubles civils aux USA, avec leurs cortèges d'émeutes, de meurtres, de revendications racistes perpétuelles, de menaces plus ou moins larvées de coup d'état, et l'on se prend à imaginer que ce pays peut possiblement imploser comme autrefois l'URSS, mais dans une violence et une folie sans commune mesure.

(...)

On ne peut pas faire autrement que de subir ça. On éprouve un terrible besoin d'amour. On en vient presque à envier les amis qui meurent dans leur sommeil. On songe à de calmes paysages.
(Linked with skywatch friday and weekend reflections)

lundi 24 août 2020

Les Fresques de Pietro de Ricchi


Voilà,
comme elles ont vite passé ces vacances en cet étrange été du coronavirus où j'aurais fait des sauts de puce en différents endroits de la France... Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas autorisé tant d'escapades. Je suis de retour depuis moins d'une semaine et je n'ai qu'une envie, c'est de repartir. Paris ne m'enchante plus autant qu'avant. La ville devient sale, la misère y est de plus en plus visible, les incivilités trop fréquentes, et la vie bien chère.
Ces photos ont été réalisées en Bourgogne, début Juillet au château de Fléchères. datant du XVIIe siècle, centre de la seigneurie puis de la  baronnie de Fléchères, qui se dresse sur la commune de Fareins dans le département de l'Ain à 6 kilomètres au nord-est de Villefranche sur Saône. Il succède à une ancienne maison forte du XIIe siècle.
Longtemps dissimulées derrière des boiseries du XVIIIème siècle ou des enduits du XIXème ces fresques colorées en trompe-l'œil, œuvre de Pietro Ricchi réapparues lors d'une restauration datant de 1998, constituent un ensemble d'une grande valeur artistique et historique. Ayant passé quatre années en France, à Lyon, à Paris et dans diverses villes de Provence, de toutes les fresques que réalisa Pietro, ne restent que quelques-unes au château de Bagnols sur Cèze et celles du château de Fléchères, qui composent le plus grand ensemble de ce type en France à cette époque. Elles demeurent un témoignage unique de peinture décorative sous Louis XIII, l’une des plus raffinées et des plus précieuses de tout le XVIème siècle, paraît-il.
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vendredi 21 août 2020

Ma Fatigue


Voilà,
il y a peu, au détour d'une rue, j'ai aperçu ma fatigue. Elle portait ces chaussures que je n'ai jamais mises et qui traînent dans un de mes placards. Essoufflée, en silence elle réclamait un peu de répit. Dans son petit bagage auquel elle semblait s'agripper, il y avait toute ma vie. Ça ne prend pas tant de place que ça une vie, et pourtant c'est fou comme on y tient. J'ai voulu aller à sa rencontre pour la récupérer de peur qu'elle ne l'oublie quelque part, et puis je ne sais pas j'ai eu la flemme, j'ai rebroussé chemin. J'ai laissé ma fatigue, j'ai laissé ma vie. Désormais je traîne. Les passants parfois me considèrent avec suspicion, le plus souvent m'ignorent. Je parle aux chiens, je parle aux piafs, les feuilles mortes sont mes amies. Je suis un courant d'air. C'est pas plus mal comme ça.

lundi 17 août 2020

Jeu de piste



Voilà,
donc, à Biscarrosse-Plage, l'année scolaire 1964-1965 il y avait Danielle Dubosc, qui devait avoir une vingtaine d'années. Elle habitait derrière la librairie Gendron, me semble-t-il, tout près de notre école. Je crois me souvenir qu'elle avait perdu sa mère et qu'elle vivait seule avec son père, que l'on apercevait de temps à autre souvent vêtu d'une salopette bleue, d'une chemise à carreaux et la casquette vissée sur la tête. Je cois que c'était un homme triste qui n'arrivait pas à se remettre de la disparition de son épouse. Danielle avait organisé une section de louveteaux — ce que le curé du village n'avait pas vu d'un très bon œil considérant cela comme une concurrence, et peut-être même comme un affront, puisque lui s'occupait du patronage des "Cols-verts". Ma génitrice, m'avait donc inscrit aux louveteaux au prétexte qu'elle avait été "jeannette" dans sa jeunesse. Cette affaire ne m'enthousiasmait pas des masses, parce que j'aurais préféré être tranquille pénard tout seul, les jeudi après-midi, mais Danielle était si belle si gentille si douce et attentionnée que finalement c'était plutôt bien. Je crois que le reste de la semaine, elle suivait des cours par correspondance, mais je n'en suis pas certain. Parfois elle venait nous voir à la récréation de l'autre côté du grillage, sans doute parce qu'elle faisait coïncider ses pauses avec les nôtres. 
Je me souviens d'un jeu de piste qu'elle avait organisé une fois, dans la forêt à la sortie du village à proximité de la route d'Arcachon. On avait passé la journée avec nos sacs à dos, le mien était kaki, avec des poches partout, c'était celui que mon père avait utilisé quelques années auparavant lorsqu'il crapahutait dans le djebel algérien. Ma mère m'avait confectionné une espèce de salade de tomates, ou de patates pommes de terre je ne me souviens plus, dans un tupperware parce que c'était tout nouveau et soi-disant bien pratique  — si tu savais bien les fermer de sorte qu'ils demeurent étanches — ce que la mère n'avait évidemment pas bien fait de sorte que la sauce s'était répandue dans mon sac. Ce jeu de piste c'était vraiment formidable, c'était la grande aventure. Notre groupe était composé de deux sizaines, j'étais le second de l'une d'elles ce qui m'allait très bien, car je n'ai jamais trop aimé les responsabilités ni le pouvoir. J'ai toujours eu plus de goût pour les bordures, les marges et la solitude. Et puis notre sizenier, était un garçon raisonnable, pondéré, un bon élève de la classe, sérieux, et qui lui aussi lisait le journal de Tintin qui paraissait tous les mercredi, et ça quand même ça crée des liens. Il s'appelait Pascal Loiseleux et sur la photo de classe il est tout en haut à gauche. Il habitait  alors dans cette grande maison où je ne suis jamais entré — mais dont je me disais que cela devait être rudement bien d'y habiter — et que j'ai photographiée en 1996. À cette époque là France Gall avait seize ans et chantait « N’écoute pas les idoles » composé par Serge Gainsbourg. Cette première année à Biscarrosse, fut vraiment un enchantement. Il me semblait alors que le paradis était à portée de main, simplement à cause de l’omniprésence de la nature, mais aussi parce l’ambiance était beaucoup moins kakie que celle dans laquelle j’avais précédemment grandi. Et puis il y avait la présence de l’océan tout près, les senteurs d’iode et de pin, tout un univers olfactif que j’ai retrouvé ces deux dernières semaines passées sur un autre bord de mer et qui m’ont ramené vers les rivages de cette enfance. (Linked with the weekend in black and white

jeudi 13 août 2020

Nu au rideau


Voilà,
avais-je en tête un certain cliché d'Edward Weston lorsque j'ai pris ou tiré cette photo, il y a longtemps, très longtemps au siècle dernier, ou bien est-ce un tropisme inévitable pour qui se pique de photo, de jouer avec les ombres d'un rideau sur un corps, comme l'a fait Alvarez-Bravo, et aussi Man Ray et sans doute bien d'autres. Je crois, bien que je n'en sois pas tout à fait certain, que cette photo a été prise chez Moli, comme nous appelions, (du nom abrégé de Molinario son ancien propriétaire) cette maison du belvédère que les parents d'Agnès avaient achetée en 1973, et qui fut cet été là, la maison où nous nous retrouvions entre jeunes : il y avait Delphine, Agnès, Pierre qui ressemblait à Neil Young, Barbara, Anthony, Jérôme et Amélie Mistler qui passaient de temps à autre. Parfois, plus petite que nous, Valérie, fille et sœur de comédienne, et qui l'est devenue venait créer des petits spectacles à notre intention (Il y a quelques mois, j’en ai vu un fort beau qu’elle a écrit et réalisé comme quoi des vocations viennent de fort loin). Ce fut l'été de mes dix-sept ans, un bien bel été.

lundi 10 août 2020

Rêverie à la Fondation Vuitton


Voilà
apprendre créer 
m’abandonner à des sensations nouvelles me confronter à des complexités jusque là ignorées
tel est mon premier besoin et sans doute aussi mon unique désir
un rempart contre la peur et la solitude aussi
Mais quoi qu’il en soit je m'effacerai de ce monde
sans en avoir compris grand chose

mercredi 5 août 2020

Sursitaires


Voilà
donc la planète brûle, l'épidémie s’étend
on s'interroge sur l’heure de la marée
Masqués on joue à cache-cache avec la peur
essayant de ne pas trop songer au lendemain
puisque tant de signes désormais nous rappellent notre condition de sursitaires

dimanche 2 août 2020

Histoires de Guignols


Voilà,
Le Guignol Guérin est la plus ancienne famille de marionnettistes Guignolistes de France, toujours en activité. Depuis 6 générations, à Bordeaux et partout en France, la famille Guérin propose des spectacles et des pièces de théâtre dans la pure tradition du répertoire lyonnais. Ces photos prises au Parc bordelais il y a quelques jours, lors de mon passage dans cette ville ont quelques chose de désuet et de si anachronique que cela en paraît presque absurde. Août commence sans que je ne puisse me déprendre d'une vague inquiétude comme souvent à cette époque. J'aimerais avoir ce détachement de Kafka, qui le 2 Août 1914 notait dans son journal "La Russie déclare la guerre à l'Allemagne. Après-midi piscine".   
Sinon, j'ai vu qu'un blockbuster intitulé "Greenland" allait bientôt sortir en France. Une histoire d'astéroïdes qui s'écrasent sur terre. Etrange, cette fascination américaine pour les fictions apocalyptiques. Aucune autre société contemporaine n'a une telle appétence pour la violence et la destruction. Pourtant, on est là-bas déjà en plein film d'horreur, et l'astéroïde leur est déjà tombé dessus, il y a un peu moins de quatre ans, comme l'avait constaté le journal allemand "Der Spiegel". Dans les films il y a toujours un héros solitaire, un super Jesus Mc Gyver, capable de sauver l'Amérique sinon le monde de la catastrophe. Dans la réalité, les américains sont incapables de se débarrasser d'un malade mental qui ne veut pas que le monde lui survive et auquel ils ont précisément confié leur destin. A se demander si Dieu bénit vraiment l'Amérique. Mais il est vrai que c'est aussi une fiction qui justifie bien des folies. Il existe en français une expression "faire le guignol" qui signifie "amuser les autres volontairement ou non". Mais le guignol qui gouverne la première puissance occidentale n'amuse plus. On songe plutôt à Shakespeare. "C'est un malheur du temps que les fous guident les aveugles"...
 
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samedi 1 août 2020

Jeune visiteur au Musée de l'Homme


Voilà,
une de ces photos de cet été 2018 où pour la première fois, je n'avais pas du tout quitté Paris, sans doute par manque d'argent, mais aussi par flemme, parce que finalement je trouvais aussi bien d'être chez moi à ne rien faire en restant au frais dans un appartement aux volets clos, par ces temps de grande chaleur. J'avais visité des musées parisiens (me réjouissant que certains aient l'air conditionné, comme le nouveau musée de l’homme) je m’étais baladé, intra-muros et dans quelques endroits de l'Ile-de-France, j'avais pris beaucoup de photos, oui beaucoup. Pas toujours intéressantes, mais tout m'intriguait. C'est à se moment là qu'ont commencé à se propager de façon insistante dans la presse les premières analyses sur l'Effondrement et que le terme de collapsologie encore relativement confidentiel s’est plus largement répandu. Cet été là, fut celui la tardive prise de conscience par les médias des perturbations climatiques en cours et de toutes ses implications, à moins que ce soit précisément à ce moment là qu'ils ont réalisé que cela pouvait faire vendre. Je me souviens de cette carte des températures début Août 2018.


Pourtant l'hiver précédent les températures en Arctique avaient été de 30° supérieures aux normales saisonnières et l'été austral lui aussi particulièrement chaud (faiblement en comparaison de celui de 2018-2019), sans qu'on en fit pour autant les gros titres. Non, je crois qu'à l'époque on parlait en France, surtout des querelles autour de l'héritage de Johnny Hallyday, et du mercato concernant Neymar. Bref, j'ai pensé à l'avenir de ce jeune homme qui semblait si absorbé dans son observation. je crois qu'il était étranger, américain, mais je n'en suis pas certain. Deux ans plus tard, on ne peut pas dire que les choses se soient particulièrement arrangées sur le plan climatique. Cette année en Juin, il a fait 38°C en Sibérie. pourtant c'est autre chose qui préoccupe le monde. La récession liée au covid, la pandémie qui n'en finit pas, les migrants qui continuent de s'échouer au sud de l'Europe. Tout semble si précaire. Sans lendemain et l'avenir si imprévisible. Cette année je vais de-ci de-là. J'ai l'impression de faire ma tournée d'adieux. Il n'y en aura pas pour tout le monde.

mardi 28 juillet 2020

Madère


Voilà,
Je ne me souviens plus du village, mais c'était au centre de l'île de Madère, les guirlandes tendues au dessus de la rue ajoutaient de la couleur au bleu du ciel. Il faisait très chaud. Ce qui me manque à présent lorsque vient l'été, c'est ce sentiment d'insouciance que je pouvais éprouver en d'autres temps. Mais je suppose que cette sensation est assez communément partagée désormais. (Linked with Our world Tuesday)

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