vendredi 14 février 2020

Saint Valentin, donc


Voilà,
vu dans le quartier du Marais en août 2017.
puisque c'est aujourd'hui la Saint Valentin
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jeudi 13 février 2020

C'est le monde qui nous quitte



Voilà 
une chose dont on ne prend conscience qu'avec les années accumulées et qu'on ne peut réaliser tant qu'on ne l'a pas ressenti, éprouvé physiquement — et c'est en cela que l'expérience est intransmissible et que l'écrire est par conséquent absurde mais tant pis je persiste — : avant de quitter le monde c''est le monde qui nous quitte. Le monde où l'on s'est construit, dans lequel nous avons acquis nos réflexes, trouvé nos repères, élaboré notre pensée. Ceux qui constituaient notre environnement sensible et intellectuel meurent, les chanteurs de variétés, les philosophes, les présentateurs de télévision, les acteurs, des auteurs de bandes dessinées... Les magasins disparaissent, les architectures se transforment, des quartiers entiers sont rebâtis. Les lois, les mœurs les coutumes aussi se modifient. Et peu à peu on se trouve sur une terre étrangère qui paraît de plus en plus hostile à mesure que nos facultés physiques et cognitives décroissent. Les formes que prenaient nos rêves se dissipent. On comprend doucement que notre temps est passé, que désormais le monde se fera sans nous. Les heures passent sans illusions et les souvenirs aussi, en bribes, comme de tièdes nuages dans le ciel incertain de notre mémoire. Il nous faut apprendre à cheminer en paix parmi les choses et consentir à la fatalité de n'être que ce qu'on est sans pour autant renoncer à l'espérance qu'un violent bonheur puisse une fois encore nous étreindre. Cependant parmi les ombres et les reflets où se hâte tout un peuple de spectres furtifs, on cherche sa demeure, comme on croyait la trouver autrefois, à l'abri d'une cabane de branchages et de fougères entre les  pages colorées des illustrés de l'enfance. (Linked with weekend reflection)

mardi 11 février 2020

Un noyau de spiritualité


Voilà
"Oui, il y a, là-haut, pour qui sait écouter et sentir au cœur de la matérialité la plus brutale, au cœur de ce qui paraît le plus éloigné de ce que nous sommes convenus d'appeler le beau, un noyau de spiritualité d'autant plus déchirante qu'elle est là fois familière et hors d'atteinte. L'esprit du lieu se tient là : la présence de l'au-delà dans la pesanteur même des choses. La volonté éperdue de trouver sa place, en se sachant de nulle part. Une sorte de vaste corps englobant les maisons, les êtres, les prés, les fantômes. Et pas seulement parler, mais donner à ces paroles la substance qui demeure, qui porte ton nom et l'emporte sans limites" Pierre Jourde
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dimanche 9 février 2020

Câlins


Voilà,
j'ai lu quelque part que ce bienfaiteur rapprochement qu'on désigne communément par le terme câlin agit sur notre bien-être physique et notre équilibre affectif. Platonique, amoureux ou confraternel, avec un proche, un inconnu, ou un animal, le câlin aurait de bénéfiques vertus. D'après le site journee-mondiale.com, sept minutes de câlin par jour permettent de se sentir heureux. Une psychothérapeute américaine Virginia Satir suggère que : « nous avons besoin de quatre câlins par jour pour survivre, de huit pour fonctionner, de douze pour croître. » Si cette affirmation s’avère exacte je suis donc en train de mourir à petit feu.
Quoiqu'il en soit cette peinture murale, aperçue la semaine dernière rue d'Aboukir mettant en scène Tintin et le capitaine Haddock m'a bien réjoui, même si les silhouettes qui en donnent l'échelle se promènent solitaires. Au pied de ce mur, sur la gauche il y avait aussi ceci
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jeudi 6 février 2020

Sur la piste de l'arbre


Voilà,
"Sur la piste de l'arbre, on rencontre l'homme. Ils se tiennent par la main. L'un prépare l'arrivée de l'autre. Il lui fabrique de l'oxygène, de l'ombre, de la beauté, de l'émotion, du calme et du bois pour faire le feu. De quoi d'autre peut on avoir besoin.
On a toujours intérêt au moment de partir à se renseigner sur les arbres que l'on risque de rencontrer. Ils sont là depuis plus longtemps, ils en savent plus. Ils connaissent le pays, ils peuvent en parler. un arbre ne se trompe jamais de séjour. Il vit là où la température, le vent, le sol, l'ensoleillement, l'humidité lui conviennent. Il ne s'égare jamais ou bien il en meurt." (Alain Hervé in "La proximité folle du paradis")
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mercredi 5 février 2020

Remise de peine


Voilà,
longtemps il marche en solitaire longeant à travers une sombre banlieue des rues désertes et peu éclairées. Enfin parvenu au centre-ville généreusement illuminé, Léon Durif pénètre dans une boutique aux lumières tamisées où derrière des parois constituées d’aquariums, de jeunes employées font des avances aux clients qui entrent. On ne comprend pas ce qu'elles disent ; on ne voit que leurs gestes plus ou moins équivoques et leurs attitudes parfois subrepticement obscènes. Là, par hasard, il croise avec plaisir un vieux camarade de promotion, un diplomate revenu depuis peu de Moscou. Un vieil ami d'enfance dont le regard est dissimulé derrière d'épaisses lunettes noires en raison d'une hyperphotosensibilité, l'accompagne. Après avoir traîné un temps dans cette boutique ils décident de se rendre ensemble dans un autre magasin tenu par un ancien coiffeur qui désormais vend des bijoux lumineux. L'ami d'enfance du diplomate s'inquiète car il doit bientôt partir en voyage et il s'en veut de n'avoir toujours pas trouvé de cadeaux pour les gens qui l'accueilleront. Rien ne le satisfait et il désespère de trouver quelque chose à son goût. Plus tard, tous trois s'engagent dans une vaste galerie couverte où sont exposées des sculptures monumentales. Approchant de cet empilement de roues de bicyclettes, œuvre du plasticien chinois Ai WeiWei, l'ami d'enfance croit reconnaître, assise sur une antique chaise roulante, une jeune femme, qui s'appelle Sixtine, et à qui, nous informe-t-il, on vient d'accorder une remise de peine, en raison de son état physique. Elle a passé plusieurs mois en prison pour avoir, dit-il "commis quelques petits meurtres et de menus larcins".
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lundi 3 février 2020

Toutes ces choses qui nous survivent.


Voilà,
c’est la nuit tu entends la radio qui diffuse une sicilienne de Bach interprétée par Jacques Loussier. Autour de ta bière ouverte, des gens pleurent dont quelques hypocrites, qui autrefois te firent souffrir, et cela te déplaît. Mais aucun mot ne sort de ta bouche pas même un râle, juste une légère nuée de cendres à peine visible, raison pour laquelle sans doute, nul ne s'en étonne. Tu es celui qui voit et celui qui repose. Tu te sens à l'étroit et intérieurement furieux de ne pouvoir bouger, agacé par ce fourmillement chatouilleur qui reste cependant à la limite du supportable. Mais lorsqu'un homme glabre que tu as toujours connu moustachu, s'attarde longuement, l'air interrogateur, au dessus de ta dépouille, puis s'exclame "mais ce n'est pas lui", le vacarme du camion poubelle et les éclats de voix des éboueurs dans la rue, sans pour autant te délivrer de la poisseuse sensation de l'avoir échappé belle, t'extraient de ta torpeur. Et tu te retrouves au bord du jour, hébété comme un boxeur sauvé par le gong, mais qui ne se sent plus la force de continuer le combat. Espérant toutefois le miracle d'en réchapper, et sans pour autant savoir la forme qu'il pourrait néanmoins prendre, tu redoutes le sort tragiquement banal qui selon les statistiques paraît devoir inévitablement te frapper, comme il accable depuis peu tant d'amis autour de toi. Et tu songes alors à toutes ces choses qui nous survivent.
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dimanche 2 février 2020

Étranger à ce monde

 
Voilà,
ce n'est pas nouveau je l'ai déjà souvent écrit, je me sens de plus en plus étranger à ce monde. Ou plutôt celui-ci me semble-t-il de plus en plus difficile à saisir dans sa complexité. Il me paraît souvent absurde. Ces adultes qui circulent en trottinette dans le quartier d'affaires, ces gens dans le métro l'œil rivé sur leur smartphone jouant à des jeux ou bien coupés de leur environnement qui écoutent de la musique dans leur casque audio dont certains sont si gros que cela les fait ressembler à des personnages de dessins animés, les corps usés, épuisés ravagés qui gisent parfois dans la rue comme des cadavres cette épidémie de misère qui se répand depuis des années et dont nos dirigeants n'ont aucune conscience car ils ne marchent pas dans les rues, ne prennent pas le métro. Dans les transports je regarde les visages et me demande "comment font-ils pour tenir dans ce monde, moi je n'y arrive plus". Je trouve la plupart du temps l'environnement dans lequel j'évolue d'une laideur pénible à supporter, bien conscient cependant de vivre dans une région relativement privilégiée et les quelques trompe-l'œil ou décoration murales ne suffisent pas à atténuer ce sentiment que la décrépitude est en train de gagner. Peut-être est il temps de laver mon regard à des paysages moins urbains, de me retirer dans quelques campagne et de ne plus photographier que paysages, nature, animaux arbres fleurs sous-bois, comme le fait, si loin d'ici, Bill dont les photos de plus en plus dépouillées de toute trace de présence humaine suggèrent à mes yeux, la nostalgie d'un eden d'avant la présence humaine...
Allez, en ce jour palindrome 02/02/2020 (ce qui ne se représentera pas de sitôt avec simplement deux chiffres) Bach, pour consolation, C'est ce que l'humanité a produit de plus subtil et délicat. Comme écrivit Cioran, s'il en est un à qui Dieu doit tout, c'est bien Bach. (Linked with monday murals)



jeudi 30 janvier 2020

Poussière


Voilà,
elle est partout la poussière, sur l'aspirateur supposé aspirer la poussière, sur le chiffon à poussière bien sûr, sous les meubles sur le dessus les meubles là-haut tout en haut, sur la tranche des livres, sur les enceintes, dans ma mémoire, sur les cadres des tableaux, sur la tranche des portes, sur les plainthes, sur le rebord des marches, en suspension dans l'air, entre la machine à laver et le mur, derrière le réfrigérateur, sur le disque dur externe, sous la table du salon, sous le canapé, sur les tissus d'ameublement dans le petit théâtre en carton, sur l'objectif de l'appareil photo, sur le rouleau de scotch, poussière tu es poussière tu retourneras à la poussière, m'en fous ne l'ai jamais quitté, respire la poussière depuis tout le temps et j'époussette au dessus de l'encadrement de la porte et je balaye devant la porte derrière la porte, le pire concerne les objets les bibelots, la poussière infatigable revient tout le temps quand tu crois aérer c'est encore de la poussière que tu invites et qui pénètre chez toi, elle se fixe sur les boîtes de crayons se colle au plafond de la cuisine à l'intérieur des abat-jour sur les ampoules électriques c'est pénible la poussière l'inépuisable poussière à nouveau, nous sommes tous poussière d'étoiles, paraît-il je veux bien c'est joli, c'est poétique, poussière des astres, désastres de la poussière, tant d'étoiles qui ne brillent plus, grisaille déjà, respire mal, sombre bientôt, sombre oui, corps et maux, bientôt noir, fondu au noir et fin de l'histoire
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dimanche 26 janvier 2020

Travailleur à domicile


Voilà,
"Tout le monde est d'une certaine manière occupée est employé comme travailleur à domicile. Un travailleur à domicile d'un genre pourtant très particulier. Car c'est en consommant la marchandise de masse – c'est-à-dire grâce à ses loisirs – qu'il accomplit sa tâche, qui consiste à se transformer lui-même en homme de masse. Alors que le travailleur à domicile classique fabriquait des produits pour s'assurer un minimum de biens de consommation et de loisirs, celui d'aujourd'hui consomme au cours de ses loisirs un maximum de produits pour, ce faisant, collaborer à la production des hommes de masse. Le processus tourne même résolument au paradoxe puisque le travailleur à domicile, au lieu d'être rémunéré pour sa collaboration, doit au contraire lui-même la payer, c'est-à-dire payer les moyens de production dont l'usage fait de lui un homme de masse (l'appareil et, le cas échéant, dans de nombreux pays, les émissions elles-mêmes). Il paye donc pour se vendre. Sa propre servitude, celle-là même qu'il contribue à produire, il doit l'acquérir en l'achetant puisqu'elle est, elle aussi, devenue une marchandise."  (Gunther Anders in "L'obsolescence de l'homme)"
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vendredi 24 janvier 2020

Paris contemporain


Voilà, 
tu te souviens ce jour là en compagnie de ta fille, t'être arrêté pour cadrer, et lui avoir confié, que tu n'aimais pas du tout prendre ce genre de scène mais que là tu ne pouvais t'en empêcher, car tu y voyais quelque chose de vraiment révélateur du Paris contemporain, avec d'un côté cette accumulation de trottinettes électriques encombrant les trottoirs et de l'autre une réfugiée du Moyen-Orient, comme il s'en trouve de plus en plus, même dans les quartiers bourgeois. Tu as ensuite ajouté reprenant ta marche, qu'il te semblait que les autorités préféraient les laisser crever à petit feu aux yeux de tous, plutôt que de les loger décemment en attendant qu'ils soient établis dans leurs droits au regard des règles internationales. C'était, disais-tu, une façon de susciter leur rejet par les habitants, afin que la population trouve normales les opérations de "nettoyage humain" qui ne manqueraient pas de se produire dans les prochaines années, pour rendre, par exemple à l'approche des Jeux Olympiques, à la ville un aspect plus présentable.
D'ailleurs, le Journal officiel a récemment relaté le fait que la France vient de rembourser plus d’un million d’euros d’argent européen destiné de l’accueil des réfugiés sur le territoire et qui n'a pas été utlisé. Si l'on n'a pas recouru à ces fonds, c'est principalement en raison de la complexité décourageante des dossiers administratifs d'appels d'offre de l'État français en direction des associations. Et sans doute aussi parce que la politique de maîtrise des flux migratoires a pris le pas sur la politique d'asile. (Linked with the weekend in black and white)

mercredi 22 janvier 2020

Quand viendra le printemps



Voilà,
Quand viendra le printemps, si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts
qu’au printemps passé.
La réalité n’a pas besoin de moi.
J'éprouve une joie énorme
à la pensée que ma mort n’a aucune importance.

Si je savais que demain je dois mourir
et que le printemps est pour après-demain,
je serais content de ce qu’il soit pour après-demain.
Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon
en son temps ?
J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ;
et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même
si je ne l’aimais pas.
C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content,
parce que tout est réel et tout est précis.
 On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil.
On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est.
Fernando Pessoa

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dimanche 19 janvier 2020

Sage comme une image


Voilà,
La promenade c'est bien.
Souvent on y entend ou on y voit des choses surprenantes, et délicieusement incongrues.
Quelqu'un par exemple qui dit "ça fait un peu jeu paquet de céréales".
Ou un autre qui s'exclame "elle est trop belle elle a plein de sœurs"
En promenade les pensées s'agrègent de façon chaotique.
Est-ce pour cela que l'errance est un autre mot pour désigner la folie ?
Parfois les gens causent un peu trop fort.
Ecouter certaines personnes médire de de leurs connaissances permet de comprendre comment ils parlent aux autres de vous.  
De temps en temps, dans la rue des silhouettes que je crois reconnaître semblent jaillir du passé.
Mais cela peut aussi se produire dans la nature quand je suis seul.
Des visages autrefois familiers surgissent furtivement (il suffit d'une odeur de pins et de fougères humides)
On flâne souvent avec des morts
A Paris si je je vois écrit quelque part Pont Mirabeau alors la chanson me revient en tête.
Je peux ensuite la fredonner  pendant des heures sans même m'en rendre compte.
Il n'est pas nécessaire de sortir pour être ailleurs.
Parfois je revisite de vieux rêves, jadis consignés lorsque j'étais encore un homme sans postérité.
Il m'arrive aussi de tomber sur des notes énigmatiques répertoriées sur mon smartphone.
Ainsi :
le réflexe de Babinski, c'est quand on a les orteils en bouquet de violette
Le chameau a autant de bosses que de syllabes n'en déplaise au cigarettier.
Chez Verrocchio on préfère la peinture à l'œuf chez Pollaiuollo la peinture à l'huile
  les notes de Kafka sont à l'expérience historique, ce que la géométrie non euclidienne est à la géométrie empirique.
Comment parfois ne pas demeurer perplexe?
Quoiqu'il en soit
chaque journée est une nouvelle aventure mais chaque matin il faut aussi renouer avec le dépit d'être soi-même.
Et aussi avec toute une macédoine de pensées et d'images de réflexions à peine ébauchées
de réminiscences de constats
par exemple on se rappelle que l'actrice Maya Vignando ressemble au "Nu au divan" de Marquet,
et de fil en aiguille
que Gabriela Baumbrück avec qui je passais des après midi à tirer des photos et à bavarder
tout en buvant de la becherovka pendant que le lecteur de CD jouait en boucle l'album de John Coltrane et Duke Ellington
Gabriela donc ressemblait alors l'actrice Lucia Bosè qui a joué dans des films d'Antonioni
(mais je ne m'en suis rendu compte que bien plus tard)
Un souvenir en convoque un autre pour une raison indéterminée.
La fois où ma fille de cinq ans, voyant un champ d'éoliennes par la vitre de la voiture s'était exclamée "elles ont toutes la même manière".
Le jour où, peu avant la pause de midi, Michel par provocation sans doute,
avait, sur le plateau de la Scène nationale d'Alençon, déclaré
"J'éclaire l'espace pas les comédiens".
 Cette fin d'après-midi où dans une rue en terre battue de Djelfa, ma mère avec sa 4CV m'a renversé  et failli m'écraser.
Une triste nuit dans un hôtel d'Amsterdam.
Se remémorer que,
"Pays sans chapeau" de Denis Laferrière est un livre vraiment génial,
que
ce film de David Byrne, intitulé "True stories" que j'avais trouvé vraiment bien à sa sortie, ça vaudrait le coup de le revoir,
que
la fragrance sucrée qui me saisit parfois et me renvoie à l'enfance et celle du labdano.
(Je l'avais enfin identifiée au Palazzzo Mucenigo de Venise quand je visitais le musée des parfums en compagnie de ma fille)
qu'il
existe, au 26 rue Tiphaine à Paris, un restaurant coréen, paraît-il excellent et peu onéreux, où il faudrait déjeuner un de ces jours,
que,
un bouquiniste à l'accent marseillais qui a sa boite face à l'académie française m'a fait découvrir Lennie Tristano,
qu'à huit ans
 il me semblait n'avoir que des souvenirs, pas seulement les miens mais aussi ceux de mes parents, qui toujours parlaient du passé.
Et puis devant ce mur j'ai repensé à ça,
à l'expression sage comme une image et à la tentation de se taire définitivement pour ne plus rien faire d’autre qu'écrire et dessiner
Ou bien parler mais simplement pour interpréter les textes des autres.
Mais,
impossible je suis une vraie pipelette.
(Linked with monday mural)

vendredi 17 janvier 2020

Comme si de rien n'était



Voilà,
Il est difficile de marcher d'un pas léger. Il faudrait pouvoir faire abstraction du monde tel qu'il va, ou plus justement tel qu'il ne va pas. Impossible d'écouter une radio, de lire les actualités sur le net sans tomber sur des nouvelles alarmantes. Oh pas seulement les bruits de bottes au Moyen-Orient ou la prolifération des populismes, l'écart sans cesse grandissant entre les riches et les classes moyennes en voie de paupérisation dans les pays occidentaux ou encore les désastres écologiques disséminés sur la planète et j'en passe. Je sais bien qu'en être affecté ou pas ne change rien à la marche du monde. Que la vie n'en continue pas moins pour autant. Cela fait tant d'années que cela déconne. Une nouvelle chasse l'autre, un massacre succède à un carnage, on s'en émeut et puis on oublie. Les saisons rythment les catastrophes auxquelles on finit par s'habituer. Il y a la saison des naufrages de migrants en Méditerranée, celle des ouragans aux Caraïbes, des incendies estivaux dans chacun des hémisphères. De temps à autre une éruption volcanique ou une nouvelle pandémie fait événement et rompt le cycle prévisible des calamités. Ce qui est étrange ce que cela ne mobilise ni les peuples ni les politiques. C'est comme si on n'avait décidé qu'il n'y a pas d'alternative aux désastres en cours et que de toute façon les choses se règleront d'elles-mêmes. 
Donc je marche encore dans les rues de cette ville, je fais des photos, quelquefois. Mais, ces jours-ci, cette sensation d'Absurde, et d'Inéluctable me hante plus que d'habitude. Je fais comme si de rien n'était, mais le cœur n'y est pas vraiment. J'ai toujours la tête un peu ailleurs. Par exemple, quand je me suis attardé devant cette vitrine, c'est à l'Australie que je pensais. Oubliés les inondations de l'année dernières, les troupeaux noyés, les crocodiles dans les rues...
Les tragiques événements survenus là-bas ces dernières semaines donnent beaucoup à réfléchir. Comme le fait fait remarquer sur sa chaîne Youtube un dénommé Vincent que je cite largement ici à l'attention de mes correspondants non francophones, ce pays, l'un des plus riches de la planète (premier exportateur mondial de charbon, deuxième exportateur de gaz) doté d'un système de démocratie représentative s'est trouvé,  — d'ailleurs peu de temps après que ses représentants aient saboté les négociations de la COP 25 au nom d'intérêts économiques —  confronté à une catastrophe climatique d’une ampleur phénoménale provoquée et aggravée par le réchauffement climatique.
La réaction de ses dirigeants donne une idée de la manière dont la civilisation thermo-industrielle va dans les décennies qui viennent, se comporter face aux catastrophes qui en raison du désordre climatique ne manqueront pas de survenir et de proliférer, se manifestant sous des formes variées, que l'on peut d'ores et déjà observer : ouragans de plus en plus vastes, tempêtes surpuissantes, incendies gigantesques, inondations, phénoménales avec une infinité de dommages collatéraux dont chaque jour nous révèle l'ampleur insoupçonnée.

 Confronté au ravage de son écosystème, le pays, premier exportateur de charbon, ne modifie en rien le cours de sa production. Business as usual. On est à la fois dans le déni, l'impuissance, due en particulier à une absence totale d'investissement dans la prévision du risque, et à l'aveuglement résumé par cette remarque de Proust "les faits ne pénètrent pas le monde de nos croyances".  Autrement dit, plusieurs milliers d’animaux sauvages meurent, des espèces disparaissent à tout jamais parce qu'elles ne vivent que dans certains écosystèmes de l'Australie, et que se passe-t-il ?  le coût de ce désastre n'est évalué qu’à partir des pertes liées au tourisme. On ne  compte que les pertes du bétail et pas celles des animaux sauvages. Un gouvernement qui comptabilise en ces termes fait forcément fausse route.
Si on ce trompe dans la manière dont on évalue une situation, on se trompe évidemment dans les solutions qu'on va y apporter. C'est le diagnostic qui suggère le remède.
Ainsi lorsque les feux de brousse se sont rapprochées de Sydney, la ville a alloué 620 000 $ australiens à la lutte contre les incendies. Mais dans le même temps elle avait déjà déboursé 6,5 millions de dollars australiens pour l'organisation du feu d’artifice du Nouvel An. C'est ce qui s'appelle avoir le sens des priorités.
Il faut prendre la mesure de ce qui s'est passé. Les incendies Australiens se sont avérés si puissants qu’ils ont généré leur propre microclimat, leur propres orages, foudre, vents violents qui créent de nouveaux incendies. L’incendie  a créé de nouveaux incendies. C'est ce que les pompiers appellent un impossible opérationnel
Comme pour Fukushima (mais qui s'émeut, qui pense à Fukushima aujourd'hui, à part ses victimes collatérales et ceux qui tentent de circonscrire ses ravages) une fois de plus l’Humanité a vu un pays pourtant riche, incapable de faire face à une catastrophe qui va se répéter en raison des choix économiques des cent dernières années. Pire encore, elle a pu constater l'indifférence des dirigeants de ce pays face à la situation avec un premier ministre parti se bronzer à Hawaï qui n'est revenu que sous la pression de l'Opinion publique.
On a bien évidemment vu alors se multiplier, pour conjurer désespoir, le beau hashtag "pray for Australia", et les foules s'en remettre à une hypothétique puissance divine pour corriger les conséquences des choix économiques et politiques. Mais plutôt que de prier n'aurait il pas mieux valu écouter les scientifiques qui disent depuis des années que les feux de brousse sont  aggravée par le réchauffement climatique lui même causé par les émissions de CO2 liées aux activités humaines ? 
Si on les avait écoutés, l’Australie n’aurait pas augmenté ses émissions de cO2 de 46% depuis les années 90. Le vice-premier ministre a balayé cet argument avec morgue et mépris en déclarant que ceux qui faisaient le lien entre incendies et réchauffement climatique étaient des tarés de centre ville.  
Tous ces gouvernants détruisent leur propre pays pour répondre aux exigences des oligarchies financières et  servir les intérêts des groupes industriels soutenus par la presse de Murdoch. Et peu importent les "angry summers"
Le rendement agricole de l'Australie a été divisé par deux en 2019 en cause des cycles de sécheresse suivi d'inondations qui ravagent les sols. Il faut aussi ajouter à ce propos que ce pays est précurseur dans le domaine de la privatisation de l'eau. Le prix de l'eau ayant atteint des sommets avec cette canicule et ces incendies, les agriculteurs ne peuvent pas arroser comme il veulent leurs terres donc ils achètent le minimum d'eau. donc ce processus va aller croissant. Pour la première fois depuis 10 ans l'Australie importe des céréales. Mais le premier ministre a déclaré, à propos de la transition écologique "nous n'allons pas nous engager dans des objectifs irresponsables, destructeurs d'emploi et nuisibles à l'économie". L'emploi donc, avant l'autosuffisance alimentaire. Ils mangent quoi les employés ?
Et en même temps l'emploi c'est le business. Une petite comparaison d'ailleurs. Les feux actuellement en Australie c'est 350 millions de tonnes de CO2.  Les exportations annuelles de gaz et de charbon de l'Australie c'est 1200 millions de tonnes de CO2 émis dans l'atmosphère 
Ainsi lorsque l'économie fonctionne parfaitement bien, elle détruit toujours plus l'équilibre climatique que précisément  les catastrophes climatiques qui en découlent.
Faut-il en conclure que pour maintenir le statu quo il n'hésitent pas à détruire le monde ?
Quoiqu'il en soit ils ne savent pas réparer (comme à Fukushima).
Seulement détruire. Détruire toujours plus. 
Que des dromadaires sauvages, en quête d'eau s'approchent des habitations, la seule solution trouvée c'est d'en abattre 10 000 à l'aide de snipers depuis des hélicos.
Aujourd'hui les chameaux demain les humains.
C'est évident c'est comme ça que ça se passera.
C'est déjà la même logique qui est à l'œuvre en Méditerrannée avec les migrants qui fuient la misère.
On ne les tue pas encore, on les laisse juste se noyer.  
Une société qui ne sait pas répondre ou répond tellement mal, est une société en échec..
Le pire c'est qu'il est vraisemblable que de leur point de vue la catastrophe est bien gérée.  Il n'y a pas trop de pertes humaines, la pénurie alimentaire est évitée par les importations. Il n' y a pas vraiment de désordre, on peut maintenir le feu d'artifice et buter les dromadaires gênants, le secteur de l'économie qui est le plus important pour ce gouvernement n'est pas impacté, l'économie du charbon prospère. Et tant pis si dans dix ans des milliers de gens seront atteints de troubles respiratoires.
Combien de temps ce déni va-t-il durer ? Le coût est trop grand. On voudrait croire que ce coût pourrait bouleverser nos prétentions de toute puissance et nous rendre humble face à la nature.
Est ce que la croyance tes hommes dans l'ingéniosité la créativité le développement technologique pour faire face au dérèglement climatique s'effondre au regard des piètres résultats qui sont obtenus ? Non pas du tout.
La mentalité générale, est de penser qu'à un moment la situation sera tellement critique, qu'une prise de conscience s'opèrera. Mais on est déjà au seuil critique. Cependant comme on peut encore aller au restaurant, prendre l'avion, se chauffer, que nos habitudes ne sont pas encore bouleversées, que la catastrophe est toujours pour l'autre, on continue de procrastiner. Sauf évidemment, ceux qui ont tout perdu.
Ceux qui détiennent aujourd'hui le pouvoir pour défendre leurs intérêts et qui sont incapables de trouver des solutions au présent, ne lâcheront rien et s'accrocheront à leurs prébendes. Les pays riches érigent des murs pour refouler au loin les cohortes de miséreux. Et dans leurs frontières, ils s'efforcent de mater toute contestation. Ils maintiennent une partie des populations dans un servage consumériste, dressant les classes moyennes contre les plus pauvres  (celui qui gagne un million dit à celui qui gagne mille, que tous les problèmes sont dûs à ceux qui gagnent cent et ça marche).  Mais bon, à quoi sert il de ressasser tout ça, cela fait si longtemps que l'on sait... Peut-être y-a-t-il un tropisme destructeur  et suicidaire inhérent à la nature humaine... (Linked with weekend reflection)

jeudi 16 janvier 2020

Pas encore lus 積ん読


Voilà,
une liste de livres dont j'ai noté le titre sans pour autant les avoir encore lus, ni même achetés ou empruntés à la bibliothèque
et peut-êtte d'ailleurs ne le ferais-je jamais
"La persuasion et la réthorique" de Carlo Michelstaedter
"Personne(s)" de Sarah Chiche
"600 exercices à l'usage des acteurs" de Patrick Pezin
"Je vous laisse juge" de Luc Frémiot
"A la manière de " par Paul Reboux et Charles Muller
"Mes rêves" d'Adorno
"Train de nuit pour Lisbonne" de Pascal Mercier
"Vers une écologie sémiotique de la culture" Pierluigi Basso Fossali 
"De la visibilité" de Nathalie Heinich
"La chair interdite" de Diane Ducret
"Terre à ciel" de Carlos Drummond de Andrade
"Clavel Soldat" et "33 jours" de Léon Werth
"Le Sergent dans la neige" de Mario Rigoni Stern
"De la tragédie grecque comme art politique" de Christian Meier
"la langue du troisième Reich" de Viktor Klemperer
"Life" de Keith Richards
"Faits" de Marcel Cohen
mais j'en ai tant déjà qui sont empilés au pied de mon lit.
Il existe d'aillleurs un mot japonais pour désigner la pratique qui consiste à empiler les livres sans les lire
"Tsundoku"
(Linked with the weekend in black and white)

lundi 13 janvier 2020

Trois Motifs sombres





Voilà,
de quarts d'heure en quarts d'heure passés à des occupations ineptes et dénuées d'intérêt, on repousse l'idée de la mort, qui est cependant bien là au travail. Bien sûr ce n'est pas l'apaisement qu'on va chercher dans la contemplation de l'éphémère, du fugace, de l'à-peine-visible, de ce qui a priori ne mérite pas de retenir l'attention, tout au plus un répit. Enfant on pouvait s'émerveiller du frémissement d'une feuille, car ce frémissement-là semblait receler tout le mystère su monde. La caresse du vent sur la joue était une énigme, le mouvement des nuages toujours changeants un enchantement sans cesse recommencé.
Pour ma part je m'étonne encore des ombres, celles des chantiers, par nature transitoires, qui jamais ne se représenteront comme telles. Au fond ne suis pas déjà un peu comme elles ?
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dimanche 12 janvier 2020

Nous sommes de trop



Nous sommes de trop.
Ici ou n'importe où :
quelque part nous sommes de trop.
Nous sommes l'excédent
de quelques pierres transversale du destin.

La musique est faite
des foulées d'un adroit animal
qui s'approche et soudain disparaît.
Les paroles sont les spasmes minuscules
d'une herbe menue qui a trop hâte de pousser
et ne trouve pas son propre soleil, sa propre pluie.
Les amours ou personne,
les amours avec personne,
ou personnes avec ses amours,
sont des orphelins qui tètent
à un sein depuis longtemps épuisé.

Les dieux qui sont tombés,
les dieux qui ne tombent pas
parce qu'ils n'ont jamais été en haut,
la forêt non végétale des dieux,
dialogue uniquement
avec la ligne d'horizon qui nous cerne.

Les mains, qui furent jadis
et les choses qui ne furent jamais
S'ajustent dans ce nœud
qui n'emprisonne rien.
Non, il n'y a pas que nous seulement :
tout est de trop.
Ici ou ailleurs.
(Roberto Juarroz)
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jeudi 9 janvier 2020

Menu Picasso


Voilà,
j'ai déjà évoqué ce séjour à Malaga, en compagnie de ma fille, de ma cousine et de son époux. Plazza de la Merced, à proximité de la maison natale de Picasso, tout est un peu sous le signe de l'illustre peintre, même les menus. Nous n'avons pas mangé dans ce restaurant. Ce jour là, j'ai eu, un certain flair en trouvant dans les parages une excellente cafétéria populaire et bon marché. J'y ai  d'ailleurs pris une photo qui me plaît encore.



 Toutefois nous avons aussi commis quelques clichés touristiques sur le banc représentant un Picasso adulte et dégarni qui n'est jamais venu là  dans sa maturité puisque son dernier séjour remonte à  la fin de l'année 1900 quand il tint à montrer à son ami peintre Carlos Casagemas les lieux de son enfance : la place de la Merced, l’église Santiago où il fut baptisé le 10 novembre 1881, les arènes de la Malagueta, où il avait coutume d'accompagner son père. Il quitta définitivement Málaga le 28 janvier 1901 pour Barcelone, puis pour Paris, en 1904. Quant à Casagemas, il remonta à Paris Fin Janvier 1901, et le 17 février après avoir tenté de tuer la femme qui lui refusait son amour, il se suicida dans une brasserie Bd De Clichy.


 Je me souviens aussi, sur cette même place peu après que ma fille eût pris la photo précédente, avoir volé ce plan. Cette femme absorbée dans la lecture de son smartphone m'intriguait. Elle semblait heureuse. Je l'imaginais aimée autant qu'éprise et l'enviais pour cela. Le monde n'existait plus autour d'elle.
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mardi 7 janvier 2020

Rendre les armes



Voilà,
Incendies monstres en Australie, inondations sans précédent en Indonésie, glaciers recouverts de suie en Nouvelle-Zélande – ce qui à terme en précipitera la fonte  –,  lacs formés dans les hauteurs de  la chaîne de l'Himalaya en raison du réchauffement climatique, et qui un jour ou l'autre se déverseront dans les vallée en contrebas ou provoqueront de considérables glissements de terrains, menaces de guerre sur le Moyen-Orient, folie contagieuse de dirigeants confits dans leur ego et sans autres visions que celles de leurs intérêts particuliers, soulèvements populaires en différents endroits de la planète contre les injustices croissantes que génèrent les oligarchies de tous poils ou des dictatures religieuses. Actes déments individuels, crimes de masse perpétrés un peu partout dans le monde, par des déséquilibrés plus ou moins illuminés
Tout cela vu depuis le chaos, certes encore bien modeste, mais déjà fort instructif, d'une ville à certaines heures saturée de véhicules et de pollution en raison des grèves de transports et où s'exacerbent alors les tensions, les réflexes hideux du chacun-pour-soi, du ressentiment, de la peur aussi, de sorte qu'il m'arrive de plus en plus souvent d'avoir l'impression que c'est plié, qu'il ne sert plus à rien de protester, de s'indigner, de s'insurger, que le genre humain est désespérant. Accablé, découragé, puisque de toute façon les virus de la discorde de la connerie semblent se propager partout dans le monde, la tentation me gagne de lâcher l'affaire, de rendre les armes, d'abandonner définitivement la partie.
Je n'ai plus la force ni les moyens de nager à contre-courant. De toute façon mon temps est passé.

(...)

"Cependant, je peux aisément citer avec reconnaissance tout ce dont la vieillesse nous fait grâce. Le présent le plus cher à mon cœur est le trésor d’images que nous gardons en mémoire après une longue vie et vers lequel nous nous tournons avec un nouvel intérêt lorsque notre activité décroît. Les silhouettes des visages évanouis depuis soixante, soixante-dix ans continuent de vivre en nous, font partie de nous-mêmes, nous tiennent compagnie et nous regardent avec des yeux vivants. Les maisons, les jardins, les villes que nous revoyons sont exactement comme autrefois, alors qu’ils ont disparu ou totalement changé entre-temps. Dans notre livre d’images nous retrouvons, vivants et colorés, les montagnes et les rivages éloignés que nous avons aperçus en voyage des décennies auparavant. Regarder, observer, contempler, devient progressivement une habitude, un exercice, et, insensiblement, l’état d’esprit, l’attitude que cela entraîne influencent tout notre comportement. Comme la majorité des hommes nous sommes poursuivis par nos désirs, nos rêves, nos envies, nos passions, propulsés à travers les années et les décennies de notre existence, impatients, curieux, plein d’espoir, violemment agités par tous nos bonheur et toute notre déception. Mais aujourd’hui, feuilletant avec précaution le grand album de notre vie, nous sommes étonnés de constater à quel point il est merveilleux et bon de se retirer de cette course poursuite, de cette course folle et d’accéder à la vita contemplativa", écrit dans "Éloge de la Vieillesse" Hermann Hesse.
Si nombre de ses livres accompagnèrent ma jeunesse, je dois bien admettre que pour justes que me semblent ses remarques, elles se révèlent cependant d'un piètre secours. Elles ont été écrites après la catastrophe de la seconde guerre mondiale, à un moment où l'histoire offrait en occident un peu d'espoir. Difficile aujourd'hui d'être contemplatif, quand on sait que le monde qu'on laisse à nos enfants ressemble déjà à l'enfer.
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dimanche 5 janvier 2020

Piafs, Quai de Loire


Voilà,
c'était début Décembre, quai de Loire, où je passais assez souvent sur le chemin de la salle de répétition. C'était le début du  mouvement de grève contre la réforme des retraites. Il y avait cette peinture, sans doute réalisée dans l'année, honorant à sa façon les gilets jaunes. Des gens ont tagué à la bombe, leur exaspération à l'égard de ce mouvement de protestation. La ville est vivante, son histoire s'écrit sur les murs. Toutefois s'y déplacer s'avère depuis un mois assez problématique sinon chaotique.
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vendredi 3 janvier 2020

Les Libraires



Voilà,
"Les libraires étaient les plus à plaindre de tous, parce que c'était sur eux plus que sur toute autre chose que pesaient toute l'abomination et l'abjection de l'histoire humaine et tout le désarroi et toute la pitoyable misère de l'art et qu'ils avaient toujours à craindre d'être écrasés par ce fardeau antihumain. Le libraire qui prend son affaire au sérieux est le plus à plaindre de toute l'espèce humaine, parce qu'il est confronté jour après jour et sans interruption à l'absolu non-sens de ce qui a jamais été écrit et éprouve comme aucun autre le monde en tant qu'enfer, avait dit Goldschmidt à Koller."
" (Thomas Bernhard in "'Les mange-pas-cher") 
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jeudi 2 janvier 2020

Heureux deux janvier



Voilà, 
je retranscris ce message du journaliste Alex Taylor, paru il y a deux ans et auquel je souscris pleinement : "Heureux 2 janvier à tous ceux qui n'aiment pas les fêtes ! Message un peu à contre-courant mais, je me suis dit - why not :) Comme pas mal de gens (et qui n'osent pas trop le dire sans doute) - quand on est célibataire et sans famille (j'ai la chance d'avoir de très bons amis of course !), mais les "fêtes" de fin d'année c'est plutôt franchement la galère, une épreuve à passer où l'on est mis face plutôt à des absences dans sa propre vie, que ce soit de son fait ou non. Donc je suis toujours ravi de retrouver la normalité le lendemain de tout ceci, où ces vides ne sont pas si "voyants" que lors de ces fêtes imposées par la foi d'autrui ou par l'arbitraire du calendrier. J'ose penser que, dans le tumulte de messages souriants ici qui sont vraiment extra, (et ce n'est pas du tout pour ne pas partager leur joie) je ne suis peut-être pas le seul qui pousse un grand "ouf" ! Du coup, j'attends toujours le 2 janvier pour renouer avec la vraie fête - celle de ma vie normale et quotidienne, celle de tous les jours où l'on peut trinquer avec des amis formidables tout simplement parce qu'ils sont toujours là, quoi qu'il en soit, hors guirlandes et sans feux d'artifices ! Donc je dis - Happy 2nd of January everyone !! :)"

mercredi 1 janvier 2020

Nouvel an



Voilà
"Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant."
 (Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.

dimanche 29 décembre 2019

Tenir à distance


Voilà,
parfois au spectacle de tous ces gens qui prennent des photos et auxquels, contre mon gré, je ressemble inévitablement, il m'arrive d'être pris de découragement. Je sais que je fais cela, non pour capter le réel, mais plutôt pour le tenir à distance. Souvent ce n'est pas un lieu, une personne ou une situation que je saisis, mais une idée qui me passe par la tête. Combien parmi les gens qui photographient le font-ils aussi, pour donner une forme à leur inquiétude ? 
"En moyenne, chaque jour, plus de 55 millions de photos sont publiées sur Instagram et 350 millions sur Facebook." (Linked with the weekeknd in black and white)

mardi 24 décembre 2019

Les cent ans de Pierre Soulages




Voilà,
Aujourd'hui le peintre Pierre Soulages a cent ans, je me permets ce modeste hommage à ma façon 
avec ces trois gros plans d'une bâche en plastique noir, aperçue par un matin humide, un été, quelque part en Aveyron

jeudi 19 décembre 2019

Sapin de Notre-Dame


Voilà,
je me suis souvenu de ce grand arbre de Noël devant Notre-Dame que j'avais photographié il y a quelques années. Le cherchant dans mes dossiers je ne pensais pas devoir remonter si loin. C'était donc Noël 2014. Aujourd'hui, en raison des travaux, le parvis n'est plus accessible et pour la première fois depuis longtemps, il n'y aura pas de messe de Minuit, là-bas. Voilà une chose que je n'aurais pas faite dans ma vie. Assister à une messe de minuit à Notre-Dame. C'est une lubie que j'ai quelquefois eue. Mais bon, après tout je suis un affreux mécréant, et si j'ai ce fantasme, c'est sans doute quelque chose qui vient de l'enfance, des calendriers de l'avent où l'on voit des petites églises mignonnettes avec de bon chrétiens qui s'y rendent. Ça doit être l'esprit de Noël. Quoiqu'il en soit, je réécoute comme d'habitude à cette époque les mêmes disques, je me prête aux mêmes rituels, et c'est avec allégresse et sans aucune honte que je régresse. De toute façon je m'en fiche puisque personne ne me regarde. Sinon à part cela, il fait un temps anormalement doux sur Paris, bien que le climat social soit très frais.

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dimanche 15 décembre 2019

Dans la forêt des songes

  
Voilà,
peu de mots et une image à la fois simple et fulgurante où il est question de fièvre apaisée. Tu n'oses y croire. Cela te déconcerte. Pourtant tu voudrais à jamais demeurer à cet endroit où quelqu'un t'imagine à ton grand étonnement. Et tu te prends à rêver d'un monde d'enfance et d'apparitions, de fées et de lutins où les corps se transforment au gré des âmes, ces papillons qui butinent à tous les âges de la vie. Un monde où ces mots te feraient sur-le-champ coupeur de feu, magnétiseur, rebouteux, donnant un sens à tout ce qui te traverse, ou bien te changeraient en parfum en musique en un léger souffle d'air, en embrun en caresse en lumière, en cette pierre bleue roulée qui porte son nom et dit-on, chasse les craintes rassure donne courage et attire la chance.
Et tu te souviens qu'en japonais Musubi est le mot qui désigne le lien émotionnel et invisible qui relie deux personnes
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jeudi 12 décembre 2019

Comme la drogue qui me répugne

 

Voilà,
"Écrire c’est comme la drogue qui me répugne et que je prends quand même, le vice que je méprise et dans lequel je vis. Il est des poisons nécessaires, et il en est de fort subtils, composés des ingrédients de l’âme, herbes cueillies dans les ruines cachées de nos rêves, coquelicots noirs trouvés sur le tombeau de nos projets, longues feuilles d’arbres obscènes, agitant leurs branches sur les rives sonores des eaux infernales de l’âme.
Écrire, oui, c’est me perdre, mais tout le monde se perd, car vivre c’est se perdre. Et pourtant je me perds sans joie, non pas comme le fleuve qui se perd à son embouchure – son seul but, depuis sa source anonyme –, mais comme la flaque laissée dans le sable par la marée haute, et dont l’eau lentement absorbée ne retournera jamais à la mer." Pessoa in Le Livre de l'Intranquillité
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mardi 10 décembre 2019

Inventaire de quelques menues perplexités


Voilà,
Je ne sais pas pourquoi j'ai une passion pour les housses de couette et les parures de lit, et je dois me réfréner car j'ai souvent la tentation d'en acheter alors que je n'ai ni un grand appartement ni beaucoup d'argent
Je ne sais pas pourquoi la mélancolie me saisit quand j'entends des airs de variétés que je trouvais autrefois complètement nuls, ou bien de vieilles chansons indochinoises qu'on diffuse parfois dans les restaurants vietnamiens de province.
Je ne sais pas pourquoi l'humanité met une telle frénésie à détruire son environnement et son espace vital alors qu'elle sait très bien que c'est un suicide collectif
Je ne sais pas pourquoi je continue à m'exprimer sur ce blog et d'en être l'esclave alors que je n'ai plus beaucoup d'inspiration, et qu' il suffirait simplement de publier des photos et hop le tour serait joué
Je ne sais pas pourquoi les noms des instituteurs de l'école primaire de Biscarrosse-Bourg me restent en mémoire : il y avait Mr Sajou qui s'occupait de CE2, Mr Robert le directeur, Mr Peyreigne qui s'occupait des CM1 et Monsieur Despons qui avait en charge les CM2 enfin en tout cas durant les deux années que j'ai passées  dans ce groupe scolaire
Je ne sais pas pourquoi les journalistes de vulgarisation scientifique se mettent à fantasmer sur une certaine super planète possiblement habitable dans un système solaire situé à 31 années-lumière de la terre, alors que la probabilité de s'y rendre est absolument nulle au regard de nos connaissances et de notre technologie.
Je ne sais pas pourquoi, à mon âge encore, je suis aussi déçu et même très triste lorsque les All Blacks perdent un match 
Je ne sais pas pourquoi, j'ai soudain été saisi par cette tête déformée à travers les verres d'un bar où se rendent forcément de nombreux photographes
Je ne sais pas pourquoi, je suis incapable de me concentrer sur des tâches de bricolage domestiques alors que j'ai désormais plus de temps libre qu'auparavant.
Je ne sais pas pourquoi je repense à ce fait divers survenu en Décembre 2010 : lors d'une dispute sur l'existence de Dieu entre quatre russes ivres après avoir bu un litre d'alcool pur, l'affaire a tourné au pugilat et s'est soldée par la mort de deux d'entre eux
Je ne sais pas pourquoi je songe soudain à l'entrée de cette maison que j'ai autrefois photographiée. Peut-être parce que je réalise que c'est là que j'ai pour la première fois cueilli du basilic et que son odeur me ramène toujours à cet endroit.
Je ne sais pas pourquoi il m'arrive parfois d'éprouver de la honte pour des connards dont je n'ai rien à foutre Il y a, d'ailleurs un mot en finnois pour désigner cet état Myötähäpeä (qui se prononce "meuhtaapear")) : par exemple la gêne ressentie (redoublée par l'odeur nauséabonde que ce grand fumeur exhalait)  devant l'auteur médiocre qui, en présence d'un parterre d'étudiants, évoquait "son œuvre", définissait son travail "à la fois symbolique et philosophique", et retraçait son parcours en filant des métaphores toutes plus convenues les unes que les autres. Va te branler pauvre naze. 
Je ne sais pas pourquoi mais lorsque l'urologue m'a demandé combien de temps s'écoulait entre la dernière et l'avant dernière goutte, je me suis senti pris de court et j'ai songé à toutes les choses intéressantes que j'aurais pu faire dans ma vie et que je n'ai pas réalisées.
Je ne sais pas pourquoi je parle si souvent du non sens, et de l'absurdité de la vie alors que je suis persuadé que seul importe l'amour que l'on peut partager (mais c'est peut-être cela qui est absurde)
Je ne sais pas pourquoi mais un jour, entendant par hasard à la radio un morceau du groupe Blitzen Trapper intitulé "destroyer of the void", j'ai cru pendant quelques secondes que je devenais fou. Peut-être parce que cela ressemblait en même temps à trop de morceaux et de groupes des années soixante dix, (Queen, Bowie, Yes). Quoi qu'il en soit, depuis je n'ai jamais osé le réentendre
Je ne sais pas pourquoi mais il m'arrive de m'éloigner du monde, et de penser que je devrais seulement désormais me préoccuper du chemin qui me conduit à ma disparition, à mon effacement, à ma mort que j'espère paisible, bien que les tumultes du monde ne rendent guère cela probable. 
Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai tendance à me méfier d'un philosophe qui déclare tout de go "mon rapport aux chansons est tout à fait distant".
Je ne sais pas pourquoi me revient assez souvent en mémoire l'image de ce musicien de jazz vu dans un petit club parisien, et dont je ne me rappelle pas le nom, mais qui lors de ce concert ne semblait pas être tout à fait là, ou là simplement par intermittence, quand il jouait de son saxo. Lorsqu'il laissait la place à ses partenaires il se retirait vers le fond du plateau. Par moment il était dans la musique, à d'autres il n'y était plus. Quelque chose paraissait l'entraîner loin dans ses pensées. Je m'interrogeais. Était il amer ? Avait-il l'impression de ne pas avoir la reconnaissance qu'il méritait ? Plus tard, il avait introduit un morceau en le dédiant à sa femme morte, et je n'avais pas pu m'empêcher de faire un lien entre ceci et cela.
Je ne sais pas pourquoi mais je trouve extraordinaire que des gens puissent se passioner pour les fourmis au point d'en faire leur métier, qui a nom très rigolo d'ailleurs. Bonjour je suis mimicologue.
Je ne sais pas pourquoi cette phrase extraite que Maupassant fait dire à un personnage d'une de ses nouvelles, me réjouit autant  "je crois bien que j'ai gagné la même maladie que Monsieur. C'est mes nuits qui perdent mes jours"
Je ne sais pas pourquoi je consigne cet inventaire ni pourquoi je l'achève ici. C'est un peu comme les collections ou la thèse de M.A. Il est toujours possible d'y ajouter quelque chose.
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