vendredi 10 juin 2016

Le Coin des Tanneurs


Voilà,
celle-ci a été prise il y a longtemps, en Septembre 1991, au Maroc, mais je ne me souviens plus dans quelle ville. Était-ce Tanger, Safi, Essaouira ou Marakech ? Je me rappelle simplement que cet endroit se trouvait dans le quartier des tanneurs et que l'odeur y était insupportable pour des narines occidentales. Après mon voyage au Pakistan, j'étais allé jouer "Fin de partie" de Beckett dans le centre de la France avant d'aller ensuite retrouver des amis en tournée avec un Molière au Maroc. A Tanger j'avais logé au Minzah un grand hôtel assez luxueux, et mangé un soir chez un riche marocain du majoun, une préparation à la fois euphorisante et légèrement hallucinogène à base de kif de miel de dattes de cardamone et de datura que sa mère avait confectionnée. C'est du soleil pour la tête avait dit notre hôte qui nous l'avait servi avec l'inévitable thé à la menthe. (Linked with the weekend in black and white).

mercredi 8 juin 2016

Très tôt dans ma vie


Voilà,
en consultant la page de Bobi-bobi, j'ai découvert cette citation de Marguerite Duras "Très tôt dans ma vie, il a été trop tard". On croirait presque du Raymond Devos, et c'est très surprenant. Margot, moi je l'aime bien quand elle est drôle. Son film, "Les Enfants" est d'ailleurs d'un humour très subtil. Mais bon, on ne peut pas dire que c'est par là qu'elle a souvent brillé. Plutôt par son narcissisme et sa prétention. C'est dommage que – surtout à partir des années soixante-dix – elle ait cru nécessaire de donner son point de vue et de pontifier sur tout et n'importe quoi de façon si péremptoire. A force, ça la rendait très déplaisante. Et puis parfois bien ridicule. Son interview de Michel Platini, oui le footballeur, était tout de même un sommet de sottise. Bien sûr on ne va pas réduire son œuvre à ça. Je me souviens en tout cas que c'était la coqueluche des universités, que les femmes des années soixante-dix l'aimaient beaucoup. À l'époque où j'étais jeune et beau et que je ne m'en rendais pas compte, deux filles m'ont même écrit des déclarations d'amour en margotdurassien. Mon intransigeance littéraire m'a peut-être fait rater de bons moments

lundi 6 juin 2016

D'une photo volée


Voilà, 
l'iPhone a ceci de formidable qu'il permet de faire des photos volées. Il remplit avantageusement les fonctions des minox d'autrefois. Je sais que cela peut, pour certains, paraître choquant, mais je n'ose pas aller vers les gens pour leur demander si je peux les photographier. Et puis, si par chance j'avais eu le consentement de ce monsieur, jamais je n'aurais pu obtenir cette expression. Je l'ai longtemps regardé. Je n'avais pas d'intention particulière. Et puis cette solitude, où il m'a semblé percevoir de l'égarement et aussi un vague effroi et une certaine tristesse, m'a tout à coup ému. De plus en plus souvent je regarde les vieux maintenant qu'a moi aussi comme Lear, il semble que les cieux ne sont plus dans leur prime jeunesse. À quoi pouvait il bien songer ? Était-il inquiet ? Son corps le faisait-il souffrir ? Avait-il du mal à dormir ? Songeait il à ses enfants ? Se sentait-il abandonné ? Avait-il le sentiment d'une vie remplie ? Avait-il donné de l'amour ? En avait-il reçu ? En réclamait-il encore ? Avait-il encore du goût pour le sexe ? Des mains caressaient-elles encore son vieux corps ? Etait-il fatigué de vivre et effrayé de devoir mourir ? J'en étais là de mes questions lorsque je fus dérangé de cette même façon qui souvent m'exaspère. Car prendre le métro ce n'est pas simplement s'affliger du spectacle de tous ces visages tristement résignés ou encourir le risque d'un possible attentat terroriste ; c'est aussi devoir subir ces affronts â la langue française que nous infligent régulièrement les messages d'alerte de la RATP. Ainsi de l'insupportable "le trafic est perturbé sur la ligne 6, cela fait suite à un incident voyageur" : un professeur d'autrefois l'aurait souligné d'un trait rouge associé à l'annotation "lourd". La formule s'avère systématique donc sûrement réglementaire et obligatoire. "En raison de" serait pourtant plus élégant. Mais bon, je ne vais pas me battre pour la sauvegarde de la langue française. En fait à l'heure qu'il est j'en ai plus grand chose à battre. Elle me survivra bien assez. Elle tiendra bien jusqu'à l'extinction de l'espèce ; je ne parle que de cette espèce le plus souvent braillarde chamailleuse et malpolie qu'on appelle les français qui depuis bien longtemps ne produit plus ni de grande pensée ni de grands stylistes. J'avais une correspondance à prendre. Je dus à regret abandonner ce visage à tous les fantômes qui semblaient le hanter. Mais durant quelques minutes, je l'avais éprouvé, lui que je ne connaissais pas comme mon semblable et mon prochain. Terriblement.

samedi 4 juin 2016

Sur la beauté encore.


Voilà,
J'essaie. Je fais des efforts. On m'a si souvent reproché mon pessimisme. De voir les choses en noir. C'est pour cela que j'ai recopié ce poème de Kenneth White, hier. D'ailleurs j'y crois d'une certaine façon. Sinon je ne photographierais pas si souvent des choses banales, presqu'insignifiantes. Mais il est inexact que la beauté soit partout. Il est certes possible de la trouver en des lieux inattendus. Mais pas partout. Dans ce camp de réfugiés dressé à la hâte, alors que Paris n'a pas connu de telles pluies en mai depuis que les relevés météorologiques existent, il n'y a pas de beauté. De la misère, de la saleté, de la puanteur oui. Pas de la beauté.


Quand ton œil croise par hasard dans un quartier relativement confortable, une affichette comme celle-ci  tu ne songes pas non plus à la beauté. Tu réalises que ton proche environnement se dégrade de plus en plus vite. Que l'Europe s'effondre. Que tu vis une époque historique majeure. Où les pauvres meurent de plus en plus souvent dans les rues, ici à Paris au début du 21ème siècle. Où les flics tapent avec une sauvagerie sans pareille sur des jeunes des vieux des enfants. Où des dirigeants corrompus veulent gouverner contre la volonté des peuples. Où la peur infuse partout. Où des fanatiques de tout poils veulent imposer leur loi. Et en dépit de tout cela, tu continues de croire en la Beauté

vendredi 3 juin 2016

The loveliness is everywhere


Voilà
"the loveliness is everywhere / even / in the ugliest / and most hostile environment / at the turning of a corner / in the eyes / and on the lips / of a stranger / in the emptiest areas / with no place for hope / and only death / to invite the heart / the loveliness is everywhere / it emerges / incomprehensible / inexplicable / it rises in its own reality / and what we must learn is / how to receive it / into ours (Kenneth White) linked with "the weekend in black and white"

jeudi 2 juin 2016

Stratégies intimes


Voilà,
dans la salle d'attente, quelqu'un, pour paraître désinvolte fait des plaisanteries à voix haute et rit très fort avec sa copine. Échanges furtifs de regard entre les autres patients. Certains tentent de dissimuler leur gêne en se plongeant dans un magazine, d'autres manifestent par une mimique leur agacement. Personne cependant n'ose lui demander de se taire. Je regarde sur mon smartphone la photo de ces fauteuils très laids que j'ai photographiés il y a peu dans un hôtel du Luxembourg. Moi aussi à ma façon je voudrais feindre l'indifférence.

mercredi 1 juin 2016

La Situation du Sujet


Voilà,
"Adoptant les outils de la sémiotique subjectale et discursive, l'A. propose une lecture sémiotique du récit de Blanchot en analysant le statut que l'instance énonçante peut avoir dans ce texte, et en soulignant la manière dont cette instance est mise en question. Par cette approche, l'A. peut traiter ainsi de la situation du Sujet par rapports aux actants du texte" Ah ben oui c'est sûr. 

vendredi 27 mai 2016

L'Injonction


Voilà,
Celle-ci je l'ai prise en pensant à Peggy Je crois vraiment que c'est un plan qu'elle aurait pu faire si elle était passée par là. Ce qui m'a plu bien sûr c'était la flaque mais aussi cette sensation de n'être pas tout à fait dans un paysage parisien. Ce quartier de la Gare Montparnasse, de la rue Vercingetorix, du pont Pasteur, violemment réurbanisé dans les années soixante-dix et quatre-vingts, m'attire et m'intrigue, avec son aspect agressivement minéral. Je regrette que le cinéma ne l'ait pas encore honoré. La banalité de cet urbanisme brutal dans sa stricte fonctionnalité suscite à la fois inquiétude et malaise. "Circulez, il n'y a rien à voir" semble-t-il nous ordonner. Mais bon, c'est une ville, qui existe, vivante. Et je ne peux m'empêcher de songer (sans doute en raison de la visite du Président Obama à Hiroshima), à cette chanson qui dans mon enfance me terrifiait. (The weekend in black and white). 

mardi 24 mai 2016

C'est du passé, la situation était différente

  

Voilà,
hier, sur Arte (ah oui, il reste au moins ça de gratuit et d'intéressant à la télévision) était programmé le premier film allemand de l'après-guerre "Les assassins sont parmi nous". J'en avais souvent entendu parler, par ma mère me semble-t-il, qui vivait en Allemagne au début des années cinquante (c'est là-bas que se sont connus mes géniteurs, tous deux appartenant aux troupes d'occupation françaises en Allemagne qui est ma terre natale). Cette période d'immédiate après-guerre outre-Rhin, m'a toujours intrigué, sans doute à cause des photos de ruines, que j'ai vues dans mon enfance, et en particulier celle de l'église du souvenir de Berlin que l'on a gardée telle quelle. Sans doute aussi à cause de ce film de Rossellini, "Allemagne, année zéro", que j'ai vu très jeune, je ne me souviens plus dans quelles circonstances. Mon existence est une continuation de cette guerre, c'est curieux quand j'y pense. La guerre au fond m'a toujours accompagné, hanté, pollué. Les deux, le Guy et la Yolande se sont trouvés sur les ruines de la seconde guerre mondiale, ils se marient, puis mon père va en Indochine huit jours après, il revient en Allemagne il assure sa postérité, puis part guerroyer en Algérie. ma mère le rejoint là-bas et m'emmène avec elle. J'ai évoqué ces années là, maintes fois (il suffit de taper sur le label Enfances). De retour en France, ce sont les garnisons de l'Est. Je fais connaissances avec les champs de manœuvres de Suippes, Mourmelon où le paternel continue de jouer à la guéguerre (c'est que les soviétiques sont à trois jours de char de Paris, dit on alors). Parfois on va visiter les champs de batailles de la première guerre mondiales, les alignements de croix, les ossuaires, ah les beaux dimanche. En 1964, pourtant, l'horizon se dégage on va vivre dans les landes. C'est beau, il y a le soleil, l'Océan, les lacs, les gens sont gentils, l'air est doux, je découvre le Rugby, il me semble que le bonheur est là, en tout cas quelque chose qui ressemble à la paix. Oui mais le soir il y a la télé, le Vietnam tous les soirs aux infos, le vieux refait sa guerre, se fait stratège, il connaît tous ces coins, il dit qu'à la saison des pluies les américains devraient bombarder les digues à Hanoï, quand est connu le massacre de My-Laï, il dit qu'on ne fait pas d'omelettes sans casser d'œufs et laisse entendre qu'il a lui aussi été amené à faire des choses comme ça. Tout ça sur fond de guerre froide et de bandes dessinées de SF qui se trouvent à la maison que je dévore et où il est toujours question de guerre. A dix-sept ans je rencontre la famille Tiry, qui m'ouvre les yeux sur d'autre choses, l'art, la peinture, le théâtre, le vin, la cuisine, mais je suis trop sali, déjà, trop pollué de l'intérieur, la paix, l'harmonie, la joie, j'ai du mal avec ça. Etrange encore, le premier grand spectacle où je joue, s'appelle "Prends bien garde aux Zeppelins" et c'est une évocation de la guerre de toutes les guerres, mon premier téléfilm est sur "la nuit de Cristal", quelques années plus tard je joue dans "Les derniers jours de l'humanité" de Karl Kraus... Mais bon je digresse, je digresse, je voulais parler d'un film. C'est très beau, très étrange, "Les Assassins sont parmi nous". Ce qui est curieux, c'est qu'il encore marqué par l'esthétique expressionniste des années trente (les ombres, les images désaxées, l'usage de la profondeur de champ, des contreplongées, l'abondance de scènes nocturnes, l'image contrastée), que Carol Reed, dans son film "The third man" lui aussi utilisera abondamment quelques années plus tard, comme si les fantômes de l'époque d'avant-guerre rôdaient encore dans ce monde ravagé.

lundi 23 mai 2016

dimanche 22 mai 2016

Digital Detox (un projet)


Voilà
je continue mais cela n'a plus grand sens, et je n'ai plus très envie d'ailleurs, ni trop la force. Je le fais pour me donner l'illusion que je tiens encore dans le chaos de ce monde où j'essaie de trouver du répit. Cela ne me satisfait plus. La sensation du temps désormais compté, et qui de plus en plus va manquer, la crainte que la fatigue dévoreuse d'énergie n'ait raison de moi, m'incitent à produire encore des images, mais je n'y trouve plus mon compte. Peut-être au fond n'est ce qu'une peur déraisonnable, mais il est tellement étrange cet état : la sensation d'être englué dans un présent dénué de toute perspective. Désormais je vis dans un presque monde. D'ailleurs est ce vraiment cela vivre ? De moins en moins en phase avec les choses je traverse la réalité comme un somnambule, et je passe de plus en plus de temps non à dormir mais à somnoler précisément. La fatigue est un territoire que j'arpente avec des façons de lémurien. Parfois comme ce dimanche matin un rêve absurde me sort du sommeil. Je passe chez quelqu'un devenu très riche et que j'ai perdu de vue depuis longtemps. curieusement, la porte d'entrée est ouverte donnant sur une sorte de sas, et une autre porte entrouverte au delà de laquelle je devine un vaste séjour. J'entends des cris d'enfants turbulents qui jouent dans la maison. Je sonne néanmoins pour avertir de ma visite que je pressens inopportune d'autant que je m'aperçois que je tiens à la main, un léger pantalon de coton bleu aux motifs imprimés africains, que dans la réalité j'ai récemment déchiré et converti en chiffon à poussières. Mais là dans le rêve il est dans son état d'autrefois, et c'est précisément alors que j'essaie d'enfiler la deuxième jambe que le propriétaire de la maison m'ouvre. Je m'excuse maladroitement en bredouillant - il est même possible que mon élocution ressemble à celle d'un chihuahua réclamant sa gamelle - de vagues et confuses excuses. Il me fait entrer. Il y a là ses enfants, sa femme. Ils ont tous l'air interloqués. Peut-être ai-je l'air de m'être échappé d'un asile. Je dis que si je dérange je peux aussitôt repartir. L'air embarrassé de mon hôte et le long silence qui s'ensuit me réveillent. Et c'est de nouveau le jour gris d'un mois de Mai qui ressemble à Mars. Je dois partir en train dans l'après-midi rejoindre une ville où demain je vais accomplir un travail inutile. Mon appartement est en plan, avec un tas de choses commencées dont je me demande bien si je les finirai un jour. Dans mon ordinateur, des centaines de brouillons, des images qui attendent leurs phrases, des phrases qui cherchent leurs images. Je regarde cela avec de plus en plus de circonspection. Parfois je songe qu'une petite citation suffirait à légender photos ou dessins et que cela serait aussi simple. Par exemple celle-ci de Beckett : "le soleil brillait, n'ayant pas d'alternative, sur le rien de neuf". Mais non même pas. Le soleil ne brille pas. Dehors il fait froid. Allez haut-les-cœurs. Je vais écouter Ella et Louis, cela me réchauffera. 
P.S. 
J'écris cela qui peut paraître triste ou mélancolique, mais dans la vie courante je suis assez souvent drôle plaisantin et même, oui, sans me vanter plutôt rigolo. Je connais des tas d'histoires (mes préférées sont celle de l'étudiant cévenol en anthropologie qui fait son premier terrain en Papouasie, et celle des trois rabbins et du chauffeur de taxi pakistanais à New-york), mais je suis incapable d'écrire comme Alphonse Allais, par exemple. C'est comme ça, entre l'oral et l'écrit je suis clivé, eh oui clivé.

vendredi 20 mai 2016

Grosse Fatigue, encore


Voilà,
ce qui attire d'abord mon regard c'est le piercing sous la lèvre inférieure de la secrétaire médicale très brune et un peu forte qui enregistre ma prise de rendez-vous. Je remarque un tatouage dans l'échancrure de son gilet et de sa blouse, j'y devine le mot spirit. Ses ongles courts et couverts d'un verni rouge bordeaux tapotent mon nom sur le clavier. On pourrait supposer une jeunesse un peu gothique avant qu'elle ne se soit résolue à rentrer dans le rang. Il faut bien vivre n'est-ce pas. Elle porte cependant une bague de facture classique et une alliance, comme n'importe quelle petite-bourgeoise. Je me demande comment elle vit, où elle habite, ce qui la fait rêver si son travail l'intéresse. Plus tard je constate que la plupart des gens attendent sur leur siège les jambes croisées. Je lis un livre sur les couleurs que m'a offert ma cousine. J'ai du mal à me concentrer. Je voudrais que la vie me fasse une bonne surprise. Je  repense  – je ne sais pas vraiment pourquoi – à ce dimanche à Lisbonne ; cette lumière, ce dépaysement, la légèreté qui était alors la mienne. (Linked with the weekend in black and white)

mardi 17 mai 2016

Empreintes sur une surface noire


Voilà,
je ne suis pas responsable du processus accidentel qui a produit ces empreintes. Je n'en suis que le dépositaire. J'y ai tout de suite entrevu la photo que cela pouvait devenir. Une part de moi ne peut s'empêcher de s'attarder de s'attacher à ces formes involontaires dépourvues de sens, à ces épiphanies, ces révélations dont l'existence hasardeuse à quelque chose de mystérieux dans sa banalité même. Cela rappelle qu'une réalité multiple faite de virtualités à peine ébauchées, de structures qui se dérobent à notre attention ou à notre compréhension, existe, travaille, remue, se transforme. 
shared with  one word sunday

jeudi 12 mai 2016

En haut du boulevard St Michel


Voilà,
en haut du boulevard St Michel, juste en face des jardins de l'Observatoire qu'on appelait dans ma jeunesse le petit Luxembourg, j'ai remarqué sur un mur ce collage dont je ne connais malheureusement pas l'auteur puisqu'il n'est pas signé. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas attardé de ce côté-ci. Je me suis souvenu du printemps 75. On passait beaucoup de temps à traîner chez Hugues dans ce grand appartement de la rue Michelet dont il disposait pour lui seul (mais à la réflexion peut-être y avait-il aussi un frère ou une sœur) car ses parents diplomates au Rwanda étaient rarement là. On y avait même tourné un film en super 8 réalisé par Olivier M. devenu depuis cinéaste tout comme Hugues et je crois même qu'ils ont fondé ensemble une maison de productions. Je ne me souviens plus de l'histoire mais je me rappelle d'une scène avec un poule vivante dans la cuisine. Sinon on pique-niquait souvent dans les jardins. Hugues avait une copine qui s'appelait Betty. Ils allaient bien ensemble. Ils étaient très beaux tous les deux. 


C'était pour moi une période un peu trouble. Très tourmenté par la perspective du service militaire je me demandais souvent comment je ferais pour y échapper et si j'y parviendrais. J'y suis parvenu. Ce fut aussi l'année où pour gagner un peu d'argent je participais comme enquêteur au recensement de la population. C'est comme ça que je fis la rencontre de Georges Franju logeant dans un minuscule appartement quai des Grands-Augustins, à deux pas de celui de Claude Brasseur qui, rue Séguier menait pour sa part un tout autre train de vie. Ce fut aussi une année dramatique pour D. dont j'étais proche. Un soir, sur un banc de la rue de Tolbiac, elle vit mourir dans ses bras son ami qui venait de s'injecter dans les veines une drogue douteuse.

mardi 10 mai 2016

Sollicitude

Ange dessiné sur un mur de métro station Concorde
 
Voilà,
me dit-il
une femme une fois m'a quitté au prétexte que ma sollicitude à son égard l'angoissait
depuis je dessine des anges sur les murs de la ville

dimanche 8 mai 2016

Gare du Nord


Voilà,
Certaines images sont le produit d'associations de dégradations, d'hybridations de destructions. Il s'agit de contourner ce que m'offre la réalité que d'une certaine façon je recompose à seule fin d'obtenir un résultat qui n'existerait pas sans moi. C'est à ça que je passe la plupart de mon temps libre. Ça atténue la douleur. Ça permet de tenir. Il faut juste que ça soit là. 

samedi 7 mai 2016

Le Confessionnal


Voilà,
s'abriter un moment à l'ombre fraîche d'une église de campagne. Sans doute le vieux confessionnal ne reçoit-il plus personne depuis longtemps. J'y suis entré, le banc où s'asseyait le curé était cassé. Non loin, sur une plaque accrochée à l'un des murs demeurent gravés les noms de ceux du village qui ont péri entre 1914 et 1918. Il ne nous reste que ces listes impressionnantes pour mesurer l'ampleur de la saignée que ce fut dans les populations. Jeunes gens dont la conscience du monde se réduisait aux vérités locales et dont la vie se réglait sur le cours des saisons et des fêtes religieuses, envoyés par de vieux politiciens vers une boucherie sans nom, sacrifiés au nom d'intérêts soit-disant supérieurs qui leur échappaient. Il en est souvent ainsi : les peuples sont pris en otages pour satisfaire la folie des puissants, idéologues jamais rassasiés de pouvoir, affairistes ambitieux marchands d'armes, banquiers, religieux parfois. Entre ces vieux murs, où désormais peu de fidèles se rassemblent j'ai songé aux temps troublés que connaît aujourd'hui l'Europe, éprouvant cette sensation que le cours des événements nous entraînait vers des horizons ravagés où l'espérance n'a plus guère sa place. Et dehors malgré la stupéfiante beauté du paysage, son apparente quiétude, je n'ai pu trouver la sérénité. Souvent pourtant je voudrais m'oublier, me dissiper, me volatiliser dans les trilles enchanteresses des oiseaux, me fondre et disparaître dans la beauté qui m'est offerte par le ciel par le vent par la nature et vagabonder hors toute pensée, dans le mystère de ce qui toujours se dérobe.


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vendredi 6 mai 2016

Bouquiner au soleil


Voilà,
au sol la lumière dessine les barreaux d'une prison que semble réfuter et même défier cette attitude nonchalante et presqu'indifférente au monde. Bouquiner au soleil, comme si on était à la plage. Le contraste était saisissant alors qu'au cours de l'après-midi, à quelques rues à peine, la manifestation du premier mai avait donné lieu à des scènes de tensions et de violences particulièrement choquantes. Linked with The Weekend in black and white)

jeudi 5 mai 2016

Un Saint Patron inattendu


Voilà,
"Gangon ou Gengoul supporta avec une grande patience et une grande fidélité son épouse infidèle, non sans lui avoir adressé de salutaires avertissements. Il préféra quitter la cour du duc de Bourgogne et se retirer dans ses terres. Elle le fit assassiner par son amant alors qu'il dormait dans son château près d'Avallon. Plusieurs localités rappellent la mémoire de celui qui est le patron des mal-mariés. De temps immémorial on vénère à Gruson dans le Nord, Saint Gangon pour la guérison des maux de jambes ou, nous dit l’Hagiographie 'pour le rétablissement de la paix dans les ménages qui, comme le sien, sont troublés et désunis!" ai-je lu alors que je me demandais qui pouvait être ce Saint-Gengoux ayant donné son nom à un charmant bourg de Saône-et-Loire où je me trouvais hier en fin d'après-midi sous un ciel qui ressemblait vraiment à un ciel de printemps
Linked with - thankful thursday - skywatch friday - Himmelsblick - Thinking Out Loud about Today - all seasons - sunday smiles

dimanche 1 mai 2016

Volumes


Voilà,
les nazis, interdisaient au déportés auxquels ils infligeaient de déterrer des cadavres d'autres juifs de les nommer en tant que corps mais plutôt en tant que "figuren" ou "puppen". Dans l'entreprise, les employés sont des collaborateurs. Si un collaborateur sollicite du renfort pour son service il demandera à la direction des ressources humaines un "Equivalent temps plein" une "ressource" ou même des jours/hommes. Le jour-homme est une unité de mesure correspondant au travail d'une personne pendant une journée. Ainsi un projet qui demande dix jours-hommes peut théoriquement nécessiter le travail d'un homme pendant dix jours, de dix hommes pendant un jour ou encore de deux hommes pendant cinq jours. Le langage de l'entreprise relève de la même logique comptable et concentrationnaire. L'homme y est détruit moins brutalement et accepte sa servitude pour un salaire dont la valeur se réduit au fil des ans. Mais la tendance au démantèlement des lois sur le travail répond aux exigences d'un patronat dont l'objectif est de réduire toute main d'œuvre à l'esclavage. Mais un esclavage consenti dont la contrepartie serait le droit sinon le devoir de consommer toute la merde qu'on lui intime de fabriquer à bas coût et de faire circuler. Quoiqu'il en soit aujourd'hui c'est la fête du travail.

vendredi 29 avril 2016

Cauchemar du Célibataire


Voilà,
le cauchemar du célibataire,
l'angoisse du bigot frustré
la terreur du séminariste contraint de changer de trottoir
la tentation du sadique obsédé
mais aussi
l'obscénité marchande en devanture
la pornographie ordinaire du petit commerce

jeudi 28 avril 2016

Les Arbres


Voilà,
sculptés par les vents
ils imitent la vague dans le bleu du ciel et s'abreuvent à la lumière du grand large
comme une prière ou comme un défi ils se tiennent vigilants au bord de l'abîme
sur le sentier humide par mégarde ton pied écrase une pauvre limace
des songes d'autrefois appareillent vers d'improbables rivages
tu n'es plus cet enfant qui courait droit-devant sur les chemins
insouciant les paumes ouvertes dans l'offrande du soleil
christianbobin sors de ce corps
(Linked with skywatch Friday)

mardi 26 avril 2016

Insoutenable Légèreté


Voilà,
au Centre Pompidou se tient en ce moment une exposition de photos sur les années quatre-vingts, intitulée "L'insoutenable légèreté". Elles furent en effet étranges et paradoxales ces années où, moururent tant d'amis et de connaissances alors que se propageait l'épidémie de Sida, et qui, pendant que s'entretenait ici l'illusion d'un socialisme à la française, virent triompher partout dans le monde le libéralisme économique et la financiarisation à outrance. Mais trente ans après je me souviens surtout, du choc et de l'inquiétude suscitées par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, mot qui désigne aussi une plante amère, et qui apparaît dans la traduction russe de l'Apocalypse de Jean. D'ailleurs, la photo verte de Sandy Skoglund s'intitule "Radioactive cats". L'insoutenable légèreté, malheureusement, qualifie aussi le comportement de nos dirigeants à l'égard de la question nucléaire.

lundi 25 avril 2016

Soulagement (mais je ne dis pas non plus toute la vérité)


Voilà,
pourquoi devrais-je m'obliger à dire quelque chose. De toute façon ces billets, pour la plupart écrits longtemps à l'avance, ne prétendent pas coller à l'actualité qui, au demeurant, m'intéresse de moins en moins. Tout ça me lasse. Il y a trop de motifs d'indignation à vivre dans le monde tel qu'il se présente désormais. Bricoler des formes soulage, du moins pour un temps.

vendredi 22 avril 2016

Chez Paquita


Voilà,
Chez Paquita quand on est une fille, il faut être prudente et venir en pantalon plutôt qu'en robe, ou alors ne pas s'attarder près des livres empilés. Chez Paquita, il y a plein d'œuvres d'artistes russes. Longtemps Paquita n'a été qu'un nom exotique, celui d'une femme dont me parlait Pascal qui l'avait connue au début des années 80 lorsqu'il travaillait à l'Ambassade de France à Moscou. Elle possède désormais une galerie parisienne dévolue aux créateurs russes. Il faudrait que j'y retourne. Cette photo, je l'ai prise l'année dernière.  (The weekend in black and white

jeudi 21 avril 2016

Au dépourvu


Voilà,
le paradoxe est que je ne vois plus vraiment ce que je photographie. Je l'entrevois juste. Je ne perçois en fait qu'une partie du champ dont la profondeur m'échappe. Je ne saisis le relief que très approximativement. Il en a toujours été ainsi, même si désormais tout devient de plus en plus imprécis, non pas flou mais vague. Faire le point, et là je ne parle pas seulement de faire le point avec un appareil photo, non faire le point sur un visage ou un regard pendant une conversation, ou pour lire plusieurs pages d'affilée exige un intense et toujours plus difficile effort de concentration. A présent j'aperçois plus que je ne regarde ou ne distingue. Mon attention de plus en plus flottante n'opère que par intermittence et relève de fait plutôt de la distraction. Les choses sont là, d'accord, mais elles me parviennent plutôt comme une rémanence que comme une réelle apparition.
Parfois des genres de phosphènes (mais ils ne sont pas - du moins pas pour l'instant - aussi perturbants que les acouphènes peuvent l'être pour l'ouïe) se disséminent en de petits points brillants ou en de minuscules billes flottant entre regard et vision. Il arrive aussi que des sortes de filaments semblent glisser dans une substance aqueuse. C'est un peu embarrassant chez le boucher ou pendant une réunion professionnelle qui devient une sorte de dispositif à la Yayoi Kusama. Chose étrange, en rêve ce phénomène ne s'est encore jamais produit. Mais je sens bien que ça se modifie qu'il faut en profiter tant qu'il est encore temps. L'autre jour, dans le ciel, il m'a semblé qu'un oiseau se dédoublait. Sur un tableau de bord, je mélange les boutons, je ne reconnais plus les sigles, je ne mémorise plus les informations. Dans la salle de bains je confonds les étuis. Mais au fond, ce n'est peut-être pas simplement qu'une affaire d'usure des organes. Il se peut que cela soit aussi une disposition psychique pour me détourner de la réalité, la fuir. La transformer pour y trouver autre chose que ce que j'y vois et qui me semble souvent si tristement terne. Je peux encore m'émouvoir d'une belle lumière, d'un paysage, un détail peut me sauter aux yeux et prendre toute la place. Évidemment, je sais ce qui continue d'attirer mon regard dans les rues. De plus en plus souvent je pense au travail d'Evgen Bavcar, ce photographe aveugle. Peut-être faudrait-il que je m'intéresse d'un peu plus près à tout cela désormais, pour ne pas être pris au dépourvu. "Dépourvu", comme il me paraît soudait étrange ce mot dans ce contexte. Ça existe le verbe dépourvoir ? Faut que je vérifie.
(...)
Ben oui ça existe. La définition c'est "priver de ce qui est utile, indispensable". En fait c'est le contraire du verbe pourvoir dont la première définition est pour le Larousse "Donner quelque chose à quelqu'un, l'en doter, en parlant d'une puissance supérieure". Exemple : La nature l'a pourvu d'un physique agréable. Ouais bof. C'est vrai qu'il m'arrive parfois d'être beau gars quand je suis bien coiffé mais tout de même faut pas exagérer.

mardi 19 avril 2016

dimanche 17 avril 2016

Face aux Apparences



Voilà,
l'impossibilité de parler. Lui parfois si disert en certaines circonstances, si prompt à la conversation lorsque l'échange est organisé, cadré, en quelque sorte ritualisé, le voilà qui se heurte en d'autres moments (au téléphone surtout) à l'impossibilité de l'adresse. Le moindre coup de fil à passer lui paraît une épreuve insurmontable. Que l'on vienne à l'appeler,  malgré la solitude qui lui pèse, il ne se déplacera même pas vers l'appareil. Dans ces moments il voudrait totalement disparaître et même ne jamais avoir été. Souvent le gagne, lorsqu'il socialise, la pénible impression de jouer un rôle, de le surjouer même. C'est un effort terrible, même s'il n'en laisse rien paraître. L'enfant qu'il est resté n'a jamais été trop à l'aise dans son corps d'adulte. Alors il griffonne, dessine dans les marges. Les visages, les silhouettes qui viennent à lui sont ses compagnons clandestins, le peuple d'une région sauvage et fantôme où rien ne se dit, mais où dans le silence s'exprime cependant l'étonnement d'être là. 

vendredi 15 avril 2016

Galeries Lafayette de nuit


Voilà,
Ils sont précieux, rassérénants bien qu'ils te plongent dans un trouble indéfinissable, ces moments qui, en dépit de la maladie, du chagrin, des soucis d'argent, de la peur diffuse et sans objet précis qui plane sur l'ordinaire des jours, apparaissent comme chargés d'une densité particulière parce que tout semble soudain en équilibre, harmonieux et juste : la brise légère, les trilles subtiles des oiseaux, la lumière sur le paysage. Et c'est comme si tu étais au monde depuis toujours et pour toujours, indifférent et cependant accordé à l'état des choses. Comme si tout à coup tu n'étais plus matière, mais simplement une évanescente et fugitive trace d'éternité, une essence réduisant le monde à une illusion, un simple frôlement, à l'écho lointain d'un chant secret et à peine perceptible. Pourtant un jour, dépouillé de tous les hasards qui t'ont constitué, tu retourneras au mystère d'où tu as inexplicablement surgi. Tes possessions, tu les abandonneras à la vaste brocante ou furètent les vivants, et quelqu'un, pour quelques temps se souviendra encore du soir où tu t'es arrêté à cet endroit, et puis forcément finira bien par l'oublier. (The weekend in black and white)

mercredi 13 avril 2016

Hommage à Marcel Duchamp

Nus baisant près d'un escalier
 
Voilà,
"Ce chagrin des glandes qu'on appelle l'amour" (H-F Thiéfaine)
Oui bon la formule ne manque pas de style
Mais moi je suis un sentimental 

Énigmes



Voilà,
Est ce que j'avais déjà peur au moment où j'ai pris la photo ? La peur était-elle en train de faire son lent travail ? Est-elle venue un peu plus tard dans l'après-midi sans que je ne m'en rende compte ? À la terrasse du café par exemple ? Pourquoi ai-je pris cet instant ? Qu'est ce qui m'a retenu dans ce cadre ? Ai-je reconnu dans cette attitude quelque chose qui faisait écho à ce que j'éprouvais sur le moment ? Il m'a semblé bien sûr que cela ferait une belle photo. Cela ne m'a pas traversé l'esprit mais j'y songe à présent que j'écris ces lignes, un jour viendra où il y aura une dernière photo. Plus tard – l'après-midi tirait à sa fin –, la panique m'avait saisi sur le boulevard où je n'étais pas venu depuis si longtemps et qui ressemble à un ghetto, puis dans un lieu de passage bondé à cette heure où des  visions d'explosion et de carnage m'ont affolé quelques minutes, alors que j'avançais hébété, à cause de la vue qui baisse (oui peut-être devrais-je changer mes verres). J'ai eu la nette sensation de n'être plus tout à fait de ce monde comme si quelque chose en moi se résignait. Parvenu à destination, j'ai un peu marché. Mon regard a été attiré par la modestie sauvage de ces deux là. J'étais encore capable de les apercevoir, de me rapprocher d'elles. C'était ça la vie. La vie intense et fragile. J'ai songé aux photos de Bill qui célèbre les grands horizons, mais aussi les mousses et les lichens et dont les photos sont un hymne permanent à la nature toujours changeante

 

lundi 11 avril 2016

Association d'Idées

Voilà,
pendant l'exposition des œuvres du Douanier Rousseau au musée d'Orsay
Je me suis rappelé que la dernière fois que j'y étais venu 
c'était pour l'exposition "images de la prostitution au XIX ème siècle"

samedi 9 avril 2016

Regarder Paris comme un touriste


Voilà,
une petite carte postale parisienne du jardin des Tuileries en ce début d''Avril frais et pluvieux pour remercier tous celles et ceux qui ont la gentillesse de me laisser des mots au bas de mes publications. Juste pour dire que ces témoignages constituent à chaque fois une heureuse surprise et qu'ils me touchent et me font plaisir. (Linked with skywatch friday)

vendredi 8 avril 2016

La Borne


Voilà,
m'importe plus ce que j'imagine et projette que ce que je vois vraiment. D'ailleurs apercevant ce lieu c'est l'image que cela pouvait éventuellement donner qui m'est apparue. Et puis c'est aussi une histoire de moment. Cette borne devant laquelle je passe tout les jours et souvent aussi la nuit, a pris une singulière densité à cause de l'état – ce fameux "Einstellung" qu'évoque Wim Wenders – dans lequel je me trouvais ce soir-là. Il me paraissait nécessaire de revendiquer mon appartenance au monde, fût-ce dans l'évocation d'une chose banale et sans grâce. Un instant, j'ai été tout entier dans ce cadre. Avec mon inquiétude. (Linked with the weekend in black and white)

jeudi 7 avril 2016

Au Bord d'un monde


Voilà,
tu te tenais au bord d'un monde qui te rappelait vaguement celui qu'il te faudrait – pensais-tu – bientôt quitter et qui n'était cependant pas celui où tu avais vécu. Au fond de ta poche de pantalon sur un papier froissé semblable à un ticket de théâtre était inscrit ton nom. C'était ton sésame pour cette barge sur laquelle tu étais supposé embarquer. Qu'elle fut amarrée sur l'autre rive te déconcertait. Moins cependant que ce ciel liquide où elle semblait flotter sans pour autant s'y refléter. Fallait-il que tu attendes ou devais-tu par tes propres moyens accéder à l'autre côté ? Tu pensais pourtant en avoir fini une bonne fois pour toutes avec les questions les décisions les choix les initiatives. Le souvenir lointain d'un voyage scolaire dans la vallée du Rhin passa comme une brume légère entre toi et le paysage. Peut-être après tout suffisait-il que tu restes ainsi à contempler ce qui s'offrait à ton regard. Et tu finirais par te dissiper toi aussi comme un nuage, sans même t'en rendre compte.

mercredi 6 avril 2016

Un brave idiot



Voilà,
sommeille aussi en moi un brave idiot pareil à un épouvantail
Il faut qu'il ait aussi sa chance celui-là, 
qu'on lui laisse le temps de se réveiller
qu'il fasse enfin ce que bon lui semble

mardi 5 avril 2016

Autoportrait en déconfiture


Voilà,
c'est assez joli ce que j'ai entendu ce matin à la radio, cet extrait de Bergson dans l'Energie spirituelle : "Chacun de nous est un corps, soumis aux mêmes lois que toutes les autres portions de matière. Si on le pousse, il avance; si on le tire, il recule; si on le soulève et qu'on l'abandonne, il retombe. Mais, à côté de ces mouvements qui sont provoqués mécaniquement par une cause extérieure, il en est d'autres qui semblent venir du dedans et qui tranchent sur les précédents par leur caractère imprévu : on les appelle « volontaires ». Quelle en est la cause ? C'est ce que chacun de nous désigne par les mots « je » ou « moi ». Et qu'est-ce que le moi ? Quelque chose qui paraît, à tort ou à raison, déborder de toutes parts le corps qui y est joint, le dépasser dans l'espace aussi bien que dans le temps. Dans l'espace d'abord, car le corps de chacun de nous s'arrête aux contours précis qui le limitent, tandis que par notre faculté de percevoir, et plus particulièrement de voir, nous rayonnons bien au-delà de notre corps : nous allons jusqu'aux étoiles. Dans le temps ensuite, car le corps est matière, la matière est dans le présent, et, s'il est vrai que le passé y laisse des traces, ce ne sont des traces de passé que pour une conscience qui les aperçoit et qui interprète ce qu'elle aperçoit à la lumière de ce qu'elle se remémore : la conscience, elle, retient ce passé, l'enroule sur lui-même au fur et à mesure que le temps se déroule, et prépare avec lui un avenir qu'elle contribuera à créer." J'ai repensé à Philippe qui l'aimait beaucoup. Je me suis souvenu de l'odeur des vieux livres, de ce qui se décompose et se recompose, et du portrait de Dorian Gray peint par Ivan Albright que j'avais découvert dans ma jeunesse dans un ouvrage consacré à L'Art fantastique, à tous ces hasards qui m'ont constitué. J'ai songé que c'était déjà pas mal d'être arrivé jusque là sans trop d'encombre, et que je ferai au mieux pour m'accommoder de la suite et qu'il fallait fabriquer, fabriquer encore, expérimenter, imaginer, traficoter bidouiller que c'était là ma seule aptitude, que je n'étais plus bon qu'à ça, et qu'elle ne tenait qu'à ça mon "énergie spirituelle", que c'était un grand mystère pour moi que je sois devenu ça, que j'ai pu en partie échapper à toute cette bêtise soldatesque qui m'avait engendré et éduqué, et limiter les dégâts, et que tout de même, maintenant, un peu de campagne me ferait le plus grand bien. Quoiqu'il en soit, il va tout de même bien falloir réfléchir un peu sérieusement à cette question de matière. 
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lundi 4 avril 2016

La Promenade



Voilà,
"La promenade [...] m’est indispensable pour me donner de la vivacité et maintenir mes liens avec le monde, sans l’expérience sensible duquel je ne pourrais ni écrire la moitié de la première lettre d’une ligne, ni rédiger un poème, en vers ou en prose. Sans la promenade, je serais mort et j’aurais été contraint depuis longtemps d’abandonner mon métier, que j’aime passionnément. Sans promenade et collecte de faits, je serais incapable d’écrire le moindre compte rendu, ni davantage un article, sans parler d’écrire une nouvelle. Sans promenade, je ne pourrais recueillir ni études ni observations." (Robert Walser)

vendredi 1 avril 2016

L'Enseigne

 

Voilà,
Ce qui reste d'enfance, et dont on ne peut tout à fait se déprendre semble parfois s'insinuer dans les paysages. Une fenêtre toujours close et ses volets défraîchis, une enseigne désuète débusquée au hasard d'une promenade, ou bien encore tout un fouillis de jardin abandonné, une arrière-cour encombrée que les années ont transformée en débarras, l'ombre portée d'un arbre sur une façade décrépite ravivent les souvenirs de regards jetés en d'autres temps sur d'autres lieux. D'une multitude de menus détails que la mémoire a sédimentés, émerge alors une vie fantôme et inexprimée faites de toutes les choses perdues parce qu'inaccomplies : nos actes manqués, nos moments d'absence, nos vagabondages rêvés (Linked with the weekend in black and white)

mardi 29 mars 2016

Phosphènes



Voilà,
enfant avant de m'endormir je frottais mes yeux avec les poings. Entre paupière et pupille — me semblait-il — d'étranges formes apparaissaient alors, en volutes multicolores. J'appris bien plus tard qu'elles portaient le doux nom de "phosphènes". Et puis il y eut les années psychédéliques, avec leurs affiches aux couleurs chatoyantes. Certaines même sous un certain éclairage, étaient comme phosphorescentes. Il y en avait beaucoup dans cette petite boutique de la rue des Écoles où j'ai passé beaucoup de temps. On y vendait des disques et des posters. Celui de John Lennon d'après une photo de Richard Avedon a décoré ma chambre d'adolescent. Je ne peux le regarder sans un certaine émotion. Bref, ces derniers temps, j'ai beaucoup de plaisir à faire des images dans le genre psychédélique. D'ailleurs musicalement il semblerait qu'on y revienne depuis quelques temps.


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