vendredi 20 février 2015

Rétrospective Jeff Koons


Voilà,
je ne peux pas dire que j'ai vraiment visité la rétrospective Jeff Koons. Je m'y suis plutôt promené, je l'ai parcourue. C'était un début de soirée, en semaine, il y avait beaucoup moins de monde que je le craignais. J'y ai déambulé comme dans une galerie marchande, ou comme on s'attarde devant les vitrines des Galeries Lafayette ou du Bon Marché au moment de Noël. D'ailleurs peut-être n'est-ce pas tout à fait le fruit du hasard si cette expo a été inaugurée avant les fêtes de fin d'année. Ce n'était pas désagréable plutôt distrayant. L'ensemble est assez kitsch avec ses sculptures colorées représentant des icônes de la société de consommation américaines, ou des reproductions géantes de ces objets que l'on gagne dans les fêtes foraines. Ou encore avec ces objets gonflables plutôt mous durcis dans l'acier. L'artiste assez malin sans doute, s'amuse du paradoxe et de la prévisible interprétation freudienne qu'on peut en faire. Il a retenu les leçons de Duchamp et de Warhol.
Comme nombre de ses œuvres sont constituées de surfaces réfléchissantes que le public est autorisé à photographier, la plupart d'entre elles se révèlent ainsi à chaque fois comme une pièce unique qui n'existe qu'au regard de celui qui l'a enregistrée. Non seulement ce qui s'y reflète est toujours différent (les spectateurs ne sont jamais les mêmes) mais en plus l'observateur figure presque toujours sur la surface qu'il photographie conférant ainsi à l'œuvre capturée le statut de selfie qui est le comble de la contemporanéïté. C'est ça surtout qui m'a saisi (et que j'ai saisi) : le nombre incroyable de gens photographiant les "œuvres".


Sinon j'y ai appris qu'il avait étudié avec Ed Paschke. j'ai découvert ce peintre de Chicago, à la fin des années 70 au cours de mes pérégrinations adolescentes entre la rue Mazarine la rue de Seine et la rue Dauphine. Il était exposé à la galerie Darthea Speyer sise près du café "La Palette" rue des Beaux-Arts. Je me rappelle en particulier de grands toiles en noir et gris. Je reparlerai un jour de ces déambulations... (Linked with weekend reflections)

mercredi 18 février 2015

Le Funiculaire de Bica


Voilà,
"le funiculaire de Bica effectue une coupe transversale dans ce quartier de vieux escaliers inaccessibles aux automobiles. Cent fois par jour, le petit tram à crémaillère trouble les canaris et les chiens nonchalants, sépare les mégères, interrompt les livreurs pénètre en reflets chez la mercière des beaux et bons boutons et dans la bibliothèque d'un vieux républicain. Que les gens sont accueillants ! Quels transports pendant ce tendre parcours" (Christian Auscher)  (shared with the weekend in black and white - my corner of the world)
première publication 18/2/2015

mardi 17 février 2015

Demi-fou


Voilà,
lors du jugement de Jean-Claude Romand (cet homme qui a tué sa famille après s'être, pendant dix huit ans, fait passer auprès d'elle et de tout son entourage pour un chercheur et un médecin), le psychologue assermenté auprès du tribunal a déclaré le criminel à demi-fou "parce qu'il avait une vison altérée du réel". A juste titre au cours d'un entretien radiophonique le photographe Eric Delsaux en a conclu que "nous sommes tous des demi-fous puisque chacun cultive un rapport diffus bizarre et fuyant au réel". D'ailleurs ce post, lui aussi, atteste d'un rapport équivoque au réel, puisque, non seulement l'image n'illustre en rien le propos que je tiens mais en plus — comme bien de ceux qui vont lui succéder dans les jours à venir et comme de nombreux autres qui l'on précédé —, ce billet programmé à l'avance, se trouve en quelque sorte publié au futur antérieur. (Shared with Monday murals)

samedi 14 février 2015

Aux Eyzies


Voilà
Je repense souvent à ce lieu — vraisemblablement un des plus visités de France — peuplé depuis plus de 35 000 ans. Je me demande souvent si, à l'heure des téléphones portables et de l'informatique, ils se sentent reliés au monde d'une façon différente ceux qui, aujourd'hui encore vivent à proximité de ces grottes ou nos lointains ancêtres ont autrefois trouvé refuge.

mercredi 11 février 2015

Le chat de Chris Marker



Voilà,
j'aime bien apercevoir le chat de Chris Marker nous faisant coucou par l'une des fenêtres de la cinémathèque. J'attends avec impatience qu'une rétrospective lui soit ici consacrée (à Chris Marker, pas au chat). Il y a quelques mois j'ai manqué l'exposition le concernant au Centre Pompidou.

lundi 9 février 2015

A travers le hublot


Voilà,
quoique bien fatigué, pour tout dire assez lessivé, secoué, rincé comme il faut, essoré même, je me sentais malgré tout soulagé d'autant qu'il me semblait avoir un peu retrouvé des couleurs. J'éprouvais le sentiment d'être à la fois autre et neuf. J'étais pantalon, j'étais chemise ou culotte et même chaussette, mais uni à moi-même et non plus éparpillé dans ma propre diversité. J'avais cependant un peu froid. On viendrait bientôt me recueillir me sécher, cela ne faisait aucun doute. Il suffisait d'être patient. Contemplant le monde à travers le hublot, je savais qu'on qu'on ne m'abandonnerait pas. Je craignais juste d'être volé, ou qu'un morceau de moi ne soit oublié à l'intérieur de la machine.

samedi 7 février 2015

Pension de famille


Voilà,
celle-ci je l'ai prise il y a quelques années, à la vitrine d'un antiquaire, je ne me souviens plus exactement quand (vers 2011 ou 2012 vraisemblablement — mais est-ce que cela a vraiment de l'importance ? —), et  — ça j'en suis tout à fait certain —  c'était par une journée d'été  (sans doute au mois d'Août) dans le sixième arrondissement, un dimanche (car tout était fermé) non loin de la rue du Regard. Je me sentais alors très seul, et il m'arrivait souvent de traîner sans but. J'étais un peu comme la statuette du fond qui a l'air de se poser bien des questions quant à l'usage des tirets et des parenthèses,  —  semble-t-il ( mais je me trompe peut-être) —.  (Linked with weekend reflections

jeudi 5 février 2015

Théâtre de pierre


Voilà,
il y a ces instants où le malheur nous effleure. Il suffirait de quelques secondes en moins, de quelques mètres de plus. La mort nous fait signe de près. Le sort nous épargne l'accident et nous fait ainsi grâce des tourments et de la souffrance physique mais nous rappelle cependant qu'en dépit de ce que nous nous efforçons de croire, nous sommes bien peu maître de notre destin.

mardi 3 février 2015

Fin de la récréation


Voilà,
samedi dernier on était encore tous Charlie


Maintenant,
on est tous IPhone 6.

Bon je vais me coucher.

lundi 2 février 2015

La juste distance


Voilà,
parfois j'envie cette distance singulière et toujours juste que Jean-Louis Boissier, dans son blog, sait établir entre lui et les choses ou entre les événements et la perception qu'il en a. Le texte est précis toujours en lien avec l'image. Ce qu'il évoque doit à l'évidence le toucher — sinon il n'en parlerait pas —, mais la tentation de l'ego, la boursouflure de la métaphore, le sentimentalisme complaisant lui sont étrangers. Une élégante sobriété confère à son propos pertinence et fluidité. Le lisant, je repense souvent aux courriels ou textos qui m'étaient de temps à autre destinés et dans lesquels avec rigueur et concision M.A restituait ces choses vues ayant attiré son regard et alimenté sa réflexion. Son acuité me manque. 

dimanche 1 février 2015

Dans la nuit froide


Voilà,
juste marcher dans la nuit froide sans but sans perspective. Marcher, sans savoir pourquoi en si peu de temps, c'est devenu aussi difficile et douloureux. Marcher tant que c'est encore possible. Essayer de chasser les idées sombres. Celles se rapportant à soi. Celles qui concernent le monde. Des choses écrites il n'y a pas si longtemps reviennent en mémoire. Sensation que désormais le péril se précise, qu'il suffit d'un rien pour que l'Europe bascule dans le chaos. Il n'y a pas que les menaces de terroristes musulmans radicaux. Il y a aussi, évoquée dès 1996 par Viviane Forrester, "l'horreur économique" du Libéralisme qui est lui aussi un fanatisme, plus sournois, plus insidieux. D'ailleurs il est possible que tous deux se nourrissent de l'autre. En tout cas, l'émotion suscitée par les derniers attentats permet aux politiciens d'Europe (pantins au service des banques et de l'oligarchie financière qui constitue ces 8% de l'humanité détentrice de 84% de la richesse mondiale) de faire passer en douce quelques lois bien dégueulasses.
Pendant ce temps, les français se remettent de leurs émotions... Et parce que le président d'un pays meurtri, a su trouver les mots justes et une attitude digne, le voilà crédité de 21 points supplémentaires dans les sondages de popularité. On vit une époque formidable écrivait autrefois Reiser. Mais quoiqu'il en soit, les problèmes demeurent. Il y a fort à parier que d'ici quelques mois il ne restera pas grand chose de cette légitime indignation partagée et complaisamment réduite à un slogan. L'absence d'argent pour financer, la culture, la santé, l'éducation, sont au cœur des problèmes qui se posent ici dans nos banlieues.
Pendant ce temps là, les patrons des grandes entreprises, et ces entreprises elles-mêmes continuent de payer des impôts ridicules au regard de leurs profits.
Pendant ce temps, les mollahs de la pensée néo-libérale et les petits flics à leur service continuent de gesticuler proclamant qu'il n'y a rien à voir.

vendredi 30 janvier 2015

A travers la matière


Voilà,
"La vie est un voyage expérimental, accompli involontairement. C'est un voyage de l'esprit à travers la matière et, comme c'est notre esprit qui voyage, c'est en lui que nous vivons. Il existe ainsi des âmes contemplatives qui ont vécu de façon plus intense, plus vaste, plus tumultueuse que d'autres qui ont vécu à l'extérieur d'elles-mêmes. C'est le résultat qui compte. Ce qui a été ressenti, voilà ce qui a été vécu. On peut revenir aussi fatigué d'un rêve que d'un travail visible. On n'a jamais autant vécu que lorsqu'on a beaucoup pensé." Fernando Pessoa
shared with TADD -  sunday postcards

mercredi 28 janvier 2015

Encapuchonnée


Voilà,
solitaire et patiente juste une silhouette dans cet hiver doux et pluvieux. Qui est elle ? À quoi rêve-t-elle ? Comment fait-elle pour s'arranger de ce monde qui à présent m'échappe et où un jour je ne serai plus quand elle y sera encore ? 

lundi 26 janvier 2015

Le véritable poppers


Voilà,
tout à l'heure j'ai découvert avec étonnement que l'on vendait du poppers au bar tabac qui se trouve près du terminus de bus 58 au Châtelet

dimanche 25 janvier 2015

Miroirs encore


Voilà,
"Les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va. Du reste, regardez vous toute votre vie dans une glace et vous verrez la mort travailler comme les abeilles dans une ruche de verre." Ouais, ouais sûrement tu as raison Jean Cocteau, mais franchement qui est assez con pour se regarder toute une vie dans un glace ? En plus maintenant il y a les smartphones...  
shared with  friday face off

mardi 20 janvier 2015

Photo, photo, photo


Voilà,
un jour j'ai photographié un homme photographiant des photos. Il était appuyé contre un mur de photos et sur l'une de ces photos il y avait une femme qui prenait une photo. Peut-être quelqu'un était-il aussi en train de me photographier sans que je ne me rende compte que moi aussi j'allais devenir une silhouette sur une photo. Tout cela est totalement absurde. Cette profusion d'images, ce besoin d'être image ou de faire image, auquel je participe grandement, est sans doute le symptôme, ou peut-être même la maladie d'un monde où le sens des mots s'est perdu. Oui le poids des mots est, la plupart du temps bien léger comparé au choc des photos. Par exemple, cherchant sur internet des éléments relatifs à la notion de pardon dans le coran  —car en ce moment je me me demande pourquoi bien des musulmans modérés s'offensent plus particulièrement du fait que l'image du prophète soit sur la dernière couverture de Charlie-Hebdo et jamais ne commentent de la phrase qui est au-dessus "Tout est pardonné" — je suis tombé, dérivant de lien en lien au gré de la sérendipité, sur les images atroces de décapitations et d'exécutions sommaires commises par les membres d'ISIS ou (Daech en français). Que peut la raison face au dégoût que ces images suscitent ? Que peut la pensée quand il est vraisemblable que les actes qui ont précédé ces images fascinent certains au point qu'ils désirent en faire de même ? Les images s'inscrivent avec plus de persistance dans la mémoire que les mots qui pourraient les suggérer. Je me souviens avec précision de choses vues au début des années soixante en Algérie. je pourrais les décrire, les raconter (j'ai tenté parfois de le faire dans ces pages), mais quel impact à côté d'une image ? J'ai réouvert hier le livre de Bernard Wallet "Paysage avec palmiers" où il évoque en une séries de brèves notations les horreurs vues pendant la guerre du Liban. Ce livre m'avait terriblement impressionné sur le moment, tout comme celui de Velibor Čolić "Chronique des oubliés", évoquant la guerre civile intercommunautaire dans les Balkans. Mais le relisant, je m'aperçois que je n'en ai pas retenu grand chose, en dépit de  son incroyable précision et de sa qualité d'écriture, si ce n'est un malaise persistant et des images mentalement reconstituées, et quelques phrases. Pourtant le livre n'est pas un livre de réflexion, mais plutôt de sensations. J'ai même d'une certaine façon oublié les horreurs qu'il évoque. Sa relecture rappelle juste que ce qui se passe aujourd'hui, hier est déjà advenu pour d'autres mensonges, pour d'autres idées folles, pour d'autres conquêtes du pouvoir... Et puis les mots choisis avec précision, les phrases, leur agencement fluide, tout cela s'effacera de nouveau. Alors que les "folles" hurlant dans les rues de Djelfa, ou bien le corps mutilé de celui dont la grenade tout juste dégoupillée avait aussitôt explosé dans sa main plutôt qu'au restaurant qui en était la cible, ou encore l'image du petit cireur abattu Darse de l'Amirauté parce qu'on le soupçonnait de dissimuler une bombe dans sa boîte à chaussures, ces images-là restent inscrites dans ma mémoire, comme une empreinte photographique.

samedi 17 janvier 2015

Au souvenir de qui je fus

                                                                               
 
                                                                                    Voilà,
                                                                                    "Au souvenir de qui je fus, je vois un autre 
                                                                                    Et le passé n’est le présent qu’en la mémoire. 
                                                                                    De nostalgie blessée mon âme se languit 
                                                                                    Non pas de moi-même, ou du passé que je vois, 
                                                                                    Mais de celui que j’habite 
                                                                                    Derrière mes yeux aveugles. 
                                                                                    Rien, hormis l’instant, ne sait rien de moi. 
                                                                                    Même mon souvenir n’est rien, et je le sens bien 
                                                                                    Que celui que je suis et ceux-là que je fus 
                                                                                    Sont rêves différents."
                                                                                    Fernando Pessoa
                                                                                    shared with midweek muse challenge 

jeudi 15 janvier 2015

Nouvelles tentatives


Voilà,
dehors il fait froid il pleut il y a du vent je n'ai pas envie de sortir. J'écoute distraitement des jeunes acteurs parler à la radio de la notion de personnage. J'essaie de mettre à profit le temps libre que je n'ai pas eu depuis longtemps. Je fais de nouvelles tentatives dont je ne sais si je les prolongerai ou si ce sont que des impasses. J'y pense depuis des semaines et je m'aperçois que c'est beaucoup plus laborieux que je ne l'imaginais. Je n'ai parlé à personne depuis des heures. Il faudrait que je fasse du ménage, que je range des papiers. J'ai la flemme. J'ai envie d'expédients, j'ai envie de sexe, j'ai envie d'être une fiction. J'ai envie de n'importe quoi qui m'arracherait à la pensée consciente. Peut-être vais-je dormir. Où aller au cinéma. Ou regarder un vieux film à la maison. "Demon seed" par exemple...

mercredi 14 janvier 2015

S'émerveiller quoiqu'il en soit


Voilà,
je m'arrête encore pour regarder le dompteur de bulles. Pendant quelques minutes je m'attarde. Même si les mots ne viennent plus, même si je suis incapable de formuler la moindre réflexion, au moins ai-je encore des dispositions à m'émerveiller de choses simples et enfantines. Ces derniers jours tant de gens autour de moi ou sur les réseaux sociaux développent des analyses subtiles, affirment leur point de vue, se révèlent avoir des considérations très pertinentes à exprimer au sujet du drame qui vient de secouer ce pays et à propos du malaise qui gagne notre société. Au moins tout cela me donne-t-il l'occasion d'éprouver mes limites. Sans doute suis-je ce qu'on appelait autrefois un honnête homme. J'ai un peu de culture générale et suis aussi capable de réaliser un certain nombre de choses plutôt bien, sans pour autant avoir de don précis ni de disposition particulière. Parfois je ressens la nécessité de parler ou d'écrire alors qu'il suffirait simplement de se taire. Ces derniers temps les mots me fatiguent considérablement. Ils ne me sont pas d'un grand secours. Les pensées sont un peu comme ces bulles qui éclatent à peine formées....

lundi 12 janvier 2015

Impuissante Colère


Voilà,
Je dois à Murièle Modély  — dont je recommande par ailleurs la consultation du site "l'œil bande" et la lecture de ses recueils de poésie — , la découverte de ce texte, qui me semble d'une effroyable actualité : "Une société en déficit de représentation oscille en effet entre la passivité et les peurs. Elle tend à être dominée par le ressentiment, qui marie la colère à l'impuissance, et ne peut donc penser concrètement l'action sur elle même. Elle doit en effet sans cesse simplifier et caricaturer le réel pour espérer le rendre malléable. La mal représentation conduit à gommer la réalité, à le rendre indicible. Un rapport simultanément magique et soumis au monde se durcit sur cette base. La société finit par ériger des boucs émissaires en uniques causes de tous ses maux et à ne plus pouvoir s'appréhender que sous les espèces d'un bloc indistinct en butte à des puissances maléfiques radicalement étrangères. En même temps la politique est de plus en plus violemment rejetée et assimilée à ce qui est structurellement extérieur à la vie des gens. C'est dans ces termes qu'il faut aussi comprendre ce qui apparait comme une crise de la volonté. Le sentiment d'impuissance que beaucoup d'hommes et de femmes ressentent tragiquement aujourd’hui n'a pas seulement pour origine une démission paresseuse du politique. Il naît également de la résistance de la réalité aux vieux concepts avec lesquels on l'appréhende. Les mots ne disent plus les choses et s'avèrent donc incapables de les modeler. L'écart entre la réalité vécue et la réalité pensée constitue pour cela désormais un verrou majeur à la transformation de la société autant qu'à la reconquête de la dignité des individus. Une société illisible à ses propres yeux, dominée par l'ignorance d'autrui est simultanément une société opaque pour les gouvernants. c'est l'autre face du probleme. Ces derniers s’avèrent incapables d'en saisir les ressorts, d'en cerner les attentes. eux aussi perdent le contact avec le réel. La langue de bois politique se développe sur cette base, expression d'un rapport également incantatoire à la réalité. Le populisme des gouvernés et l'impuissance des des gouvernants entrainant la vie politique dans une spirale fatalement régressive. [...] "Raconter la vie" contribuera aussi à encourager l’intérêt pour autrui ; c'est en cela que le projet a également une dimension morale [...], il s'agit de sortir de l'invisibilité toute la société, et de produire une connaissance qui rapproche ses membres entre eux. C'est une connaissance interactive de l'ordinaire en lieu et place d'une mise en scène de l'extraordinaire. [...] la démocratie, on l'a dit ne peut vivre si les hommes et les femmes ne font pas société. La connaissance d'autrui est le socle de cette entreprise etc."
Le parlement des invisibles, Pierre Rosanvallon, (Raconter la vie), Seuil, 2014
shared with friday face off 

dimanche 11 janvier 2015

Le 11 janvier 2015 à Paris


Voilà,
ça c'était hier soir, l'hommage discret de quelques anonymes, place de la République. Aujourd'hui une foule immense, incroyable... Bien des gens qui ne lisent pas Charlie-Hebdo ce journal libre et sans publicité ont marché dans la rue. Peut-être le temps d'un après-midi, les français se sont-ils surpris à être capable de se rassembler pour une juste cause : celle de la liberté d'expression. Après, reviennent les émissions compassionnelles, l'obscénité des bons sentiments jetés en pâture à la radio à la télévision, le festival des ego, les tentatives de récupération politiques, le mercantilisme... Pour l'analyse, la réflexion et l'intelligence on repassera. Je n'ai pas pris beaucoup de photos aujourd'hui. les foules ne m'inspirent pas. Et puis je n'avais pas trop envie. Mais tout de même il y avait cette fille qui tenait absolument à être visible et qui a beaucoup été photographiée sans doute, et cette pancarte en hommage à Georges Wolinski. J'ai déclenché.

vendredi 9 janvier 2015

La statue de Vulpian


Voilà,
entre 1793 et 1796 cette rue fut appelée rue de l'Ami-du-Peuple parce que l'imprimerie où Marat éditait son journal se trouvait à proximité. Cette voie dit-on a été ouverte en 1671. Je ne sais si les escaliers existaient alors, — en tout cas pas la statue de Vulpian c'est sûr — mais j'aime l'idée que le fantôme de Marat puisse encore parfois rôder par là... Ici aussi c'est un endroit où j'aime bien passer. En dépit de la tristesse et du chagrin, flâner quand même. Oui flâner malgré cette impression que tout ce à quoi je crois compte pour bien peu dans le monde où je vis.

mercredi 7 janvier 2015

Un sale jour


Voilà,
ça a commencé comme un jour pas tout à fait ordinaire. Ces dernières semaines on a beaucoup parlé - même François Hollande l'a évoqué au cours d'un entretien radiophonique - du bouquin de Houellebecq "Soumission" qui sort aujourd'hui et dont le pitch décrit par le journal les Inrocks est le suivant : "Ce roman d’anticipation sociale, nous plonge dans la France de 2022 : François Hollande arrive à la fin de son second mandat, et au premier tour de l’élection s’affronteront le Front national et la Fraternité musulmane (le parti des musulmans de France, pure invention de l’auteur). Ce dernier remportera la présidence en se ralliant le PS et l’UMP, et en nommant François Bayrou Premier ministre, et la société se trouvera entièrement bouleversée." Et ce matin, apparemment il n'y en avait que pour lui. Les journalistes de France-Culture pour la plupart transformés depuis quelques années en animateurs de la matinale de leur antenne, recevaient François Bayrou. Il a évidemment parlé du livre qu'il a semble-t-il, eu le privilège de lire - enfin je suppose, j'ai pris l'émission en cours de route -. Quoiqu'il en soit ce n'était pas très intéressant à écouter. Alors j'ai changé de canal et suis passé à France Inter où l'auteur était invité. C'était le moment des questions et réflexions des auditeurs, et rien que ça, ça m'a déprimé. Je ne peux pas parler du livre, d'abord parce que je ne l'ai pas lu et que de toute façon je me suis vite lassé de Houellebecq. C'est surtout devenu un produit marketing. Particulièrement cette année où il est en plus apparu dans deux films de fiction. Pas mal d'ailleurs. Autant le personnage dépressif peut être assez amusant, autant sa littérature s'avère plutôt lassante. Un mec misogyne qui récrimine contre le monde parce qu'il a du mal à bander, ça va deux ou trois fois, mais ensuite ça devient ennuyeux. De toute façon c'est moins lui qui dérange que le foin qu'on en fait. Bref, j'ai mis Thelonious Monk sur la platine, en rangeotant dans l'appartement. Et puis je suis parti retrouver Anne, Fred et Marie-Christine du côté de République. En passant sur la place j'ai pris une paire de photos. Il faisait gris, brumeux, froid. J'aimais bien la statue sur son socle se reflétant sur le sol humide. Et aussi les grands arbres nus et les petites silhouettes emmitouflées


Je suis arrivé chez Anne juste à l'heure. Fred était déjà là, et Marie n'a eu que dix minutes de retard. Très vite on s'est mis à bosser en rigolant, en racontant des grosses conneries afin de trouver des idées drôles pour le projet qui nous réunit. Fred avait sa tablette branchée sur le flux d'actualités et c'est comme ça qu'on a appris qu'il y avait eu une fusillade à Charlie-Hebdo. On pensait que c'était à l'extérieur. En même temps j'ai commencé à recevoir des texto alarmés de quelques amis. Ce n'est qu'en rentrant à la maison que j'ai eu plus de détails. Là j'ai découvert que la une du journal sorti aujourd'hui était consacrée à Houellebecq, mais surtout que Cabu et Wolinski comptaient parmi les victimes. Cabu, je l'ai toujours connu. A treize ans je lisais les aventures du grand Duduche dans le journal Pilote ("Pilote le journal qui s'amuse à réfléchir"). Duduche c'était des histoires de lycées. Et puis j'ai grandi, et Cabu continuait de dessiner dans Hara-Kiri, Charlie Hebdo, que j'achetais adolescent. Bien sûr, le fils de képi que j'étais alors, allergique au kaki se réjouissait de son ironie antimilitariste. Ensuite je l'ai retrouvé dans le Canard Enchaîné lu à l'âge adulte. Cabu, il avait sûrement ce matin avant d'aller au journal sa même dégaine de vieil adolescent avec sa coupe de cheveux qui n'a jamais changé. Wolinski,  lui je l'ai découvert à 17 ans avec les deux mecs du café du commerce parlant politique dans les pages de Charlie, et puis les femmes avec leurs culs leurs seins leurs foufounes. Wolinski était un obsédé sexuel, ("Mon corps est à elle", "A bas l'amour copain") parfois lourd, mais souvent très subtil. C'était surtout des textes très bien écrits et de savoureux dialogues. Et puis il y a les autres dessinateurs que je connaissais moins mais qui entretenaient l'esprit irrévérencieux du journal, Charb, Tignous, Philippe Honoré. L'économiste Bernard Maris, et Michel Renaud, fondateur du festival "Rendez vous des carnets de voyages", ainsi que deux policiers et un homme chargé de la maintenance dans l'immeuble figurent aussi parmi les victimes. Il est à craindre que d'autres ne succombent à leurs blessures.
Ces gens sont morts, ont été massacrés parce que leur seul tort était de se moquer de tout et en particulier du fanatisme religieux. Ce n'est pas simplement la liberté d'expression, la liberté de la presse qui sont attaquées là, c'est aussi le droit de rire de faire rire, c'est l'humour cette forme d'intelligence et de résistance contre l'obscurantisme, et tout ce qui veut asservir la pensée.
Cet assassinat politique de grande envergure, rappelle à toute une génération qui fut insouciante et hédoniste que l'Histoire peut prendre un tour inquiétant et que la paix et le confort relatif dans lesquels nous avons jusqu'à présent vécu, sont désormais très menacés. Très abruptement, cet événement nous redit aussi, bien que les médias et les politiques n'évoquent jamais cette réalité, que nous sommes un pays en état de guerre engagé depuis longtemps sur plusieurs fronts, et que sur certains de ces fronts des leaders appellent à tuer n'importe qui n'importe où par n'importe quel moyen. Comme cette nation est malade, travaillée par des forces obscures et malsaines qui la rongent, bien des gens ont intérêt à ce que le chaos se propage.
Oui ce jour commencé dans le la grisaille et l'amertume finit dans un mélange de chagrin de dégoût d'accablement et de révolte. Ce matin, traversant cette place, je n'imaginais pas y revenir le soir et la voir peuplée d'une foule nombreuse et consternée réunie pour rendre hommage aux victimes de cette exécution.

mardi 6 janvier 2015

Flâner encore

 

Voilà,
un de mes endroits préférés à Paris, je ne sais pas pourquoi. L'entrée de la station Lamark-Caulaincourt au pied de l'escalier. Je crois que le panneau pour indiquer l'entrée du métro est le seul de ce type à Paris. J'aime que mes flâneries ou mes rendez-vous m'y ramènent. Mais il y a d'autres lieux : là par exemple. Ou bien encore la librairie Shakespeare and co, le jardin des Tuileries, et aussi quelques endroits du seizième...  (linked to Signs, signs

samedi 3 janvier 2015

Winogrand dans le métro


Voilà,
c'est sur le quai de la station du RER Luxembourg que l'on peut voir ces reproductions géantes de photos prises par Garry Winogrand auquel le Musée du Jeu de Paume consacre une vaste rétrospective. J'y ai noté cette phrase : "le fait de photographier une chose change cette chose. Je photographie pour découvrir à quoi ressemble une chose quand elle est photographiée". Oui, après tout, peut-être ne s'agit-il que de ça.

vendredi 2 janvier 2015

Jardin des Tuileries, premier soir de l'année


Voilà,
c'était bien d'être ici... L'année a, une fois de plus, commencé avec une expo, à une heure certes plus tardive, mais après une journée douce et paresseuse, et des vacances de Noël qui bien que parisiennes n'en furent pas moins de vraies vacances. J'aurai goûté des anones, des tamarillos, des fruits de la passion, du pitaya, des litchis, des narangilles et des mangoustans, bu raisonnablement et mangé quelques huîtres, découvert les livres de Pastoureau, un restaurant vietnamien où je reviendrai souvent et un vin des coteaux de l'Aubance apporté par la plus estimable des pourvoyeuses. Je me serai laissé aller à quelques grasses matinées sans aucune culpabilité, j'aurai vu quelques bons films et quelques bonnes pièces... Il y a longtemps que cela n'avait pas été aussi bien et aussi simple.
Sinon, il semblerait que je me fasse à l'idée de ne plus écouter le journal du matin sur France Culture ou l'insupportable Marc Voinchet ne cesse d'interrompre ses invités (ce matin c'était Cynthia Fleury une philosophe qui a pourtant beaucoup de pensées intéressantes à développer, mais j'ai du changer de fréquence). M'éveiller avec France Musique et ses quelques flashes d'actualité, me déconcerte un peu. Il y a moins de paroles.  Et c'est comme si le monde s'éloignait. Ce n'est peut-être pas plus mal après tout.
À part ça, merci à tout ceux qui m'ont envoyé leur vœux sur ce blog. Une pensée aussi pour Nicolas qui a trouvé ce qui lie tous les personnages évoqués dans certaines de mes pages. Non seulement c'est un bon lecteur, la moindre des choses que l'on peut espérer d'un libraire, mais c'est aussi un talent d'écriture, ainsi qu'un bricoleur d'images comme je les aime : un peu brut, un peu sauvage..
Allez, courage, entrain, abnégation (il en faut parfois), pieds au chaud (du moins pour l'hiver) et bonne année à tous et à chacun ...

mercredi 31 décembre 2014

See U Next Year


Voilà,
l'une se termine, une autre commence
que l'année qui vient soit meilleure que l'année qui va

mardi 30 décembre 2014

Tunnel volaille et fruits exotiques



Voilà,
je marche d'un pas plutôt allègre car le danger semble – du moins pour un moment – s'être éloigné. Et ça, c'est une sacrée bonne nouvelle. J'ai néanmoins l'esprit occupé par une lubie qui souvent me saisit à cette époque de l'année : je veux au plus vite trouver des fruits exotiques, en particulier des tamarillos qui sont à la couleur orange ce que les kiwis sont au vert, je parle de la pulpe bien sûr. En dépit de toutes ces choses à faire, laissées en plan et négligées depuis des mois, c'est ça l'objectif que je me suis imposé pour la journée. J'ai une adresse qui me semble fiable. En remontant le boulevard, j'aperçois une fille ordinaire ni belle ni moche, (vraiment le look de la girl-next-door) plutôt jeune d'apparence  - je lui donnerais à peine plus de 25 ans -  sortant d'un Love Store (enfin c'est ce qu'il y a marqué sur la devanture) avec deux gros sacs bien remplis. Apparemment elle a bien fait chauffer la carte bleue. Je me demande alors si elle a juste acheté de la lingerie sexy pour Noël ou bien aussi des sextoys ou que sais-je encore d'autres accessoires. Cela occupe mes pensées un bon moment parce que je suis comme ça moi, je me demande souvent comment font les autres, et aussi ce qu'ils sont vraiment, qu'est ce qui les travaille au fond et quelle peut bien être leur vie sexuelle.... Après m'être égaré – c'est normal, les questions parfois ça égare – je parviens enfin à trouver le magasin que je cherchais. Bien moins achalandé que je ne le supposais je n'en rapporte que des narangilles surgelées, une bouteille de nectar de baobab et un pack d'Inca-Cola, un soda sud-américain que j'ai acheté à cause de la couleur jaune de son emballage et qui risque bien de me durer quelques semaines, sinon plus, tant c'est dégueulasse (mais ça c'est une autre histoire). Sur le chemin du retour, il y a ce paysage qui se fige dans mon regard. L'inquiétante banalité du lieu, le ciel chargé de nuages et la volaille perchée sur le panneau exigent une trace. Je fais la photo pour répondre à cette muette et pressante injonction, sans doute aussi pour justifier l'incongruité, sinon l'absurdité de ma présence ici, à ce moment. J'ai comme l'impression d'avoir perdu mon temps. En tout cas je n'ai pas trouvé ce que je cherchais.

lundi 29 décembre 2014

A propos d'un grognement


Voilà,
je le savais bien qu'il était tout à fait déraisonnable de laisser la porte ouverte avec, posés bien en évidence sur la petite table visible de l'entrée, mon smartphone et mon appareil photo, mais je l'ai quand même fait. Je n'avais pas voulu écouter les conseils, et bien évidemment ce qui devait arriver arriva. Un voleur s'est subrepticement introduit et les a dérobés. Je l'ai vu sortir et me suis aussitôt mis à ses trousses en essayant d'alerter des passants. Mais il allait beaucoup trop vite. L'espace s'est diffracté en une multitude de lieux, mon voleur s'est effacé comme une ombre et a disparu. J'ai renoncé, réalisant que les mots que j'avais cru prononcer ressemblaient au ridicule couinement d'un chihuahua sur lequel on vient de marcher : une sorte de râle grotesque et inarticulé. Je me suis rassuré en supposant que l'on ne m'avait en réalité rien volé puisque je m'étais entendu grogner dans mon sommeil. Une main bienveillante s'est d'ailleurs aussitôt posée sur moi et j'ai compris que j'étais dans un lit et que je n'y étais pas seul. Un long moment cependant, je suis demeuré en état de veille, inquiet et aussi honteux de ce que je venais d'entendre : ce qui était sorti de moi avait voulu être une phrase et s'était réduit à un grommellement incompréhensible. Je songeais à Baudelaire devenu aphasique qui ne savait plus dire que "crénom !", à ceux qui ne peuvent plus parler à cause d'un accident cérébral, à cette sensation que j'éprouve souvent de ne plus être en mesure de formuler une pensée un peu complexe, aux forces qui décroissent avec l'âge et à tous les renoncements que cela implique. Je me sentais aussi terriblement vulnérable à cause de ce cri, comme démasqué. Je me suis dit qu'il ne fallait pas perdre de temps. Écrire, continuer de développer des photos, dessiner, réaliser des montages, persévérer à imaginer, à réfléchir, même sur les choses apparemment insignifiantes, faire travailler son cerveau, exciter les sens, emmagasiner des émotions, les transformer, leur donner une forme, indifférent aux regards condescendants de ceux qui consacrent leur temps à des tâches plus concrètes plus utiles et plus lucratives. Il m'est si souvent arrivé d'être "utile" ces derniers mois que j'ai juste envie aujourd'hui de joindre comme le disait, François Morel, je crois mais je n'en suis pas sûr, le futile à l'agréable. 

samedi 27 décembre 2014

Vivre, c'est être un autre


Voilà,
"vivre, c’est être un autre. Et sentir n’est pas possible si l’on sent aujourd’hui comme l’on a senti hier : sentir aujourd’hui la même chose qu’hier, cela n’est pas sentir – c’est se souvenir aujourd’hui de ce qu’on a ressenti hier, c’est être aujourd’hui le vivant cadavre de ce que fut hier la vie, désormais perdue." (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité")
Linked with weekend reflections

mercredi 24 décembre 2014

Un Sacré Gabarit


Voilà,
un jour sur un quai de gare j'ai aperçu cette silhouette. La première pensée qui m'est alors venue fut (et là je le précise pour les obsédés de la ponctuation il m'arrive parfois de penser en italiques fermez la parenthèse) : "tout de même, là, c'est un sacré gabarit !" Un peu comme le Père Noël si l'on y songe. Car si mes informations s'avèrent exactes, c'est bien le moment d'y songer non ?

mardi 23 décembre 2014

Le Chaos domestique


Voilà,
si j'avais alors d'étranges visions, je ne passais pas un temps considérable à trier des ordures, à jeter des papiers inutiles - vieux programmes, invitations périmées -. Je ne me sentais pas le devoir de répondre à des sollicitations trop souvent ennuyeuses. Je n'étais pas contraint de batailler contre la poussière envahissante (et c'est un combat qui jamais ne cesse) ni de lutter contre le chaos domestique toujours menaçant. La question d'avoir une maison pas trop mal rangée où toute chose serait relativement à sa place ne se posait pas. Chercher un livre dans la bibliothèque ne constituait pas en soi un problème ; maintenant la plupart du temps c'est l'expédition Amazone Orénoque. A l'époque, je vivais de peu et, somme toute n'étais pas trop mal organisé.... Bref, je me demande si je ne suis pas en train de m'apprêter à prendre une résolution pour l'année qui vient.
shared with sunday postcards 

dimanche 21 décembre 2014

N'être qu'un rêveur


Voilà, 
"Je n’ai jamais rien fait que rêver. Cela, et cela seulement, a toujours été le sens de ma vie. Je n’ai jamais eu d’autre souci véritable que celui de ma vie intérieure. Les plus grands chagrins de mon existence se sont estompés dès lors que j’ai pu, ouvrant la fenêtre qui donne sur moi-même, m’oublier en contemplant son perpétuel mouvement. Je n’ai jamais voulu être rien d’autre qu’un rêveur. Si l’on me parlait de vivre, j’écoutais à peine. J’ai toujours appartenu à ce qui n’est pas là où je me trouve, et à ce que je n’ai jamais pu être. Tout ce qui n’est pas moi – si vil que cela puisse être – a toujours eu de la poésie à mes yeux. Je n’ai jamais aimé que rien. Je n’ai jamais souhaité que ce que je ne pouvais pas même imaginer. Je n’ai jamais demandé à la vie que de m’effleurer, sans que je la sente passer." (Fernando Pessoa in "Le livre de l'Intranquillité")

samedi 20 décembre 2014

Place des Fleurs


Voilà,
chaque pas sera précieux tant qu'il y aura des pas. Vais-je choisir de marcher plutôt que m'asseoir et écrire ? J'ai envie de gravir encore les collines de Lisbonne de retourner un jour sur la petite praça das flores, louer une chambre non loin, y entendre comme le dit si tendrement Louis-René des Forêts "les vocalises jubilantes des oiseaux comme autant de louanges au soleil pourvoyeur de vie". 

jeudi 18 décembre 2014

Au Bureau


Voilà,
"On travaille si excessivement au bureau qu’on finit par être trop fatigué pour bien jouir de ses vacances. Mais tout ce travail ne vous donne encore aucun droit à être traité par chacun avec amour, on est seul au contraire, totalement étranger aux autres, simple objet de leur curiosité. Et tant que tu dis "On" au lieu de dire "Je", cela va encore et tu peux réciter cette histoire comme une leçon apprise, mais dès que tu t’avoues que ce "On" est toi-même cela te transperce littéralement et tu es épouvanté…" (Franz Kafka) Linked with Weekend reflections

mardi 16 décembre 2014

Les temps changent

Voilà,
c'est bien de parler des choses objectives de temps en temps d'évacuer la complaisance du moi-je les confessions à la mords-moi-le-nœud les nostalgies oniriques les branlettes sentimentalo-sirupeuses (quoiqu'une branlette c'est toujours quand même un peu sirupeux) n'est pas Kafka Montaigne ou Pessoa qui veut en tout cas pas moi. Une aimable lectrice croisée un jour dans un théâtre me fit remarquer que mes posts n'étaient pas assez aérés que ça manquait de paragraphes et de ponctuation eh bien ces cinq premières lignes sont pour toi Marie. Dis-toi puisque tu es comédienne qu'il faut prendre son souffle à chaque début de phrase ne pas lâcher jusqu'au point suivant et aussi que dans les moments de grand désarroi le Drillon je m'assieds dessus. Car aujourd'hui n'est pas un jour comme les autres : il est le lendemain d'une grande déception : la Hune, la librairie la Hune, qui avait déjà déménagé vers la rue Bonaparte il y a quelques années, pour céder son local à Vuitton et qui était une institution à St Germain des prés, la Hune chasse ses clients à 20 heures putain oui La Hune n'ouvre plus jusqu'à minuit. C'est comme si, au Mont St Michel la Mère Poulard rayait son omelette de la carte. Il reste par bonheur la librairie "L'Écume des Pages" un peu plus haut sur le Bd St Germain (bien plus belle d'ailleurs) où l'on pourra continuer de traîner en attendant un jour nouveau. Voilà, rien ne dure. C'est comme ça. 




Sinon je laisse cette photo qui n'est absolument pas d'actualité, prise sur la place St Germain des Prés. Je ne crois pas l'avoir déjà publiée. C'était vers Noël, en 2011. Vuitton était déjà bien implanté et j'avais alors encore assez d'argent pour aller chez le dentiste. Je ne sais malheureusement pas qui est l'auteur de cette sculpture. Allez bon baisers.
 shared with  sunday smiles

dimanche 14 décembre 2014

La Prairie

Paysage du Cantal
 
Voilà
ce que Borgès écrit quelque part (cette phrase je l'ai notée il y a longtemps sur un carnet et je ne sais plus de quel ouvrage elle est extraite). "Il existe une heure de la soirée où la prairie va dire quelque chose. Elle ne le dit jamais. Peut-être le dit-elle infiniment et nous ne l'entendons plus, ou nous l'entendons, mais ce quelque chose est intraduisible comme une musique..." À cette pensée remémorée la nuit dernière (et qui sans doute fut inspirée par un autre genre de relief), j'ai associé ce paysage ressemblant à celui devant lequel, il y a peu de temps, je me suis retrouvé en rêve, auprès d'une personne qui vit aujourd'hui des heures douloureuses. Je n'avais pas alors à chasser de mon esprit toutes les inquiétudes la concernant et qui me hantent à présent. Nous étions là tous les deux, assis côte à côte sur un rocher, après avoir cheminé ensemble, sans doute sur un de ces sentiers menant à St. Jacques de Compostelle. Les foins embaumaient dans l'air tiède et l'on pouvait entendre au loin tinter ces cloches attachées au cou des vaches et que l'on appelle clarines. D'un mouvement de bras plutôt nonchalant, nous chassions parfois les moucherons qui nous approchaient. Je me souviens juste de ce "c'est bien" qu'elle avait prononcé à mi-voix et de la façon si singulière qu'elle avait eue de saisir ma main et s'emparer délicatement de chacun de mes doigts l'un après l'autre. Puis nous étions restés un long moment muets avec cette paisible sensation de communier dans un état sans mesure, d'être comme accomplis dans ce présent qui seul importait. À l'heure où j'écris ces lignes je voudrais être auprès d'elle qui, ensevelie dans sa souffrance, ne souhaite aucune visite dans sa chambre d'hôpital. Auprès d'elle oui et à mon tour juste tenir sa main. première publication 14/12/2014 à 00:35

samedi 13 décembre 2014

Tribulation


Voilà
il va son chemin
ne sait où le portent ses pas
et s'il suit le cours de sa tribulation il n'en devine ni l'objet ni le sens

Qui parle qui avance ?
Qui s'étonne et s'égare dans le voisinage des spectres ?
Qui s'éparpille et se dissipe dans la cohorte de silhouettes à peine reconnaissables ?

Parfois
sur le bois humide des portes
sur le marbre des tombes recouvertes de mousse
dans les pages moisies de vieux annuaires
il cherche un nom

mais qu'apparaisse un paysage

un rêve appareille aussitôt
shared with all seasons digital whisper

vendredi 12 décembre 2014

La Confession


Voilà,
une vie qu'on ne peut se résoudre à taire même s'il est probable que toute parole tient du leurre.
Paysages de mots. Finalement c'est peut-être ça la bonne option. Je ne sais pas. Y réfléchir

jeudi 11 décembre 2014

Le Chemin d'une question


Voilà,
"aux aguets, craintive, une réponse rôde autour de la question avec espoir, scrute désespérément son visage inaccessible, la suit sur les chemins les plus insensés, c'est à dire ceux qui vont chercher au plus loin de la réponse" (Franz Kafka in "les aphorismes de Zürau")

Publications les plus consultėes cette année