dimanche 14 décembre 2014

La Prairie

Paysage du Cantal
Voilà
ce que Borgès écrit quelque part (cette phrase je l'ai notée il y a longtemps sur un carnet et je ne sais plus de quel ouvrage elle est extraite). "Il existe une heure de la soirée où la prairie va dire quelque chose. Elle ne le dit jamais. Peut-être le dit-elle infiniment et nous ne l'entendons plus, ou nous l'entendons, mais ce quelque chose est intraduisible comme une musique..." À cette pensée remémorée la nuit dernière (et qui sans doute fut inspirée par un autre genre de relief), j'ai associé ce paysage ressemblant à celui devant lequel, il y a peu de temps, je me suis retrouvé en rêve, auprès d'une personne qui vit aujourd'hui des heures douloureuses. Je n'avais pas alors à chasser de mon esprit toutes les inquiétudes la concernant et qui me hantent à présent. Nous étions là tous les deux, assis côte à côte sur un rocher, après avoir cheminé ensemble, sans doute sur un de ces sentiers menant à St. Jacques de Compostelle. Les foins embaumaient dans l'air tiède et l'on pouvait entendre au loin tinter ces cloches que l'on appelle clarines et qui sont attachées au cou des vaches. D'un mouvement de bras plutôt nonchalant, nous chassions parfois les moucherons qui nous approchaient. Je me souviens juste de ce "c'est bien" qu'elle avait prononcé à mi-voix et de la façon si singulière qu'elle avait eue de saisir ma main et s'emparer délicatement de chacun de mes doigts l'un après l'autre. Puis nous étions restés un long moment muets avec cette paisible sensation de communier dans un état sans mesure, d'être comme accomplis dans ce présent qui seul importait. À l'heure où j'écris ces lignes je voudrais être auprès d'elle qui, ensevelie dans sa souffrance, ne souhaite aune visite dans sa chambre d'hôpital. Auprès d'elle oui et à mon tour juste tenir sa main.

1 commentaire:

  1. Que c'est beau, délicat et si émouvant, oui, très.
    Tenir les doigts, les effeuiller en quelque sorte dans ce paysage.
    Merci.

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