ce qui attire d'abord mon regard c'est le piercing sous la lèvre inférieure de la secrétaire médicale très brune et un peu forte qui enregistre ma prise de rendez-vous. Je remarque un tatouage dans l'échancrure de son gilet et de sa blouse, j'y devine le mot spirit. Ses ongles courts et couverts d'un verni rouge bordeaux tapotent mon nom sur le clavier. On pourrait supposer une jeunesse un peu gothique avant qu'elle ne se soit résolue à rentrer dans le rang. Il faut bien vivre n'est-ce pas. Elle porte cependant une bague de facture classique et une alliance, comme n'importe quelle petite-bourgeoise. Je me demande comment elle vit, où elle habite, ce qui la fait rêver si son travail l'intéresse. Plus tard je constate que la plupart des gens attendent sur leur siège les jambes croisées. Je lis un livre sur les couleurs que m'a offert ma cousine. J'ai du mal à me concentrer. Je voudrais que la vie me fasse une bonne surprise. Je repense – je ne sais pas vraiment pourquoi – à ce dimanche à Lisbonne ; cette lumière, ce dépaysement, la légèreté qui était alors la mienne. (Linked with the weekend in black and white)
Un blog écrit en français, avec des photos des collages des dessins, des créations digitales, des récits de rêves, des chroniques des microfictions et encore bien d'autres bizarreries... A blog written in french with photos, collages, drawings, digital paintings, dream stories, chronicles, microfictions and a few other oddities. ISSN 2402-7375
vendredi 20 mai 2016
mardi 17 mai 2016
Empreintes sur une surface noire
Voilà,
je ne suis pas responsable du processus accidentel qui a produit ces empreintes. Je n'en suis que le dépositaire. J'y ai tout de suite entrevu la photo que cela pouvait devenir. Une part de moi ne peut s'empêcher de s'attarder de s'attacher à ces formes involontaires dépourvues de sens, à ces épiphanies, ces révélations dont l'existence hasardeuse à quelque chose de mystérieux dans sa banalité même. Cela rappelle qu'une réalité multiple faite de virtualités à peine ébauchées, de structures qui se dérobent à notre attention ou à notre compréhension, existe, travaille, remue, se transforme.
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vendredi 13 mai 2016
Pontons à carrelets
Voilà,
dans les paysages aussi il peut y avoir du bonheur à s'oublier
(linked with the weekend in black and white)
jeudi 12 mai 2016
En haut du boulevard St Michel
Voilà,
en haut du boulevard St Michel, juste en face des jardins de l'Observatoire qu'on appelait dans ma jeunesse le petit Luxembourg, j'ai remarqué sur un mur ce collage dont je ne connais malheureusement pas l'auteur puisqu'il n'est pas signé. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas attardé de ce côté-ci. Je me suis souvenu du printemps 75. On passait beaucoup de temps à traîner chez Hugues dans ce grand appartement de la rue Michelet dont il disposait pour lui seul (mais à la réflexion peut-être y avait-il aussi un frère ou une sœur) car ses parents diplomates au Rwanda étaient rarement là. On y avait même tourné un film en super 8 réalisé par Olivier M. devenu depuis cinéaste tout comme Hugues et je crois même qu'ils ont fondé ensemble une maison de productions. Je ne me souviens plus de l'histoire mais je me rappelle d'une scène avec un poule vivante dans la cuisine. Sinon on pique-niquait souvent dans les jardins. Hugues avait une copine qui s'appelait Betty. Ils allaient bien ensemble. Ils étaient très beaux tous les deux.
C'était pour moi une période un peu trouble. Très tourmenté par la perspective du service militaire je me demandais souvent comment je ferais pour y échapper et si j'y parviendrais. J'y suis parvenu. Ce fut aussi l'année où pour gagner un peu d'argent je participais comme enquêteur au recensement de la population. C'est comme ça que je fis la rencontre de Georges Franju logeant dans un minuscule appartement quai des Grands-Augustins, à deux pas de celui de Claude Brasseur qui, rue Séguier menait pour sa part un tout autre train de vie. Ce fut aussi une année dramatique pour D. dont j'étais proche. Un soir, sur un banc de la rue de Tolbiac, elle vit mourir dans ses bras son ami qui venait de s'injecter dans les veines une drogue douteuse.
mardi 10 mai 2016
Sollicitude
Voilà,
me dit-il
me dit-il
une femme une fois m'a quitté au prétexte que ma sollicitude à son égard l'angoissait
depuis je dessine des anges sur les murs de la ville
depuis je dessine des anges sur les murs de la ville
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dimanche 8 mai 2016
Gare du Nord
Certaines images sont le produit d'associations de dégradations, d'hybridations de destructions. Il s'agit de contourner ce que m'offre la réalité que d'une certaine façon je recompose à seule fin d'obtenir un résultat qui n'existerait pas sans moi. C'est à ça que je passe la plupart de mon temps libre. Ça atténue la douleur. Ça permet de tenir. Il faut juste que ça soit là.
samedi 7 mai 2016
Le Confessionnal
Voilà,
s'abriter un moment à l'ombre fraîche d'une église de campagne. Sans doute le vieux confessionnal ne reçoit-il plus personne depuis longtemps. J'y suis entré, le banc où s'asseyait le curé était cassé. Non loin, sur une plaque accrochée à l'un des murs demeurent gravés les noms de ceux du village qui ont péri entre 1914 et 1918. Il ne nous reste que ces listes impressionnantes pour mesurer l'ampleur de la saignée que ce fut dans les populations. Jeunes gens dont la conscience du monde se réduisait aux vérités locales et dont la vie se réglait sur le cours des saisons et des fêtes religieuses, envoyés par de vieux politiciens vers une boucherie sans nom, sacrifiés au nom d'intérêts soit-disant supérieurs qui leur échappaient. Il en est souvent ainsi : les peuples sont pris en otages pour satisfaire la folie des puissants, idéologues jamais rassasiés de pouvoir, affairistes ambitieux marchands d'armes, banquiers, religieux parfois. Entre ces vieux murs, où désormais peu de fidèles se rassemblent j'ai songé aux temps troublés que connaît aujourd'hui l'Europe, éprouvant cette sensation que le cours des événements nous entraînait vers des horizons ravagés où l'espérance n'a plus guère sa place. Et dehors malgré la stupéfiante beauté du paysage, son apparente quiétude, je n'ai pu trouver la sérénité. Souvent pourtant je voudrais m'oublier, me dissiper, me volatiliser dans les trilles enchanteresses des oiseaux, me fondre et disparaître dans la beauté qui m'est offerte par le ciel par le vent par la nature et vagabonder hors toute pensée, dans le mystère de ce qui toujours se dérobe.
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vendredi 6 mai 2016
Bouquiner au soleil
Voilà,
au sol la lumière dessine les barreaux d'une prison que semble réfuter et même défier cette attitude nonchalante et presqu'indifférente au monde. Bouquiner au soleil, comme si on était à la plage. Le contraste était saisissant alors qu'au cours de l'après-midi, à quelques rues à peine, la manifestation du premier mai avait donné lieu à des scènes de tensions et de violences particulièrement choquantes. Linked with The Weekend in black and white)
jeudi 5 mai 2016
Un Saint Patron inattendu
Voilà,
"Gangon ou Gengoul supporta avec une grande patience et une grande fidélité son épouse infidèle, non sans lui avoir adressé de salutaires avertissements. Il préféra quitter la cour du duc de Bourgogne et se retirer dans ses terres. Elle le fit assassiner par son amant alors qu'il dormait dans son château près d'Avallon. Plusieurs localités rappellent la mémoire de celui qui est le patron des mal-mariés. De temps immémorial on vénère à Gruson dans le Nord, Saint Gangon pour la guérison des maux de jambes ou, nous dit l’Hagiographie 'pour le rétablissement de la paix dans les ménages qui, comme le sien, sont troublés et désunis!" ai-je lu alors que je me demandais qui pouvait être ce Saint-Gengoux ayant donné son nom à un charmant bourg de Saône-et-Loire où je me trouvais hier en fin d'après-midi sous un ciel qui ressemblait vraiment à un ciel de printemps
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mardi 3 mai 2016
dimanche 1 mai 2016
Volumes
Voilà,
les nazis, interdisaient au déportés auxquels ils infligeaient de déterrer des cadavres d'autres juifs de les nommer en tant que corps mais plutôt en tant que "figuren" ou "puppen". Dans l'entreprise, les employés sont des collaborateurs. Si un collaborateur sollicite du renfort pour son service il demandera à la direction des ressources humaines un "Equivalent temps plein" une "ressource" ou même des jours/hommes. Le jour-homme est une unité de mesure correspondant au travail d'une personne pendant une journée. Ainsi un projet qui demande dix jours-hommes peut théoriquement nécessiter le travail d'un homme pendant dix jours, de dix hommes pendant un jour ou encore de deux hommes pendant cinq jours. Le langage de l'entreprise relève de la même logique comptable et concentrationnaire. L'homme y est détruit moins brutalement et accepte sa servitude pour un salaire dont la valeur se réduit au fil des ans. Mais la tendance au démantèlement des lois sur le travail répond aux exigences d'un patronat dont l'objectif est de réduire toute main d'œuvre à l'esclavage. Mais un esclavage consenti dont la contrepartie serait le droit sinon le devoir de consommer toute la merde qu'on lui intime de fabriquer à bas coût et de faire circuler. Quoiqu'il en soit aujourd'hui c'est la fête du travail.
vendredi 29 avril 2016
Cauchemar du Célibataire
Voilà,
le cauchemar du célibataire,
l'angoisse du bigot frustré
la terreur du séminariste contraint de changer de trottoir
la tentation du sadique obsédé
mais aussi
l'obscénité marchande en devanture
la pornographie ordinaire du petit commerce
(linked with the Weekend in Black and White)
jeudi 28 avril 2016
Les Arbres
Voilà,
sculptés par les vents
ils imitent la vague dans le bleu du ciel et s'abreuvent à la lumière du grand large
comme une prière ou comme un défi ils se tiennent vigilants au bord de l'abîme
sur le sentier humide par mégarde ton pied écrase une pauvre limace
des songes d'autrefois appareillent vers d'improbables rivages
tu n'es plus cet enfant qui courait droit-devant sur les chemins
insouciant les paumes ouvertes dans l'offrande du soleil
christianbobin sors de ce corps
(Linked with skywatch Friday)
mardi 26 avril 2016
Insoutenable Légèreté
Voilà,
au Centre Pompidou se tient en ce moment une exposition de photos sur les années quatre-vingts, intitulée "L'insoutenable légèreté". Elles furent en effet étranges et paradoxales ces années où, moururent tant d'amis et de connaissances alors que se propageait l'épidémie de Sida, et qui, pendant que s'entretenait ici l'illusion d'un socialisme à la française, virent triompher partout dans le monde le libéralisme économique et la financiarisation à outrance. Mais trente ans après je me souviens surtout, du choc et de l'inquiétude suscitées par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, mot qui désigne aussi une plante amère, et qui apparaît dans la traduction russe de l'Apocalypse de Jean. D'ailleurs, la photo verte de Sandy Skoglund s'intitule "Radioactive cats". L'insoutenable légèreté, malheureusement, qualifie aussi le comportement de nos dirigeants à l'égard de la question nucléaire.
lundi 25 avril 2016
Soulagement (mais je ne dis pas non plus toute la vérité)
Voilà,
pourquoi devrais-je m'obliger à dire quelque chose. De toute façon ces billets, pour la plupart écrits longtemps à l'avance, ne prétendent pas coller à l'actualité qui, au demeurant, m'intéresse de moins en moins. Tout ça me lasse. Il y a trop de motifs d'indignation à vivre dans le monde tel qu'il se présente désormais. Bricoler des formes soulage, du moins pour un temps.
vendredi 22 avril 2016
Chez Paquita
Voilà,
Chez Paquita quand on est une fille, il faut être prudente et venir en pantalon plutôt qu'en robe, ou alors ne pas s'attarder près des livres empilés. Chez Paquita, il y a plein d'œuvres d'artistes russes. Longtemps Paquita n'a été qu'un nom exotique, celui d'une femme dont me parlait Pascal qui l'avait connue au début des années 80 lorsqu'il travaillait à l'Ambassade de France à Moscou. Elle possède désormais une galerie parisienne dévolue aux créateurs russes. Il faudrait que j'y retourne. Cette photo, je l'ai prise l'année dernière. (The weekend in black and white)
jeudi 21 avril 2016
Au dépourvu
le paradoxe est que je ne vois plus vraiment ce que je photographie. Je l'entrevois juste. Je ne perçois en fait qu'une partie du champ dont la profondeur m'échappe. Je ne saisis le relief que très approximativement. Il en a toujours été ainsi, même si désormais tout devient de plus en plus imprécis, non pas flou mais vague. Faire le point, et là je ne parle pas seulement de faire le point avec un appareil photo, non faire le point sur un visage ou un regard pendant une conversation, ou pour lire plusieurs pages d'affilée exige un intense et toujours plus difficile effort de concentration. A présent j'aperçois plus que je ne regarde ou ne distingue. Mon attention de plus en plus flottante n'opère que par intermittence et relève de fait plutôt de la distraction. Les choses sont là, d'accord, mais elles me parviennent plutôt comme une rémanence que comme une réelle apparition.
Parfois des genres de phosphènes (mais ils ne sont pas - du moins pas pour l'instant - aussi perturbants que les acouphènes peuvent l'être pour l'ouïe) se disséminent en de petits points brillants ou en de minuscules billes flottant entre regard et vision. Il arrive aussi que des sortes de filaments semblent glisser dans une substance aqueuse. C'est un peu embarrassant chez le boucher ou pendant une réunion professionnelle qui devient une sorte de dispositif à la Yayoi Kusama. Chose étrange, en rêve ce phénomène ne s'est encore jamais produit. Mais je sens bien que ça se modifie qu'il faut en profiter tant qu'il est encore temps. L'autre jour, dans le ciel, il m'a semblé qu'un oiseau se dédoublait. Sur un tableau de bord, je mélange les boutons, je ne reconnais plus les sigles, je ne mémorise plus les informations. Dans la salle de bains je confonds les étuis. Mais au fond, ce n'est peut-être pas simplement qu'une affaire d'usure des organes. Il se peut que cela soit aussi une disposition psychique pour me détourner de la réalité, la fuir. La transformer pour y trouver autre chose que ce que j'y vois et qui me semble souvent si tristement terne. Je peux encore m'émouvoir d'une belle lumière, d'un paysage, un détail peut me sauter aux yeux et prendre toute la place. Évidemment, je sais ce qui continue d'attirer mon regard dans les rues. De plus en plus souvent je pense au travail d'Evgen Bavcar, ce photographe aveugle. Peut-être faudrait-il que je m'intéresse d'un peu plus près à tout cela désormais, pour ne pas être pris au dépourvu. "Dépourvu", comme il me paraît soudait étrange ce mot dans ce contexte. Ça existe le verbe dépourvoir ? Faut que je vérifie.
Parfois des genres de phosphènes (mais ils ne sont pas - du moins pas pour l'instant - aussi perturbants que les acouphènes peuvent l'être pour l'ouïe) se disséminent en de petits points brillants ou en de minuscules billes flottant entre regard et vision. Il arrive aussi que des sortes de filaments semblent glisser dans une substance aqueuse. C'est un peu embarrassant chez le boucher ou pendant une réunion professionnelle qui devient une sorte de dispositif à la Yayoi Kusama. Chose étrange, en rêve ce phénomène ne s'est encore jamais produit. Mais je sens bien que ça se modifie qu'il faut en profiter tant qu'il est encore temps. L'autre jour, dans le ciel, il m'a semblé qu'un oiseau se dédoublait. Sur un tableau de bord, je mélange les boutons, je ne reconnais plus les sigles, je ne mémorise plus les informations. Dans la salle de bains je confonds les étuis. Mais au fond, ce n'est peut-être pas simplement qu'une affaire d'usure des organes. Il se peut que cela soit aussi une disposition psychique pour me détourner de la réalité, la fuir. La transformer pour y trouver autre chose que ce que j'y vois et qui me semble souvent si tristement terne. Je peux encore m'émouvoir d'une belle lumière, d'un paysage, un détail peut me sauter aux yeux et prendre toute la place. Évidemment, je sais ce qui continue d'attirer mon regard dans les rues. De plus en plus souvent je pense au travail d'Evgen Bavcar, ce photographe aveugle. Peut-être faudrait-il que je m'intéresse d'un peu plus près à tout cela désormais, pour ne pas être pris au dépourvu. "Dépourvu", comme il me paraît soudait étrange ce mot dans ce contexte. Ça existe le verbe dépourvoir ? Faut que je vérifie.
(...)
Ben oui ça existe. La définition c'est "priver de ce qui est utile, indispensable". En fait c'est le contraire du verbe pourvoir dont la première définition est pour le Larousse "Donner quelque chose à quelqu'un, l'en doter, en parlant d'une puissance supérieure". Exemple : La nature l'a pourvu d'un physique agréable. Ouais bof. C'est vrai qu'il m'arrive parfois d'être beau gars quand je suis bien coiffé mais tout de même faut pas exagérer.
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mardi 19 avril 2016
lundi 18 avril 2016
dimanche 17 avril 2016
Face aux Apparences
Voilà,
l'impossibilité de parler. Lui parfois si disert en certaines circonstances, si prompt à la conversation lorsque l'échange est organisé, cadré, en quelque sorte ritualisé, le voilà qui se heurte en d'autres moments (au téléphone surtout) à l'impossibilité de l'adresse. Le moindre coup de fil à passer lui paraît une épreuve insurmontable. Que l'on vienne à l'appeler, malgré la solitude qui lui pèse, il ne se déplacera même pas vers l'appareil. Dans ces moments il voudrait totalement disparaître et même ne jamais avoir été. Souvent le gagne, lorsqu'il socialise, la pénible impression de jouer un rôle, de le surjouer même. C'est un effort terrible, même s'il n'en laisse rien paraître. L'enfant qu'il est resté n'a jamais été trop à l'aise dans son corps d'adulte. Alors il griffonne, dessine dans les marges. Les visages, les silhouettes qui viennent à lui sont ses compagnons clandestins, le peuple d'une région sauvage et fantôme où rien ne se dit, mais où dans le silence s'exprime cependant l'étonnement d'être là.
vendredi 15 avril 2016
Galeries Lafayette de nuit
Voilà,
Ils sont précieux, rassérénants bien qu'ils te plongent dans un trouble indéfinissable, ces moments qui, en dépit de la maladie, du chagrin, des soucis d'argent, de la peur diffuse et sans objet précis qui plane sur l'ordinaire des jours, apparaissent comme chargés d'une densité particulière parce que tout semble soudain en équilibre, harmonieux et juste : la brise légère, les trilles subtiles des oiseaux, la lumière sur le paysage. Et c'est comme si tu étais au monde depuis toujours et pour toujours, indifférent et cependant accordé à l'état des choses. Comme si tout à coup tu n'étais plus matière, mais simplement une évanescente et fugitive trace d'éternité, une essence réduisant le monde à une illusion, un simple frôlement, à l'écho lointain d'un chant secret et à peine perceptible. Pourtant un jour, dépouillé de tous les hasards qui t'ont constitué, tu retourneras au mystère d'où tu as inexplicablement surgi. Tes possessions, tu les abandonneras à la vaste brocante ou furètent les vivants, et quelqu'un, pour quelques temps se souviendra encore du soir où tu t'es arrêté à cet endroit, et puis forcément finira bien par l'oublier. (The weekend in black and white)
mercredi 13 avril 2016
Hommage à Marcel Duchamp
Énigmes
Voilà,
Est ce que j'avais déjà peur au moment où j'ai pris la photo ? La peur était-elle en train de faire son lent travail ? Est-elle venue un peu plus tard dans l'après-midi sans que je ne m'en rende compte ? À la terrasse du café par exemple ? Pourquoi ai-je pris cet instant ? Qu'est ce qui m'a retenu dans ce cadre ? Ai-je reconnu dans cette attitude quelque chose qui faisait écho à ce que j'éprouvais sur le moment ? Il m'a semblé bien sûr que cela ferait une belle photo. Cela ne m'a pas traversé l'esprit mais j'y songe à présent que j'écris ces lignes, un jour viendra où il y aura une dernière photo. Plus tard – l'après-midi tirait à sa fin –, la panique m'avait saisi sur le boulevard où je n'étais pas venu depuis si longtemps et qui ressemble à un ghetto, puis dans un lieu de passage bondé à cette heure où des visions d'explosion et de carnage m'ont affolé quelques minutes, alors que j'avançais hébété, à cause de la vue qui baisse (oui peut-être devrais-je changer mes verres). J'ai eu la nette sensation de n'être plus tout à fait de ce monde comme si quelque chose en moi se résignait. Parvenu à destination, j'ai un peu marché. Mon regard a été attiré par la modestie sauvage de ces deux là. J'étais encore capable de les apercevoir, de me rapprocher d'elles. C'était ça la vie. La vie intense et fragile. J'ai songé aux photos de Bill qui célèbre les grands horizons, mais aussi les mousses et les lichens et dont les photos sont un hymne permanent à la nature toujours changeante
lundi 11 avril 2016
Association d'Idées
Voilà,
pendant l'exposition des œuvres du Douanier Rousseau au musée d'Orsay
Je me suis rappelé que la dernière fois que j'y étais venu
Je me suis rappelé que la dernière fois que j'y étais venu
c'était pour l'exposition "images de la prostitution au XIX ème siècle"
samedi 9 avril 2016
Regarder Paris comme un touriste
Voilà,
une petite carte postale parisienne du jardin des Tuileries en ce début d''Avril frais et pluvieux pour remercier tous celles et ceux qui ont la gentillesse de me laisser des mots au bas de mes publications. Juste pour dire que ces témoignages constituent à chaque fois une heureuse surprise et qu'ils me touchent et me font plaisir. (Linked with skywatch friday)
vendredi 8 avril 2016
La Borne
Voilà,
m'importe plus ce que j'imagine et projette que ce que je vois vraiment. D'ailleurs apercevant ce lieu c'est l'image que cela pouvait éventuellement donner qui m'est apparue. Et puis c'est aussi une histoire de moment. Cette borne devant laquelle je passe tout les jours et souvent aussi la nuit, a pris une singulière densité à cause de l'état – ce fameux "Einstellung" qu'évoque Wim Wenders – dans lequel je me trouvais ce soir-là. Il me paraissait nécessaire de revendiquer mon appartenance au monde, fût-ce dans l'évocation d'une chose banale et sans grâce. Un instant, j'ai été tout entier dans ce cadre. Avec mon inquiétude. (Linked with the weekend in black and white)
jeudi 7 avril 2016
Au Bord d'un monde
Voilà,
tu te tenais au bord d'un monde qui te rappelait vaguement celui qu'il te faudrait – pensais-tu – bientôt quitter et qui n'était cependant pas celui où tu avais vécu. Au fond de ta poche de pantalon sur un papier froissé semblable à un ticket de théâtre était inscrit ton nom. C'était ton sésame pour cette barge sur laquelle tu étais supposé embarquer. Qu'elle fut amarrée sur l'autre rive te déconcertait. Moins cependant que ce ciel liquide où elle semblait flotter sans pour autant s'y refléter. Fallait-il que tu attendes ou devais-tu par tes propres moyens accéder à l'autre côté ? Tu pensais pourtant en avoir fini une bonne fois pour toutes avec les questions les décisions les choix les initiatives. Le souvenir lointain d'un voyage scolaire dans la vallée du Rhin passa comme une brume légère entre toi et le paysage. Peut-être après tout suffisait-il que tu restes ainsi à contempler ce qui s'offrait à ton regard. Et tu finirais par te dissiper toi aussi comme un nuage, sans même t'en rendre compte.
mercredi 6 avril 2016
Un brave idiot
Voilà,
sommeille aussi en moi un brave idiot pareil à un épouvantail
Il faut qu'il ait aussi sa chance celui-là,
qu'on lui laisse le temps de se réveiller
qu'il fasse enfin ce que bon lui semble
mardi 5 avril 2016
Autoportrait en déconfiture
Voilà,
c'est assez joli ce que j'ai entendu ce matin à la radio, cet extrait de Bergson dans l'Energie spirituelle : "Chacun de nous est un corps, soumis aux mêmes lois que toutes les autres portions de matière. Si on le pousse, il avance; si on le tire, il recule; si on le soulève et qu'on l'abandonne, il retombe. Mais, à côté de ces mouvements qui sont provoqués mécaniquement par une cause extérieure, il en est d'autres qui semblent venir du dedans et qui tranchent sur les précédents par leur caractère imprévu : on les appelle « volontaires ». Quelle en est la cause ? C'est ce que chacun de nous désigne par les mots « je » ou « moi ». Et qu'est-ce que le moi ? Quelque chose qui paraît, à tort ou à raison, déborder de toutes parts le corps qui y est joint, le dépasser dans l'espace aussi bien que dans le temps. Dans l'espace d'abord, car le corps de chacun de nous s'arrête aux contours précis qui le limitent, tandis que par notre faculté de percevoir, et plus particulièrement de voir, nous rayonnons bien au-delà de notre corps : nous allons jusqu'aux étoiles. Dans le temps ensuite, car le corps est matière, la matière est dans le présent, et, s'il est vrai que le passé y laisse des traces, ce ne sont des traces de passé que pour une conscience qui les aperçoit et qui interprète ce qu'elle aperçoit à la lumière de ce qu'elle se remémore : la conscience, elle, retient ce passé, l'enroule sur lui-même au fur et à mesure que le temps se déroule, et prépare avec lui un avenir qu'elle contribuera à créer." J'ai repensé à Philippe qui l'aimait beaucoup. Je me suis souvenu de l'odeur des vieux livres, de ce qui se décompose et se recompose, et du portrait de Dorian Gray peint par Ivan Albright que j'avais découvert dans ma jeunesse dans un ouvrage consacré à L'Art fantastique, à tous ces hasards qui m'ont constitué. J'ai songé que c'était déjà pas mal d'être arrivé jusque là sans trop d'encombre, et que je ferai au mieux pour m'accommoder de la suite et qu'il fallait fabriquer, fabriquer encore, expérimenter, imaginer, traficoter bidouiller que c'était là ma seule aptitude, que je n'étais plus bon qu'à ça, et qu'elle ne tenait qu'à ça mon "énergie spirituelle", que c'était un grand mystère pour moi que je sois devenu ça, que j'ai pu en partie échapper à toute cette bêtise soldatesque qui m'avait engendré et éduqué, et limiter les dégâts, et que tout de même, maintenant, un peu de campagne me ferait le plus grand bien. Quoiqu'il en soit, il va tout de même bien falloir réfléchir un peu sérieusement à cette question de matière.
lundi 4 avril 2016
La Promenade
Voilà,
"La promenade [...] m’est indispensable pour me donner de la vivacité et maintenir mes liens avec le monde, sans l’expérience sensible duquel je ne pourrais ni écrire la moitié de la première lettre d’une ligne, ni rédiger un poème, en vers ou en prose. Sans la promenade, je serais mort et j’aurais été contraint depuis longtemps d’abandonner mon métier, que j’aime passionnément. Sans promenade et collecte de faits, je serais incapable d’écrire le moindre compte rendu, ni davantage un article, sans parler d’écrire une nouvelle. Sans promenade, je ne pourrais recueillir ni études ni observations." (Robert Walser)
vendredi 1 avril 2016
L'Enseigne
Voilà,
Ce qui reste d'enfance, et dont on ne peut tout à fait se déprendre semble parfois s'insinuer dans les paysages. Une fenêtre toujours close et ses volets défraîchis, une enseigne désuète débusquée au hasard d'une promenade, ou bien encore tout un fouillis de jardin abandonné, une arrière-cour encombrée que les années ont transformée en débarras, l'ombre portée d'un arbre sur une façade décrépite ravivent les souvenirs de regards jetés en d'autres temps sur d'autres lieux. D'une multitude de menus détails que la mémoire a sédimentés, émerge alors une vie fantôme et inexprimée faites de toutes les choses perdues parce qu'inaccomplies : nos actes manqués, nos moments d'absence, nos vagabondages rêvés (Linked with the weekend in black and white)
mardi 29 mars 2016
Phosphènes
Voilà,
enfant avant de m'endormir je frottais mes yeux avec les poings. Entre paupière et pupille — me semblait-il — d'étranges formes apparaissaient alors, en volutes multicolores. J'appris bien plus tard qu'elles portaient le doux nom de "phosphènes". Et puis il y eut les années psychédéliques, avec leurs affiches aux couleurs chatoyantes. Certaines même sous un certain éclairage, étaient comme phosphorescentes. Il y en avait beaucoup dans cette petite boutique de la rue des Écoles où j'ai passé beaucoup de temps. On y vendait des disques et des posters. Celui de John Lennon d'après une photo de Richard Avedon a décoré ma chambre d'adolescent. Je ne peux le regarder sans un certaine émotion. Bref, ces derniers temps, j'ai beaucoup de plaisir à faire des images dans le genre psychédélique. D'ailleurs musicalement il semblerait qu'on y revienne depuis quelques temps.
lundi 28 mars 2016
Un rêve idiot et des vieilles photos
Il y a peu, bizarrement j'ai rêvé de Jean Reno. J'étais chez lui, en l'occurrence un modeste pavillon de banlieue qui n'avait donc rien à voir avec les luxueuses propriétés qui sont aujourd'hui les siennes. Ma présence était totalement incongrue car nous ne fréquentons plus depuis des années. La dernière fois que je l'ai aperçu c'est en mars 2002 lorsque nous avons repris le spectacle "Prends bien garde aux Zeppelins" au Théâtre national de Chaillot. Il n'était pas revenu jouer avec nous parce qu'il voulait aller en vacances à l'île Maurice avec ses enfants et sans doute aussi parce que son statut de star était incompatible avec la reprise de ce qui autrefois avait été une aventure. Mais il était passé au pot de bienvenue du théâtre, et avait pleuré le soir de la première sur les vieux souvenirs. En plaisantant je lui avais dit de ne pas s'inquiéter, que si Didier le metteur en scéne avait d'autres projets il lui proposerait un rôle. Donc j'étais dans le salon de la maison de Jean. Je ne faisais rien, ne disais rien. On ne me chassait pas mais je sentais que j'étais vaguement embarrassant. À un moment, dans la courette où je m'étais retiré, sa femme, une étrangère qui ne me connaissait pas, venue y étendre son linge (putain ! la femme de Jean Reno qui vient étendre son linge, il y a qu'en rêve qu'un truc aussi con et absurde peut arriver) m'a demandé qui j'étais. J'ai grommelé mon nom, expliquant que j'étais juste passé par là parce que j'avais besoin de réfléchir. Je n'ai pas jugé bon de lui dire qu'on avait fait autrefois dans une autre vie, quatre ou cinq pièces et une paire de films où on jouait ensemble, à quoi bon. L'idée de venir chez Jean pour y réfléchir était déjà en soi si grotesque et absurde. Réfléchir à quoi ? À comment mettre de l'ordre dans ses affaires et se préparer à la mort tout en jouissant du bonheur de vivre ? Bref gamberger sur comment devenir sage comme Montaigne alors qu'on a toujours vécu au gré des événements en remettant au surlendemain ce qu'on aurait dû faire l'avant-veille ? Quoiqu'il en soit, je ne m'explique toujours pas ce scénario stupide créé par mon cerveau. Peut-être étais-je coincé dans une vie parallèle où la chance n'a pas souri à Jean, et qu'au lieu d'être la vedette qu'il est devenu, il y vivote enchaînant des petits rôles et des pubs. Cela dit dans cette vie parallèle, je ne suis pas en très grande forme non plus, et j'ai l'air assez looser. Jean aujourd'hui, vit sur l'île de la jatte à Neuilly, il possède plusieurs résidences un peu partout dans le monde, collectionne les Bentley (j'ai entendu dite qu'il en possède cinq), il a des amis riches et puissants, le témoin de son dernier mariage est même l'ancien président de la République. Bien évidemment nous nous sommes perdus de vue. Mais ce rêve très con est l'occasion de ressortir quelques vieilles photos, la première prise en cours de répétitions en octobre 1981 – j'avais beaucoup travaillé cette année là – lors de la reprise de "Prends bien garde aux Zeppelins" de Didier Flamand pour l'Opéra Comique et celle ci qui date de 1979 je crois, près du Gymnase Japy en compagnie de Jacques Nolot, qui a suivi un chemin tout à fait différent, réalisant quelques films rares et précieux, extraordinairement sincères et personnels, qui viennent de ressortir en coffret il y a peu.
A l'époque Jacques et Jean me semblaient déjà un peu vieux, enfin disons qu'ils n'étaient pas de ma génération. Et en tout cas je n'aurais alors jamais imaginé que l'un deviendrait une star internationale, et que l'autre cachait en lui tant de poésie et de sensibilité. Dans ces années là, Jacques avait tendance à sortir sa queue sous n'importe quel prétexte à faire de la provocation avec un humour assez acide. Il est probable que sur cette photo il s'apprête à dire une grosse connerie à connotation sexuelle, parce qu'il sait que ça met la plupart des gens mal à l'aise. Il en a déjà l'œil qui pétille.
C'est pour lui que j'avais pris la photo de la devanture de coiffeur à New-York, car il avait écrit une pièce qui se passait dans un salon de coiffure dans le Gers, l'histoire d'un comédien qui retourne au pays après une longue absence et va se faire coiffer chez son frère qui ne le reconnaît pas immédiatement. La pièce, excellente, s'appelle "La matiouette". André Téchiné l'a adapté en film pour la télévision.
C'est pour lui que j'avais pris la photo de la devanture de coiffeur à New-York, car il avait écrit une pièce qui se passait dans un salon de coiffure dans le Gers, l'histoire d'un comédien qui retourne au pays après une longue absence et va se faire coiffer chez son frère qui ne le reconnaît pas immédiatement. La pièce, excellente, s'appelle "La matiouette". André Téchiné l'a adapté en film pour la télévision.
dimanche 27 mars 2016
C'est Pâques
Voilà,
c'est Pâques, le forsythia est en fleurs, Le figuier du balcon commence à faire ses feuilles, les jours rallongent on est passé à l'heure d'été. Mars n'est pas fini et il y a encore des giboulées. Il faudrait que je mette un peu d'ordre à la maison. Je n'ai envie de rien faire.
vendredi 25 mars 2016
Fanfaronnade
Voilà,
c'est un appel téléphonique étrange et inattendu. Une personne perdue de vue depuis des années me rappelle une citation que je le lui aurais faite il y a bien longtemps, mais elle ne se souvient pas du nom de l'auteur. Je n'ose lui demander dans quelles circonstances, j'ai pu lui souffler "J'ai pour me protéger du regard des autres toute la distance que j'ai vis-à-vis de moi-même" ni pourquoi il lui semble utile de m'en parler à ce moment précis. Cela me paraît tellement bizarre d'avoir pu prononcer cette phrase qui ne m'évoque rien du tout – sur le coup je pense à Blondin, à Cioran – que je lui suggère que peut-être elle confond, ce n'est pas moi, mais elle m'affirme que de ça en tout cas elle est tout à fait certaine, car cette phrase l'a particulièrement marquée. Je songe alors que cette maxime j'aurais d'abord du me l'appliquer à moi-même. La formule est belle, elle est d'Artaud. J'ai un peu fait le fanfaron avec cette citation. Mais lui aussi, je pense, qui n'était pas aussi indifférent qu'il voulait le faire croire à l'avis des autres. (Linked with the weekend in black and white).
mercredi 23 mars 2016
L'Esprit d'escalier
Voilà,
je me souviens d'une certaine piscine l'été passé. C'était mon dernier après-midi. J'étais content d'être là et en même temps j'en avais marre d'être seul. Comme je m'ennuyais, je photographiais des reflets, en fait je photographiais un peu n'importe quoi. Kafka a noté dans son journal : "il est impossible de voyager – et même de vivre – sans prendre de notes ! Sans cela le sentiment mortel de l'écoulement uniforme des jours est impossible à supporter." Cette impression je la partage et c'est sans doute ce qui m'amène à poursuivre ce blog. Et qu'importe si les pensées et les images que je convoque pour surseoir cette inquiétude n'ont pas forcément la fraîcheur du jour. Il m'arrive souvent d'avoir ce qu'on nomme "l'esprit d'escalier". (linked with weekend reflections - Rain'sTADD
mardi 22 mars 2016
Plaza de la Constitucion
Voilà,
Il est peu probable que je retourne un jour là-bas, il y a tant d'autres lieux à voir, mais sait-on jamais. Cette place, avec ses grands palmiers californiens, j'ai aimé la traverser, surtout à la tombée de la nuit. Il y avait de la douceur dans l'air, chaque fois que nous passions par là, alors que 80 ans auparavant ces lieux étaient le théâtre d'affrontements sanglants et fratricides. En compagnie de ma fille — son sourire son humour, son intelligence et sa curiosité me revigoraient — qui était fière de tester son espagnol, je me sentais bien. Et puis avec ma cousine et son mari aussi pendant quelques jours. Cependant j'avais souvent la tête ailleurs, j'étais ici et là, dans un monde réel et dans d'autres plus ou moins possibles et pas forcément gais. Je ne pouvais faire autrement. Cela me happait parfois. (première publication 22/3/2016 à 00:30)
vendredi 18 mars 2016
Un jour encore
Un jour encore et c’est pour voir
Et pour aimer ces choses
Qui auraient pu rester
Pour toujours dans le noir
À ne pas être vues
Un jour encore
Pour voir le jour
Tâter l’espace et le gagner.
Un jour pour approuver
Ce que vaut la lumière.
Et pour y faire
Tout ce que c’est que vivre
Un jour encore
mercredi 16 mars 2016
Madame rêve
Voilà,
C'est à cela que je pensais, à cette chanson où il est question
"d'un amour qui la flingue
d'une fusée qui l'épingle
au ciel ooh ciel"
les années ont passé donc, si vite trop vite, et les étoiles serties dans la nuit demeurent impassibles délivrant de trop obscurs messages. Il ne reste qu'à songer à tout ce qui nous a quitté — tant de mots alors nous étaient cachés — ; trop jeunes nous n'avions pas encore appris à changer les larmes en pierre. Ils sont désormais hors de portée les espoirs que nous formions, à certaines heures, quand nous étions insatiables, avides de vertiges et comme le vent, rebelles. Nous traquions la beauté dans la louange crue du Réel. il ne nous a pas oubliés. Les excroissances, les plis les boursouflures, les rides et les plaies : nous payons notre tribut. Nous nous traînons avec nos douleurs et nos empêchements. Insolents pourtant nous sifflons dans l'Azur, nous fredonnons des airs d'une autre époque, comme si de rien n'était, comme si rien jamais ne devait arriver. Mais de plus en plus souvent nous devinons des ombres au grand midi. Nous les redoutons même à travers nos yeux plissés. Et de secrètes voix nous enjoignent de jeter au fossé nos livres et nos clés. Nous ne croyons plus avec la même désinvolture à nos propres mensonges. Trop de fantômes s'invitent aux moments les plus inattendus, à nos tables, dans nos lits. Parfois même on les aperçoit qui sèchent aux fenêtres mais le cœur serré on se sent malgré tout l'âme vagabonde. Désormais chacun va son chemin. On s'appelle quand l'un ou l'autre donne des signes de fatigue. On sait qu'on ne se reverra plus guère. Les jeux sont faits. D'autres histoires nous appellent. Et c'est à cœur perdu qu'on s'y précipite.
mardi 15 mars 2016
De la suite dans les idées
Voilà,
"Pas de technique, mais un imperturbable appétit", c'est Michaux qui écrivait ceci à propos de lui peut-être mais ça je n'en suis plus très sûr. Je reprends ça à mon compte. Et aussi, "de la suite dans les idées". Cette image je l'ai composée il y a plus de trente ans. Je l'ai réinterprétée il y a trois jours et à présent elle me plaît tout à fait. J'ai fait ça presque secrètement pendant des années. D'ailleurs des copains sont sont morts qui n'ont jamais su que je bricolais des images dans mon coin. C'est Thierry Flamand qui m'a encouragé. Si j'ai pu lui montrer, mes travaux d'alors c'est qu'il inspirait confiance. Thierry était un excellent illustrateur, un affichiste de talent, et il est devenu un décorateur de cinéma réputé. C'est le frère de Didier l'acteur et metteur en scène. Ils ont tous les deux eu un césar du cinéma à vingt ans d'écart : Didier pour le court métrage "La vis" et Thierry pour le décor du film "La belle et la bête" de Christophe Gans. Au début des années 80, donc, grâce aux encouragements de Thierry j'ai même fait un peu d'illustration pour la presse et l'édition. Jean-Baptiste Blom qui travaillait chez Delpire et ressemblait à Frank Alamo, m'a fait travailler pour le nouvel Obs. Annick Geille qui dirigeait Play-Boy France et qui choisissait elle même les illustrations, m'a pris un jour cinq images d'un coup, juste avant l'été et les vacances. Ça payait bien à l'époque. J'ai travaillé aussi pour les éditions du Seuil et fait quelques affiches à droite à gauche pour des compagnies de théâtre qui n'avaient pas beaucoup de sous. Mon rêve était de réaliser des pochettes de disques. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Ça n'a pas marché. Et puis je préférais jouer la comédie. C'est comme ça que j'ai longtemps, raisonnablement gagné ma vie. Ça m'arrive encore de le faire. Mais la vie en troupe, la vie en commun surtout avec des comédiens c'est vite chiant. Alors je faisais l'aller-retour. Au bout d'un certain temps j'avais besoin d'être seul et je m'enfermais pour faire des photomontages, des dessins des trucs à moi. Et puis quand j'en avais marre je me remettais dans le circuit pour être avec des gens et faire l'acteur. Je l'ai déjà écrit ça m'a aidé à tenir le coup à ne pas devenir fou, peut-être même à ne pas tuer. Oui c'est l'avantage de travailler seul, ça évite de devoir supporter les autres. Les autres souvent ne sont pas comme ceux dont j'ai cité le nom. la plupart du temps ils sont casse-couilles. Voilà c'est dit, je suis plutôt misanthrope.
lundi 14 mars 2016
Acronymes
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vendredi 11 mars 2016
Les Jambes
Voilà,
cette photo prise un matin au métro République m'en rappelle quelques autres, réalisées autrefois en d'autres lieux. J'aime bien les corps incomplets dans un cadre, et aussi les jambes des femmes qui selon François Truffaut sont « des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. ». Et puis, me plaît aussi le contraste de ces jambes avec la géométrie hostile de l'endroit. (linked with The weekend in black and white)
mercredi 9 mars 2016
Pêle-mêle, avec la pluie
Voilà,
Aujourd'hui j'ai repensé à Philippe. Il est rare que je n'y repense pas. Et à eux tous, Philippe et Dominique, Agnès Delphine et Laurence. Et puis, à cause de la nouvelle entendue ce matin à la radio avant que je ne parte, me sont revenus en mémoire le solo de trompette piccolo, les flûtes et le hautbois dans "Penny Lane" que j'adorais fredonner quand j'avais onze ans. Même si je n'en comprenais ni les paroles ni la joyeuse nostalgie, il y avait du soleil dans ce morceau. Les instruments classiques c'était paraît-il, une idée de George Martin. Une vraiment bonne idée. Et puis je suis sorti du métro. Un putain de vent froid cinglait sur l'esplanade avec la pluie qui giflait le visage. Mais bon, au moins allais-je me rendre utile durant cette journée et me mettre au service d'une juste cause, et ça tout de même ce n'était pas rien.
mardi 8 mars 2016
Back to La Défense
Voilà,
Un moment que je n'étais pas revenu dans les parages. En tout cas je j'avais encore jamais fait l'expérience du café "le globe-trotter" à huit heures du matin avec BFMTV sur l'écran géant face au comptoir. J'aurais vraiment préféré feignasser dans mon lit en écoutant France-Musiques, ou lire ou, parce qu'en fait je crois que je ne suis bon qu'à ça ou du moins pas trop mauvais bidouiller des images sur mon ordi qui d'ailleurs commence à donner de sérieux signes d'usure. Les nouvelles du monde racontées à la télévision me font gerber. Le quartier des affaires aussi. J'ai du mal à socialiser ces jours-ci. En fait ce qui m'apparaît évident c'est qu'en ce moment travailler me fatigue.
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