Voilà,
pendant que le monde chavire lentement et semble-t-il inexorablement vers le chaos, je découvre depuis une semaine l'œuvre cinématographique si singulière de la réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi. Une rétrospective lui est consacrée à la cinémathèque. Elle coïncide avec la sortie sur les écrans parisiens du merveilleux film "Silent friend" que j'ai vu lundi dernier sur le grand écran de la salle Henri Langlois rue de Bercy.
À part Márta Meszáros, Miklós Jancsó et Belá Tar je connais peu le cinéma hongrois. J'avais pourtant été saisi par la profondeur d'un film que j'avais vu par hasard il y a quelques mois intitulé le cinquième sceau de Zoltan Fabri, dont j'ignorais aussi totalement l'existence.
Mais pour ce qui est de Ildiko Enyedi je n'avais jamais entendu parler d'elle bien qu'elle ait été distinguée dans de prestigieux festivals. S'il est un thème récurrent dans son œuvre, c'est bien celui des connexions secrètes non seulement entre humains,
mais entre les humains et la nature. Souvent les personnages de ses films se
retrouvent en position d’observer secrètement un monde
parallèle à travers une sorte de paroi invisible qui peut-être même parfois celle du rêve. Elle insiste en outre sur le fait que la réalité, loin d'être d’immuable est au contraire mouvante, fragile et éphémère. "Nous hallucinons tous tout le temps dit-elle lorsque nous nous mettons d’accord sur nos hallucinations, nous appelons cela réalité"
Souvent elle propose le point de vue des non-humains en contrepoint de celui des humains (une femme derrière sa fenêtre regarde un coucher de soleil au même moment qu'une vache destinée à l'abattoir, un arbre touché à différentes époques de son existence par des mains humaines). En cela son cinéma fait écho à tout un courant de pensée qui émerge depuis quelques années à travers les travaux entre autres de Philippe Descola et Bruno Latour.
Les grands platanes qui bordent la fontaine Médicis, au jardin du Luxembourg, sont parmi les plus âgés du jardin du Luxembourg. Des milliards de regards se sont posés sur eux, et depuis que j'ai quinze ans ils sont pour moi des amis silencieux. Voilà pourquoi j'ai choisi l'entrelac de leurs branches en ce printemps naissant pour accompagner cet article. Ils furent plantés vers 1810 et bordaient autrefois une allée menant à l’édifice. Lors du déplacement de la fontaine en 1862 pour créer la rue de Médicis, seuls les arbres situés devant la fontaine furent conservés, dont un spécimen encore visible aujourd’hui.
Your reflection beautifully weaves cinema, philosophy, and memory where even the silent presence of those plane trees feels like part of a larger, unseen dialogue between time, nature, and ourselves.
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