lundi 27 février 2012

Dominique est partie...



Voilà
hier Dominique est partie dans une autre dimension. Je viens d'apprendre ça brusquement, ce matin. Sans doute était-ce une délivrance, pour elle qui était devenue prisonnière de son corps. Comment la vie a-t-elle pu être si injuste avec une personne si généreuse, si bonne, et tellement faite pour le bonheur ? "Partie en paix et entourée d'amour", m'écrit sa fille. C'est le seul réconfort que je puis trouver pour le moment. Nous nous étions perdus de vue... Tout ce que je lui dois. Tout ce que je lui dois.... S'il n'est qu'une journée dont je devais me souvenir, c'est celle de cet été 1973 où nous étions partis de Châteaudouble dans la petite 4L verte pour aller chercher Agnès à l'aéroport de Nice. Des pan bagnas avaient été préparés, nous étions passés par le lac de St Cassien où nous avions piqueniqué, un jeune autostoppeur embarqué en cours de route (car elle prenait les autostoppeurs) fut aussi invité à partager notre repas. Et puis l'après midi nous avions visité la fondation Maeght à St Paul de Vence pour y voir l'exposition "le musée imaginaire d'André Malraux", et tout cela avait été comme une révélation pour le jeune homme plutôt inculte que j'étais alors.... Je n'arrive pas à réaliser, même si tout cela était prévisible... J'ai retrouvé une photo avec Philippe et Gérard... C'est à Olivetta, dans une petite trattoria familiale... la dernière excursion ensemble... en famille...  quelque mois avant que nous nous quittions Agnès et moi... La vallée des merveilles.... Dominique doit avoir sur la photo l'âge que j'ai maintenant... Toutes ces années me rattrapent à présent... Le chagrin m'empêche de faire quoi que ce soit.... D'écrire quelque chose à la mesure de cette tristesse qui me submerge et de cette femme délicieuse et attentionnée. Au moins aura-t-elle su avant qu'elle ne s'en aille, ce que représentait pour moi de l'avoir rencontrée ainsi que Philippe, et la réponse qu'elle m'avait alors fait parvenir (ne pouvant plus écrire elle-même) m'avait apaisé. Je l'aimais. Je sais que le souvenir de sa présence continuera de m'accompagner jusqu'à mon dernier souffle car ce qu'il y a de meilleur en moi je le lui dois en partie, à elle, à Philippe qui doit être bien malheureux oui bien malheureux. Mais là pour le moment....

(...)

Les heures passent...Pourquoi pleurer sur ce qui était prévisible et d'une certaine façon souhaitable ? Car il lui est enfin donné le repos auquel sans doute elle aspirait. Elle avait la foi discète. Elevée dans une famille athée, elle s'était fait baptiser à l'âge de dix sept ans, en une époque où ce n'était pas dans l'air du temps. Mais son catholicisme éclairé, bienveillant, était affranchi des vieux dogmes et des croyances rétrogrades. Elle faisait la part des choses. D'ailleurs elle en parlait peu, même si quelquefois je l'ai entendue s'indigner du conservatisme de l'Eglise en certaines circonstances. C'était une affaire personnelle, qui l'engageait elle et quelque chose de plus haut que la vie. Qu'elle repose en paix. Ce vœu si convenu et dénué de sens pour qui n'a pas eu accès au mystère de la Révélation, je le forme cependant pour elle, souhaitant même pour cette âme si douce et si généreuse être quant à moi dans l'erreur. Quoiqu'il en soit elle sera toujours dans la beauté chatoyante d'un crépuscule, dans le doux parfum des mimosas, dans la chaleur de l'âtre où crépite un feu de bois. Elle sera dans ce qui sourit dans ce qui réchauffe et épanouit. Bienveillante, comme elle le fut un certain été, où dans la grande maison de Provence, elle avait accueilli les amis et amies de ses trois filles. Bienveillante comme toujours elle le fut avec moi.

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