mercredi 25 avril 2012

En lisant Frédéric Pajak

Le jardin devant la maison de Lestiou
Voilà
dans "L'humour" l'excellent livre de Frédéric Pajak et Yves Tenret consacré à Joyce sont évoqués dans les pages relatant la période parisienne de l'écrivain irlandais, André Spire, Ludmila Savitzky, John Rodker. Tout ces noms sont pour moi liés à Dominique, qui avait connu ces personnes dont elle parlait quelquefois. André Spire, poète aujourd'hui méconnu, quoique ma fille doive ces jours-ci apprendre un de ses poèmes à l'école, avait habité une maison à Avaray tout près de Lestiou dans le Loir et Cher où Dominique a été inhumée auprès de sa mère, voilà déjà deux mois. Je l'ai vue cette demeure d'Avaray, tout au bord de la Loire. Ce devait être autrefois un endroit merveilleux. Et puis, édifiée sur l'autre rive, la centrale nucléaire de St Laurent des eaux a transformé une vue bucolique en paysage industriel. Des lignes à hautes tension ont été tendues passant à proximité de cette maison où je suis allé avec Dominique rendre visite à Marie-Brunette la fille du poète, une de ses amies d'enfance. La mère de Dominique, Marianne était l'une des deux filles de Ludmilla Savitzky, (l'autre fut connue plus tard comme auteur, journaliste et même scénariste sous le nom de Nicole Vedrès). Ludmilla, en son temps très réputée dans le Paris litteraire de l'entre deux guerre, fut la traductrice de Joyce, Pound, TS Eliot, Virginia Woolf, Isherwood, mais aussi d'un certain John Rodker, sur lequel je reviendrai plus tard. Marianne donc épousa un héritier de la lignée Chautemps, un médecin dont elle eut deux enfants Dominique et Jean-Louis qui devint par la suite et demeure aujourd'hui encore un saxophoniste de Jazz réputé. Ce docteur Jacques (je crois) Chautemps (je l'appris bien des années plus tard) fut le médecin qui accompagna et tenta de soigner Roger Gilbert-Lecomte avant que de le faire hospitaliser à l'hopital Broussais, là même où qulelques années auparavant était mort Paul Verlaine. Après son divorce elle épousa donc John Rodker. Je ne sais trop à quelle époque et sans doute était il plus âgé qu'elle. Elle n'eut pas d'enfant avec lui. John Rodker né en 1884 avait été au début du siècle membre d'un groupe d'écrivains et de peintres anglo-juifs réunis sous le nom de "Whitechapel boys". Il créa dans les années vingt, une maison d'éditon "Ovid press" qui publia entre autres Ezra Pound et T.S. Eliot. ainsi que des dessins et des reproductions de peintures du groupe Vorticiste, les futuristes anglais. Ses activités éditoriales le conduisirent à cette époque à de fréquents séjours à Paris. Il contribua à la deuxième édition de "Ulysse" de Joyce qui le tenait au nombre de ses amis. Il fut un de ceux qu'il appelait ses douze apôtres, qui participèrent à une apologie collective du work in Progress de Finnegan's Wake sous le titre "Our Exagmination round His Factification for Incamination of Work in Progress". Entre autres contributeurs il y avait Samuel Beckett et William Carlos Williams. Leur traductrice commune Ludmilla Savitzky avait prêté un appartement à Joyce et sa famille quand ils débarquèrent à Paris en 1920. C'est donc sa fille qu'il épousa bien des années plus tard. Dans les années trente Rodker créa the Imago Publishing Company et contribua avec l'aide d'Anna Freud à la traduction et à la publication des œuvres complètes de Freud en langue anglaise. Je me souviens que Dominique parlait avec beaucoup d'émotion de sa grand-mère Lud qui fut quelqu'un de très important pour elle. Pour en finir avec l'évocation de John Rodker, celui-ci avait, avec une certaine Sonia Cohen eu dans sa jeunesse une fille nommée Joan dont il ne s'occupa guère je crois. Lors d'un séjour à Londres, vraisemblablement en 74 ou 75 nous eûmes avec Agnès l'occasion de rencontrer cette dame, alors âgée d'une soixantaine d'années, qui nous fit un charmant accueil dans sa maison de Kensington. Elle nous invita même au théâtre à une représentation de "Travesties" de Tom Stoppard. C'est une curieuse coïncidence dans l'agencement de  tous ces souvenirs : la pièce raconte sur le mode comique la rencontre improbable à Zurich en 1917 de Joyce, Lénine et Tzara qui s'y trouvaient alors tous trois en exil.

Agnès et Dominique à Lestiou (Avril 1986)

2 commentaires:

  1. :-) Ton écriture a changé...
    C'est assez émouvant d'ailleurs, mais il faut le dire, ton texte est très beau, tu nous y plonge...

    un abrazo

    RépondreSupprimer

N'hésitez pas à laisser un petit message ça fait toujours plaisir